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Sylvain Baleau :
Les sources de l'histoire de Liège au Moyen Age, Etude critique.
Edition Henri Lamertin, T.I.,
pp. 33 à 40, 78 à 81, 300 à 302 et 308 à 309 (Bruxelles, 1903) |
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Chapitre premier |
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De l'origine à la fin du VIIIe siècle |
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14. Diverses rédactions de la vie de saint
Lambert. - Un grand nombre
d'écrivains du moyen âge nous ont successivement retracé, chacun suivant ce
qu'on en pensait de leur temps, la vie du glorieux patron de l'église de
Liége. Nous commencerons par dresser, suivant l'ordre chronologique, la
liste de ces biographes de saint Lambert (1). Ce sont : |
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1. Un auteur anonyme de la première, moitié du
VIIIe siècle : |
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A. - J. DEMARTEAU, Vie la plus
ancienne de saint Lambert, 1890.
- DUCHESNE, Hisioriae Francorum
scriptores, 1636 (extr.), t. I, p.674. |
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B.
-
MABILLON, AA. SS. 0. S. B., 1672, saec.
III,
pars I, p. 69 ; 2e éd., 1733, p. 61
- A A, SS. sept. t. V, p. 574. = GHESQUIÈRE, AA. SS. Belqii, t. VI, p. 130.
-
BOUQUET, Rec. des
hist. de Gaule,
1741 (extr.), t. III, p. 596. |
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C.
-
CANISIUS, Antiqua lectio, 1602, t. II, p. 172. |
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D. -
CHAPEAVILLE, Gesta pontificum Tongrensium, Trajectensium et Leodiensium, 1612, t. I, p. 321. |
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2. Un anonyme, auteur d'une vie en vers, que
M. Demarteau attribue à Hucbald de Saint-
Amand, mort en 930 : |
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- DE
REIFFENBERG, Annuaire de la Bibliothèque royale de Bruxelles, 1847
(extr.), p. 103
- J. DEMARTEAU, Vie de saint Lambert écrite en vers par
Hucbald de Saint-Amand, 1878
- PAUL DE WINTERFELD, Carmen de sancto
Lamberto, dans MGH. Poetae lat. medii aevi, 1899, t. IV, p. 141.
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3. L'évêque Étienne, mort en 920 : |
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- CHAPEAVILLE, suprac.,
p. 351. = .4A. SS. suprac., p. 581. = MIGNE, Pair.
lat.
CXXXII, p. 643. = J. DEMARTEAU, Vie de saint Lambert en français du
XIIIe siècle traduite de la biographie écrite au Xe siècle par Étienne,
évêque de Liège, 1890. |
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4. Le chanoine Anselme, dans
Gesta pontificum Trajectensium et Leodiensium, écrit milieu
du XIe
siècle : |
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- CHAPEAVILLE,
suprac., t. 1, p. 106. - MARTÈNE et DURAND,
Ampl. Coll., t. IV, p. 846
-
KOEPKE, MGH., SS., t. VII, p. 192.
= MIGNE, Patr. lat., t. CXXXIX, col. 1070.
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5. Sigebert de Gembloux, mort
en 1112. Deux vies : |
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A. CHAPEAVILLE, suprac.,
p. 411 (sous le nom de Renier de Saint-Laurent). = MIGNE suprac.,
t. CLX, col. 159.
B. AA. SS., suprac.,
p. 589. = MIGNE, suprac., col.
781. |
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6. Le chanoine Nicolas, entre 1143 et 1147 : |
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-
CHAPEAVILLE, suprac., p.
371. = AA. SS., suprac., p. 602. |
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7. Gilles d'Orval, dans Gesta
pontificum Leodiensium, écrit au XIIIe siècle |
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- CHAPEAVILLE, suprac., t.
I, p. 106. - HELLER, dans MGH. SS., t. XXV, p. 38. |
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15. La vie primitive. --
D'après l'ensemble des documents jusqu'ici,
la date de la mort de saint Lambert, souvent discutée par les érudits, doit être
fixée aux environs de 705 (2). La translation de ses restes
de Maestricht à Liège, par les soins de saint Hubert, eut lieu en 718. Les
événements ne tardèrent pas à être racontés dans une biographie, composée
primitivement pour servir de leçons à l'office du chœur (3). On
y ajouta, peu de temps après, le récit de cinq miracles opérés par
l'intercession du saint (4), puis celui de la translation de ses
restes (5). La date de la composition de l'ouvrage doit être fixée vers 718
(6), un peu avant peut-être pour la biographie proprement dite,
un peu après pour le récit de la translation. L'écrit a pour auteur un clerc
du diocèse de Tongres, appartenant, selon toute probabilité, au clergé de
Maestricht (7).
Comme nous l'avons marqué ci-dessus, cette vie presque contemporaine de
saint Lambert a été souvent publiée. Les fragments édités par Duchesne, et
la biographie entière donnée par Mabillon (8), avec l'édition récente de M. Demarteau, nous fournissent le texte qui se rapproche le plus de la
rédaction originale. L'édition de M. Demarteau a été faite d'après ce
manuscrit du Vllle siècle, provenant de Saint-Germain, dont nous avons vu
qu'on a tiré aussi le Gesta
antiquissima Sancti Servatii
(9). Pour établir un texte définitif, il faudrait tenir compte, en
outre, d'un autre manuscrit de la même époque, conservé à la bibliothèque du
Vatican (cod. Palat. 216, fol. 52 v° (10).
Dans cette rédaction primitive, les violations des règles
de la déclinaison et de la conjugaison, l'oubli de la syntaxe et des lois de
la construction latine se rencontrent à chaque pas. Mabillon est venu çà et
là au secours du texte en corrigeant les fautes les plus grossières, mais
dans les fragments édités par Duchesne et dans la version de M. Demarteau,
c'est à peine si l'on retrouve encore la phrase latine sous l'amas des
barbarismes. La rédaction tout à fait rude et barbare porte à l'évidence le
caractère de la pire époque de la latinité.
Pour suppléer à son insuffisance, le
pauvre biographe glane abondamment dans le champ d'autrui. Il pille
largement le Vita Eligii, attribué à saint Ouen, et s'approvisionne
amplement de phrases et de tournures dans ce vaste magasin, non sans trahir
parfois son ignorance par l'emploi malheureux qu'il fait d'expressions dont
il a mal interprété le sens (11).
16. But de l'auteur. - L'auteur, écrivant pour
fournir les leçons d'un office religieux, veut édifier plutôt que
raconter. Il choisit dans la vie du saint les traits qui lui semblent le
mieux conduire à ce but. Il omet tout le
reste et y substitue de vagues louanges ou des considérations générales avec
exubérance de citations et de tournures bibliques. C'est assez dire que la
biographie est loin de nous fournir un récit complet de la vie du saint.
Elle ne nous en retrace que quelques épisodes : son éducation à la Cour par
saint Théodard (12), son élévation à l'épiscopat, son exil de
sept ans à Stavelot, son retour, son apostolat en Taxandrie, sa mort. A
l'occasion de ces faits, l'écrivain nous renseigne accidentellement sur
quantité de détails intéressants, relatifs aux moeurs et aux choses
religieuses, politiques, artistiques du VIIe siècle.
Dans le développement qu'il donne à
chacune des parties de son écrit, le biographe se laisse encore diriger par
son point de vue d'édification. Il insiste de préférence sur les faits qui
s'y rapportent le mieux, courant rapidement par-dessus les autres. Sur seize
pages qu'occupe la vie proprement dite dans l'édition de M. Demarteau, trois
à peine sont consacrées à toute la première moitié de la carrière du saint
jusqu'à son exil à Stavelot. Il en faut tout autant pour retracer une scène
après tout fort accessoire, mais de nature à faire impression sur les
pieuses imaginations du moyen âge, la station nocturne devant la croix.
L'histoire de la mort du saint évêque occupe près de cinq pages ; le tableau
de ses vertus deux et demie. On voit que la partie bibliographique ne
saurait être plus
sacrifiée.
17. Valeur historique du «
Vita Lamberli ». - Au moins l'auteur du Vita, dans le récit du
petit nombre de faits qu'il raconte, nous offre toutes les garanties de
véracité. Il est presque contemporain des événements qu'il retrace. Il ne
tombe pas dans un excès de crédulité : nous ne le voyons attribuer aucun
miracle à saint Lambert vivant. Il met dans son récit l'ordre chronologique
d'un écrivain bien informé. Il désigne avec soin les personnages et les
lieux où ils agissent. Il cite ses témoins. On a révoqué en doute
l'exactitude des causes qu'il assigne à la mort du saint, et l'on a prétendu
que la peur de déplaire au pouvoir lui avait fait garder le silence sur les
reproches adressés par saint Lambert à Pepin et à Alpaïde (13). Le
développement progressif des éléments de cet épisode chez les écrivains
postérieurs nous porte à lui attribuer un caractère légendaire. M. Kurth est
aujourd'hui revenu lui-même à cet avis, et le reproche adressé jadis au
biographe tombe devant une meilleure étude comparative des textes (14).
Nous pouvons donc
conclure que la première biographie de saint Lambert est une oeuvre mal
écrite et incomplète, mais néanmoins raisonnable, véridique et de bonne foi.
18. Premier remaniement du «
Vita Lamberti ». - On dut songer de
bonne heure à réviser un écrit de composition et de style aussi
rudimentaires. Le premier remaniement que nous en ayons est celui que nous a
conservé Canisius dans le recueil cité plus haut. Les principales fautes de
grammaire sont corrigées ; les tournures les plus vicieuses ont disparu ; le
style a plus d'aisance et de légèreté ; mais le fond du texte est
rigoureusement conservé. Le remanieur suit pas à pas son modèle, se bornant
à le corriger, phrase par phrase, sans ajoute ni amplification. Aussi la
valeur historique de cette deuxième rédaction n'est-elle guère inférieure à
la première.
19. Autre remaniement
attribué à Godeschalc. - Une
troisième rédaction du Vita Lamberti porte les traces d'un
remaniement beaucoup plus profond. Cette fois le remanieur, sans avoir la
prétention d'écrire une vie plus complète, ne se borne plus à s'emparer
d'une phrase après l'autre, mais à partir du chapitre IV (15), il reprend le
texte tout entier dont il fait une refonte générale.
Ce nouveau
remaniement, publié par Chapeaville sous le nom de Godeschalc, diacre de
Liège, a été longtemps confondu avec la vie primitive. L'erreur provient
d'un passage de Sigebert : « Vitam S. Lantberti primitus (var : primus)
jussu Agilfridi episcopi scripsit Godescalcus, diaconus ipsius
congregationis, qui fuit tempore Pippini tertii et Caroli Magni »
Les auteurs de l'Histoire
littéraire furent les premiers à s'apercevoir des difficultés que
soulève ce texte. Si Godeschalc est l'auteur de la première vie de saint
Lambert, il n'a pas écrit sous Agilfrid, dont l'épiscopat commence en 769,
tandis que la première rédaction du Vita est certainement antérieure
à cette date. Pour échapper à cette difficulté, les savants bénédictins
rejetèrent la seconde partie du témoignage de Sigebert et prétendirent que
Godeschalc avait écrit le remaniement qu'ils prenaient pour la vie
primitive, mais longtemps avant l'épiscopat d'Agilfrid. M. Kurth le premier
a distingué la vie primitive du remaniement postérieur ; il juge que ce
qu'il faut rejeter du texte de Sigebert, c'est le mot primitus ; il
fait remonter au commencement du VIIIe siècle la première rédaction du
Vita, et laisse sur le compte de Godeschalc le remaniement que nous
donne Chapeaville. La publication du texte primitif, d'après un manuscrit du
VIIIe siècle, a rendu certaine la distinction des deux écrits.
Mais nous croyons
devoir aller plus loin, en éliminant dans son entièreté le témoignage de
Sigebert. Godeschalc, diacre du temps d'Agilfrid, n'est pas plus l'auteur du
remaniement que de la vie primitive. En effet, Agilfrid a régné jusqu'en 787
; son épiscopat est antérieur à l'influence exercée par Charlemagne. Or le
remanieur est un homme pourvu de culture littéraire, et les caractères que
nous constatons dans son œuvre, dénotent une époque plus récente. Il y a
plus : la présence de quelques expressions qu'il emploie, de certaines
allusions qu'il fait (16), l'examen des ajoutes qu'il adapte au
récit primitif, ajoutes que nous ne retrouvons pour la première fois que
beaucoup plus lard (17), tout cela nous porte à rejeter jusqu'au XIIe siècle
la date de ce remaniement, dans l'état tout au moins où nous le présente Chapeaville. |
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Chapitre III |
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Le Xe siècle jusqu'au règne de Notger |
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2. Poème sur saint Lambert. -- Le Père Suyskens fut le premier à faire connaître cette oeuvre dont il
cite quelques extraits (18). En 1847, le baron de Reiffenberg la publia
d'après le manuscrit lacéré du Xe siècle qui repose à la Bibliothèque royale
de Bruxelles sous le n° 14650-59, pp. 127-140 verso (19). En
1878, M. Demarteau en compléta le texte d'après un manuscrit du Xe ou du XIe
siècle, provenant de Malmédy, n° 8565 de la Bibliothèque vaticane, et il
attribua à Hucbald de Saint-Amand la paternité de cet écrit. En 1899, une
édition critique du poème fut publiée par les soins de M. A. de Winterfeld
(20), d'après les mêmes manuscrits, plus un troisième aussi du Xe ou du XIe
siècle, autrefois à Stavelot, aujourd'hui au British Museum, n° 18627
add. L'éditeur n'est pas convaincu par les arguments de M. Demarteau. Tout
ce qu'on sait, c'est que l'œuvre doit être attribuée à un clerc, comme le
démontrent les nombreux textes qu'il imite de la Bible.
La vie métrique est suivie dans les manuscrits de Bruxelles et de
Londres d'une hymne à saint Lambert et d'un court poème intitulé : Versus
in laude beati Lamberti. Le manuscrit de Rome ne renferme que
cette dernière pièce. Toutes deux sont publiées par les mêmes éditeurs à la
suite de la vie métrique.
L'ouvrage n'a guère de mérite littéraire. « Il ne manque
à l'auteur, dit M. Demarteau, ni l'abondance des mots, ni les connaissances
littéraires, ni l'image, ni parfois certaines tournures pittoresques, mais
l'œuvre est déparée par des fautes grossières contre les règles de la
prosodie, ou l'agencement naturel de la phrase latine. Ainsi versifierait un
prosateur, homme de style, pour qui le langage poétique consisterait à
briser, n'importe de quelle façon, les mots, afin de les faire entrer dans
le moule du rythme hexamétrique. »
Le poème ne vaut guère davantage comme
œuvre historique.
L'auteur utilise la biographie primitive et non le remaniement publié par
Chapeaville, ce qui nous confirme dans l'opinion que celui-ci n'existait pas
de son temps. Hucbald n'ajoute des détails nouveaux que sur quatre points.
La première addition est une explication étymologique donnée au nom du saint
; elle est tirée de la langue thioise et vaut autant que beaucoup
d'étymologies de l'espèce. C'est ensuite l'affirmation qu'Amalgésile reçut
de saint Lambert la mission d'avertir de son châtiment prochain le meurtrier
Dodon, qui voulut, ajoute le poète, immoler le porteur de ce sinistre
message : on ne peut voir dans ce fait, ignoré de tous les autres
biographes, qu'un développement fantaisiste du texte primitif. Un troisième
détail, ajouté par l'auteur du poème, concerne la promesse que le saint
aurait faite d'expier, par sept années de pénitence, la vivacité avec
laquelle il avait d'abord saisi des armes pour se défendre, promesse qu'il
aurait tenue, après sa mort, en attendant sept ans pour châtier ses
bourreaux et révéler le destin de ses glorieuses dépouilles : étrange
conception, dérivant du goût de l'auteur pour les observations numérales et
de son affection particulière pour le nombre sept. Enfin, en quatrième lieu,
le poète attribue la mort du saint à des motifs non relatés par le premier
biographe : la manière dont il entremêle les deux versions, prouve que
celles-ci sont puisées à des sources différentes, et qu'il emprunte l'une à
la biographie primitive, l'autre sans doute à une tradition légendaire en
voie de formation.
Le poème n'eut qu'une vogue fort
restreinte. Ni Anselme, ni Sigebert, ni Gilles d'Orval, ni Jean
d'Outremeuse, le grand collectionneur de légendes, ne rapportent rien des
trois premiers détails fournis par le poète. Celte omission atteste que ces
auteurs ne connaissaient point la poésie écrite sur saint Lambert. Étienne
est le seul écrivain qui paraisse l'avoir utilisée. D'après ce que nous
lisons dans les trois derniers vers qui terminent le poème, celui-ci fut
d'ailleurs composé sur l'ordre de l'évêque, dont l'auteur chante la louange
dans ce court épilogue.
3. Office et vie de saint Lambert par Étienne. -
Les manuscrits renfermant la vie métrique contiennent aussi les
deux œuvres d'Étienne que nous avons citées : l'0ffice et la Vie
de saint Lambert.
L'auteur dédie ces deux écrits à
l'archevêque Herman de Cologne (890-925) et déclare les avoir composés parce
que les barbarismes de la biographie primitive excitaient les rires
indécents de ceux qui lisaient cette vie dans l'office du saint : preuve
nouvelle que le remaniement attribué à Godeschalc n'existait pas à cette
époque.
Comme source historique, la biographie
rédigée par l'évêque Étienne n'a d'autre valeur que celle de la vie
primitive, dont elle n'est que la traduction en un latin pompeux et affecté,
conforme au goût de l'époque et souvent entremêlée de vers. Ceux-ci ne sont
qu'une fois sur douze extraits du poème examiné plus haut (21). D'autres
sont extraits ou imités de Virgile (22), de Lucrèce (23), d'un poème composé
à la louange des vierges par saint Adhelme, évêque de Scbrewsbury (24),
d'un récit en vers du martyre de saint. Quentin (25), d'un autre poème
en l'honneur du même saint (26), peut-être d'une vie métrique de saint Cassien (27) et d'un récit en vers sur le martyre de sainte Benoîte (28).
Aucun incident n'est relaté dans la version révisée qu'on ne le trouve dans
la biographie originale. Elle retrace avec beaucoup moins de précision que
celle-ci le récit de la mort du saint. L'œuvre d'Étienne s'arrête aux
funérailles de saint Lambert et ne raconte ni les miracles, ni la
translation dont le récit est ajouté à la vie primitive. Divisée en neuf
chapitres, elle servit de leçons pour l'office du patron national et se
répandit bientôt aux dépens de l'ancienne biographie. Elle fut l'objet, au
début du XIIIe siècle, d'une traduction en français de l'Ile de France, que
M. Demarteau a publiée d'après un manuscrit du British Museum.
C'est à ce remaniement, ainsi qu'à la vie
métrique de saint Lambert, qu'Étienne emprunta la plupart des textes qui
composent les répons et les antiennes formant le complément de son œuvre
liturgique. Telle que celle-ci nous apparaît dans le manuscrit de Bruxelles,
elle ne constitue pas un office complet ; on n'y trouve que la partie
nocturne et matinale, canticum nocturnum, comme le note fort
exactement Sigebert, c'est-à-dire les antiennes et les répons des vêpres,
des matines et des laudes. L'antienne à Magnificat : Magna vox, a été
jusqu'au XVIIIe siècle une sorte d'hymne national liégeois. L'office est
noté en neumes sur une seule ligne ; la notation musicale n'a jamais été
publiée ; le texte seul nous est donné par M. Demarteau. Il se retrouve dans
d'anciens bréviaires liégeois et est utilisé dans le Vita Odiliae (29). |
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Chapitre VI |
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Annalistes et chroniqueurs |
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II Sigebert de Gembloux |
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39. Vita S. Lamberli. -
Sigebert nous décrit
les deux vies de saint Lambert qu'il a composées : « Vitam quoque sancti
Lantberti cum in primis urbane meliorassem, postea rogatu Henrici
archidiaconi et decani ecclesiae sancti Lantberti, defloravi comparationibus
antiquorum, juxla consequentiam rerum, quamvis priorem, utpote simplicern,
quidam magis amplectantur et curiosius transcribant ; est enim sensu
apertior et verbis clarior. »
Le Père Suyskens a démontré que la
vie de saint Lambert, publiée par Chapeaville (30), sous le nom
de Renier de Saint-Laurent, n'est autre chose que la première biographie du
saint composée par Sigebert. Il publie la seconde dans les
Acta Sanctorum (31).
Toutes deux sont identiques, mot pour mot, avec cette
différence que la seconde est allongée de nombreuses comparaisons tirées de
l'histoire sacrée ou profane : comparaison de saint Lambert et de saint
Théodard à Élie et Élisée, à Josué et Moïse ; du règne de saint Lambert à
celui de David ; de Faramond, qui a chassé le saint du siège de Liége, à
Absalon révolté contre son père ; de la croix apparue au-dessus de la maison
de saint Lambert, à celles qui brillèrent aux yeux de Constantin et de saint
Benoît. Dans cette seconde biographie est délayé en outre un long discours
du saint, exposant aux habitants de la Taxandrie le résumé de la foi
chrétienne. Ces oripeaux, dont l'auteur
enveloppe la vie de saint Lambert, sont
d'assez pauvre valeur, et l'on ne peut que louer le goût des contemporains
de Sigebert, qui ont préféré la première biographie à la seconde.
Il n'y a, dans l'une et l'autre, ni
beaucoup de discernement dans le choix des faits, ni une critique fort
avancée. Sigebert raconte tout ce qu'il croit savoir sur saint Lambert. Il
ne se contente pas de puiser ses renseignements dans la vie primitive ou
dans ses divers remaniements, dans la chronique d'Anselme, dans la vie de
saint Hubert, dans celle de saint Théodard, mais il adopte, avec une égale
confiance, les détails que lui fournissent des sources plus suspectes,
telles que la vie de saint Landoald. Il expose, en un mot, le développement
légendaire de l'histoire de saint Lambert, comme il s'était formé à l'époque
où il écrivait. Le même caractère se manifeste dans le long récit où
Sigebert raconte les faits qui amenèrent la mort du saint. Nous y avons le
développement complet de la légende populaire, y compris la scène dramatique
du festin de Jupille, que l'auteur est le premier à nous décrire. Il y a un
meilleur fonds historique dans le récit du meurtre de Grimoald, raconté
aussi dans le Liber historiae, dans Frédégaire, dans Heriger et dans
les Annales de Metz. Seulement, là encore, Sigebert, en voulant dire
plus qu'il ne sait, commet des erreurs justement relevées par le Père
Suyskens.
Pour amplifier son récit, Sigebert
recourt au procédé suivi dans la vie de saint Théodard, et il entremêle à la
biographie de saint Lambert quantité de faits empruntés à l'histoire
générale. Dès le début, d'après un calcul basé sans doute sur la vie de
saint Landoald, il place la naissance du saint au temps où, sous le roi
Dagobert, son fils Sigebert gouvernait l'Austrasie. Dans ce travail
d'adaptation, l'auteur ne sait pas toujours se mettre en garde contre les
écarts de son imagination. Le biographe primitif s'était contenté de dire
succinctement que le roi Childéric, connaissant la sainteté et la sagesse de
saint Lambert, l'estimait plus que tous les évêques et que tous les grands
de son royaume. Sigebert développe richement ces quelques mots et nous
montre toute l'Austrasie sous la dépendance du saint, dont le monarque a
fait son secrétaire et son chancelier (32). L'autorité de Lambert s'étend
jusqu'en Neustrie, où Thierri ne fait rien sans l'avoir consulté(33). Plus
loin, l'auteur énumère les saints évêques et les abbés, contemporains de
saint Lambert ; il commet plusieurs anachronismes, en citant parmi eux saint Austrégésile, évêque de Bourges, saint Éloi, évêque de Noyon, et saint
Wandrille, abbé de Fontenelle, qui tous vécurent avant l'épiscopat de saint
Lambert. Sigebert ne manque pas l'occasion de raconter les troubles qui
agitèrent la Neustrie et aboutirent d'abord à l'éloignement de Thierri III,
puis au meurtre de Childéric Il et à la vengeance exercée par Ebroïn. Il met
sur le compte du maire de palais l'exil de saint Lambert, el, sur la foi de
nous ne savons quel récit, il fait de l'archevêque de Cologne le complice
des ennemis du saint évêque. Ne pouvant se résoudre à rien ignorer, il place
le rétablissement de saint Lambert sur son siège épiscopal à l'époque où
Pepin de Herstal gouvernait, sous Thierri, toute la Gaule pacifiée. On voit
que, dans ces développements, Sigebert fait une large part à la conjecture,
et si son oeuvre dénote, pour cette époque, une vaste érudition, elle est
loin d'avoir l'autorité d'une source historique. |
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Chapitre VII |
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Le XIIe siècle |
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2. Le chanoine Nicolas. - Les
œuvres théologiques d'Alger, avec un
prologue consacré à son éloge, furent publiées par le chanoine Nicolas,
alors que l'ancien secrétaire d'Otberl était encore en vie à l'abbaye de
Cluni (34). Nicolas est cité comme chanoine
de Saint-Lambert en 1136 (35), comme prévôt de Saint-Denis en 1118 (36) et
1140 (37).
L'abbé Rodulf de SaintTrond lui envoya la Chronique de
ce monastère, entre l'année 1136, où s'arrêta le premier continuateur de cet
écrit, et l'année 1138, date de la mort de Rodulf (38). Il s'adresse à lui
en des termes qui témoignent de son amitié :
« Dilecte mi et
semper diligende preposite sancti Dyonisii ».
On a, sans preuves suffisantes, attribué
au chanoine Nicolas un écrit intitulé : Triumphus S. Lamberti de Castro
Bullonio, dont nous nous occuperons plus loin (39). On sait avec plus de
certitude qu'il composa une vie de saint Lambert, à la suite de l'élévation
des reliques du saint en 1143 (40). Wideric, abbé de Liessies, assista à la
cérémonie et emporta pour son église un os de saint Lambert. Le chanoine
Nicolas, pressé depuis longtemps, par des amis, de rédiger une nouvelle vie
du saint, finit par se rendre à leurs vœux et adressa son ouvrage à l'abbé
de Liessies (41). Cet écrit fut donc composé entre l'année 1143, date de
l'élévation des reliques, et l'année 1147, où Wideric devint abbé de
Saint-Vaast (42). Le but de l'auteur est de suppléer à ce qu'il croit
insuffisant dans les biographies précédentes (43). Il fait entrer dans son
récit tous les détails qu'il peut recueillir. Il emprunte les miracles de
l'enfance du saint au Vita landoaldi et raconte sa mort d'après
Sigebert. Il cite aussi parmi ses sources : Reginon, le Gesta regum
Francorum, des lettres de divers évêques, la vie de sainte Landrade par
Thierry de Saint-Trond et d'autres récits, transmis soit par écrit, soit par
tradition orale (44). Il a lu probablement le fabuleux ouvrage de Joconde
sur saint Servais (45). Il est le premier à faire mourir saint Lambert dans
l'oratoire où il priait (46). Il raconte aussi pour la première
fois la vision du pape Sergius ; on ignore où il a puisé cette légende (47).
Il va sans dire que l'œuvre du chanoine Nicolas n'a d'autre valeur
historique que de nous faire constater quel était, à son époque, le
développement des notions légendaires que la suite des temps avait
rassemblées autour de la vie du saint patron de l'église de Liège.
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(1) Il faut signaler en
outre un récit complètement indépendant, tiré de l'ouvrage intitulé :
De
virtutibus et miraculis
Macarii areopagitae Dionysii, par un moine anonyme de Saint-Denis du IXe
siècle, au temps de Charles le Chauve. Ce passage, spécialement étudié par
M. Kurth, CRH., 5e série, t. III, pp. 414 et suiv., raconte la pénitence à
Saint-Denis d'un des meurtriers de saint Lambert, Godobald, du village d'Avroy
en Hesbaie, qui, entré au monastère sous l'abbé Chilla rd, gouverna lui-même
pendant vingt ans cette abbaye.
(2) Parmi les travaux récents sur cette question,
voir : MONCHAMP, La date du martyre saint Lambert,
dans BSAH., t. X, pp. 315 et suiv., et la critique consacrée à cette
dissertation dans AB., t. XVI, p. 525.

(3) Voir p. 20, note 1.
 (4) Les quatre premiers miracles manquent
dans le texte de Canisius, et le récit reprend avec le cinquième.

(5) La soudure de cette partie à ce qui
précède est évidente. Après la finale :
exultat cum cunctis per secula, le
récit reprend : Suffragante Domino, illud narrare credimus quod nuper...

(6) Voir G. KURTH,
Saint Lambert et son premier
biographe.
(7)
L'auteur n'est pas un étranger ;
il possède sur le pays des notions géographiques très précises et connaît
exactement la disposition des bâtiments servant à saint Lambert de maison et
d'oratoire. Il est probablement du clergé de Maestricht, car il écrit pour
fournir des leçons à l'office du saint ; on sait d'ailleurs que les églises
aimaient à faire consigner par écrit la vie de leur patron. On ne peut pas
objecter, pour en faire un étranger, la manière dont il parlé de Liège :
villa cujus vocabulum est Leodius, sita super fluvium qui vocatur Mosa.
Liège n'était alors
qu'un petit village où l'évêque ne résidait que quelquefois.

(8) La biographie, disons-nous,
et non le récit de la Translation, car cette dernière partie n'est plus dans
Mabillon qu'une version remaniée à peu près semblable à celle de Canisius.

(9) Voir p. 29.

(10) En comparant avec le
Vita Eligii, le texte de
Saint-Germain et les autres éditions du Vita,
on constate qu'en général, c'est
le manuscrit du VIIle siècle qui se rapproche le plus du modèle suivi par le
biographe. Parfois cependant, c'est le contraire qui se présente.
Même il y a une ligne entière, omise à la page 52 de l'édition de M.
Demarteau : « Cum vero Dodo et plurima multitudo sodalium ejus cum eo
adpropinquasset et intrare cepissent [januis fractis, ostiis et sepibus
disruptis desuper adscendere coeperunt]. » Ce passage se trouve dans
toutes les autres éditions et aussi, à peu près sous les mêmes termes, dans
le manuscrit du Vatican. La comparaison suivante fera apparaître l'omission
d'un autre bout de phrase dans le même texte :
VITA ELIGII,
liv. II, chap. 3. |
MABILLON, n° 44. |
CANISIUS. |
Ms. DU VATICAN. |
ED. DEMARTEAU. |
Fidem servando,
cursum consum-
mando, repositam
sibi a
Christo jus-
titiae coronam
quotidie expecta-
bat restitui. |
Fidem
servabat, cursum consummationis et coronam justitiae expectabat ;
ante oculos ejus... |
Cursum consummans et coronam justitiae expectans. |
Fidem
servabat cursum consummationis et coronam justitiae sperabat ;
ante oculos ejus... |
Fidem
servabat, cursum consummabat ; ante oculos ejus...
 |
(11) Par exemple, appliquant à saint Lambert seul ce qu'il a lu de
saint Éloi et de saint Ouen, il dit que le saint revint de son exil « sub
unius diei articulo » (Cf. Vita Eligii, liv. II, chap. II ;
Vita Lamiberti, n° 10). Il applique au diocèse de Tongres, qui ne
possédait plus de villes ni de municipes, l'expression « lustravit urbes et
municipia (Cf. Vita Eligii, liv. II, chap. III ; Vita Lamberti,
n° 13). Il traduit : « partis illius barbariem illustraret » (Vtla
Eligii, liv. II, chap. III) par cette expression qui n'a plus de sens :
« partes illius barbarorum inlustrabat » (Vila Lamberti, éd.
DEMARTEAU, p. 49).

(12) « Supradicto antistiti (Theodardo)
divinis dogmatibus et monasticis disciplinis in aula regia erudiendum. » Ce
aula regia a fort embarrassé les critiques. Le divina dogmata
et le mouasticae disciplinae indiquent uniquement que saint Lambert
durant son séjour à la Cour, se préparait par des études spéciales, sous la
direction de Théodard, à la carrière ecclésiastique. Voir : VACANDAR, La
scola du palais mérovingien, dans REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES, avril
1897, t. LXI, p. 496.

(13) G. KURTH,
Saint Lambert et son premier
biographe.

(14) Voir Chronique de la Société d'art
et d'histoire du diocèse de Liège, 1897, pp. 37 et 45.

(15) Chap. IV de CHAPEAVILLE, correspondant
au chap. II, n* 10, de MABILLON .
(16) Il parle de la
grande renommée réservée au hameau de Liège avec une certitude qu'on ne
pouvait pas avoir avant le règne de Notger : « Villam parvi adhuc nominis,
nec minoris vero meriti, sed magnum nomen, et magnum meritum, ex triumpho et
corpore S. Lamberti, paulo plus promerituram » (chap. VII, dans CHAPEAVILLE,
p. 336). Dans ce passage, on peut voir une allusion à un écrit du XIIe
siècle, le Triumphus S. Lamberti, allusion que l'on trouve répétée en
un autre endroit (chap. XIV, p. 348). Ailleurs la comparaison que l'auteur
établit entre les petits oratoires et les grandes églises, trahit l'époque
de nos collégiales romanes (chap. XII, pp. 344, 345).
(17) Une première ajoute attribue
au père du saint le nom d'Aper (chap. X, dans CHAPEAVILLE, p. 342). Cette
mention pourrait bien être simplement le résultat d'une interpolation. S'il
n'en est pas ainsi, le remanieur a sans doute emprunté le nom d'Aper au
Vita Landoaldi de HERIGER, qui le cite pour la première fois. On le
rencontre dans les Annales Laubienses ; mais l'annotation semble
provenir de Sigebert (voir Chap. VI, § 5). Le chroniqueur de Gembloux a
probablement lui-même puisé son renseignement dans la Vie de saint Landoald.
Il ne l'a pas pris dans la biographie remaniée ; car, en ce cas, il aurait
emprunté du même coup à celle-ci la mention de l'oratoire des
Saints-Cosme-et-Damien chap. VII, dans
CHAPEAVILLE, p. 336).
Cette seconde ajoute ne se retrouve pour la première fois qu'à la
fin du XIe siècle, clans la
Vie de saint Servais par JOCONDE,
puis au siècle
suivant chez le chanoine Nicolas, lequel a sans doute emprunté ce
renseignement au fabuleux biographe.
En troisième lieu, la confusion que fait le remanieur entre la
maison et l'oratoire, où il fait erronément mourir le saint (chap. VIII,
dans CHAPEAVILLE,
pp. 339, 340), dénote
une époque postérieure au bouleversement des lieux par de nouvelles
constructions. Le récit du martyre, tel qu'il est ainsi présenté, se
retrouve aussi pour la première fois dans la biographie de Nicolas.
On ne peut pas faire remonter le remaniement au IXe siècle, en
prétendant que ce seraient Joconde et Nicolas qui lui auraient emprunté ces
renseignements, au lieu de les lui fournir, car en ce cas les mêmes détails
se retrouveraient aussi ailleurs : chez Étienne, dans le poème attribué à
Hucbald, chez Anselme et Sigebert.

( 18) AA. SS., sept., chap.
V, pp. 519 et Suiv. ; CHESQUIÈRES, t. VI, pp. 25 et suiv.
(19) Annuaire de la Bibliothèque
royale de Bruxelles, t. VIII, 1847, pp. 106 et suiv.

(20) MGH., Poetae latini, t.
IV, pp. 141 et suiv.

(21) Vie métrique de saint Lambert, vers 430-439 ;
cf. les derniers vers d'ÉTIENNE, chap. IX, dans CHAPEAVILLE, p. 370'
: « ut subtilis erat... »

(22) Enéide I, 371 ; cf.
ÉTIENNE, chap. VI, dans CHAPEAVILLE, p. 360 : « suspirans imoque trahens a
pectore vocem. » - Énéide V, 465 ; cf. CHAPEAVILLE,
ibid. : « Heu nimis infelix, quae te dementia coepit. » - Énéide
Vl, 672 ; cf. chap. VII, dans CHAPEAVILLE, p. 361' : « ad
quae hoc responsum ita reddidit heros. »

(23) LUCRÈCE
I, 934 ; cf.
ÉTIENNE, Epist. dedic., dans
CHAPEAVILLE, p. 352, : « Cantica quapropter, musae decompta
lepore. »
(24) MIGNE, P. L., t. LXXXIX, col. 237 et suiv. Les premiers vers
introduits par Etienne dans sa dédicace : « Non Dryades... » sont imités de
ce poème. Comparez ÉTIENNE, vers 1-3, avec ADHELME, liv. I, vers 23-26 ;
puis le vers 8 avec 1 ; vers 10 avec 36 ; vers 11-12 avec 38-41; vers 15 ou
dernier avec 37.

( 25)
MGH., Poetae latini, t.
IV, pp. 197 et suiv. : vers 199 ; cf. ÉTIENNE, chap. VIII, dans
CHAPEAVILLE, p. 363 : « altius ecce gemens responsum hoc
reddidit heros ».
(26)
AB., t. XX, pp. 37 et suiv. : vers 169 ; cf. ÉTIENNE, chap. VII, dans CHAPEAVILLE, p. 362 : « 0 Deus omnipotens, coelestia lumine
complens ». Vers 176 ; cf. ibid. : «
Ut sint cuncta tuis in tempore
subdita votis ».
(27) MGH., Poetae latini, t. IV, pp. 181 et suiv. :
vers 330 ;
cf. vers 8 de la dédicace
d'ÉTIENNE déjà comparé ci-dessus avec ADHELME.
(28) MGH., Poetae latine, t. IV, pp. 209 et suiv. : vers
345-346 ; cf. ÉTIENNE, chap. VIII, dans CHAPEAVILLE, p. 365 : «
ipse unum de se genuit sine tempore verbum per quod... »
Sur ces diverses
dérivations, voir P. de WINTERFELD, dans MGH., Poetae latini,
t. IV,
p. 232, et AB., t. XX, p. 158.

(29) A. B., t. XIII, p. 252.

(30) CHAPEAVILLE, t. I, pp. 411 et suiv.
; MIGNE, P. L., t. CLX, col. 759 et suiv.

(31) AA. SS., sept., t. V, pp. 589 et suiv.
; MIGNE, P. L., t. CLX, col. 781 et suiv.

(32)
« Eumque sibi a secretis fecerat, qui, ut
fertur, erat ei etiam a commentariis. » Vita Lamberli, chap. VII.
(33) « Et si quid in regno suo auctorizandum
erat, (Theodericus) non putabat satis ratum fore, nisi etiam Lantberti
approbatum esset consilio. » Ibid.,
in fine.

(34) « Feliciorem vitam sub
sancti Benedicti regula aggressus est in Cluniacensi coenobio, ubi nunc
usque superesse dicitur. » Algeri
Elogium, suprac.

(35) BORMANS et SCHOOLMEESTERS,
Cartul. de S aint-Lambert,
t. I, p. 63.
(36)
Ibid.,
p. 55.

(37) Ibid., p. 65.

(38) Voir § 38.

(39)
Voir § 7.

(40) Publiée par CHAPEAVILLE,
t. I, pp. 371 et suiv., et dans AA. SS., sept., t. V, pp. 602 et suiv.

(41) Epistola dedicatoria.

(42) Gallia christiana,
t. III, col. 124.

(43) « Quia nihil penitus ex
hoc inveniri poterat in libris eorum qui prius vitam et martyrium Beati
Lamberti conscripserunt... mirandum valde est cur gloriosam et tanto
sacerdote dignam martyrii ejus causam silentio praeterierint : conscribentes
ea, quae et gloriam videntur obscurare martyris, et subsannandi occasionem
praebere calumniatoribus et incredulis (?)
» Ep. dedic.

(44) « Haec equidem
partim ex gestis regum Francorum, partim ex chronicis Reginonis Pruniacensis
abbatis, et Sigeberti venerabilis monachi de coenobio Gemblacensi, partim ex
epistolis diversorum episcoporum, partim ex vita beati Landoaldi presbyteri,
seu sanctae Landradae virginis, partim ex relatione majorum et scriptis
virorum fidelium excerpere curavi. » Ep.
dedic.

(45) Voir p. 40, note 1.

(46) Ibid.

(47) Voir chap. VIII, §17, note.

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Godefroid Kurth
Biographie nationale T. IX pp. 143 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique
Bruxelles, 1897. |
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LAMBERT
(Saint) , LANDBERTUS, LANTPERTUS, LANDEBERTUS,
naquit à Maestricht pendant le second
quart du VIIe siècle. Ses parents, qui étaient riches et chrétiens de longue
date, semblent avoir fait partie de l'aristocratie de cette ville. Un
remaniement de sa première biographie donne à son père le nom d'Aper, et à
sa mère celui de Herisplendis ; mais le texte primitif de ce document ne
nous a pas conservé leurs noms.
Lorsqu'il eut atteint l'âge des études, son père le confia aux soins
de saint Théodard, alors évêque de Maestricht, qui, comme tous les prélats
de l'époque, dirigeait l'éducation des jeunes clercs de son diocèse. La cour
royale siégeait parfois à Maestricht. Lambert eut l'occasion d'y vivre dans
l'entourage du roi et d'y être remarqué de lui. On ne sait ce qu'il faut
croire de l'assertion d'un écrivain du Xe siècle, d'après lequel son premier
maître aurait été un prêtre romain du nom de Landoald (voir ce nom), qui
aurait vécu quelque temps avec son disciple à Wintershoven, dans une ferme
de ses parents, où des miracles auraient fait éclater les vertus de
l'enfant. Ce qui est certain, c'est que, de bonne heure, Lambert paraît
avoir eu un rang élevé dans le clergé de Maestricht, et y avoir rallié,
grâce à sa famille et à ses qualités personnelles, un grand nombre, de
sympathies. Lorsque, en 668 ou 669, saint Théodard périt assassiné dans le
pays de Spire, ce fut Lambert qui, au dire de la Vita Theodardi, alla
redemander ses ossements aux habitants de cette contrée. Son premier voyage
fut infructueux, mais il en fit un second ; et, cette fois, grâce à son
éloquence et aussi à l'argent qu'il distribua, il obtint la permission de
rapporter les cendres du saint dans son diocèse. Il les fit enterrer à
Liège, nous dit le même document, sans nous faire connaître les raisons qui
déterminèrent ce choix. Liège n'était encore à cette époque qu'une modeste
bourgade ; mais il y existait, du moins à partir de cette date, un oratoire
des saints Cosme et Damien. C'est probablement avant ces deux voyages que
Lambert avait été nommé évêque de Maestricht, à la grande satisfaction du
public, dont les voeux et les acclamations avaient devancé le choix fait par
le roi Childéric II. Il était fort jeune encore, et tout au plus peut-on
admettre qu'il avait atteint l'âge canonique de trente ans. On vivait à
cette époque dans des troubles continuels : le conflit entre l'Austrasie et
la Neustrie avait atteint sa phase la plus aiguë. Devenu maître du pays pour
peu de temps, Childéric II tomba, dès 673, sous le
poignard d'un assassin. Aussitôt Ebroïn redevint le maître de la Neustrie,
poursuivit jusqu'en Austrasie les partisans du roi défunt, et contraignit à
la fuite tous ceux qui lui avaient été attachés. Parmi les victimes de sa
vengeance se trouva naturellement saint Lambert, qui dut abandonner son
siège épiscopal, où la faction d'Ebroïn fit monter un prêtre du diocèse de
Cologne, l'intrus Pharamond. Son exil dura sept années ; il les passa dans
la méditation et dans la prière au monastère de Stavelot, où il s'était
retiré accompagné seulement de deux des siens, et où il s'acquittait, comme
un simple moine, de tous les devoirs de la vie monastique. Son biographe ne
nous a conservé de cette période de son existence qu'un seul épisode, mais
i1 est caractéristique: c'est l'histoire d'une pénitence que le saint fit en
pleine neige, pendant une nuit d'hiver, au pied d'une croix où il avait été
envoyé par l'abbé, qui ne savait pas à qui s'adressait son ordre. La
consternation de ce dernier et de ses moines, lorsqu'ils s'en aperçurent, et
les excuses qu'on lui fit, attestent que le saint était à Stavelot un hôte
respecté, et non qu'il avait, comme quelques-uns l'ont cru, embrassé la vie
monastique.
La mort d'Ebroïn et le triomphe de l'Austrasie avec Pépin d'Herstal
permirent à saint Lambert de remonter sur son siège, vers 681 ; il fut
accueilli avec enthousiasme. Nous avons peu de renseignements sur sa
carrière sacerdotale ; nous savons seulement qu'il remplissait
scrupuleusement tous ses devoirs pastoraux, et qu'il visitait fréquemment
les villes et les monastères, distribuant partout la parole évangélique. Son
zèle pour le salut des âmes allait de pair avec sa ferveur dans la prière et
la simplicité austère de ses habitudes. Il a été l'apôtre de la Taxandrie,
c'est-à-dire de la Campine, alors encore en grande partie païenne ; il est
donc le père de la civilisation dans une bonne partie de la Belgique. Il
semble avoir couru plus d'une fois des dangers de la part des habitants de
cette sauvage contrée ; mais, à force de douceur et de charité, il parvint
à les gagner à la vraie foi. Quant à son administration épiscopale, elle ne
cessa d'être pénible. L'église de Maestricht était, comme la plupart des
églises à cette époque, à la merci de tous les violents qui convoitaient ses
biens, et déjà le prédécesseur de saint Lambert avait péri victime des
déprédateurs qu'il allait dénoncer au roi. Sous Lambert, le brigandage
continua, et nous savons qu'à la fin, perdant patience, les gens de l'évêque
s'armèrent et repoussèrent la force par la force. Au nombre des pillards se
trouvaient deux frères nommés Gall et Riold, qui périrent dans la mêlée. Ils
étaient parents de Dodon, personnage qui occupait dans le pays les
importantes fonctions de domesticus, et dont le
ressentiment devait être fatal à saint Lambert. C'est, en effet, sous les
coups des sicaires de Dodon que le saint périt, pendant un des fréquents
séjours qu'il faisait dans la bourgade de Liège ; et son premier biographe
nous dit formellement que Dodon voulait par ce meurtre venger la mort de ses
deux parents. Mais il existe une autre version qui explique le fait d'une
manière beaucoup plus dramatique. Saint Lambert aurait à plusieurs reprises
reproché à Pépin d'Herstal ses amours adultères avec Alpaïde, et aurait été
sur le point de faire chasser la concubine, lorsque celle-ci, qui était sœur
de Dodon, poussa son frère à massacrer l'importun conseiller. Cette version,
de bonne heure accueillie par les historiographes liégeois, et accréditée
partout jusqu'au XVIIe siècle, fut alors vigoureusement attaquée par la
critique et finit par être abandonnée de tout le monde, y compris les
Bollandistes ; elle fut même, exclue du bréviaire liégeois. Cependant une
étude attentive de la question est faite pour modifier un peu la sévérité
qu'on a montrée envers la tradition liégeoise. Une des principales raisons
qui la faisaient rejeter, c'est qu' Anselme, qui la rapporta au XIe siècle,
semblait l'attribuer à Réginon de Prüm, qui n'en parle pas : on s'autorisait
de cela pour accuser Anselme de supercherie. Mais le texte d'Anselme,
rectifié par moi d'après un
manuscrit resté inconnu (Bulletins de la Commission royale d'histoire,
4e série, t. II), dit simplement qu'il y avait de son temps une version
écrite qui contenait déjà la tradition liégeoise sur la mort du saint. A
cet important témoignage vient s'ajouter celui d'un poète anonyme qui
écrivait au commencement du Xe siècle, et que M. Demarteau, qui a le
premier publié son poème en entier, croit pouvoir identifier avec Hucbald de
Saint-Amand. Selon cet écrivain, la tradition liégeoise était fort répandue
de son temps (fertur enim trito multis sermone). Enfin, Adon de
Vienne, qui écrivait son martyrologe vers le milieu du IXe siècle, la
reproduit également et en fait, par conséquent, remonter l'existence à une
époque assez rapprochée de la mort du saint. Si l'on considère qu'il y a là
trois sources indépendantes l'une de l'autre et s'accordant sur le même
fait, on ne pourra pas refuser à la tradition une autorité considérable.
Cela ne veut pas dire qu'il soit nécessaire d'admettre aussi les détails
dramatiques dont elle a été ornée ensuite par le chanoine Nicolas et par
Sigebert de Gembloux. Selon ces deux écrivains, c'est dans un banquet donné
à Jupille par Pépin d'Herstal que le saint aurait refusé de bénir 1a coupe
de la concubine ; irritée, celle-ci aurait alors dépêché son frère pour le
tuer dans sa retraite de Liège. C'est là, en effet, qu'il fut massacré, au
moment où, revenu de la chapelle dans laquelle il avait prié avant le jour,
il cherchait un peu de sommeil sur sa couche. Au premier moment de
l'agression, par un mouvement instinctif, il saisit son épée et fit mine de
vouloir se défendre ; mais bientôt il la jeta, déclarant qu'il s'en
remettait à Dieu, et exhorta les siens à se préparer à la mort. La plupart,
furent, en effet, immolés ; lui-même, pendant qu'il était prosterné en
oraison, fut percé d'un trait par un individu qui avait escaladé le toit de
sa demeure. Lorsque les assassins se furent retirés, ceux de ses disciples
qui avaient échappé à la, mort transportèrent ses restes dans une barque à
Maestricht, où, au milieu du deuil de la population, il fut enterré dans l'église Saint-Pierre hors la
ville, aujourd'hui démolie.
On ne sait au juste la date de sa mort ; et on
a discuté sur ce point autant que sur les causes qui l'ont amenée ; les uns
la placent dans les dernières années du VIIe siècle, les autres la font
descendre jusqu'en 707, 708 et même 709. Enfin, le R. P. Desmedt a établi
qu'on ne peut plus la fixer postérieurement à 706, date à laquelle saint
Hubert signe, comme évêque, un diplôme de Pépin d'Herstal ; il admet, comme
date approximative, les quatre dernières années du VIIe siècle.
Les fidèles
entourèrent d'un culte le lieu où avait péri le saint ; ils convertirent en
chapelle l'endroit où il avait péri ; et, dès 714, cette chapelle était
devenue une basilique. Grâce aux miracles qui s'y produisaient et à
l'affluence des pèlerins, Liège devint bientôt une localité importante ;
elle s'éleva même au rang de capitale du pays après que saint Hubert y eut
transporté, avec les reliques du saint, le siège de l'autorité épiscopale.
Cette translation eut lieu le 17 septembre et son anniversaire est encore
célébré aujourd'hui.
Saint
Lambert est le patron du diocèse de Liège. Une partie de ses reliques est
conservée, à la cathédrale de Liège, dans son buste de grandeur naturelle,
oeuvre d'art superbe du temps d'Erard de la Marck ; d'autres localités,
comme Rome, Fribourg en Bade et Berbourg, dans le grand-duché de Luxembourg,
disputent à la ville de Liège l'honneur de posséder sa tête. |
|
Godefroid Kurth |
|
Les quatre biographies de
saint Lambert, assez mal éditées par Chapeaville, au t.
Ier de ses Gesta. Pontificum
Tungrensium. La 1re a été éditée plus correctement par Mabillon,
Acta SS. ord. S. Bened., t. III, et par les Bollandistes, t. V, de
septembre -- Le Commentarius praevius, de Suyskens, dans ce
dernier recueil, loc. cit. -- G. Kurth,
Etude critique sur saint Lambert et son
premier biographe
(Annales de l'Acad. d'archéol. de Belgique,
t.
XXXIII, 1876. -- Demarteau, Vie de saint Lambert,
écrite en vers par Hucbald de Saint-Amand, et documents du Xe siècle
(Bulletin de l'Institut archéol. liégeois, t. XIII, 1879) -- Ch. Desmedt,
l'Année de la mort de saint Lambert (Précis historiques, f. XXVI,
1877 Cf. la polémique, Ibid.
t.. XXVII).
--
Scheibelberger, Die aelteste Vita S. Lantperti (Oesterreichische
Vierteljahrschrift fûr Katholische heologie. Vienne, 1871, t. X.) --
Goffinet, Une remarquable relique à Berbourg (Public. de l'Institut
de Luxembourg, t. XXIX). |
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|
Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. I. depuis leur origine jusqu'au
XIIIe,
Edition Demarteau, pp. 100 et suiv. (Liège, 1890)
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Saint Lambert |
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S aint
Lambert naquit à Maestricht de parents riches et nobles. Son père s'appelait
Aper et sa mère Herisplinte. Doué d'heureuses dispositions, il fit de grands
progrès dans la vertu et la piété, que ses parents ne cessèrent de lui
inculquer. Dès qu'il eut atteint l'âge où l'on commence les études
littéraires, il fut confié à la direction de saint Landoald. Ce saint et ses
compagnons Amand, Adrien et Julien avaient reçu d'Aper son domaine de
Wintershoven et s'y étaient établis. Saint Lambert fit, sous leur direction,
ses études moyennes ou d'humanités. Heriger lui attribue deux miracles
opérés à Wintershoven. Comme le domaine d'Aper, à Wintershoven, était
marécageux et ne fournissait pas d'eau potable, saint Landoald et son
disciple se mirent à prier et, par le signe de la croix, ils firent jaillir
une source d'eau limpide qui existe encore aujourd'hui (1). Un autre jour,
saint Landoald ordonna à son disciple de lui apporter du combustible ; comme
celui-ci hésitait, n'ayant ni seau, ni panier pour l'y mettre, le saint lui
ordonna de le mettre dans les pans de son habit. Saint Lambert obéit et
apporta des braises ardentes, sans que son habit en fut brûlé. (V. Gesta
(prima) et HERIGER.)
Après avoir achevé
ses études moyennes, saint Lambert retourna à la maison paternelle. Ses
parents, qui le destinaient à de hautes fonctions ecclésiastiques ou
civiles, le confièrent à la direction de l'évêque Théodard (660-668) sous
lequel il ferait ses études supérieures et se formerait au sacerdoce. Par sa
vertu et son application, saint Lambert gagna l'estime et l'affection de son
évêque. Il n'y a point à douter qu'il ne l'assistât dans l'administration du
diocèse, car saint Théodard désirait l'avoir un jour pour successeur. (V.
Gesta (prima).
Après la mort de
saint Théodard, les nobles et le peuple prièrent le roi Childéric II de
conférer le siège épiscopal à saint Lambert. Le roi accueillit leurs prières
et nomma saint Lambert évêque de Maestricht. C'était en l'année 668 ou 669
ou 670.
Saint Lambert, dit
son premier biographe, était d'une belle taille et d'un extérieur avenant.
Son regard était vif et pénétrant. Sa sagesse et ses autres vertus le firent
aimer du roi Childéric II qui le préférait à tous les grands de sa cour. (V.
Gesta (prima).
Childéric II, fils
de Clovis II et de Batilde avait été élu roi d'Austrasie en 660 par les
soins de sa mère, quoiqu'il n'eût alors que l'âge de sept à huit ans. Il
avait pris le duc Wulfoald pour maire de palais. A la date du 6 septembre
667, il se trouvait à Maestricht. Son séjour dans cette ville fut-il de
longue durée et saint Lambert fut-il au nombre des seigneurs de la cour ? on
ne peut faire que des conjectures à cet égard. En 668 ou 669, Childéric II
épousa Blichilde, fille de Sigebert II et d'Himnechilde. Dès ce moment
Himnechilde devint régente du royaume et elle donna à saint Léger, évêque
d'Autun, une grande part au gouvernement. Ce fut entre les années 668 et 670
que le siège épiscopal de Maestricht tomba vacant et qu'il fut conféré à
saint Lambert. Il n'y a point à douter que Childéric II, Wulfoald,
Himnechilde et saint Léger n'y aient eu une grande part.
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Exil de saint Lambert. |
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Saint Lambert
s'appliqua immédiatement à l'accomplissement de ses devoirs épiscopaux, mais
ses travaux furent interrompus par les troubles politiques qui surgirent en
673.
Childéric Il, qui
était roi d'Austrasie, devint aussi, en 670, roi de Neustrie et de
Bourgogne, par le choix des grands de ces deux royaumes. Ceux-ci avaient
enfermé leur roi Thierri au monastère de Saint-Denis, à Paris, et Ebroïn,
son maire de palais, au couvent de Luxeu, à cause de la tyrannie de ce
dernier.
Childéric II régit
d'abord ses trois royaumes d'après les conseils de saint Léger ; ce fut sur
les conseils de ce saint qu'il s'abstint même de faire mettre Ebroïn à mort,
quoiqu'il en eût pris la résolution. Bientôt, en suivant de perfides
conseils, il prit saint Léger en aversion et le relégua au monastère de
Luxeu. Depuis ce moment, Childéric se livra
sans retenue à toutes ses passions et souleva tous les grands contre lui par
l'atrocité de sa conduite. Un jeune seigneur, Bodillon, qu'il avait fait
fouetter comme un esclave, résolut de se venger de cet. affront. Il
assassina Childéric II dans une forêt en Vexin, et son épouse Blichilde au
palais, au mois de septembre 673. Childéric fut enterré dans l'église de
Saint-Vincent, à Paris.
Wulfoald , maire de
palais, dès qu'il apprit la mort de Childéric II, s'enfuit en Austrasie, sa
patrie. Soutenu par les grands de ce pays, il rappela d'Angleterre Dagobert
II, fils de Sigebert II, et le fit proclamer roi d'Austrasie, au mois d'août
674. Ce Souverain avait alors environ vingt-deux ans. Wulfoald garda sous
lui la fonction de maire du palais.
En Neustrie, à la
nouvelle de la mort de Childéric II, les adhérents de Thierri III le
tirèrent du monastère de Saint-Denis et le reconnurent de nouveau pour leur
roi (673). Ce Souverain prit pour maire de palais Leudèse. Ebroïn, qui avait
également quitté le monastère de Luxeu , fut vivement mécontent de ne pas
recouvrer sa fonction de maire du palais. Il résolut de la recouvrer de vive
force. II se rendit en Austrasie, prés de Wulfoald, et fit une alliance avec
lui. Avec le secours que Wulfoald lui donna, il fit la guerre à Thierri III
; il se saisit, par trahison, de son maire de palais, Leudèse, et le fit
mettre à mort. Il éloigna saint Léger de son église d'Autun, après lui avoir
fait crever les yeux et, en 675, il contraignit Thierri III à lui rendre la
fonction de maire du palais de la Neustrie.
Saint Lambert,
évêque de Liége, fut destitué en 674 et remplacé par un intrus, nommé
Pharamond. Pour quels motifs fut-il destitué et par qui ? Il fut destitué
pour motif de fidélité au roi Childéric II et il le fut, sur les instances
d'Ebroïn, par Wulfoald et Dagobert II. C'est la conjecture qui nous parait
la mieux fondée. Les historiens liégeois disent qu'il fut exilé par Ebroïn,
maire de palais, mais il est à remarquer
qu'Ebroïn était maire de palais en Neustrie, et non pas en Austrasie où, par
conséquent, il ne pouvait exercer aucun pouvoir. Aussi les premiers
biographes du saint ne nomment point Ebroïn ; ils se bornent à dire que
saint Lambert avait des adversaires qui le firent exiler, après la mort de
Childéric II.
Quant à Pharamond,
on peut conjecturer qu'il était soit un proche parent, soit une créature d'Ebroïn.
Saint Lambert se
retira à l'abbaye de Stavelot, accompagné dé deux domestiques, dont l'un
s'appelait Théoduin. C'est de celui-ci que son premier biographe tenait
plusieurs détails de sa vie. Dans l'abbaye de Stavelot, saint Lambert vécut
en religieux et en porta probablement le costume. Il assistait à tous les
offices du choeur et dormait au dortoir commun. Il observait les jeûnes et
les abstinences prescrits par la règle, comme les autres religieux. Ses
biographes rapportent, avec édification, un bel exemple d'humilité et
d'obéissance qu'il donna à la communauté : Saint Lambert avait coutume de se
lever pendant la nuit pour se livrer à la prière, mais il le faisait sans
causer le moindre bruit, pour ne pas déranger les religieux dans leur repos.
Un jour, il laissa tomber, par mégarde, ses sandales dont le bruit éveilla
les religieux. L'abbé ordonna immédiatement à l'auteur du bruit d'aller
prier devant la croix qui se trouvait, en plein air, devant la porte de
l'abbaye. Saint Lambert s'y rendit et resta à genoux devant la croix en
priant. Le matin, après l'office de matines, l'abbé s'enquit du religieux
qui avait troublé le repos pendant la nuit. Comme on ne le trouva point, on
finit par s'apercevoir de l'absence de saint Lambert. L'abbé envoya un
religieux à sa recherche. Il le trouva, à genoux, devant la croix,
grelottant de froid et couvert de neige. C'était, en effet, en hiver. L'abbé
se jeta aux genoux du saint et se répandit en excuses. (V. Gesta
(prima).
Saint Lambert
resta, sept ans, à Stavelot, édifiant les religieux par la sainteté de sa
vie.
Pendant tout ce
temps, le diocèse souffrit de l'intrusion de Pharamond. La division se mit
parmi le clergé et les fidèles, car la plupart refusaient de le reconnaître
pour leur évêque légitime. |
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Rappel de saint Lambert. |
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Le roi Dagobert II
fut assassiné en 679, probablement le 23 décembre, ne laissant qu'une fille,
Irmine, abbesse d'Oeren, près de Trèves. Son maire de palais, Wulfoald,
mourut peu de temps après. Les grands de l'Austrasie, ne voulant point se
soumettre à Thierri III, roi de Neustrie, ni surtout à son maire de palais,
Ebroïn , résolurent de se donner un autre gouvernement. Ils choisirent pour
leurs chefs Martin, petit-fils de saint Arnoul par Chlodulphe, et Pepin,
petit-fils du même, par Ansegisèle.
La guerre fut
la suite naturelle de ce choix. Thierri et Ebroïn attaquèrent les
Austrasiens, à Lifou près de Toul (680) et les défirent complètement. Martin
se sauva à Laon ; mais Ebroïn se saisit, par trahison, de sa personne et le
fit mettre a mort. Quant à Pepin il était rentré en Austrasie. La cruauté d'Ebroïn
révolta ses sujets, aussi fut-il assassiné en 681. Un certain Warotton le
remplaça dans la fonction de maire du palais pour la Neustrie.
Les Austrasiens
reconnurent, dès lors, Thierri III pour leur roi, mais sous la condition que
Pepin resterait maire du palais pour l'Austrasie.
Les deux maires de
palais s'entendirent si bien que Warotton donna sa fille aînée en mariage à
Drogon, fils aîné de Pepin.
Pepin (dit le
forestier, le gros, de Herstal), se voyant en paisible possession du
gouvernement d'Austrasie , rappela saint Lambert de l'exil (681). C'était
une oeuvre de justice et de sage politique (2). Tous les diocésains
éprouvèrent la plus vive joie du retour de l'évêque à Maestricht.
Un des premiers
soins de saint Lambert fut de faire la visite pastorale de son diocèse, car,
pendant les sept années de son exil, ses diocésains avaient beaucoup
souffert des troubles civils, de l'intrusion de Pharamond et des
superstitions païennes. La Taxandrie surtout fut le théâtre de son zèle.
L'idolâtrie n'y était pas encore extirpée et des superstitions païennes y
avaient repris le dessus. Saint Lambert y porta les lumières de la foi au
péril de sa vie et détruisit les temples des idoles. (V. Gesta
(prima).
Les habitants des
pays voisins, appelés plus tard Gueldre, Juliers et Clèves, furent
évangélisés vers le môme temps par trois saints venus d'Écosse, Wiron,
Plechelm et Otger. Arrivés en Gaule pour y convertir les idolâtres, ils
s'étaient adressés à Pepin, qui les envoya évangéliser les habitants de la
Gueldre. Il leur donna, pour s'y fixer, un terrain appelé plus tard
Mont-Saint- Pierre ; ils s'y construisirent une habitation, près de
l'oratoire dédié à la Vierge. Par leurs travaux apostoliques, ils
convertirent les habitants de la contrée et construisirent partout des
églises, qu'ils consacrèrent eux-mêmes, étant évêques. Pepin avait une si
grande vénération pour ces missionnaires que, chaque année, au commencement
du carême, il se rendait, pieds nus, au Mont-Saint-Pierre, pour se confesser
à Wiron ou à Plechelm et leur demander conseil sur l'administration du pays.
Ces deux saints moururent à Mont-Saint-Pierre, Wiron vers l'an 700 et
Plechelm vers l'an 713, dans un âge avancé. (V. Acta Sanct. mai, t.
II, jul., t. IV ; Acta Sanct. Belgii, t. V et VI (3) ;
Publications, t. XXII).
Saint Willibrord,
missionnaire anglais, évangélisa les Frisons, de 690 à 739 et fut le premier
évêque d'Utrecht. Son diocèse touchait à celui de Tongres. Il est donc très
probable que saint Lambert et saint Willibrord se sont plus d'une fois
rencontrés dans leurs travaux apostoliques et qu'ils se sont concertés sur
la conversion des infidèles. (V. NICOLAS.)
Saint Lambert
aurait aussi exercé son zèle apostolique dans le pays de Malines qui n'était
pas encore entièrement converti à la foi. Il aurait prêché à Hofstade, du
haut d'une colline qui porte encore le nom de sint Lambrechtsberg, mais on
n'en a aucune preuve certaine.
Le saint
s'intéressa vivement à toutes les institutions religieuses de son diocèse.
Il donna le voile de consécration à Landrada et consacra l'église qu'elle
avait construite dans son domaine de Munsterbilsen. Cette sainte, née de
parents nobles et élevée dans la vertu, avait résolu de consacrer sa
virginité à Dieu. Après avoir refusé un brillant mariage, elle s'était
retirée à Munsterbilsen pour vivre dans la solitude et les exercices de
piété. Elle s'associa des filles pieuses et commença avec elles une nouvelle
communauté religieuse. Saint Lambert fut et son évêque et son directeur. Dès
qu'elle se sentit gravement malade, elle l'appela près d'elle, mais elle
mourut avant son arrivée. Saint Lambert voulut la faire enterrer à
Wintershoven, près de saint Landoald, mais, sur les instances des
religieuses, il consentit à ce qu'elle fut inhumée à Munsterbilsen. Peu de
jours après cependant, elle fut exhumée et transportée à Wintershoven pour y
être enterrée (V. Act. Sanct., 8 julii.)
Saint Lambert
dirigea aussi dans les voies de la perfection, ainsi que dans les bonnes
oeuvres, sainte Ode, veuve, dit-on, de Boggis, duc d'Aquitaine. Après la
mort de son époux, elle avait quitté, ajoute-t-on, l'Aquitaine, peut-être à
cause du règne tyrannique d'Ebroïn, et s'était retirée dans l'Austrasie où
elle avait beaucoup de biens. Elle s'y adonna aux bonnes oeuvres ; elle se
montra si charitable envers les pauvres, qu'elle mérita un jour de donner
l'aumône à JésusChrist lui-même qui s'était présenté à elle sous la forme
d'un pauvre. Elle trouva, en même temps, ses provisions qui étaient
épuisées, entièrement refournies. Sainte Ode fit aussi construire des
églises et elle fonda à Amay un établissement religieux qu'elle dédia à
saint Georges. C'était soit un monastère, soit un chapitre de chanoines.
Sainte Ode mourut vers la fin du VIIe siècle et fut enterrée à Amay. (V.
Acta Sanct., Oct., t. X.)
Une troisième
sainte illustra l'épiscopat de saint Lambert. C'était sainte Begge, fille de
Pepin de Landen et épouse d'Ansegisèle. Elle éleva son fils Pepin, dit de
Herstal, dans des sentiments de dévouement à la religion et à l'Église.
Après la mort de son époux (673), assassiné à la chasse par Godwing, son
filleul et protégé, elle s'adonna exclusivement aux bonnes oeuvres. Il n'y a
point à douter qu'elle n'ait prié son fils de rappeler saint Lambert de
l'exil (681). Sainte Begge, après avoir fait un pèlerinage à Rome, fonda un
monastère dans son domaine d'Andenne, entre Huy et Namur. Les premières
religieuses lui vinrent de l'abbaye de Nivelles, fondation de sa soeur
Gertrude et de sa mère Itta. Les services divins furent célébrés par des
religieux établis près de l'abbaye, comme à Nivelles. Sainte Begge elle-même
y embrassa la vie religieuse et y passa treize ans dans la pénitence et la
piété. Les uns fixent sa mort à l'année 689, les autres à l'année 694 ou
695. (V. Acta Sanct., Belg., t. V, p. 85).
Pepin de Herstal
qui gouvernait l'Austrasie, se montra le protecteur de la religion et des
institutions religieuses. Il fonda sur la montagne de Chèvremont une abbaye
et la dota généreusement. Il fit aussi des donations à l'abbaye de Stavelot,
savoir, il lui donna le village de Lierneux avec ses dépendances, Braz,
Feron et Odeigne.
L'abbaye de
Stavelot, depuis la mort de saint Remacle, n'avait eu que des saints pour
abbés, saint Babolin qui mourut vers 670, saint Sigolin qui mourut avant
677, saint Godwin qui reçut, de Dagobert II vers 677 et de Thierri III vers
681, un diplôme de confirmation des biens de l'abbaye. Saint Godwin mourut
vers 685 et eut pour successeur Papolin qui obtint un diplôme de Clovis III
le 25 juin 692. Tous ces abbés paraissent avoir été évêques, sans avoir eu
un diocèse à régir, ce qui était un usage assez général dans les abbayes qui
suivaient la règle de Saint-Columban. (V. Acta Sanct., Oct., t. XII,
p. 706). |
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Première cause du martyre de saint
Lambert. |
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Deux riches et puissants seigneurs,
Gallus et Rioldus, se conduisirent en véritables brigands en s'emparant des
biens des églises et en persécutant le clergé. Personne n'osait leur
résister. Les amis de l'évêque résolurent à son insu, de refréner leur
audace. Ils prirent les armes et les attaquèrent si vivement qu'ils les
tuèrent. La mort de ses proches parents irrita vivement Dodon, seigneur
également riche et puissant. Il résolut
de venger leur mort sur l'évêque et sa suite. Il arma, à cet effet, ses
serviteurs et ses vassaux.
Saint Lambert
se trouvait à Liège, petit village à cette époque. Son habitation était
simple et sans étage. Elle se trouvait près de l'oratoire dédié aux saints
Côme et Damien. Il se leva, comme de coutume, vers minuit pour vaquer à la
prière. Puis il se rendit, avant l'aurore, à l'oratoire, avec ses chapelains
pour y psalmodier matines. Après avoir achevé cet office nocturne, ils
retournèrent tous à la maison pour y reprendre leur repos.
Le domestique
Baldovée qui avait été chargé de veiller cette nuit à la sécurité de
l'évêque et de sa suite, sortit un peu avant l'aurore. Il aperçut dans le
lointain une troupe nombreuse de gens armés, conduits par Dodon. Il rentra
aussitôt, éveilla l'évêque et l'avertit de l'approche de Dodon. Saint
Lambert se leva en sursaut et par un mouvement irréfléchi, il saisit un
glaive pour se défendre. La réflexion lui fit immédiatement déposer cette
arme pour ne s'armer que de prières et pour faire le sacrifice de sa vie à
Dieu.
Entre-temps, la
troupe armée était arrivée à la porte de la maison. Elle l'enfonça à coups
de lance. Les neveux de l'évêque, Pierre et Andolet, avec les autres
serviteurs, refoulèrent de la maison ceux qui y étaient déjà entrés. Le
saint évêque les arrêta dans leur impétuosité pour éviter tout combat
sanglant. N'entendez-vous point, lui dit alors son neveu Audoenus, que les
ennemis parlent de mettre le feu à la maison et de nous brûler vifs ? Dieu
sera notre refuge, répliqua l'évêque, et il punira nos ennemis du feu
éternel de l'enfer ; puis s'adressant à ses neveux : rappelez-vous, leur
dit-il, que vous êtes cause de ces attaques, parce que vous avez tué Gallus
et Rioldus ; recevez maintenant la mort de la main de vos ennemis, en
expiation de votre faute. Quelle est la volonté de Dieu, lui demandèrent-ils
? Ouvrez le volume du Seigneur pour le savoir. Le saint évêque ouvrit le
psautier et les premiers mots de la page furent : quoniam requiret
Dominus sanguinem servorum. Après avoir fait sortir ses neveux et ses
serviteurs de sa chambre ; il se mit à genoux, pour prier, les bras étendus.
Dodon et ses gens
pénétrèrent dans la maison et tuèrent tous ceux qui n'étaient point parvenus
à s'enfuir, entre autres, Pierre et Andolet. Un homme armé grimpa sur la
toiture au-dessus de la chambre de saint Lambert, et, après y avoir fait une
ouverture, il le tua d'un trait. C'était le 17 septembre.
Quand Dodon se fut
retiré avec ses gens armés, les amis et serviteurs de l'évêque revinrent à
la maison. Ils prirent le corps du saint et le chargèrent sur une barque, en
toute hâte, pour le porter à Maestricht, dans sa ville épiscopale. Ils l'y
déposèrent dans l'église de Saint-Pierre et veillèrent près de lui pendant
toute la nuit, en psalmodiant l'office des morts. Le lendemain, ils le
déposèrent, précipitamment, dans le caveau de son père, la crainte les
empêchant de lui préparer une sépulture spéciale plus digne. Le meurtre du
saint évêque se répandit bientôt dans tout le diocèse et y excita la plus
vive douleur. (V. Gesta (prima). |
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Seconde cause du martyre. |
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Le chanoine Anselme
qui écrivit vers l'an 1050, expose une seconde cause du martyre de saint
Lambert, d'après une relation écrite par les anciens.
Pepin de Herstal,
maire du palais, avait épousé Plectrude fille de Hugobert, dont il avait
deux fils Drogon et Grimoald. A une certaine époque qu'on ne peut
déterminer, il conçut une passion pour Alpaïde et eut d'elle deux enfants
illégitimes Charles-Martel (né vers 689) et Childebrand. Saint Lambert
avertit plusieurs fois Pepin de ces fautes et l'engagea vivement à se
séparer d'Alpaïde. Tantôt il employa les moyens de douceur, tantôt il le
menaça des châtiments de la Providence et des censures ecclésiastiques.
Pepin fut ébranlé par les exhortations du saint. Alpaïde qui s'en aperçut,
en fut vivement mécontente. Elle engagea son frère Dodon à fermer la bouche
à l'évêque par un assassinat. Dodon l'exécuta de la manière exposée
ci-dessus. Cette cause du martyre de saint Lambert, ajoute le chanoine
Anselme, est passée sous silence par le biographe du saint pour ne pas
blesser les descendants de Pepin qui gouvernaient le pays. (V. Patrol,
t. CXXXIX, p. 1074.)
Cette seconde cause
du martyre de saint Lambert est-elle vraie ? Il y a, sur cette question,
deux sentiments que nous allons exposer.
Premier sentiment. -
Cette cause est bien vraie. Adon,
archevêque de Vienne, en Provence, qui écrivit son martyrologe vers l'an
858, insinue cette seconde cause : saint Lambert, dit-il, après avoir
réprimandé la maison royale, par zèle pour la religion, fut assassiné après
son retour et pendant qu'il était en prière, par des hommes pervers envoyés
du palais. Ces réprimandes données à la maison royale ne sont autres que les
réprimandes données à Pepin sur son concubinage-adultère avec Alpaïde et ces
hommes pervers envoyés du palais ne sont autres que Dodon et ses serviteurs
envoyés par Alpaïde (4). Le texte d'Adon a été reproduit par Reginon dans sa
chronique et par Notker dans son martyrologe.
Le poète anonyme du
Xe siècle qui a écrit en vers la vie de saint Lambert dit que ce saint était
indigné du concubinage de la soeur d'Odon avec Pepin et qu'il était, pour ce
motif, devenu odieux aux amis d'Odon. Celui-ci résolut de le tuer et en
chercha l'occasion.
Le chanoine Anselme
qui écrivit vers l'an 1050, attribue le martyre de saint Lambert aux deux
causes réunies. Son récit a été suivi par Sigebert de Gembloux, Nicolas,
chanoine de saint Lambert, et Reinier de Saint Laurent au XIIe
siècle, par Gilles d'Orval au XIIIe et, par tous les écrivains liégeois des
temps suivants.
Il est certain que
Pepin a vécu en concubinage avec Alpaïde et qu'il résidait souvent au
diocèse de Liège, surtout à Herstal ou à Jupille. Saint Lambert ne pouvait
tolérer ce scandale en silence. Il n'y a point à douter qu'il n'ait fait des
réprimandes aux coupables.
Le premier
biographe de saint Lambert, le premier biographe de saint Hubert et.
Godeschalck ne font pas la moindre mention de la seconde cause ; ils ne
parlent ni d'Alpaïde, ni des réprimandes faites par saint Lambert. Mais ce
silence n'est qu'un argument négatif. La crainte de blesser la famille
régnante leur a fermé la bouche ; le premier écrivait sous Charles-Martel,
fils d'Alpaïde, le second sous Pepin le Bref, fils de Charles-Martel et le
troisième sous Charlemagne, fils de Pepin le Bref (5).
Second sentiment. - Saint Hubert et
ses diocésains ont eu une vénération spéciale pour le lieu où saint Lambert
a souffert le martyre ; ils l'y ont invoqué et ils y ont bâti une église
pour honorer sa mémoire. Grimoald, fils de Pepin de Herstal, est même venu
invoquer saint Lambert à Liège, dans la nouvelle église, pour obtenir la
guérison de son père.
La même vénération
s'est manifestée à Saint-Pierre, près de Maestricht, au tombeau du saint. La
treizième année après la mort du saint, l'évêque a fait la translation de
ses reliques de Maestricht à Liège et a autorisé, en même temps, un culte
public en son honneur. Il est même probable que Charles-Martel a assisté à
cette translation avec son fils Carloman. Tous ces faits rappelaient
constamment le martyre de saint Lambert et par conséquent la cause du
martyre. On peut en déduire ou bien que cette cause n'était pas considérée
comme déshonorante pour la famille régnante ou bien que la crainte de
blesser la famille régnante dans son honneur, n'existait pas.
Si la crainte de blesser
la famille régnante dans son honneur n'existait pas, le silence des trois
premiers biographes devient un argument positif. Ils connaissaient la
véritable cause du martyre de saint Lambert ; en n'exposant que la première,
ils disent implicitement que la seconde n'existait pas, car celle-ci,
c'est-à-dire, la réprimande faite à Pepin sur ses relations illicites avec
Alpaïde eût été une cause plus glorieuse pour saint Lambert que la défense
des biens ecclésiastiques.
La publicité d'un
écrit, au VIIIe siècle, était bien restreinte, car il n'y avait d'autre
moyen d'en multiplier les exemplaires que par des transcriptions. Il ne
pouvait guère y avoir de grands sujets de crainte, surtout pour un écrivain
anonyme.
D'ailleurs, même
d'après le récit d'Anselme et de ses successeurs, ce n'est pas Pepin qui a
fait assassiner saint Lambert. Le fait eut lieu probablement à son insu.
Quant au déshonneur
d'être un enfant illégitime, il n'existait guère au moyen âge parmi les
princes. Ceux-ci avouaient publiquement leurs enfants illégitimes et les
élevaient même aux plus hautes dignités.
La crainte qu'on
prête aux premiers biographes de saint Lambert, n'avait donc aucun
fondement.
Nous citons un
exemple pour confirmer ces appréciations. Sous le règne de Sigebert II, roi
d'Austrasie, et de Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne, l'historien
Frédégaire raconte en détail, dans sa chronique, la polygamie de leur père
Dagobert Ier. Ce souverain, après avoir répudié son épouse légitime
Gomatrude, en 628, prit trois épouses-reines à la fois et plusieurs
concubines. Il eut Sigebert de la concubine Regnatrude et Clovis de l'épouse-reine
Nantechilde.
Pepin de Herstal appartient-il au diocèse
de Tongres par son origine ?
Pepin naquit d'Ansegisèle et de Begga,
très probablement en Austrasie, mais on ignore en quel diocèse. L'Austrasie
comprenait, à cette époque, plusieurs diocèses, entre autres, ceux de
Cologne, de Trèves, de Tongres, de Metz, de Cambrai, de Toul, de Verdun, de
Mayence, de Strasbourg, de Laon.
Pepin de Herstal a-t-il résidé
habituellement au diocèse de Tongres ?
L'administration d'un pays, à cette
époque, n'était pas centralisée dans une capitale, comme de nos jours. Le
souverain, (ou son ministre), devait se rendre successivement dans toutes
les provinces où son intervention était nécessaire ou utile, soit pour
régler les affaires, soit pour assurer le repos public. En temps de guerre,
il devait se mettre à la tête de son armée. Or, Pepin de Herstal a été maire
d'Austrasie de 679 à 714, et de Neustrie de 687 à 714. Il a dû, en outre,
soutenir ou entreprendre un grand nombre de guerres. Il est donc assez
probable qu'il n'a point résidé souvent, ni longtemps au diocèse de Tongres
et qu'il n'appartenait pas plus à ce diocèse qu'à tout autre de son royaume.
Il y a lieu, par conséquent, de douter si saint Lambert lui a fait des
réprimandes sur sa conduite.
En 680, Pepin perd la bataille de Lafau.
En 683, il remporte une victoire à Namur sur
Gislemar, fils du maire de Neustrie.
En 687, il remporte une victoire à Testri,
sur le roi Thierri III et son maire, Berthaire.
Le 13 novembre 687, Pepin et Plectrude datent un diplôme
de Jupille, si toutefois ce diplôme est authentique.
En 689, Pepin fait la guerre à Radbod, duc de Frise, et
le soumet à son pouvoir.
Le 20 novembre 691, Pepin et Plectrude
datent un diplôme de Nielsio en faveur de l'église des SS. Apôtres, près de
Metz.
Le 15 novembre 691, Pepin date un diplôme
de Lestines et, la même année, un autre de Cambrai, si toutefois ces deux
diplômes sont authentiques.
En 694, il donne à son fils aîné, Drogon, le duché
de Champagne.
En 695, il donne à son fils puîné, Grimoald,
la mairie de palais de Neustrie, sous Childebert III.
En 695, il fait de nouveau la guerre à
Radbod, duc de Frise, et le soumet.
Le 17 novembre 697, Pepin et Plectrude
datent un diplôme de Lestines, si toutefois ce diplôme est authentique.
Le 20 janvier 702, Pepin et Plectrude
donnent un diplôme en faveur de l'église de Saint-Viton, à Verdun.
Le 13 mai 706, ils datent un diplôme de
Sarguemine.
En 708, mourut Drogon, fils aîné de Pepin,
laissant deux fils : Hugues et Arnoul. Il fut enterré dans l'église de
Saint-Arnoul, à Melz. Grimoald, son frère, lui succéda dans son duché de
Champagne, tout en conservant la mairie de palais de Neustrie. Grimoald eut
d'une concubine, dit le continuateur de Frédégaire, un fils nommé Theudoald.
En 709, Pepin fait la guerre en Souabe et
soumet ce pays.
En 710, Grimoald épouse Teutsvinde, fille de
Radbod, duc de Frise.
En 712, Pepin passe de nouveau le Rhin, ravage la
contrée révoltée et la ramène à son obéissance.
En 714, Grimoald est assassiné dans
l'église construite à Liège, en l'honneur de saint Lambert, laissant de son
épouse Teutsvinde, un fils nommé Theudoald.
Le 2 mars 714, Pepin et Plectrude datent
un diplôme de Bakel (Bagoloso).
Le 16 décembre 714, Pepin meurt à Jupille,
laissant d'Alpaïde deux fils illégitimes : | |