Conséquences prévisibles au plan juridique de la pratique de l'euthanasie

Qu'observe-t-on au plan juridique?

À propos de l'euthanasie, ne va-t-on pas utiliser une tactique qui a fait ses preuves dans d'autres domaines, la tactique de la dérogation?

Celle-ci se déploie en deux phases. Tout d'abord, on affirme avec beaucoup de force un principe très général. Par exemple: «Tous les hommes ont droit à la vie.» Et aussitôt on s'empresse de faire échec au principe fondamental que l'on vient de proclamer en l'assortissant d'une série de dérogations.

Par là augmente le risque de l'instauration de la tyrannie par la voie du droit. La loi perd la spécificité qu'on lui a reconnue depuis Solon dans l'Antiquité: être un rempart du faible contre le fort. Elle est mise au service du plus fort. C'est le moment de rappeler que le positivisme juridique, c'est-à-dire le droit tel qu'il apparaît dans les codes de lois émanant de la seule volonté des hommes et donc accommodable aux volontés arbitraires des puissants, qu'un tel droit fait toujours le lit des systèmes autoritaires. On sait que le droit s'est mis sans difficulté au service de l'Allemagne nazie parce que, dans ce pays, plusieurs auteurs avaient fait triompher une conception ultrapositiviste du droit. Ironie de l'histoire: le principal protagoniste de cette conception, Kelsen, devait finir par être victime de la théorie du droit qu'il avait lui-même prônée! Lorsque Hitler est arrivé au pouvoir, le rempart antinazi qui aurait pu être constitué par le droit s'est révélé inopérant parce que ce positivisme juridique, déjà en place, mettait à la disposition de Hitler les bases théoriques d'un "droit" accordé à son projet de mort.

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