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Michel Schooyans: dire non au contrôle sécuritaire de la vie

Entretien avec Paul Vaute, publié dans La Libre Belgique du mardi 12 octobre 1999.

Pour le philosophe et théologien, la vraie menace vient des politiques qui favorisent le "crash démographique", au Nord comme au Sud

Ce n'est pas la surpopulation qui menace notre humanité à terme mais la baisse de la fécondité, véritable "crash démographique" lié, tant dans les pays pauvres que dans les plus riches, à "des interventions de plus en plus nombreuses visant à contrôler la transmission de la vie". En développant cette thèse dans son dernier livre, "Le crash démographique. De la fatalité à l'espérance", Michel Schooyans fait écho aux mises en garde de l'Eglise contre la "culture de mort" qui étend son emprise sur nos sociétés. Mais il agit aussi en révélateur de bien des données qui sont venues, ces dernières années, corroborer la critique de l'idéologie malthusienne.

 

Au contraire. Depuis vingt-cinq ou trente ans, des démographes comme Alfred Sauvy ont montré qu'il n'y a pas de danger de croissance exponentielle de la population. C'est en fait à une chute de la fécondité, à un fléchissement du taux d'accroissement de la population mondiale que l'on assiste. Et c'est bien là le danger. En Europe, nous sommes en train de périr démographiquement, avec des générations qui ne se renouvellent pas et une population qui vieillit. Dans une vingtaine de pays comme l'Allemagne, le nombre d'habitants est déjà en train de diminuer.

 

Ce n'est pas une solution durable parce que les pays d'où viennent les immigrés seront touchés à terme par la même tendance que les pays développés. D'autre part, il faut bien reconnaître - même si c'est un point délicat - que les arrivées massives ne sont pas sans problèmes quand il s'agit non plus de populations venant d'Espagne, d'Italie ou de Grèce, de culture latine donc, mais de populations musulmanes, de culture radicalement différente.

 

Je n'ai pas trouvé cette théorie sous beaucoup de plumes et elle est, de toute manière, démentie par les faits. On ne connaît pas de sociétés qui aient été stimulées par le vieillissement. Quand les vieux auront le plus grand poids électoral, on détournera à leur profit des ressources initialement destinées à l'emploi, à l'éducation, à la famille… Cela va tarir les sources de la société. Cette théorie est le prototype de la légitimation idéologique d'un phénomène.

 

Aux yeux des malthusiens, cela va de soi. Si les vieux sont plus nombreux et coûtent plus cher, la tentation devient forte d'abréger leur vie. Et puisqu'on autorise les parents à disposer de la vie de leurs enfants, pourquoi leurs enfants ne disposeraient-ils pas plus tard de la vie de leurs parents?

 

Le contrôle de la vie peut être une politique choisie par des États mais c'est aussi celle des instances internationales comme l'Onu ou d'organisations non gouvernementales comme l'IPPF, qui imposent des programmes à des pays pauvres en subordonnant l'aide accordée à leur acceptation. A la base, il y a l'hypothèse non prouvée selon laquelle existeraient des liens déterminants entre croissance de la population et sous-développement. Or, bien que le monde compte beaucoup plus d'habitants, le niveau de vie et l'espérance de vie ne cessent d'augmenter partout, même si ce n'est pas partout au même rythme. Julian Simon, notamment, a montré que les ressources dont nous disposons sont surabondantes ainsi que le pouvoir de l'homme de les transformer.

 

Toutes les disciplines sont susceptibles d'être récupérées mais la démographie est sans doute la plus exposée. Gérard-François Dumont et René Bel ont relevé des erreurs par centaines dans les publications du Fonds des Nations Unies pour la population (Fnuap). On procède d'ailleurs actuellement à des révisions et les démographes ne sont pas tous vendus au sein de l'Onu. A côté de ceux du Fnuap, qui sont des mercenaires, il y a ceux de la Division de la population qui sont relativement plus indépendants et scientifiques.

Ces situations existent aussi dans nos pays. En France, l'Institut national d'études démographiques (Ined), qui dépend des subventions du gouvernement, n'est pas totalement libre dans la discussion sur les pensions que Jospin et Aubry ne cessent de repousser. A l'UCL, au département de démographie, il y a des gens extrêmement compétents mais quand on se promène dans les couloirs, on voit des macarons, des autocollants, sur lesquels ils disent qu'ils travaillent avec le Fnuap.

 

Londres, Paris, New York ou Bruxelles sont aussi surpeuplées sans que cela soit invivable parce qu'il y a une bonne organisation du management du territoire, des habitations. A l'inverse, ce sont de mauvais choix politiques qui sont à l'origine des problèmes de Mexico où on a voulu concentrer les activités industrielles ainsi qu'une importante clientèle électorale pour le parti au pouvoir (PRI). Mais un peu partout, une volonté de décentraliser les activités économiques fait son chemin. Les gens vont s'établir vers de nouvelles villes à dimension plus humaine.

ph20

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