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ZENIT, 28 octobre 1999 - Le monde vu de Rome


MONDE

Analyse du professeur Michel Schooyans

BRUXELLES, 28 oct. (ZENIT) -. Nous vous livrons ci-dessous l'interview qu'il a accordée à ZENIT.

ZENIT: Vous venez de publier un livre intitulé "Le crash démographique". C'est un signal d'alarme. Vous n'hésitez pas à comparer ce crash à celui du Titanic. Sur quels éléments repose votre analyse?

M.S.: Il y a déjà plus de vingt ans que des démographes de premier ordre ont attiré l'attention sur le fléchissement de la croissance de la population. Sauvy, par exemple, a très tôt discerné cette tendance et en a souvent souligné les périls. Les analyses ultérieures n'ont fait que confirmer et préciser ce diagnostic. On songe ici aux travaux de D. Noin, J. Dupâquier, J.Cl. Chesnais, G.F. Dumont, J.D. Lecaillon, P. Chaunu, pour ne citer que des Français. Plus récemment, ce fléchissement a été reconnu par des organismes, dont des agences de l'ONU, qui avaient pris l'habitude de dénoncer "l'explosion démographique", la "surpopulation", etc. C'est précisément sur les données fournies par ces organismes que nous nous appuyons; eux-mêmes doivent se rendre à l'évidence des faits. De 1955 à 1998, le nombre moyen d'enfants par femme en âge de fécondité est passé, en Europe, de 2,6 à 1,4, alors qu'il faudrait 2,1 enfants pour que les générations soient remplacées. Autre indicateur: le taux d'accroissement de la population mondiale, qui était de l'ordre de 2,3 % par an au début des années 60 est de l'ordre de 1,4% actuellement. Contrairement à ce qui se répète, ces deux tendances s'observent partout dans le monde.

ZENIT: Si la chute démographique se poursuit, vers quoi s'achemine-t-on? Quelles sont les conséquences de ce déclin?

M.S.: Les conséquences du déclin démographique sont multiples. La plus évidente, c'est le vieillissement de la population. Prenons l'exemple de l'âge "médian", c'est-à-dire celui qui divise une population en deux partie égales. Dans les pays industrialisés, il est de l'ordre de 40 ans, ce qui signifie qu'une moitié de la population a moins de 40 ans, et que l'autre moitié a plus de quarante ans. Or en 2025, c'est-à-dire demain, on s'attend à ce que cet âge médian soit de l'ordre de 55 ans dans des pays comme la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne. D'où les questions: combien y aura-t-il, dans ces pays, de femmes en âge de procréer? Combien d'enfants auront-elles? Ce n'est pas tout: le vieillissement conduit à la dépopulation. Facile à comprendre: plus la population est vieille, plus est grande la probabilité de mourir et plus augmente le taux de mortalité. Déjà en Allemagne et en Russie, le nombre des décès l'emporte sur le nombre des naissances.

ZENIT: On entend souvent dire que les problèmes mondiaux (guerres, famines...) sont dus à la surpopulation. Ce n'est pas votre analyse. Alors, qu'en pensez-vous?

M.S.: Il y a une cinquantaine d'années, l'Inde comptait quelque deux cent millions d'habitants et souffrait de famines terribles. Ultérieurement, l'Inde a lancé la "révolution verte". Elle a bénéficié des travaux d'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité, l'agronome Norman Borlaug. Mais qui connaît ce Prix Nobel de la Paix (1970)? Or grâce aux travaux de Borlaug, l'Inde nourrit aujourd'hui plus de neuf cent millions d'habitants et exporte des céréales. Cela ne veut pas dire que tous les problèmes sont résolus. Mais cela montre qu'aujourd'hui le problème de la faim peut être résolu grâce à l'application de découvertes décisives, accompagnées de bonnes mesures politiques et de bonnes décisions économiques. Cela est confirmé par une autre observation: les très rares famines actuelles sont la conséquence de guerres, de conflits, d'une mauvaise distribution, de la corruption, de l'incompétence ou de l'ignorance. Voyez par exemple ce qui se passe en Ethiopie.

ZENIT : Quels grands problèmes pose le déclin démographique?

M.S : Le déclin démographique entraîne une augmentation de la proportion des personnes âgées. Or ces personnes dépendent de la fraction active de la population. Actuellement, dans nos pays, il y a 3 actifs pour 1 pensionné. Si rien ne change, en 2030, il n'y aura plus qu'1,5 actifs pour 1 pensionné. D'où le collapsus prévisible du système de sécurité sociale, échafaudé dans l'euphorie des années d'après-guerre. Ce qui va encore compliquer les choses, c'est que les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps et que, par conséquent, elles demandent de plus en plus de soins coûteux. D'où la tentation de chouchouter les personnes âgées, parce que leur impact électoral est beaucoup plus important que celui des jeunes. D'où la tentation de rogner les budgets d'éducation et de recherche pour flatter les personnes âgés. D'où des déséquilibres violents entre les segments jeunes et âgés de la population, avec des conflits prévisibles entre génération. D'où le spectre de l'euthanasie.

ZENIT : Plus qu'un constat alarmant, votre livre est un véritable appel à la vie et à l'amour, dans l'espérance. Que proposez-vous concrètement pour que la vie soit partout aimée, désirée et respectée?

M.S. Il faut réapprendre la tendresse, réapprendre à craquer devant le sourire d'un enfant. Il faut réapprendre à cultiver la vie. Et cela doit commencer par se faire au niveau du couple. Le refus de la vie nouvelle, dans le couple, use l'amour et finit parfois par l'éteindre. Si le conjoint est réduit à un objet de plaisir, pourquoi l'enfant ne serait-il pas réduit à être un objet de droit? Cependant, l'accueil de la vie fait naître la communauté humaine primordiale, la communauté de base dans l'ordre politique, la première communauté chrétienne: l'ecclesiola (petite Église). Dans la famille, chacun est reconnu dans sa dignité personnelle; nul n'y est propriétaire d'autrui, ni propriété d'autrui.

Aujourd'hui pourtant, l'État s'ingénie à flatter l'individu en banalisant le divorce et en donnant sa caution aux unions les plus biscornues. Ce faisant, comme l'ont montré des études récentes, l'État précipite les individus les plus vulnérables dans des situations d'exclusion et de marginalisation. Or face à ces situations, l'État-Providence est tout à fait démuni: il crée des problèmes qu'il est incapable de résoudre. Il pousse à leur paroxysme les outrances du libéralisme conjuguées aux aberrations du socialisme. Par grignotements insidieux, il s'applique à détruire la famille, alors que, partout et depuis toujours, celle-ci développe les solidarités naturelles et qu'elle est partout l'ultime refuge des exclus de la société. La conclusion est claire: un changement radical de cap s'impose, puisque le devoir de l'État coïncide avec son intérêt; il doit aider la famille.

Bien pour ses membres, la famille est aussi un bien pour la société. Seul un pouvoir ringard, ignorant ou irresponsable peut aujourd'hui méconnaître que c'est dans la famille que se forme de façon primordiale le capital humain - celui qui risque le plus de manquer. L'économiste Gary Becker l'a démontré dans des travaux qui lui ont valu le Prix Nobel d'économie en 1992. Mais peut-on demander à des autruches de connaître Borlaug et Becker, et de tenir compte de leurs conclusions?

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