Mise en perspective philosophique

Le débat sur l'euthanasie gagne encore à être mis en rapport avec quelques courants philosophiques qui l'éclairent. Nous nous bornerons ici à évoquer deux de ces courants.

La discussion concernant l'euthanasie nous renvoie bien au-delà des courants qui affleurent actuellement en Hollande ou ailleurs, et au-delà de Binding et Hoche. Nous sommes surtout renvoyés à un philosophe qui a marqué toute notre époque: Hegel (1770-1831). La philosophie de Hegel est avant tout une philosophie de la mort. Hegel est tourmenté par la condition de l'homme, être fini -comme l'animal-, mais qui, à la différence de l'animal, est doué de raison et de volonté libre, tout en étant conscient d'être voué à la mort. Face à cette situation inéluctable, confronté à cette "issue fatale", l'homme cherche dans le don de la mort l'affirmation suprême de sa liberté souveraine. C'est ce que l'homme réalise dans l'acte de se donner la mort, par le suicide. Mais s'il est maître de sa propre vie et de sa propre mort, pourquoi, a fortiori, l'homme s'interdirait-il de se poser aussi en maître de la vie et de !a mort d'autrui, comme cela est déjà suggéré dans la fameuse dialectique du maître et de l'esclave?

Nous sommes ici à l'origine de toutes les morales contemporaines des seigneurs, contre lesquelles n'ont cessé de réagir tous les courants sensibles aux droits de tous, à commencer par ceux des plus faibles. Les seigneurs en question, étant les plus forts, s'arrogent l'exercice d'une maîtrise totale sur leur vie et sur la vie des autres. Cette morale conduit à diverses formes d'oppression, de ségrégation ou de guerre, selon des critères de race ou de classe, de rentabilité, de solvabilité ou d'utilité.

Face à l'échéance de la mort, qui est toujours angoissante pour nous, ne serait-il pas plus sage de rester attentifs à ce qu'affirmait le professeur Lucien Israël: "Nous devons toujours être ouverts à cette part de mystère que la mort nous rappelle"?

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