Conséquences prévisibles au plan politique de la pratique de l'euthanasie

Selon les différents types d'argumentation invoqués pour justifier les pratiques euthanasiques, nous pouvons dégager certaines conséquences prévisibles de l'euthanasie.

Au plan politique d'abord, plusieurs constatations s'imposent d'emblée. Toutes les démocraties sont fondées sur le respect inconditionnel de la vie humaine innocente. Le respect de cette vie et sa protection légale sont essentiels dans une société politique démocratique. Formulée négativement, cette première constatation revient à reconnaître que toutes les guerres se donnent finalement comme objectif l'élimination de certains êtres humains.

Il faut ici reconnaître que les courants laïques ont joué un rôle appréciable dans la réflexion sur ce point. Au XVIIIe siècle, en particulier, ils ont thématisé la valeur de vie humaine dans des déclarations solennelles. Ils l'ont fait par exemple dans la Déclaration d'indépendance des États-Unis et dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

En conséquence, il est à craindre qu'un État qui s'autorise à légaliser l'euthanasie ne s'engage dans une dérive conduisant à ce qu'un auteur récent appelle «l'État criminel»1. Toutes nos sociétés occidentales sont basées sur une certaine conception de l'égale dignité de tous les hommes et de leur droit inaliénable à la vie, quels que soient leur état physique ou psychologique, leur statut racial, social ou intellectuel. Par conséquent, à partir du moment où l'on invoque la règle de la majorité pour contester, en l'occurrence, par la légalisation de l'euthanasie, ce pivot de toute société démocratique, on induit dans cette société une dynamique totalitaire. À vrai dire, les sociétés dont nous avons connaissance qui ont légalisé l'euthanasie ont attesté, par ce fait même, qu'elles étaient déjà engagées dans un processus dérivant vers le totalitarisme.

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  1. Yves Ternon, L'État criminel. Les génocides au XXe siècle, Le Seuil, Paris, 1995.

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