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Pour que la vie prenne le dessus

Le mythe de la surpopulation de la planète commence à s'effondrer. Mais les politiques antinatalistes continuent de sévir. Le péril est grave. Mais ce n'est pas une fatalité. La victoire de la culture de la vie dépend de la mobilisation de chacun.

Propos recueillis auprès du Pr Michel Schooyans par Sabine Chevallier

Famille Chrétienne n°1141 du 25 novembre 1999

L'Onu vient de fêter à grand bruit la naissance du six milliardième habitant de la Terre. Et met l'accent sur l'accélération vertigineuse de la croissance de la population mondiale. Dans votre dernier livre, vous comparez la chute de la natalité au naufrage du Titanic. N'est-ce pas paradoxal?

Les mythes de l'"explosion démographique" et de la "croissance exponentielle de la population mondiale" continuent à être répandus avec une belle constance par certains technocrates de l'Onu. Mais, en son sein même, la prestigieuse Division de la population du Conseil économique et social, réunissant les démographes du plus haut niveau mondial à New York, en novembre 1997, a manifesté la convergence de toutes les contributions pour admettre la chute généralisée de la fécondité.

Mais la population mondiale continue d'augmenter!

La croissance de la population mondiale n'est pas due à des taux de natalité effrénés mais d'abord à l'augmentation de l'espérance de vie, à la naissance et à tout âge. Au Mexique par exemple, celle-ci est passée de 27 ans au début du siècle à 75 ans. Les hommes, vivant plus vieux, sont plus nombreux à habiter la planète en même temps. Mais l'indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme en âge de procréer), lui, est en baisse à peu près partout. Ces deux facteurs se combinent pour faire chuter la population: le vieillissement fait augmenter le taux de mortalité: le déclin de la fécondité fait tomber les taux de natalité.

Ce déclin démographique entraîne un vieillissement généralisé des populations, qui a une conséquence directe: la dépopulation, temporairement occultée par la baisse de la mortalité. Dans soixante-six pays, le taux de fécondité est en dessous du seuil de remplacement de la population (2,1 enfants par femme). Déjà, dans quinze pays d'Europe, dont l'Allemagne, le nombre des décès dépasse celui des naissances.

La chute du taux de croissance, à échelle mondiale, passée en quelques années de 4 ou 5% à 1%, est aussi un indice inquiétant. La raréfaction du "capital humain", principale richesse et moteur de tout développement, prend les allures d'un véritable naufrage.

Quelles conséquences cela entraîne-t-il?

D'abord, une augmentation de la proportion de personnes âgées dépendantes. Ni les parlementaires, ni les décideurs politiques, n'ont le courage de dire que les avantages sociaux et le système des pensions vont inévitablement être revus à la baisse. Les électeurs exigent des hommes politiques qu'ils soient les conservateurs de droits sociaux acquis dans un climat de prospérité mais totalement insoutenables aujourd'hui. De ce fait, ils mettent en danger la démocratie. Des réformes radicales sont impératives et urgentes.

Ainsi, les systèmes éducatifs sont directement menacés, le poids des personnes âgées dépendantes pesant de plus en plus dans les budgets des pouvoirs publics. Les arts, métiers, disciplines scientifiques, vont s'appauvrir: il n'y aura pas assez de jeunes pour les recueillir de façon créative. Les vecteurs de la culture sont les hommes, qui reçoivent celle-ci pour l'enrichir, et non les livres ou les ordinateurs. C'est une catastrophe pour les pays de riche tradition culturelle, et par effet de domino, pour toute la communauté humaine.

D'où, également, un risque de tensions très fortes entre générations. On voit poindre l'euthanasie, présentée comme solution finale aux impasses de la Sécurité sociale.

On voit aussi que le chômage a d'autres causes que l'augmentation de la productivité. En Allemagne, les entreprises travaillent au-dessous de leur capacité de production. Les progrès agronomiques, techniques et industriels ont favorisé l'accueil d'une population plus nombreuse. Il est insensé de s'ingénier à augmenter l'offre de biens d'équipement et de consommation alors que la demande tend à fléchir.

Les mesures de réduction du temps de travail et d'abaissement de l'âge de la retraite sont démographiquement suicidaires, d'autant que l'espérance de vie sans incapacité augmente. Les investissements dans l'éducation doivent en outre être amortis par une période d'activité suffisante.

D'autre part, une population vieillissante freine les investissements de productivité et de capacité, n'incite pas à la créativité, consomme l'épargne, recourt à des emprunts qui pèsent sur la génération suivante. Fascinées par la consommation, des sociétés vivent à tempérament, brûlent ce dont les générations futures auront un besoin vital.

En l'absence de descendance, des personnes désapprennent à envisager le temps au-delà de l'échéance de leur propre mort. On verra peut-être bientôt des pays riches vieillissants emprunter aux nations émergentes, devenues capables de produire du capital excédentaire et exportable, au lieu de développer tout le potentiel de leur capital humain.

Cela crée des déséquilibres violents entre nations, régions, pays. Il ne faut pas imaginer que le Sud manifestera une solidarité empressée vis-à-vis du Nord sénile. La pression des populations jeunes sera de plus en plus forte, et aucune réglementation ne réussira à la contenir. A l'échéance de 2030, la population de l'Allemagne comportera 30% d'étrangers. A Munich et Francfort, ce pourcentage atteindra 50%, avec des répercussions profondes sur la vie politique et les relations internationales.

En outre, la défense d'une nation face aux menaces extérieures requiert des coûts fixes qui, répartis sur une population qui se contracte, seront de plus en plus difficiles à supporter.

Quelles sont les causes de ce "naufrage"?

D'abord, un environnement peu propice à l'accueil de la vie: chute de la nuptialité, travail contraignant des femmes, absence de politique familiale, fiscalité pénalisante pour les familles (en Italie, les familles paient plus d'impôts avec deux enfants qu'avec un seul). Le chômage favorise la crainte de l'avenir. Les politiques de crédits poussent à l'acquisition de biens de consommation plutôt qu'à l'investissement dans l'éducation et les biens favorables à la famille.

D'autre part, des techniques antinatalistes contrôlent la transmission de la vie: contraception, avortement, politiques de stérilisation des populations. Cette culture de mort est divulguée au premier chef par l'Onu. Les données chiffrées démentant de plus en plus nettement le bien-fondé de la peur de l'explosion démographique, ce langage est aujourd'hui doublé d'un discours sur les "valeurs nouvelles". Le contrôle démographique n'est plus présenté comme un "remède" à un "problème", mais la contraception, la stérilisation, l'homosexualité deviennent des "valeurs" à promouvoir.

D'où un discours inédit qui, abusant du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, vante ces "nouveaux droits" obtenus par "consensus" et sans cesse renégociables.

Quels sont les moyens mis en œuvre par l'Onu pour ce contrôle des populations?

Le principe du "consensus" qui fonde les décisions de l'Onu annonce le rejet de toute référence à des critères objectifs de vérité, de moralité, de justice: le droit se base sur ce qui se fait. L'ingénierie idéologique modifie les mentalités et comportements. Les normes juridiques instituent subrepticement une autorité supranationale qui affaiblit la souveraineté des États. Les nations ne contrôlent plus l'Onu, qui agit à travers ses agences: Programme des Nations unies pour le développement, Organisation mondiale de la santé, Fonds des Nations unies pour la population… Les organisations non gouvernementales qu'elle finance bénéficient de masses considérables d'argent, d'un rôle croissant, et d'un accès direct aux pays pour appliquer les programmes de contrôle de la population.

A titre d'exemple, des primes ou des jours de congé sont octroyés aux personnels médicaux qui doivent faire exécuter les plans de santé publique; et ceux-ci sont pénalisés si les objectifs fixés ne sont pas réalisés. Résultat: le pourcentage des utilisatrices de contraceptifs ayant été stérilisées atteint 37% dans le monde, 40,3% au Brésil, 43,3% au Mexique.

Mais sur quels arguments repose ce que vous appelez l'idéologie du contrôle démographique?

Le noyau dur de ce discours comporte trois références de base: au malthusianisme (qui veut lutter contre la pauvreté en réduisant le nombre des pauvres), au néo-malthusianisme (qui véhicule le droit au plaisir individuel maximum, la contraception, le rejet du mariage, l'eugénisme), et à l'espace vital (qui consiste à vouloir protéger la "Terre-mère" des dégradations qu'entraînerait un accroissement de population).

Divers thèmes y sont incorporés. Les "nouveaux droits de l'homme" sont imposés comme normes juridiques internationales, surplombant les normes traditionnelles, les législations nationales, les cultures et sans aucun doute les religions.

Ils comportent le concept de "santé reproductive". L'enfant n'est admis à naître et à vivre que sous réserve d'une condition suspensive: il devra d'abord être déclaré de qualité irréprochable. Sans quoi, au nom des "droits de la santé reproductive", sa mère sera admise à "bénéficier" d'un avortement légal.

La notion de gender, elle, introduit le caractère polysémique ou polymorphique de la famille, qui peut viser à peu près n'importe quoi: l'union hétérosexuelle, homosexuelle, lesbienne, monoparentale, l'inceste… avec contrat résiliable à tout moment. L'éducation sexuelle des enfants est coupée de tout droit de regard des parents.

Cette vision des choses, vous la récusez…

L'idéologie sécuritaire du contrôle démographique qui sous-tend tous les programmes de l'Onu comporte de nombreuses affirmations scientifiquement et moralement inacceptables. En arrière-fond, on en trouve déjà les vrais motifs dans le rapport Kissinger de 1974, dont le titre est éloquent par lui-même: "Implications de la croissance de la population mondiale pour la sécurité des Etats-Unis et ses intérêts outre-mer".

La corrélation entre l'évolution démographique et la croissance économique ou le sous-développement est une hypothèse qui n'a jamais été démontrée. On ne peut raisonner sur les hommes comme sur des marchandises; l'homme n'est pas seulement une bouche à nourrir; on ne peut le réduire au binôme consommateur-producteur: il apporte un capital de créativité, de tendresse…

La capacité porteuse de la Terre varie dans l'espace et dans le temps selon la capacité que l'homme a ou n'a pas d'humaniser le milieu ambiant. Partout, le capital humain est beaucoup plus important que le capital physique. C'est l'homme qui, par son intelligence et son éducation, transforme les choses ordinaires en richesses - comme le sable en équipements électroniques par exemple.

La grande cause de pauvreté est l'inégalité face à l'accès au savoir, et la mauvaise répartition de ce savoir. Les pays qui se sont le plus développés depuis la Seconde Guerre mondiale ne sont pas ceux qui ont reçu le plus d'aides (comme le Zaïre ou l'Ethiopie), mais ceux qui ont le plus mis en valeur leur capital humain (le Japon, la Corée…).

Et comme l'a montré Gary Becker, prix Nobel d'économie en 1992, c'est dans la famille que se forme le capital humain, que s'éduque la capacité inventive, créatrice, le sens de la solidarité, de la responsabilité: une éducation fondamentale qui commence dès la naissance.

Vous sous-titrez votre livre "De la fatalité à l'espérance". Que proposez-vous?

Face à la dimension internationale des politiques de l'Onu, il est urgent d'entreprendre une action systématique pour barrer la route à toute velléité de totalitarisme, totalitarisme dont est porteuse l'idéologie sécuritaire du contrôle démographique.

Il est essentiel de considérer que le respect de la vie et de la famille n'est pas seulement une question d'éthique sexuelle et conjugale, un problème de morale privée, mais également une question d'éthique sociale et politique. Elle concerne les nations, leur souveraineté et leur population, avec des incidences sur les personnes et les familles mais aussi sur les relations entre nations.

En outre, il faut prendre conscience de l'énorme pouvoir d'invention et d'intervention de l'homme. Il n'y a pas de relation déterministe entre population et développement, ni de fatalité à la pauvreté.

Les promoteurs du contrôle de la vie ne se contentent pas d'improvisations ni d'empirisme. Ils œuvrent en suivant des plans établis, avec organisation et discipline, en professionnels du lobbying, de la communication et de la manipulation d'auditoire.

Les opposants au "contrôlisme" sont relativement peu nombreux, mais se multiplient et deviennent très actifs. On peut nommer parmi eux les délégués du Saint-Siège, les ONG pour la vie et la famille, beaucoup de catholiques, le Groupe des 77 (cent trente-trois pays en développement), les délégués de pays musulmans attachés à la vie comme don de Dieu.

Il est temps qu'ils dépassent un amateurisme généreux en étudiant les méthodes d'action des "contrôlistes", s'en inspirent pour professionnaliser la défense de la famille et de la vie, et établissent un plan à appliquer à divers niveaux: local, national, international. Cela peut se faire avec des ressources financières limitées.

Il faut prendre connaissance des programmes à long terme de l'Onu en matière de population et de droits de l'homme. Ils font l'objet de conférences internationales incessantes, extrêmement coûteuses, tantôt très médiatiques, tantôt frôlant la clandestinité, avec une constante: le filtrage des acteurs et des participants.

Il y a un travail systématique d'information à faire auprès des hommes politiques, médecins, journalistes, hommes d'affaires, afin de les sensibiliser.

Un seul préalable est nécessaire: il faut que les hommes retrouvent la force de s'aimer davantage.

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ph20

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