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Le siècle de la tendresse

Arc-en-Ciel n°2 de novembre 1999

Louvain-la-Neuve

Il y a déjà plus de vingt ans que des démographes de premier ordre ont attiré l'attention sur le fléchissement de la croissance de la population. Sauvy, par exemple, a très tôt discerné cette tendance. Ce fléchissement apparaît clairement dans les données récentes de l'ONU. De 1955 à 1998, le nombre moyen d'enfants par femme en âge de fécondité est passé, en Europe, de 2,6 à 1,4, alors qu'il faudrait 2,1 enfants pour que les générations soient remplacées. Autre indicateur: le taux d'accroissement de la population mondiale, qui était de l'ordre de 2,3% par an au début des années 60 est de l'ordre de 1,4% actuellement. Contrairement à ce qui se répète, ces deux tendances s'observent pratiquement partout dans le monde.

Les conséquences du déclin démographique sont multiples. La plus évidente, c'est le vieillissement de la population. Or, le vieillissement conduit à la dépopulation. Déjà dans quinze pays d'Europe, dont l'Allemagne et la Russie, le nombre des décès l'emporte sur le nombre des naissances. Le déclin démographique donne aussi lieu à une augmentation de la proportion des personnes âgées. D'où le collapsus prévisible du système de sécurité sociale, échafaudé dans l'euphorie des années d'après-guerre. Ce qui va encore compliquer les choses, c'est que les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps et que, par conséquent, elles demandent de plus en plus de soins coûteux. D'où la tentation de chouchouter les personnes âgées à cause de leur poids électoral. D'où la tendance à rogner les budgets d'éducation et de recherche pour flatter les vieillards. D'où des déséquilibres violents et des conflits entre les segments jeunes et âgés de la population. D'où le spectre de l'euthanasie.

Face à ces défis, il faut réapprendre la tendresse; c'est ce que recommandait Sauvy. La Communauté de Louvain-la-Neuve est appelée à être un signe d'espérance et de joie pour le XXIe siècle si elle s'engage à être un foyer d'amour authentique. "Voyez comme ils s'aiment": combien ils s'aiment et avec quelle qualité d'amour! Il faut réapprendre à craquer devant le sourire d'un enfant. Il faut réapprendre à cultiver la vie. Et cela doit commencer par se faire au niveau du couple. Le refus de la vie use l'amour et finit parfois par l'éteindre. Si le conjoint est réduit à un objet de plaisir, pourquoi l'enfant ne serait-il pas réduit à être un objet de droit? Si les parents peuvent disposer de la vie de leur enfant, pourquoi, plus tard, les enfants ne disposeraient-ils pas de la vie de leurs parents? Mais la joie peut-elle fleurir dans une société qui courtise la mort? Communauté d'amour, communauté de vie: c'est un tout. L'accueil de la vie fait naître la famille, la communauté humaine primordiale et la première communauté chrétienne: l'ecclesiola (petite Église), où déjà la vie se communique, et en abondance. En ce sens, notre paroisse est appelée à être une Communauté de communautés.

Cet engagement doit porter ses fruits jusque dans la société politique, où l'État tend à flatter l'individu, par exemple en banalisant les unions les plus biscornues. Or, ce faisant l'État précipite les individus les plus vulnérables dans des situations de marginalisation auxquelles il échoue à apporter une solution. Par grignotements successifs, l'État débilite la famille, alors que, partout et depuis toujours, celle-ci est l'ultime refuge des exclus de la société. La conclusion est claire. Grâce à la jeunesse même de sa population, notre paroisse peut contribuer puissamment au changement radical de cap qui s'impose. Elle peut entre autres presser les pouvoirs publics de découvrir que le pouvoir de l'État coïncide avec son intérêt: qu'il doit aider les familles. Bien pour ses membres, bien pour l'Église, la famille est aussi un bien pour la société. Seul un pouvoir ringard peut méconnaître que c'est dans la famille que se forme primordialement le capital humain. Un capital certes limité dans l'ordre du savoir et du faire, mais infini dans la capacité d'aimer.

ph20

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