L'Onu démasquée

 

Par Marie-Catherine d'Hausen

Famille Chrétienne n°1222 du 16 au 22 juin 2001

 

Professeur émérite à l'université de Louvain, membre de l'Académie pontificale des sciences (Rome), le Père Michel Schooyans est spécialiste des idéologies contemporaines et des politiques de population. Dans La Face cachée de l'Onu, il enlève le masque de cette organisation, qui apparaît comme l'un des rouages essentiels de la culture de mort.

 

Le Père Schooyans pousse un cri d'alarme. Au fil des années, l'Onu s'est éloignée de l'esprit de ses origines - celui de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Une conception réaliste selon laquelle tous les hommes naissent égaux en droits, avec le droit à la vie pour clé de voûte…

Mais imperceptiblement, sous l'influence, notamment, de la Charte de San Francisco (1945), positiviste, l'Onu et ses agences ont élaboré une nouvelle conception des droits de l'homme: lequel n'est plus le centre du monde mais une parcelle éphémère du cosmos, fait pour une mort sans au-delà; plus une personne mais un individu, plus ou moins utile, qui décide en fonction de ses intérêts et ses jouissances, incapable de reconnaître la vérité et de régler sur elle sa conduite. Une conception où règne la tyrannie du consensus et de la majorité: les droits de l'homme ne sont plus reconnus, mais toujours négociables, imposés, voire marchandés.

 

Cette idéologie nouvelle s'inspire du holisme (tout est dans tout) qui pousse au paroxysme la dérive totalitaire du socialisme, et de l'individualisme qui pousse au paroxysme la dérive totalitaire du libéralisme pour aboutir à un système de pensée unique.

 

Vers un droit supranational contre les vrais droits de l'homme

 

L'affaire est grave. Car cette conception perverse rejaillit sur toutes les questions de vie: avortement, contraception, euthanasie, stérilisation de masse, homosexualité, démographie… Analysant et décortiquant textes et réunions de l'Onu, le Père Schooyans le démontre magistralement.

 

Pour relayer l'Onu, des multinationales et de nombreuses ONG, dont les deux plus actives sont le FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population) et l'IPPF (Fédération internationale pour la planification familiale), qu'on a vues à l'œuvre aux Conférences du Caire (1994) et de Pékin (1995).

 

Par ce biais, l'Onu fait pression sur les pays - surtout pauvres - pour leur faire signer des pactes et conventions qui ont force de loi. Elle se dote aussi d'instruments juridiques échappant au contrôle des nations. Telle la Cour pénale internationale, censée réprimer les crimes contre l'humanité, mais qui, sous la pression des lobbies féministes et/ou homosexuels, pourrait aussi réprimer les opposants à ces nouveaux droits de l'homme.

 

Peu à peu, se met en place un droit supranational contre les vrais droits de l'homme.

 

Ainsi, l'Onu vise à instaurer une sorte de super-État mondial, sans visage et totalitaire, régi par un système pyramidal de normes juridiques susceptibles de légaliser n'importe quel contenu, car détachées de l'homme. Pour un projet hégémonique de contrôle mondial de la vie - individus, familles, États.

 

Un colosse aux pieds d'argile

 

Le tableau est sombre. Mais l'Onu est aussi un colosse aux pieds d'argile. Comme le prouvent, par exemple, les maigres résultats de "Pékin + 5" (New York, juin 2000, huit mille participants, cent quatre-vingts pays, deux mille ONG), qui déploya l'artillerie lourde pour faire adopter ou accélérer l'adoption de ces nouveaux droits regroupés autour des "droits sexuels". Or, dans le document final, pas de droits sexuels, et toujours la famille traditionnelle. Au grand dam de Nafis Sadik, directrice du FNUAP, secrétaire de la Conférence du Caire.

 

L'Onu a une peur obsessionnelle de la différence et de la dissidence. Et donc peur de l'Église "intolérante", parce qu'elle dit la vérité. Peur aussi de la famille traditionnelle, qu'elle cherche à briser.

 

Mais ne crions pas victoire. La guerre contre ces nouveaux droits de l'homme continue. Dans laquelle la voix du Saint-Siège à l'Onu est capitale, comme l'engagement de chrétiens formés et organisés, et où la famille traditionnelle, "avenir de l'humanité" (Jean-Paul II) a un rôle essentiel à jouer. Les enjeux sont de vie ou de mort.

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