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Saint Hubert




 

 

 

 

 

 

 

 


Sylvain Baleau :
Les sources de l'histoire de Liège au Moyen Age, Etude critique. 

Edition Henri Lamertin, T.I.,
pp. 40 à 45,  56 à 60 et 389 à 391 (Bruxelles, 1903)

Chapitre premier

De l'origine à la fin du VIIIe siècle

20.Vie de saint Hubert. -- On sait que saint Lambert eut pour successeur saint Hubert L'existence d'un ancien écrit racontant la vie du saint patron de la ville de Liège, nous était attestée par Jonas d'Orléans, qui, peu après 826, fut chargé, par l'évêque Walcaud, de remanier cette vie primitive (1). Celle-ci fut retrouvée en 1874, par W. Arndt, dans le manuscrit n° 469 de la bibliothèque de Valenciennes (2). Le Père de Smedt en découvrit une autre copie, en 1878, dans un manuscrit du séminaire de Namur, provenant de l'abbaye de Saint-Gérard (3). Le texte reproduit par le premier manuscrit date du IXe siècle; celui du second, bien que du Xle, semble plus correct ou plutôt moins mal orthographié, car les variantes ne portent que sur l'orthographe avec quelques légères interversions ou substitutions de mots. Le Père de Smedt, en utilisant les deux manuscrits, en a donné une édition critique dans le tome 1er des Acta Sanctorum de novembre.

21. Contenu du « Vita Huberti » . - Le style de cette biographie est à demi barbare et fourmille d'incorrections du genre de celles que nous avons signalées dans la première rédaction du Vita Lamberti. Elle est divisée en neuf chapitres, correspondant aux neuf leçons que cet écrit avait pour destination de remplir. Elle nous apprend très peu de chose de la vie du saint. Elle ne nous dit rien de sa naissance, de sa patrie, de ses ancêtres, de sa jeunesse avant son élévation à l'épiscopat (4). Nous y lisons seulement qu'il fut disciple de saint Lambert et qu'il regrettait de n'avoir pu partager le glorieux trépas de son prédécesseur. Après un banal éloge des vertus du saint, le biographe nous decrit l'élévation des reliques de saint Lambert et l'apostolat de saint Hubert en Ardenne, en Taxandrie et en Brabant. Puis vient le récit des miracles qu'il opéra à Wiodh (probablement Wihou, près d'Argenteau), à Gabelium (Givet, et non Geul, comme l'écrit le Père de Smedt), à Aimala (Emael), à Niviella (Nivelle, près de Lixhe). Le reste de I'oeuvre est consacré au récit de la mort du saint et de la première élévation de ses reliques : saint Hubert, averti de sa fin prochaine, par une vision choisit sa sépulture dans l'église qu'il a bâtie en l'honneur de saint Pierre ; il se rend ensuite en Brabant pour y consacrer une église, probablement Héverlé (5) ; la fièvre le saisit, et il se fait transporter en bateau, puis à cheval, à deux milles de là, dans une habitation qu'il possède à Fura, probablement Tervueren (6). Il y meurt six jours après, et. l'on transfère son corps à Liège, dont Fura est distant de trente milles (7). Seize ans plus lard ses restes sont retrouvés intacts et portés sur I'autel par Carloman (8).

22. Auteur et date du « Vita Huberti » . - Cette biographie a été composée entre 743 et 750 ; elle est, en effet, de peu de temps postérieure à la première translation des restes du saint, qui eut lieu en 743. Elle est l'oeuvre d'un contemporain : l'auteur se met lui-même en scène. Il ne raconte, comme témoin oculaire et avec quelques détails, que les derniers temps de la vie de saint. Hubert. Il est donc probable qu'il n'a vécu avec lui que pendant cette période. D'après le Père de Smedt, l'auteur du Vita est un clerc de l'entourage du saint. Dans le prologue de l'ouvrage et dans trois autres passages, il indique clairement qu'il faisait partie de sa suite (9). Il se désigne une fois du nom de servus (10), mais ce terme peut être pris dans le sens spirituel. D'autre part, nous voyons qu'il participe au chant de I'office (11) ; nous le trouvons à côté de l'évêque à ses derniers moments, et il se met au nombre de ses disciples (12). Le terme meis contubernalibus qu'il emploie dans le prologue pour désigner ses compagnons s'applique exactement à des clercs inférieurs, mais s'entendrait moins de simples domestiques. L'auteur devait donc être un de ces clercs qui assistaient ordinairement les évêques et les prêtres dans l'exercice du culte et de la charité. Nous ne pouvons pas le mettre au nombre des clercs supérieurs, car il ne nous raconte rien de la vie intime de saint Hubert, et il ne paraît en savoir que ce que tout le monde pouvait en connaître. Les renseignements plus circonstanciés qu'il nous donne sur les faits qui se passèrent à Liège nous autorisent à croire que ce fut là qu'il écrivit.

   M. Demarteau a remarqué entre le Vita Huberti et la vie de saint Lambert certaines ressemblances de style et de méthode ; mais ces ressemblances se rencontrent chez tous les biographes de l'époque. Toutefois, le Père de Smedt pense que le biographe de saint Hubert avait le Vita Lamberti sous les yeux. Ce qui le prouve, c'est l'allusion qu'il fait à cet écrit. (13)  Nous ne devons pas en conclure que les deux oeuvres proviennent d'un même auteur. Le Père de Smedt établit le contraire par un double argument. Le prologue du Vita Huberti dénote un écrivain qui offre au public son premier ouvrage. En outre, I'auteur du Vita Lamberti est un partisan des Mérovingiens, tandis que le biographe de saint Hubert parle de Carloman avec admiration. On pourrait objecter à cette dernière preuve que l'auteur, dans l'intervalle entre la composition des deux écrits, a eu le temps de se convertir au parti de la nouvelle dynastie. Le premier argument au contraire subsiste dans toute sa force. Comme nous le verrons plus loin, le prologue est imité d'un autre ouvrage, mais l'auteur du Vita Huberti ajoute précisément de son propre fonds les passages où il s'excuse de son incapacité, en des termes faisant supposer qu'il écrit pour la première fois.

23. Sources du « Vita Huberti ». - Le biographe a certainement puisé les maigres renseignements de la première partie du Vita dans les récits de ses compagnons et peut-être de saint Hubert lui-même. Dans la seconde partie, il raconte ce dont il fut personnellement témoin.

   De plus, en étudiant d'autres vies de saints, M. Demarteau s'est aperçu que la biographie de saint Hubert était copiée en bonne partie sur celle de saint Arnulf de Metz, oeuvre écrite dès le VIIe siècle par un témoin oculaire. Outre bon nombre de phrases communes aux deux vies et disséminées un peu partout, voici les passages qui ont été le plus littéralement reproduits : 1° le prologue ; 2° la translation des restes de saint Lambert, copiée des funérailles de saint Arnulf ; 3° le récit de trois miracles qui se lisent dans les deux biographies, quoique avec quelques détails différents, à savoir : a) la guérison d'une femme qui travaillait le dimanche et dont les mains s'étaient contractées subitement ; b) la guérison d'une possédée qui troubla par ses cris la procession des Rogations ; c) la vue de lueurs dans le ciel, interprétées comme des présages, et plus tard l'extinction miraculeuse d'un incendie ; 4° enfin les mêmes ressemblances apparaissent dans les descriptions de la piété des deux saints à l'approche de leur dernier moment, du concours de fidèles qui s'assemblent autour d'eux, de l'allocution qu'ils prononcent, de leur mort.

   Il n'est pas inutile de remarquer que l'auteur du Vita Huberti a pu facilement connaître la vie de saint Arnulf. La situation spéciale de l'abbaye de Saint-Trond dépendant de Metz au temporel, de Liége au spirituel, avait contribué à créer entre les deux évêchés des relations persistantes.

24. Valeur historique du  « Vita Huberti ». - Les emprunts presque textuels faits a un écrit antérieur doivent-ils nous faire rejeter comme une oeuvre sans valeur la vie de saint Hubert ? Nous ne le croyons pas. Le sujet semblable des deux ouvrages s'accommode aisément des mêmes variations de style. Rien d'étonnant que le pauvre auteur du Vita soit allé en copier la forme dans la biographie de saint Arnulf. Quant aux miracles, on peut admettre qu'il y ait là une des confusions qu'on retrouve dans les écrits de ce genre. Cela ne doit point nous empêcher d'ajouter foi aux autres renseignements que nous fournit le biographe. Il n'a eu aucune raison d'altérer la vérité. Il aurait pu, de cent manières, faire valoir autrement son héros ; sa brièveté et sa naïveté nous sont un garant de sa bonne foi.

Chapitre II

Le IXe siècle

4. Remaniement du « Vita Huberti » par Jonas d'Orléans. - Un autre travail de remaniement fut entrepris sur le Vita Huberti par Jonas, évêque d'Orléans, à la demande de l'évêque Walcaud. Il n'entre pas dans le cadre de notre sujet de faire la biographie de l'auteur, étranger au diocèse de Liège On peut la lire au tome V de l'Histoire littéraire (14).  On y voit que Jonas fut l'un des plus savants prélats de l'Eglise de France sous Louis le Débonnaire. Né en Aquitaine, il monta sur le siège d'Orléans vers la fin de 821. Ses écrits : De institutione laïcali, De institutione regia, ouvrage composé pour l'instruction de Pepin, fils de Louis le Débonnaire, sont instructifs pour la connaissance de I'époque. Il écrivit aussi un traité en trois livres sur les images (15). Il dit lui-même avoir autrefois donné quelque temps à la poésie ; mais il ne nous reste d'autre production de sa muse que les douze vers qui se lisent à la fin de son épitre dédicatoire au roi Pepin (16).

   Jonas écrivit sa vie de saint Hubert à l'occasion de la translation en 825 des reliques du saint de Liège à Andage (17). D'après la dédicace adressée a I'évêque Walcaud, le style du Vita primitif déplaisait à celui-ci, et l'amitié qui l'unissait à son confrère d'Orléans l'engagea à prier Jonas de remanier cette ancienne biographie. L'auteur du remaniement constate que l'évêque de Liège avait chez lui, pour faire ce travail, des hommes capables : cum
adsit vobis palatina scholasticorum facundia. Ces mots, qui contiennent peut-être un compliment trop flatteur de Jonas pour son collègue de Liége, font sans doute allusion a l'école palatine (18).

   Jonas déclare qu'il ne changera rien au fond de l'ouvrage qu'il entreprend de remanier (19). Il se bornera à polir la forme (20). Son oeuvre a donc peu d'importance au point de vue historique.

5. Récit de la translation de saint Hubert en 825. - Jonas ajoute à son travail de remaniement un chapitre plus original, où il raconte la translation des restes du saint de Liège à

Andage, l'an 825 (21). A cette occasion, il nous fournit sur les origines d'Andage et sur l'arrivée des moine au temps de l'évêque Walcaud, des renseignements qu'il est utile de comparer avec ceux que nous donnent d'autre part le Vita Beregisi, écrit par un moine de Saint-Hubert vers 937, et la chronique dite Cantatorium, composée au XIIe siècle par Lambert le Jeune. Sur le nom d'Andage et sur les origine de la fondation faite par Pepin, nous voyons que le récit de Jonas n'est pas encore contaminé par les explications intéressées et les légendes merveilleuses inventées plus tard (22). Jonas n'a pas assisté à la cérémonie de la translation, mais il est bien informé et raconte ce que lui ont rapporté plusieurs témoins, notamment Walcaud (23).

   La date de la translation, soigneusement indiquée par Jonas, nous permet de fixer celle de l'avènement de Walcaud. La translation eut lieu en 825, la seizième année de l'épiscopat de Walcaud (24). D'autre part, Anselme nous dit de cet évêque qu'il était dans la quatrième année de son règne lorsque mourut Charlemagne (25). Si le 28 janvier 814 est dans la quatrième année du règne de Walcaud, celui-ci a été élevé à l'épiscopat entre le 28 janvier 810 et le 28 janvier 811. Si, d'un autre côté, le 21 septembre 825 est dans la seizième année de Walcaud, cet évêque a commencé de régner entre le 21 septembre 809 et le 21 septembre 810. En combinant ces données, nous arrivons à
fixer l'avènement de Walcaud entre le 28 janvier et le 28 septembre 810.

   Jonas nous dit qu'il s'est écoulé environ soixante-quinze ans entre les deux translations ou élévations de reliques. Il se trompe évidemment sur ce point, car entre la première élévation, faite le 3 novembre 743, et la translation
du 21 septembre 825, nous comptons une durée de près de quatre-vingt-deux ans. Il est probable que l'évêque d'Orléans étend seulement son calcul d'années jusqu'au moment de la première demande adressée par les moines, demande qui peut avoir été faite en 818 ou 819, un an après leur arrivée à Andage.

6. Le premier livre du  «  Miracula S. Huberti ». - A la suite de la vie écrite par Jonas, on trouve dans plusieurs manuscrits deux livres de miracles (26). Le second livre a été composé à la fin du Xle siècle : le premier eut pour auteur un contemporain de Jonas. En effet, parmi les huit miracles qu'il raconte, le premier se passe sous l'abbé Alveus, l'année même de la translation. Le sixième eut lieu sous l'abbé Sevold, qui gouverna le monastère de 836 à 855 (27), et, si l'on peut ajouter foi à ce qui est dit au second livre, la première ou la seconde année de son administration, c'est-à-dire en 837. Le septième miracle s'opéra deux ans après. Il n'y a pas de raison pour croire que le huitième ait eu lieu beaucoup plus tard, et il faut supposer que tous les faits racontés dans ce premier livre se sont passés dans un intervalle qui ne s'est pas étendu au delà de vingt ans après la translation. Le livre, ne racontant que ces seuls faits, doit avoir été écrit vers 840 ou 845. Un passage du texte nous indique qu'il est en réalité de peu de temps postérieur au huitième miracle. Pourquoi, en effet, l'auteur ne veut-il pas citer le nom de la notable famille condrusienne mise en cause à cette occasion? C'est vraisemblablement parce que les membres de cette famille sont encore vivants.

   On pourrait supposer que Jonas d'Orléans fut aussi l'auteur du livre des miracles. Le Père de Smedt ne le croit pas, car le style du Miracula à moins d'élégance que celui de la biographie. Ces différences de style ne doivent pas être invoquées trop facilement, et, a moins d'être appuyées sur une étude attentive du vocabulaire, elles exposent à de fréquentes erreurs. Ce qui nous confirme que tel n'est pas le cas pour l'opinion émise par le savant bollandiste, c'est surtout l'écart qui existe entre la date de composition du Vita, écrit au temps de Walcaud à la demande de cet évêque, et celle du livre des miracles composé certainement après 837, quand Walcaud n'était plus en vie. Jonas attribue à l'amitié de son collègue de Liège la demande que celui-ci lui a faite d'écrire la vie de saint Hubert. Il est peu probable que cette raison d'amitié  ait continué à subsister sous le successeur de Walcaud et ait porté l'évêque d'Orléans à reprendre la plume pour écrire le Miracula.

   « L'auteur est précis et circonstancié ; les huit épisodes miraculeux qui forment son ouvrage sont comme autant de tableautins dans lesquels on voit en réduction vivre et agir la société rurale et monastique de la vieille Ardenne. » M. Kurth retrace, d'après le vieil écrivain, cette lointaine et paisible existence. Nous renvoyons le lecteur à ces pages intéressantes (28).

   Quant au second livre des miracles de saint Hubert, nous n'en parlerons pas ici ; nous nous en occuperons à la place qui lui revient (29).

Chapitre VII

Le XIIe siècle

50. Le second livre du Miracula S. Huberti. - Le récit des Miracles de saint Hubert, rédigé dans le milieu du IXe siècle (30), fut remanié au commencement du XIIe, peu de temps avant la composition de la chronique (dite « Cantatorium »), et accru de plusieurs faits nouveaux, qui portent à une trentaine le nombre des prodiges attribués à l'intercession du saint (31).

   La date précise de la rédaction doit être fixée après 1086, année de la mort de l'abbé Thierry Ier, désigné au chapitre XXII par ces mots : « abbate felicis memoriae Theoderico ». L'ouvrage étant cité dans la première partie de la chronique (32), commencées peu de temps après 1098 (33), doit être légèrement antérieur à cette date.

   La manière dont l'auteur s'exprime en parlant du monastère (34), les indications précises qu'il fournit sur la disposition des édifices claustraux (35), sa connaissance parfaite de la géographie locale (36), dénotent un écrivain de  Saint-Hubert. Dans son vingt-neuvième et dernier chapitre, il cite comme un de ses témoins : « Lamberto hujus loci monacho, postmodum Hasteriensi abbate ». Quelles que soient les difficultés d'interprétation de ce passage (37), il est incontestable que les mots
hujus loci désignent Saint-Hubert, de même que l'expession hunc locum, employée quelques lignes plus bas.

   M. K. Hanquet va plus loin, et appuyant de ses arguments une conjecture déjà formulée par Roberti (38), il attribue
à
Lambert le Jeune le second livre des Miracles. Il nous est impossible de nous rallier à cette opinion ; l'auteur de la chronique et celui du Miracula sont, à notre avis, deux écrivains différents. Les ressemblances de tournures et de style (39), I'emploi dans les deux ouvrages de documents diplomatiques (40), la reproduction dans le Cantatorium d'un chapitre emprunté au Miracula (41), tout cela constitue, en faveur de l'identité d'auteur, de simples présomptions, facilement explicables d'une autre manière. Si Lambert le Jeune était I'auteur des deux écrits, on comprendrait difficilement qu'il eût, en écrivant la chronique, tiré si peu de parti d'un précédent ouvrage, il lui était loisible de puiser d'utiles et abondants renseignements(42). Comme l'a remarqué M. Vanderkindere (43), on aura encore plus de peine à croire que jamais un auteur ait pu faire allusion à un de ses écrits antérieurs, dans les termes qua voici : « Voulez-vous savoir plus au long, à la suite de quelles circonstances, les gens du pays ont institué ces coutumes votives..., relisez le texte des Miracles de saint Hubert ; c'est là que nous avons appris que les croix ont été établies et réglées par un édit de l'empereur Louis le Pieux (44) ».

   
On peut conclure que le second livre des Miracles fut écrit, à la fin du Xle siècle, par un moine de Saint-Hubert, ayant reçu à l
'école du monastère une éducation analogue à celle de Lambert le Jeune.

   Outre d'abondants détails de moeurs, l'ouvrage fournit d'intéressantes données sur l'histoire du monastère, au Xe siècle : invasion des Hongrois, construction de Mirwart, donation de Chauvency par le comte Etienne, invasion de ce fisc par Frédéric de Bar, dont les moines triomphent, suivant l'usage, en transportant
à l'endroit menacé, le corps de leur patron. Le récit n'est pas moins important pour I'histoire du culte de saint Hubert. D'après les données de l'écrivain, le saint était, dès le Xle siècle, honoré comme patron des chasseurs et considéré comme ayant été chasseur lui-même. Des la même époque, on pratiquait la taille de la même manière qu'aujourd'hui. Le culte du saint était donc fixé, avec ses éléments essentiels et ses traits caractéristiques, et il ne s'est pas modifié depuis lors.


(1) Vita secunda sancti Huberti, auctore JONA, Epistola dedicatoria, dans AA. SS. novembris, t. l, p. 806. 

(2) Kleine Denkmäler aus der Merovingerzeit. Hanovre, 1874, p. 52. 

(3) CRH., 4e sér., t. V, pp. 216 et suiv. 

(4) Beaucoup de légendes se sont répandues dans la suite sur saint Hubert. Nous aurons plus loin l'occasion d'examiner les généalogies lui donnant pour père Boggis, duc d'Aquitaine (voir chap. V, § 50). Le silence du biographe porte plutôt à croire que saint Hubert était de naissance obscure. D'après le chanoine Nicolas, il fut comte du palais sous Thierry III. Au dire de Jean d'Outremeuse, il devint aussi comte de Paris, et les calomnies d'Ebroïn l'obligèrent à s'exiler. Si le saint avait été revêtu de ces dignités, son biographe n'aurait sans doute pas manqué d'en faire état.
   Le Vita raconte que le saint fut assisté à ses derniers moments par son fils Floribert. On peut en conclure, avec le chanoine Nicolas, qu'il avait été marié avant de devenir évêque. Jean d'Outremeuse nomme sa femme Floribana, fille de Dagobert, comte de Louvain ; mais il n'y avait pas de comtes de Louvain à cette époque. Plus tard, on trouva monstrueux qu'un homme marié devint évêque ; on cessa de comprendre qu'il pouvait recevoir les ordres après son veuvage. De là l'interprétation par laquelle on fit de Floribert un fils adoptif ou spirituel de saint Hubert.
   On a dit aussi que saint Hubert avait d'abord vécu dans le désordre, voire même dans l'idolâtrie, puis avait été converti par l'apparition d'un cerf portant une croix. Cette légende ne se rencontre pas avant le milieu du XVe siècle. Elle est née par confusion avec ce qui est rapporté de saint Eustache. L'erreur s'est produite d'autant plus facilement que saint Hubert était, depuis au moins le XIe siècle, invoqué comme patron des chasseurs (voir chap. VII, § 50), et que la fête de saint Hubert se célébrait le 2 ou 3 novembre (voir
J. DEMARTEAU, Saint Hubert d'après son plus ancien biographe, pp. 5 et suiv.).
   Une
autre légende, consignée par le chanoine Nicolas, rapporte que saint Hubert fut sacré à Rome par le pape Sergius, miraculeusement averti de la mort de saint Lambert. C'est probablement le résultat d'une confusion avec ce qui s'est passé pour saint Willibrord, confusion d'autant plus facile que saint Willibrord fut évêque d'Utrecht et qu'on a pu prendre aisément Trajectum ad Rhenum pour Trajectum ad Mosam.
  
Enfin Jean d'Outremeuse attribue à saint Hubert la conversion d'Alpaïde, déjà racontée avant lui par l'auteur de l'abrégé de G. d'Orval (voir chap. VIII, § 20). Le Père de Smed ne rejette pas absolument cette légende et s'abstient d'autre part de l'admettre, faute de renseignements autorisés. 

(5) La tradition rapporte que l'église d'Héverlé fut consacrée par saint Hubert ; elle est dédiée à saint Lambert. 

(6) La tradition concorde avec cette explication. Au siècle passé, on célébra à Tervueren le millénaire de la mort du saint. Il y existait autrefois une chapelle en I'honneur de saint Hubert, dans laquelle on vénérait des reliques aujourd'hui honorées dans l'église paroissiale (voir J. DEMARTEAU, op. cit., p. 48). Le Père de Smedt remarque que le saint, partant d'Héverlé, a pu alter en barque sur la Dyle jusque Neer-Yssche et de là à cheval jusque Tervueren. Il peut aussi avoir remonté la Voer jusqu'au point où elle cessait d'être navigable. 

(7) Les distances marquées par le biographe s'accordent avec l'interprétation ci-dessus. Le mille gaulois souvent employé dans les vies de saints de cette époque valait environ 2,500 mètres. C'est ainsi que le Vita Trudonis fixe 3 milles pour la distance de Velm et de Zepperen à Saint-Trond. 

(8) D'après cette donnée, le Père de Smedt démontre que la première élévation des restes du saint eut lieu le 3 novembre 743, et que le jour de sa mort doit être fixé au 30 mai 727. AA. SS., nov., t. I, p. 771.  

(9) Vita Huberti, prolog., n° 8, 9, 15. 

(10) Ibid., n° 9. 

(11) Ibid., n° 8. 

(12) Ibid., n° 15. 

(13) Ibid., n° 2. 

(14) Voir en outre : K. AMELUNG, Leben und Schriften des Bischofs Jonas von Orleans. Dresde, 1888. - EBERT, Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident, t. II, p. 251. - WATTENBACH, Deutschlands Geschichtsquellen, t. I, p. 265. - Sur le rôle de Jonas au concile de Paris en 829, voir SIMSON, Ludwig der Fromme, t. I, pp. 381 et suiv. 

(15) Ces différentes oeuvres sont réunies dans MIGNE, P. L., t. CVI, col. 121 et suiv. 

(16) D'ACHERY, Spicilegium, t. I, p. 326,. 

(17) Elle a été publiée par le Père ROBERTI, Historia S. Huberti, 1621, pp. 11 et suiv. ; par le Père DE SMEDT, AA. SS., nov., t. 1, pp. 806 et suiv. 

(18) DÜMMLER, Geschichte des ostfränkischen Reichs, t. III, p. 652. 

(19) « Nec alia cudimus quam ab ejus relatione comperimus. » Epistola dedicatoria. 

(20) « Sufficit superficiem litteraturae vel modico decorasse sermone, cujus ille aut contemptor fuit, aut inscius. » Ibid. 

(21) Edité séparément par MABILLON AA. SS. 0. S. B., saec. IV, pars. 1, pp. 279 et suiv.;  par MIGNE, P. L., t. CVI, col. 389 et suiv. ;  par L. HEINEMANN, MGH. SS., t. XV, pp.235 et suiv. 

(22) Voir chap. III, § 10 ; chap. VII, § 44. 

(23) « Sicut saepe fati venerabilis antistitis Walcaudi et quorumdam aliorum religiosorum veraci relatu didicimus. » JONAS, Vila secunda S. Huberti, chap. XXXIII. 

(24) « Anno ordinationis ipsius sexto decimo, qui est incarnationis dominicae octingentesimus vicesimus quintus. » Ibid. 

(25) « Cujus anno quarto, qui est ab dominica incarnatione 814, Karolus diem clausit extremum. » ANSELME, Gesta, chap. XVIII. 

(26) Publiés par ROBERTI, Historia S. Huberti, pp. 72 et suiv. ; MABILLON, AA. SS. 0. S. B., saec. IV, pars 1, pp. 281 et suiv. ; DE SNEDT, AA. SS., nov., t. 1, pp. 819 et suiv. ; HEINEMANN (extraits), MGH. SS. t. XV, pp. 909 et suiv. 

(27) Gallia christiana, t. III, col. 967. 

(28) CRH., 5e sér., t. VIII, pp. 50 et suiv. 

(29) Voir chap. VII, § 50. 

(30) Voir p. 59.  

(31) Publié par MABILLON, AA. SS. 0. S. B., saec. IV, t. I, pp. 281 et suiv. ; ROBERTI, Historia S. Huberti, 1621, pp. 72 et suiv. ; et mieux par le P. DE SMEDT, dans AA. SS., novemb., t. 1, pp. 823 et suiv. 

(32) Voir p. 377, note 3.  

(33) Voir p. 378. 

(34) Il dit, en parlant de I'abbaye : le monastère, l'église, le tombeau, les frères. Jamais il ne précise. Ce serait, remarque M. Hanquet, à peine compréhensible de la part d'un étranger ; rien de plus naturel chez un habitant de Saint-Hubert. 

(35)  « Lapidea camera, quae tunc erat pro foribus monasterii. » Lib. secundus mirac., chap. XXI. - « In camera sub dormitorio fratrum, quae postea facta est domus infirmorum. » Ibid., chap. XXIV. 

(36) Il cite au moins neuf  localités circonvoisines de Saint-Hubert. 

(37) Le P. de Smedt a conclu de ce texte que l'auteur appartenait au monastère de Stavelot. En effet, dit-t-il, Lambert, disciple de Poppon, et son successeur dans la direction de Waulsort et d'Hastière, venait de Stavelot. Mais la chronique de Waulsort, seule source qui mentionne ce personnage, déclare au contraire qu'il fut tiré par Poppon de Saint-Maximin de Trèves. L'expression hujus loci désignerait donc ce monastère, ce qui est inadmissible. Il faut nécessairement chercher une autre explication du passage contesté. M. Hanquet remarque que le chapitre XXIX pourrait bien avoir été ajouté postérieurement, et suppose ou bien que l'abbé Lambert passa par Saint-Hubert avant d'être moine de Trèves, ou bien que l'écrivain confond Hastière avec Florennes : nous savons qu'Otbert préposa à cette abbaye un moine de Saint-Laurent, aussi nommé Lambert, qui avait précédemment suivi Bérenger dans son exil à Saint-Hubert. 

(38) ROBERTI, Historia  S. Huberti, p. 215. 

(39) Ces ressemblances s'expliquent par des habitudes d'écoles. Voir VANDERKINDERE, dans Archives belges, 3e année, p. 3. 

(40) Même remarque. 

(41) Un auteur peut avoir emprunté à I'autre ce chapitre, et il n'y a rien d'extraordinaire qu'il n'ait pas cité sa source (voir CAUCHIE dans CRH., suprac., pp. 120, 128). Bethmann et Wattenbach regardent le chapitre XXVIII comme une addition au Miracula, empruntée au Cantatorium. (MGH. SS., t. VIII, p. 577, note 71.) M. Kurth croit au contraire que le récit a été repris du Miracula dans le Cantatorium  (K. HANQUET, suprac., p. 108, note 5) 

(42) Voir pp. 376, 377. 

(43) Archives belges, suprac. 

(44)  « Qui latius addiscere voluerit, relegat textum miraculorum praedicti patroni. Has (consuetudines) edicto Ludovici... et synodali banno Walcandi... ibidem novimus addictas. » Cantatorium, éd. R. DE  S., chap. XXXI, pp. 243-244. 

 

 

 

 

 

Ferd. Loise
Biographie nationale T. IX pp. 591 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique
Bruxelles, 1897.

HUBERT (Saint),

   Autour du tombeau de saint Lambert, il a élevé la ville de Liège ; autour de son tombeau s'est élevée la ville de Saint-Hubert. En sorte qu'il fut deux fois, en sa vie et en sa mort, fondateur  de cités. Il est aussi le patron des chasseurs. Il est enfin le grand thaumaturge, guérisseur de la rage. Il n'est donc pas étonnant que le moyen âge ait multiplié les merveilles autour de son nom. C'est à ce point que le biographe, à cette distance et à défaut de témoignages contemporains d'une complète authenticité, hésite et ne sait distinguer les faits historiques des faits légendaires.

   Tâchons cependant, à travers le merveilleux de cette mythologie chrétienne, de mettre à nu la vérité. Bien des questions restent insolubles : Hubert était-il fils de Bertrand, duc d'Aquitaine ? N'est-il pas né plutôt au sein du peuple dans nos contrées, comme on pourrait l'inférer du silence de son premier biographe, qui n'aurait pas manqué de nous signaler son origine s'il était descendu d'une famille princière? Avait-il épousé, comme on l'a dit, une princesse, fille d'un comte Dagobert, de Louvain, dont les vieilles annales ne font point mention, et qui lui aurait donné pour fils saint Floribert, son successeur? Eut-il besoin de se convertir pour embrasser la carrière sacerdotale ? Ce patron des chasseurs eut-il réellement la passion de la chasse? Nous sommes sur tout cela réduit à des conjectures, sans espérance d'en voir jaillir une complète lumière.

   Rien n'est moins fondé que l'histoire de sa conversion. Mais il faut bien qu'on la rapporte, ainsi qu'on le ferait d'un mythe inventé par la poésie. On dit donc qu'un jour de Noël ou de Pâques, tandis que les seigneurs de la cour de Jupille assistaient aux cérémonies de l'église, Hubert, qui se livrait à la chasse, son plaisir favori, dans la forêt des Ardennes, rencontra un cerf d'une grande taille portant entre ses bois l'image du Dieu crucifié. Au même instant, il entend une voix qui lui crie : « Va trouver Lambert, mon serviteur ;  fais, selon ses conseils, pénitence de  tes péchés, et par toi l'Eglise sera  glorifiée. Si tu ne le fais pas, l'enfer t'attend à ta dernière heure. 
» Hubert descend de cheval, tombe à genoux, et promet de suivre la voix du ciel qui se révèle à lui.

   La poésie et les arts, s'emparèrent de cette légende. Mais le biographe contemporain qui raconte l'épiscopat de saint Hubert ne dit pas un mot de ce miracle, pas plus que Godescald, qui écrivit en 770 la vie de saint Lambert et qui retrace avec complaisance les faits merveilleux accomplis pendant la translation des restes du saint de Maestricht à Liège. On a raconté la même apparition d'un cerf crucifère dans la vie de saint Eustache. Jean Damascène, du vivant même de saint Hubert, a trouvé dans de vieux actes ce récit dont le héros remonte au IIe siècle de notre ère. C'est seulement au xve siècle, c'est-à-dire sept cents ans après saint Hubert, que parut la légende rapportant cette conversion. On a supposé qu'elle aurait eu lieu après son mariage, que le P. Roberti place en l'année 682. Nul histories sérieux n'y peut ajouter foi. Il se serait décidé à se retirer du monde après la mort de son épouse Floribane, et on le fait voyager en 688 à Paris, où il serait allé remettre à Thierry III son collier et sa ceinture ; puis i1 aurait fait le voyage de la Guyenne pour assister à la mort de son père, remettre à son frère le droit ducal qui lui appartenait et lui confier son fils Floribert. Ces faits ne sont attestés par aucun document. Le futur apôtre prit-il la résolution de vivre dans la solitude pour faire pénitence ? Nous l'ignorons. Ce qui est certain, c'est qu'il se mit en rapport avec Lambert et qu'il alla puiser la science et les vertus de l'Evangile à cette grande et sainte école. Quand son maître tomba victime de son dévouement à ses devoirs d'évêque, après avoir rappelé le duc d'Austrasie à ses devoirs d'époux en cherchant à éloigner de la cour Alpaïde, mère de Charles Martel, Hubert lui succéda sur le trône épiscopal.

   La légende lui fait entreprendre le voyage de Rome, après sept années de pénitence. Un ange aurait appris le meurtre de saint Lambert au pape Sergius et aurait déposé sur l'autel de Saint-Pierre son bâton pastoral pour en transmettre à Hubert le précieux héritage. Celui-ci ayant déclaré au souverain pontife qu'il ne se sentait pas à la hauteur de cette mission, lui qui ne cognoit lettre aucune, l'ange serait descendu du ciel apportant une étole avec un brevet que saint Hubert aurait lu, comme s'il avait étudié et lu toute sa vie. Alors il aurait été ordonné prêtre et évêque de Maestricht. Ces faits, pour être admissibles, auraient besoin de s'accorder avec l'histoire ; or, le pape Sergius Ier est mort en 701 ou 702, tandis que le meurtre de saint Lambert, selon les Bollandistes, s'accomplit le 17 septembre 709. On pourrait toutefois assigner à ce meurtre la dernière année du VIIe siècle. Ce qui ne prouve pas cependant que saint Hubert ait fait le voyage de Rome. Il était sur les lieux à la mort de son prédécesseur, auquel il succéda immédiatement. Dans le récit d'une consécration pontificale par le pape Sergius, la légende aura confondu saint Hubert avec saint Willebrord, l'apôtre de la Frise, qui vivait à la même époque. La vérité qui se dégage de ce récit merveilleux, c'est que saint Lambert, qui se savait menacé par le frère d'Alpaïde, avait, en prévision de sa mort, préparé saint Hubert à recueillir sa succession. Bien que les vertus fussent plus nécessaires que la science à une époque aussi barbare, il serait par trop invraisemblable d'admettre que Hubert, au moment de son élection à l'épiscopat, ne connût lettre aucune, comme le dit la légende du XVe siècle. S'il faut admettre avec le P. Roberti que saint Hubert s'est décidé à renoncer au monde en 688, un intervalle de vingt ans, ou même de dix, lui avait amplement suffi pour s'initier à la connaissance de la théologie et des livres saints. Et le disciple de saint Lambert devait être, comme son maître, un des hommes les plus éclairés de son temps. Quoi qu'il en soit, c'est par ses vertus, plus encore que par ses lumières, qu'il acheva la conversion de la Toxandrie (Campine et Brabant) et évangélisa les Ardennes. Il fallait agir sur le coeur pour en arracher la brutalité des instincts et y faire pénétrer, avec l'amour divin, l'esprit de fraternité du christianisme. Humainement parlant, des hommes doués de cette puissance de persuasion, plus éloquents par leur vie que par les séductions de la parole, et qui savaient faire fléchir l'orgueil des princes devant la loi morale, la loi du devoir, étaient assurément pour l'humanité de glorieux bienfaiteurs. Il fallait posséder ces héroïques vertus pour mériter un nom dont la sainteté subsiste, après onze siècles, et qui restera une des preuves les plus éclatantes de la puissance de l'idéal religieux.

   La treizième année après son élection, en 712, selon les uns, en 722, selon les autres, Hubert posa l'acte le plus important de son épiscopat : la translation du corps de saint Lambert à Liège. Il ne semblait avoir accepté l'héritage de ce grand apôtre que pour le glorifier dans la tombe et consommer sa sanctification. Il commença par solliciter de Pepin de Herstal l'autorisation de construire une église expiatoire à l'endroit où s'était accompli le martyre. Le choeur de cette église fut la chapelle où le saint évêque était allé prier quand il tomba sous les coups de Dodon et de ses complices. Liège alors n'était que le petit bourg de Leodium, arrosé par la Légia, qui lui donna son nom. Elle devint la ville de saint Lambert, et ce fut l'ouvrage de son successeur. Déjà il avait, dit-on, formé un chapitre de trente chanoines et de six prébendes, premier noyau de cette institution canoniale de Liège qui devint célèbre au temps de Notger. Hubert demanda et obtint du pape Jean VII de pouvoir transférer sur les bords de la Légia les reliques de celui qui avait été son maître et qu'il voulait donner pour patron à la cité nouvelle. Voulant entourer cette cérémonie d'une solennité imposante, il réunit plusieurs évêques, entre autres Willebrord, et un nombreux clergé. Le peuple de Maestricht, en les voyant arriver, poussa des gémissements : il se sentait dépossédé de son protecteur ; et il fallut tout le respect dont étaient entourées la décision du souverain pontife et la personne de Hubert lui même, pour que l'exhumation pût se faire sans provoquer une émeute. Godescald dit que le corps du martyr, au moment où l'on ouvrit son tombeau, exhala une odeur suave et fut trouvé intact. Hubert le revêtit d'habits magnifiques. Puis le cortège se mit un marche, au chant des psaumes, à travers le flot des populations recueillies. Le biographe ému qui raconte cette translation décrit les miracles accomplis par la vertu de ces reliques, depuis Maestricht jusqu'à Liège, et il prétend qu'on entendit les chœurs des anges se mêler aux cantiques et aux psalmodies des prêtres. L'élévation du corps de saint Lambert sur l'autel fut la proclamation de sa sainteté. A partir de ce moment, on vit s'accroître de jour en jour la cité liégeoise. Hubert voulut mettre le sceau à son ouvrage en faisant de cette ville le nouveau siège de son évêché. Charles Martel, le futur vainqueur de Poitiers, étant venu, dans une halte entre ses conquêtes, se reposer un moment à Jupille, Hubert alla le trouver pour obtenir d'ériger en ville le bourg de Liège, comme Godescald le raconte (1). Bien que les historiens ne soient pas d'accord sur la part que prit saint Hubert à la fondation de Liège, il paraît établi qu'il l'entoura de murailles et de tours et qu'il institua un tribunal, composé, dit-on, de quatorze magistrats, pour juger les causes criminelles et s'occuper en même temps de l'administration intérieure de la ville. Il fixa les poids et mesures, fit frapper une monnaie portant sur une de ses faces l'effigie de saint Lambert, détermina la forme du sceau qui devait être apposé sur les actes publics, donna des lois, adoucit les moeurs et éleva une nouvelle église sous l'invocation de saint Pierre. Il faut remarquer, toutefois, que le biographe contemporain ne dit pas un mot de l'administration civile de saint Hubert. Il fut, en réalité, le premier des princes évêques : c'est à lui et à Notger que la cité liégeoise est redevable des institutions qui préparèrent ses brillantes destinées.

   Nous n'avons pas à raconter ici les miracles attribués à saint Hubert de son vivant. Aussi bien le premier hagiographe a tellement calqué son récit sur celui de la vie de saint Arnould, évêque de Metz, qu'on ne sait plus guère à quoi s'en tenir sur la plupart de ces faits merveilleux. Parmi ces miracles, il en est un pourtant qu'il faut signaler, car il donne une preuve palpable de l'accroissement de la cité naissante. Chaque jour la Meuse était chargée de bateaux apportant les matériaux de construction des édifices de la ville nouvelle. Les eaux ayant baissé considérablement par suite d'une grande sécheresse, les transactions furent interrompues. Saint Hubert, autre Elie, invoqua le ciel pour retremper les courages en ravivant la foi ; et, à sa prière, selon la légende, les nuages se formèrent en abondance et des torrents de pluie vinrent grossir le lit du fleuve. La crédulité populaire ne se demande pas si ces faits se sont produits par voie de conséquence. Post hoc, ergo propter hoc. Un autre fait prouve la douceur, la sécurité et la force d'âme du saint apôtre : étant dans une prairie, occupé à faire certain engin à prendre poisson, il mit la main sur une pièce de bois que l'on coupait. Un des ouvriers, qui avait levé sa cognée, ne put retenir le coup, et saint Hubert eut le doigt brisé. Il retourna sans dire une parole pour aller soigner sa blessure. Et, le lendemain, il se remettait à l'œuvre, et par ses prières sauvait les ouvriers d'un naufrage.

   Il eut le pressentiment de sa fin prochaine, que la. légende a transformé en vision. Il choisit lui-même le lieu de sa sépulture dans l'église Saint-Pierre. Après avoir consacré une église du Brabant, il retournait à Liège, quand, pris d'un accès de fièvre, il dut s'arrêter aux environs de Louvain. Il se fit transporter dans une maison qu'il avait à Tervueren. C'est là qu'il mourut le 30 mai 727. Sa mort, aussi édifiante que sa vie épiscopale, fut celle d'un homme de Dieu, qui n'a vécu que pour le glorifier et qui va trouver en lui sa récompense. Son corps ayant été placé dans une châsse, ses disciples le transportèrent à Liège. Tout le clergé et tout le peuple allèrent au devant de lui pour le conduire dans sa sépulture. Les chants des psaumes s'élevaient vers le ciel ; mais quand on s'approcha de la châsse, les chants cessèrent et l'on n'entendit plus que des sanglots. C'est ainsi que devait être accueilli dans sa mort le père, l'ami, le bienfaiteur et le soutien du peuple. Son corps fut déposé, selon ses voeux, dans la partie souterraine de l'église Saint-Pierre. Mais les Liégeois, après quelques années, réclamèrent pour le fondateur de leur ville un sépulcre plus digne de ses mérites et plus accessible à la vénération des fidèles. On le transporta, la seizième année après sa mort, dans la partie supérieure de l'église, le 3 novembre 743. Carloman, maire du palais, duc d'Austrasie, assista à cette translation et aida lui-même à élever sur l'autel ces saintes reliques. C'était le mode de canonisation adopté à cette époque.

   L'histoire de saint Hubert ne finit pas avec sa vie ; elle recommence après sa mort. Un monastère en décadence et penché vers la ruine, l'abbaye d'Andage, au coeur des Ardennes, fit appel à Walcand, évêque de Liège, qui, pour relever cette maison créée par Bérégise, la peupla de moines Bénédictins et la dota de terres et de revenus considérables. Pour achever l'œuvre de régénération de ce couvent, les moines supplièrent Walcand de leur permettre de transporter à l'abbaye d'Andage les reliques de celui qui fut l'apôtre du pays et dont le nom y était particulièrement vénéré. L'évêque voulait bien y consentir, mais il ne pouvait prendre seul la responsabilité d'un acte si grave. L'affaire fut portée, en 817, devant le concile d'Aix-la-Chapelle, qui accueillit la demande des moines. Louis le Débonnaire, qui assistait à ce concile, approuva aussi cette translation et consentit même à honorer la cérémonie de sa présence. La mesure reçut enfin la sanction pontificale. Il fallait l'intervention de tant d'autorités pour amener les Liégeois à consentir à cette dépossession. Le corps de saint Hubert, après quatre-vingt-dix ans, fut encore, dit-on, retrouvé intact. Déposé dans un cercueil de marbre blanc, on le chargea sur un bateau qui remonta la Meuse jusqu'à Dinant. De là on le transporta à Andage, où il fut enfermé dans une châsse de métaux précieux, payée par le roi lui-même, qui donna, selon la Chronique manuscrite de saint Hubert, quatorze saphirs et trois mille besants d'or.

   A partir de ce moment, cette abbaye prit le nom d'abbaye de Saint-Hubert. Grâce à ces reliques du saint évêque, elle parvint à une prospérité qui s'accrut sans cesse. Les vastes bâtiments de l'abbaye et son église étaient des chefs-d'œuvre de construction. Entre les abbés mis à la tête de ce monastère, il en est un qui compte parmi les hommes les plus distingués du XIe siècle : Thierri Ier, aussi célèbre par son savoir que par ses vertus. Il fit de l'abbaye l'asile des lettres, des sciences et des arts à cette époque. Grâce à ce foyer d'activité intellectuelle, il nous est resté une chronique de l'abbaye de Saint-Hubert et une relation des miracles opérés par la vertu des reliques du saint. On voit dans ce dernier livre que le recours à saint Hubert pour guérir de la rage remonte très haut. Il y est parlé aussi de la chasse que fait tous les ans la noblesse à la fête de saint Hubert. La taille ou incision au front des malades pour y introduire une parcelle de l'étole est clairement indiquée dans ce récit, qui reste assez obscur, concernant la neuvaine et ses prescriptions.

   La bibliothèque et le trésor de l'abbaye contenaient des objets d'une grande valeur historique, comme le psautier en lettres d'or, présent de l'empereur Lothaire, et les évangiles à la reliure ornée de pierres précieuses donnés par Louis le Débonnaire ; la crosse en ivoire qu'on disait avoir appartenu au saint évêque ; l'étole, renfermée dans un coffre d'or, don fait en 1504 par Diane de Damp-Martin, marquise d'Autrech ; une semelle d'un des souliers du saint, et son peigne, dont l'abbé offrit un morceau au prince palatin, en échange d'un fonds de deux cents écus. Il parait que les Liégeois firent des tentatives renouvelées pour rentrer en possession des reliques de saint Hubert, et que les Bénédictins, pour mettre en sûreté le corps de leur patron, le cachèrent si bien qu'on ne le retrouva plus. Selon le P. Roberti, les moines de Saint-Hubert ayant ouvert la châsse en 954, trouvèrent encore le corps intact. Le même auteur cite le témoignage de Léon X, qui, en 1515,
« certifie que le corps est entier, selon ce que des témoins oculaires, députés à cet effet, lui ont affirmé ». Quoi qu'il en soit, il est probable que ces reliques auront été la proie des flammes allumées par les calvinistes dans la seconde moitié du XVIe siècle. Depuis lors, en effet, l'on n'a plus retrouvé le corps de saint Hubert.

   Nous ne nous arrêterons pas à examiner ici la question des guérisons miraculeuses. Ce qui nous paraît hors de doute, c'est que les Bénédictins de Saint-Hubert ont fort habilement exploité la renommée acquise par les guérisons attribuées au saint thaumaturge. Et voici un fait bien étonnant : suivant le calcul du P. Roberti, il aurait été employé, dans l'espace de neuf cents ans, au traitement des pèlerins accourus à Saint-Hubert pour se faire pratiquer l'opération de la taille, environ dix-sept pieds romains et cinq doigts de l'étole miraculeuse, dont la mesure était originairement de dix pieds, sans qu'elle eût diminué d'une ligne. Sa conservation, d'ailleurs, est déjà par elle-même assez merveilleuse, après un laps de temps si considérable.

   Saint Hubert est devenu le patron des chasseurs de presque tous les pays. Est-ce à sa passion pour la chasse qu'il faut attribuer ce privilège ? Nous croyons plutôt que cette passion est moins une cause qu'un effet et qu'elle a été imaginée pour justifier le choix des chasseurs. Le 3 novembre est la date de la translation des reliques de saint Hubert de Liège à l'abbaye d'Andage. Louis le Débonnaire, qui chassait alors dans les Ardennes, a été pour beaucoup dans la dévotion du pèlerinage à Saint-Hubert. Et il est vraisemblable que c'est à cette époque que la coutume s'établit parmi la noblesse du pays des Ardennes de faire une grande chasse le 3 novembre et d'en offrir les prémices an saint, avec la dixième partie du gibier pris dans le reste de l'année. Le moine qui écrivit au XIe siècle la relation des miracles de saint Hubert fait mention de cette coutume, qu'il déclare très ancienne déjà.

   Hubert, en renonçant au monde pour se vouer à Dieu, a tout gagné du côté de la terre comme du côté du ciel. Sa popularité est incomparable dans les annales de la sainteté, parmi les grands aussi bien que parmi les gens du peuple. Il a même obtenu un honneur qui n'est échu en partage qu'aux souverains : il a donné son nom à un ordre de chevalerie créé en 1444 par Gérard, duc de Berg et Juliers, pour perpétuer le souvenir d'une victoire remportée le jour de la Saint-Hubert, et transporté en Bavière au XVIIIe siècle par l'électeur palatin Charles-Théodore. Quand la royauté fut rétablie en Bavière, l'ordre de Saint-Hubert resta le premier ordre du pays, ordre réservé aux souverains, aux princes et aux personnages de la plus haute distinction.

   Telle est l'histoire réelle et légendaire de celui des héros du christianisme à qui Liège dut sa fondation, Saint-Hubert son origine, tant de malheureux leur guérison et tant d'heureux leurs jours de fêtes.


(1) Voir Ed. Fétis, Introd. à la légende de saint Hubert, page 25.  

Bibliographie : Kleine Denkmaeler aus der Merovingerzeit herausgegeben von Wilhelm Arndt. (Hanovre, 1874). -  Le Manuscrit 14650-14659 de la Bibliothèque royale, parch. du xe siècle.  -  Historia sancti Huberti a Johanne Roberti, s. j. Luxemburgi, MDCXXI. - Chronique de l'abbaye de Saint-Hubert, dite Cantatorium, traduite par M. de Robaulx de Soumov, suivie du texte. Bruxelles, 1847. - Gesta pontificum tungrensium, trajectensiurn et leodiensiurn. Harigeri et Anselmi, version de Pertz, reproduite dans le vol. CXXXIX de la Patrologie latine de Migne - Gesta sancti Lamberti, par Nicolas et autres vies de saint Lambert, dans la collection de Chapeaville, le tome V de septembre des Acta Sanctorum et le tome VI des Acta Sanctorum Belgii de Ghesquières. - Les vies de sainte  Ode, saint Eustache. etc., dans la collection des Bollandistes.  -  Pèlerinage de saint Hubert, par l'abbé Bertrand. Namur, 1855. -  La Vie de saint Hubert, écrite par un auteur contemporain, v. n° 3, 4e sér. des Bull. de la Comm. roy. d'hist. Brux., 1858.  -  Saint Hubert, sa légende, son histoire, par J. Demarteau. Liège, 1877.  -   Saint Hubert, d'après son plus ancien biographe, par le même. (Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1882).

 

 

 

 

Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. I. depuis leur origine jusqu'au XIIIe,
Edition Demarteau,
pp. 126 et suiv.  (Liège, 1890)

   On ne connaît que trois choses entièrement certaines de la partie de la vie de saint Hubert qui est antérieure à son épiscopat, savoir, qu'il a été marié, qu'il a eu un fils nommé Floribert et que dans son veuvage, il est entré dans la cléricature et s'est formé au sacerdoce sous la direction de saint Lambert. C'est ce qui résulte clairement du récit de son premier biographe qui termina son travail peu après l'année 743.

   Le chanoine Nicolas qui écrivit la vie de saint Lambert dans la première moitié du XIIe siècle, y inséra plusieurs détails touchant la vie de saint Hubert. Ces détails en ont été extraits pour former le Vita (tertia) Sancti Huberti. Nous les donnons ici : du temps que le cruel Ebroin († 681) opprimait les Francs, il y avait en Aquitaine un noble jeune homme appelé Hubert, comte du palais, sous le roi Theodoric. Il était instruit dans les belles-lettres et versé dans le maniement des armes. Détestant la tyrannie d'Ebroin et ses persécutions contre le clergé, Hubert abandonna l'Aquitaine et se rendit en Austrasie, près de Pepin, qui y avait rétabli l'ordre en soumettant tous les seigneurs despotes. La compagne inséparable de Hubert fut sa tante Oda, veuve de Boggis, duc d'Aquitaine, récemment décédé. Il ne tarda point de se rendre près de saint Lambert, à Maestricht. Il admira ses vertus et son zèle et s'attacha à sa personne. La grâce de Dieu lui inspira un vif désir d'entrer dans la cléricature et de se consacrer au service de Dieu, mais les liens d'un mariage légitime l'empêchaient de suivre ce désir. Entre-temps il vécut, non en laïque, ni en homme marié, ni en comte, mais comme un clerc, disciple de saint Lambert. (V. Acta Sanct. 3 nov., Vita (tertia.)

   L'auteur d'une vie de saint Hubert, écrite après l'année 1250, reproduit le récit du chanoine Nicolas et y ajoute le détail suivant : on rapporte qu'un jour de grande fête, quand les autres chrétiens se rendaient à l'église, Hubert , adonné aux vanités du monde, se rendit à la chasse. Voilà que se leva devant lui un cerf portant entre les bois le signe de la croix ; Hubert entendit, en même temps, une voix qui lui disait : si vous ne vous convertissez à Dieu par une vie sainte, vous descendrez bientôt en enfer. Il descendit promptement de cheval, se jeta à genoux et vénéra la croix qui lui avait apparu. Il prit, dès lors, la résolution de mener une vie sainte. Il quitta l'Aquitaine et vint en Austrasie. (V. Ibid. Vita (quarta.)

   L'auteur d'une autre vie de saint Hubert, écrite également après l'année 1250, ajoute de nouveaux détails aux récits antérieurs : Hubert était duc d'Aquitaine, quand il quittait ce pays pour se rendre en Austrasie. A son arrivée au diocèse de Tongres, il était encore païen et adorateur d'idoles. L'apparition du cerf avec la croix entre les bois eut lieu le dimanche de la Passion. Hubert se rendit ensuite de Tongres à Maestricht. Saint Lambert l'instruisit et le baptisa. Hubert, après avoir donné ses biens aux pauvres et aux églises, se retira dans un désert pour y faire pénitence ; il portait un cilice sur la chair nue ; il ne se nourrissait que de légumes et de fruits ; il ne buvait que de l'eau. Cette vie de pénitence dans un désert dura quinze ans. (V. Ibid. Vita (quinta.)

    Jean d'Outremeuse, qui écrivit dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'histoire générale du diocèse, donne encore d'autres détails sur la vie de saint Hubert : Hubert, dit-il, est fils de Bertrand, duc d'Aquitaine, et de Hugberna, soeur d'Oda ; il fut nommé comte du palais à l'âge de dix-huit ans. Après son arrivée en Austrasie, il servit dans l'armée de Pepin et se signala par de hauts faits d'armes. Après l'apparition du cerf et son changement de vie, il épousa Floribane, fille de Sigebert, comte de Louvain, dont il eut un fils qu'il nomma Floribert. Après la mort de son épouse, il résolut de se donner à Dieu dans l'état ecclésiastique. Avant d'exécuter ce projet, il se rendit en Aquitaine où il assista à la mort de son père Bertrand. Il y renonça à sa succession en faveur de son frère puîné, Eudon, et revint ensuite à Maestricht, près de saint Lambert. (V. Ibid. Vita (sexta) ; JEAN D'OUTREMEUSE, t. II.)

    Mathias de Lewis, qui écrivit son Chronicon Leodiense, dans la seconde moitié du XlVe siècle, passe sous silence toute la partie de la vie de saint Hubert qui est antérieure à son pèlerinage à Rome et à sa promotion à l'épiscopat.

Sa promotion à l'épiscopat.

   Le premier biographe de saint Hubert se borne à dire qu'après le martyre de saint Lambert, Dieu lui suscita un digne successeur. Saint Hubert fut élu évêque et prit possession du siège épiscopal. (V. Vita (prima.)

   Le chanoine Nicolas qui écrivit dans la première moitié du XIIe siècle expose de quelle manière miraculeuse se fit la promotion de saint Hubert : saint Lambert, raconte-t-il, conseilla à Hubert de faire un pèlerinage à Rome, au tombeau des SS. Apôtres. Hubert suivit le conseil. Pendant qu'il était en voyage, un ange apparut pendant le sommeil au pape Sergius et lui révéla de quelle manière saint Lambert venait d'être assassiné par Dodon. Il lui remit, en même temps, la crosse de saint Lambert et lui ordonna de conférer son siège vacant, avec la crosse, au prêtre Hubert qui, ce jour même, devait arriver à Rome. Le Pape, en s'éveillant, trouva la crosse près de lui et ne douta pas de la réalité de la vision. Hubert arriva ce jour même à Rome et alla prier sur les tombeaux des saints Pierre et Paul. Le Pape l'y reconnut aux signes que lui avait donnés l'ange. Il lui conféra le siège épiscopal, avec la crosse de saint Lambert. (V. Vita (tertia).

   L'auteur du Vita quarta y ajoute quelques détails. Le pape Sergius, après avoir reconnu le prêtre Hubert, lui révéla le martyre de saint Lambert, ce qui fit couler ses larmes. Il lui proposa ensuite de le nommer évêque de Tongres. Comme Hubert, par un sentiment d'humilité, refusait d'accepter le siège épiscopal, voilà que des anges lui apportèrent tous les ornements pontificaux de saint Lambert. Il n'y manquait que l'étole. La Sainte Vierge, patronne de l'église de Tongres, envoya, par un ange, une étole de soie blanche dans le tissu de laquelle il y avait un fil d'or. Ce fut avec ces ornements que saint Hubert fut sacré évêque. Un jour, pendant qu'il célébrait la Sainte Messe, saint Pierre lui apparut et lui donna une clef quasi d'or, qu'il porterait comme symbole de son pouvoir spirituel et avec laquelle il guérirait les lunatiques et les furieux. Cette clef se conserve encore aujourd'hui dans l'église de saint Pierre à Liège. On rapporte que, pendant que les obsèques de saint Lambert se célébraient à Maestricht, les assistants entendirent une voix du ciel qui leur disait que le Pape venait de conférer le siège épiscopal au prêtre Hubert. Celui-ci partit de Rome avec la bénédiction du Pape et fut reçu avec enthousiasme par le clergé et le peuple à Maestricht, où il apporta la crosse, les ornements et l'étole de saint Lambert avec la clef de saint Pierre, (V. Vita (quarta) ; MATHIAS DE LEWIS.) I

   L'auteur du Vita quinta reproduit les récits antérieurs et y ajoute aussi quelques détails. Ce fut Dieu qui ordonna à Hubert, pendant qu il était dans le désert, de faire un pèlerinage à Rome. Après sa consécration épiscopale, Hubert pria dévotement la Vierge de lui obtenir de Dieu la science nécessaire, et voilà qu'un ange lui ceignit le cou d'une belle étole en lui disant : Marie, mère du Christ, vous envoie cette étole; vous aurez la science nécessaire pour remplir parfaitement les devoirs de l'épiscopat. Cette étole se conserve encore aujourd'hui en Ardenne au monastère d'Andage et c'est avec elle que Dieu y opère des miracles. Dodon, ayant appris par la renommée que Hubert était nommé évêque de Liège, craignit d'être puni. Il leva des soldats avec le consentement de Pepin et les envoya à la rencontre de saint Hubert pour le tuer. Le saint qui en fut averti par un ange, se borna à faire le signe de la croix. Aussitôt les soldats furent punis de Dieu ; quelques-uns furent frappés de mort subite, d'autres furent possédés du démon, d'autres furent atteints d'épilepsie et d'autres enfin devinrent enragés. (V. Vita (quinta.)

   Jean d'Outremeuse reproduit aussi les récits antérieurs et y ajoute également quelques petits détails. Un ange avait apporté aussi l'anneau pastoral de saint Lambert. Le diable, pour empêcher que saint Hubert ne reçût les Ordres sacrés, avait emporté toutes les étoles de la sacristie au nombre de quatorze ; mais un ange apporta une du ciel avec une clef d'argent. (V. Vita (sexta); JEAN D'OUTREMEUSE.)

L'administration du diocèse.

   Saint Hubert se dévoua aux intérêts spirituels de ses diocésains. Il les instruisait et les portait au bien par ses prédications ; il les aidait, par ses générosités, à se construire des églises ; il leur administrait le saint sacrement de Confirmation pour les affirmer dans la foi. Les pauvres trouvaient en lui un bienfaiteur, les opprimés un défenseur, les orphelins un père.

   D'après le récit de Jean d'Outremeuse, ce fut saint Hubert qui convertit Pepin de Herstal et le porta à renvoyer sa concubine Alpaïde. Celle-ci excommuniée d'abord par le saint évêque, finit par se convertir. Elle passa trois années dans la pénitence à l'abbaye de Munsterbilsen, puis elle se retira à l'abbaye d'Orp-le-Grand où elle mourut (1).

   L'oratoire des SS. Côme et Damien, près duquel saint Lambert avait été assassiné, devint l'objet de la vénération publique et le but d'un pèlerinage. Les fidèles venaient y invoquer le saint martyr. Saint Hubert résolut d'y construire une belle église. Les fidèles y contribuèrent généreusement et peut-être aussi Pepin de Herstal. Le jour que la nouvelle église, dédiée à Notre-Dame, fut consacrée, ses fondateurs et bienfaiteurs en firent dresser l'acte de dotation. C'était, en effet, l'usage général à cette époque. Comme la charte de dotation est inconnue, on ne peut faire que des conjectures sur son contenu.

   Grimoald, fils aîné de Pepin, vint prier dans l'église, en 714, pour le rétablissement de son père ; il y fut assassiné par Rantgar, soldat de Radbod, duc de Frise (2), laissant de son épouse, Theutswinde, fille de Radbod, un fils en bas âge, nommé Theudoald.

   Bientôt se manifesta le désir d'y transférer le corps de saint Lambert. Les miracles qui s'opéraient par son intercession, rendaient, chaque jour, ce désir plus vif. Le saint révéla même, à plusieurs personnes, qu'il désirait que son corps fût transféré à Liège. L'évêque qui en fut instruit, examina les miracles et ordonna un jeune général dans tout le diocèse, avant de béatifier le saint par la translation et l'exaltation de ses reliques. La solennité fut fixée au 24 décembre, la treizième année de son épiscopat (710 ou 721). Les évêques du voisinage y furent invités et y assistèrent (3). On se rendit processionnellement à Saint-Pierre, près de Maestricht. L'évêque y ouvrit le tombeau de saint Lambert et y trouva son corps encore intact. Il l'enveloppa dans des étoffes précieuses et le mit dans un cercueil de bois de chêne. Une foule immense de fidèles accompagna la translation des reliques de Maestricht à Liège. A Nivelles, une femme aveugle recouvra la vue par les prières qu'elle adressa au saint. A Hermalle, un paralytique fut instantanément guéri, grâce à la confiance qu'il avait dans son intercession. Les Liégeois se rendirent en foule à la rencontre du cortège. Le corps du saint fut placé dans le sanctuaire qui lui avait été préparé et exposé à la vénération des fidèles. Dans le cours du temps, ce sanctuaire fut richement orné d'or, d'argent et de pierres précieuses. Depuis la translation des reliques de saint Lambert à Liège, la nouvelle église de Notre-Dame fut aussi dédiée à ce saint.

   La population de Liège, qui était très restreinte à cette époque, s'augmenta sensiblement par le concours des fidèles qui venaient invoquer saint Lambert. L'évêque résidait plus souvent, dès lors, à Liège qu'à Maestricht. Le voisinage des châteaux royaux de Herstal et de Jupille, et la résidence qu'y firent parfois Pepin et son fils Charles-Martel contribuèrent aussi à attirer les populations à Liège. Saint Hubert, pour satisfaire aux besoins religieux des habitants, construisit une seconde église qu'il dédia à saint Pierre. Il la confia à des religieux.

   Le vallon de Liège faisait, dans le principe, partie du domaine royal de Herstal et de Jupille. II a été donné ensuite à l'église de Saint-Lambert, mais par qui et à quelle époque ? Très probablement par Pepin de Herstal, le jour de la consécration de l'église. Saint Hubert fit des concessions de terrain aux étrangers qui désiraient s'y fixer, sous la charge d'une rente à payer au décès du détenteur. Il eut., dès lors, un certain pouvoir judiciaire et administratif sur tous ceux qui habitaient le vallon de Liège, propriété de son église. Les habitants de ce vallon étaient agrestes et incultes, dit Godeschalc ; mais saint Hubert, ajoute Anselme, leur traça des règlements et adoucit leurs moeurs par le frein de la discipline. Il fixa les poids et mesures, savoir, la livre pour les matières solides, le pot pour les liquides et le muid pour les grains. Les types de ces poids et mesures furent conservés dans l'église de Notre-Dame et de Saint-Lambert. Le peuple, continue Godeschalc, devint insensiblement contenu, timoré et religieux. Il n'est guère probable que, sous saint Hubert, le vallon ait été assez peuplé pour former une ville, ni qu'il ait été ceint de murs et de tours.

   Dans plusieurs parties du diocèse, il y avait encore des superstitions païennes et même un culte d'idoles, notamment dans la Taxandrie, les Ardennes et le Brabant. Saint Hubert s'y rendit plusieurs fois et par ses prédications, il ramena les habitants de leurs égarements. Les idoles furent brûlées et leurs cendres dispersées. Ceux qui se permettaient de recueillir ces cendres et de les vénérer, furent soumis à une pénitence de trois ans. Dans les Ardennes, saint Hubert eut, dit-on, pour compagnon de ses travaux apostoliques, saint Bérégise, abbé d'Andage.

   Il est indubitable qu'un grand nombre d'églises furent construites sous l'épiscopat de saint Hubert et qu'elles furent toutes consacrées par lui. Toutefois, on ne peut l'affirmer, avec certitude que de celles de saint Lambert et de saint Pierre à Liège, d'Emael près de Maestricht (4) et de Heverlé près de Louvain.

   Saint Hubert, depuis la consécration de l'église de Notre-Dame et surtout depuis la translation des reliques de saint Lambert., aimait de résider à Liège et il est bien probable qu'il y établit le siège de l'administration du diocèse. L'église de Notre-Dame et de Saint-Lambert devint, dès lors, l'église cathédrale de l'évêque et du diocèse. L'historien Anselme raconte que saint Hubert, en transférant les reliques de saint Lambert à Liège, y a transféré, en même temps, le siège épiscopal. Toutefois les évêques du diocèse prirent encore longtemps le titre d'episcopus Tungrensis ; mais cette dénomination ne prouve point que le siège épiscopal soit resté fixé soit à Tongres, soit à Maestricht. D'ailleurs, au VIIIe siècle, la translation du siège épiscopal d'une ville à une autre dans le même diocèse et le changement de résidence n'étaient pas une affaire réservée à l'autorité supérieure (5). Les successeurs de saint Hubert sur le siège épiscopal ont tous résidé à Liège.

   Sous l'épiscopat de saint Hubert, florissait, à Eerschot, sainte Ode la recluse. Fille d'Eugène III, roi d'Ecosse (699-716), elle fit dans son jeune âge un pèlerinage au tombeau de saint Lambert pour y recouvrer la vue, car elle était née aveugle, ou bien l'était devenue dans son enfance. Ses- prières furent exaucées et aussitôt la reconnaissance envers Dieu la porta à faire le voeu de chasteté perpétuelle

   De retour en Ecosse elle ne tarda pas d'être recherchée en mariage. Pour échapper à tout danger de violer son voeu, elle fit un pèlerinage à Rome et y visita tous les sanctuaires. C'est là qu'elle prit la résolution de mener la vie de vierge dans un endroit isolé. Elle vint se fixer au diocèse de Liège, dans le village d'Eerschot, situé en Taxandrie sur la Dommel. Elle y mena une vie de pénitence et de piété et mourut vers l'an 726, âgée d'environ 36 ans. Les miracles qui s'opérèrent à son tombeau, y attirèrent de nombreux pèlerins et un culte public ne tarda pas de lui être rendu. (V. FISEN, Flores, P. 506; SCHUTJES, t. V, p. 317.)

Mort de saint Hubert, 30 mai 727.

   Le saint fut averti dans une vision que sa mort était proche et qu'elle aurait lieu dans le courant de l'année. Il vit, en même temps, la place qu'il aurait « dans la nouvelle basilique » que Dieu lui montra. Il multiplia, dès ce moment, ses oraisons et ses bonnes oeuvres et se recommanda aux prières des clercs de l'église de Saint-Lambert, qui sont appelés frères de l'évêque par son biographe. Il se rendit ensuite à l'église de Saint-Pierre et il y désigna l'endroit où il désirait être enterré, savoir, devant l'autel de saint Albin. C'était le trentième jour avant sa mort.

   Appelé en Brabant pour y consacrer une église , probablement celle de Heverlé, il s'y rendit accompagné de plusieurs chapelains parmi lesquels se trouvait son biographe. Il consacra l'église sans rien omettre des cérémonies, quoiqu'il fût déjà souffrant ; il célébra la Sainte Messe et il prêcha au peuple. Il annonça à celui-ci que sa mort était proche et qu'il devrait rendre compte à Dieu de ses ouailles. Au dîner, il bénit le pain et en donna aux convives. Sentant les premières atteintes de la maladie, il mangea peu, mais avec ses chapelains et monta dans une barque sur la Dyle. Les frissons de la fièvre et la soif l'obligèrent de s'arrêter pour prendre quelque repos. On croit que ce fut à Leefdaal qu'il se reposa quelque temps. Puis il acheva le reste de la route à cheval et arriva le soir à sa maison à Tervueren, épuisé de fatigue. La fièvre dont il souffrait, le retint au lit, du lundi au vendredi. La prière et la psalmodie étaient ses occupations continuelles. C'était par elles qu'il repoussait les tentations du démon. Ce fut dans le même but qu'il se fit asperger d'eau bénite et qu'il se fit oindre avec de l'huile bénite (6). Son excellent fils Floribert et moi, dit son biographe, nous nous tenions près de lui pour le soigner. Le vendredi matin, il nous dit, les yeux levés vers le Ciel et mouillés de larmes : étendez un drap sur ma bouche, parce que je vais rendre l'âme que j'ai reçue (7) ; puis il récita le Credo et le Pater tout entier ; après quoi il expira (30 mai 727). On lut immédiatement le saint Evangile et on psalmodia l'office des morts. Après avoir lavé et préparé le corps du saint et lui avoir mis ses vêtements, on le mit dans un cercueil ouvert. Comme il devait être enterré dans l'église de Saint-Pierre, à Liège, le clergé le transporta en psalmodiant l'office des morts. Les habitants des villages qu'on traversait, accoururent pour voir une dernière fois leur évêque. Le clergé de Liège, séculier et régulier, avec les croix et les reliques des saints, avec des encensoirs et des flambeaux, alla a la rencontre du corps en chantant des psaumes. Le corps fut placé dans l'église de Saint-Pierre et entouré d'un brillant luminaire. Pendant toute la nuit, le clergé y veilla en priant et en psalmodiant. Le lendemain, on revêtit le corps d'une aube et d'une chasuble. Les fidèles et les ecclésiastiques vinrent à l'envi lui baiser les pieds. On le porta ensuite, avec le plus grand respect, dans le tombeau qui lui était destiné, en l'encensant et en chantant des psaumes. Il y fut bientôt l'objet de la vénération des fidèles qui obtinrent des faveurs signalées par son intercession. (V. Vita (prima) S. Huberli.)

   On voit, par ces détails, que la liturgie funèbre qui est en usage aujourd'hui, existait déjà au VIlle siècle.

Reliques de saint Hubert.

   Le clergé de l'église de Saint-Pierre avait revêtu le corps de saint Hubert des ornements sacerdotaux avant de le mettre dans le cercueil, ce qui se pratique encore aujourd'hui pour tous les prêtres défunts. Parmi ces ornements, il y avait certainement une étole.

   Lorsqu'on fit l'exaltation de ses reliques, en 743, on trouva son corps intact, ne portant pas de trace d'une putréfaction (Vita (prima). Il était encore dans le même état de parfaite conservation, lorsqu'on le transféra, en 825, à l'abbaye d'Andage (Vita (secunda).

   On conserve encore aujourd'hui, dans l'église de Saint-Hubert, en Ardenne, une étole dite de saint Hubert. C'est, sans doute, l'étole dont le clergé de l'église de Saint-Pierre revêtit le corps du saint avec les autres ornements épiscopaux avant de le mettre dans le cercueil. C'est un galon de soie blanche un peu ternie. Le dessin du tissu est très riche et très varié. De distance en distance, il s'y mêle un fil d'or qui orne le tissu dans toute sa largeur. Une des deux extrémités est ornée d'une riche dentelle, terminée en franges formant quatre globules de soie dorée. L'autre extrémité a perdu sa dentelle avec les franges. La longueur de l'étole est aujourd'hui d'un mètre quarante et un centimètres ; sa largeur est de quatre centimètres, deux millimètres. L'étole offre tous les caractères d'une haute antiquité et rien n'y indique qu'elle soit postérieure au VIIIe siècle.

  La plus ancienne mention de l'étole de saint Hubert se rapporte à un fait qui s'est passé en 954. Un habitant de Luchy, mordu par un loup enragé, se rendit à l'abbaye pour invoquer saint Hubert. Il y fit la neuvaine qu'on lui prescrivit et on lui inséra, suivant l'usage, une parcelle de l'étole de saint Hubert, au front (8). Le patient fut préservé de la rage.

   L'usage d'invoquer saint Hubert contre la rage, de faire une neuvaine et de se faire insérer une parcelle de la sainte Etole au front est antérieur au Xe siècle. Cet usage s'est perpétué, jusqu'à nos jours, avec le plus grand succès. Tous ceux qui, ayant été mordus par un animal enragé, se rendent à Saint-Hubert, avant que le venin rabique ne soit développé et qui y font bien la neuvaine, sont préservés de la rage. Le nombre de ceux qui se rendent à Saint-Hubert et y font la neuvaine, est environ d'une centaine par année (9).

   On conservait anciennement, dans l'église de Saint-Pierre, à Liège, une clef appelée clef de saint Hubert. Elle se trouve aujourd'hui dans l'église de Sainte-Croix. Sa longueur est de 0m373. La poigne, de forme ovale, est creuse et ajourée ; son diamètre est de 0m082. Le panneton est percé de trous en forme de croix. A une extrémité de la poigne se trouve un anneau fixe destiné à recevoir un cordon pour pendre la clef au cou et la porter sur la poitrine dans les cérémonies religieuses. A l'autre extrémité de la poigne, il y a un gros noeud. Dans le creux de la poigne se trouve une parcelle des chaînes de saint Pierre, à Rome. « Le manche est divisé par une bande horizontale, en deux parties égales, qui, à leur tour, sont divisées par quatre bandes verticales, de sorte que le manche présente un ensemble de huit compartiments, en forme de triangles irréguliers travaillés à jour. Dans chacun des compartiments supérieurs se trouve la figure de saint Pierre portant dans la main droite le volumen. Dans les quatre compartiments inférieurs est représentée la Majestas Domini, c'est-à-dire, le Christ assis sur un arc-en-ciel. Il a la tête entourée de l'auréole ; il bénit de la main droite et il tient de la main gauche le livre fermé de la vie. » (V. BOCK et WILLEMSEN )

   La poigne offre tous les caractères d'une oeuvre du VIIIe siècle. Le noeud qui porte la figure de Jésus à la croix, la tige et les pannetons paraissent avoir été ajoutés au manche au IIIe siècle.

   Dès le IVe siècle, les Papes donnèrent des reliques des chaînes de saint Pierre, enfermées dans des clefs, à des princes et à des évêques. La clef, conservée dans l'église de Saint-Pierre, puis dans celle de Sainte-Croix, est certainement un cadeau d'un Pape. A t-elle été donnée à saint Hubert ! La tradition le porte ; mais on n'en a pas d'autre preuve. Et a-t-elle été donnée à saint Hubert, à Rome même, à l'occasion d'un pèlerinage? On n'en a encore d'autre preuve que la tradition consignée et altérée dans l'écrit Vita (quarta) S. Huberti.


(1) Elle fut enterrée dans l'église de cette abbaye derrière l'autel de la Vierge. Son tombeau découvert en 1618 portait l'inscription : Alpaïs comitissa conthoralis Pippini ducis. La pierre sépulcrale fut portée hors l'église. Aujourd'hui elle est perdue. D'après Jean d'Outremeuse, Alpaïde aurait été brûlée vive sur un feu d'épines par Plandris, comte d'Ostorne, frère de saint Lambert. T. II, p. 383. 

(2) Pepin de Herstal se trouva si malade à Bakel qu'il ne put signer de sa main une charte du 2 mars 714. Son épouse, Plectrude, la signa en son nom. Ce prince mourut le 16 décembre de la même année, laissant deux fils de sa concubine Alpaïde, savoir : Charles-Martel et Childebrand. C'est de ce dernier que descendent Hugues Capet, roi de France, et les Rainier, comtes de Hainaut. Voici la descendance de ces derniers Childebrand Ier, mort en 743. Nivelong ler, comte de Matrie, vivait encore en 805. Childebrand II, comte d'Autun, vivait en 832. Nivelong II, sire de Bourbon, mort vers 875. Rainier Ier, comte de Hainaut, mort en 916. (V. L'Art de vérifier les dates, t. V ou vol. 10.) 

(3) Godeschalck, dans le Gesta S. Lamberti, dit qu'il y avait plusieurs prêtres et plusieurs ecclésiastiques de tout grade. (V. CHAP., t. I, p. 347. L'auteur du Vita S. Huberti (prima) mentionne les évêques accitis quoque episcopis et sacerdotibus.
   Si la translation des reliques de saint Lambert a eu lieu le 24 décembre 721, il est très probable que Charles-Martel y a assisté avec son fils Carloman, car le 1er janvier 722, il data un diplôme de Herstal avec son fils en faveur de l'abbaye d'Utrecht. (V. Patrot., t. LXXXIX, p. 551.)
   Ce qui donne à conjecturer que Willibrorde, évêque d'Utrecht, était ce jour au palais de Herstal et que, quelques jours auparavant, il avait assisté à la translation. 

(4) L'inscription de l'église d'Emael est la plus ancienne du diocèse :

Basilicam sacer hanc Hugbertus episcopus
Olim servitio Domini, populo spectante,
Sacravit, quippe decembris erant
In primo sole calende annorum Domini
D C C genti ac II deni.

Nous avions cru, il y a une vingtaine d'années, que le mot sacer se rapportait, non à Hugbertus, mais à basilicarn et qu'il  fallait lire  sacram. En cela nous nous sommes trompé .L'inscription forme les quatre vers hexamètres suivants :

Basilicam sacer hanc Hugbertus episcopus olim,
 Servitio Domini populo spectante sacravit
Quippe decernbris erant in primo sole calende
Annorum Domini D C C genti ac II deni.

(V. Notices, t. X, p. 247).  

(5) L'église de Notre-Dame à Maestricht, quoiqu'elle perdit son rang d'église cathédrale de l'évêque et du diocèse, conserva néanmoins plusieurs anciennes prérogatives. Elle continua de compter un clergé assez nombreux qui fut érigé en chapitre ; elle garda les types des poids et mesures, la mesure du grain, la mesure des liquides, l'aune pour mesurer les étoffes et la verge, mesure agraire ; c'est dans l'église de Notre-Dame que tous les habitants se réunissaient en synode sous la présidence de l'archidiacre ; c'est dans elle qu'avait lieu l'inauguration de tout nouvel évêque ; c'est dans elle aussi que se célébraient les obsèques de tout évêque défunt ; c'est dans elle encore qu'on sonnait la cloche du ban, le mercredi, pour annoncer la réunion de la cour liégeoise. 

(6) Sed vade nunc et benedic aquam et sal ad spargendum super nos et oleo sanctificato (unge nos) et amplius non audebit se inferre nobis. L'usage d'oindre les malades avec de l'huile d'olive bénite remonte aux premiers siècles. Le malade pouvait se faire à lui-même ces onctions. L'huile d'olive dont on se servait, était de l'huile bénite par un prêtre, parfois aussi l'huile bénite par l'évêque, le Jeudi-Saint, pour le Sacrement de l'Extrême-Onction. Ce ne fut qu'au VlIIe siècle que cette dernière huile fut exclusivement réservée au Sacrement. On trace ordinairement six règles pour discerner le Sacrement de l'Extrême-Onction, des onctions de dévotion. 

(7) Expendite pallium contra os meum, quia redditurus sum animam quam recepi, (Vita (prima) - oppandite ori velamen quia..... (Vita (secunda). Le biographe indique ici un usage chrétien. Il y avait sur ce drap ou ce voile l'image du crucifix. On le mettait sur la bouche du moribond, afin qu'il le baisât continuellement et qu'il mourût in osculo Dornini. On croyait aussi que l'âme sortait par la bouche avec le dernier souffle de la vie ; on voulait sceller ce dernier souffle de la vie du signe de la croix. 

(8) Ce fait est raconté dans l'écrit Miracula S. Huberti, libr. II, n° 14, composé au Xle siècle : est enim eo in loco certissima salus hujus horrendi discriminis , si adsit vera fides periclitantis et observetur dictata conditio collatae sanitatis. Auro igitur sacratae stolae capit periclitantis de more insito et se observandi ordine dictato domum rediit. 

(9) V. DE SMEDT Act. Sanct, 3 nov. 

 

 

 


 

Théodore Gobert
Liège à travers les âges : les rues de Liège.
Editions Culture et Civilisation, T. VI. pp. 205  et suiv. 

    Longtemps encore les origines, la parenté de saint Hubert et la date à laquelle il vit le jour seront débattus entre les érudits. Etait-il d'extraction noble ? On l'a prétendu ; il existe beaucoup de présomptions toutefois qu'il provint plutôt des rangs populaires que de l'aristocratie. S'il y a une certaine vraisemblance dans les récits, trop récents, d'ailleurs, qui font de lui un comte du palais des rois mérovingiens, elle ne repose que sur une confusion de personnages du même nom. Celui-ci était des plus répandus au VIIe et au VIIIe siècle (1) dans nos régions surtout, ce qui paraît s'élever contre la provenance aquitaine attribuée aussi au saint. Il va de soi qu'au cas où ce dernier aurait occupé à la cour une position élevée, ses biographes contemporains ou d'époques très rapprochées de lui n'eussent pas manqué de le faire ressortir au lieu de le tenir caché.

   N'a-t-on pas agité la question de savoir si le vénéré pontife a été marié? Ceux qui avancent le fait d'une façon affirmative s'appuient uniquement sur l'expression "noble fils Floribert" avec laquelle le plus ancien biographe de l'apôtre désigne son successeur. Ils auraient pu se demander si cette expression, au VIIIe siècle, ne s'est pas appliquée au figuré, au sens spirituel, comme elle est rencontrée fréquemment de nos jours dans les diplômes pontificaux. C'est pourtant le terme susdit qui a soulevé le doute chez Anselme, à ce propos, au XIe siècle (2). Il importe de remarquer qu'aucun annaliste, aucun document du moyen âge ne fait la moindre allusion au mariage, à l'épouse, au veuvage ou aux enfants éventuels de saint Hubert. Au XIlle siècle encore, ni Gilles d'Orval ni ses coopérateurs dans la recherche des traditions et des légendes liégeoises n'ont connu ce prétendu mariage (3). Il faut arriver au conteur Jean d'Outremeuse pour voir apparaître sous sa plume une imaginaire Floribane comme épouse de saint Hubert, au milieu de nombreux autres récits non moins fantaisistes.

   Doit être placée également dans le domaine des fictions la soi-disant conversion du saint, issue de l'apparition d'un cerf crucifère. Jean d'Outremeuse lui-même n'en a pas eu connaissance. Ce cerf et la conversion n'ont été introduits, en fraude, dans la biographie de l'apôtre liégeois qu'au milieu du XVe siècle. C'est depuis lors seulement que l'animal apparaît dans la représentation du patron des chasseurs. On n'a amené cette aventure de chasse qu'en confondant la vie de saint Hubert avec l'histoire, écrite au VIIe siècle, du martyr italien saint Eustache (4).

   Ce qui est acquis, c'est que saint Hubert succéda dans les premières années du VIIIe siècle, comme évêque, à saint Lambert dont il avait été le disciple. Il ramena, peu après le corps du martyr, de Maestricht à Liège, érigea ici deux sanctuaires, y transféra de fait le siège épiscopal, développa la ville naissante. Anselme nous apprend que Liège tient de ce prélat ses premières lois, comme sa première institution judiciaire, son premier système des poids et mesures : la livre pour les matières solides, le pot pour les liquides, et le muid pour le grain, voire sa première municipalité, si l'on peut interpréter dans ce sens, un terme employé par un de ses biographes contemporains (5). Il fut véritablement par ses oeuvres ce que son prédécesseur avait été par sa mort : le fondateur de la ville de Liège. Celle-ci, de hameau qu'elle était précédemment, formait déjà une agglomération relativement notable à la mort du saint personnage, qui, treize ans après le martyre de saint Lambert, y transféra le corps de ce prédécesseur ainsi que le siège épiscopal.

   Après avoir achevé la conversion du diocèse au christianisme et s'être, de son vivant, illustré par le miracle, saint Hubert est mort le 30 mai 727, à Tervueren, en Brabant, d'où il fut ramené à Liège, pour y recevoir, conformément à ses intentions, la sépulture en l'église Saint-Pierre qu'il avait fait construire. Le 3 novembre 743, le corps fut retiré intact de ce tombeau devant le prince Carloman, pour être déposé dans un nouveau cercueil, aux pieds du maître autel. Il y devait reposer plus de soixante-dix ans. Vers l'an 822, la communauté religieuse établie en Ardenne par saint Beregise, à Andage, demanda au restaurateur de ce monastère, à l'évêque Walcand, de Liège, de lui faire don des restes mortels de saint Hubert. Walcand tint à en référer à son métropolitain, l'archevêque de Cologne ; ce dernier s'en remit à son tour à une réunion d'évêques aussi bien qu'à l'empereur Louis le Débonnaire. La demande des moines ardennais finit par être accueillie. Accompagné du monarque même jusqu'à la Meuse, le corps du saint fut conduit tantôt par terre, tantôt par eau, à cette localité d'Andage dont le nom allait être désormais changé en Saint-Hubert (6). Il y arriva le 30 septembre 825 (7).

   De certains personnages extraordinaires on a dit que leur histoire ne s'arrête pas au trépas. Tel est particulièrement le cas pour saint Hubert. Ce pontife avait évangélisé l'Ardenne ; le transfert de ses reliques acheva de l'en constituer le patron surtout des chasseurs. Dès l'an 837, des pèlerinages paroissiaux s'organisent annuellement pour aller vénérer son tombeau. Dès la fin du même siècle, on l'invoquera pour faire bonne chasse et l'on s'honorera de lui offrir les prémisses de ces chasses et la dîme de leurs produits. Dès l'an 879, enfin, on recourt à son intercession contre la morsure des animaux enragés (8) et bientôt l'on signale, comme un usage miraculeusement sauveur, l'insertion d'un fil de son étole dans le front du malheureux mordu par un de ces animaux (9).

   De là le soin jaloux avec lequel les moines de l'abbaye de Saint-Hubert veillaient sur les restes de l'apôtre, et les emportaient au loin, au moindre danger. Les annales monastiques ont conservé la mémoire d'une série de ces exodes.

   Cependant, à partir de l'an 1097, on ne constate plus de sortie solennelle ou autre des reliques en dehors du couvent ; plus même de reconnaissance officielle de ces restes sacrés. On les conserva dans une châsse précieuse, publiquement offerts à la libre vénération des fidèles.

   Arrivent la Réforme et ses violences. Les Huguenots français incendient l'église en 1568 et réduisent en cendres certaines reliques. Celles de saint Hubert échappent à ces vandales. Mais aussitôt après, elles disparaissent, cachées à tous les yeux dans un endroit dont quelques religieux se transmettent le secret si mystérieusement que les derniers moines, tenus au courant de ce secret, meurent sans l'avoir révélé. En 1616, néanmoins, pendant des réparations à l'église, la chute d'une lourde pierre ouvre dans le sol entre les deux tours un caveau où les reliques de saint Hubert sont retrouvées. On les en retire, mais pour les cacher derechef et perdre de nouveau le secret de leur cachette (10). Le dernier des moines de l'abbaye, dom Etienne, dans le monde Bernard Neumann, expira en 1834 après avoir déclaré qu'il ne savait où le corps avait été caché. Depuis, fouilles et sondages opérés dans l'église et autour de ses murailles n'ont rien fait reconnaître. Pendant quelque temps, en 1909, on crut que le corps de saint Hubert avait été retrouvé dans le château de Heltort à Angermund, près de Düsseldorf, appartenant au comte Franz von Spée et où ces restes vénérés auraient été transportés sous la Révolution française. On prétendait que, de Saint-Hubert, ils auraient d'abord été cachés dans l'église des Augustins (aujourd'hui l'église du Saint-Sacrement) à Liège, puis emportés de là en Allemagne où l'aïeul du comte de Spée aurait reçu le précieux dépôt. Après enquête sérieuse, il a été reconnu que ces restes n'avaient rien de commun avec ceux de saint Hubert (11).

   A propos de ce saint, il existait autrefois à Liège une singulière coutume qui se perpétua jusque dans la première moitié du XIXe siècle, et dont on ignore la signification, mais que certains auteurs croient pouvoir rattacher aux chasses générales qui s'organisaient anciennement le jour de la fête Saint-Hubert. La veille de cette fête, le 2 novembre donc, beaucoup d'enfants et de jeunes gens se rendaient chez les marchands tourneurs, munis abondamment pour la circonstance, y achetaient des maillets, puis, en bandes le plus souvent, couraient à travers les rues, frappant toutes les portes de leur instrument de bois, et criant sur un ton monotone :

Houbièt èst rivnou
                 Avou des mayèts à s'cou (12).

    Les auteurs du XIXe siècle et du siècle précédent appellent cette manière de faire, bouriner, ribouner, roubiner, houbiner. La dernière forme seule était employée au moyen âge, car cet usage avait une haute origine. Houbiner venait évidemment de Houbert, terme wallon, et signifiait "fêter la Saint-Hubert". L'usage ne pouvait manquer de donner lieu à des abus. Le 2 novembre 1487 et ultérieurement, les autorités de la Cité durent prendre un arrêté défendant d'aller crier et frapper aux portes la nuit ou à des heures indues - actes qui étaient surtout le fait des enfants - recommandant aux citoyens de rester plutôt en leurs demeures et de fêter paisiblement la Saint-Hubert par un bon festin (13) . II faut savoir que, sous l'ancien régime, le travail était interrompu partout le jour de la Saint-Hubert. C'était une fête que chacun solennisait en public et en famille, non moins qu'à l'église.

   En 1576, les bourgmestres, pour répondre au voeu de la population, avaient demandé au chapitre de Saint-Lambert d'établir une procession générale le 3 novembre, en l'honneur de saint Hubert. On la fit cette année-là, mais, dès l'année suivante, elle fut supprimée, à cause, parait-il, de la défense faite, quant aux détonations de boîtes à feu ou d'autres engins à poudre (14). Elle fut remplacée par une messe spéciale et solennelle (15).

   Autre tradition coutumière : Chaque année le jour de la Saint-Hubert, de l'Hôtel de Ville, on sonnait "des cornes pour ancienne commémoration du fondateur" (16).

   Dans tous les siècles, d'ailleurs, le culte de saint Hubert a été extrêmement populaire à Liège, et l'Eglise n'a fait que se rendre au voeu unanime des croyants en l'honorant comme patron de la ville.

    Prétendre avec Gilles d'Orval que Liège a failli être appelée "Hubertine" serait une exagération. Voyons seulement dans l'assertion de l'annaliste d'il y a sept siècles, la preuve que, de tous temps, on a reconnu, dans le grand pontife du VIIIe siècle, un des premiers et des plus puissants bienfaiteurs de la cité. Le peuple, par tradition, n'a cessé, dans des circonstances spéciales, de le prendre à témoin par l'exclamation wallonne : îy! Saint Houbert!

   Son nom qui, en vieille langue germanique, signifie "brillant par l'intelligence", comme Sophocle en grec, a eu le multiple honneur de devenir à la fois celui d'un illustre pontife liégeois, celui d'une ville, celui d'un jour de l'année, celui de plusieurs ordres de chevalerie, celui de maintes voies de communication en diverses localités, à Bruxelles notamment, celui d'une longue série de paroisses, ou du moins, de leur église. Il y avait jadis dans le diocèse de Liège dix-neuf églises dédiées à ce saint (17).


(1). Demarteau, Saint Hubert d'après son plus ancien biographe (BIAL, t. XVI), - p. 27 du tiré à part. 

(2). Gesta, liv. Il, 17. 

(3). Pertz, MGH, t. XXV, p. 42. 
   A la vérité, Daris, interprétant à sa façon le premier biographe de saint Hubert, croit aussi au mariage de ce saint antérieurement à son épiscopat. (Hist. (Origine), pp. 126 et 143).
   Pourtant si Floribert, successeur de saint Hubert, avait réellement été son fils naturel, il serait étrange qu'il n'eût pas été inhumé dans le caveau de son prédécesseur à l'église Saint-Pierre au lieu de l'être à Saint-Lambert.  

(4). L'erreur s'explique en partie par cette circonstance que pendant longtemps Saint-Hubert et saint Eustache furent fêtés le même jour dans les offices de l'église, et en partie aussi, par ce fait que, dès le IXe siècle, presque aussitôt après le transfert de ses reliques en Ardenne, saint Hubert était devenu le patron des chasseurs. (Demarteau, Op. cit., pp. 5-7)

(5). In ipsa quoque die exiit fama in cunctis partibus municipatum illius. (Demarteau, Op. cit., p. 41). 

(6). Demarteau, Gazette de Liège du 10 mars 1909. 

(7). Daris, Histoire (Orig.), p. 185. 

(8). Cantatorium (de Saint-Hubert). - Man. 14650-14659 (du Xe s.), de la Bibliot. royale de Brux.   

(9). La plus ancienne mention de l'usage de l'étole de Saint-Hubert contre la rage porte à un fait survenu l'an 954. (Miracula Sancti Huberti, lib. II, no 14).
   Sur le soi-disant pèlerinage d'un fils de Calvin à Saint-Hubert, consulter Daris, Hist. (XVIe s.), p. 248. 

(10). Le corps ne devait plus être en entier, car en maints pays, des parcelles sont vénérées dans des reliquaires, à Liège notamment.
   On sait que le 17 septembre 1848, en l'église Saint-Hubert même, a été inauguré un nouveau tombeau du saint pontife. Ce mausolée a été confectionné par les ordres du roi Léopold Ier. L'exécution en a été confiée au sculpteur Geefs. 

(11). Les reliques de saint Hubert ont donné lieu à de nombreux écrits. Citons quelques sources : Brusthem, Chronique, à l'année 1508; - Bertholet, Hist. du Luxembourg, t. II, p. 347; - Dom Guyton, Rapport (de 1749), publié par Schuermans, dans les Annales de l Institut archéol. du Luxemb., t. XXXIV; - Daris, Notices, t. XIII, p. 108; - De marteau, Gazette de Liège, 19 et 20 juillet 1873, - Le Corps de saint Hubert, dans Leodium, 1909, p. 49; - Gazette de Liège, 1909, 10, 12, 13, 18, 23, 26 mars, ler avril.
   Pour l'histoire de saint Hubert et de son culte en général, voir notamment man 18, BUL; - Dom Célestin, Hist.. de saint Hubert, 1737; - Abrégé de la vie de saint Hubert, 1769; - Fétis, Légende de saint Hubert, 1846; - Bertrand,
Pèlerinage de Saint-Hubert, 1855; - Demarteau, Saint-Hubert, Revue générale, 1877; - Saint Hubert d'après son plus ancien biographe, BIAL, t. XVI; - Hist. ou légendes, Ibid., t. XVIII; - Hallet, La Rage conjurée, 1882; - Theys,  Hist. de saint  Hubert, Marcinelle 1898. 

(12). Ce dicton est celui que donne Thomassin dans le MSDO, p. 224. Henri Forir, dans son Dictionnaire liégeois-français indique une petite variante :

Sin Houbair k'è rivnou
 Avou des mayèts à s'cou

   Il est aussi fait mention de ce singulier usage dans le Dictionnaire wallon-français, de J. Hubert ; dans les Moeurs et coutumes bourgeoises au pays de Liège, de Aug. Hock, dans le BSLW,. 2e série, t. XI, p. 137, article de Jos. Defrecheux, dans le Bull. du dict. wall., 1925, pp. 124, 125. 

(13). 1487, 2 novembre : Cri défendant que personne le jour ou la nuit de Saint-Hubert "ne voise ou voioent par nuy (nuit) ne fours heures, hubineir, buissier (frapper) az huisses (portes) des maisons de la cité, ne faire queilconques feintes, crys ou hahay par les ruez ne aval la citeit, ains demeurent en leur maison faisans bonne chier gracieusement et paisiblement. (Cris du Perron, r. no 263, f. 94 ; cri renouvelé les 2 novembre 1539, 1540 et 1542 ; r. no 264, f. 50).
   Le dernier arrêté municipal concernant cette coutume est du 9 brumaire an VII (30 octobre 1798). On était en pleine révolution et les abus traditionnels de la veille de la Saint-Hubert étaient devenus plus criants que jamais. Voici le texte de cet arrêté :
   "L'Administration municipale,
   "Sur le rapport de son bureau de police touchant l'usage où sont les enfants de cette commune de frapper sur les portes et jeter des immondices dans les maisons des citoyens, à l'époque du ler novembre (vieux style).
   "Considérant que cet usage, contre l'ordre et la tranquillité publique, a souvent produit des rixes dangereuses et nui sensiblement à l'état de maladie où quantité de citoyens peuvent se trouver à cette époque;
   Le Commissaire du pouvoir exécutif entendu,
   "Arrête :
   "I° Il est sévèrement défendu aux enfants de frapper sur les portes et de jeter des immondices dans les maisons, sous les peines portées par l'art. 3 du paragraphe 605 du Code des délits et des peines.
   "2° Les pères et mères, tuteurs, maîtres, etc. qui permettront à leurs enfants ou pupilles de courir les rues de la commune avec des marteaux ou autres instruments et qui ne les empêcheront pas de commettre les excès repris à l'art. 1er, seront poursuivis conformément à l'art. 7 du titre 2 de la loi sur la police rurale.
   "
3° Les commissaires de police sont chargés de surveiller avec sévérité ces délits.
   "4° Le présent arrêté sera affiché et inséré dans les feuilles publiques pour la connaissance de chacun.
   "A l'Hôtel de Ville, le 9 brumaire an VII.
    "(Signé) Leruitte,
   Secrétaire en chef. 

(14). Cathédrale Saint-Lambert, DO, du 2 nov. 1576 et du 30 oct. 1577. 

(15). Man. 465, f. 156 vo, BUL.
   Au XVIle siècle, le chapitre cathédral multiplia ses instances auprès du Saint-Siège, en vue d'obtenir l'insertion des offices des saints Lambert et Hubert, dans le bréviaire romain. (Cathédrale, DO, des 2 sept. 1642, 2 sept. 1645, 15 fév. 1647). 

(16). Man. 1014, f. 958. BUL. 

(17). Brassinne, BSAH, t. XVI, p. 90. 

 

23/01/2013