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Notger. |
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Godefroid Kurth
Biographie nationale T. XV, pp. 901 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique
Bruxelles, 1897. |
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NOTGER, évêque de Liége, né vers 930, d'une famille noble
de la Souabe, mort le 10 avril 1008. Il a peut-être fait ses études à
l'abbaye de Saint-Gall, et il est certain que ses talents et ses
connaissances lui valurent d'être appelé, probablement par saint Brunon de
Cologne, à la cour de l'empereur Otton I, où il fit partie de ce clergé
d'élite qui remplissait la chancellerie. Il est faux qu'il ait occupé les
fonctions de prieur à Saint-Gall ; il est faux qu'il soit venu diriger les
écoles de Stavelot sous l'abbé Odilon ; il est faux encore qu'il ait
appartenu à la proche parenté de l'empereur. Lorsque, le 27 octobre 971,
l'évêque de Liège Eracle mourut, Otton I lui donna pour successeur Notger,
qui reçut la consécration épiscopale à Bonn, des mains de son métropolitain,
Géron de Cologne, le 14 avril 972, comme je l'ai prouvé ailleurs. A partir
de cette date, Notger a fourni une double carrière, d'une part comme prince
d'empire, de l'autre comme prince-évêque de Liége. Nous l'examinerons
rapidement sous ce double aspect.
Très dévoué à
la dynastie de Saxe, il mit au service de ses rois une activité infatigable.
Pour en avoir une idée complète, il faudrait énumérer tous les diplômes dans
lesquels il intervint au sujet des affaires les plus diverses, mais ce
travail est trop long pour être entrepris ici, et nous nous bornerons aux
choses essentielles. Il n'eut pas le temps de servir longtemps son
bienfaiteur Otton I, mais il fut un des conseillers les plus écoutés et un
des vassaux les plus fidèles d'Otton II. Dans cette Lotharingie si troublée
par l'ambition des seigneurs féodaux et si menacée par les convoitises
françaises, il fut la sentinelle vigilante qui signalait au roi d'Allemagne
tous les dangers, et l'ami sûr qui l'aida plus d'une fois à les conjurer. Il
n'a pas été étranger à la collation du duché de Lotharingie au frère du roi
de France, Charles de Lorraine, mesure habile qui intéressait au maintien de
l'ordre établi l'un de ses plus dangereux ennemis, et c'est lui, selon toute
apparence, qui a pu, au dernier moment, avertir Otton II, alors à.
Aix-la-Chapelle, du coup de main de Lothaire, qui faillit surprendre et
faire prisonnier l'empereur an milieu de son palais. C'est lui encore qui,
en faisant nommer évêque de Cambrai son ancien élève Rothard, a fourni à
l'empire, dans ce poste avancé toujours exposé aux attaques de la France, un
de ses serviteurs les plus utiles. Lorsqu'en 983 Otton II, après sa défaite
de Rossano, convoqua la diète de
Vérone pour préparer sa revanche, Notger y accourut, et il ramena d'Italie
le jeune Otton III, qui fut couronné à Aix-la-Chapelle du vivant de son
père. Mais la mort imprévue de celui-ci laissa l'enfant royal dans la
situation la plus critique, entre son parent, Henri le Querelleur, duc de
Bavière, qui rêvait de s'emparer de la couronne, et le roi de France,
Lothaire, qui nourrissait toujours le projet de conquérir la Lotharingie. Il
est vrai, d'autre part, que sa cause rencontra des dévouements purs chez un
grand nombre d'évêques, parmi lesquels Notger, et surtout chez le futur pape
Sylvestre II, Gerbert, alors attaché au service de l'archevêque de Reims.
Celui-ci devint l'âme du parti ottonien, et, à cette occasion, il s'engagea
entre lui et Notger une correspondance des plus intéressantes, en partie
conservée dans les lettres de Gerbert. (V. lettres de Gerbert, éd. J.
Havet.) Nous y voyons que, pour Gerbert, l'ennemi le plus dangereux, c'était
le Bavarois, tandis que Notger se défiait surtout du roi de France. Le
danger parut au comble lorsque les deux prétendants imaginèrent de concerter
leur action ; mais, heureusement pour Otton III, l'entrevue qu'ils avaient
projetée n'eut pas lieu ; ils furent obligés d'opérer isolément. Henri céda
peu après, et Lothaire mourut le 2 mars 986, au moment où il se berçait d'un
nouveau projet d'invasion en Lotharingie. Ainsi la couronne impériale et
l'autorité sur ce dernier pays restèrent au jeune Otton III. Un voyage que
l'impératrice-mère Théophano fit en Italie, et dans lequel Notger
l'accompagna (988-990), acheva de consolider un pouvoir si longtemps menacé.
On comprend le crédit qu'à la suite des inappréciables services rendus par
lui, Notger possédait à la cour. Sans avoir jamais été ni le tuteur ni le
précepteur du prince, comme on l'a avancé sans preuves, Notger compta parmi
ses conseillers les plus influents, et l'on peut dire que tout
particulièrement en Lotharingie, l'empereur ne traitait aucune affaire sans
prendre son avis. En 993, Notger
reçut son jeune maître à Liège ; en 995, il assista au concile de Mouzon,
qui eut à juger la cause de son ancien correspondant Gerbert, accusé d'être
arrivé d'une manière irrégulière au siège archiépiscopal de Reims ; cette
même année, il dicta encore le choix d'Erluin comme successeur de Rothard
dans l'évêché de Cambrai.. En 996, il accompagna Otton III en Italie, où des
documents impériaux et pontificaux offrent plus d'une trace de sa présence ;
il en revint en compagnie de son ami saint Adalbert, archevêque de Prague,
qui allait cueillir la palme du martyre en Prusse. Dès 997, il visitait pour
la quatrième fois l'Italie, à la suite de l'empereur ; on le trouve au
concile de Todi, le 27 décembre 1001, sans qu'on puisse dire s'il avait
passé dans ce pays tout l'intervalle entre cette date et l'année 997.
Notger fit
partie du cortège funèbre qui ramena en Allemagne les restes du jeune
empereur, mort le 23 janvier 1002 ; il se rallia des premiers à la cause de
Henri II, et il jouit de la faveur de ce prince, qui visita Liége en 1003.
C'est lui que l'empereur choisit pour aller, la même année, trouver à Paris
le roi de France Robert, avec une mission de paix. En 1007, le 25 mai, nous
le trouvons à la diète impériale de Worms, et, peu de temps après, nous le
voyons prêter main forte à l'empereur dans son expédition de Flandre contre
le comte Baudouin.
C'est à Notger
incontestablement qu'il faut rattacher la création de la principauté de
Liège. Avant lui, les évêques de ce diocèse étaient de grands seigneurs
immunistes, possédant un grand nombre de terres éparses sur divers points du
territoire diocésain et même au delà, qui étaient fermées par l'immunité à
tous les officiers royaux et où ils étaient, par conséquent, les seuls
maîtres, les seuls représentants de l'autorité publique. C'est lui qui, par
l'acquisition de deux comtés entiers, celui de Huy (985) et celui de Brugeron (988),
qui lui furent confirmés par des diplômes impériaux, créa le
noyau du territoire de l'état
liégeois, qui devait bientôt s'augmenter du comté de Hesbaye (1040) -et de
plusieurs autres. Les empereurs, en confirmant à diverses reprises toutes
les possessions de son siège et en y ajoutant de nouvelles libéralités,
l'élevèrent de fait au rang d'un prince d'empire.
Toutefois, la
situation d'un dignitaire ecclésiastique, chargé de maintenir l'autorité de
l'empire au milieu d'une région où les grandes familles féodales
travaillaient à acquérir une indépendance absolue, était pleine de
difficultés et de dangers. Les grands ne toléraient sur le siège épiscopal
qu'un des leurs ; ils avaient chassé l'évêque Rathère, qui était de petite
naissance, pour lui substituer Baldéric I, parent de Régnier au Long Col de
Hainaut. Sous Eracle, successeur de Baldéric, qui devait sa nomination à
saint Brunon, ils avaient fomenté à Liège des troubles d'une certaine
gravité. Notger eut lui aussi à se défendre contre eux : il le fit avec
autant de prudence que d'énergie. En 987, il obtint l'appui de l'impératrice
Théophano pour s'emparer du château de Chèvremont et pour le détruire ;
l'histoire du stratagème qu'il aurait employé pour pénétrer dans la
forteresse est une fable qu'il est inutile de réfuter. Un autre grand ayant
voulu se bâtir, sur les hauteurs de Liège, une maison qui serait devenue un
danger pour la sécurité de la ville, il n'osa lui résister en face, mais
sous main il détermina le prévôt de sa cathédrale à bâtir sur l'emplacement
convoité l'église Sainte-Croix. Le moyen le plus efficace auquel il recourut
pour assurer la tranquillité de sa ville épiscopale, ce fut de la fortifier.
Liége, jusqu'alors bourgade ouverte, reçut une ceinture de murailles ; la
partie de la ville située entre les deux bras que formait la Meuse, vit
creuser et approfondir le lit de ce fleuve, qui servit ainsi au système
défensif de la ville ; c'est ce fait qui paraît avoir donné naissance à la
tradition, peu autorisée, d'après laquelle Notger aurait détourné le cours
de la Meuse et introduit un de ses bras dans la ville. Dans cette enceinte,
garnie de tours, il éleva un grand nombre de constructions religieuses et
civiles, dont plusieurs faisaient partie des murailles et complétaient la
défense. Il rebâtit la cathédrale Saint-Lambert, avec le cloître des
chanoines, l'hospice et le palais des évêques ; il acheva les deux
collégiales commencées par Eracle, à savoir : Saint-Martin sur la colline,
et Saint-Paul dans l'île ; il y ajouta deux églises collégiales nouvelles,
Saint-Denis et Saint-Jean, sans compter les deux églises de Notre-Dame, près
de la cathédrale, et Saint-Adalbert dans l'île, l'une et l'autre affectées
au ministère paroissial. Par ces grands travaux, auxquels sans doute il en
ajouta beaucoup d'autres dont les chroniqueurs ne nous ont pas parlé, Notger
éleva le bourg de Liége au rang d'une véritable ville ; il fut, comme on a
pu le dire, le second créateur de sa cité épiscopale, et c'est à bon droit
qu'un poète contemporain, s'adressant à celle-ci, a écrit le vers célèbre : |
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Notgerum Christo, Notgero cetera debes. |
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Mais l'activité créatrice du grand évêque ne
fut pas limitée à la ville de Liège. Il témoigna le plus grand intérêt à
l'abbaye de Lobbes qui était, depuis la donation de l'empereur Arnoul à
l'évêque Francon, la propriété des évêques de Liège. Il protégea
efficacement l'abbé Folcuin, fit respecter son autorité menacée par les
agissements de son compétiteur l'ancien évêque Rathère, obtint pour l'abbaye
de précieux diplômes par lesquels l'empereur Otton II et le pape Jean XV
confirmaient ses immunités, défendit que les paroisses qui y apportaient en
procession leurs redevances s'acquittassent à Nivelles ou ailleurs, et
poussa l'abbé à entreprendre de grands travaux de construction et
d'ornementation, dont Folcuin nous a conservé le détail. Il fortifia Thuin,
qui était comme la forteresse de l'abbaye, et de ce château il fit une
ville. Il fortifia également l'abbaye de Fosses, autre possession de
l'église de Liège, qui était dès lors le noyau d'une ville, et, selon la
tradition, il exécuta les mêmes travaux à Malines, qui
était à lui, et dont il éleva la première enceinte.
Il ne suffisait
pas de fortifier les villes, il fallait les faire garder et défendre. Notger
y pourvut en confiant ce soin à des vassaux de son église ; la nombreuse
chevalerie qu'il prit à son service dans ce but fut rémunérée au moyen des
terres de Saint-Lambert, qu'il distribua en fief. Nous savons que c'est
Notger qui a le premier réglé l'emploi des ressources de son église et créé
une espèce de budget, sur lequel le tiers fut attribué aux vassaux ; c'est
lui aussi qui semble avoir opéré la distinction de la mense épiscopale et de
la mense canonicale.
De toutes ses
oeuvres, la plus belle consiste dans le développement qu'il donna à
l'instruction publique. Il n'était ici, à la vérité, que le continuateur d'Eracle
mais l'impulsion qu'il donna aux études, tant dans l'école de la cathédrale
que dans celles des églises collégiales, fut des plus puissantes. Il eut la
bonne fortune de rencontrer des collaborateurs comme Wazon, dont il fit
l'écolâtre de Saint-Lambert, et comme Heriger, qui exerça les mêmes
fonctions à Lobbes avant celles d'abbé. Sous Notger, les écoles de Liége
acquirent une réputation de premier ordre ; de toutes parts on y affluait,
et leurs élèves en les quittant allaient dans les diocèses étrangers remplir
les fonctions les plus élevées ; un bon nombre d'entre eux occupèrent des
sièges épiscopaux, d'autres enseignèrent avec éclat dans de grandes villes
comme Paris, Bamberg, Prague, Rouen. Le zèle de l'évêque pour ses élèves
était extraordinaire ; souvent il emmenait les meilleurs en voyage, leur
faisant continuer leurs études sous ses yeux ; aussi, quand ils revenaient
avec lui après une longue absence, étaient-ils plus instruits que leurs
condisciples restés sur les bancs.
Protecteur des
lettres, Notger a déterminé la vocation d'Heriger, qui, sous ses auspices et
grâce aux renseignements recueillis avec son concours, écrivit, vers 980,
son Gesta episcoporum Leodiensium, qui. est la première chronique du
pays de Liège, ainsi que plusieurs vies de saints liégeois. On a pensé
longtemps, et pour des raisons assez spécieuses, que Notger était auteur
lui-même, et l'on a cru pouvoir lui attribuer la vie de saint Remacle, celle
de saint Landoald et celle de saint Adelin. La grande majorité des critiques
a renoncé à lui attribuer la paternité des deux premières ; quant à la
troisième, qu'ils conviennent de lui laisser, elle est très probablement,
comme les autres, l'œuvre de l'abbé Heriger.
Les beaux-arts
jouirent également de la protection du grand évêque, et dans les nombreux
édifices qu'il bâtit, les artistes eurent d'amples occasions d'exercer leur
talent. Folcuin nous a énuméré une série intéressante d'œuvres d'art
exécutées à Lobbes sous les auspices de Notger, et il en fut de même, à plus
forte raison, dans les églises (le Liège. Mais toutes ces œuvres ont péri, à
la seule exception d'un bel ivoire qui sert encore aujourd'hui de couverture
à l'évangéliaire dit de Notger, conservé à la bibliothèque de l'université
de Liège. On y voit l'évêque agenouillé devant un autel garni d'un ciborium
; aux quatre coins se trouvent les emblèmes des quatre évangélistes, et dans
la bordure court ce distique : |
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En ego Notgerus peccati
pondere pressus,
Ad te flecto genu qui terres omnia nutu. |
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L'administration épiscopale
de Notger est moins connue que son rôle temporel : cependant, nous le voyons
consacrer plusieurs églises (Lobbes, Saint-Jean-en-Ile, Florennes, Waulsort),
tenir des synodes diocésains, procéder, de concert avec l'archevêque de
Cologne, à une rectification de frontières et s'employer à répandre dans
son diocèse la fête des trépassés, que l'ordre de Cluny rendait alors
populaire dans toute la chrétienté. Un panégyrique en vers, qui est à peu
près contemporain, nous apprend en outre qu'il prêchait ses ouailles dans
les deux idiomes : les clercs en latin, le reste du peuple en langue
vulgaire (c'est-à-dire, sans doute, en thiois et non en roman, puisqu'il
était lui-même de langue germanique). Ses rares moments de repos, il aimait
à les passer dans le cloître de Saint-Jean-en-Ile, son église
favorite, où ses journées s'écoulaient dans l'étude, dans la prière et dans
la pratique des oeuvres de charité.
Tous ses contemporains ont vanté ses vertus, sa droiture, sa
justice, son courage, sa charité, sa piété, son esprit de mortification ; la
plupart lui donnent le titre de saint, et il est certain qu'il ne se
rencontre pas une seule tache ni dans son rôle public, ni dans sa vie
privée. Il mourut le 10 avril 1008 (cette date n'est plus discutable), après
trente-six ans de pontificat et, selon son désir, fut enterré clans une
chapelle de l'église Saint-Jean, où l'on a retrouvé son tombeau en 1633. Ses
restes sont conservés depuis lors dans la sacristie de cette église. |
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Godefroid Kurth. |
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Anselme, Gesta episcoporum
Leodiensium, c. 25-30 (Monumenta Germanice historica, t. VII). - Vita
Notgeri, oeuvre anonyme du XIe siècle, dans Gilles d'Orval, livre
II, p.58-58, avec les additions de celui-ci (même recueil, t. XXV) et
publiée à part avec commentaire, dans l'ouvrage ci-dessous. - Une
biographie de l'évêque Notger au XIIe siècle, par G. Kurth
(Bulletin de la Commission royale d'histoire, 4e série, t. XVII). -
Raikem, Quelques événements du temps de Notger, évéque de Liége
(Liège, 1870). - Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège
depuis leur origine jusqu'au XIIIe siècle (Liège, 1890). |
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F. Magnette :
Précis d'histoire Liégeoise, 1re éd.,
Vaillant-Carmanne, pp. 28 et suiv.. |
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Notger et son siècle. - L'évêché
devient une principauté (1). |
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Importance
considérable
du règne de Notger. |
La situation des évêques liégeois devait changer
complètement avec l'avènement de Notger (Notker), en 972 : le pouvoir
impérial allait trouver en ce prélat son plus dévoué défenseur, le pays de
Liège son protecteur le plus énergique contre les seigneurs (2), enfin -- et
c'est surtout en cela que son règne marque une époque décisive dans le
développement de l'histoire liégeoise -- les successeurs de saint Lambert qui
n'avaient été avant lui que des dignitaires de l'Église,
de grands seigneurs immunistes, devinrent les chefs d'une véritable
principauté. Après Notger, Liège aura ses princes-évêques,
elle sera la capitale d'un État nouveau,
d'une unité territoriale et politique nouvelle.
Comment s'est- accomplie cette transformation ? |
|
Possessions de l' Eglise de Liège
confirmées. |
Les empereurs Otton II (973-983), Otton
III (983-1002) et Henri II (1002-1024)
commencèrent par confirmer les possessions de l'Église
de Liège et par renouveler ses privilèges d'immunité (3).
Puis ils cédèrent à Notger de riches abbayes royales, comme celle
de Gembloux, en 987 ; en 1006, celles de Saint-Hubert en Ardenne,
de Brogne (Saint-Gérard) dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, et de Malonne
(près de Namur) ; en outre des domaines royaux (4).
Le prélat se voit de plus assuré d'un véritable
ensemble de droits régaliens nouveaux, comme, par, exemple, en 974, le droit de tonlieu, de
marché, de monnaie et d'accise sur la bière à Fosses ; en 980, la confirmation du tonlieu pour les possessions antérieures
de l'Église de Liège
; en 983, le tonlieu et le marché de Visé; en 985 ceux de
Maestricht.
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Territoires tout
entiers acquis avec la jouissance des droits régaliens. |
Mais le commencement de cette politique de
libéralités et de donations, ce fut l'acquisition, pour Notger et ses
successeurs, en pleine propriété, non plus d'une terre ecclésiastique ou
d'une prérogative fiscale, mais de comtés entiers, avec la jouissance dé
tous les droits souverains. C'est, en effet, à partir de 985 que le
comté de Huy, à partir de 987 que celui de Brugeron, s'étendant de
Tirlemont à Louvain, puis encore certaines propriétés en Hesbaye
deviennent des terres liégeoises, soumises directement à l'autorité de
l'évêque.
De la sorte était créé le noyau du territoire temporel de
l'État liégeois. Dès lors aussi les prélats, chefs spirituels d'un
diocèse, vont régner sur des domaines territoriaux compacts ; et comme
toutes les immunités antérieures, confirmées solennellement, comme les
comtés nouveaux avec leur population tant libre que servile sont donnés à
leur Église, devenue ainsi une personne civile, juridique, et non à leur
personne, la perpétuité et l'indivisibilité
du patrimoine
ecclésiastique sont assurées. Ainsi l'on a pu justement dire qu'avait été
signé l'acte constitutif de la principauté. |
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L'évêché devient principauté. |
Celle-ci, résultat de la
fusion de deux éléments , un territoire et des
droits de souveraineté
(Hansay), sera
indépendante de fait et l'évêque y exercera la juridiction, non plus sur les
seules populations vivant sur des terres d'Église, mais sur tous leurs
habitants indistinctement.
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Suzeraineté impériale, mais complète autonomie intérieure. |
Le « Prince » devait toutefois reconnaître la
haute suzeraineté de l'Empereur, à
qui il avait à prêter serment de fidélité et à fournir le service
militaire et le « conseil ». Mais il n'en fut et n'en resta pas moins
désormais libre, administrant et réglant en toute liberté ses affaires
intérieures. Il en fut ainsi jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, et c'est un
beau spectacle que celui que nous donne ce petit État qui sut, à travers
toutes les vicissitudes des siècles, maintenir son autonomie, garantir en
général son intégrité territoriale, alors que les provinces voisines
subirent une succession d'humiliantes et désastreuses suzerainetés
étrangères.
A l'augmentation de puissance politique
et de prestige que valut à Notger et à
ses successeurs leur promotion au rang de seigneurs temporels et de princes
d'empire, devait correspondre un développement considérable de la résidence
épiscopale elle-même, sa transformation de bourg semi-urbain en une cité
digne d'apparaître comme une vraie capitale.
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Transformation et
embellissement de la ville de Liège.
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Notger fut l'agent le plus actif de
cette transformation, et en cela il a mérité
sans exagération d'être proclamé le « second fondateur de
Liège ». Ce n'est pas toutefois que la ville eût jamais
cessé de progresser ni de reprendre une vie nouvelle, malgré les
désastres accumulés sur elle par l'invasion et l'occupation
normandes.
Le peuple des campagnes se sentait attiré
vers elle : foule de paysans, gens de condition servile pour la
plupart, s'y établirent, et cela explique probablement
l'extension de la cité au delà du vallon de la Légia et
l'érection par l'évêque Richaire de l'église Saint-Servais (en
935 ou 941), comme son extension tant sur la colline même de Publémont
que dans les terrains dits de l' Isle disséminés entre les
divers bras de la Meuse. Eracle dut bâtir l'église Saint-Martin, en Publémont
(en 963) et il jeta les fondements de l'église Saint-Paul, dans
l' Isle (5)
Chacune de ces églises fut desservie par un collège
de chanoines.
Notger fut le digne successeur de ces prélats. Bien plus qu
eux, il peut être appelé l' « évêque bâtisseur » : « comme avec une
baguette de magicien, il fit sortir de terre tout un merveilleux
ensemble d'églises, de cloîtres, d'hospices et de palais qui devaient frapper de stupeur les indigènes et les étrangers» (Kurth).
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Constructions
nouvelles. |
On sait que c'est à lui que l'on doit la
nouvelles. construction d'une
nouvelle et superbe basilique, qui remplaça la cathédrale de saint
Hubert. Elle était flanquée de cloîtres pour les chanoines de
Saint-Lambert, tandis que, dans ses autres dépendances, s'élevaient
des écoles et un hospice pour pèlerins et pauvres.
En face de la cathédrale, Notger fit
édifier un nouvel et vaste palais épiscopal, complément nécessaire
du temple, centre religieux du diocèse ; Saint-Martin et Saint-Paul, commencées par Eracle,
furent achevées ; Sainte-Croix et Saint-Denis furent bâties
sous les auspices de l'évêque par des dignitaires de
Saint-Lambert ; Saint-Jean dressa ses tours élevées au delà du bras
de la Meuse qui longeait la butte de Publémont ;
Notre-Dame-aux-Fonts, accolée à la cathédrale et rebâtie alors,
l'église Saint-Adalbert, construite dans l' Isle auprès de
Saint-Jean, servirent d'églises paroissiales, prenant ainsi
modestement place à côté des nombreuses collégiales et de la
basilique de Saint-Lambert.
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L'enceinte notgérienne.
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L'oeuvre la plus considérable peut-être de Notger, en matière de constructions, fut cependant le tracé d'une enceinte qui devait, tout en
délimitant exactement le territoire de la cité, pourvoir aisément à
sa sécurité : d'une bourgade ouverte et exposée aux moindres attaques, Notger fit une ville bien emmuraillée, capable de résister
longuement.
On a beaucoup discuté à propos du tracé de l'enceinte notgérienne,
premier système de défense de notre ville : le pourtour peut
cependant en être déterminé dans ses grandes lignes.
« Les murs (de Notger) partaient de la station du Palais, se rattachaient au
Palais qu'ils suivaient le long de la rue de ce nom, se
prolongeaient directement en laissant à l'extérieur la rue Hors-Château jusqu'à peu de distance de la rue de la Rose.
Obliquant ensuite à droite, les remparts passaient au-dessus de
la rue Féronstrée, au moyen de la porte Hasseline, et se
dirigeaient vers la Meuse à travers les propriétés séparant les
rues de la Clef et Sur-le-Mont du quai de la Goffe. Ils remontaient le fleuve par le côté gauche des rues de la Cité et Sur-Meuse
(6) pour gagner la porte du Vivier à l'intersection des
rues Souverain-Pont et Chéravoie. Par une nouvelle courbe, la
ligne fortifiée aboutissait à une autre branche de la Meuse
qu'elle côtoyait le long de la rue de la Régence, de la place du
Théâtre et de la rue Basse-Sauvenière, jusqu'aux degrés des
Bégards. Là, elle escaladait la colline, passait derrière l'église
Saint-Martin pour redescendre vers Saint-Séverin et revenir au
point de départ en face de la- rue Saint-Pierre. » (Gobert,
les Rues de Liège, art.
Rempart.)
Particularité i ntéressante,
cette enceinte, ornée de multiples tours, s'appuyait sur un
certain nombre d'édifices, qui constituaient comme autant d'utiles
moyens de défense supplémentaire : ainsi en était-il de la
basilique de Saint-Martin, du Palais que baignait la Légia,
elle-même utilisée pour la protection du quartier du Palais, de
Saint-Lambert, de Saint-Denis, de Sainte-Croix, de Saint-Jean, «
bastions » encastrés dans la muraille ou excellents observatoires
pour suivre ou prévoir les mouvements d'un ennemi (Kurth). |
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Érection de
châteaux-forts dans la principauté.
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Liège prenait donc
l'aspect d'une grande ville. Et, de même qu'il fortifiait sa
propre résidence, l'enfermant derrière des remparts, creusant ou
plutôt redressant le bras principal de la Meuse (la Sauvenière)
pour le faire contribuer à la défense de la cité, Notger pourvut à
la protection des frontières de la principauté en érigeant de
véritables châteaux-forts à Thuin, à Fosses, à Malines et
ailleurs. Avec celui de Dinant, ils en furent les remparts
avancés. |
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Prise du château de Chèvremont :
légende et vérité.
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Dans un semblable but
de sécurité, Notger travailla à faire tomber les forteresses
proches de Liège, qui donnaient asile à des seigneurs remuants et
tyrans, « bastilles » dont les maîtres se soustrayaient facilement
à l'autorité de l'évêque, tout en terrorisant les populations
d'alentour. L'un de ces repaires, danger permanent pour la ville,
était celui qu'occupaient les sires de Chèvremont, à quelques
kilomètres seulement de la capitale. Une légende, qui a eu longue
vie, a voulu que l'évêque ait usé d'un stratagème, véritable acte
de perfidie, pour s'en emparer. La critique moderne a pu établir
en toute certitude que Chèvremont a été détruit après un siège en
règle avec l'aide de l'armée même de l'empereur Otton III (7). Au
surplus, l'événement. n'a d'intérêt que parce qu'il nous montre en Notger un prélat décidé à soumettre quiconque à la loi
commune c'est-à-dire au
respect de son autorité, prêt
à soutenir dans la mesure de ses moyens la politique impériale qui
tendait à réduire la puissance des seigneurs. |
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Fondation de
l'église Sainte-Croix. |
C'est la même
pensée qui, au dire du vieux et véridique chroniqueur Anselme, l'aurait fait agir
avec tant de décision et d'habileté à l'égard d'un important
seigneur qui avait sollicité de lui l'autorisation de bâtir un
château (légende du prétendu château Sylvestre) vers l'extrémité
de la colline de Publémont, sur la hauteur formant la ligne de
faîte entre le vallon de la Légia et la vallée de la Meuse. On
sait qu'au lieu des tours et des murs d'un donjon féodal, on vit
s'élever les tours et le clocher d'un sanctuaire, l'église
Sainte-Croix, dont le prudent évêque avait fait creuser hâtivement
les fondations, rendant ainsi vaine toute sollicitation
ultérieure.
L'activité de Notger était donc
remarquable. Elle lui faisait porter sa sollicitude sur tout ce
qui pouvait contribuer à jeter de l'illustration sur sa
ville et sur son diocèse.
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Notger,
propagateur de l'instruction
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En
effet, il nous apparaît encore, non plus
comme un administrateur ou un bâtisseur, mais comme un
propagateur de l'instruction. Se souvenant sans doute d'un passé
littéraire qui n'avait pas été sans éclat, il mit tous ses
soins à maintenir la réputation que Liège avait pu acquérir : il favorisa
l'ouverture, dans les collégiales, d'écoles où se donnait
l'enseignement moyen ; mais il s'occupa surtout de perfectionner les
études dans l'école établie à la cathédrale Saint-Lambert, et
celle-ci prit grâce à ses soins des aspects d'université et de
grand séminaire, pépinière du clergé. Il y stimulait en personne
le zèle des maîtres et des élèves ; il savait surtout y attirer de
l'étranger les uns et les autres, et il y admettait des nobles,
comme de simples hommes libres et même des serfs.
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Les écoles de Liége.
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De l'école de Notger sortirent
foule d'hommes qui occupèrent brillamment des sièges épiscopaux
à Rouen, Cambrai, Verdun, Toul, Utrecht, Salzbourg, à Liège
même, tels Wazon, le digne successeur de Notger, et Durand.
Si la capitale de la Wallonie, au XIe
siècle, a pu être intitulée
« la mère nourricière des hautes
études », « la fleur des Gaules », « l'Athènes du Nord »,
il
est certain qu'elle le doit en bonne part à Notger qui a été le
promoteur d'un mouvement de rénovation littéraire et
scientifique vraiment remarquable.
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Les écoles des
abbayes du diocèse. |
Dans les écoles de Liège, dans celles qui
fleurissaient au sein des riches abbayes du diocèse, Lobbes,
Saint-Trond, Saint-Hubert, Gembloux, accoururent des étudiants
venus de tous les pays voisins, même des pays slaves, qui
allaient dans la suite porter à l'étranger les trésors des
connaissances amassées auprès des maîtres liégeois. C'est
l'époque où brillèrent un Folcuin de Lobbes, un
Sigebert de Gembloux ; où, parmi les professeurs, on peut
signaler le mathématicien Francon, le pédagogue Egbert, l'auteur
d'un célèbre traité de morale pour écoliers, le Fecunda ratis,
le poète Adelman, le philosophe Gozechin, les théologiens
Alger et Rupert, d'autres encore. |
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Éclat de la
science liégeoise. |
Les relations multiples des maîtres
liégeois avec l'extérieur, dit l'historien Pirenne, les tenaient au
courant de toutes les doctrines qui se manifestaient en
Occident. Les diverses tendances scientifiques de l'époque
avaient leurs représentants dans cette espèce d'université
internationale qu'était alors la cité mosane. |
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Les successeurs
de Notger |
L'impulsion imprimée par Notger à la
prospérité de Liège fut telle qu'elle fit sentir ses effets sous le règne de ses successeurs. Comme de
son vivant, les édifices religieux se multiplient, marquant
ainsi le progrès de la population, l'extension continuelle des
limites habitées de la ville. C'est sous le règne de Baldéric
II (1008-1018) (8) la consécration de la
collégiale de Saint-Denis et celle de Saint-Barthélemy (1017) ;
c'est, en 1016, la fondation de l'abbaye de Saint-Jacques (9),
à la pointe orientale de l'Isle ; peu de temps après (en 1034), sur
les hauteurs extrêmes de Publémont, s'achevait la grandiose
abbaye de Saint-Laurent, commencée par Eracle, continuée par
Notger, consacrée par l'évêque Réginard
(1025-1038). |
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Nouveaux quartiers, nouvelles
industries. |
Tout un quartier nouveau,
novus vicus, Neuvice,
se forme entre le Marché et la
Meuse. Bientôt le fleuve lui-même sera franchi par le premier
pont connu à Liège, le Pont des Arches, édifié en 1033, tandis
que, sur ses bras, l'on jette le pont d'Avroy, le pont d'Amercoeur
et peut-être déjà le pont d'Isle.
Alentour de la cité, enfin, on voyait
surgir, disséminés dans les campagnes cultivées, de nouveaux
sanctuaires, tels Saint-Remacle-au--Pont, en Amercoeur,
Sainte-Véronique (reconstruite), dans le quartier d'Avroy,
Saint-Gilles, plus loin et plus haut que Publémont,
Saint-Léonard au nord de la ville, Saint-Vincent, à l'est. Ainsi
se formaient petit à petit, dans l' Isle et sur ses confins ou
contre les murailles mêmes de l'enceinte, des vinâves
(10) nouveaux, où, avec le temps, avec le développement du commerce, le
progrès de l'agriculture, l'apparition de l'industrie, autres
caractéristiques du Xle siècle liégeois, se groupera une
population remuante, laborieuse, qui ne tardera plus longtemps à
manifester sa volonté de prendre sa place dans la « cité des
prêtres et des nobles ».
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Le Tribunal des
Échevins |
Dans cette ville qui progressait à vue
d'oeil et groupait toujours plus des populations d'origine et
d'occupations diverses, la vie civile devait évidemment aussi
évoluer et finir par trouver son organe autorisé. Elle le
trouva, au cours du XIe siècle, dans le
tribunal des Échevins. |
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L'avoué de Liège.
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C'est aussi à Notger, ce fécond
initiateur, que l'on fait remonter l'institution de l'avoué de
Liège, qu'il ne faut point confondre avec l'avoué, protecteur de
l'Église épiscopale, l'avoué de Saint-Lambert (1027),
appelé plus tard l'avoué de la Hesbaye.
L'avoué de la cité remplaça
vraisemblablement ce juge privé que l'on a vu exister déjà au
temps de l'évêque Lambert. Lui-même perdra, du
reste, plus tard ses fonctions devenues d'ordre public. Le maïeur finira par le remplacer à la tête du tribunal local. Les
membres de ce corps judiciaire étaient choisis par le prince au
sein des grandes familles, parmi ses ministériaux,
ministériales,
dans ce patriciat urbain chez qui se recrutèrent pendant des
générations les fonctionnaires principaux du nouvel État
liégeois. Ils étaient au nombre de 14, et leur juridictions
s'étendait à tous les habitants de la ville qui n'appartenaient
pas à l'un des groupes privilégiés de la
noblesse ou du clergé et de leurs
serviteurs, parce que ces corps avaient leurs juridictions
spéciales. Leurs fonctions étaient viagères, mais en fait ils
parvinrent à les constituer à l'état
de véritables monopoles pour leurs
familles
La masse de la
population, que ne tourmentaient pas encore des désirs
d'autonomie et de liberté sociale, vivait donc sous des lois
lui garantissant la meilleure justice possible en ces temps
éloignés, de même qu'elle trouvait en ses évêques des
souverains capables de lui assurer la sécurité matérielle et
de maintenir l'ordre public.
En résumé, tout
avait conspiré à faire de la principauté de Liége, au siècle
de Notger, un État déjà solidement constitué, et de ses
chefs des personnages dont la puissance politique était
appréciée au-dehors à sa valeur. |
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(1) Souverains en Germanie : Conrad de Franconie (911-919).
Maison de Saxe : Henri Ier l'Oiseleur, roi en 919 -- Otton Ier,
roi en 936, empereur en 962 -- Otton II (973-983) - Otton III (983-1002) -
Henri II (1002` 1024).
Maison de Franconie :
Conrad II (1024-1039) - Henri III (1039-1056) - Henri IV (1056-1106) -
Henri V (1106-1125).
Souverains en France.
Dynastie capétienne :
Hugues Capet,
duc de
France, puis roi de France, de 987 à 996 - Robert (996-1031) -
Henri Ier (1031-1060) - Philippe Ier (1060-1l03) - Louis VI l'Éveillé au le
Gros
(1108-1137).

(2) «
Il allait être, dit
l'historien Kurth, une force capable de s'édifier en face de la leur »
(Notger de Liége.)

(3) Un recueil assez
récemment paru et fort précieux pour l'enseignement de l'histoire, Documents fondamentaux de l'histoire de
Belgique, par A. Lallemand et W. De Vreese
(Liège, Dessain, 1914), donne le texte exact, d'après l'original, du diplôme
d'immunité délivré par Otton II à Notger, en 980 (pp. 1-2).

(4) Le prélat ajoute
(après 986) le château de
Chèvremont à ceux qu'il possédait
déjà.

(5) Eracle bâtit également
l'église Saint-Séverin (en 966) et créa, croit-on, la paroisse de.
Sainte-Marguerite (vers 966).

(6) Cette rue a été débaptisée et
s'appelle, aujourd'hui rue de la Cathédrale, comme celle dont
elle n'est, du reste, qu'un simple prolongement.

(7) Lire dans D'Awans
et Lameere, I, 331 à 338, un bon résumé de la légende et sa
réfutation. L'exposé le plus complet et une mise au point définitive ont
été fournis par G. Kurth dans son ouvrage sur
Notger de Liège.

(8) C'est également sous ce
prince-évêque que l'Église de Liège obtint le droit de suzeraineté sur
l'abbaye de Florennes, récemment fondée (en 1012).

(9) Achevée par Wolbodon, en 1021,
consacrée, par Réginard en 1030. L'église fut reconstruite de 1420 à 1522.
(10) Vinâve ou
vinable. Ce mot vient du latin vicinabulum,
équivalent à vicinitas, qui signifie voisinage.

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Théodore Gobert
Liège à travers les âges
: les rues de Liège.
Editions Culture et Civilisation, T. VI. pp.
et suiv. |
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Issu d'une des plus nobles
familles de la Souabe (1), en Allemagne, il se
distingua par son zèle et son aptitude pour les sciences religieuses et
autres. Ainsi prétend-on qu'il fut envoyé successivement à l'écolâtrie de
l'abbaye de Stavelot et à la direction du célèbre monastère de Saint-Gall.
Par son esprit éclairé, les connaissances approfondies qu'il possédait de
toutes choses, son éloquence persuasive, son influence bienfaisante sur les
masses, de même que par l'ardeur qu'il apportait à la défense de la foi, à
l'extirpation du crime et du brigandage, Notger obtint la confiance des
chefs suprêmes de l'Église, comme de ceux de l'Empire. Plusieurs fois, ils
le choisirent pour arbitre.
Grâce à l'autorité dont il jouissait près du pape et de l'empereur, il fut
appelé, l'an 972, à succéder à Eracle sur le siège épiscopal de
Saint-Lambert. Le moment était des plus critiques et des plus troublés chez
nous. Néanmoins, le pontife, en peu de temps, efface presque totalement les
traces des affreux ravages causés par les Normands ; il raffermit la
discipline fortement relâchée tant dans le clergé que dans le peuple. Sur
toute l'étendue du diocèse, il fait régner l'ordre et la paix, par la
persuasion souvent, parfois aussi par une énergie indomptable, mais non par
des ruses indignes d'un prélat, que la légende a prêtées trop longtemps à
Notger à propos de Chèvremont (2).
On sait maintenant, d'une façon indiscutable, que cette forteresse a été
prise et anéantie grâce à l'appui des troupes de l'impératrice Theophano en
987, et après un siège régulier.
Grâce également au
prestige dont il jouissait à la cour impériale, il obtint, pour l'Église de
Liège, l'extension de ses possessions et de ses immunités. Enfin, sous lui,
l'indépendance et l'autonomie du territoire liégeois sont proclamées. Notger
devint ainsi le véritable fondateur de la principauté. Il l'organisa, puis
la fortifia en établissant, sur ses frontières, une ligne de citadelles.
Partout aussi, autour de lui, il répand l'enseignement par les fondations de
collégiales, qui formèrent autant de foyers d'instruction. Il ne dédaigna
pas d'enseigner lui-même, ou de procéder aux examens d'études supérieures,
voire de se faire accompagner des étudiants dans ses déplacements. On l'a
fait ressortir, la première histoire du pays de Liège a été créée sous ses
auspices. Il a rempli ce pays de livres précieux et d'objets d'art. En tout,
il protégea les lettres et les arts, développa le commerce et l'industrie.
La cité de Liège, à
son tour, doit reconnaître en l'évêque Notger son plus grand bienfaiteur
après saint Lambert et saint Hubert. Un poète du milieu du XIIe
siècle le proclamait par cet éloge flatteur et très connu :
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Legia lege ligans cum prelatis tibi leges
Nogerum Christo, Nogero cetera debes (3).
(Liège, au Ciel tu dois Notger, à Notger tout le reste). |
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Par Notger encore,
Liège conquiert le titre de capitale. Pour la première fois, elle est
garantie contre les incursions du dehors par une solide enceinte défensive.
L'illustre prélat dote la ville de travaux importants d'utilité publique,
tels que le canal de la Sauvenière. Il l'enrichit d'institutions diverses,
de monuments religieux et civils. De la sorte éleva-t-il le premier Palais
princier, à l'emplacement qui a été maintenu dans la suite des siècles. Qui,
dès lors, mieux que le grand Notger, trépassé le 10 avril 1008, avait le
droit d'être placé au premier rang dans le groupe des héros de l'histoire
nationale que le ciseau a représenté sur la façade nouvelle de ce Palais?
Son nom est une des gloires les plus pures de son pays d'adoption et un des
plus grands de l'histoire de Belgique. Quoi de plus juste aussi que d'avoir
perpétué la mémoire sacrée de ce prince populaire à la place qui allait être
percée tout contre le Palais même (4). |
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(1)
Vita Notgeri,
c. 1.

(2) Le siège de Chèvremont a eu lieu par l'armée impériale
en 987 et non en 985 comme le pensait Raikem en 1870.
(Quelques événements du temps de Notger, pp. 30
et 51). - Pour ce siège V. Le
Notger de Liége, de Kurth, t. I, p. 185.

(3) Vita Notgeri
publiée par Kurth au tome XVII
de la 4e série des BCRH.

(4) Nous
fournissons des détails sur ses restes
mortels à propos des Cloîtres Saint-Jean, où une statue est élevée en
l'honneur du grand homme. Voir aussi pour la biographie du personnage
outre les ouvrages cités : Man. 993, f. 348, BUL. - De
Leodiensi Republica auctores proecipui. Boxhorn. Marc Zuer, Amsterdam,
1633, p. 60. - De Villenfagne, Essai histor. sur la vie de Notger.
- Malherbe, Eloge historique de Notger, 1785. - Daris,
Histoire du Diocèse (Origine). - Gonne, Notger, CSAH; - Kurth,
Le Notger de Liège, 1905; - Biogr. nat., t. XV, p.
901.
On conserve aux archives de Gand, un sceau en cire jaune du
28 juin 980,
représentant Notger. Il a été reproduit dès 1841, dans le
Messager des Sciences
historiques de Gand, p.167, figure 2.
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