Conseil Pontifical pour la Famille

 

Colloque sur la Globalisation

 

Cité du Vatican, 27-29 novembre 2000

 

Globalisation et Économie politique

 

par Michel Schooyans

 

Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille

 

 

Échanges et interdépendance

 

         Les termes mondialisation et globalisation font aujourd'hui partie du vocabulaire courant. A un niveau très général, les deux termes sont pour ainsi dire interchangeables. Ils signifient qu'à l'échelle mondiale les échanges se sont multipliés, et que cette multiplication s'est faite rapidement. Tel est manifestement le cas dans les domaines scientifiques, techniques, culturels. Cette multiplication des échanges est rendue possible grâce à des systèmes de communication de plus en plus performants, le plus souvent instantanés.

 

         Toujours en ce premier sens courant, les termes mondialisation et globalisation évoquent l'interdépendance des sociétés humaines. Une crise économique aux USA, les décisions de l'OPEP concernant le prix du pétrole, les tensions entre Palestiniens et Israéliens –pour ne citer que ces exemples– ont des répercussions de portée mondiale. Nous sommes concernés, interpellés et même affectés par des catastrophes qui se passent loin de chez nous; nous sentons notre responsabilité face à la faim et à la maladie partout dans le monde.

 

         Les religions elles-mêmes dialoguent davantage. Au sein même de l'Église catholique, les communications se sont intensifiées.

 

         Nous avons ainsi acquis une conscience aiguë de notre appartenance à la communauté humaine. Dans ce premier sens, familier, on parlera d'une intégration. Le langage commun dira que "les distances ne comptent plus", que "les voyages rapprochent les hommes", que "le monde est devenu un village".

 

         Le monde tend vers plus d'unité; en principe, on ne peut que s'en réjouir. Il est en outre normal que, pour viser ce but, il faille envisager de nouvelles structures politiques et économiques capables de répondre à ces nouveaux besoins. Mais pas à n'importe quel prix ni dans n'importe quelles conditions.

 

 

Unification politique, intégration économique

 

         Depuis quelques années, le sens des mots mondialisation et globalisation s'est quelque peu précisé. Par mondialisation, on entend alors la tendance portant à organiser un gouvernement mondial unique. L'accent est donc mis ici sur la dimension politique de l'unification du monde. Dans sa forme actuelle, cette tendance a été développée dans plusieurs courants qu'étudient les internationalistes. Dans le cadre de cette communication, il suffira de citer deux exemples. Le premier modèle remonte à la fin des années 60 et il est dû à Zbigniev Brzezinski1. Selon ce modèle, les USA doivent assumer le leadership mondial, reformuler leur messianisme traditionnel. Ils doivent organiser les sociétés politiques particulières en tenant compte d'une typologie classant ces sociétés en trois catégories selon leur degré de développement. Le mondialisme se définit ici à partir d'un projet hégémonique dont l'objectif est de taille: imposer la Pax americana ou sombrer dans le chaos.

 

         A la fin des années 80 surgit un autre projet mondialiste, dont Willy Brandt est l'un des principaux artisans. Le Nord (développé) et le Sud (en développement) ont besoin l'un de l'autre; leurs intérêts sont réciproques. Il est urgent de prendre des initiatives internationales nouvelles pour combler le fossé qui les sépare. Ces initiatives doivent être prises au plan politique; elles doivent porter prioritairement sur le système monétaire, le désarmement, la faim. Selon le "programme de survie" du Rapport Brandt, il faut mettre sur pied "un organisme de surveillance de haut niveau" qui aurait notamment pour mission de rendre l'ONU plus efficace et de consolider le consensus qui caractérise celle-ci2. La conception de la mondialisation qui apparaît ici n'est nullement rattachée à un projet hégémonique. Elle se situe dans la tradition de l'internationalisme socialiste. Sans doute ne va-t-on pas jusqu'à recommander la suppression des États, mais la souveraineté de ceux-ci devra être limitée et mise sous contrôle d'un pouvoir politique mondial si l'on veut garantir la survie de l'humanité.

 

         En même temps que le terme mondialisation acquérait une connotation plutôt politique, le mot globalisation acquérait, lui, une connotation plutôt économique. La multiplication des échanges, l'amélioration des communications internationales poussent à parler d'une intégration des agents économiques mondiaux. Les activités économiques seraient réparties entre les différents États ou régions: le travail serait divisé. Aux uns reviendraient, par exemple, les tâches d'extraction; aux autres, celles de transformation; à d'autres enfin reviendraient les tâches de production technologique, de coordination mondiale, de décision. Cette vision de la globalisation est d'inspiration franchement libérale. A une réserve près toutefois: s'il y est largement question de la libre circulation des biens et des capitaux, il est moins question de la libre circulation des personnes3.

 

 

Globalisme et holisme

 

         Dans les documents récents de l'ONU, le thème de la globalisation apparaît plus fréquemment que celui de la mondialisation, sans toutefois que ces thèmes entrent en concurrence.

 

         L'ONU incorpore les conceptions courantes des deux thèmes que nous venons de rappeler. Toutefois elle profite de l'onde porteuse offerte par la conception courante de la globalisation pour soumettre ce mot à une altération sémantique. La globalisation est réinterprétée à la lumière d'une nouvelle vision du monde et de la place de l'homme dans le monde. Cette nouvelle vision a pour nom le holisme. Ce mot signifie que le monde constitue un tout ayant plus de réalité et plus de valeur que les parties qui le constituent. Dans ce tout, l'apparition de l'homme n'est qu'un avatar de l'évolution de la matière. L'homme n'a de réalité qu'en raison de son inhérence à la matière et il retournera définitivement à la matière. Le destin de l'homme, c'est d'être voué à la mort, c'est de disparaître inéluctablement dans la Terre-Mère d'où il est issu. 

 

         Le grand tout, appelons-le, pour simplifier, la Terre-Mère, transcende donc l'homme. Celui-ci doit se plier aux impératifs de l'écologie, aux convenances de la Nature. L'homme doit non seulement accepter de ne plus émerger du monde ambiant; il doit accepter de ne plus être le centre du monde. Selon cette lecture, la loi "naturelle" n'est plus celle qui est inscrite dans son intelligence et dans son cœur; c'est la loi implacable que la Nature impose à l'homme. La vulgate écologique présente même celui-ci comme un prédateur, et comme toutes les populations de prédateurs, la population humaine doit être contenue dans les limites du développement durable. L'homme doit donc non seulement accepter de se sacrifier aujourd'hui aux impératifs de Mère Gaïa, mais accepter aussi de se sacrifier aux impératifs du temps à venir.

 

         L'ONU est en train de concocter un document très important systématisant cette interprétation holistique de la globalisation. Il s'agit de la Charte de la Terre, dont plusieurs brouillons ont déjà été divulgués, et dont la rédaction est en phase finale. Ce document serait non seulement appelé à coiffer la Déclaration universelle de Droits de l'homme de 1948, mais selon certains, elle devrait supplanter le Décalogue lui-même!

 

         Voici, à titre d'exemples, quelques extraits de cette Charte: 

         

         "Nous sommes à un moment critique de l'histoire de la Terre, le moment de choisir son avenir... Nous devons nous unir pour fonder une société globale durable, fondée sur le respect de la nature, les droits humains universels, la justice économique et la culture de la paix...

L'humanité est une partie d'un vaste univers évolutif... Le milieu ambiant global, avec ses ressources finies, est une préoccupation commune pour tous les peuples. La protection de la vitalité, de la diversité et de la beauté de la Terre est un devoir sacré...

Une augmentation sans précédent de la population humaine a surchargé les systèmes économiques et sociaux...

Voici notre choix: former une société globale pour prendre soin de la Terre et prendre soin les uns des autres ou nous exposer au risque de nous détruire nous-mêmes et de détruire la diversité de la vie...

Nous avons besoin d'urgence d'une vision partagée sur les valeurs de base qui offrent un fondement éthique à la communauté mondiale émergente..."

 

Les religions et le globalisme

 

         Pour consolider cette vision holistique du globalisme, certains obstacles doivent être aplanis et des instruments doivent être mis sur pied.

 

         Les religions en général, et en premier lieu la religion catholique, figurent parmi les obstacles qu'il faut neutraliser. C'est dans ce but qu'a été organisé, dans le cadre des célébrations du Millenium, le Sommet des leaders spirituels et religieux. Il s'est agi de lancer l'"Initiative unie des Religions" qui a parmi ses objectifs de veiller à la santé de la Terre et à celle de tous les êtres vivants. Fort influencé par le New Age, ce projet vise, à terme, la création d'une religion mondiale qui impliquerait aussitôt l'interdiction, pour toute autre religion, de faire du prosélytisme. Selon l'ONU, la globalisation ne doit pas concerner les seules sphères de la politique, de l'économie, du droit; elle doit concerner l'âme globale. Représentant le Saint-Siège, le Cardinal Arinze ne pouvait signer le document final mettant toutes les religions sur le même pied4.

 

 

Le Pacte économique mondial

 

         Parmi les nombreux instruments mis sur pied par l'ONU en vue de la globalisation, le Pacte mondial mérite d'être mentionné ici. Lors de son discours d'ouverture au Forum du Millénaire, M. Kofi Annan reprenait l'invitation qu'il avait adressée en 1999 au Forum économique de Davos. Il proposait donc "l'adhésion à certaines valeurs essentielles dans les domaines des normes de travail, des droits de l'homme et de l'environnement." Le Secrétaire général de l'ONU assurait que par là on réduirait les effets négatifs de la globalisation. Plus précisément, selon M. Annan, pour combler le fossé entre le Nord et le Sud, l'ONU devrait faire largement appel au secteur privé. Il s'agirait d'obtenir l'adhésion à ce pacte d'un grand nombre d'acteurs économiques et sociaux: compagnies, hommes d'affaires, syndicats, ONG. Ce Global compact ou Pacte mondial serait une nécessité pour réguler les marchés mondiaux, pour élargir l'accès aux technologies vitales, pour distribuer l'information, pour divulguer les soins de base en matière de santé, etc. Ce Pacte a déjà reçu de nombreux appuis, entre autres de la Shell, de Ted Turner, patron de CNN, de Bill Gates, et même de plusieurs internationales syndicales.

 

         Le Pacte mondial suscite, on s'en doute, de graves interrogations. Peut-on compter sur les grandes compagnies mondiales pour résoudre des problèmes qu'elles auraient pu contribuer à résoudre depuis longtemps si elles l'avaient voulu? La multiplication des échanges économiques internationaux justifie-t-elle l'instauration progressive d'une autorité centralisée appelée à régenter l'activité économique mondiale? De quelle liberté jouiront encore les organisations syndicales si les législations travaillistes, incorporées au droit international, doivent se soumettre aux "impératifs" économiques "globaux"? De quel pouvoir d'intervention les gouvernements des États souverains jouiront-ils encore pour intervenir, au nom de la justice, dans les questions économiques et sociales? Plus grave encore: comme l'ONU frôle toujours la faillite, elle risque d'être victime d'une OPA de la part d'un consortium de grandes compagnies mondiales.

 

 

Un projet politique servi par le droit

 

         C'est cependant au niveau politique et juridique que le projet onusien de globalisation est les plus inquiétant. Dans la mesure où, comme nous l'avons vu, l'ONU, influencée par le New Age, développe une vision matérialiste, strictement évolutionniste de l'homme, elle désactive nécessairement la conception réaliste de l'homme qui sous-tend la Déclaration de 1948. Selon cette vision matérialiste, l'homme, pure matière, est définitivement incapable de dire quoi que ce soit de vrai sur lui-même et sur le sens de sa vie. Il en est réduit à l'agnosticisme de principe et au scepticisme. Les pourquoi? n'ont aucun sens; seuls importent les comment?

 

         La Déclaration de 1948 présentait cette prodigieuse originalité de fonder les relations internationales nouvelles sur l'extension universelle des droits de l'homme. Tel devait être le fondement de la paix et du développement. Telle devait être la base légitimant l'existence de l'ONU et justifiant sa mission. L'ordre mondial devait être édifié sur des vérités fondatrices reconnues par tous, protégées et promues progressivement par tous les États.

 

         L'ONU d'aujourd'hui a désactivé ces références fondatrices. Aujourd'hui, les droits de l'homme ne sont plus fondés sur une vérité s'imposant à tous et reconnue librement par tous: l'égale dignité de tous les hommes. Désormais les droits de l'homme sont le résultat de procédures consensuelles. Comme nous ne sommes pas capables –dit-on– d'accéder à une vérité solide concernant l'homme, et que même une telle vérité n'est pas accessible ou n'existe pas, il faut que nous concertions et que nous décidions, par un acte de pure volonté, ce qu'est la conduite juste, car les nécessités de l'action nous pressent. Cependant, nous n'allons plus décider en nous référant tous aux exigences de valeurs qui s'imposent à nous par la seule force de leur vérité. Nous allons engager une procédure de discussion et après avoir entendu l'opinion de chacun, nous allons trancher; nous allons prendre une décision. Cette décision sera réputée juste parce qu'elle sera le résultat actuel de la procédure consensuelle.

 

         Les "nouveaux droits de l'homme" selon l'ONU actuelle sont issus de procédures consensuelles qui peuvent être relancées indéfiniment. Ils ne sont plus l'expression d'une vérité concernant l'homme; ils sont l'expression de la volonté de ceux qui décident. Désormais, au terme de cette procédure, n'importe quoi peut être présenté comme "nouveau droit" de l'homme: droit aux unions sexuelles diverses, à la répudiation, aux foyers monoparentaux, à l'euthanasie, –en attendant l'infanticide, l'élimination des handicapés, les programmes eugéniques, etc.-  C'est pour cette raison que dans les assemblées internationales organisées par l'ONU, les fonctionnaires onusiens s'appliquent de toutes leurs forces à arriver au consensus. En effet, une fois acquis, le consensus est invoqué pour faire adopter des conventions internationales qui acquièrent force de loi dans les États qui les ont ratifiés.

 

 

Un système de droit international positif

 

         Tel est le nœud du problème posé par la globalisation selon l'ONU. Par ses conventions ou par ses traités normatifs, l'ONU est en train de mettre sur pied un système de droit international purement positif qui porte la forte empreinte de Kelsen5. Une tendance fondamentale s'observe de plus en plus: les normes des droits étatiques ne sont valables que si elles sont validées par le droit supra-étatique. Comme Kelsen l'avait anticipé dans sa célèbre Théorie pure, le pouvoir de l'ONU se concentre de façon pyramidale. Le droit international purement positif, débarrassé de toute référence à la Déclaration de 1948, est l'instrument utilisé par l'ONU pour se constituer en super-État.

 

 

Un tribunal pénal international

 

         Contrôlant le droit, en se posant même, en définitive, comme la seule source du droit, et pouvant vérifier à tout moment si ce droit est respecté par les instances exécutives, l'ONU intronise un système de Pensée Unique. Elle se dote donc d'un tribunal à la mesure de son appétit de pouvoir. Ainsi, des crimes contre les "nouveaux droits" de l'homme pourraient être jugés par la Cour Pénale Internationale fondée à Rome en 1998. Par exemple, dans la mesure où l'avortement ne serait pas légalisé dans tel État, l'État en question pourrait être exclu de la "société globale"; dans la mesure où un groupe religieux s'opposerait à l'homosexualité, ce groupe pourrait être condamné par la Cour pénale internationale pour atteinte aux "nouveaux droits de l'homme."

 

 

La gouvernance globale

 

         Nous sommes donc en présence d'un projet gigantesque, qui a l'ambition de réaliser l'utopie de Kelsen, en visant à "légitimer" et à mettre sur pied un gouvernement mondial unique, dont les agences de l'ONU pourraient devenir des ministères. Il est urgent –assure-t-on– de créer un nouvel ordre mondial, politique et légal, et il faut se hâter de trouver des fonds pour réaliser ce projet.

 

         Cette gouvernance globale avait déjà fait l'objet d'un encadré dans le Rapport du PNUD en 1994. Ce texte, rédigé à la demande du PNUD par Jan Tinbergen, prix Nobel d'Économie (1969), a toutes les allures d'un manifeste commandé par et pour l'ONU. En voici un extrait6.

 

                   "Les problèmes de l'humanité ne peuvent plus être résolus par les gouvernements nationaux. Ce dont on a besoin, c'est d'un gouvernement mondial.

                   La meilleure façon d'y arriver, c'est de renforcer le système des Nations Unies. Dans certains cas, cela signifierait qu'il faut changer le rôle d'agences des Nations Unies et que de consultatives elles deviennent exécutives. Ainsi, la FAO deviendrait le Ministère Mondial de l'Agriculture, UNIDO deviendrait le Ministère Mondial de l'Industrie, et ILO le Ministère Mondial des Affaires Sociales.

                   Dans d'autres cas, des institutions complètement neuves seraient nécessaires. Celles-ci pourraient comporter, par exemple, une Police Mondiale permanente qui pourrait citer des nations à comparaître devant la Cour Internationale de Justice, ou devant d'autres cours spécialement créées. Si les nations ne respectaient pas les arrêts de la Cour, il serait possible d'appliquer des sanctions, tant non militaires que militaires."

 

         Sans doute, tant qu'elles existent et qu'elles accomplissent bien leur rôle, les nations particulières protègent les citoyens; elles font respecter les droits de l'homme et utilisent dans ce but les moyens appropriés. Actuellement, dans les milieux de l'ONU, la destruction des nations apparaît comme un objectif à rechercher si l'on veut étouffer définitivement la conception anthropocentrique des droits de l'homme. En en finissant avec ce corps intermédiaire qu'est l'État national, on en finirait avec la subsidiarité puisque serait mis en place un État mondial centralisé. La route serait alors dégagée pour l'arrivée de technocrates globalisants et autres aspirants à la gouvernance mondiale.

 

 

Réaffirmer le principe de subsidiarité

 

Ainsi, le droit international positif est-il l'instrument utilisé par l'ONU pour organiser la société mondiale globale. Sous couvert de globalisation, elle organise à son profit la "gouvernance" mondiale. Sous couvert de "responsabilité partagée", elle invite les États à limiter leur juste souveraineté. L'ONU globalise en se posant de plus en plus en super-État mondial. Elle tend à régenter toutes les dimensions de la vie et de l'activité humaines en mettant sur pied un contrôle de plus en plus centralisé de l'information, du savoir et des techniques; de l'alimentation, de la vie humaine, de la santé et des populations; des ressources du sol et du sous-sol; du commerce mondial et des organisations syndicales; enfin et surtout de la politique et du droit. Exaltant le culte néo-païen de la Terre-Mère, elle prive l'homme de la place centrale que lui reconnaissent les grandes traditions philosophiques, juridiques, politiques et religieuses.

 

         Face à ce globalisme basé sur le sable, il faut réaffirmer la nécessité et l'urgence de fonder la société internationale sur la reconnaissance de l'égale dignité de tous les hommes. Le système juridique qui prédomine à l'ONU rend cette reconnaissance universelle strictement impossible puisque le droit et les droits de l'hommes n'y peuvent procéder que de déterminations volontaires. Il faut donc réaffirmer la primauté du principe de subsidiarité tel qu'il doit être correctement compris. Cela signifie que les organisations internationales n'ont pas à dessaisir les États, et les corps intermédiaires de leurs compétences naturelles et de leurs droits, mais qu'au contraire elles doivent les aider à les exercer.

 

         Quant à l'Église, elle ne peut que s'insurger contre cette globalisation impliquant une concentration du pouvoir aux relents totalitaires. Face à l'impossible "cohésion", "globalisation", que l'ONU s'évertue d'imposer en excipant d'un "consensus" toujours précaire, l'Église doit apparaître, à l'instar du Christ, comme un signe de division7. Elle ne peut cautionner ni une "unité" ni une "universalité" qui seraient suspendues aux vouloirs subjectifs des individus ou imposées par quelque instance publique ou privée. Devant l'émergence d'un nouveau Léviathan, nous ne pouvons rester ni muets, ni inactifs, ni indifférents. 

 

1.     BRZEZINSKI, Zbigniev, Between two Ages. America’s Role in the Technetronic Era, Harmondsworth, Penguin Book Ltd, 1970.

2.     Cf. North-South: A Programme for Survival, Londres, Pan Books World Affairs, 1980. Voir spécialement le chapitre 16, pp. 257-266.

3.     Parmi les premiers théoriciens "modernes" de cette conception, on peut mentionner Francisco de Victoria (avec son interprétation de la destination universelle des biens) et de Hugo Grotius (avec sa doctrine de la liberté de navigation).

4.     C’est à cette occasion que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié sa déclaration Dominus Iesus.

5.     Cf. KELSEN, Hans, Théorie pure du droit, traduction de Charles Eisenmann, Paris, LGDJ, 1999.

6.     Ce texte figure dans le Human Development Report 1994, publié par le PNUD, New York et Oxford, 1994; la citation se trouve p. 88.

7.     Cf. Lc 2, 33s.;  12, 51-53; 21, 12-19; Mt 10, 34-36; 23, 31s.; Jn 1; 6; 1 Jn 3, 22-4, 6.

ph20

Si vous désirez télécharger ce texte, cliquez ici: Globalisation et économie politique (fichier pdf)