Église: Les grands défis du IIIe millénaire

 

Trois questions à Michel Schooyans, 10 janvier 2001

 

Le monde aujourd'hui se caractérise par une multiplication des échanges dans tous les domaines et des moyens de moyens de communication de plus en plus performants. Après ce Grand Jubilé, diriez-vous que l'Église est prête à relever le défi de la mondialisation?

 

Les chrétiens n'ont pas raté le train de cette mondialisation incontournable. Il suffit pour s'en convaincre de voir le foisonnement et la qualité des sites Internet chrétiens. Des instituts virtuels de catéchèse, des monastères virtuels, des services de presse électroniques sont accessibles à tous. Dans le même temps, les nouveaux mouvements d'évangélisation encouragent leurs membres à être présents dans des structures nouvelles appelées par la mondialisation. Porté au cœur des masses, l'Évangile est également porté au cœur des structures nouvelles, gouvernementales ou non. Avec le Jubilé, l'ère de l'enfouissement de l'Évangile est terminée. Le jubilé a manifesté au monde que l'Esprit insufflait une nouvelle jeunesse à l'Église. Les branches mortes tombent les unes après les autres.

 

Quels sont cependant les problèmes qui méritent la vigilance des chrétiens au seuil du IIIe millénaire?

 

Si la mondialisation est une chance à saisir, les chrétiens peuvent aussi être tentés de pratiquer la politique de l'autruche face aux risques accompagnant cette mondialisation, médiatisée sous le vocable franglais de globalisation. Cette globalisation est conçue à partir d'une nouvelle vision holistique du monde et de l'homme. Son premier principe est que l'homme doit se subordonner à la nature, se plier aux impératifs de l'écologie. La population humaine doit, dit-on, être contenue dans la limite du développement durable. De là découle un projet de religion universelle, exclusive des autres, fortement inspirée par le Nouvel Age. De là aussi, une nouvelle éthique médicale: il faudrait soigner la société plutôt que de soigner les individus. De là encore, un pacte économique mondial, visant à instaurer une autorité centralisée et appelée à régenter toute l'activité économique et syndicale. De là surtout, le projet d'une charte de la terre et d'un code de conduite universel appelés à coiffer le Décalogue ainsi que la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, qui fonde justement les relations internationales sur l'extension universelle des droits de l'homme.

 

Devant de telles menaces, l'Église appelle les chrétiens à s'engager sur le terrain social et politique. Quels engagements vous semblent prioritaires?

 

D'abord, un engagement sans réserve pour les droits de l'homme fondés sur la valeur objective de l'homme comme personne et non réduits à des objets de consommation ou adaptables aux modes passagères. Ensuite, un engagement sans ambiguïté au service de la famille, qui est hétérosexuelle et monogamique. Il est notamment urgent d'instaurer des politiques reconnaissant l'apport décisif de la famille, et en particulier de la mère, à la formation du capital humain. Enfin, il faut que les chrétiens réaffirment le principe de subsidiarité et mettent en lumière l'importance des corps intermédiaires, de la société civile, des nations, des cultures, des syndicats, etc.

ph20