1905-2005

100ème anniversaire de Monsieur Marcel FOUASSIN

Houyet – 01.07.05

 

 

 

Cher Monsieur Fouassin,

 

Je ne vous apprendrai rien n’est-ce pas  si je vous dis que 2005 – 100 = 1905.

 

Mais quoi qu’il en soit, c’est bien cette année 1905 qui nous intéresse particulièrement aujourd’hui.

 

1905          Une année bien funeste pou l’empire russe.

C’est cette année-là en effet que commence le processus révolutionnaire même si voici déjà un an que ce pays est la proie d’une situation sans exemple par la grandeur du désordre dans un si vaste empire. Une contrée comparable à l’Europe entière désolée par les grèves, les fusillades, les révoltes, les assassinats … l’insurrection du Caucasse, puis celle des capitales St-Pétersbourg, Moscou, Varsovie, coupées de leurs communications entre elles et menacées de famine …

C’est donc un avenir funeste pour l’empire russe qui s’achèvera par une grande mutinerie à Sébastopol réprimée dans le sang.

 

1905          En France, la séparation de l’Eglise et de l’Etat devient réalité.

Aux Etats-Unis par contre, le Président Roosevelt s’associe à la campagne engagée par le clergé, aussi bien protestant que catholique, contre l’abus du divorce.

 

1905                   Chez nous justement, le Prince Philippe de Cobourg entame une procédure en divorce avec la Princesse Louise de Belgique, fille de Léopold II.

Chez nous encore, un Général de Brigade en tournée d’inspection dans une caserne de Liège fait savoir aux officiers et sous-officiers qu’il ne leur proposerait plus d’avancement à l’avenir si dans 6 mois, ils ne parlaient pas le flamand. D’où un mouvement de vive protestation contre ce que le journal « Le Soir » qualifiera « d’exigences flamingantes ».

 

Chez nous enfin, et pour l’anecdote, c’est un Député de Liège, qui, face à l’inertie de ses collègues bruxellois, proteste contre l’état scandaleux de la rue de la Loi, constamment couverte de poussière !

 

Mais 1905, chez les Fouassin, l’heure est à toute autre chose car Hélène est enceinte.

 

Le jeune couple compte déjà une fille, Simone, née en 1904. Alors cette fois, serait-ce un fils ?

 

100 années plus tard, je vous propose de nous arrêter quelques instants et de feuilleter ensemble le registre de l’Etat Civil de Tilff (aujourd’hui Esneux).

 

Et voici ce que l’on y trouve :

 

Acte n°33

 

Du dixième jour du mois de juillet de l’an mil neuf cent cinq, à quatre heures de relevée, ACTE DE NAISSANCE de Marcel, Louis, Jules, Arsène, enfant du sexe masculin, né à Tilff, Arrondissement et Province de Liège, le quatrième jour du mois de juillet mil neuf cent cinq, à cinq heures du soir, Avenue de la Grotte, fils de Louis, Michel Fouassin, né à Liège, âgé de trente et un ans, domicilié à Liège, rue du Saint-Esprit, 64 et de Hélène, Marie, Joséphine Dufour, née à Liège, âgée de vingt-trois ans, conjoints .

 

Marcel Fouassin aurait pu être fils de pharmacien puisque son père en avait fait les études. Mais l’histoire retiendra pourtant qu’il aura été plongé dès son premier cri dans un breuvage divin, appelé « le kina Fouassin », un apéritif artisanal très prisé à l’époque et que fabriquait  son père et avant lui son grand-père.

 

C’est donc à la distillerie Fouassin à Liège que le petit Marcel fait ses premiers pas et découvre une multitude de choses qui s’offrent à lui. La cour de la distillerie paternelle est en effet truffée d’objets divers et pour le moins insolites que surplombent des arômes les plus étranges : des plantes et des épices, les unes plus variées que les autres, des alambics, des tonneaux en bois, un laboratoire de chimie, des véhicules tonitruants …

 

Curieux de tout, le jeune Marcel s’en donne à cœur joie.

 

Puis vient l’adolescence et la grande guerre aussi. Et puis la paix, une première fois. Ses parents l’intègrent dans une patrouille scouts. En 1920, il participe au grand jamborée de Bruxelles où il rencontre le plus célèbre des boy-scouts : Baden Powell.

 

Après de brillantes humanités commencent alors les choses sérieuses. Entré à l’Université de Liège, Marcel Fouassin en sortira nanti du diplôme d’Ingénieur des Mines. On s’en doute, des études parmi les plus ardues.

 

Et pourtant, le jeune étudiant a encore quelques moments de loisirs qu’il consacre à sa grande passion, celle de radio-amateur. Il réussira d’ailleurs à construire sa propre radio et à communiquer avec le monde entier. Il équipera le navire-école « L’Avenir » d’un poste émetteur-récepteur de 500w qui lui permettra de rester en communication avec la Belgique lors de ses longs voyages.

 

Oui, comme nous le verrons encore plus loin, Marcel Fouassin est véritablement le sosie du professeur Tournesol.

 

 

Après les études vient le moment de fonder une famille. Le 26 février 1931, Marcel Fouassin épouse à Liège Marguerite Schroeder. Et figurez-vous que le voyage de noces a lieu à … Houyet. Et oui ! Houyet qui, à l’époque, abritait un des plus prestigieux palaces de notre pays : le château d’Ardenne.

 

Les jeunes époux ignorent totalement que plus de cinquante années plus tard, ils viendraient habiter à deux pas du domaine royal.

 

D’autant plus qu’après ce court voyage de noces, fraîchement promu de son titre d’Ingénieur civil des mines, Marcel Fouassin emmène son épouse en Suisse afin de parfaire ses connaissances linguistiques et techniques (particulièrement en électricité) au réputé Polytechnum de Zürich. Il restera durant 3 ans en qualité d’ingénieur chez Oerlinkon (une fabrique de locomotives électriques). Expulsé de Suisse comme étranger, il rentre alors en Belgique comme ingénieur au service électrique de Ougrée-Marihaye.

 

Et puis surgit le deuxième conflit mondial.

 

Mobilisé en 1939, le Lieutenant Fouassin est affecté au 17ème Génie et chargé tout d’abord de la défense des ponts sur la Meuse, entre Heer-Agimont et Namur.

 

Lorsqu’en février 1940, on a vent du plan d’invasion de la Belgique, il est chargé de défendre les fortifications et les ponts entourant le port d’Anvers.

 

Le 10 mai, l’armée belge est surprise par l’attaque soudaine des allemands.

 

Contraint de battre en retraite, celui qui est maintenant le Commandant Fouassin parvient néanmoins à faire sauter le tunnel sous l’Escaut, après avoir fait passer 20.000 hommes et charroi pendant la nuit.

 

Fait prisonnier à Bruges, les Allemands lui ordonnent de réparer les deux derniers ponts qu’il avait détruits la veille. Le voici devenu en quelque sorte entrepreneur de travaux publics, à la solde de l’ennemi bien sûr, mais avec l’avantage de pouvoir soustraire de nombreux jeunes gens au départ pour l’Allemagne et ses sinistres camps de prisonniers.

 

Pour ses actes de bravoure durant la guerre 40-45, Marcel Fouassin a reçu la croix de guerre avec glaives et le brevet de Prisonnier de guerre.

 

(Avant de poursuivre, je vous propose d’écouter, en son honneur, la Brabançonne.)

 

A l’issue de la guerre, Marcel Fouassin travaille quelque temps chez Cockerill-Ougrée. Très vite cependant, le goût du voyage le reprend. Il faut savoir que grâce à son beau-père qui possède une entreprise aux Etats-Unis, il est porteur d’un précieux visa américain, ce qui constitue un avantage non négligeable à cette époque.

 

Dès 1946, il s’embarque donc pour les USA, où il séjournera pendant deux ans pour le business bien entendu mais aussi pour parfaire son anglais.

 

De retour en Belgique, mais ayant gardé domicile à New-York, il prendra régulièrement l’avion pour se rendre au Vénézuela, au Brésil, en Italie ou encore en Afrique du Sud ou au Japon, en qualité de Conseiller belge à la construction étrangère chez SIBETRA.

 

A partir de 1960, il entrera comme directeur-adjoint à TRACTION & ELECTRICITE pour l’étude de la réalisation du complexe de SIDMAR.

 

Retraité officiellement en 1970, il poursuivra encore sa carrière durant 7 années en qualité de conseiller. Une brillante carrière pour laquelle il recevra la médaille de 1ère classe.

 

Précisons cependant qu’il n’arrêtera réellement le travail qu’à l’âge de 75 ans, terminant son dernier projet en 1980 pour l’ARBED au Luxembourg.

 

En 1983, le couple Fouassin quitte Bruxelles pour le bon air de Malmédy. Dix ans plus tard, ils se rapprochent de leur fille Monique qui a établi résidence à Trussogne-Celles. Marcel Fouassin a également un fils, Jean-pierre. Il est aussi l’heureux grand-père de 4 petits-enfants et 8 fois arrière-grand-père.

 

Veuf en 2001, notre jubilaire retrouvera Winnie de Menten de Horne, ancienne copine de minéralogie, qu’il épousera en 2004 et avec qui il déclare avec beaucoup de choses à partager.

 

Cher Monsieur Fouassin,

 

N’ayons pas peur des mots. Ce lundi, vous atteindrez un âge respectable. 100 ans. 10 décennies. 1 siècle. Vous voilà centenaire !

 

Alors qu’il y a encore une vingtaine d’années ce genre d’événement prenait une dimension importante, avouons qu’à l’heure actuelle, sans pour autant le banaliser, cela devient tout de même « assez courant » dirons-nous. Les progrès de la médecine et en ce qui vous concerne personnellement une hygiène de vie parfaite n’y sont certainement pas étrangers.

 

100 ans qui ne signifient pas pour autant « croulant ». Car qu’on en juge un peu.

 

Avec son épouse Winnie, Marcel Fouassin pratique encore la natation et le vélo. Il s’en est fallu de peu d’ailleurs pour qu’il nous rejoigne ce soir au guidon de sa bicyclette. Mais il a préféré conduire sa voiture.

 

C’est aussi un passionné de minéralogie, comme son épouse d’ailleurs. Il a ainsi découvert nombre d’espèces inconnues, que ce soit en Belgique (à Vielsam, Salm-Château et Blaton), ou à l’étranger (dans l’Eifel, la Forêt Noire, dans le Massif central ou en Ecosse).

 

Mais que dire alors de sa passion pour l’informatique dont le début remonte en 1978 lorsqu’il crée un programme spécifique de mathématiques pour son petit-fils sourd. Depuis, il est régulièrement appelé dans les écoles pour réaliser d’autres programmes et aider les professeurs.

 

Et à 98 ans, par plaisir, il a encore suivi tous les cours dispensés à Celles par Technobel dans le cadre du cybermobile.

 

Mais ce n’est pas encore tout. Marcel Fouassin est un bricoleur-né. Quand la météo ne lui permet pas de s’aérer, il s’enferme dans son appenti, devant ses machines-outils pour concevoir différents gadgets.

 

Mais rassurez-vous, notre centenaire apprécie aussi un bon moment de détente. Le soir, avec son épouse, il sirote volontiers un petit verre (on est pas petit-fils de distillateur pour rien) en écoutant Wagner, Ravel ou Debussy ou encore du jazz devant le feu de bois !

 

Cher Monsieur Fouassin,

 

Ce lundi 4 juillet à 17 heures précises, avec vous, notre commune comptera un nouveau centenaire.

 

Un siècle tout entier sera donc passé depuis le 4 juillet 1905, ce jour où vous empruntiez le chemin de la vie, sans que vous ni personne ne puisse imaginer qu’il serait aussi long et aussi bien rempli.

 

Le 20ème siècle en était alors à ses balbutiements. Et en ce 4 juillet 1905, rien ne laissait présager de la tournure qu’il prendrait, avec des événements joyeux, mais aussi et surtout avec des événements malheureux, pour ne pas dire effroyables.

 

En un siècle, vous en aurez connus des inventions, des évolutions et des révolutions, des réformes administratives, sociales, judiciaires et politiques en tout genre, des accroissements économiques et des crises successives, des événements historiques ou encore des changements de mentalité, de mœurs ou de valeur.

 

Nous n’en citerons que quelques exemples parmi tant d’autres : la naissance de l’automobile, la traversée de l’Atlantique en solitaire, l’apparition de la Vierge à Beauraing, le centenaire de la Belgique unifiée, la création du BENELUX, du Marché Commun, de l’OTAN, de l’ONU, de l’Europe, l’exposition universelle, l’assassinat de Kennedy, l’indépendance du Congo, la crise du charbon, la conquête de la lune, l’affaire Dutroux ou encore le cinéma, la télévision, le GSM et le réseau Internet.

 

Mais aussi la 1ère et la 2ème guerre mondiale.

 

Vous aurez également connu bien des personnages célèbres dans les domaines les plus variés, parmi lesquels pas moins de 7 papes et 5 de nos rois !

 

Cher Monsieur Fouassin, cher doyen des Houyettois,

 

Ce soir, votre 100ème anniversaire a rassemblé les autorités communales, les membres de votre famille et vos amis à la Maison communale, pour rendre hommage à toutes les étapes de votre siècle d’existence que vous avez franchies sans complaisance mais sans rigueur non plus, ni pour les choses ni pour les gens ; avec, au contraire, cette philosophie que l’on apprend nulle part ailleurs qu’à l’école de la Vie et que l’on retrouve d’ailleurs dans votre secret de longévité qui tient en trois règles:

 

1ère règle :           ne pas s’en faire et ne jamais se creuser la mémoire de ce qui a pu rater ;

2ème règle :          garder toujours une curiosité de toutes ces petites choses merveilleuses qui nous entourent ;

3ème règle :          ne jamais en vouloir à qui que ce soit et quelle que soit l’épreuve à endurer ;

 

Cher Monsieur Fouassin,

 

Il n’y a pas que les personnes présentes ici à être de tout cœur avec vous aujourd’hui.

 

Leurs Majestés le Roi ALBERT II et la Reine PAOLA s’associent en effet également aux sentiments de sympathie qui vous sont témoignés.

 

Avertis par mes soins de votre centenaire, Ils m’ont chargée de vous exprimer leurs félicitations ainsi que leurs meilleurs vœux de santé et de bonheur et vous remettre un souvenir personnel.

 

Mais le Conseil communal n’a pas voulu être en reste évidemment. Aussi, c’est à son nom et à celui de l’ensemble des habitants que forme notre entité que je vais vous remettre un petit cadeau tout en vous souhaitant de tout cœur de vivre encore de nombreuses années auprès de votre épouse dans ce nid paisible qu’est la « Grande Trussogne » dans cette si belle commune qu’est la nôtre.

 

Sachez encore que la tradition veut qu’à partir de 100 ans, les autorités communales se déplacent chaque année au domicile du jubilaire pour partager le gâteau d’anniversaire. Vous voilà donc prévenu.

 

A présent, j’invite tout le monde à se lever pour vous applaudir longuement et vous chanter tous en chœur un très, très joyeux anniversaire !

 

 

 

 

                                                                           Marie-Claude LAHAYE-ABSIL

                                                                           Bourgmestre de Houyet