Une dérive de l'Onu

 

Recension par Denis Lensel de La face cachée de l'ONU

France Catholique, n°2764, 24 novembre 2000

 

L'Onu tourne le dos à la conception humaniste des droits de l'homme qui s'exprimait dans la Déclaration universelle de 1948, d'inspiration judéo-chrétienne. Qui pourra arrêter cette dérive?

 

Avec ses agences multiples et l'appui de certaines ONG, l'Onu promeut de "nouveaux droits". Gare à ceux qui ne les accepteraient pas! Prenons le cas de l'avortement. On a commencé par parler d'une "dérogation" au principe fondamental du respect de la vie. Puis on érige la dérogation en "nouveau droit". Les défenseurs du respect de la vie à naître sont alors en passe d'être accusés de s'opposer à la liberté, même s'il s'agit de la liberté de tuer. Dans cette logique, dans la mesure où l'avortement et l'euthanasie, ou encore l'homosexualité, seront reconnus comme des "droits de l'homme", les opposants à ces pratiques pourraient être un jour jugés par une Cour pénale internationale. Et le christianisme est évidemment considéré comme un obstacle à la nouvelle conception d'une liberté sans frein et sans respect d'autrui.

 

C'est pourquoi le Père Michel Schooyans dénonce savamment un "totalitarisme sournois", "une idéologie hybride monstrueuse" faite à la fois d'un ultra-libéralisme malthusien et laxiste et d'une extrapolation du socialisme. Il y a volonté de soumettre l'homme aux impératifs d'une écologie profonde, à déifier la terre et à désacraliser l'homme. Et voici "une arithmétique individualiste des intérêts et des plaisirs" qui ne peut que dégénérer en loi de la jungle.

 

Le Père Schooyans observe la mise en place d'un engrenage idéologique: 

"Lorsqu'on parle de pauvreté, on est renvoyé à la population, et de là au 'développement durable', de là à l'environnement, de là à la sécurité alimentaire, de là à la 'santé publique' où la santé du corps social l'emporte sur celle des personnes, de là à l'euthanasie, de là à de nouvelles formes d'eugénisme, de là au féminisme radical, de là au 'genre' (Ndlr: censé se substituer aux sexes naturels), de là à la famille, de là à la 'santé reproductive', de là à l'avortement, de là aux soins de santé primaires, de là à l'éducation sexuelle, de là aux 'nouveaux droits de l'homme', de là à l'homosexualité, de là au désamorçage des objections pouvant émaner de gouvernements nationaux divergents, de là à la dénonciation des 'nouvelles formes d'intolérance', de là à de nouveaux tribunaux, de là au renforcement du rôle et des pouvoirs de l'Onu, de là aux changements des législations nationales, de là à l'augmentation des moyens dont disposent les agences internationales, de là au conditionnement de l' 'aide', de là à l'association de certaines ONG aux programmes des agences de l'Onu, de là à la consolidation du consensus, de là à la nécessité d'urger le 'respect des engagements', de là à l'occultation des nombreuses réserves émises par les participants aux conférences, de là à la nécessité d'un groupe de travail qui coordonnera partout les actions sur le terrain, de là à la mise sous tutelle d'États souverains sous prétexte de lutter contre la pauvreté et en fait pour contrôler la croissance de la population".

 

La principale offensive idéologique de l'Onu se poursuit contre la famille. Une volonté de déstabilisation du mariage se traduit par un détournement général du sens du mot famille, transformé en "concept polysémique" renvoyant à des "réalités polymorphes". Les mots mariage, maternité et paternité étaient presque totalement bannis du texte de la conférence onusienne de Pékin sur les droits des femmes en septembre 1995. Paradoxe tragique, à l'heure où l'on parle de lutter contre l'exclusion sociale, les organismes de l'Onu s'emploient à déstabiliser la famille traditionnelle qui est pourtant la meilleure garantie contre cette exclusion.

 

Dans cette idéologie imposée à l'échelle mondiale avec de puissants moyens, Michel Schooyans dénonce une "nouvelle éthique", qui avalise "une violence sans précédent dans l'histoire, visant le moi physique et psychologique de chacun, et visant la famille où se forme ce moi". Il y voit une guerre contre l'homme, qu'actuellement seule ou presque seule l'Église peut contrecarrer.

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