Polémique

 

L'organisation internationale accusée de "totalitarisme"

 

Le rude procès fait à l'ONU

 

Ivan Rioufol (Figaro 14-05-01)

 

Volée de bois vert contre l'Organisation des Nations unies. "L'ONU a pris la tête d'une entreprise de domestication idéologique sans précédent", écrit Michel Schooyans. L'agent principal de cette entreprise insidieuse, c'est le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap), dont le cynisme communicatif déteint sur toute l'Organisation. Cette agence entraîne toute la machine onusienne dans l'entreprise totalitaire la plus délirante de l'histoire."

 

Schooyans est professeur émérite à l'université de Louvain, spécialiste en philosophie politique. Le livre qu'il vient de publier, dans un grand silence médiatique, La Face cachée de l'ONU, est d'une précision redoutable. Il tend à démontrer que l'ONU s'est éloignée de l'esprit de ses origines pour défendre aujourd'hui les "nouveaux droits de l'homme", fruits d'une "pensée unique" sans repères humains, ni religieux, perméable aux groupes de pression les plus organisés.

 

Michel Schooyans estime que l'ONU et certaines de ses agences "se comportent de plus en plus ouvertement comme si elles avaient reçu mandat pour élaborer une conception des droits de l'homme radicalement différente de celle qui s'exprimait en 1948". Si, à cette époque, le texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme a été l'expression réaliste d'un ensemble des droits naturels (droit à la vie, à la liberté, à l'association, etc.) reposant sur le socle d'une famille reconnue (article 16) comme "élément naturel et fondamental de la société", l'auteur défend la thèse d'un "détournement de sens" opéré, depuis, par l'organisation internationale, dans le but de consolider son propre pouvoir. Cette révision des normes viserait à remettre en cause les droits inaliénables décrits dans le texte de 1948, au profit de nouveaux droits "positifs" issus des usages, des revendications et surtout de la volonté des plus puissants.

 

Principaux acteurs en coulisses: les ONG (organisations non gouvernementales), à la représentativité souvent douteuse, porte-parole de minorités agissantes.

 

"Tous les instruments juridiques actuels, nationaux et internationaux, sont l'objet d'un détournement de sens, écrit Schooyans. Au lieu d'être au service des droits de l'homme réel, celui de la "base", il servent de relais à l'édifice logique échafaudé au profit d'un droit international, lui-même expression d'une volonté hégémonique, absolue et totalitaire, puisque, selon la logique du système, aucune réalité, aucune valeur, ne peut lui être opposée."

 

C'est ainsi que l'ONU, en suivant la démonstration de l'auteur, devient elle-même la source unique, supranationale, des "nouveaux droits de l'homme", pouvant justifier, légaliser et en définitive imposer toute une série de "droits", dont ceux reconnaissant l'euthanasie, l'avortement, la stérilisation des pauvres ou le mariage homosexuel. "Le nouveau totalitarisme qui est en train de se mettre en place au nom de l'ordre juridique international est un totalitarisme collectif, anonyme, sans visage", commente l'auteur.

 

On reprochera à Schooyans une dramatisation souvent excessive des situations, qui lui fait écrire notamment que, "dans les milieux de l'ONU, la destruction des nations apparaît comme un objectif à rechercher si l'on veut étouffer définitivement la conception anthropocentrique des droits de l'homme". On regrettera aussi la faiblesse de certaines accusations, par exemple celle portée contre les francs-maçons, soupçonnés d'avoir concentré leurs pouvoirs au sein de l'ONU et dans les ONG, et de mener une guérilla contre le Vatican. La démonstration n'est pas ici apportée de façon très convaincante.

 

Il n'en reste pas moins que ce livre audacieux et honnête, écrit par un chrétien militant, s'attaque courageusement au "politiquement correct" qui s'est insidieusement installé au cœur même de l'ONU. L'auteur pose souvent de bonnes questions, qui mériteraient "un examen de conscience" de la part de l'organisation, comme le suggère Schooyans. "Si prompte à demander des comptes à ses membres, l'ONU a elle-même des comptes à rendre pour quelque cinquante ans de succès pour le moins limités dans bon nombre de domaines", écrit-il, en appelant de ses vœux, lui aussi, un réveil de la société civile.

ph20