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La charte de Huy




 

 

 

 

 


 

 

 

Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. I. depuis leur origine jusqu'au XIIIe,
Edition Demarteau,
pp. 381 et suiv.  (Liège, 1890)

L'église de Huy et celle de Liège.

   La ville de Huy qui avait été brûlée par le comte de Flandre en 1053, se releva bientôt de ses ruines. L'église de Notre-Dame fut reconstruite, avec le généreux concours des paroissiens, et fut consacrée, le 24 août 1066, par Libert, évêque de Cambrai, et Théoduin, évêque de Liège. Les reliques de saint Domitien y furent solennellement replacées, car, depuis 1053, elles avaient été conservées dans une chapelle consacrée par saint Materne. L'évêque dota richement la nouvelle église et lui donna, entre autres biens, l'église de Hoesselt, celle de Fronville, la chapelle de Saint-Pierre-en-Mont, l'église de Riempst, celle de Lustin et celle d'Alken, dont le chapitre de Huy pouvait, dès lors, nommer les curés et percevoir les revenus curiaux. Il l'exempta du pouvoir archidiaconal qu'i1 donna au doyen du chapitre.

   Pour récompenser les habitants du généreux concours prêté à la reconstruction de l'église, il leur accorda des privilèges en matière d'impôts, de service militaire et de justice. Gilles d'Orval qui avait la charte des privilèges sous les yeux, n'en donne que les fragments suivants : les bourgeois de Huy, à la mort de l'évêque, garderont le château fort de leur ville et en couvriront les frais par les revenus de la ville; si un prince de Liège enfreint les privilèges de la ville, les habitants pourront invoquer l'assistance du duc de Lorraine et celle des autres barons. Brustem ajoute encore le privilège suivant : les bourgeois de Huy ne seront obligés de suivre le prince à la guerre que huit jours après que ceux de Liège sont eux-mêmes entrés en campagne. Brustem ajoute que les autres articles concernent les serfs , les créanciers, les débiteurs, et les serments à prêter devant la cour de justice. Il est à conjecturer que les privilèges contenus dans la charte de 1175 pour Brustem et dans celle de 1208 pour Liège ne sont qu'une reproduction de ceux de Huy. Les chartes données à l'occasion de la consécration de l'église de Huy attestent la présence des seigneurs suivants : Godefroid 111, duc de la Basse-Lorraine, Albert, comte de Namur, Henri, comte de Luxembourg, Conon, comte du Montaigu, Walter, avoué de la ville, Godeschalck, de Ciney, Godefroid et Arnulphe, de Florennes, Godefroid, de Floreffe et son frère Chrétien, Herman, de Heis, Etienne, de Fals. (V. CHAPEAVILLE, t. Il, p. 4, Cart. de Huy; REINIER, Vita Reginaldi, n° 9; Gesta abb. S. Laur., n° 15.)

   Le prince qui ne cessait de soigner les intérêts de sa principauté, profita de la présence de Henri IV, à Aix, pour prier ce roi de confirmer les possessions de son église. Henri le fit par un diplôme du 25 juillet 1070, daté d'Aix. Par ce diplôme, il confirme les donations faites par ses prédécesseurs, entre autres, les abbayes de Lobbes, de Saint-Hubert, de Saint-Gérard, de Gembloux, de Fosses et de Malonne, Namur, Dinant, Ciney, Eycke, Tongres, Huy, Maestricht, Malinne, Florenne, Incourt, Xhendremaël, Visé, Theux, Hunborc, Herwarde, Pannarde, Berchez, Bocheim, Madière, Turmines; il confirme, en un mot, les abbayes, 1es comtés, les forêts, les domaines, les tonlieux, les droits de monnaies que l'église de Liège possède et spécialement le château d'Argenteau, donné par son père Henri. Il autorise le prince-évêque à reconstruire le fort de la ville de Dinant, où il lui accorde les droits de monnaie, de tonlieu et de foires ou marchés; il y ajoute le comté de Lustin; il termine en défendant à tout comte d'exercer dans ces endroits un pouvoir judiciaire ou coercitif et il se sert, à cet effet, des termes des diplômes de 844, 874, 980 et 985.
(V. CHAPEAVILLE, t. Il, p. 13.)

 
 

 

 

 

F. Magnette :
Précis d'histoire Liégeoise,
1re éd., Vaillant-Carmanne, pp. 62 et 63.

   La charte de Huy.     C'est, on le sait, une cité de notre pays
                               mosan, Huy, qui a eu l'honneur de posséder la plus ancienne charte connue en Belgique, et même, peut-on dire, dans l' Europe occidentale. Cet acte célèbre fut conféré aux Hutois, à prix d'argent, en 1066, par l'évêque Théoduin (mort en 1075).

   Il vaut la peine d'en faire connaître le contenu (1), tant elle accordait d'avantages aux habitants.

   1° Les Hutois (burgenses) pourront garder eux-mêmes leur citadelle pendant la vacance du siège.
   2° Ils pourront affecter à leur sécurité les revenus de leur ville.
   3° Ils ne sont tenus au service militaire envers l'évêque que huit jours après l'entrée en campagne des bourgeois de Liège.
   4° Ils ne doivent être cités en justice que devant la juridiction du lieu où le délit a été commis.
   5° Si l'évêque ou l'un de ses successeurs essayait d'enfreindre ces libertés, il doit consentir à ce que le duc de Lotharingie et toutes les personnes présentes à l'acte, clercs et laïcs (2), protègent les Hutois contre lui.

   Il n'est pas imprudent de penser que, si la ville de Huy jouissait de pareilles libertés (allant jusqu'au droit légal à la résistance), la capitale du pays ne devait pas être moins bien lotie qu'elle ; ses privilèges ne peuvent être postérieurs à ceux des Hutois.


(1)   On ne connaît malheureusement pas la charte des Hutois dans son texte original, mais par un simple résumé. -- Lire le texte (latin) dans le recueil de Lallemand et de Vreese, pp. 2-3.  backtopp.gif (65 octets)

(2)   Il faut remarquer aussi la présence de laïcs à côté d'ecclésiastiques, autour de la personne du prince : celui-ci n'était donc plus seul pour régler des questions de quelque importance.  backtopp.gif (65 octets)

 
 

 

 

 

H. Pirenne :
Histoire de Belgique,
Edition Henri Lamertin  t. I, pp. 177-178 (Bruxelles, 1903).

    Dans la principauté de Liége, les villes secondaires, telles que Dinant, Huy et Saint-Trond, devancèrent la capitale dans la voie de l'émancipation politique. Dès 1066, Huy, qui était déjà alors un centre commercial important, obtint de 1'évèque Théoduin, moyennant la cession du tiers, puis de la moitié des biens meubles de ses habitants, une charte de liberté qui lui accordait des avantages considérables (1). Le résumé malheureusement trop laconique que nous avons conservé de ce document, le plus ancien de tous ceux que la Belgique possède en ce genre, laisse voir à l'évidence qu'il eut pour but de fixer la condition juridique de la population et d'introduire dans la procédure des réformes qui étaient sans nul doute réclamées par les marchands. Les habitants auxquels l'acte donne le nom nouveau de burgenses, apparaissent comme un corps privilégié. Pendant les vacances du siège épiscopal, ils auront la garde du château de la ville, et, en cas de guerre, ils ne devront prendre les armes que huit jours après les Liégeois. Ceci indique bien que la liberté de Huy a devancé celle de Liége. Bientôt pourtant la guerre des investitures donna aux villes épiscopales, dans les Pays-Bas comme en Allemagne, une occasion excellente de secouer le joug de leurs seigneurs.


 (1)   G. Waitz,  Urkunden zur Deutschen Verfassungsgeschichte (2e édit.),  p.9 (Berlin, 1886).  backtopp.gif (65 octets)

 

12/01/2013