Euthanasie: "active" ou "passive"?

Une précision de terminologie apparaît utile. La distinction entre euthanasie «active» et euthanasie «passive», dont certains font état, est à déconseiller en raison des confusions sur lesquelles elle débouche.

L'euthanasie dont il est question dans les discussions actuelles résulte de l'intention de provoquer directement la mort, soit par un geste délibéré (injection, accélération du débit d'une perfusion, etc.), soit par cessation délibérée de soins. Dès lors, qualifier cette euthanasie d'"active", c'est énoncer un truisme puisque l'intention de donner la mort est mise à exécution par l'un des deux types d'actions délibérées (geste ou cessation) que nous avons mentionnés.

L'expression "euthanasie passive" est parfois utilisée pour désigner les soins palliatifs ou le risque de mort que peut comporter le recours à des antalgiques. Cette expression est pourtant malheureuse, car elle prête à confusion; il vaut donc mieux l'éviter.

En effet, au sens strict, l'euthanasie comporte toujours l'intention délibérée de provoquer directement la mort; c'est précisément ce qui fait problème. Or cette intention n'est nullement présente dans les soins palliatifs. En revanche, ceux-ci comportent, eux aussi, une activité, des actes ayant pour but, non certes de précipiter la mort, mais de calmer la douleur et de compatir à la souffrance. Que le recours à des analgésiques puissants, utilisés dans le but de calmer la douleur, puisse parfois comporter le risque de hâter le décès, personne n'en disconviendra, même si les progrès de la pharmacologie réduisent de façon significative la fréquence de tels cas. Il s'agit là d'un risque normal, car, encore une fois, ce que l'on veut, c'est calmer la douleur et non donner la mort. La mort, si elle devait en être hâtée, ne serait nullement directement voulue. Elle ne le serait même pas indirectement, en ce sens que la volonté de calmer la douleur ne serait pas porteuse de l'intention d'arriver, par ce moyen thérapeutique légitime, à provoquer le décès.

C'est donc à tort que l'on monte en épingle le risque ici envisagé, que le médecin fait parfois courir au patient incurable en phase terminale. À vrai dire, ce risque ne diffère pas fondamentalement de celui que des chirurgiens sont souvent appelés à prendre dans des interventions justifiées mais connues d'avance comme délicates. Que l'on songe aux cas fréquents qui se présentent en chirurgie cardiaque ou en neurochirurgie. Le chirurgien mesure mieux que quiconque le risque, mais il donne le meilleur de lui-même pour soigner le patient. La mort, si elle survient à la suite de l'intervention, est une conséquence subie, mais nullement voulue.

Il vaut donc mieux éviter la distinction entre "euthanasie active" et "euthanasie passive", car le comportement actif que recouvre la seconde expression est dépourvu de l'intention mortifère, caractéristique essentielle de la première, c'est-à-dire de l'euthanasie proprement dite.

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