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Henri de Dinant et la lutte contre l'Échevinage
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Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. pendant le XIIIe et le XIVe
siècle,
Edition Demarteau, pp. 158 et suiv. (Liège, 1890) |
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Premiers Troubles à Liège en 1253,
et Paix du 18 novembre.
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La paix n'avait pas encore été troublée dans la cité depuis l'avènement de Henri de
Gueldre en 1247.
En 1253, Colin, domestique de Forir, chanoine de Sainte-Croix, blessa un
bourgeois dans une rixe qu'il eut avec lui au marché et se sauva ensuite dans l'église
des Mineurs pour échapper à toute arrestation.
Le peuple, témoin de la rixe et de la fuite de Colin, jeta de hauts cris et
appela le maïeur. Celui-ci ordonna à ses agents de pénétrer dans l'église et d'en
tirer le domestique. Les agents le firent, mais les frères mineurs leur arrachèrent
l'accusé des mains pour sauvegarder le droit d'asile dont jouissait leur église. Le
maïeur instruisit le procès probablement sur les plaintes de la victime, et la cour des
échevins condamna l'accusé au bannissement (6 juin). Il y avait dans cette condamnation
une triple illégalité; l'accusé ne pouvait être condamné qu'à une amende pour une
simple blessure qui fut suivie d'une prompte guérison; en sa qualité de domestique d'un
chanoine chez lequel il demeurait, il n'était justiciable que des tribunaux
ecclésiastiques, et enfin le maïeur avait fait violer le droit d'asile. Le clergé
voyant ses privilèges et immunités violés, invoqua la protection du prince-évêque. La
cour des échevins refusa de révoquer la condamnation et se vit appuyée par les
patriciens (1). (V. SCHOONDROODT, n° 246, 247.)
Vers le même temps le maïeur d'Aix-la-Chapelle, se
trouvant à Liège, y rencontra un ennemi mortel; il l'attaqua et le tua. Incontinent il
se sauva de la cité pour échapper à toute poursuite. Le peuple murmura de ce que ces
attentats n'étaient pas punis. Comme les habiles exploitaient ces murmures contre le
prince, celui-ci accourut à Liège et convoqua le peuple au Pré-l'Évêque situé entre
la cathédrale et le palais. Il lui exposa que les échevins étaient chargés de rendre
la justice, qu'il ne pouvait être rendu responsable de leur négligence et que
dorénavant il ferait usage de son pouvoir souverain pour remédier à leur négligence.
Ce discours calma le peuple, mais il ne satisfit point les échevins qui se voyaient
menacés dans leurs pouvoirs.
Les échevins, voyant que le peuple était avec le prince, cherchèrent à se
réconcilier avec le clergé. Une conférence avec les chanoines eut lieu dans la salle
capitulaire. Les échevins ne voulurent faire aucune concession; François de Visé se
livra même à des menaces. L'archidiacre Raoul de Clermont lui toucha légèrement la
tête pour l'inviter à se calmer et à se taire. Aussitôt l'échevin sortit comme
furieux; il déclama contre les chanoines et les accusa d'en vouloir à la vie des
citoyens; il sonna même la cloche du ban. Le peuple courut aux armes; il envahit la
cathédrale et les maisons des chanoines pour les piller. Le prince-évêque et les
chanoines, pour échapper à de plus grands dangers, se sauvèrent de la cité.
Le 14 juillet 1253, les chanoines se concertèrent et se cotisèrent pour
soutenir leurs droits à frais communs, et le 20 juillet l'évêque jeta l'interdit sur la
cité. (V. SCHOONBROODT, n°
243.)
Le clergé avait porté la question de la violation de
ses privilèges dans la personne du domestique Colin devant la cour du roi Guillaume. Ce
souverain, se trouvant à Maestricht, le 13 août 1253, entouré de ses grands vassaux,
jugea que toute sentence des échevins contraire aux privilèges concédés par les
empereurs était nulle et il chargea le prince de Liège d'examiner si la condamnation du
domestique Colin était contraire aux privilèges impériaux et de l'annuler si elle y
était contraire. Faire cet examen et annuler la sentence n'était pas chose difficile,
mais il n'y avait que la force armée pour faire accepter la décision.
Henri de Gueldre convoqua ses vassaux et enrôla des soldats. La guerre
contre la cité allait commencer, quand son frère, Otton comte de Gueldre, interposa sa
médiation. La paix fut conclue, le 18 novembre 1253, aux conditions suivantes : les
domestiques des chanoines resteront exempts de la juridiction de la cour des échevins;
l'évêque lèvera l'interdit; il reviendra dans la cité avec les chanoines; le peuple
ira à leur rencontre, tête et pieds nus, et portant des cierges; chaque année les
échevins donneront neuf aimes de vin aux chanoines, le 11 novembre. |
Guerre civile en 1253 et 1254, et Paix de Maestricht du Il décembre
1254
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La cité, dès son origine, fut administrée par la cour de justice,
c'est-à-dire, par le maïeur et les échevins. Deux maîtres ou bourgmestres nommés pour
une année et des jurés ou conseillers, nommés aussi pour une année, furent plus tard
adjoints à la cour de justice. La plus ancienne mention des bourgmestres est du 22
janvier 1231. Par qui étaient-ils nommés ? Jean d'Outremeuse affirme qu'ils étaient
nommés par la cour des échevins et parmi ses membres (t.V.,p. 278 et 310).
Il est plus
probable qu'ils étaient nommés par le prince qui les choisissait parmi les patriciens;
du moins cette conjecture est plus conforme aux principes et aux faits historiques. La
plus ancienne mention des jurés ou conseillers est du 24 novembre 1231. Par qui
étaient-ils nommés ? Probablement aussi par le prince et non par la cour de justice. Il
est du moins certain que ni les bourgmestres, ni les jurés n'étaient élus par le
peuple.
Dans la ville de Saint-Trond, les bourgeois avaient aussi sollicité de bonne
heure la faculté d'intervenir dans l'administration. Les deux seigneurs (le prince et
l'abbé) avaient associés douze bourgeois à la cour des échevins, mais ils s'étaient
réservé la faculté de les destituer et de remplacer les décédés. Ces douze
conseillers nommés jurati sont déjà mentionnés dans un acte de 1233. (V. Cart.
S. Trud., t. I., p. 191.)
Les bourgeois des villes tenaient beaucoup à leurs privilèges et ils
désiraient vivement élire eux-mêmes les maîtres ou bourgmestres qui en prendraient la
défense. Henri de Dinant, bourgeois de Liège, exploita ce désir des Liégeois et les
engagea à employer les moyens pour y parvenir. Il fallait avant tout obtenir le
consentement, au moins tacite, des échevins. Henri de Dinant conseilla aux échevins, de
ne pas s'y opposer et il leur fit concevoir l'espoir que la bourgeoisie se rangerait de
leur côté contre le prince et le clergé. Dès qu'il fut assuré de la connivence des
échevins, il réunit les bourgeois qui élurent pour bourgmestres Henri lui-même et Jean
Germeau, deux patriciens (24 juin 1253). Les deux bourgmestres jurèrent aussitôt de
défendre les privilèges et de veiller au bon emploi des deniers de la cité. Ils se
rendirent ensuite au Destroit, siège de la cour, et prièrent les échevins de prêter le
même serment, mais ils essuyèrent un refus.
Cette faculté que les bourgeois s'attribuèrent de choisir les deux
bourgmestres ne pouvait devenir légitime que par l'approbation du prince et du chapitre,
d'après le droit existant. L'histoire ne mentionne ni une approbation, ni une
improbation.
Henri de Dinant et Jean Germeau organisèrent la bourgeoisie. Ils la
divisèrent en compagnies de vingt personnes, sous la direction d'un chef chacune ; ils
désignèrent aussi un point de ralliement. C'était organiser la résistance à main
armée en cas de besoin.
Après la défaite de West-Capel, Marguerite comtesse de Flandre, n'ayant pu
obtenir la paix du roi Guillaume, demanda du secours à Charles, duc d'Anjou, frère de
Saint-Louis, roi de France, et pour l'obtenir elle investit ce prince du comté de Hainaut
qu'elle avait déjà donné à son propre fils Jean d'Avesne. Le prince français s'empara
facilement du Hainaut. Jean d'Avesne s'adressa alors au prince de Liège pour lui demander
du secours, car le Hainaut était un fief de l'église de Liège. Henri de Gueldre lui
promit des troupes et ordonna aux échevins de convoquer les bourgeois sous les armes. Les
échevins le firent, mais Henri de Dinant conseilla au peuple de ne pas répondre à
l'appel, sous le prétexte que les Liégeois doivent le service militaire pour la défense
de la principauté et celle du prince, mais non pour les étrangers. Ces raisons, quoique
mal fondées, furent goûtées et les bourgeois refusèrent de prendre les armes. Le
prince voyant son autorité méconnue sortit de la cité, en faisant de terribles menaces.
Il déféra l'affaire au roi Guillaume. Celui-ci, dans une cour plénière qu'il tint à
Anvers, le 8 janvier 1254, décida que les bourgmestres, les échevins et les bourgeois de
la cité devaient prendre les armes pour défendre le Hainaut qui était un fief de
l'église de Liège, contre Charles d'Anjou. (V. SCHOONDROODT, n° 250.) Le prince de Liège,
entouré de ses grands vassaux, se constitua en cour féodale, à Malines, le 15 février
1254. La cour décida que, dès le 29 septembre 1247, Jean d'Avesne avait été
légitimement investi du comté de Hainaut par le prince de Liège, qu'il ne pouvait en
être dépouillé par sa mère et que les vassaux du Hainaut lui devaient foi et hommage.
A cette décision intervinrent Arnoul comte de Looz, Otton comte de Gueldre, Henri comte
de Luxembourg, Thierry de Fauquemont, Henri de Houffalise, Guillaume de Hornes, Conon de
Heers et plusieurs autres seigneurs. Elle fut approuvée par le prince et par le roi
Guillaume qui se trouvait également à Malines. (V. Cart. du Hainaut , p. 358.)
(2).
A Liège, les bourgmestres continuèrent à flatter le peuple et à l'exciter
contre le prince et le clergé. Le maïeur, les échevins, les bourgmestres, les jurés et
le clergé se trouvèrent, au mois de mai 1254, réunis au chapitre au sujet de l'impôt
sur la vente du vin. La discussion s'envenima au point qu'un des chanoines reprocha à
Henri de Dinant sa basse extraction. Le bruit se répandit, en même temps, parmi le
peuple que le bourgmestre était assassiné. Aussitôt il s'attroupa et enfonça les
portes de la cathédrale ; le voyant encore en vie, il se calma et demanda humblement
pardon au chapitre. Celui-ci fit fustiger les chefs du mouvement séditieux et obligea le
peuple à fournir de nouvelles portes à ses frais. Le prince-évêque ne se contenta pas
de cette satisfaction; il excommunia les chefs et jeta l'interdit sur la cité. Le
prévôt en appela au Saint-Siège, mais son appel ne suspendit point la censure.
Henri de Dinant, comprenant que le peuple avait besoin d'argent pour
continuer l'opposition, amena la convocation du clergé et des bourgeois et leur proposa
de rétablir l'impôt de la fermeté. Le chanoine Herman de Salm lui fit observer que le
temps de la concession de cet impôt était passé et qu'il n'y avait pas lieu de le
rétablir. Le bourgmestre répliqua qu'il avait été consenti pour cinq ans et il appela
au Saint-Siège. Comme les échevins avaient abondé dans le sens du clergé dans cette
question, Henri de Dinant résolut de se venger d'eux en les rendant odieux au peuple. Il
les somma de jurer qu'ils défendraient les libertés et les privilèges du peuple et leur
fit de grandes menaces, en cas de refus. Les échevins refusèrent de le faire et
émigrèrent. Les chanoines émigrèrent également à la demande du prince et se
rendirent à Namur. Il n'était resté à Liège que le prévôt avec le chantre et quatre
autres chanoines (3). Ils virent les revenus de leurs
prébendes confisqués par le prince.
Henri de Dinant, pour soutenir la lutte contre le prince, les échevins et le
clergé, avait besoin d'alliés. Il se rendit à Huy et à Saint-Trond pour gagner ces
villes à son parti. Il y fit élire deux bourgmestres par le peuple et il organisa des
compagnies de vingt personnes, sous le commandement d'un chef chacune. A son retour de
Saint-Trond, Henri de Dinant rencontra, à Oreye, un corps de troupes du prince et faillit
être fait prisonnier par elles. Ses soldats furent entièrement défaits par Gérard de
Héron, maréchal du prince. Les milices hutoises se rendirent à Liège où leur premier
soin fut d'envahir les caves des chanoines émigrés. Les troupes du prince tenaient la
campagne et ravageaient les terres de leurs adversaires. Henri de Dinant se mit à la
tête des milices urbaines et alla assiéger le fort de Neufchâteau sur l'Amblève, où
se trouvaient les prisonniers faits par les troupes du prince. Le maréchal Gérard de
Héron, à la tête de mille cavaliers, l'obligea à lever le siège et à rentrer à
Liège où il arriva, le 10 août. Vers le même temps, des troupes commandées par les
échevins émigrés se dirigèrent vers Saint-Trond pour surprendre cette ville. Les
Saintronnaires avertis, allèrent à leur rencontre et les attaquèrent vivement. Ils
firent quatre échevins prisonniers et mirent leurs troupes en fuite.
Otton, comte de Gueldre, et le légat Pierre Capucius offrirent leur
médiation aux parties belligérantes qui l'acceptèrent. La paix fut conclue à
Maestricht, le 11 décembre 1254. Le prince, les chanoines et les échevins rentrèrent le
13 de ce mois, sauf les quatre échevins détenus prisonniers à Saint-Trond.
L'excommunication et l'interdit furent levés et les prisonniers furent remis en liberté
de part et d'autre. Le légat parvint par ses exhortations à faire accepter la paix et à
faire reprendre les offices divins, car le clergé hésitait à reprendre ces offices,
parce que la paix ne lui donnait pas une satisfaction suffisante. (V.
HOCSEM, cap. v.)
Le prince et le chapitre s'étaient plaint au Pape de ce que les bourgeois de
Liège avaient établi un régime communal électif', rétabli l'impôt de la fermeté sur
la bière, institué des compagnies et élu des bourgmestres ; ils s'étaient plaint, en
outre, de ce que les bourgeois de Huy et de Saint-Trond avaient fait cause commune avec
ceux de Liège. Après la paix de Maestricht du 11 décembre 1254, les bourgeois de ces
trois villes promirent sous serment de respecter les libertés, les immunités, les
honneurs, les droits et les domaines du prince-évêque et de l'église de Liège et ils
envoyèrent une copie de cette promesse au Pape. Alexandre IV, par un bref du 11 avril
1255, chargea le chanoine-écolâtre de l'église de Notre-Dame à Maestricht de faire
observer cette promesse et de frapper les contrevenants de censures. (V. Cart. de Saint-Trond, t. I, p. 266.) |
Guerre
civile en 1255 et Paix de Bierset du 9 octobre 1255.
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D'après le droit existant et les conventions conclues, des impôts sur le pain, le vin,
la bière et autres denrées ne pouvaient pas être établis, ni rétablis dans la cité,
sans le consentement du clergé et du prince. Henri de Dinant et ses adhérents les
rétablirent néanmoins.
Guillaume de Brai, doyen de Laon et délégué du Saint-Siège, auquel le
clergé s'adressa, maintint, par un acte du troisième dimanche après Pâques, (18 avril)
1255, et confirma ce qui avait été réglé par les sous-délégués, Guillaume abbé de
Villers et Guy de Laon chanoine de Reims en 1232, le mardi après l'octave de la
Pentecôte (1er. juin), dans cette matière, c'est-à-dire, que sans le consentement du
clergé, l'impôt en question ne pouvait être établi.
Henri de Dinant qui dominait à Liège, ne souffrit aucune réclamation
contre sa conduite. La dame de Gochehem (Gothem ?) vint réclamer à Liège
deux de ses serfs qui y avaient obtenu le droit de bourgeoisie. Comme Henri
de Dinant s'y opposait, elle l'accabla d'injures en lui reprochant sa
tyrannie et sa basse origine (10 avril 1255). Henri s'en vengea peu de jours
après, en allant démolir le château de cette dame et dévaster ses terres. ( V. JEAN D'OUTREMEUSE, t. V, p. 324.)
Le produit de l'impôt sur la vente des denrées ne suffisait point pour
l'exécution des plans de Henri de Dinant. Sur ses propositions, les bourgeois imposèrent
une taille ou contribution personnelle d'après la fortune présumée. Les riches furent
taxés à un marc. Cette contribution était également illégale, d'après le droit
existant et les conventions. Les échevins et les autres patriciens refusèrent de payer
la taille et se retirèrent Outre-Meuse dans les propriétés des Deprez. Le peuple de
Liège voulut les forcer dans leurs retranchements, mais il n'y réussit point; il ne
parvint pas même à passer le Pont-des-Arches que les patriciens défendaient
sur la rive droite (19 avril). Dans cette lutte armée, il y eut, de part et
d'autre, bien des tués et des blessés. ( V. JEAN D'OUTREMEUSE, t. V, p. 324.) Des désordres, non moins
graves, éclatèrent, peu de temps après, à Huy. Six jeunes gens y enfoncèrent, pendant
la nuit, la porte d'un cabaret et blessèrent le cabaretier. Sur la plainte de celui-ci,
la cour de justice condamna les coupables au bannissement. Les plébéiens en prirent
occasion pour soulever le peuple; ils reprochèrent à la cour de ne pas avoir fait la
triple citation et de ne pas avoir entendu tous les témoins à décharge. Ils firent un
appel à Henri de Dinant. Celui-ci, escorté d'un bon nombre de Liégeois, se rendit à
Huy et somma la cour de justice de révoquer son arrêt de condamnation. Les échevins s'y
refusèrent et aussitôt on se mit à détruire leurs maisons et à ravager leurs
propriétés. Ils se réfugièrent au château de Modave.
Dès que le prince-évêque apprit cette révolte contre l'autorité
judiciaire et ces actes de brigandage, il lança la sentence d'excommunication et
d'interdit sur les Hutois et les Liégeois. Ce décret fut affiché à l'église de
Notre-Dame à Huy et porté à Liège par un enfant qui en remit un exemplaire aux
dominicains, aux mineurs et aux bénédictins de Saint-Jacques. Ces religieux le firent
connaître et l'observèrent. La plupart des chanoines de la cathédrale émigrèrent de
la cité pour ne pas être contraints à violer l'interdit et pour ne pas être
persécutés. Ils furent bientôt suivis des échevins et de la plupart des autres
patriciens qui se voyaient exposés aux mêmes dangers.
Henri de Dinant fit de nouveau conclure une alliance entre les villes de
Liège, de Huy, de Dinant et de Saint-Trond (4) et il appela
les milices urbaines sous les armes.
Le prince, de son côté, se confédéra avec Henri, duc de Brabant, Otton,
comte de Gueldre, Guillaume, comte de Juliers et Arnoul, comte de Looz. Il emprunta au duc
de Brabant la somme de 1,300 marcs (5) et lui engagea les
villes de Malines et de Hougarde et le village de Beauvechain jusqu'à la restitution de
la somme. Les quelques chanoines restés à Liège se considérant encore comme
constituant le chapitre de Saint-Lambert, protestèrent contre cette engagère faite sans
leur consentement et ils prièrent le duc de rie pas occuper ces villes; comme le duc ne
tint aucun compte de leur protestation, ils l'excommunièrent solennellement.
Les Hutois se mirent les premiers en campagne. Ils détruisirent la tour du
château de Modave où les échevins de leur ville s'étaient réfugiés. Ils
s'emparèrent ensuite du château de Walève où ils délivrèrent un de leurs bourgeois,
Albert de Vilhanche. De là ils se dirigèrent vers Waremme dont ils détruisirent
également le château fort. La garnison de la forteresse de Moha inquiétait beaucoup la
ville de Huy, parce qu'elle empêchait les campagnards d'y amener des vivres. Les Hutois
se mirent à assiéger le fort, mais bien loin de pouvoir s'en emparer, ils en furent
repoussés par d'heureuses sorties. Guillaume, comte de Juliers, qui avait dans son armée
les nobles de la Hesbaye, les échevins et les autres patriciens de Liège, se mit à la
poursuite des Hutois. II les atteignit entre Vinalmont et Antheit. La bataille s'engagea
immédiatement. Les Hutois furent complètement défaits et perdirent près de trois cents
hommes (10 août 1255). Le comte de Juliers ne perdit qu'une quarantaine d'hommes, parmi
lesquels il y avait quatre échevins de Liège : Clarebaut Malhars, Jean de l'lle, Lambert
de Saint-Servais et Guy de Féronstrée.
Henri de Gueldre, avec le secours du duc de Brabant, mit le siège devant la
ville de Saint-Trond, le 1er juillet; mais, dès le lendemain, les Saintronnaires se
rendirent, à discrétion, à leur prince. Celui-ci s'avança ensuite avec le gros de son
armée contre la cité pour s'en emparer et la soumettre et non pour la détruire. Voyant
qu'elle était bien défendue, il alla camper à Vottem en attendant l'arrivée de ses
troupes auxiliaires. Les échevins y érigèrent leur tribunal et, après avoir rempli
toutes les formalités judiciaires, ils condamnèrent au bannissement les chefs des
révolutionnaires au nombre de douze (10 août). Dès qu'on apprit cette condamnation à
Liège, le peuple envahit les maisons des échevins et les démolit.
Les Hutois, en l'absence des troupes du prince, avaient surpris le beffroi
érigé sur les rives de la Meuse à Flône et l'avaient brûlé, parce que les soldats du
beffroi empêchaient le transport des vivres à Huy. Ils inquiétaient aussi les
adhérents du prince dans la Hesbaye. Un corps de cinq cents soldats, détaché des
troupes du prince, fut envoyé pour les repousser. La rencontre eut lieu à Wanze. Les
Hutois furent entièrement défaits. Dès lors, ils songèrent à faire la paix et ils
prièrent l'abbé de Neumoustier de la négocier. Elle fut bientôt conclue aux conditions
suivantes : la cloche du ban sera brisée ; la tour fortifiée, appelée Damiette, sera
remise au commandant de la forteresse ; les Hutois rebâtiront à leurs frais les
châteaux de Waremme et de Waleffe.
La nouvelle de la paix conclue entre les Hutois et le prince, fut
favorablement accueillie à Liège. La grande majorité des Liégeois demanda aussi à
conclure la paix, mais les douze condamnés au bannissement désiraient naturellement que
leur condamnation fût révoquée et qu'il fût décidé que les échevins ne pourraient
juger qu'à Liège. Les deux bourgmestres et les abbés de Saint-Jacques, de Saint-Laurent
et de Saint-Gilles furent députés au prince qui campait avec son armée à la porte de
Sainte-Walburge, pour convenir des conditions de la paix. Le prince, après les avoir
accueillis avec bienveillance, leur posa les conditions suivantes : les douze chefs
condamnés au bannissement me seront livrés; l'alliance entre les villes sera dissoute;
les compagnies de vingt hommes seront également dissoutes; les nouveaux statuts seront
supprimés; toutefois la cité continuera d'avoir deux bourgmestres. Les députés
rapportèrent cette réponse du prince à Liège. Il y eut, à ce sujet, de grandes
discussions; les uns voulaient que la condamnation des douze fût révoquée; les autres
consentaient à sacrifier les douze à la paix. Le sentiment des premiers prévalut. Les
trois abbés, députés une seconde fois au prince, lui exposèrent le sentiment de la
majorité. Il leur répondit que le jugement des échevins à Vottem serait exécuté,
qu'il pourrait ériger, quand il lui plairait, le tribunal des échevins à Vottem et que
le prévôt avec ses adhérents était exclu de la paix. Le prévôt, le chantre, les
chanoines Jean et Simon et d'autres avaient été déclarés irréguliers dans un synode
tenu à Maestricht par le suffragant, pour avoir violé l'interdit. La réponse du prince
augmenta l'indécision des Liégeois; les uns proposaient de soumettre à la décision du
roi Guillaume la question du jugement des échevins; les autres proposaient de le choisir
pour arbitre de la paix. Comme le terme de la trêve accordée pour traiter de la paix
était expiré (6 octobre), les hostilités furent reprises de la part des assiégeants.
Enfin la grande majorité réclama la paix à tout prix et elle consola Henri de Dinant en
lui promettant de solliciter sa grâce près du roi Guillaume. Les Liégeois signèrent la
paix le 9 octobre et le prince qui était campé à Bierset, l'agréa, le 14 suivant. La Paix de Bierset renferme les stipulations suivantes : les Liégeois et leurs alliés prêteront
serment de fidélité au prince; leur alliance est dissoute avec les compagnies de vingt
hommes; le jugement des échevins sera exécuté; la cour des échevins pourra siéger à
Vottem, à la demande du prince; les dommages causés au prince, au clergé, au maïeur,
aux échevins et aux autres adhérents du prince seront réparés ; quatre arbitres
évalueront ces dommages; la porte de Sainte-Walburge sera livrée au comte de Looz qui la
fera garder par cinq chevaliers jusqu'à ce que les dommages aient été réparés; cent
honnêtes bourgeois se porteront garants du paiement des indemnités; sont exclus de la
paix : le prévôt, le chantre, Jean, Simon, chanoines et d'autres prêtres restés à
Liège, Les arbitres chargés d'évaluer les dommages furent désignés le 17 octobre;
c'étaient Otton, comte de Gueldre, Arnoul, comte de Looz, Henri, comte de Luxembourg et
Arnoul, seigneur de Diest ; en cas de désaccord, Jean d'Avesne, comte de Hainaut,
décidera. La porte de SainteWalburge fut remise au comte de Looz, qui la fit garder par
Robert, seigneur de Limont, Guillaume d'Awans, Godefroid de Vallée, Amel de Kemexhe et le
seigneur de Barnage. Le 28 octobre 1255, le prince fit son entrée à Liège
avec les chanoines, les échevins, les patriciens et ses autres adhérents.
Les douze condamnés en étaient sortis à temps, avec un sauf conduit. (V. A. HOCSEM; JEAN
D'OUTREMEUSE; BORMîANS, Recueil, p. 50.)
Les chanoines exclus de la paix, savoir : Jean de Steyo, grand-prévôt,
Gérard de Bierset, grand-chantre, Simon de Chavensi et Jean ne tardèrent pas de Se
réconcilier avec le prince-évêque et de recevoir l'absolution de l'irrégularité
encourue pour violation de l'interdit.
Les indemnités de guerre que la cité de Liège et les villes de Saint-Trond
et de Huy durent payer, d'après les évaluations des quatre arbitres, sont inconnues.
Quant à la ville de Dinant qui avait aussi fait partie de l'alliance des
villes, l'indemnité qu'elle dut payer, fut fixée par Jean d'Avesne et Guillaume de
Juliers, le 16 décembre 1255 : les batteurs de cuivre payeront au prince 1,500 livres et
aux bourgeois 1,200 que Jean de Beaufort et Baudri Desceuves répartiront
entre ceux qui ont souffert des batteurs ; les autres bourgeois payeront
5,000 livres au prince en trois termes; la tour Montfort lui sera livrée et
quatre bourgeois que le prince désignera, seront exilés. Cet acte des deux
arbitres fut approuvé par le prince à Dinant même. Ce qui donne lieu à
conjecturer qu'il s'était aussi rendu à Saint-Trond et à Huy, dans un but
semblable. ( V. BORMANS, Recueil, p. 52.)
Les Liégeois, afin de se procurer la somme nécessaire pour payer
l'indemnité de guerre, rétablirent l'impôt sur la vente du pain, du vin, de la bière,
etc., et y soumirent le clergé, les nobles et les patriciens. Comme le rétablissement de
cet impôt renfermait une double illégalité, le clergé s'en plaignit au prince. Henri
de Gueldre, par un acte du 26 février 1255 (1256), prohiba la levée de cet impôt, comme
attentatoire aux privilèges du clergé et à ceux de ses chevaliers. Guillaume de Brai,
doyen de Laon, délégué du Saint-Siège, auquel le clergé s'adressa également,
intervint aussi pour prohiber cet impôt, comme contraire à la convention conclue
entre les bourgeois et le clergé. Le 21 février 1255 (1256), il chargea Michel, abbé de
Saint-Jacques, et Henri, abbé de Saint-Laurent, d'avertir les magistrats de ne plus lever
cet impôt et en cas de refus; de les citer pour le 17 mars devant lui à Laon pour s'y
défendre. Les abbés les avertirent le 2 mars suivant. (V. Lib. subnum., n°' 41 et 68.)
Les magistrats n'en continuèrent pas moins à lever l'impôt. Le
chapitre ordonna, dès lors, de cesser les offices divins contre eux et il les excommunia.
Grâce à la médiation du prince, les magistrats cessèrent de lever l'impôt ; ils
restituèrent au clergé ce qu'ils avaient indûment perçu de lui et ils
donnèrent le reste en acompte au prince. Ils furent, dès lors, absous de
l'excommunication par l'évêque. Suivant le conseil du prince, ils établirent une taille
ou capitation sur les bourgeois d'après leur fortune présumée, jusqu'à la concurrence
de 2,000 livres. La fixation de la part contributive de chaque bourgeois fut l'occasion de
bien des murmures. Les habitants des seigneuries du chapitre dans la banlieue se
plaignirent surtout d'être surtaxés.
Les mécontents rappelèrent Henri de Dinant et ses douze compagnons. Ces
bannis rentrèrent, le 17 mars 1256 (6) et se tinrent cachés
dans la maison de Henri de Dinant jusqu'au 21 de ce mois. Ce jour, ils osèrent se montrer
en public. Le maïeur arma aussitôt ses gens pour les arrêter et les jeter en prison. Il
les mit en fuite et les assiégea dans la maison de Henri. Grâce à la médiation du
doyen et du chanoine Albert de Peis, la maison ne fut point forcée, mais elle resta
cernée. A minuit, les bannis avec leurs adhérents en sortirent pour se sauver. Ils
furent tous ou tués ou faits prisonniers, sauf Henri de Dinant qui parvint à échapper.
Leur chef, Gérard Baisier, fut pendu sur la colline derrière les mineurs. Les autres
prisonniers furent condamnés probablement à une amende (7).
Les maisons des bannis et celles de leurs principaux adhérents furent
démolies. Le 25 mars, les offices divins furent repris dans les églises. ( V.
HOCSEM
et JEAN D'OUTREMEUSE.)
Le prince qui désirait prévenir toute nouvelle guerre
civile, se maintint en possession de la porte de Sainte-Walburge et y fit construire une
forteresse qui communiquait avec la ville par un pont-levis. |
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(1)
D'après Jean d'Outremeuse, le domestique s'appelait Gerard de Vinalmont et son maître
était Henri de Prez, prévôt de Sainte-Croix. Cet auteur place ces événements en 1252.

(2) Le roi Guillaume fut reconnu par tous
les princes d'Allemagne, après la mort de son compétiteur Conrard IV, fils de Frédéric
II (21 mai 1254). A la tète d'une forte armée, il contraignit Charles d'Anjou à sortir
du Hainaut (1255). Il périt, le 28 janvier 1256, dans une guerre contre les West-Frisons,
laissant son comté de Hollande à son fils Florent. La paix conclue, le 24 septembre
1256, régla les affaires du comté de Hainaut qui resta à Jean d'Avesne.

(3) Jean d'Outremeuse dit
que ces prélats étaient Arnoul de Bavière, prévôt, Guy de Moncler, chantre, Jean de
Valenciennes, Pierre de Saint-Omer, Henri de Vianen, Brant de Saine et Simon de Beaufort.
(V. t. V, p. 315.)
Il y a lieu de douter de l'exactitude de cette liste. Jean de Steyo était
grand prévôt, Gérard de Bierset chanoine-chantre, Simon de Chavenci chanoine.

(4) Les écoutètes, les échevins, les
bourgmestres, les jurés et toute la commune de Saint-Trond mirent la ville sous la
protection de son. haut avoué, le duc de Brabant, dans les dangers dont ils étaient
entourés et s'engagèrent envers lui à l'aider à défendre son pays, mais non contre le
prince de Liège, à moins que celui-ci n'eût évidemment tort. L'acte qui est du mois de
mai 1255, se trouve dans Miraeus, t. 1, p. 206; De Dynter, l. 1V, cap.CXIX, et Butkens.
Le duc de Brabant qui convoitait la ville de Saint-Trond, située sur les
limites de son duché, promit, sans doute, sa protection.

(5) Hocsem dit 1,300; Jean
d'Outremeuse dit 3,300.
(6) Jean d'Outremeuse place
ces événements en 1257.

(7) Jean d'Outremeuse dit
qu'ils furent condamnés à mort et exécutés.
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C. de Borman :
Les Echevins de la souveraine justice de Liège
Imprimerie L. Grandmont-Donders, T. I., pp. 37 et suiv. (Liège, 1892) |
PREMIÈRE PÉRIODE
Depuis Henri de Gueldre
jusqu'au Mal Saint-Martin
1247-1312
e
règne de Henri de Gueldre ouvre, pour l'histoire des échevins de Liége, une ère
nouvelle. Le nuage qui l'obscurcissait jusqu'alors se dissipe et laisse entrevoir
l'institution dans tout son jour. Non seulement les chartes nous permettront de
reconstituer, depuis 1260, la série non interrompue de ces magistrats, mais, pour la
première fois, les chroniques du temps nous les montreront à l'uvre, dominant la
Cité, et entrant bientôt en lutte avec les éléments populaires.
Deux classes de citoyens formaient à cette époque le noyau de la population
liégeoise. Les Petits, c'est-à-dire les artisans, tous ceux qui vivaient du travail de
leurs mains ou qui, péniblement, demandaient au négoce de quoi subvenir à leurs besoins
quotidiens (1), étaient les plus nombreux. A côté d'eux,
un groupe considérable de gens fortunés, que l'extension du commerce, la découverte de
la houille, l'ouverture des marchés et des foires avaient insensiblement mis en
possession de la richesse. On les appelait les Grands; et vraiment, à les voir revêtus de
leurs pourpoints rehaussés de fourrures (2), on les eût
pris pour des chevaliers. Ils ne sont pas nobles pourtant ; ils ne possèdent ni terres ni
châteaux; ils marchent encore sous la bannière du métier ; mais volontiers ils se
qualifient de « seigneurs » (3); déjà ils recherchent les
alliances de la noblesse (4) , bientôt ils prendront ses
blasons (5) et le XIVe siècle
s'ouvrira à peine sur leurs descendants, que ceux-ci se presseront en foule dans les
rangs de la chevalerie. C'est dans cette classe d'élite que l'évêque recrutait ses
échevins ; elle seule, en effet, possédait assez de prestige, assez d'indépendance,
assez de traditions juridiques pour fournir à la magistrature des éléments convenables.
A cette rapide esquisse de la société liégeoise du XIIIe siècle, il
faut ajouter un trait essentiel, le clergé. On appelait clerc celui qui, ayant
fait les études nécessaires, avait obtenu la tonsure ainsi que l'habit clérical et
continuait à les porter (6). Si la plupart des clercs se
destinaient à l'état ecclésiastique, il s'en faut que tous fussent prêtres : le
mariage même ne leur était pas interdit (7). A l'époque
où nous sommes, les clercs étaient les seuls érudits ; aussi est-ce à eux que les
cours de justice devaient recourir pour la tenue de leurs écritures, et ce nom de clerc
restera, longtemps encore, le seul terme par lequel on désignera le greffier des
échevins ou du mayeur.
Tous les clercs indistinctement jouissaient des immunités dont nous
avons parlé plus haut, et formaient, au point de vue judiciaire, une caste à part. A
Liége, où tant de bénéfices ecclésiastiques pouvaient tenter leur convoitise, ils
étaient extrêmement nombreux. Sans parler des trente églises paroissiales et des
fondations, qui s'y rattachaient, huit collégiales offraient des positions enviables à
des centaines de clercs. Le chapitre de la Cathédrale, composé de soixante chanoines,
formait le clergé primaire; puis venait, en ordre déterminé, le clergé
secondaire des chapitres de Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Paul, Sainte-Croix,
Saint-Jean, Saint-Denis et Saint-Barthélemy.
La plupart de ces chanoines vivaient dans une certaine opulence,
tenaient des serviteurs (maisnie) et faisaient envie aux Petits. C'est avec le
clergé que naîtront les premiers conflits des échevins.
Vers 1253, le serviteur de Henri de Ferrières, chanoine de
Sainte-Croix, en voulant défendre son maître dans une rixe, avait causé une blessure
grave à un bourgeois, et, pour se soustraire à la poursuite, s'était réfugié dans
l'asile de l'église (8).
Le coup avait été donné au moyen d'un « pestel » (9), arme prohibée par la loi Charlemagne, qui disait : « si
quis laedat aliquem ex cultello, reus percussor ex lege forensi percutiatur » (10). Les échevins aussitôt revendiquèrent
la connaissance du délit et condamnèrent au bannissement le serviteur coupable.
En agissant ainsi, ils violaient l'immunité et
outrepassaient leurs pouvoirs. Avaient-ils oublié l'excommunication que Robert de
Thourotte avait fulminée contre eux lorsque, au mépris du privilège de Henri V, ils
s'étaient arrogé, en 1244, le droit de condamner le forestier de la Cathédrale (11) ? Faisaient-ils valoir quelque exception juridique, que
l'histoire n'a point retenue ? Toujours est-il que, bravant une nouvelle excommunication;
ils persistèrent dans leur erreur.
Peu de temps après, le mayeur d'Awans (12), en
passant un jour par Liège, rencontre au Marché un de ses ennemis, et le met à mort.
Puis, sans le moindre obstacle de la part de la justice, il monte à cheval et reprend sa
route. Aussitôt des clameurs surgissent de toutes parts dans le peuple. On se plaint de
l'incurie de l'Élu qui laisse ainsi fouler aux pieds les libertés. Henri de Gueldre ne
résidait pas à Liège ; dès que ces murmures lui parviennent, il convoque à une
assemblée générale dans la Cité le clergé, les Grands et les Petits : et sur les instances de ces derniers, se déclare prêt à faire régner la paix et la
justice, pour le pauvre comme pour le riche, pourvu qu'on veuille déférer, à son
tribunal suprême (13), la répression de tous les délits. A
ces mots, le mayeur, les échevins et les Grands se récrient et protestent contre un
projet qui violerait manifestement leur juridiction.
Pendant ces débats, un artisan s'était levé en vociférant ; invité par
un archidiacre à faire silence, il n'en continue pas moins à pérorer; alors le chanoine
impatienté lui cingle le visage d'un coup de baguette. Le malheureux s'enfuit en criant :
« Le clergé veut notre mort, aux armes aux armes ! » On sonne la cloche banale, le
peuple ameuté court enfoncer les portes de la maison de l'archidiacre. Mais déjà, l'Élu
et les chanoines s'étaient mis en lieu sûr.
Quand l'alerte fut calmée, Henri de Gueldre et son clergé, emportant les
trésors des églises, abandonnèrent la Cité et la mirent en interdit. L'interdit était
une censure par laquelle l'autorité ecclésiastique défendait la célébration de
l'office divin et l'administration des sacrements. C'était, pour les fidèles d'alors, un
moyen de coërcition énergique et qui ne manquait jamais son effet. Aussi, quelques
semaines étaient à peine écoulées, que le peuple vint supplier le clergé de rentrer.
Il alla même au-devant de lui, nu-pieds, portant des cierges allumés, et lui faisant
cortège jusqu'à Saint-Lambert (18 novembre 1253). Le pardon fut accordé, moyennant une amende de neuf aimes de vin
que le peuple (14) payerait, chaque année, le jour de la
Saint-Martin. De leur côté, les échevins condamnés par. l'empereur (15) jurèrent de ne plus juger aucun serviteur du clergé, pour quelque
délit que ce fût.
Ces incidents tumultueux étaient le prélude
d'événements autrement graves qui surgirent bientôt après et, pendant deux ans,
troublèrent le repos de la Cité ; nous voulons parler de la révolution communale fomentée par Henri
de Dinant. Hocsem consacre à ces faits cinq longues pages de sa chronique;
malheureusement, il écrivait quatre-vingts ans après, et, à défaut de documents, il
n'a pu consigner que les souvenirs un peu confus de ses devanciers. Son récit sec et
condensé se borne à exposer la marche des événements et nous laisse dans l'ignorance
de leurs causes intimes et surtout de l'état politique des villes du pays, à cette
période si intéressante de l'histoire.
Jean d'Outremeuse, postérieur encore d'une cinquantaine d'années à Hocsem,
entre dans beaucoup plus de détails. Toutefois; si l'on compare sa narration à celle du
chanoine de Saint-Lambert, on verra que ses développements, si véridiques en apparence,
ne sont d'ordinaire que le produit d'une imagination plus soucieuse d'intéresser le
lecteur que de servir la vérité historique. Il commence par mettre en scène le tribunal
des échevins de Liège en 1254. C'était, dit-il, un noble, siège, composé de quatorze
chevaliers (16). Le mayeur, chevalier également, s'appelait
Adam de Neuvice, les échevins étaient : « sangnour Arnuls des Preis, » (il fallait s'y attendre !) « Eustasse de
Fléron, Ogier de Lardier, Pires de Hozémont, Johan d'Isle, Radus sires de Chaynée,
Gérars Malhars del Savenier, Tybals, Clerebals et Rause, freire à Gerart Malhart, Giele
de Rocourt, qui estoit milancolieux et hayoit les commones fortement (!), Colart de
Haccourt, Lambert le Sapir de Saint-Servais et Guys de Féronstrée. »
Il est fâcheux pour Jean d'Outremeuse, que cette belle liste soit en
contradiction formelle avec les documents contemporains. Neuf, au moins, des échevins de
1254 sont connus, savoir : Henri de Neuvice, Alexandre delle Ruelle, Adam delle Ramée,
Everard del Low, Alexandre et Baudouin de Saint-Servais, Gérard des Changes, Jean de
Lardier et Jacques de Saint-Martin (17); aucun d'eux ne fut
chevalier. La fertilité d'invention de Jean d'Outremeuse est bien faite pour nous enlever
toute confiance dans ses affirmations. S'il avait eu le respect de l'exactitude
historique, combien il lui eût été facile de dresser, au moyen de documents vingt fois
plus abondants, la série que nous avons pu reconstituer, nous-même, cinq siècles plus tard !
Laissons donc ce chroniqueur à ses fables, et attachons-nous aux pas du
véridique Hocsem.
En 1254, dit-il, les classes populaires, fatiguées de l'espèce de
servitude dans lequel elles végétaient depuis des siècles, et entraînées par les
discours éloquents de Henri de Dinant, faisant prévaloir l'égalité numérique sur
toute espèce de dignité, instituèrent deux maistres chargés de défendre la liberté
des citoyens, et leur imposèrent le serment de s'acquitter fidèlement de ce devoir (18).
Qu'est-ce à dire ?
Pourrait-on se prévaloir de ce passage pour soutenir que jusqu'alors la
maîtrise n'existait pas à Liège ? Semblable thèse aurait contre elle les témoignages
irrécusables invoqués dans le chapitre précédent. Telle ne peut avoir été la pensée
du chroniqueur; sinon, pour être conséquent avec lui-même, il eût au moins dû nous
apprendre quel fut le sort de cette magistrature nouvelle et comment elle fut accueillie
par l'évêque, par les Grands. Là-dessus, pas un mot; et, dès l'année suivante, nous
voyons reparaître des magistri (19) le plus
naturellement du monde.
Tout ce qu'on peut déduire, à notre sens, du récit de Hocsem, c'est
qu'en 1254 l'élection magistrale aboutit au triomphe du
parti populaire conduit par Henri de Dinant, et qu'à la suite de ce succès, le peuple
imposa aux maistres le serment de défendre ses libertés.
Ce serment ils voulurent l'imposer également aux échevins, qui
refusèrent. Alors Henri de Dinant organisa des
compagnies de vingt hommes, disséminées par toute la Cité, afin qu'à la moindre menace
des Grands, les citoyens pussent s'assembler plus facilement (20).
Les choses en étaient là, lorsque Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, en
guerre ouverte avec la comtesse de Flandre, sa mère, vint demander à Liège une armée
de secours. Henri de Gueldre accède facilement aux prières de son vassal et invite les
échevins à proclamer l'ost. Ceux-ci, alléchés par l'appât des prébendes que l'Élu
promettait à leurs fils, ne soulevèrent aucune objection et firent crier l'ost au péron
(21). Mais ils avaient compté sans l'intervention de Henri
de Dinant, dont la parole vibrante fit ressortir l'illégalité de ces procédés. «
Liégeois, .dit-il, votre sang n'appartient qu'à la patrie. Vous avez à défendre les
droits de l'Élu ou de l'Église ; mais nul ne peut vous forcer à tirer le glaive pour
l'étranger ! » (22)
Le peuple entraîné refuse de s'armer, et l'Élu, au comble de l'irritation, quitte la Cité, en lançant aux Liégeois les
menaces les plus graves.
L'occasion de les mettre à exécution ne devait pas tarder. A quelques
jours de là, les citoyens étant réunis au Chapitre pour régler l'accise du vin, Henri
de Dinant est violemment pris à partie par un Grand, qui lui reproche la bassesse de son
extraction. La querelle s'envenime et déjà le fer menace la poitrine du tribun, quand un
flot de peuple averti du danger se précipite, brise les portes du Chapitre et délivre
son idole. A la vue de Henri de Dinant, le tumulte s'apaise.
Cependant les chanoines exigent une réparation. Le peuple arrive à
pieds nus et implore merci. Le pardon est accordé, les portes seront refaites et les
perturbateurs fouettés de verges.
Mais cela ne pouvait suffire. La loi du pays réservait, en effet, à
l'évêque seul le droit de châtier toute espèce de bagarre ou de révolte armée (stuer
et burine). Dès que la nouvelle de la sédition parvint à l'Élu, n'écoutant
que son ressentiment, il exigea des bourgeois une satisfaction en rapport avec
l'énormité du forfait (23), et entre-temps mit la Cité et
le peuple en interdit. Une vengeance aussi excessive révolta même le clergé; le
prévôt de la Cathédrale, ami du peuple, se pourvut en appel à Rome, mais ce fut en
vain.
Ces discordes, ces excès, l'absence de l'Élu, tout concourait à
renforcer l'influence de Henri de Dinant. Qu'il parvienne encore à éloigner les
échevins, et bientôt la Cité ne reconnaîtra plus d'autre autorité que la sienne. Pour
parvenir à ses fins, il ne reculera pas devant la menace. Les échevins auront à jurer
de respecter les libertés du peuple, sinon, l'on ne répond plus de leur vie. Qu'ils y
réfléchissent, ou plutôt qu'ils se mettent en sûreté ailleurs ! (24). Effrayés, mais non ébranlés, les échevins quittent Liège avec
leurs femmes et leurs enfants.
Ce fut le signal d'une horrible guerre civile : on pille, on brûle, on
cherche, de part et d'autre, à se nuire par tous les moyens possibles. Henri de Dinant
court soulever les bonnes villes de Huy et de Saint-Trond et y organise les compagnies de
vingt hommes. L'Élu, au comble de l'exaspération, livre divers assauts aux rebelles, fait
jeter dans les fers tous ceux qui tombent dans ses mains (25).
Les Hutois font invasion à Liège pour piller toutes les maisons des chanoines. Au bout
de quelques semaines, Pierre Capuce, légat du Pape, parvient à procurer certain
apaisement. Les hostilités sont suspendues et, après quelques conférences, la paix est
signée à Maestricht (26). Tous les exilés regagnent la
Cité, à l'exception de quatre échevins, pris à la guerre, et que les Saintronnaires prétendaient garder en otage, jusqu'à ce qu'on
les eût indemnisés de leurs pertes. L'interdit est levé, les excommuniés sont absous.
Enfin, grâce à l'intervention du légat, les échevins sont rendus et, à la date du 13 décembre, tout était rentré dans l'ordre.
La paix est faite, mais les classes rivales restent séparées par un
ferment de haine qui lèvera à la moindre
occasion. A Huy, six jeunes gens du peuple s'étant introduits de force dans une taverne
et ayant grièvement blessé le tavernier, les échevins de cette ville, sans observer les citations légales, sans avoir établi la
culpabilité des délinquants (27), prononcèrent contre eux
le bannissement. Le peuple en fut indigné. Henri de Dinant saisit habilement l'occasion
de rentrer en scène. A la tête d'une foule de partisans (28),
il part pour Huy, et somme les échevins de révoquer leur sentence. Vains efforts, les
échevins sont inexorables. Alors Liégeois et Hutois irrités dévastent leurs vignes,
abattent leurs maisons et brûlent leurs pressoirs (29).
L'Elu, profondément irrité, prépare, contre les deux villes, de
nouveaux décrets d'excommunication et d'interdit; mais personne ne veut se charger de les
notifier. Finalement, il les confie à une femme et à un enfant (30)
qui les remettent clandestinement aux Mineurs et aux Frères Prêcheurs. Cette mesure
détermine une nouvelle retraite du clergé, et la Cité est plus troublée que jamais.
Dinant et Saint-Trond. prennent parti pour la bourgeoisie : toutes les
bonnes villes font cause commune.
Dans cette situation périlleuse, Henri de Gueldre se décide à frapper
un grand coup; il cherche des alliés : Hougarde, Malines, Beauvechain sont donnés en
gage pour une somme de 1,3oo marcs (31), moyennant lesquels
le duc de Brabant, les comtes de Gueldre, de Juliers et de Looz consentent à mettre en
campagne leurs innombrables vassaux.
Bientôt la Hesbaye est mise à feu et à sang ; les milices urbaines
sont impuissantes en face d'un ennemi rompu aux exercices de la guerre. Saint-Trond se
rend à merci, les Hutois sont contraints de se soumettre et jetés dans les fers (32); Liége seule résiste encore (10 août 1255).
L'Elu tente de la prendre d'assaut, mais il est vigoureusement repoussé
et sa chevalerie va camper sur les hauteurs de Vottem contre les limites de la banlieue.
Alors, protégés par l'armée, les échevins de Liège s'assemblent sur le territoire de
la franchise, et là, réunis en séance solennelle, ils prononcent contre Henri de Dinant
et ses complices un décret de bannissement pour s'être rendus coupables du crime
d'effraction (33)
A ce coup inattendu, la fureur du tribun est au comble; il précipite le
peuple vers les maisons des échevins, les fait abattre et s'empare des matériaux pour
s'en construire un hôtel (34)
Les gens paisibles se demandaient avec anxiété s'ils verraient
bientôt la fin de ces désordres; déjà des projets de pacification circulaient de
bouche en bouche, mais les maistres de la Cité ne voulaient rien entendre, tant que le
décret des échevins ne serait pas retiré (35). « S'il
leur est permis, disaient-ils, de juger ailleurs qu'au Destroit, quelle garantie
aurons-nous encore de leur impartialité (36) ? »
De guerre lasse, on se mit d'accord sur les bases suivantes. Les parties
nommeront quatre arbitres avec mission de faire enquête sur les forfaits commis de part
et d'autre, et de les corriger à leur appréciation ; les compagnies de vingt hommes et
les alliances des bonnes villes seront dissoutes; l'Élu s'engagera à traiter le pauvre
comme le riche et les échevins pourront siéger légalement à Vottem, chaque fois que
nécessité en sera reconnue (37).
Le prévôt de la Cathédrale et ses adhérents, qui avaient fait cause
commune avec les bourgeois, prétendirent être compris dans la paix. Mais l'Élu demeura
inflexible sur ce point et tout fut remis en question. Les Liégeois, traqués de plus en
plus, se tournèrent alors vers le roi des Romains et lui proposèrent de faire décider
par une commission de juristes la controverse soulevée sur la sentence de Vottem (38).
En dépit de ces propositions, l'Elu continuait à poursuivre ses
ennemis. Le frère d'un des maistres, surpris un jour dans les vignobles, est arrêté et
jeté dans les fers avec quatre autres. Désespérés de ce revers, les Liégeois
députent vers le roi deux hommes de chaque métier, pour hâter là solution demandée.
Entre-temps, le bruit se répand dans la Cité que l'Élu négociait avec
les Hutois. Aussitôt, les Petits de s'écrier unanimement qu'ils veulent accepter les
conditions faites à ces derniers, quelles qu'elles soient (39).
Enfin les bases de la paix sont arrêtées le 9 octobre. Elles étaient plus dures encore
que les précédentes : non seulement l'Élu se refusait au retrait du décret de Vottem,
mais il excluait formellement du bénéfice de la paix le grand prévôt avec ses
adhérents. On vit le fier Henri de Dinant solliciter en pleurant la faveur du pardon
général (40) et le peuple de répondre dédaigneusement
qu'on ferait pour lui ce qu'on pourrait.
Le jeudi 14, jour
fixé pour l'amende honorable, les Petits se rendent en grand nombre auprès de Henri de
Gueldre à Bierset et lui jurent fidélité et obéissance. L'Élu les relève de
l'excommunication et retire l'interdit (41). Trois jours
après, la charte est définitivement scellée (42). En voici
les dispositions essentielles :
Tous les dommages éprouvés par l'évêque, les chanoines, les clercs,
le mayeur et les échevins, par tous ceux, en un mot, qui ont quitté la Cité à
l'occasion de la guerre, seront compensés d'après l'estimation de quatre arbitres,
savoir: Otton comte de Gueldre, Arnold comte de Looz, Henri comte de Luxembourg et Arnold
de Diest, chevalier, lesquels, en cas de désaccord, auront pour déciseur suprême Jean
d'Avesnes, fils de la comtesse de Flandre. Cent bourgeois de Liège seront livrés comme
otages pour assurer l'exécution de la sentence arbitrale, si cette exécution rencontrait
la moindre entrave, les otages seront obligés de se rendre à l'abbaye de Saint-Jacques
et de demeurer dans le pourpris de l'église, jusqu'à l'aplanissement des difficultés.
Enfin, pour mettre les bourgeois dans l'impossibilité de tenter quelque coup de main, le
comte de Looz avec cinq chevaliers occupera la porte de Sainte-Walburge, jusqu'au payement
intégral des indemnités.
Henri de Dinant et son collègue en maitrise, ainsi que les autres
condamnés au bannissement obtiennent un sauf-conduit pour quitter la Cité, et, le 28
octobre, l'Élu y fait sa rentrée triomphale avec son clergé, ses chevaliers et ses
échevins (43).
Les faits qui s'accomplirent ensuite, le retour momentané de Henri de
Dinant et sa fuite immédiate n'intéressent plus l'histoire échevinale. Le règne de
Henri de Gueldre s'achèvera sans que le tribunal suprême du pays soit encore troublé
dans sa sérénité.
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(1) « Les gens laburans de commons Mestiers, on nommoit les
petits » (HEMRICOURT, Miroir des nobles,
p. 209).

(2) « Et en y avoit gran
nombre quy portoient vers et gris et estoient hamotés de Vayre, ensy que ly Bannerez
soloient estre d'antiquiteyt » (HEMRICOURT,
p. 210).

(3) « Et adont tous
les riches Borgois de Liege et mayement les ainsneis, on les nommoit » Saingnor » (Ibidem).
(4) « Tous ly riches hommes de
Liege ont puis cely temps marieis leurs enfans et astaleis dedens les lynages delle
Evesqueit de Liége, de Braybant, delle Conteit de Namur et des Pays Marchissans » (Ibidem,
p. 209).

(5) Exemples :
les Surlet, les Neuvice, les Lardier, etc. On pourra se convaincre, par l'examen des
notices consacrées aux échevins, que leurs armoiries sont devenues héréditaires
seulement vers le XIVe siècle.

(6) Il perdait son privilège
de cléricature, celui qui cessait d'en porter les signes extérieurs : « Alioquin omnes
et singulos clericos ex tunc ulterius tonsuram et habitum clericales continue non
gerentes, post monitionern ternam specialiter factam, denunciamus gaudere non debere
privilegio clericali, et ipsum privilegium amittere » (Statuts synodaux de Jean de
Flandre, p. 438).

(7) Les termes clericus
uxoratus que l'on rencontre plusieurs fois dans les Statuts synodaux, excluent
absolument l'idée d'unions irrégulières. Confondant, intentionnellement ou non, les
clercs avec les prêtres, Henaux écrit : « Peu de prêtres observaient le célibat, et
les filles des bourgeois, celles des citains, comme celles des petits bourgeois, les
épousaient sans scrupule » (Histoire du pays de Liége, t. 1, p. 202, note). Mais
le texte de Gilles d'Orval qu'il cite prétendument à l'appui de cette singulière
assertion, ne parle que des clercs (tam clericis quam laïcis matrimoniali foedere
copulabant). - Il va de soi qu'il s'agit seulement ici du droit de se marier, reconnu
aux clercs non prêtres; je n'entends pas faire l'apologie des moeurs du temps.

(8) L'asile était un
espace d'un rayon de trente à quarante pas autour des églises (POULLET, Essai sur l'histoire du droit criminel liégeois, p.
714).

(9) «
Ictu pestilli » dit Jean de Warnant (CHAPEAVILLE, t. II, p. 282). Aucun historien ne s'est donné la peine de rechercher la
signification de ce mot, qu'ils traduisent par couteau, dague. DU
CANGE cite les textes suivants qui vont
nous mettre sur la trace : « li uns porte un pestel, et li autre un mortier; » - Duos
mortarios cum pestallis suis. - Unum mortarium et unum pestellum (Inventaire
de 1342). Évidemment, si le pestel n'était pas un pilon, il devait tout au moins
s'en rapprocher par la forme. C'était, en tout cas, une arme contondante.

(10) JEAN DE WARNANT (Dans CHAPEAVILLE, loco citato). Plusieurs auteurs Se sont
demandé ce qu'était cette Lex Leodiensis dont on invoquait le texte. HENAUX (Histoire du pays de Liége, t. I, p. 213,
note) incline à croire que c'était un statut local. Cette supposition est inadmissible,
pour la raison que les échevins de Liège ne jugeaient point par les statuts, dont
l'application était du ressort exclusif des maistres et jurés, mais par la Loi Charlemagne,
la seule dont les documents fassent mention, bien que son texte soit aujourd'hui perdu.

(11) Chartes de
Saint-Lambert, nos 186, 185 et 184,
à classer dans l'ordre que j'indique.

(12)
Villicus Aquensis, selon HOCSEM (p. 280), mais de Awans, Selon JEAN DE WARNANT. Cette dernière version paraît plus vraisemblable : il n'est d'ailleurs pas
impossible que HOCSEM se soit servi de l'adjectif Aquensis pour désigner d'Awans.
(13) « Ex alto
dominio » (HOCSEM,
p. 281).
(14)
Selon HOCSEM, l'amende de neuf aimes fut
promise par le peuple. Selon JEAN DE WARNANT,
une amende de huit aimes fut stipulée à charge des échevins (CHAPEAVILLE, t. II, p. 282).
(15) Sentences du 13 août et du18 novembre
1253 (Chartes de Saint-Lambert, no 245; Liber Chartarum, no 3o1).

(16) Chronique de Jean
d'Outremeuse, t. V, p. 312.
(i7)
Les huit premiers feront l'objet des notices ci-après. Quant à Jacques de Saint-Martin,
qui n'était plus en fonctions en 1260, il est cité dans une charte de 1254, au Cartulaire
de Saint-Materne, folio 67 verso.

(18) « Populares autem
considerantes antiqua se servitute depressos, eloquentia cuiusdam Henrici de Dionanto
decepti, quaerentes quod aequale numero, tantum, nec dignitati deferentes, duos
constituere magistros, qui libertatem civium tuerentur, et hoc se jurarent fideliter
effecturos » (HOCSEM,
p. 286).

(19)
HOCSEM, p. 288, ligne dernière.

(20) « Quod
cum scabini facere non curarent, Henricus populi demagogus et ductor vicenarios per
civitatem ordinat, ut cuilibet vicenario viginti homines assignentur, per quos populus
possit facilius congregari » (Ibidem, p. 286).

(21) Détail pris dans
JEAN D'OUTREMEUSE, qui doit être
cru sur ce point.
(22) « Non enim, ait, pro
causis extraneis, sed pro patria, pro juribus Electi et ecclesiae bellare tenemur. »

(23)
« Donec sibi de tanto facinore satisfiat » (HOCSEM. p. 287).

(24) « Tunc idem Henricus praeceptum Scabinis iterat, quatenus
jurent servare civium libertatem; alioquin maturius a Civitate recedant » (HOCSEM, Ibidem).
(25) « Tunc Electus altiori mente turbatus, multos ex
his capit et incarcerat, varios insultus faciens in rebelles » (Ibidem).
(26) «
Convocatis apud Trajectum partibus; pax iterum reformatur » (HOCSEM).. - Le texte de cette paix, qui eut répandu tant de
lumière sur cette période, est malheureusement perdu.

(27) « Non vocatos tribus edictis, ut
moris est, nec rite convictos » (Ibidem).

(28) Cela résulte du contexte.

(29) « Unde Hoyenses
cum Leodiensibus evellunt vineas, domos destruunt et incendunt torcularia Scabinorum
» (HOCSEM, p. 288).

(30) « Tandem per
puerum et foeminam diriguntur » (Ibidem). Ces détails sont typiques.

(31)
HOCSEM, pp. 288 et 291.

(32)
« Sternuntur, truncantur, necantur et reliqui capiuntur » (HOCSEM, p. 288).

(33)
Selon HENAUX (Histoire du pays de Liège, p. 224), la sentence des échevins
était illégale et dérisoire parce qu'elle n'était pas rendue dans les murs de
la Cité. Si les échevins avaient été décidés à faire bon marché de la légalité,
auraient-ils attendu qu'ils fussent à Vottem, pour proscrire Henri de Dinant ? Leur bonne
foi, au moins, paraît manifeste.
(34) « Tunc
populus instinctu Dionantensis domos funditus destruit Scabinorum, de quarum trabibus et
lapidibus Dionantensis sibi novam fabricat mansionem » (HOCSEM, Ibidem).
(35) « Sed
magistri nolebant attendere, nisi Scabinorum condempnatio revocetur » (Ibidem). Remarquons
que nous sommes en septembre 1255. D'autres maistres devaient donc avoir remplacé ceux
qu'on avait élus en 1254.

(36) « Si sic Scabinis
liceret extra consuetum locum sua proferre judicia, delinquentes pariter et Insontes pro
sua libidine condemnarent » (HOCSEM).
(37)
« Addito quod Electus pauperem sicut divitem judicabit, quanquam Scabini apud
Vothem, cum necesse fuerit, judicio valeant praesidere » (HOCSEM).

(38) «
Denique Leodienses offerunt Regis judicio se velle submittere, ut cum jurisperitis
communicato consilio, si repertum fuerit, quod extra consuetum valeant locum de jure pro
ferre judicia, valeat quod est actum; sin autem, quod factum est irritum judicetur » (HOCSEM, p. 289).

(39) « Tunc
omnes clamare coeperunt, quod pacem, quam fecerunt Hoyenses, vellent ipsi similiter
observare » (HOCSEM).

(40) « Henrico Dionantense
lachrymando rogante quod cum reliquis ponatur in pace, cum ipsorum causa fuit condemnatus.
Et respondente populo quod pro posse juvabit eundem. »

(41)
« Haec pax apud Biersez 2 idus
octobris denuo confirmatur ; et popularibus juramento firmantibus, quod
fideles erunt Electo, ejus parendo
mandatis, excommunicationis et interdicti sententiae relaxantur. »

(42) BORMANS, Ordonnances
de la principauté de Liège, t. I, p. 50.

(43)
HOCSEM, p. 290. La ville de
Dinant fit sa soumission le 16 décembre suivant, sous l'arbitrage de Jean d'Avesnes et du
comte de Juliers (BORMANS, Ordonnances de
la principauté de Liège, t. I, p. 52).
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De Gerlache :
Histoire de Liège depuis César jusqu'à Maximilien de Bavière
Edition M. Hayez, pp. 87 et suiv. (Bruxelles, 1843) |
Il y avait alors à Liège un homme de noble extraction, appelé Henri de Dinant, dont le
langage et les manières plaisaient au peuple, et qui savait si. habilement dissimuler son
ambition, qu'il passait aux yeux du plus grand nombre pour tout
dévoué à son pays, quoique les esprits pénétrants n'en fussent point dupes (1). C'est à lui. que les échevins s'adressèrent. Henri leur
promit de travailler d'après leurs vues. Toutefois il leur dit que le peuple ayant à peu
près autant à se plaindre de la noblesse que du clergé, il ne serait pas facile de le
gagner, à moins qu'on ne lui donnât quelque haute marque de confiance, capable de
flatter son amour-propre, comme si par exemple on lui permettait d'élire une fois les
deux maîtres à temps dans son propre sein. « Du reste, ajouta l'astucieux Henri, cela
ne pourrait compromettre en rien vos intérêts, car le peuple est tellement habitué à
respecter la noblesse, et tellement fasciné par l'éclat d'un grand nom, que vous devez être assurés qu'il choisira toujours ses maîtres parmi vous comme il l'a fait
jusqu'ici. » Les échevins, aveuglés par
leur haine, se laissèrent prendre au piège, et répondirent qu'ils consentaient
à tout. Alors Henri abordant.les principaux bourgeois qu'il connaissait
particulièrement, leur dit que le moment était venu de revendiquer le pouvoir; qu'il ne
s'agissait que d'apprendre au peuple à se compter; il leur parla des murs
décriées de l'évêque, de l'insolence des nobles, de la tyrannie des échevins, de la
vie mondaine du clergé qui nageait dans l'abondance de toutes choses sans souci des maux
publics. C'est ainsi qu'il. éveilla l'ambition et l'envie au cur de cette classe
qui jusque là s'était plus occupée de ses affaires privées que des affaires de
l'état.
Le jour des élections étant arrivé, le peuple choisit, d'une
voix unanime, Henri de Dinant et Jean Germeau, qui pensait en tout comme son collègue. La
multitude, fière de son triomphe, leur fit jurer à l'instant de défendre les antiques
privilèges de la cité, au prix de leur sang, et ils le promirent. Elle voulut obliger
les échevins à prêter le même serment, mais ils s'en excusèrent. Les nouveaux
maîtres, à peine installés, se hâtèrent de s'entourer d'un grand appareil militaire.
Ils créèrent vingt compagnies de deux cents hommes chacune, dont ils nommèrent les
capitaines, avec ordre exprès de n'obéir qu'à eux. Ce déplacement ou, pour mieux dire,
cette usurpation des droits de la souveraineté fut le signal des troubles civils et des
révolutions qui agitèrent le pays de Liège pendant quatre siècles et demi. Henri de
Dinant avait pris ses mesures avec tant de secret, et. l'exécution en avait été si
prompte, que l'évêque n'avait pas eu le temps de s'y opposer. Henri de Gueldre dissimula
d'abord son dépit; mais il éclata bientôt. Jean d'Avesnes, issu du premier mariage de
Marguerite de Flandre avec Bouchard d'Avesnes, étant venu réclamer le secours des
Liégeois contre sa mère qui favorisait les enfants du second lit à son
préjudice : l'évêque le lui promit. En conséquence, il s'adressa aux échevins afin de
pouvoir lever une armée, et ceux-ci s'empressèrent de l'y autoriser. Cependant les
bourgmestres, dont le prince semblait méconnaître l'autorité et en quelque sorte
l'existence, s'en. indignèrent. Henri de Dinant rassembla le peuple e lui dit, que le sang et l'argent des Liégeois appartenaient au pays; qu'ils ne
devaient être versés que pour sa défense et non pour des querelles qui
lui étaient étrangères. La multitude applaudit à
ces paroles. Alors le prince quitta la ville où il voyait s'élever un homme plus
puissant que lui, et se retira à Anvers près de l'empereur, Guillaume de Hollande, qui
cassa le recès des nouveaux maîtres. Pendant l'absence de l'évêque leur audace ne fit
que s'accroître, et les causes de dissentiment se multiplièrent. Les chanoines de
S`-Lambert ayant mandé la bourgeoisie au chapitre pour délibérer sur un impôt assis
sur la bière et sur le vin, l'un d'entre eux, soit de bonne foi, soit pour lutter de
popularité avec Henri de Dinant, dit « que
cette taxe devait être supprimée comme inutile; qu'on avait déjà levé trop d'argent
sur le peuple, et que le moment était venu de diminuer ses charges.» Mais Henri, qui eût
peut-être fait lui-même cette proposition si on lui en eût laissé l'initiative, la
repoussa parce qu'elle venait du parti opposé. « Cet impôt, dit-il, doit être
maintenu. Il a été voté pour cinq ans, et
ce terme n'est point expiré. On ne peut rien faire sans argent, c'est le nerf de toute
chose; ôter à la république la ressource d'un. fonds de. réserve qui peut lui devenir nécessaire. à chaque instant, c'est vouloir l'exposer
sans défense aux coups de ses ennemis. » Le
peuple fut de son avis. Comme les troubles allaient toujours- croissant, Henri
arma les Liégeois et se mit à parcourir les bonnes villes du pays en les invitant à se
choisir, à l'exemple, de la capitale, des bourgmestres d'un patriotisme éprouvé,
capables de défendre les libertés publiques. L'élu, instruit de toutes ces menées,
crut devoir opposer la force à la force; il envoya un corps de troupes qu' il avait
prises à sa solde avec ordre de se saisir de Henri de Dinant. Celui-ci, en revenant de
St-Trond à Oreye, fut rencontré par les gens du prince; comme il était accompagné
d'une. escorte, il se défendit; néanmoins les siens furent mis en déroute, et il se
sauva presque seul à Liége.
Il y eut encore depuis des troubles à Dinant et à Huy; mais l'élu,
assisté des princes de sa maison, demeura partout le plus fort. Enfin l'on fit la paix de
Bierset. Henri de Dinant fut banni, et les vingt régiments qu'il avait levés parmi les
métiers furent cassés. Mille bourgeois furent livrés à Henri de Gueldre en qualité
d'otages; il envoya les plus séditieux à la potence, et fit construire la citadelle de
Ste Walburge pour tenir le peuple en bride.
Henri de Dinant, cet homme si hardi, si rusé et si longtemps populaire,
proscrit dans sa patrie, se réfugia à Namur. L'élu le craignant toujours, envoya
Gérard de Berlo avec ordre de le surprendre et de le lui amener mort ou vif. Berlo fit
entrer dans la ville un de ses affidés qui lia connaissance avec Henri et lui proposa une
promenade du côté de la rivière, où Berlo l'attendait,. tapi au fond d'une barque,
avec quelques hommes déterminés. Henri, qui se tenait sur ses gardes, ayant aperçu
certain mouvement sur l'eau, se retira brusquement en appelant le peuple à son secours.
Alors l'évêque s'adressa directement à la comtesse de Namur, en la priant de lui
renvoyer Henri de Dinant, qu'il représentait comme un sujet rebelle et un hôte
dangereux. Marie de Brienne (fille de Jean de Brienne, roi de Jérusalem), qui gouvernait
le comté en l'absence de Baudoin de Courtenay, son mari (2),
repoussa les propositions de Henri de Gueldre, en disant que ses états étaient ouverts
aux malheureux, et que quels que fussent les torts reprochés à Henri de Dinant, elle ne
pouvait le livrer comme un vil malfaiteur. Elle le fit venir devant elle et lui conseilla
de passer en Flandre pour se soustraire aux embûches de ses ennemis, offrant de l'y faire
conduire avec une escorte. Henri se retira en effet à la cour de Marguerite, qui en
voulait beaucoup au prince de Liége parce qu'il avait pris le parti de son fils, Jean
d'Avesne, dans la querelle dont nous avons parlé. Marguerite ne se contenta pas
d'accorder un asile au fugitif; elle lui proposa de faire enlever l'élu lui-même au
milieu des siens et de l'amener en Flandre pour en tirer une bonne rançon. Henri s'y
refusa, il dit :
« Qu'il avait combattu pour
les libertés de son pays, sans en vouloir personnellement à l'élu; qu'il le respectait
comme son prince, et que fût-il son plus
grand ennemi, un guet-apens lui répugnerait.» La comtesse admira de tels sentiments dans un proscrit, et l'assura qu'elle l'en
aimait davantage : elle mit Henri au nombre de ses conseillers; et depuis on n'en entendit
plus parler. |
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(1)
Agebat hac tempestate, Leodiï, vir nobilis, nomine Hlenricus Dionantius, acris judicii,
eloquentiae singularis, mentis obscurae, ambigui oris : quem intolerabilis ambitionis
alii, alii patriae amantem fuisse jaclitarunt. Hic, ubi dissidii semina sensit esse jacta
clerum inter et scabinos, ratus adesse tempus asserendae civitatis in libertatem :
insolentem modo scabinorum dominationem, modo prasulis designati juvenilem levitatern,
clerique inertiam, apud populum subinde liberius carpebat, quod alterius partis gratia,
adversus odium alterius sustineri se non ignoraret. Suas vero rationes, pro ea qua valebat
dicendi facultate, sic tractabat, ut civium animos familiaribus et privatis cogitationibus
assuetos, ad pùblica discutienda sensim erigeret, etc. Fisen, Histor. eccles. leodiens.,
anno 1252.

(2) Baudouin de Courtenay, après la mort de
son frère Robert, avait succédé à l'empire de Constantinople.
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