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La guerre des Awans et des Waroux


 

 

 

 

Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. pendant le XIIIe et le XIVe siècle,

Edition Demarteau, pp. 300 à 308, 344 à 346, 425 à 429, 470 à 472  (Liège, 1890)


IV. Les Awans et les Waroux.
 

   La passion de la guerre était, au moyen âge, une des passions dominantes et la gloire militaire était une des plus appréciées. Les familles patriciennes des villes et les familles nobles des campagnes, quand elles étaient lésées dans leurs personnes ou leurs biens, préféraient se rendre justice à elles-mêmes par des guerres privées, plutôt que de porter plainte devant la cour de justice. Or, une plainte déposée était indispensable, pour que la cour de justice pût agir. Les poursuites d'office n'avaient lieu que dans de rares cas exceptionnels. La famille patricienne des Malliar de Liège eut, sous le règne de Hugues de Châlons, des conflits sanglants avec les Des Prés, les Hiertée et les Saint-Servais.

   Des conflits plus longs et plus sanglants éclatèrent vers 1297, entre les familles nobles de la Hesbaye. Il y avait à Awans une riche orpheline, nommée Adèle, fille de Simon Poreit, qui se fiança à Hanechon, écuyer de Waroux, sans le consentement de l'abbé de Prüm qui était seigneur d'Awans et sans celui de Guillaume, l'avoué d'Awans. L'avoué s'opposa au mariage prétendant qu'Adèle était sa serve. Guillaume de Waroux consentit à ce que les fiançailles fussent rompues, si l'avoué d'Awans pouvait prouver qu'Adèle était sa serve. Le jour de la conférence fut fixé. Ayant appris qu'Adèle n'était pas d'une condition serve et que l'avoué d'Awans n'avait autre chose en vue que de la donner en mariage à son cousin Gérard Polage, le sire de Waroux fit célébrer le mariage entre Adèle et Hanechon deux jours avant la conférence. Guillaume d'Awans lui envoya, dès le lendemain, Jean Brons de Fooz (1) pour lui demander réparation de cette injure et de cette infidélité à sa parole. Gomme toute réparation fut refusée avec fierté, l'avoué d'Awans se concerta avec toute sa parenté pour commencer la guerre et enlever la serve Adèle. Hanechon et Adèle qui en furent informés, se réfugièrent au château fort de Waroux. Les Awans se mirent, dès le lendemain, à ravager les terres du sire de Waroux et à brûler ses moulins et ses brasseries. Guillaume de Waroux était, du haut de son château, le spectateur impuissant de ces dévastations. Il en porta plainte au prince et celui-ci fit citer par son frère Jean, maréchal du pays, le sire d'Awans avec ses complices pour venir se justifier devant la cour féodale. Ses complices étaient Nicolas de Fallais, Raes, sire de Warfusée et ses oncles Walter de Momale, Persant de Hanneffe et Thierry de Seraing frères, Louis de Borsut, Butor de Clermont, tous chevaliers bannerets, Gérard, châtelain de Hozémont et son fils Guillaume de Rouveroy, Jean de Brons de Fooz, Eustache Franchome de Hognoul et plusieurs autres chevaliers. Ils répondirent fièrement qu'ils avaient le droit de se venger par la guerre de l'injure qui leur avait été faite et qu'ils n'avaient pas à comparaître devant la cour féodale. Dès que le prince eut appris cette réponse, il se concerta avec ses conseillers. Ils lui conseillèrent tous de réduire les Awans par la force armée. Le conseil fut adopté. Jean de Châlons convoqua tous les vassaux sous les armes. La plupart refusèrent de prendre les armes contre les Awans, les uns, parce qu'ils étaient leurs amis ou de leur lignage, les autres, parce qu'ils reconnaissaient aux nobles le droit de la guerre privée, d'autres enfin pour d'autres motifs.

   Les Waroux voyant que le prince et sa cour féodale étaient impuissants à leur rendre justice, convoquèrent toute leur parenté et cherchèrent des alliés. Jean de Châlons se joignit à eux et donna à Baudouin de Salm l'étendard du prince.

   Les Awans craignaient que les Liégeois ne se missent du côté du prince qui leur avait accordé le privilège de se constituer en sociétés ou corps de métiers. Ils envoyèrent à Liège Eustache Franchome qui se concerta avec les échevins. Ceux-ci lui conseillèrent de convoquer le peuple et de lui parler. Eustache avec ses vingt-trois compagnons sonna la cloche du ban et réunit le peuple. Il lui représenta le prince comme un despote qui se proposait de ruiner le pays en commençant par les Awans. Le tribun fit une certaine impression sur le peuple et aurait fini par l'entraîner, si les deux bourgmestres n'étaient survenus pour calmer les Liégeois et les conserver en bons termes avec le prince. C'était le 21 décembre 1297. Eustache avec ses compagnons quitta Liège et se rendit à Huy pour gagner les Hutois à la cause des Awans.

   Jean de Châlons, à la tête des Waroux et des gens d'armes qu'il était parvenu à réunir, alla assiéger le château de Hozémont pour en punir le châtelain Gérard Rulant. Il ne put forcer le château, parce que ses forces étaient insuffisantes. Il fut même obligé de lever le siège et de rentrer à Liège (12 janvier 1298), en présence des nombreux secours que les Awans amenaient au châtelain.

   Le prince, peiné de l'échec subi par son maréchal, fit un appel aux Liégeois. Ils prirent tous les armes et sous la conduite de leur prince ils allèrent assiéger le château de Hozémont. Ils s'en emparèrent facilement et le démolirent. Ils se rendirent ensuite à Hognoul où ils démolirent le château d'Eustache Franchome (17 janvier). Guillaume de Waroux avec ses gens d'armes incendia, en même temps, un moulin à vent du sir d'Awans.

   Les Awans résolurent de rendre la pareille aux Waroux. Ils firent un appel à tous leurs parents et amis. On vit arriver à leur secours les Rulant des Ardennes et les Mulrepas du Limbourg. Au nombre de six cents cavaliers, armés de toutes pièces, parmi lesquels il y avait bien deux cent vingt-cinq chevaliers, ils assiégèrent le château de Slins. Baudouin Duchateau et ses trois fils le défendirent si vaillamment avec leurs gens d'armes que les assiégeants furent obligés de lever le siège. Les Rulant et les Mulrepas, avant de se retirer, mirent le feu au château qui souffrit beaucoup de cet incendie.

   Le prince, encouragé par le chapitre, fit une seconde fois appel aux Liégeois pour terminer cette guerre. Les Liégeois reprirent les armes et sous la conduite du prince ils allèrent assiéger le château d'Awans. Ce fort était défendu par Guillaume d'Awans, Persan de Hanneffe, Thierry de Seraing, Butor de Clermont, Nicolas de Fallais, Raes de Warfusée et Walter de Momale. Après quelques jours de siège, le prince les fit sommer de se rendre à discrétion, sinon ils seraient passés au fil de l'épée. Ils se rendirent en suivant le conseil de Persan de Hanneffe. Le prince leur accorda la paix sous la condition d'une amende honorable. Le dimanche de Pâques fleuries, Guillaume d'Awans et vingt-deux chevaliers, pieds nus, en manches de chemise, portant sur la tête nue les selles de leurs chevaux, se rendirent dans cet état humiliant de l'église de Saint-Martin à la cathédrale de Saint-Lambert où, placé sous la couronne de lumière, ils demandèrent pardon au prince.

   Cette profonde humiliation, subie à la vue des Waroux leurs adversaires et de toute la population de Liège, les irrita profondément et les remplit de sentiments de vengeance. Ils fortifièrent leurs châteaux et augmentèrent le nombre de leurs adhérents. Les Waroux firent de même. Il y avait alors, raconte Hemricourt, dans la famille des Awans, deux bâtards célèbres, Humblet de Bernalmont et Aynechon de Hognoul. Ils furent souvent compagnons d'armes; ils étaient les plus hardis, les plus courageux et les plus entreprenants de leur lignage. Ils eurent plus de bonne fortune et d'honneur que nul autre; ils se distinguèrent en cette guerre, aux champs, aux escarmouches, à la défense des forteresses, comme aux embuscades et à la poursuite des ennemis. On les craignait plus que tous autres et ils passèrent ainsi toute leur vie sans recevoir aucune blessure.

   Aynechon faisait la guerre à ceux d'Hamal qui étaient puissants en avoir et en amis. Il demeurait au milieu de leurs biens à Russon; il n'y avait qu'une maison plate, mais elle était pourvue d'un bon souterrain. Les Hamal n'osaient y mettre le feu, parce que le village était territoire brabançon. Un jour que la quarantaine devait expirer le lendemain au lever du soleil, Aynechon et ses amis sortirent pendant la nuit, au clair de la lune, et attaquèrent un de ceux de Hamal; ils le tuèrent ainsi que tous ses bestiaux grands et petits; puis ils rentrèrent à Russon. Plainte en fut faite au prince, comme de quarantaine brisée. Aynechon allégua qu'il croyait de bonne foi que le soleil était déjà levé, tant le clair de lune était brillant. Il était si redouté que personne n'osait témoigner contre lui. Enfin, un écuyer de Waroux, nommé Falot, appela Aynechon en champ clos devant le prince, du chef de ce meurtre. Falot était beaucoup plus grand et plus fort qu'Aynechon. L'arène fut dressée sur la Place Verte, devant le grand portail de la cathédrale, et séparée du reste de la place par des cordes tendues. Quand vint la journée du champ, il y eut un si grand nombre de chevaliers et d'écuyers à Liège, qu'à peine pouvait-on passer par les rues. Tous les Awans et tous les Waroux y étaient. Aynechon se rendit à l'hôtel du chanoine Arnoul d'Awans, frère de Guillaume, situé près du champ clos. Ce chanoine lui recommanda de ne s'armer et de ne sortir de l'hôtel qu'au moment qu'il le lui ferait dire. Falot arriva tout armé, au temps fixé, suivi des Waroux et des Hamal et précédé du sire de Hamal qui portait son écu. IL entra au champ clos dont les abords étaient déjà occupés en partie par les Awans, et y attendit son adversaire. Un héraut d'armes appela Aynechon une première fois; après le délai réglementaire expiré, il l'appela une seconde fois; puis une troisième fois. Falot, exposé aux ardeurs du soleil, sous sa pesante armure, sentit ses forces diminuer. On croyait qu'Aynechon ne viendrait pas et qu'il était en fuite.

   Falot requit déjà le maïeur qui présidait au champ clos « qu'il eût loi et que ce fût tourné en droit, car il était midi. » Les Waroux et les Hamal le requéraient aussi avec aigreur. Les Awans répliquèrent qu'il n'était pas encore midi, comme on pouvait le voir au soleil, et ils s'offraient comme otages. Pendant que les échevins, à la demande du maïeur, délibéraient, le chanoine Arnoul d'Awans se rendit à son hôtel et envoya Aynechon au champ clos, précédé d'Arnoul de Jehay qui portait son écu. A sa vue, de grands cris de joie s'élevèrent des rangs des Awans. Aynechon entra dans l'arène et en fit trois fois le tour, à l'aise, jusqu'à ce qu'il fut midi. Les échevins se séparèrent et allèrent occuper leurs sièges, les uns joyeux, les autres tristes. « Les deux champions s'assaillirent et combattirent de grande force et de grand sens. Aux yeux des spectateurs, le champ était mal parti, car Aynechon était délié et Falot grand et fort. Ils se battirent longtemps et se blessèrent grièvement; à la fin Falot fut terrassé et Aynechon le tua sous lui. » Le vainqueur, couvert de sueur et de blessures, retourna à l'hôtel du chanoine où un bain lui avait été préparé. Après la guérison de ses blessures il se sentit plus vigoureux et, en meilleur état qu'auparavant. (V.HEMRICOURT.)

   La victoire, remportée par Aynechon dans ce duel judiciaire, le rendait innocent aux yeux de la loi civile, mais non pas aux yeux du bon Dieu.

   De part et d'autre on se préparait à continuer la guerre. De part et d'autre on cherchait à augmenter le nombre de ses alliés. Les Gemeppe, les Sclessin et les Berlo entrèrent dans le parti des Waroux, principalement, parce que Pevereau Dothée avait tué Gérard de Berlo à la Sauvenière devant l'hôpital Saint-Mathieu à Liège. Comme c'était Antoine de Gemeppe qui avait amené les Sclessin et les Berlo au parti des Waroux, les Awans résolurent de s'en venger en allant démolir son château de Gemeppe qui s'achevait en ce moment. Antoine de Gemeppe qui en fut informé, fit un appel à ses parents et amis et arma les habitants de Gemeppe, de Sclessin et de Seraing. Ils étaient cent et soixante combattants parmi lesquels il y avait Gérard de Berlo voué de Sclessin,, le seigneur de Waroux, Hustin et Guillaume de Seraing, frères, le seigneur de Langdries, Jacques de Hambroux. Les Awans se réunirent dans les champs entre Bolsée et Loncin et délibérèrent sur le parti à prendre et sur le chemin à suivre. Ils étaient une quarantaine. Antoine de Gemeppe alla droit à leur rencontre, tandis que Guillaume de Waroux les prendrait en flanc. Le combat s'engagea immédiatement (25 mai 1298). Ils se lancèrent les uns contre les autres et se battirent assez longtemps. Les piétons de Seraing et de Jemeppe finirent par lâcher pied et s'enfuirent. Du côté des Awans, vingt-huit nobles reculèrent également et prirent la fuite. La lutte fut ardente entre Guillaume d'Awans et Guillaume de Waroux.

   Le premier désarçonna son adversaire et lui creva un œil. Jacques de Hambroux vengea la chute de son maître en fendant la tête à Guillaume d'Awans qui tomba mort de son destrier avec ses pennonceaux. Jean Brons de Fooz qui combattait à côté de Guillaume d'Awans, son maître, tua a son tour Jacques de Hambroux et plusieurs autres, mais à la fin il succomba lui-même, treizième, criblé de blessures. Les Waroux qui restèrent victorieux ne poursuivirent point leurs adversaires. Du côté des Awans périrent dans ce combat Guillaume d'Awans, chevalier robuste et entreprenant, les trois frères Flémalle, savoir, Colard delle Heys, Wilhelme ly Hier et Henri ly Dameheaz, Olivier frère du bon Waleran de Juprelle, Hugues de Chantebrines écuyer, Gilles de Fooz en Brabant et ly Troye de Fooz écuyer. Du coté des Waroux y périrent Jean ly Varle et Paingnon de Riwal son frère et Gilles le Proidhomme de Saint-Servais.

   L'évêque, à la nouvelle de ce combat sanglant, interjeta une quarantaine et la renouvela plusieurs fois, car, dit Hemricourt, c'était la coutume d'en commander quatre pour chaque nouveau mort. Ces quarantaines furent toujours bien tenues, quelque haine qu'il y eût entre les partis.

   La mort de Guillaume d'Awans, au combat de Loncin, obligea, dit Hemricourt, quantité de chevaliers et d'écuyers qui ne s'étaient pas encore mêlés dans ces guerres, d'y prendre part; savoir, ceux de Warfusée, Arnoul de Xhendremael, Waleran de Juprelle, ceux de Geneffe et de Limont, Guillaume le bon châtelain de Waremme. Tous ceux qui descendaient des onze filles de Montferrant prirent aussi parti dans cette guerre, ainsi que ceux de Liers et de Rocourt, et grand nombre d'autres familles. Guillaume d'Awans fut le capitaine de ceux de son parti. Le bon châtelain de Waremme grand, fort et hardi outre mesure, quoiqu'il ne fût pas encore chevalier, était le capitaine de ceux de Geneffe et de Montferrant. Ses deux frères, Arnoul de Jehai et Libert Butoir de Clermont, étaient de grande volonté, surtout Arnoul qui était le plus hardi et le plus courageux de son lignage, un homme sans peur.

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VI. Les Awans et les Waroux.

   Quand les dernières quarantaines interjetées après le combat de Loncin (25 mai 1298) furent expirées, les nobles se retirèrent dans leurs châteaux et s'y fortifièrent. Ils cherchèrent, en même temps, à renforcer leur parti en gagnant leurs parents, alliés et amis. L'animosité des deux partis était si grande que nul ne pouvait sortir de son château sans grand danger de sa personne. (V. HEMRICOURT, p. 337.)

   Pendant la vacance du siège épiscopal, dit Jean d'Outremeuse, les Awans et les Waroux firent grand mal les uns aux autres et, en 1303, il y eut entre eux des escarmouches et des batailles sanglantes.

   Dans la cité de Liège surgit aussi une guerre privée entre les familles patriciennes des Oveis et des Pareis qui y perdirent plusieurs personnes, mais le mambour s'empressa d'interjeter des quarantaines qui les maintinrent en paix.
(V. t. VI, p. 34.)

   Les Awans et les Waroux assistèrent à l'inauguration du prince, au mois de novembre 1303. Le prince s'efforça pendant tout son règne à rétablir la paix entre eux, mais il n'y réussit point. Il dut se borner à interjeter souvent des quarantaines.

   Thierry de Seraing bâtit un château fort dans son domaine de ce nom pour s'y défendre. Il emprunta 500 livres au duc de Brabant pour en payer les frais et lui engagea le château qu'il reprit en fief; ce qui était contraire à la loi du pays, car Seraing-le-Château était un fief de l'église de Liège. (V. JEAN D'OUTREMEUSE, t. VI, p. 44.)

   En 1310, Thierry de Seraing devait avoir à Saint-Trond une journée de tournoi à laquelle il invita Henri de Hermalle qui avait épousé la fille de son frère Persant de Hanneffe, ainsi que plusieurs autres. Ce sire de Hermalle n'avait pas encore pris part à la guerre, ni les Vilhes non plus. Le châtelain de Waremme qui portait une grande haine au sire de Hermalle, résolut de l'attendre dans un endroit écarté, à son retour de la journée et de l'attaquer. Il se concerta, à cet effet, avec ses deux frères Arnoul de Jehai et Libert Butoir de Clermont, avec Ameil de Bovegnistier, Fastré son frère, Arnoul de Darion, les trois enfants de Mouchin, Nanekin de Hodeige, Mylos frère de Raes de Waremme, Poindecheaz, Mavehiens de Fyes près de Huy, ceux de Bertinsheer et plusieurs autres.

   Quand la journée de tournoi fut finie, chacun retourna droit à sa maison (le 25 août). Le sire de Seraing se rendit à sa terre de Ridderherck sous Colmont, près de Tongres. Le sire de Hermalle accompagné de ses parents et de ses serviteurs tomba, à Mielen  (2) , dans l'embuscade que lui avait dressée le châtelain de Waremme. Il se défendit vaillamment, mais il finit par être renversé de cheval, couvert de blessures; son cousin Jean de Facon fut tué à ses côtés; ses serviteurs s'enfuirent. Le châtelain de Waremme pour s'assurer que le sire de Hermalle était bien mort, le tourna et retourna plusieurs fois; ne voyant plus aucun signe de vie en lui, il le laissa sur le champ de combat, sans lui porter de nouveaux coups. Il reprit ensuite le chemin de son château. Arnoul de Jehay, pour assouvir sa haine, retourna sur ses pas et alla encore donner un coup d'épée au sire de Hermalle, en l'accompagnant de paroles outrageantes. Par bonheur, l'épée, en glissant entre le ventre et son pourpoint, n'avait fait qu'effleurer la peau.

   Les serviteurs qui s'étaient enfuis, revinrent près de leur maître qu'ils trouvèrent couvert de blessures et de sang, « gisant en pamoison ». Ils lui lavèrent tout le corps avec de l'eau froide et le firent revenir à lui. Ils le mirent ensuite sur un chariot et le conduisirent à Ridderherck chez le sire de Seraing. Ce seigneur, indigné du traitement infligé à son ami, jura de ne boire jamais de vin qu'il n'eût tiré vengeance de cet outrage.

   Le sire de Hermalle, dès qu'il fut remis de ses blessures, manda tous ceux de son lignage et invita Jean de Hanneffe, Thierry de Seraing, Hugues des Champs, frère de Thierry et son propre beau-frère le sire de Warfusée et Wathier de Momale son fils. Il leur représenta comment, étant au service et en sauf-conduit du seigneur de Seraing, il avait été attaqué et blessé, en violation de la trêve et d'une manière déloyale. II gagna au parti des Waroux plusieurs familles qui étaient du parti contraire, notamment les Hanneffe et les Warfusée « qui étaient les plus forts capitaines de tous les adhérents des Awans ». Il invita et gagna également ceux de Vilhe et Chantemerle, ses cousins, ceux de Cerf et de Berlo, ennemis des Awans, ceux de Revins, de Montroyal et de Pexheurive. II leur proposa d'aller « assiéger le châtelain de Waremme en son château » de ce nom. Tous « lui accordèrent une journée pour chevaucher à Waremme bien stoffés et courir sus au châtelain. » (V. HEMRICOURT.)

   Le sire de Hermalle se rendit aussi près du mambour, Alard de Pesch, pour se plaindre des agressions du châtelain de Waremme et de la violation de la trêve. Le mambour qui était du parti des Awans, ne donna aucune suite à la plainte. Dès lors, les Waroux furent encore plus décidés à se faire justice eux-mêmes.

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XI. Les Awans et les Waroux en 1325.

   Ce fut pendant ces dissensions qui existaient entre le prince avec ses adhérents et les bonnes villes, qu'expiraient certaines quarantaines jetées entre les Awans et les Waroux; savoir, la veille de la fête de saint Barthélemy qui était un samedi (23 août 1325). Le châtelain de Waremme convoqua tout son parti pour le mardi suivant à Geneffe, parce que les chefs des Waroux lui avaient signifié par un héraut d'armes que le mercredi suivant ils abattraient la porte de Geneffe qui n'était pas de grande force. Les Waroux informés que les Awans étaient convoqués pour le mardi, convoquèrent leurs adhérents pour le dimanche, jour de la fête de saint Barthélemy, afin de prévenir la réunion des Awans. Le châtelain qui ne tarda d'en être informé, convoqua à la hâte tous ses adhérents pour le dimanche, mais il n'eut pas le temps d'en avertir ceux du Brabant, sauf le seigneur de Diepenbeeck qu'on trouva chez lui.

   On voyait dans le parti des Awans les Seraing, les Limont, les Hanneffe, les seigneurs du Pas Saint-Martin, de Rouveroy, de Fontaines, de Stiers, de Bovenistiers, de Ferme, de Fooz, de Wihogne, de Rocourt, de Liers, de Flémalle, de Wonck, de Herstal, d'Oupeye, les Surlet de Liège, les seigneurs d'Heure-le-Romain, de Parfondrieu, de Vivegnis, de Melin, les Depreit, les deux fils de Jean d.'Oreye, savoir, Guillaume, seigneur de Rummen et Rennechon, les seigneurs de Villers-aux-Tours en Condroz, Godefroid de la Chapelle et plusieurs autres.

   Dans le parti des Waroux, il y avait les Hermalle, les Moumale, les Berlo, les Ville, les Waroux, les Gemeppe, les Villers près de Juprelle, les Warfusée, le vieux seigneur de Langdries avec ses cinq fils, Jean, Gérard, Thibaut, chevaliers, Raes, chanoine de Saint-Lambert, Libert, chanoine de Saint-Denis, les Harduemont, les Cerf de Huy avec une trentaine de bourgeois à cheval et plusieurs autres.

   Les chevaliers et les écuyers d'honneur, raconte Hemricourt, combattaient sur des destriers ou coursiers tellement forts qu'ils pouvaient s'y fier; ils étaient sur de hautes selles de tournoi, sans étriers; ils mettaient des plaques et des cuirasses de menu fer, ainsi qu'une chaussure de fer, et au-dessus des plaques, des riches garde-corps d'armes, armoriés; chacun avait un heaume sur son bassinet avec un joli timbre; les caparaçons de leurs chevaux étaient couverts de broderies armoriées et sous ces caparaçons il y avait une couverture de petites mailles de fer pour protéger les chevaux; les chevaliers n'osaient être coards, parce qu'on connaissait les bons et les mauvais à leurs blasons.

   Les Awans étaient réunis à Geneffe le dimanche, jour de saint Barthélemy. « Le bon châtelain de Waremme se fit armer de force et de moult puissante cuirasse; car il était démesurément fort et le plus puissant chevalier de corps, de membres et de taille qu'il y eut dans le pays. Quand il fut armé, on lui amena un grand et fort destrier qui était le meilleur des chevaux d'armes du pays; on l'appelait Moreau de Dave, parce qu'il avait été emprunté au seigneur de Daves. Le bon châtelain eut de la peine à monter dessus, mais quand il y était : « je jure Dieu et saint Georges, dit-il, que, s'il a fallu deux hommes pour m'aider à monter sur Moreau, il en faudra quatre et plus pour m'en démonter; laissez en faire Dieu et saint Georges à la garde desquels je me recommande. » Deux cavaliers furent commis « pour être à son frein et pour garder son corps en cette journée », savoir Robert de Trognée, écuyer, et Thomas de Hemricourt, bourgeois de Liège. Les Awans qui partirent de Genefï'e pour aller à la rencontre des Waroux, furent rejoints à Horion par les seigneurs de Hanneffe et de Seraing, par Amel et Fastré de. Bovenistiers et leurs piétons. Ils étaient environ deux cent soixante-dix « armures de fer à cheval » et ils se dirigèrent vers Dommartin. La passion de la guerre était tellement la passion dominante qu'on voyait tout armés, à cheval, parmi les Awans, le sire de Clermont et le vieux Wilkar d'Awans qui étaient aveugles.

   Les Waroux s'étaient réunis à Dommartin. Ils étaient bien trois cent cinquante « armures de fer, vaillants chevaliers et écuyers avec un grand nombre de piétons du rivage de la Meuse et de leurs surcéants. » Il y avait parmi ces chevaliers Messire Alexandre de Saint-Servais, qui était estropié des deux mains et d'un pied.

   Les deux armées se rangèrent en ordre de bataille dans les champs de Dommartin. Les cavaliers étaient en avant et les piétons derrière. Les bannières des bannerets et les pennonceaux se déployèrent au vent; les destriers hennissaient et se côtoyaient avec leurs riches parements. Chaque cavalier tenait son heaume sur l'arçon de sa selle pour le jeter sur sa tête. Voilà qu'arrivèrent en grande hâte, entre les deux armées, deux hérauts, Gérard Songnes et Goffin de Fétines, citains de Liège, hommes de fief du prince, pour jeter quarantaine entre les partis. A peine eurent-ils montré leur commission, que les deux partis jetèrent leurs heaumes sur la tête et poussèrent de grands cris; ils donnèrent, en même temps, des éperons à leurs chevaux et les lancèrent si vivement que les deux hérauts faillirent être pris et foulés aux pieds.

   Quand les heaumes étaient jetés sur la tête, les partis se connaissaient à leurs blasons. Chacun choisissait et assaillait celui auquel il porta la plus grande haine. Le sire de Hermalle et le bon châtelain de Waremme se cherchèrent dans la mêlée. S'étant trouvés, ils se firent de grands reproches et de vives menaces et se lancèrent l'un contre l'autre. Le sire de Hermalle était petit, mais courageux, et avait à ses côtés ses deux cousins, Raes et Eustache de Chantemerle. Ils se battirent avec fureur et furent grièvement blessés. Le sire de Hermalle ayant eu son cheval tué sous lui, tomba à terre. Arnoul de Jehay sauta bas de son cheval et courut sur lui pour l'achever; la mêlée y fut affreuse, à l'attaque comme à la défense; le sire de Hermalle et Arnoul de Jehay y périrent foulés par les chevaux. Butoir de Clermont fut tué par les Chantemerle. Le bon châtelain de Waremme, voyant ses deux frères tués, fut comme saisi de rage. Il se lança au milieu des Waroux avec sa troupe et, par ses cris, il rallia ceux de son parti. Il jeta à terre avec la selle de son cheval le seigneur de Langdries qui fut tué de ce coup. Libert de Villers-l'Évêque qui combattait dans les rangs des Waroux, fut également renversé de cheval et allait périr, quand son frère, Gérard de Straile, qui combattait avec les Awans, lui sauva la vie. Le combat se continua en plusieurs endroits, par groupes isolés, avec des alternatives de revers et de succès. Les Waroux étaient affaiblis par la mort de Henri de Hermalle, du seigneur de Langdries et de plusieurs autres chevaliers; ils soutinrent néanmoins vaillamment le dernier choc des Awans et se distinguèrent encore par leur bravoure. Les Vilhes et les Berlo battirent en retraite vers Harduemont et regagnèrent leurs maisons. Les autres Waroux continuèrent la lutte; « la mêlée fut âpre et dure; » la victoire finit par se déclarer pour les Awans.

   Dans ce combat, les Waroux perdirent soixante-cinq chevaliers et écuyers, parmi lesquels il y avait Henri de Hermalle, Jean le vieux sire de Langdries, Jean le Polain de Waroux, Lambert de Harduemont, Jean de Chier, Helin de Latines, chevaliers; Jean le Rosseal de Warfusée, Gérard son frère, Gilles Becherons échevin de Liège, Guillaume Libotea et Baudouin son frère, Jean Proidhomme, Baroteal de Beaufraipont, Jean de Benne, Henrard d'Alleur, Bastin son frère, Boyleawe de Gemeppe, Biloteal son fils, Connars son frère, etc.

   Les Awans ne perdirent que quatre chevaliers ou écuyers, Arnoul de Jehay, Butoir de Clermont, Heyneman et Rennewar de Vertbois frères.

   « Après cette pesante journée furent, à cause des nouveaux morts, commandées et jetées entre ces parties plusieurs quarantaines. » Pendant ce long terme, les chevaliers se mirent à rechercher les tournois et les honneurs du monde. (V. HEMRICOURT.)

   Comme le combat de Dommartin avait été livré, malgré la trêve et la quarantaine interjetées, l'honneur et les corps des deux partis étaient entre les mains du prince, d'après les coutumes du pays. A la demande des Hutois, le prince pardonna aux Waroux, sous la condition qu'ils le serviraient contre les Liégeois et qu'ils lui payeraient une certaine somme d'argent. Les Hutois prirent les mêmes engagements que les Waroux envers le prince. Les Awans victorieux se placèrent sous la protection de la cité qui leur fut promise.

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XIV. Paix entre les Awans et les Waroux, 1335.

   Les guerres privées entre les Awans et les Waroux duraient depuis trente-huit ans, sauf quelques interruptions, et n'avaient cessé de désoler les principales familles de la Hesbaye. Adolphe de Lamarck désirait y mettre un terme et faire supprimer la loi Charlemagne qui les rendait possibles. Il profita des circonstances qui se présentaient, surtout de l'influence de Philippe, roi de France, et de celle des princes alliés. La paix conclue a Amiens, le 30 août 1334, devait avoir pour conséquence la paix entre les Awans et les Waroux.

   Dès le mois de septembre, le prince tint à Liège une réunion générale qui comprenait, non seulement les trois États de la principauté, mais encore les princes qui avaient des territoires situés au diocèse de Liège. II leur proposa de supprimer par une loi le droit des nobles de se faire justice par la guerre et d'y entraîner tous leurs parents. L'État primaire, l'État tiers et les princes du voisinage y consentirent , mais l'État noble hésita pendant quelques moments. Il finit cependant par y consentir. Il s'agissait dès lors de décider par quels juges leurs causes seraient jugées; il s'agissait également de régler les conditions de la paix en ce qui concerne le passé. Le 25 septembre 1334-, les nobles choisirent douze arbitres et leur donnèrent plein pouvoir pour négocier la paix; ces arbitres entreraient dans l'abbaye de Saint-Laurent le premier dimanche de Carême 1335 et n'en sortiraient qu'après la paix conclue. Ces douze pacificateurs étaient, pour les Awans, Guillaume de Baudersheim, chanoine, Thierry de Haneffe, seigneur de Seraing, Louis de Diepenbeeck, sénéchal du Brabant, Jean de Rouveroy , Jean Poullain de Ferme et Fastré de Bovenigstier; pour les Waroux, Libert de Langdries, chanoine, prévôt de Fosses, Walther de Warfusée, chanoine-coste, Conrard de Berlo, Jean Boileau de Mont, Pierre de Horion et Arnoul d'Oborne. Le 8 mars 1335, le prince et les trois États approuvèrent la nomination des arbitres et leurs pouvoirs. Entrés à l'abbaye de Saint-Laurent, le premier dimanche de Carême, ils y délibérèrent jusqu'au 15 mai. Ce jour, la Paix des douze fut signée et publiée avec l'approbation du prince, des trois États, de Jean comte de Luxembourg, de Jean duc de Brabant, de Guillaume comte de Hainaut, de Guy comte de Namur et de Louis comte de Looz.

   Les principales dispositions de cette paix sont : il y aura paix générale entre les nobles, amnistie et oubli du passé et remise des dommages et dégâts; une église d'expiation sera construite dans un endroit à désigner; elle sera dédiée à la sainte Vierge et aux douze Apôtres; elle comprendra douze autels dotés, qui seront conférés à autant de prêtres par les douze pacificateurs; ces prêtres diront chaque jour la sainte Messe et psalmodieront l'office divin pour les victimes de la guerre; pour construire cette église et doter les autels, les Waroux donneront 3,500 livres et les Awans 4,000 ; on y ajoutera la rente de 100 muids d'épeautre que veut bien donner le prince-évêque; les douze pacificateurs constitueront un tribunal perpétuel pour juger les causes des nobles; au décès de l'un d'eux, les cinq restants de son lignage, lui donneront un successeur pris dans le même lignage; en cas d'un attentat commis, le châtiment ne tombera que sur le coupable et n'atteindra pas ceux de sa famille; le noble qui a commis un homicide, sera puni de mort, s'il est prouvé par des informations qu'il la mérite; dans le cas contraire, il sera banni du pays et restera exposé à la poursuite du prince; les amis et les parents de la victime n'entreprendront aucune guerre, à ce sujet, sous peine de bannissement; le noble qui aura mutilé quelqu'un, subira la peine du talion; s'il échappe à la justice, il sera banni pour vingt ans et restera néanmoins dans la poursuite du prince; après ces vingt ans, il sera censé avoir satisfait à la justice du prince, mais pour rentrer dans le pays, il devra également satisfaire à la justice du seigneur du lieu où le crime a été commis; quant aux offenses et autres injures, le plaignant pourra avoir recours à la loi du pays dans le délai fixé (tribunal ordinaire) ou s'adresser au tribunal des douze. (V. Recueil, p. 225.)

   Ce tribunal des douze contribua à rendre les guerres privées moins fréquentes.


(1)  Jean Brons de Fooz était fils de Renier de Fooz et d'Hélène, fille de Walther de Lexhi. Ce Walther de Lexhi, seigneur de Lowaige, près de Tongres, était la souche de plusieurs lignages de la Hesbaye. Jean Brons de Fooz avait trois frères, Goflin, Rennechon et Bastin. (V. JEAN D'OUTREMEUSE, t. V., p. 542.)  backtopp.gif (65 octets)

(2)  A Vert, dit l'auteur des Gesta abb. Trud. qui place le fait à l'année 1312. backtopp.gif (65 octets)

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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition, 
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, T.I, pp. 266 à 274; 407 et suiv.

   Dans le Plat-Pays, l'antique état social, avec ses Hommes-Libres et ses Hommes-Serfs, continuait à subsister.

   Il s'était quelque peu modifié çà et là, dans les Communautés qui se régissaient elles-mêmes sous le patronage du Prince, à Theux, à Verviers, à Visé, à Amai. Les Manants s'y livraient à des arts industriels, et, avec l'aisance, ils acquéraient insensiblement des franchises (1).

   Dans les autres Communautés ou Villages, les Manants nés Serfs étaient attachés à la terre qu'ils cultivaient, et tenus à de stricts services (2).

   Ils ne pouvaient changer de résidence ni disposer de leur avoir, sans l'autorisation du Seigneur; il leur fallait aussi le consentement de celui-ci, pour épouser une personne libre ou serve d'une autre Seigneurie (3).

   Leur sort ne s'améliorait que lentement, sous l'influence de causes diverses.

   En 1296, une jeune Serve, nommée Adile, du domaine d'Awans, voulut se choisir un mari contre le gré de son Seigneur (4).  Le jouvenceau, qui était de la Seigneurie de Waroux, l'enleva, et l'épousa (5).

   Le Sire d'Awans, indigné de ce rapt, redemanda la Serve au Sire de Waroux (6). Celui-ci refusa de la renvoyer, prétendant qu'elle était une personne franche. On ne voulut céder ni de part ni d'autre; et l'on en vint à se défier (7).

   C'était une prérogative des Gentilshommes, de vider leurs querelles par les armes. Bien que convaincus d'homicide ou de meurtre (8), ils n'avaient à subir aucune peine, et ils ne devaient à la famille lésée, quand celle-ci avait porté plainte, que le prix de la composition (9) Ainsi le voulait la Loi Charlemagne, encore en vigueur hors de la Franchise de Liège (10).

   Le Sire d'Awans et ses amis se mirent en quête de la Serve, pour la reprendre de force : celle-ci s'était réfugiée dans le Château de Waroux. Dans leur déconvenue, ils saccagèrent le moulin à vent et la brasserie du Seigneur de Waroux, et ils ravagèrent ses terres (11).

   Cette agression ouvrit les hostilités (12).

   Après de nombreuses escarmouches, le Sire d'Awans prit jour avec son parentage, pour aller combattre le Sir de Waroux. Dans les sept cents gens d'armes qu'il parvint à réunir, il comptait environ deux cent quinze Bannerets et Chevaliers. On parcourut la campagne sans découvrir l'ennemi. On tenta un coup de main contre le Château de Slins; on fut repoussé à plusieurs reprises. On s'irrita de ne pouvoir emporter la forteresse : on y mit le feu (13) (1297).

   Incendier une demeure, c'était un méfait capital. L'Évêque, en sa qualité de Haut-Justicier, fut obligé de sévir (14). Il fit condamner le Sire d'Awans, comme incendiaire, à la confiscation de ses biens, et alla bloquer son château. Il n'accorda la paix que moyennant une réparation publique. Le Sire d'Awans et douze Chevaliers de son Lignage s'en vinrent en l'église St-Martin en Mont : là, s'étant mis en chemise, et chacun portant sur sa tète une selle de cheval, ils s'acheminèrent jusqu'à la Cathédrale; puis, après avoir dit une prière devant le portail, ils se rendirent au Palais,  où ils firent hommage des selles à l'Évêque, en demandant merci à genoux (15).

   Cette dure humiliation ne fit que raviver les inimitiés (16). 

   Ces guerres privées étaient fréquemment interrompues par desQuarantaines. On nommait ainsi les suspensions d'armes de quarante jours. Elles étaient proclamées par l'Évêque, après chaque conflit  mortel (17).

   Les Gentilshommes ne supportaient qu'avec impatience ces repos forcés (18).

   En cette même année 1297, des gens du parti d'Awans, la nuit où expirait une quarantaine, se mirent aux champs : ils tuèrent un de leurs ennemis, et abattirent tout son bétail, qu'il conduisait déjà en lieu sûr (19).

   Pour les uns, ces faits étaient licites, ayant eu lieu à l'aube du jour; pour les autres, ils avaient été commis au clair de la lune, en temps prohibé (20).

   La loyauté de ces actes fut vivement contestée.

   On décida de trancher la difficulté par un duel public, entre un Awantois et un Warousien.

   Le combat eut lieu à Liège, sur la Place Verte, en présence des Échevins et d'une nombreuse assistance. Les deux champions luttèrent longtemps; un coup d'épée fit enfin choir le Warousien, et l'Awantois lui coupa la gorge (21).

   La joie des uns, le désespoir des autres, furent extrêmes (22).

   Les haines devinrent implacables.

   Ce ne fut plus que vengeances, rencontres et surprises dans toute la Hesbaye (23).

    *
    *        *

   En même temps que 1a Cité était livrée aux divisions des Petits et des Grands, le plat-Pays restait en proie aux guerres privées des Warousiens et des Awantois (24).

   Les Warousiens n'avaient rien abandonné de leurs vieilles idées sur l'absolue indépendance des Nobles. Ils regardaient la vengeance à main-armée comme le premier de leurs privilèges, et dans l'exercice de ce droit, ils se permettaient tous les excès.

   La Hesbaye était le théâtre d'hostilités incessantes.

   Les Gentilshommes ne se bornaient pas aux pourchasses individuelles, et aux meurtres particuliers. Parfois, ils se convoquaient en bandes nombreuses et se fixaient jour pour un combat en règle.

   La dernière de ces rencontres fut terrible, et laissa les plus vifs souvenirs. Elle eut lieu près de Dommartin, le dimanche 25 août 1325, le lendemain d'une quarantaine (25).

   Les deux partis avaient fait appel aux parents et aux amis proches et lointains. Les Awantois réunirent deux cent septante Chevaliers (26); les Warousiens, trois cent cinquante. De chaque côté, il y avait force piétons (27). Le Châtelain de Waremme commandait l'escadron d'Awans; le Sire de Hermalle, celui de Waroux.

   On s'était placé en ligne, et l'on n'attendait que le signal de l'attaque, lorsque les Hérauts du Prince survinrent, et, s'avançant entre les deux troupes, proclamèrent une quarantaine (28). On n'eut aucun égard à leurs injonctions. Les trompettes sonnèrent. Après le premier choc, chacun se mit en quête de son ennemi personnel, reconnaissable au blason et au cri. Le Châtelain de Waremme s'entreprit au Sire de Hermalle, dont le cheval finit par s'abattre. Une mêlée furieuse eut lieu autour du Capitaine renversé, qui fut tué, avec plusieurs de ses défenseurs (29)L'acharnement s'en accrut. Les piétons s'avancèrent à leur tour (30). Les Warousiens, jugeant que la journée tournait contre eux, se dispersèrent. Ils perdaient soixante cinq Chevaliers et Écuyers; les Awantois, quatorze. Ils laissaient sur le terrain une foule de leurs gens (31).

   Ce célèbre duel ne fit qu'aviver les haines et multiplier les représailles.

   En 1328, les Awantois, fidèles à la cause populaire, se trouvèrent dans les rangs des Petits à la bataille de Hoesselt. Ils subirent dans cette défaite un irréparable désastre, fatal à leur parti. Ils n'étaient plus en état de guerroyer avec avantage contre les Warousiens. Ils furent du même coup livrés à la merci du Prince, et, sur ses ordres, rigoureusement poursuivis, comme infracteurs de la quarantaine proclamée à la journée de Dommartin (32).

   D'autres conflits entretinrent le désordre.

   Les Gentilshommes en étaient venus à comprendre qu'il leur fallait renoncer au droit de vengeance. Ils consentaient à ne plus vider leurs différends par les armes, et à les soumettre à une justice régulière. Seulement, ils voulaient être jugés, non par le Prince, mais par leurs pairs, par un tribunal d'honneur (33).

   Le dimanche 25 septembre 1334,  les principaux chefs se rendirent dans la Cité, et avisèrent aux moyens de mettre un terme aux inimitiés. Ils s'engagèrent à l'oubli du passé, et publièrent une trêve de trois ans, pendant laquelle on s'interdisait tous défis et toutes violences (34). Ils chargèrent douze arbitres, six choisis par le parti d'Awans et six par le parti de Waroux, d'arrêter les conditions d'une paix générale et perpétuelle (35). D'autre part, le Prince et le Chapitre Cathédral, ainsi que les Bonnes Villes, promirent de sanctionner l'œuvre conciliatrice, et de la faire strictement observer (36)

   Le dimanche 5 mars 1335, les arbitres se réunirent au lieu fixé pour les conférences. C'était l'Abbaye de St~Laurent, lez Liège. Ils jurèrent de n'en sortir qu'après avoir accompli leur mission. Ils s'accordèrent le samedi 15 avril (37).

   Le lundi 15 mai, tous les Gentilshommes du Pays furent convoqués à Liège. Ils s'assemblèrent dans le Pré-l'Evêque, et lecture leur fut faite de la Paix des Douze (38).

   Par cette Paix, et sous le titre de Tribunal des Douze, il était créé une juridiction spéciale, connaissant des différends entre Gentilshommes (39). Les juges se recrutaient eux-mêmes, par moitié, dans chacun des deux partis (40). - C'était à ces Douze que l'on portait plainte des meurtres, des blessures, des injures, et des autres délits dont un Gentilhomme se rendait coupable. Ils condamnaient à mort, celui qui avait donné la mort (41). Ils prononçaient la peine du talion, contre celui qui avait causé des mutilations : œil pour œil, oreille pour oreille, bras pour bras, poing pour poing, jambe pour jambe, pied pour pied (42). - Les parents et les amis du coupable ne pouvaient être recherchés ni inquiétés, de quelque manière que ce fût (43). - Le Prince était investi du droit de brûler la maison du Gentilhomme convaincu d'homicide ou d'incendie, mais sans pouvoir rien s'approprier de ses biens. Il était interdit de faire remise de la peine au coupable, si celui-ci n'avait, préalablement, indemnisé la partie lésée (44).

   Cette Paix réalisait un grand progrès. Elle abolissait les anciens Us et Coutumes des Nobles. Le sang versé ne devait plus se venger par du sang, mais par des compensations pécuniaires. Le Gentilhomme qui se faisait justice lui-même, était poursuivi et puni, comme malfaiteur, par le Tribunal des Douze.

   Cette idée de justice sociale substituée à la justice privée, ne fut pas accueillie d'emblée. Elle révolta quelques vieux Warousiens. C'était, à leurs yeux, une honte et une dégradation, de renoncer à la vengeance armée, et de faire trafic du sang des siens. Les parents étaient solidaires les uns des autres : rendre individuelles les offenses, c'était, disaient-ils, briser tous les liens de la Famille, du Parentage. Pleins de courroux, ils déclarèrent qu'ils quitteraient le Pays, plutôt que de se plier à de pareilles nouveautés (45).

   Le temps était passé, où ces plaintes auraient eu de l'écho.

   Les Gentilshommes étaient désireux de jouir, dans leurs villages et dans leurs manoirs, non moins que les Bourgeois dans leurs Villes, d'un peu de sécurité. Ils applaudirent donc à l'œuvre des arbitres, qui fut approuvée, le mardi 16 mai 1335, par les autres membres du Sens du Pays, et qui fut aussitôt publiée (46).


(1) On trouve dans les chartes des renseignements utiles sur les moeurs et la vie économique du manant des Communautés. --- Les Villages étaient, en général, ouverts, et n'offraient guère de sécurité. Là où il y avait quelque manufacture, elle était peu importante, les productions premières étant rares, et les chemins en mauvais état. L'agriculture ne se perfectionnant point, les récoltes étaient peu abondantes. backtopp.gif (65 octets)

(2) Au XIIIe siècle, le Serf des domaines seigneuriaux continuait à être attaché à la glèbe avec sa postérité. Il était assujetti à la plus stricte dépendance personnelle. Il était obligé à la droiture seigneuriale « dost et de chevachie por defendre sa Terre (du Seigneur) ke muet de Vesque de Liege, et por defendre la Terre de la Glise, et le Terre de ses amis. » Il était tenu à des redevances, et à d'arbitraires services. Comme corvées, il devait couper le bois du Seigneur, labourer et moissonner ses champs, fenner ses prés, et mener les récoltes à son manoir. II ne pouvait chasser aux grosses bêtes (chevreuils ou sangliers) ; il ne pouvait avoir ni chiens au poil et à la plume, ni oiseaux de proie, etc. [Records de 1286, 1298, 1305, etc., dans le Pâwelhâr.] backtopp.gif (65 octets)

(3) Lorsque, sans l'autorisation de son maître, un manant de condition servile (glebae adscriptus) épousait une personne d'une autre Seigneurie, cette alliance constituait ce qu'on appelait un formariage (forismaritagium). Le formarié pouvait être réclamé et repris, avec ce qu'il possédait, par son Maître ou Seigneur, si celui-ci n'était pas suffisamment indemnisé. backtopp.gif (65 octets)

(4) L'Annaliste Hocsem est contemporain des évènements qui vont suivre, étant né en 1278. Ses sympathies sont, selon les circonstances, tantôt pour le parti de Waroux, tantôt pour le parti d'Awans. [Dans les Gesta Pontif. Leod., t. II, p. 331.]
   Un siècle après Hocsem, vers 1390, Hemricourt écrivit son Traitiiez des Werres d'Awans et de Warous. [Publié à la fin du Miroir des Nobles de Hesbaye, p. 327-362.]  Ce récit, très détaillé, est exact, bien que la forme en soit quelque peu dramatisée. Petit-fils d'un ancien varlet, qui avait épousé une demoiselle de Hemricourt, l'auteur a un aveugle respect pour les Gentilshommes et pour leurs héroïques prouesses. backtopp.gif (65 octets)

(5) His temporibus, inter Domum de Awans et Progeniem de Warous, cruenta nimis guerra nascitur intestina. Nam cum quidam Armiger de Progenie de Warous cum quadam divite Serva, sive potius adscripta glebae, quia proprie servitus recessit ab aula, matrimonium contraxisset, et  Dominus de Awans.... huic matrimonio dissentiret, hoc non obstante, mulieris praedictae mobilia secum detulit violenter, etc. [Hocsem, ibid., p. 331.] backtopp.gif (65 octets)

(6) Les Seigneuries d'Awans et de Waroux étaient en pleine Hesbaye, à deux lieues environ de Liège. --- Il me reste du Château d'Awans que d'insignifiants vestiges. --- Le Château de Waroux existe encore en partie. Son enceinte, en petit appareil, est remarquable : elle est de forme ovale, et n'a ni bastions ni courtines. C'est, probablement, une construction Germanique, antérieure à la venue des Romains. backtopp.gif (65 octets)

(7) « Sen fut li Sires d'Awans durement mal contens, et envoyat requere le Saingnor de Warous quil ly revoyast sa Sierve, ou ilh sen randrechoit. Ly queis respondit que ly femme disoit quelle nestoit nint Sierve. Envoiet, et renvoiet, et traitiet fut asseis entre les parties; mais finalement, nus acors ne sen pout faire; sy que li Sires d'Awans defiat le Saingnor de Warous. » [Hemricourt, Traityez des Werres d'Awans et de Warous, chapitre III.] backtopp.gif (65 octets)

(8) Hocsem dit : Même si le meurtrier portait sous son habit la tête de son ennemi : Etiamsi malefactor caput interfecti sub veste sua portaret. [Ibid., p. 370.] backtopp.gif (65 octets)

(9) Quand un Gentilhomme en tuait un autre, les parents du mort poursuivaient la querelle, soit en s'attaquant à l'homicide, soit en entrant en composition avec lui. Le Seigneur-Évêque n'était en droit d'actionner criminellement un Gentilhomme, que lorsque celui-ci avait troublé l'ordre public, soit en violant une Quarantaine, soit en saccageant, en pillant ou en incendiant une maison. Au surplus, même dans ces cas, il fallait une plainte de la partie lésée. In quibus, etiamsi excedant, nisi prius Feudalium aut Scabinorum judicio convincantur, non est Episcopo licitum capere, sive corrigere delinquentes, nec etiam in his casibus quisquam de delicto potest inquirere, nisi partis laesae querimonia praecedente. [Hocsem, ibid., p. 401.] backtopp.gif (65 octets)

(10) C'était une vieille tradition, que ces privilèges des Nobles et des Gentilshommes avaient été confirmés par Charlemagne, ce qui les fit désigner sous le nom de Loi Charlemagne. --- Erat namque Lex quaedam per abusum longis temporibus observata, quae Lex Caroli dicitur... Le bénéfice de cette loi était, à tout propos, revendiqué. Nam quoties Potens in Terra deliquerat, Carolinae Legis auxilium implorabat, et sic delicla plurima frequenter impunita manebant. [Hocsem, ibid., p. 370.] backtopp.gif (65 octets)

(11) Propter quod Dominus de Awans adversae partis braxinas et molendina destruxit. [Hocsem, ibid., p. 331.] --- « Li Sires d'Awans mist planteit de ses proismes ensemble, et remonstrat à eaz son faite et injure, et comment ilh avait sufissamment sommeit le Saingnor de Warous, et nulle bonne response ne trovoit en luy. Ilh accordont de somonre leurs amis sor une journee, et reprendre par forche la dite Sierve; et de ley faire ce que à Sierve appartenoit; et se defendue estoit, que on portast teile domage alle Saingnor de Warous, que ly fait fuist bin vengiez. Ly journee vint, et chevachont enforchiement sor le dit Hanecheaz, mais ilh et sa femme sestoyent trais en la fortrece de Warous. Et partant quil ne porent avoir la dite femme, ilh alont abatre le molien al vent et le bresine de Saingnor de Warous, et wasteir ses bins az chans. » [Hemricourt, ibid., ch. III.] backtopp.gif (65 octets)

(12Inde venenum exoritur, unde postmodum caedes multorurn Hominum crudelissimae prodierunt. [Hocsem, ibid., p. 331.]
   On fut, dès lors, constamment sur le qui-vive dans toute la Hesbaye. Chaque Gentilhomme se mit à fortifier le mieux possible son manoir, ou à se loger, tout au moins, dans une tour ayant fossés et ponts-levis. « En cely comenchement des werres dessoir dites; furent par plusseurs des Linages dessordis encomenchiez et faite plusseurs tours et atres fortreces en ce Pays por leurs corps à wardeir. »  On voit encore ça et là, en Hesbaye, des vestiges de ces châteaux et de ces donjons. --- On était toujours en armes; et maints Gentilshommes n'allaient aux travaux des champs, que la cuirasse sur la poitrine et l'épée à la main. « Chis quatre freires estoient tant apiers, legiers et de bonne volenteit, quilh , armeis de panchiers tant soilement, cascons une glaive en son poing, aloyent tot à piez sovent fois veioir leurs cheruwes az champs, et aloyent enbatre sor le tyege tos jours sor leur warde, visant de tos costeis que nus de leurs annemis ne les sorpresist. » [Hemricourt, ibid., ch. V, etc.] backtopp.gif (65 octets)

(13) Deinde Dominus de Awans, congregato magno amicorum suorum exercitu, Turrim de Sleins.... cum septingentis Equitibus conatur invadere. [Hocsem. ibid., p. 332.] --- « Là fut ilh assailhit vassalment, et hardiement skermuchiet et defendut, trait et lanchiet, dont plusseurs dedens et dehors la fortrece furent navereis; mais ly fortrece ne pout estre wangnie,... et ilh butont le feu. » [Hemricourt, ibid., ch. VII.] backtopp.gif (65 octets)

(14)  « La Loy de ce Pays est teile, que ly werre ovierte,... ly Sire de Pays ny aiet point de hauteur ne de poissanche,... mais que les parties soy wardassent dardoir ly un sor latre. » [Hemricourt, ibid., ch. XXX.]
   Comme on l'a vu ci-dessus (p. 269, note 2), les Gentilshommes, en vertu de la Loi Charlemagne, pouvaient se permettre dans leurs guerres tous les excès, à l'incendie prés, réputé un abus criminel. Cette défense d'ardoir était fondée, peut-être, sur cette disposition d'un Capitulaire que Charlemagne publia à Aix le samedi 28 octobre 797 : De incendio convenit, quod nullus infra Patriam praesumat facere, propter iram, aut inimicitiam, aut qualibet malevola cupiditate, etc. [Dans Georgisch, Corpus Juris Germanici antiqui, p. 600.] backtopp.gif (65 octets)

(15) .... Et ipsorum quilibet nudipes, sola supercinctus tunica, nudo superpositam capiti sellam portavit equinam. [Hocsem, ibid., p. 332.] --- « Mais ly amis de Saingnor d'Awans... fisent une pais alle Evesques de dit exces par teile maniere : que ilh et dousse Chevaliers de son Lynage venroient à Liege en leglise St Martin en Mont, et là se devestiroient ilh en pure leurs stroites cottes, se prendoient cascun deaz en la dite eglise une selle de cheval sur sa tieste nuwe sains chapiron, et les porteroient en Palais à Liege par devant Levesques, et ly ofleroyent en genas par caze damende; et ensy fut-il fait. » [Hemricourt, ibid., ch. VIII.]
    Cette peine antique, connue en Allemagne sous le nom de Harneschar, était le châtiment le plus fort, le plus humiliant, qu'un suzerain pût infliger, pour cause de félonie, à des Gentilshommes et Chevaliers. [Voir là-dessus Haltaus, Glossarium Germanicum Medii Aevi, t. I, p. 825, etc.]
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(16) « Nint mains ly werres demorat tos jours entre les dit partyes, et montepliant en orgoul et en félonie ultre mezure, car ly Sires d'Awans avoit gran despit et indignation de la dite amende, etc. » [Hemricourt, ibid., ch. IX.] backtopp.gif (65 octets)

(17) « Ors, poroyent chi endroit alcons saghes delle Loy de ce Pays, avoir grande admiration de ce que à cascon mors on gettoit novelles Quarantaines, etc. » [Id., ibid., ch. XXX.]
   Le Seigneur Évêque ne pouvait proclamer une Quarantaine, qu'à la demande des parents du mort; et c'était ainsi que tous les membres d'un Lignage finissaient par s'intéresser à la lutte. « Quant alcons des aydans dessoirdis estoit mors, ly Capitaine de cely coistie porkachoit tant az proismes des atres trois coisties de cely noveal mort, ou del une des dites costies, silh ne les pooit tos avoir de son acort, quil les faisoit impetreir Quarantaines por eaz bouteir en sa werre, partant quil ne sen avoient onke entremis de temps devant; encor faisoient ilh plus por amis acquerire, car alcone fois ly propres faitueles impetroient eaz meisme les Quaranteines, pour leurs proismes de leurs atres coystiez atraire en leur werre, quant ly proismes de mort ne daingnoient Quarantaines impetreir. » [Id., ibid.]
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(18) Les quarantaines donnaient rigoureusement relâche aux combats et aux meurtres. « Lesqueiles Quarantaines estoient tos jours bin tenues, queilconques haynes quil awist entre les parties. » [Id., ibid., ch. XXXIII.] backtopp.gif (65 octets)

(19) « Une foys que les Quarantaines entre eaz geteez devoyent expireir à Solea levant, ilh et alcons de ses amis soy levont devant le jour alle Beateit, quy estoit belle et cleir, et alont brisier sor unk de cheaz de Hamale, et le tuwont, et ocisont toutes ses beistes grandes et petites. » [Id., ibid., ch. IX.]
   A cette époque, la lune était communément appelée li Baité, comme aujourd'hui encore, dans les campagnes. backtopp.gif (65 octets)

(20) « Dont plainte fut faite... sy que de Quarantaines brisiez; mais ilh alligerent que ly Beateis estoit ly Soleaz quy luisoit, et quil lavoit fait de bonne heur. » [Id., ibid.]
   Ainsi, l'action aurait été illicite, si elle avait eu lieu au clair de la lune; et licite, si ç'avait été au soleil levant, à l'aube du jour, la Quarantaine cessant avec la nuit.
   Alors comme aujourd'hui, la nuit était l'intervalle entre le coucher et le lever du soleil, le temps où il fait si sombre, qu'on ne peut distinguer la figure d'un homme. Au siècle dernier, la nuitée s'étendait de neuf heures du soir à six heures du matin. backtopp.gif (65 octets)

(21) « Ly dis Champions soy assailhent, et combatirent de gran force et de gran sens...; ilh soy kebatirent longement, et quassont perilheuzement; mais en la fien fut Falos abatus, et ly dis Aynechon le tuwat desoz ly. » [Id., ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(22) « Les alcons lyez, et les alcons dolans. » [Id., ibid.]  backtopp.gif (65 octets)

(23) « Et partant que ly werre estoit tote overte entre les parties d'Awans et de Warous, les Kapitaines salont enforchier, culichier et traire sor leurs fortreces en warnisons. Là, sovent fois avenoyent plusseurs skermuches et beaz et appiers fais darmes, en assailhant, chechant et fuyant; mais qui quionke fuist prist, chestoit sains merchis, car atre raenchon ny avoit que la mort.... Adont fut ly choze teilement enchafee, que nus nosoit issir fours de sa fortrece, se ce nestoit en grant perilh. » [Id., ibid., ch. V, XIII.] backtopp.gif (65 octets)

(24) A l'an 1333, notre Libre Cité (Bona Civitas) peut se faire un titre littéraire du séjour qu'y fit Pétrarque, à la recherche de manuscrits classiques. Dans la bibliothèque de l'Abbaye de St-Jacques, il découvrit deux discours inconnus de Cicéron. Il se mit à les copier, tout en se plaignant, touriste morose, de l'encre du monastère, qui n'était pas assez noire. Vidi Leodium, insignem Clero locum.... Cum Leodium pervenissem, audito quod esset ibi bona copia librorum, substiti comitesque detinui, donec unam Ciceronis orationem manu amici, alteram mea manu scripsi, quam postea per Italiam effudi. Et ut rideas, in tam Bona Civitate barbarica, atramenti aliquid, et id croca simillimum, reperire magnus labor fuit. [Fr. Petrarchae Opera omnia, édition de 1554, p. 1048.] Ce fut dans la première quinzaine de juin, que Pétrarque s'arréta in Liegi per alcuni giorni, selon un de ses biographes. [Levati, Viaggi di Francesco Petrarca, t. 1, p. 217.] backtopp.gif (65 octets)

(25) On a vu, p. 272, qu'à chaque Gentilhomme tué, une quarantaine, ou trêve de quarante jours, était proclamée. « Car de noveal mor, novelles Quarantaines. » Le lendemain du jour où une quarantaine était expirée, on se remettait en campagne. « Anchois soleal levant, ilh fuissent tos ensemble... » « Apres les Quarantaines expireez, ilh chevachat à Bierlouz....» [Hemricourt, Traitiez des Werres d'Awans et de Warous, §§ 24, 35, etc.] backtopp.gif (65 octets)

(26) Lors de cette assemblée des Chevaliers Awantois, survint un Bourgeois de Liège, Gerard Surlet, qui, jusque-là, s'était refusé à se joindre à eux. Pour exprimer l'ébahissement qu'excitait sa présence, un Chevalier se mit gaiement à réciter un passage de Garin, Geste alors en vogue. « .... Pou apres, quant Messire Johan le Viez, Voweit de Liers, trovat le dit Messire Gerar à Geneffe armeit avoek ly Castelain, quil, tos armeis, commenchat à chanteir tot haut en sa presence : Ors est Frumons en la folie entreis!... Sen fissent ly Saingnors là present tres grant risee, et en orent gran solas.... » [Hemricourt, ibid., § 35.]
   Ce goût des lettres se remarquait également chez les Demoiselles Nobles Hesbignonnes en plein XIe siècle. Alix de Warfusée en est un exemple : « Messire Libiert de Warfesees fist sa dite Filhe Alys, par ses maistresses, nourir en grant estat, aprendre et ensengnier tos esbatemens que Nobles Damoiselle doyent savoir, de overeir dor et de soie, de lire ses Hoires, Remans de batailhe, joweir az eskas et az tables; et en toutes autres bonnes vertus estoit elle endoctrinee et ensengnie, teilement que on ne pouwist aysement troveir sa pareilhe... » [Id., Miroir des Nobles de Hesbaye, p. 6.] backtopp.gif (65 octets)

(27) Les Awantois avaient avec eux « grant planteit de Pitons de leurs Vilhes et de Rivage d'Yrne, « et les Warousiens » avoek eaz planteit de Pitons de Rivage de Mouze et de leurs sorseans. » [Id., Traitiez des Werres d'Awans et de Warous, § 45.] backtopp.gif (65 octets)

(28) « Quant ceste parties furent mises en conroy, rengiez et mises en ordinanche, et les bannires de Bannerez et pengnecheaz furent al vent desployez, et chis destriers hennissoient et soy contoyent en leurs parement, dont il y en avoit bin 220 tos coviers de plattes et de bons harnas de menut fier...., sy quil mat esteit conteit par plusseurs Chevaliers et Escuwiers qui furent sor la jornee. Et cascon tenoit son heame sor larchon de sa selle, por geter en sa tieste. Adont vinrent en grant haste, entre dois batailhe, por geteir Quarantaines entre les parties, etc. » [Id., ibid., § 46.] backtopp.gif (65 octets)

(29) « Or vos doit recordeir.... Sy que tantoist apres lassemblee, ly un queroit latre, et tant quil soy trovont; et soy corirent sus, en faisans grans reprovirs et grans maneches ly un à latre.... Là soy combatirent mervelheuzement ilh et ly Castelain, et cheaz quy estoyent deleis eaz, et furent forment navereis; mais ly diestrier de Saingnor de Hermalle fut ochis, se cheyt, etc. » [Id., ibid., § 49.] backtopp.gif (65 octets)

(30) « A ceste assemblee furent mis ly Pitons al derier des batailhes; car à cely temps, quant ly Saingnors estoyent teilement formonteis, et ilh estoyent conforteis de combatre à cheval, ilh ronpoyent une batailhe de Pitons queile quelle fuist, et les foloient tos, etc. » [ Id., ibid., § 47. ] backtopp.gif (65 octets)

(31Anno Domini 1325, dominica in crastino Bartholomaei, Progenies de Warfesees et de Warous, contra Domum de Awans, in campis prope Donmartin infauste pugnaverunt, etc. [Hocsem, dans les Gesta Pontificum Leodiensium, t. II, p. 381.] --- Anno 1325, inter Nationes et Progenies de Awans et de Warous, grave certamen in loco Dammartin committitur, in quo pars illorum de Warous succumbit, et mortui sunt plures Milites et Armigeri, ad magnum dampnum Patriae. [Northof, Chronica Comitum de Marka, dans les Scriptores Rerum Germanicarum de Meibomius, t. 1, p. 399.]
   Les détails de ce duel sont rappelés avec soin par Hemricourt.  [Ibid., § 40-55.] backtopp.gif (65 octets)

(32) Treugis tamen existentibus inter ipsos, propter quod (secundum Legem Patriae) utriusque partis Honor et Corpora in manus Episcopi ceciderunt, etc. [Hocsem, ibid., p. 381.] Les noms des Gentilshommes qui furent poursuivis par le Prince, sont mentionnés dans divers documents du temps.
   Aux termes de la Paix de Wihogne, de 1328, le Prince aurait dû poursuivre indistinctement les Gentilshommes des deux partis.  « Item. Il nos plest et est nos consentemens, ke nos devant dis reverens peres et Sires, Mesaingnor  Evesques de Liege, porsiuwe ses obligances faites par aucunes persones, soient de Liege ou de dehors, envers lui, al ocoison de la bataille qui fu entre Geneffe et Dommartin, si avant quil porra par les dites obligances, horsmis chiaus qui puis la dite bataille se en sunt acordeit à lui. Et doit parmi chest acord, de maintenant en avant, cascuns raler dun costeit et dautre, et la main remettre à tous ses biens et de eaus faire sa pure et liege volenteit paisiulement. [Dans le Liber Cartarum Ecclesie Leodiensis, fol. 320.]
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(33) Quod videntes partes ad invicem inimicae, timentes inutili sibi libertate privari, absque mediatore concurrunt, pacem ad invicem confirmando, etc. [Hocsem, ibid., p. 427.]
   Les Gentilshommes Awantois avaient désavoué le Prince comme leur Seigneur, et celui-ci avait mis en commise les Fiefs qu'ils tenaient de lui. La Paix de Flône, de 1330, l'obligeait à restituer, aux conditions suivantes, les biens des Feudataires qui rentreraient dans la sujétion :
   « Item. Disons et prononchons et entendons que tuit chil des Lynages d'Awans, de Hozemont,.... et tuit lours biens, doient estre en ceiste Pais, et les entendons en ceiste nostre presente sentence et prononciation, sauf les poins chidesouz escris. Cest asavoir. Que tuit chil des dis Linages ou de lour Acort qui sobligerent envers le Saingnour deistre si boins Subgis, et de faire envers li si que boins Subgis qui sont Hommes de Fief le Saingnour, et des queis li nons sont contenus dedens les lettres faites sur les dictes obligances, et li queis ont esteit Aidans et Aherdans à cheaus de la Citei, el tens de la dicte guerre, ou al ocquison de la guerre, --- deveront venir et venront en la presence del Saingnour, et diront chez parolez, ou semblances, sens mal engien :
   Sires! Vous dites que nos avons mespris contre vous, et que, par chu, nos avons nos Fiez perdus. Et ja soiche que nos ne quidons, sauf vostre reverence, riens avoir meffait, par quoi nos aiens de riens meffait le nostre. Non pourquant, pour vostre reverence et pour acquerre vostre benivolence, et par tant ausi que li Arbitres des parties lont ensi ordineit et prononchiet, nos volons de vous, de noveal, releveir nos Fiez, et faire à vous noveal Homage et Seriment, ensi quil est acoustumeit des Homes de Fief. --- Et ensi le doveront il faire. Et chu auzi deverat et doit le Saingnour souffiier, qui lour deverat tantoist rendre lours Fiez tout ligement, sens fraists et sens contredit...» [Dans le Liber Cart. Eccl. Leod., fol. 326.] backtopp.gif (65 octets)

(34) En ceci, on ne faisait encore qu'obéir à la Paix de Flône, laquelle avait une disposition ainsi conçue :
   « Item. Pour le bien, le pais et le profit comon de tout le Païs, ordinons et prononchons, que une bonne triwe et longe soit faite entre cheauz d'Awans des Linages desoirdis et tout lour Acort, dune part, et cheauz de Warfesees, de Waruez, de Sclachiens, de Bierlouz et tout lour Linaiges et Acort, dautre part; et que, la dicte triwe pendante, soient enlietes et deputees, de part le Saingnour, le Capitle et les Bonnes villes del Pais, alcunes bonnes persones pour traitier de pais et dacort entre les dictes parties et lours Linaiges, etc. » [Dans le Liber Cart. Eccl. Leod., fol. 327.]
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(35) « Por ordineir, faire et fermeir bonne Pais et Acort, ferme et estaubles à tos jours, entre nos les parties et nos persones, de toutes les chouzes desoir escriptes, etc. » [Paix des Douze, dans le Pâwelhâr.] backtopp.gif (65 octets)

(36) Voici un extrait de cette convention, du 8 mars 1335 : « Nos promettons et avons encovent, en boine foid et loialment, que tout chu et de quant que les XII pris et eslis par les Linaiges de Païs del Evesqueit desoir dict, por apaisenteir et mettre à fin les horribles morteils werres, haymes et rancurs qui sont et de long tens ont esteit et maintenus entre les Linaiges de Païs et leurs Aidans et Coufortans, et les mals et meffais qui sont avenus, diront, ordineront, statueront... : nos le tenrons, et le feront à toutes parties et manieres do gens teuir, faire ot aconplir, et fermement wardeir, sens embrisier ne venir encontre, etc. » [Dans le Pâwelhâr.] backtopp.gif (65 octets)

(37) Qui quidem XII apud sanctum Laurentium intrantes in principio Quadragesimae, non exituri donec perficerent inchoatum. [Hocsem, ibid., p. 428.] backtopp.gif (65 octets)

(38) Qui illic stantes usque ad Pascha, ordinaverunt Pacem, et feria III post Quasimodo, mandatis Parentelis utriusque partis Leodii coram se, et Episcopo, nec non Consilio Patriae in Prato Episcopi, hoc modo pronunciaverunt, scilicet, etc. [Ibid., p. 428.]
   Le préambule de la Paix des Douze des Linages, explique longuement les motifs qui ont nécessité la publication de cette Paix. En voici les premières lignes :
   « In nomine Domini, amen. Nous, Libiers de Landris... : Qui sumespris et esleus de part les Chevaliers, les Escuiers, le Chevetains et universelment et singulerement de part nous tous cheaus qui sont des Linages de Warfeseez, de Warouz..., et tous lours Aidans, Ahierdans et Confortans, dune part; - et nous, Wilheames de Badresen, ... qui sumes pris et eslis de part les Chevaliers, les Escuiers, les Chevetains et universelment et singuleremeut de part tous cheaus qui sont des Linages d'Awans... et de tous leurs Aidans et Ahierdans et Confortans, dautre part. - Por bonne Pais et Acord fermes et estables ordineir, faire et fermer à tous jours, entre les parties desoir dictes et lours persoues entiereinent, de toutes les guerres, morteil-faites rancurs, haymes, mals, griefs , mepriseurs et meffais, qui fais et advenus sont, tant de lune partie comme de lautre, et entre les personnes singuleirs delles, de tout le tens passeit dariers jusques à ors, sens mais à regeroyer, etc. »  [Dans le Pâwelhâr]
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(39) « Item. Statuons et ordinons entre les Linages et Parties devant dictes.... que le blechiez soy pourat plaindre,.... et sil ly plaist, se mal demonstreir à cheaus de nous les douse desoirdis, etc. » [Ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(40) "Et quant li unc de nous devierat, des queilles Parties desoirdictes que ce soit, li V de cel Partie, qui seiront demoureis en vie, esliront, uns mois tantoist apres ensiwant, aveucques eaus une aultre persone, le plus ydoines et suffisant quil saront, sour leurs serimens, en Linage de coistie le mort, qui, en cest chouses et en patronages devant dict, arat entierement le poiour de devieit, tout son viskant; et aussi en userat om del unc apres lautre perpetuelment." [Ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(41) « Quequonques des Parties et Linages deseurdis ochirat lautre, mort rechiverat, se tenus est; et sil nest tenus, il iert tantoist de ce fait miesme bannis et dechaciez hors de Pays, et en le chace le Saingnur de Pays. Et se porat qui qui soit parens ou proismes à mort, al corps de teils faitule adrechier, sens meffaire encontre la Justice ne les amis de teil faitule. Et porat chascun teil faitule detenir et aresteir sains meffaire, por luy livreir à la Justice. Et ne ly porast nuls aidier ne conforteir, por ce que soit ne estre puist; et sil le fait, il vert en point del malfaiteur, etc. » - [Ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(42) « Quiconques deaus tolrat membre à aultruy, ons ly tolrat teil membre qui tolut arat, se tenus est; et declarons membre tollus, piet ou pongne jus copeit, ou les dois oelz creveis... ---  Et declarons affollure celle qui seirat notore, si que daffollure de main entire, de brache, de jambe, de piet et dorelhe, ou de oelz creveis. Et se celluy que on creverat loelz nat que une seul oelx, adont nous statuons et ordinons que cil oelx que ons li creverat ensi soit membre perdus, et que li faitueis en soit al amende, peine et taxation , que de membre perdus sont pardesseur declareez et deviseez. » [Ibid.]
  
Il n'y a, d'après ce texte, qu'une exception à la loi du talion : c'est quand on crève un oeil à un borgne. Pour cette dernière blessure, le coupable doit perdre les deux yeux.
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(43) «... Lesqueils ne comparont, fours que le faituelez; et toutes autres maniers de gens en demourout quittes, et en pais, sens reguerroyer à nulz jours mais...»
   L'offensé ne fut donc plus autorisé à venger sou offense sur les parents et les descendants de l'offenseur. « Et ades demourront les amis de ceste Partie en pais de celle mort et meffait, sens regerroyer. Et se aucuns parens ou proismes de celuy mort voist, apres le fait advenut et departi, pour revengier le mort, aucous des proismes del faitule ochire, chil qui chu ferat seirat tantoist de son fait meisme banis et decachiez à tous jours mais, sens rapeal, hors delle Evesqueit devant dit...» [Ibid.]
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(44) « ... Et ne porat le Sires de Pays à teils faitulez son meffait pardonneir, ne luy assegureir, ne laissier  en Pays rentreir, sil nat premier asseis fait auz proismes de mort de son meffait. » [Ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(45)  At Vero : Egoné, ait Walterus Moumalius, avitam nostri Ordinis dignitatem, libertatemve mea pertinacia prodam, etc. [Fisen, Hist. Eccl. Leod., t.11, p. 86.]
   Tel fut, en effet, le résultat de la Paix des Douze : la désunion des membres des Lignages. Lorsqu'un Gentilhomme éprouva une oflense, il ne fut plus en droit d'en faire ressentir l'injure à ses parents, et de les obliger à prendre part à sa querelle : ainsi, et peu à peu, on finit par ne plus s'assister, et par se méconnaître. De ce coup, fut détruite la Féodalité.
   Un écrivain du temps, Hemricourt, constate la suppression de la solidarité familiale en ces termes dolents :
   « A chely temps (avant 1335), soy conissoient ly Parens li un latre, partant que cascons avoit besoinge de ses proismes pour ly enforchier, et plus grand besoing en avoient li Riches que li Povres, car ilh les convenoit stoffeir et warnier leurs fortreces. Sy atrayoient et blandisoient leurs povres cusiens, et nastoient nint honteux de demostreir et recordeir à eaz leur Proismeteit et Linage. Et ce abelissoit et estoit grand plaisanche à bons, et servoient volentiers et entrependoient les grans fais pour le volenteit de leurs corage. Mais à mon temps, assavoir puis lan 1335, que Pais fut faite des Linages dessurdis, sont tous chis Linages obleis, et tout amour, charnaliteit et serviche refroidie; car Chevaliers et Escuviers des l.inages dessurdis nont besongne de nul serviche, partant quil ne soy puelent werier, pour le loyen del Pais des Douse. Se nont cure de savoir quy sont leurs cuziens, et nacontent rins à leurs povres proismes, ne ly uns à latre.... » [Miroir des Nobles de Hesbaye, p. 267.]
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(46) Eodem anno,16 die maii, publicata est Pax inter Progeniosos Patriae Leodiensis.... Abusu guerrandi sublato! [Hocsem, ibid., p. 427.]
   Ce renoncement des Gentilshommes au Droit de guerre privée, mettait fin à la vie chevaleresque. Pour la Justice, les prouesses n'allaient plus être, enfin, que des brigandages. Cette appréciation nouvelle de faits tenus jadis pour héroïques, surprit extrêmement les esprits arriérés. Encore en 1395, Hemricourt s'en plaignait amèrement.
« Dantiquiteit il ayet eut grant nombre de bons Chevaliers plains de grant proëche en la marche de Hesbainge.... Et grans damages sieroit se li nons de si grand Nobleche, si grande Proëche et Rycheche quil at eut en Hasbaing, perissoit; jasoite (d'autant plus) quil y aiet à present petit remanant, dont ly Pays est afloivis durement doneur, de forche, de sens, de parement et de richeche... A present, de Chevaliers il nen y a point quarante, en queis ilh y at plusieurs qui nont cure de leurs corps traveilhier en armes, et des autres qui nen ont nint bien le poissanche : sy quen ce Pays plus quen nulle autre, toute honneur de Chevalerie et de Gens darmes est annichillee et declinee, et li forche des Frankes Vilhes ensachie et augmentee....» [Miroir des Nobles de Hesbaye, p. 2, 3.]
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09/01/2013