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L'ONU et les nouveaux droits de l'homme

Dans une indifférence quasi générale, l'ONU est en train de déprogrammer l'homme et de le reprogrammer selon les "nouvelles lumières" d'une idéologie qui nie la notion de personne. Dans une telle vision, les droits de l'homme ne sont plus reconnus mais négociés.

Article publié dans L'Homme Nouveau, du 19 mars 2000.

Toutes les grandes révolutions se sont faites contre le pouvoir absolu, arbitraire et tyrannique. Toutes les grandes révolutions se sont faites au nom de la dignité de l'homme, que les puissances despotiques bafouaient. Tous les grands documents déclarant les droits de l'homme sont le fruit d'une prise de conscience progressive de la dignité inaliénable de tous les hommes. Tous cependant sont nés au prix de beaucoup de souffrances et de beaucoup de larmes.

L'histoire moderne a connu le despotisme éclairé. Le despote prétendait avoir le privilège de jouir des lumières de la Raison, inaccessibles au commun des mortels. Sa volonté était la source de la loi. Son pouvoir était absolu: il n'avait point de compte à rendre au peuple.

Héritières misérables de ces despotismes sont les dictatures dérisoires qui fleurissent jusqu'aujourd'hui. Elles règnent par la terreur simple, la corruption, la concentration de tous les pouvoirs, le cynisme et la brutalité. Despotisme précaire que celui-ci, puisqu'il peut à tout moment être renversé.

Le despotisme survit aussi dans les régimes autoritaires. Dans ceux-ci, le "prince" -concrètement: un individu ou une minorité- a la hantise de sa sécurité face à un ennemi désigné. Une certaine liberté subsiste dans la vie intellectuelle, culturelle, économique, mais il est interdit d'exprimer de l'opposition. Ce régime favorise l'hypocrisie: dans votre for intérieur, vous pouvez penser ce que vous voulez: il suffit de ne pas être opposant, d'avoir l'échine souple. Bref, ce qui est requis c'est la soumission extérieure.

Dictatoriaux ou autoritaires, ces régimes despotiques ne s'embarrassent guère de constructions idéologiques compliquées pour se justifier. Pourvu qu'ils aient la force, qu'ils ne regardent pas aux moyens, qu'ils n'hésitent pas à recourir à la violence, qu'ils aient une police efficace, ils n'ont pas besoin de se fabriquer des légitimations. Toute coquetterie idéologique est superflue.

Totalitarisme par esclavage consenti

Le totalitarisme a poussé le despotisme classique -dictatorial ou autoritaire- à son point d'incandescence. Ce qui n'était que despotisme minable ou artisanal, et donc souvent éphémère, cède la place à un despotisme d'un professionnalisme haut de gamme.

Les trois premiers totalitarismes de notre siècle -communisme, fascisme, nazisme- ont dès à présent pris place au panthéon des classiques de la perversité. Bien sûr, on recueille les recettes du passé: abus de pouvoir en tout genre, violence, goulags, terreur, répression, suspicion, corruption, etc. Quelque chose de plus est cependant ajouté. Non un simple ingrédient supplémentaire, mais quelque chose d'essentiel.

Le totalitarisme résulte du funeste concours, de la convergence entre la tendance quasi générale à accepter volontairement la servitude et l'offre de produits idéologiques du meilleur effet domesticateur. La dictature, l'autoritarisme: on les supporte, on s'y oppose; le cas échéant, on s'insurge contre eux. Le totalitarisme anesthésie le moi, subjugue les corps, colonise les esprits et fait scintiller les charmes de l'esclavage consenti. L'idéologie est la drogue qui tue la capacité de discerner le vrai du faux, le bien du mal, et qui inocule un ersatz de vérité, habituellement sous forme d'utopie.

Au terme d'une triple expérience totalitaire, les hommes ont eu la sagesse de se ressaisir. Ils ont posé la question essentielle: pourquoi? Pourquoi tant de violence, de méchanceté, de larmes? La réponse fut donnée dès 1945 dans la Charte de San Francisco et, en 1948, dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Pour éviter de tels désastres, les hommes devaient redécouvrir qu'ils étaient tous égaux en dignité, qu'ils avaient tous les mêmes droits, et que ces droits devaient être promus et protégés par les Etats et par la Communauté internationale. C'est sur cette base que se trouvent définies la responsabilité de l'ONU en matière de droits de l'homme, ainsi que sa mission de paix et de développement.

Il est cependant surprenant de constater que, depuis quelque cinquante ans, l'ONU s'est progressivement éloignée de l'esprit de ses origines et de la mission qui lui avait été confiée. Elle réduit imperceptiblement la Déclaration de 1948 à un document ringard et dépassé. Cette Déclaration est de plus en plus coiffée par d'étranges "nouveaux droits de l'homme". L'ONU et certaines de ses agences se comportent, en effet, de plus en plus ouvertement comme si elles avaient reçu mandat pour élaborer une conception des droits de l'homme radicalement différente de celle qui s'exprimait en 1948.

La Déclaration universelle était anthropocentrique. Au centre du monde et au cœur du temps: l'homme, raisonnable, libre, responsable, capable de solidarité et d'amour. Désormais -selon l'ONU- l'homme est une parcelle éphémère dans le cosmos. Il n'est plus au cœur d'un temps ouvert à un au-delà; il est le produit d'une évolution; il est fait pour la mort. Il n'est plus une personne, mais un individu plus ou moins utile et en quête de plaisirs. Les hommes ne se veulent plus capables de reconnaître la vérité et d'y accorder leur conduite; ils négocient, décident selon une arithmétique des intérêts et des jouissances. Triomphe éphémère de consensus toujours renégociable et dès lors perpétuellement en sursis.

La nouvelle source des droits de l'homme

Telle est la source des "nouveaux droits de l'homme". Ils ne sont plus reconnus ou déclarés; ils sont négociés ou imposés. Marchandés. Ils sont l'expression de la volonté des plus forts. Les valeurs elles-mêmes sont le simple reflet de la fréquence des choix.

L'idéologie nouvelle qui sous-tend ces "nouveaux droits" est holistique. Tout est dans tout: l'homme n'a de réalité qu'en raison de son insertion dans la Terre-Mère, Gaïa, qu'il devra révérer. Il faudra donc que l'homme accepte les contraintes que lui impose un écosystème qui le transcende. Il faudra qu'il accepte une technocratie supranationale qui, forte de ses Lumières, dictera aux États ce qu'ils doivent faire, et aux individus ce qu'ils doivent penser.

Dans ce bric-à-brac holistique hallucinant, chaque thème renvoie à tous les autres comme dans un jeu de miroir. Qu'on en juge: lorsqu'on parle de pauvreté, on est renvoyé à la population, et de là au "développement durable", de là à l'environnement, de là à la "santé publique" où la santé du corps social l'emporte sur celle des personnes, de là à l'euthanasie, de là à de nouvelles formes d'eugénisme, de là au féminisme radical, de là au "genre", de là à la famille, de là à la "santé reproductive", de là à l'avortement, de là aux soins de santé primaires, de là à l'éducation sexuelle, de là aux "nouveaux droits de l'homme", de là à l'homosexualité, de là au désamorçage des objections pouvant émaner de gouvernements nationaux divergents, de là à la dénonciation des "nouvelles formes d'intolérance", de là à de nouveaux tribunaux, de là au renforcement du rôle et des pouvoirs de l'ONU, de là aux changements des législations nationales, de là à l'augmentation des moyens dont disposent les agences internationales, de là au conditionnement de l'aide, de là à l'association de certaines ONG au programme des agences de l'ONU, de là à la consolidation du consensus, de là à la nécessité de rendre urgent le "respect des engagements", de là à l'occultation des nombreuses réserves émises par les participants aux conférences, de là à la nécessité d'un groupe de travail qui coordonnera partout les actions sur le terrain, de là à la mise sous tutelle d'Etats souverains afin de lutter contre la pauvreté et donc de contrôler la croissance de la population, etc.: nous sommes au rouet. C'est comme dans le Canon de Pachelbel ou dans la Lambada: on peut y entrer à n'importe quel moment et par n'importe quelle porte. Le maillon que l'on choisit pour s'engager dans cette chaîne n'a pas plus d'importance que l'ordre selon lequel les modules sont disposés; les thèmes s'enchevêtrent comme des ensembles et des sous-ensembles. Holisme oblige: vraiment, tout est dans tout.

Quand l'ONU subvertit la communauté internationale

Nous allons entrer dans ce bazar par la porte des "nouveaux droits de l'homme". Nous serons vite amenés à constater que, par ce thème, l'ONU est en train de subvertir les communautés nationales et internationales. Plus grave encore: elle veut déprogrammer l'homme et le reprogrammer. Convaincue d'être porteuse de nouvelles Lumières, l'ONU a pris la tête d'une entreprise de domestication idéologique sans précédent. L'agent principal de cette entreprise, c'est le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) dont le cynisme communicatif déteint sur toute l'Organisation. Cette agence est en train de précipiter toute la machine onusienne dans l'entreprise totalitaire la plus délirante de l'histoire.

Dans son dernier rapport annuel sur L'État de la Population mondiale 19981, cette agence funeste doit bien concéder que la fécondité tend à chuter partout. Cela n'empêche cependant pas cette agence de réchauffer son rabâchage habituel selon lequel il y a trop de Noirs, trop de Jaunes, trop de Latino-Américains, et qu'au nom des "nouveaux droits de l'homme" il faut mettre bon ordre à tout ça. Si rien n'est fait, de tels programmes de discrimination manifeste finiront tôt ou tard par entraîner l'ONU à sa confusion et à sa perte.

Nous avons déjà consacré plusieurs travaux aux thèmes ici abordés. La particularité de la brève publication que voici est de montrer comment tous ces thèmes s'articulent autour de deux pôles: le holisme, qui entend faire échec à l'anthropocentrisme traditionnel, et les "nouveaux droits de l'homme", issus par consensus d'une arithmétique individualiste des intérêts et des plaisirs. Cet accouplement du holisme et de l'individualisme donne lieu à la formation, sous nos yeux d'une idéologie hybride monstrueuse. Le holisme, en effet, pousse à son paroxysme la dérive totalitaire du socialisme. Quant à l'individualisme, il pousse à son paroxysme la dérive totalitaire du libéralisme.

Le drame, c'est que cette subversion, à la fois anthropologique, morale et politique, n'est guère perçue…

Cible de choix des idéologues des "nouveaux droits de l'homme", la famille brille ainsi comme un signe d'espérance dans un monde qui décidément a besoin de réapprendre à aimer.

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  1. New York, éd. FNUAP, 1998.

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