Onu-famille:

des attaques insidieuses et profondes

 

par Michel Schooyans

paru dans Famille Chrétienne, n°1326, du 14 au 20 juin 2003

 

 

Ces dernières années, l'Onu, par certaines de ses institutions spécialisées, a multiplié ses attaques contre la famille. Elle présente désormais la famille hétérosexuelle et monogame comme une structure démodée, voire nocive, dépassée par de nouvelles formes d'union.

 

 

En 1948, l'Onu proclamait la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Elle reconnaissait alors solennellement le droit de chaque être humain à la vie, à la liberté d'expression, d'association et de religion, ainsi que le droit de fonder une famille. Comme le montrent les travaux préparatoires de la Déclaration, le mot "famille" était employé à l'époque pour désigner la famille hétérosexuelle et monogamique: des parents mariés, élevant ensemble leurs enfants.

En dépit de cette Déclaration, l'Onu, depuis quelques années, a changé substantiellement sa position sur la question. Le fer de lance de ce changement, c'est le Fond des Nations Unies pour la Population (FNUAP). Les grandes conférences internationales et les conventions qu'élabore l'ONU attaquent désormais de front l'institution familiale. Ce fut déjà le cas lors de la Conférence du Caire sur la Population et le Développement, en 1994. Ce fut aussi le cas lors de la Conférence de Pékin sur la Femme, en 1995. Au cours de cette Conférence, la famille dite traditionnelle a été présentée comme le lieu par excellence de la lutte des classes, où l'homme opprime la femme, lui impose le "fardeau" de la maternité, et l'empêche de s'épanouir en apportant sa contribution à la production. La libération de la femme, a-t-il été affirmé, passe par la destruction de la famille.

 

L'idéologie du gender

Lors de cette même Conférence, l'Onu a mis en avant une nouvelle idéologie qui vise à détruire la famille: c'est l'idéologie du "gender" (genre). Celle-ci considère que les différences génitales entre l'homme et la femme n'ont pas vraiment d'importance; que les différences de rôles entre l'homme et la femme n'ont qu'une origine culturelle et non pas naturelle; que la culture qui les a produites est en voie d'extinction, et donc que la famille est vouée à disparaître. Ces rôles seraient aujourd'hui interchangeables, et il faut tout faire pour "dématerniser" la femme. Le mot "maternité" a ainsi été pratiquement balayé du document final de la Conférence de Pékin sur la femme.

Depuis, pour l'Onu, l'hétérosexualité et la monogamie ne sont plus qu'un cas de pratique sexuelle à côté de divers autres à mettre sur le même pied: l'homosexualité, le lesbianisme, la bisexualité, le travestisme, etc. Aujourd'hui, l'Onu emploie ainsi le mot "famille" pour désigner toutes sortes d'unions consensuelles: unions homosexuelles, lesbiennes, "familles" recomposées, "familles" monoparentales, etc. L'homosexualité, la contraception ou l'avortement sont désormais présentés comme des "droits de l'homme". Le mariage, quant à lui, se résume à un contrat privé entre individus, qui peut être fait, défait, et refait, au gré des parties contractantes.

En répandant cette idéologie à travers ses conférences et ses documents, l'Onu exerce aujourd'hui une pression, et parfois un véritable chantage, sur les États hésitants ou réfractaires, pour qu'ils traduisent dans leurs lois les thèses de l'idéologie du genre et qu'ils en légalisent les conséquences pratiques. C'est ainsi qu'elle obtient d'eux qu'ils ratifient des conventions allant dans cette direction, conventions qui acquièrent ensuite force de loi dans les pays signataires.

En même temps, l'Onu apporte sa caution aux États qui ont déjà entrepris d'affaiblir l'institution familiale en accordant le même traitement juridique à différents types d'unions, comme l'a fait la France lorsque l'Assemblée nationale a approuvé le pacs (pacte civil de solidarité), le 13 octobre 1999.

 

Une campagne mondiale pour l'éducation sexuelle des adolescents

Pour être plus efficace dans la promotion de ces soi-disant nouveaux "droits de l'homme", ce sont les adolescents que l'Onu vise spécialement depuis quelques années. L'Onu et ses satellites font en effet une campagne mondiale pour l'éducation sexuelle des jeunes, centrée sur l'idée qu'ils doivent pouvoir avoir accès, sans restriction aucune et en toute confidentialité, aux "droits reproductifs" que sont la contraception, la pilule du lendemain et l'avortement.

Les parents, suspects a priori d'être attachés à la culture traditionnelle jugée dépassée, ne doivent avoir aucun droit de regard dans ce domaine. Le but est de les dessaisir peu à peu de tout contrôle sur l'éducation idéologiquement correcte, c'est-à-dire anti-famille, que les écoles sont incitées à inculquer aux enfants.

En mai 2002, le Sommet de l'Enfance qui s'est tenu à New York a ainsi réaffirmé que l'Onu a parmi ses objectifs de "prévoir l'accès de toutes les personnes 'd'âge approprié' à la médecine liée à la sexualité", et de faire en sorte "que les programmes scolaires mettent l'accent sur la promotion et la protection des droits de l'homme". Parmi ces "nouveaux droits de l'homme" figure le droit d'accéder aux services de "santé reproductive", que l'Unicef, appuyée par d'autres agences de l'Onu, a entrepris de rendre effectifs, en particulier dans les pays pauvres.

 

La réaction des États-Unis

Cependant, depuis son arrivée au pouvoir, le président George W. Bush a sensiblement modifié la politique des États-Unis en matière de respect de la vie et de la famille. Un fait qui doit être reconnu, même si l'on ne suit pas d'autres options politiques de l'homme le plus puissant du monde.

Même s'il reste beaucoup à faire, ce changement d'attitude permet d'espérer que la nouvelle révolution culturelle promue par l'Onu n'est pas forcément irrémédiable. Selon les directives du président américain en effet, le gouvernement des États-Unis refuserait désormais de financer les programmes et organismes anti-vie ou anti-famille, ainsi que les campagnes de "santé reproductive" pilotées par l'Onu et ses satellites non gouvernementaux.

Il est surprenant que l'Union européenne, en plein collapsus démographique, fasse pour sa part bon accueil, chez elle, à cette révolution culturelle suicidaire, et qu'elle prenne le relais de l'empire américain pour l'infliger au Tiers-Monde.