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La
guerre des Awans et des Waroux
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M.L. Polain :
Histoire de l'ancien pays de Liège,
Imprimerie J. Ledoux, T. II., pp. 23-47 & 97- 107 (Liége, 1847) |
C'était
la coutume au pays de Liège que les nobles et les barons se fissent entre eux la guerre,
sans que le prince pût les en empêcher. Seulement, les parties belligérantes devaient
s'abstenir de deux choses : de violer la quarantaine ou
la trêve de l'évêque et de brûler la demeure d'un ennemi, car
le droit d'arsin n'appartenait qu'au prince.
A cela près le gentilhomme avait la faculté de poursuivre impitoyablement la réparation
d'un forfait commis à son préjudice ou à celui de son lignage (1). Cet usage de tirer vengeance des injures particulières
par la voie des armes et d'y intéresser tous les siens, était un reste des anciennes
murs germaniques; mais la même loi qui obligeait les parents et les alliés à
prendre part aux guerres privées , aux feth ou fehthe, comme on les
appelait dans l'ancien langage saxon, donnait aussi à chacun le droit de rompre les liens
l'unissaient à sa famille Celui qui voulait user de cette faculté se présentait à
l'audience devant le mayeur; là, il brisait au-dessus de sa tête quatre branches
d'aune et en jetait les morceaux aux quatre coins de la salle, en présence de la foule
assemblée; puis il déclarait renoncer à tous rapports civils avec son lignage, abdiquer
tous les droits et s'affranchir de toutes les charges de la parenté (2).
La publication de la loi muée ne comprima point cette fureur des guerres
privées qui régnait alors dans tout le diocèse. A Liège même, où la sécurité des
personnes aurait dû être beaucoup mieux garantie qu'ailleurs; on voyait à chaque
instant les nobles des différents lignages ennemis, s'attaquer avec acharnement dans les
rues; et s'y égorger les uns les autres (3). Dans les
campagnes, le mal était plus grand encore; il n'y avait presque pas de baron qui ne fût
en lutte avec ses voisins.
Ces profondes inimitiés ne s'éteignaient pas facilement; les haines de
famille, semblables aux vendette
de la Corse, se transmettaient de
génération en génération comme un héritage, et sans
les quarantaines, la
chevalerie de nos contrées eût presque toujours été en guerre (4).
La quarantaine
était une suspension d'armes de quarante jours, ordonnée par le prince à la
mort de chaque baron, et que personne n'aurait osé enfreindre, à moins de s'exposer à
la vengeance du souverain. Pendant ces moments de répit, les chevaliers des lignages
ennemis vivaient en paix; on les voyait alors se visiter les uns les autres, goûter
courtoisement dans les tournois, et si, par hasard, quelque prince étranger réclamait
pour une expédition l'assistance de la noblesse liégeoise, d'un commun accord les barons
prolongeaient la quarantaine, ne voulant pas, disaient ils, satisfaire leurs haines
privées aux dépens de tout renom de gloire en ce
monde. Mais aussitôt que la trêve était expirée, ils entraient de nouveau en campagne
et se tuaient sans pitié (5).
L'une de ces fehthe,
à laquelle le pays tout entier finit par
s'intéresser, éclata en 1297, pendant l'épiscopat de Hugues de Châlons, successeur de Jean de Flandre, mort en
1292. L'influence de cette guerre privée sur les destinées futures de la bourgeoisie, les murs singulières
qu'elle met en relief, exigent que nous entrions à ce sujet dans quelques détails.
Humbert Corbeau, seigneur d'Awans et Guillaume-le-Jeune, seigneur de Waroux,
étaient les deux plus puissants barons de la Hesbaye. Ils descendaient l'un et l'autre de
ce Raes de Dammartin, qui épousa au
commencement du douzième siècle la belle Alix de Warfusée, dont la nombreuse
postérité occupait cent cinquante ans plus tard presque tout le territoire hesbignon (6).
Riches, aimant les aventures et proches voisins, les sires d'Awans et de
Waroux , suivant les coutumes barbares de leurs temps, ne pouvaient manquer de devenir
bientôt des ennemis jurés. Ils saisirent donc avec empressement la première occasion
qui s'offrit de guerroyer l'un contre l'autre.
Hanneceau de Waroux, écuyer et parent de messire Guillaume, s'était épris
d'une jeune fille demeurant au village de Dammartin et qui avait nom Adoule. Elle n'était
point noble ni de haute lignée; mais elle possédait de grands biens (7) ; Humbert Corbeau, dont elle était
vassale, la destinait à Gérard Pelage, l'un de ses cousins. Hanneceau de Waroux ayant eu
vent de ce projet, enleva secrètement Adoule et l'épousa : « Union fatale, s'écrie
Jean d'Outremeuse, et qu'on pourrait appeler à bon droit le
mariage du diable, car il en advint grande guerre et mortalité. »
En effet, le sire d'Awans fit aussitôt redemander sa vassale, disant qu'elle
était serve et que par conséquent elle n'avait pu disposer d'elle même. Mais
le.seigneur de Waroux rejeta avec hauteur la demande de son voisin. Alors, selon ce qui se
pratiquait dans les guerres privées, Humbert d'Awans envoya l'un de ses chevaliers
défier messire Guillaume et le prévenir que le mardi suivant il irait avec ses amis
ravager et piller ses domaines (8). Dans l'entretemps, il
manda tous ceux de son lignage, leur apprit ce qui s'était passé et leur raconta comment
il avait fait appel au seigneur de Waroux. Ceux-ci
se déclarèrent prêts à poursuivre la réparation de l'injure que leur chef avait
reçue; puis chacun d'eux, après avoir prononcé une formule d'association terrible, se
fit tirer quelques gouttes de sang que l'on mêla dans une coupe et tous y trempèrent
leurs lèvres. C'était le symbole usité jadis chez les peuples de la Germanie, quand
deux guerriers voulaient s'unir d'un lien fraternel (9).
Aussitôt que le défi adressé par le seigneur d'Awans au seigneur de Waroux
fut connu, on vit les barons des deux lignages se fortifier dans leurs châteaux, les
garnir de soldats, d'armes et de vivres, restaurer les fossés et les palissades, se
préparer enfin à faire bonne résistance, tous prévoyant bien qu'une guerre entamée
par deux chefs aussi puissants serait inévitablement de longue durée (10). Quelques-uns seulement refusèrent de s'intéresser au débat et se rendirent devant le mayeur, où se conformant aux dispositions
de la loi Charlemagne, ils renoncèrent publiquement à leur parenté avec l'une ou
l'autre des parties (11).
Cependant, au jour fixé, Humbert d'Awans entra sur les terres des Waroux; il
était accompagné d'une nombreuse chevalerie, les Haneffe, les Seraing, les
Hozémont, les Flémalle, les Xhendremale, les Hognoul et beaucoup d'autres encore, qui
allèrent dévaster les domaines de messire Guillaume-le-Jeune. Le seigneur de Waroux
n'étant pas en mesure d'empêcher ces déprédations, s'adressa à l'évêque Hugues de
Châlons et fit ajourner devant lui les Awans, comme larrons et meurtriers (12).
Le prélat ayant reçu la plainte, assigna Humbert d'Awans et tous ses
adhérents, et leur enjoignit de comparaître dans le plus bref délai à sa justice de l'anneau du palais. Mais les Awans refusèrent
de venir à Liége; ils prétendirent que, d'après les anciennes coutumes, l'évêque
devait demeurer étranger aux querelles privées de la noblesse, et messire Rulant de
Hozémont osa même se moquer publiquement de la justice de monseigneur de Liége (13).
Les soldats du prince, commandés par son frère messire Jean de Châlons,
maréchal de l'évêché, se joignirent alors aux Waroux et allèrent raser la tour du
seigneur de Hozémont, ainsi que les moulins de Humbert d'Awans. Ces représailles
attisèrent de plus en plus le feu des dissensions, et bientôt il ne se passa plus de
journées sans combat. Messires d'Awans et de Hozémont, ayant fait un nouvel appel à
leurs parents et à leurs amis, vinrent au nombre de plus de six cents hommes armés de toutes pièces, assiéger la
tour de Slins, forteresse où s'étaient retranchés plusieurs chevaliers du parti des
Waroux. Après d'inutiles efforts pour s'en emparer, les Rulant et les Moylerepas, alliés
aux Hozémont et qui habitaient le Limbourg, mirent le feu au château et ne s'en
retournèrent chez eux qu'après l'avoir ruiné de fond en comble (14).
C'était un attentat énorme contre l'autorité du suzerain, le droit
d'arsin, n'appartenant qu'à l'évêque seul. Aussi, monseigneur de Liège
dépêchât-il aussitôt un héraut d'armes au sire d'Awans, lui faisant savoir que si,
dans l'intervalle de huit jours, lui et ses alliés n'avaient point amendé le méfait
dont ils s'étaient rendus coupables, il irait brûler leurs villages et détruire leurs
moissons (15).
Il y eut au château de messire Humbert une nombreuse assemblée des barons
de son lignage, afin de délibérer sur le message de l'évêque, et chacun fut d'avis
qu'il fallait céder : « Monseigneur de Liège est trop puissant, dit le sire de Haneffe,
il fera marcher contre nous les bourgeois de sa ville épiscopale et nous aura bientôt
réduits à son vouloir. Accordons-nous donc avec lui, de sorte que nous puissions
continuer ensuite notre guerre privée avec les Waroux (16).
»
Le chevalier Humbert informa sur-le-champ Hugues de Châlons que lui et les
siens imploraient sa miséricorde et demandaient à faire amende de leur corps, mais non
pas de leur argent (17). L'amende honorable imposée par
l'évêque eut lieu le jour de la Pâque fleurie (1298). Ce jour là, le chef des Awans et
vingt-deux de ses adhérents se rendirent à Liège dans l'église de Saint-Martin en
Publemont, d'où ils sortirent bientôt après, couverts seulement d'une cotte étroite,
à pieds nus, et portant les selles de leurs chevaux sur leurs têtes, en guise de
chaperons. Ils traversèrent dans ce piteux équipage les rues de la cité, obstruées par
une foule innombrable et ne s'arrêtèrent que devant le portail de la cathédrale de
Saint-Lambert, où l'évêque les reçut à merci (18).
Monseigneur de Liège étant satisfait,
les Awans recommencèrent les hostilités contre les Waroux, et la guerre des lignages se
continua avec plus d'animosité encore qu'auparavant : « Aucun des deux partis ne voulait
faire de prisonniers, dit un vieux chroniqueur; on ne pouvait attendre d'autre rançon que
la mort (19). »
Il y avait alors dans la famille d'Awans un chevalier appelé messire
Aynechon, et plus communément le bon bâtard de Hognoul. C'était l'un des plus
hardis, des plus braves et des plus entreprenants de son lignage, et qui s'était
distingué maintes fois dans la défense des châteaux et dans les combats en rase
campagne; aussi le craignait-on plus que tout; autre: (20).
Ce vaillant homme de guerre demeurait
au village de Russon, où il n'avait pour se loger qu'une maison plate, assez petite, mais
il s'y était pratiqué une caverne souterraine qui avait plusieurs issues secrètes, ce
qui lui permettait toujours de se soustraire aux attaques de ses ennemis.
Une quarantaine avait été proclamée entre cet Aynechon et les Hamal qui
s'étaient rangés du parti des Waroux. La veille même du jour où elle expirait, le bon
bâtard de Hognoul surprit à l'improviste l'un des Hamal, le tua et enleva la meilleure
partie de ses troupeaux (21). Les parents de la victime portèrent plainte à l'évêque et accusèrent
Aynechon d'avoir rompu la quarantaine. Mais celui-ci, confiant dans la terreur qu'il
inspirait, se contenta de répondre que la lune brillant cette nuit-là même comme le
soleil, il avait supposé qu'il était déjà jour, et que partant tout avait été
accompli en temps et heures convenables. Personne n'osa venir témoigner contre le bâtard de Hognoul, et
Hugues de Châlons se vit contraint de le renvoyer sans lui imposer d'amende (22).
Un damoiseau du lignage des Waroux, nommé Falloz, ne put supporter que le
coupable fût ainsi absous; à son tour il accusa Aynechon de meurtre et lui fit appel
par-devant monseigneur de Liège. Le bâtard de Hognoul accepta le défi, et après avoir
vainement tenté d'accorder les champions, l'évêque leur adjugea le champ de bataille
selon les formalités ordinaires. La Place-Verte, près de
l'église cathédrale de Saint-Lambert, à Liège, fut désignée pour servir de lice (23). Pendant les jours qui précédèrent le
duel, les parrains des combattants
s'occupèrent de tous les détails de cette rencontre. On construisit des barrières et
des clôtures solides, et en dehors de ces barrières des échafauds pour les nombreux
spectateurs qui viendraient assister à cette espèce de tournoi. Aux extrémités de la
lice, on éleva des galeries destinées aux parents et aux amis des deux chevaliers; près
de ces galeries était tendu le pavillon de chacun des champions, celui de l'appelant à
droite, et celui du tenant à gauche (24).
Au jour marqué pour le combat, une foule innombrable encombra de bonne heure
les avenues de la Place-Verte, et ce ne fut pas sans peine que les chevaliers des deux
lignages ennemis parvinrent à se frayer un passage jusqu'aux places qui leur avaient
été réservées (25). Le mayeur et les échevins occupaient
une galerie adossée au grand portail de l'église de Saint-Lambert.
On attendit quelque temps la venue des deux adversaires; des acclamations
prolongées, les cris mille fois répétés de messire Falloz ! messire Falloz !
annoncèrent enfin l'approche de celui-ci. Il parut en effet à l'entrée de la lice,
précédé du seigneur de Hamal qui portait son écu, sa hache d'armes et son épée. Le
champion des Waroux était un homme de fort bonne mine, grand et robuste, et renommé pour
son habileté dans le maniement des armes (26). Les hérauts
lui ayant ouvert les barrières, il salua courtoisement les nombreux spectateurs qui se
penchaient en dehors des galeries afin de le mieux voir; puis il entra dans le pavillon de
droite qui lui était destiné.
Messire Aynechon ne paraissait pas. Cependant on savait qu'il était à
Liége; on l'avait vu entrer le matin même dans la demeure de son cousin le chanoine
Arnould d'Awans, située précisément en face du lieu du combat. Mais les portes de cet
hôtel restaient hermétiquement fermées (27).
Après quelques nouveaux instants d'attente, les échevins se levèrent de
leurs sièges; ils descendirent lentement dans la lice et le mayeur, se plaçant au milieu
d'eux, s'écria d'une voix forte : « Messire Falloz, messire Falloz, si tu es céans,
montre-toi et remplis ton devoir à l'encontre du bon bâtard de Hognoul, à
l'enseignement des hommes et des juges ici présents:.. » (28).
Il achevait à peine ces mots que le brave Falloz, armé de pied en cap, parut sur le
seuil de son pavillon; il s'avança dans le champ clos, saluant de droite et de gauche,
pendant que les Waroux et leurs partisans faisaient retentir l'air de leurs clameurs.
Après que les échevins eurent mis en garde de loi leur premier appel, et
constaté la présence de l'appelant, le mayeur prit de nouveau la parole : « Seigneur Aynechon, seigneur Aynechon, s'écriât-il, si tu es ici, viens en avant et fais de même
ton devoir à l'encontre de messire Falloz... »
Personne ne se présenta. Aussitôt les échevins mirent en garde de loi la
déclaration du mayeur, pendant que celui-ci se préparait à renouveler appel (29).
Une seconde fois la voix du magistrat se fit entendre, sans que rien
annonçât l'arrivée du champion que l'on attendait. Il était près de midi; de toutes
parts les Waroux criaient aux échevins que l'adversaire de Falloz avait pris la fuite et
qu'il fallait le condamner d'après la loi. Mais les Awans protestèrent vivement que
Aynechon ne manquerait pas à la parole donnée, et que d'ailleurs il n'était point
encore midi, qu'on le pouvait bien voir au soleil (30).
On attendit encore quelques instants, Aynechon ne paraissait pas. Alors le
mayeur redescendit dans le champ, et il se préparait à y faire le troisième et dernier
appel, lorsque tout à coup la porte de la maison d'Arnould d'Awans s'ouvrit à grand
bruit, et l'on en vit sortir le bon bâtard de Hognoul, richement armé et précédé
d'Arnould de Jehain, frère du châtelain de Waremme, qui portait aussi l'écu, la hache
et l'épée du tenant. C'était par le conseil de son cousin le chanoine qu'Aynechon
n'était pas venu plus tôt : « Rendez-vous secrètement chez-moi, lui avait-il dit, et
n'en sortez pas, quelque chose qu'on fasse; laissez votre adversaire exposé au soleil et
accablé sous le poids de son armure se fatiguer dans une longue et pénible attente; vous
en aurez alors meilleur marché » (31).
Le bâtard de Hognoul s'avança fièrement dans la lice; c'était un homme
grêle et d'assez mince apparence, mais cette chétive enveloppe cachait une âme ardente,
un corps de fer et un courage à toute épreuve; il salua comme avait fait son adversaire,
puis il entra dans son pavillon. Les échevins, en l'apercevant, allèrent se rasseoir sur
leurs sièges, les uns tristes, les autres contents, dit Hemricourt; le mayeur seul resta
debout au milieu de l'enceinte (32).
Les hérauts, qui se tenaient à l'entrée du champ, se rapprochèrent en ce
moment du chef des échevins : «
Amenez les champions, leur dit-il, qu'ils viennent prêter le serment. »
Aynechon et Falloz sortirent incontinent de leur pavillon, et se dirigeant
vers les autels construits selon l'usage aux deux côtés de la lice, ils s'y
agenouillèrent. Le rnayeur s'approcha gravement du demandeur : « Vous jurez,
lui dit-il, sur les saints qui sont ici présents et par tous ceux du paradis, que vous
avez à bonne et raisonnable cause appelé messire Aynechon en champ clos, et vous
prouverez par la hache et l'épée qu'il est vraiment coupable du meurtre dont vous l'avez
accusé (33) - Je le jure et je le prouverai, répliqua le
damoiseau de Waroux. - .Et vous, Aynechon, ajouta le mayeur en s'avançant vers celui-ci,
vous jurez aussi par tous les saints du paradis que vous êtes innocent du crime qui vous
est imputé, et vous vous en défendrez à l'enseignement des hommes ?... - Je le jure sur
ma vie et sur mon honneur, et je m'en défendrai, répondit de son côté le bon bâtard
de Hognoul (34). - Partant, s'écria le mayeur, faites-vous
justice, et gardez-vous de fraudes, sortilèges et maléfices... »
Après ces mots, les deux adversaires vinrent au milieu du champ; là, le
mayeur leur ôta les gantelets et leur prenant à chacun la main droite, il la plaça sur
un crucifix : « Vous, messire Falloz, demandeur, dit-il avec majesté, et vous
messire Aynechon, défendeur, vous voyez la très-vraie remembrance de notre
sauveur Dieu Jésus-Christ, qui mourut et bailla son sang précieux pour vous sauver;
requérez-lui merci, le priant que en ce jour il vous veuille aider, si droit avez, car il est souverain juge.:. » (35). Les deux champions prêtèrent de nouveau le serment, puis firent à
genoux leur prière et leur confession.
Pendant ce temps les parrains visitaient les armes. Cette cérémonie étant
achevée, le mayeur remonta sur son estrade où il se tint debout, et les hérauts, se
retirant aux côtés de la lice, s'écrièrent : « Videz, videz, videz, et que nul, sous
peine d'avoir le poing coupé s'il est bourgeois, ou de perdre son cheval, s'il est noble,
ne s'avise de troubler les combattants, par un cri, par un mot, par un geste !... » Puis
le mayeur levant solennellement la verge rouge qu'il tenait en main, laissa tomber ces
paroles : « Or, messires, faites votre devoir » (36).
Aussitôt les deux champions fondirent l'un sur l'autre et s'attaquèrent
avec une grande impétuosité. Falloz, qui était extrêmement robuste, dirige contre
Aynechon des coups terribles; mais celui-ci, beaucoup plus agile, parvient à les
esquiver; il presse son adversaire de tous les côtés à la fois et le fatigue par une
résistance habilement calculée. La lutte durait depuis longtemps; chacun des combattants
avait déjà reçu plusieurs blessures et le sang ruisselait sur leurs armures, mais le
succès restait incertain. Enfin les coups portés par le damoiseau de Waroux paraissent
moins sûrs; ses forces semblent s'épuiser; le bâtard de Hognoul qui s'en aperçoit
l'attaque à son tour vivement; il le heurte, le renverse, et lui mettant le pied sur la
gorge, il l'achève froidement sous lui (37).
Les échevins descendirent alors dans le champ clos; ils examinèrent avec
soin le cadavre de Falloz, puis le mayeur, levant de nouveau la verge rouge, emblème de
sa dignité, s'écria d'une voix retentissante : « Oyez, oyez, nobles et bourgeois,
clercs et chevaliers, femmes et enfants de cette bonne ville de Liége, oyez; ceci est le
jugement de Dieu : messire Aynechon est innocent du meurtre dont on l'accusait; partant,
nous le renvoyons de céans complètement absous !... »
..... Les difficultés avec le pays de Namur venaient à peine d'être
assoupies que la guerre privée des Awans et des Waroux, qui durait depuis si longtemps,
recommença avec une nouvelle fureur; des rencontres sanglantes eurent lieu à Waremme, à
Berlo, à Saint-Trond ; mais loin d'amortir le feu des
dissensions,
le nombre des victimes ne faisait qu'augmenter celui des combattants. A l'expiration de
chaque quarantaine; on voyait des barons, qui jusqu'alors s'étaient abstenus de prendre
les armes, venir se ranger du côté des uns ou des autres (38);
les villes elles-mêmes finirent par s'intéresser
à cette grande querelle de la noblesse; Liège embrassa le parti des Awans, tandis que
Huy se déclarait pour les Waroux.
La plupart des anciens chefs qui avaient entrepris cette guerre étaient
morts ou avaient été remplacés par d'autres. A l'époque où nous sommes arrivés,
c'est-à-dire en 1325, le capitaine des Awans était Guillaume, châtelain de Waremme.
Henri, seigneur de Hermalle, commandait les Waroux. La haine, que se portaient ces deux
puissants barons n'était ni moins vive, ni moins profonde que celle qui, trente ans
auparavant, divisait messires Humbert Corbeau d'Awans et Guillaume, le Jeune, de Waroux.
Comme eux; ils étaient sans cesse à s'épier, et s'efforçaient de se nuire le plus
possible (39).
Un jour que Henri de Hermalle, accompagné de ses gens, se rendait au village
de Herck, près de Tongres, il tomba dans une embuscade que lui avait dressée le châtelain de Waremme; et il y fut tellement
maltraité qu'il ne donna bientôt plus aucun signe de vie. Après l'avoir tourné et
retourné en tous sens, ses assassins, le croyant mort, remontèrent à cheval et s'en
allèrent (40).
Ils étaient déjà loin quand l'un d'eux, messire Arnould de Jehain, frère
du châtelain de Waremme, et qui haïssait le seigneur de Hermalle plus que tout autre,
s'avisa de revenir sur ses pas afin de bien s'assurer s'il n'était plus en vie. Il
retrouva le corps dans la même posture où il venait de le laisser; néanmoins il tira
derechef son épée, et lui en porta un coup terrible de bas en haut, en s'écriant : «
Sire de Hermalle, sire de Hermalle, tu t'étais vanté que je périrais un jour de ta
main, mais ton orgueil est abattu et ta parole faussée, car te voilà frappé de la
mienne. » Puis il s'éloigna et courut rejoindre ses compagnons (41).
Cependant, les valets du sire de
Hermalle recueillirent leur maître et le transportèrent à Herck, où il guérit de ses
nombreuses blessures. Le chef des Waroux n'eut plus alors un moment de trêve qu'il ne se
fût vengé. Il manda les chevaliers de son lignage et beaucoup d'autres encore, leur
remontra la violence qu'on lui avait faite, et comme il était riche et fort remuant, il
embrouilla tellement les affaires, dit Hemricourt, qu'il eut mis en peu de temps tout le
pays en feu (42).
Les quarantaines prescrites par l'évêque à la suite des dernières
rencontres expiraient le 24 Août (1325); le sire de Hermalle, prenant l'initiative,
envoya défier le châtelain de Waremme, et lui fit savoir que le dimanche suivant, jour
de la Saint-Barthélemi, il irait abattre la porte de son château de Haneffe. Des deux
côtés, on se prépara donc à la guerre. De tous les points de la Hesbaye et du Condroz
les barons arrivèrent avec leurs gens d'ar mes et leurs vassaux; les
Berlo; les Gaillard de Chaynée, les Des Prez de Neuvice, les Colonster, les Chabot, les
Julemont, les Charneux, les de Cerf de Huy; les Chantemerle et beaucoup d'autres vinrent
se ranger sous la bannière du sire de Hermalle, tandis que les Surlet de Liège, les
Chauveau de Vivegnis, les Diavelos de Herstal, les sires de Rummen et de
Villers-aux-Tours, les Haneffe et les Hozemont se joignirent au châtelain de Waremme (43).
Au jour de la bataille, les Awans se trouvèrent réunis au nombre de plus de
deux cent soixante-dix chevaliers; il y en avait trois cent cinquante parmi les Waroux,
sans compter une foule de gens de pied qui accompagnaient leurs seigneurs.
Les deux troupes ennemies se rencontrèrent le 25 Août dans la plaine de
Dammartin. Aussitôt le châtelain de Waremme se fit armer de toutes pièces. Le chef des
Awans était un homme extraordinairement gros et fort, et de la plus haute stature qu'il y
eût dans le pays (44). Quand on lui amena son grand cheval
de combat, Moreau de Dave, il eut besoin de deux hommes vigoureux pour se mettre en selle.
Quelques-uns de ses amis le blâmaient d'avoir revêtu une armure tellement pesante qu'il
lui était presque impossible de se mouvoir : « Or ça, taisez-vous, leur dit-il, et ne
vous mettez pas en peine, je vous jure que s'il en a fallu deux pour m'y placer, quatre et
plus ne m'en feront pas descendre. Laissez faire Dieu et Monseigneur saint Georges à qui
je me recommande » (45).
Pendant ces préparatifs du chef des Awans, les capitaines avaient rangé
leur monde; les bannières des lignages avaient été déployées, et les panonceaux
flottaient au vent. Les chevaliers et les écuyers s'étaient placés en avant et sur une
seule ligne, chacun tenant son heaume suspendu à l'arçon de la selle de son cheval; les
gens de pied se trouvaient derrière la cavalerie, comme cela se pratiquait généralement
alors.
On allait en venir aux mains lorsque on vit paraître entre les deux armées
Gérard Sougnet et Goffin de Fetinne, tous les deux hommes de fief de l'évêque, et qui ,
haletants et couverts de sueur, accouraient proclamer la quarantaine de par Monseigneur de
Liège; mais les barons ne firent pas semblant de les entendre, ils se couvrirent
aussitôt de leurs heaumes, et donnant violemment de l'éperon dans le ventre de leurs
destriers, ils se précipitèrent les uns contre les autres et engagèrent le combat (46).
Le premier choc fut terrible et coûta la vie à plus d'un baron; les gens de
pied donnèrent à leur tour; ils se jetèrent résolument au milieu des chevaux, des
lances et des armures, s'efforçant de désarçonner les cavaliers et les assommant
ensuite à grands coups de maillets.
Les chefs des deux partis opposés se rencontrèrent enfin et s'attaquèrent
avec un acharnement inouï. Le sire de Hermalle était petit de taille, mais brave outre
mesure (47) : il montait un excellent destrier et avait à
ses côtés ses cousins Raes et Eustache, sires de Chantemerle, qui ne s'occupaient qu'à
parer les coups dirigés contre lui. Robert de Trugnée et Thomas de Hemricourt
remplissaient le même office auprès du châtelain de Waremme.
La lutte des deux champions durait depuis quelques instants, lorsque le
cheval du sire de Hermalle s'abattit et renversa son cavalier. Aussitôt Arnould de Jehain
saute à terre, monte sur le corps du chef des Waroux et lui brise la tête d'un coup de
hache. Mais, au même instant, il tombe lui-même ainsi que son frère Butoir, frappé par
les Chantemerle (48). Alors le combat fut une vraie
boucherie; furieux de la mort des siens, le châtelain de Waremme se précipite au travers
des rangs ennemis, renverse tous ceux qui osent se mesurer avec lui, et fait des Waroux un
horrible carnage. Les Berlo et les de Ville abandonnèrent les premiers le champ de
bataille; les autres se défendirent quelque
temps encore avec vigueur, mais la victoire appartint décidément aux Awans (49).
Depuis cette sanglante rencontre, dit Jacques de Hemricourt, les chevaliers
des deux lignages se renfermèrent dans leurs châteaux et n'adressèrent plus aucun
mandement général à leurs amis pour s'assembler et se battre à certains jours fixés
comme cela s'était pratiqué jusqu'alors. Il n'y eut plus entre eux que des défis
isolés et de simples escarmouches sans grande importance (50).
Enfin, après trente-huit années de guerre, un arrangement fut conclu entre
les Awans et les Wa roux, le 15 mai 1335. Les chefs
des deux partis, au nombre de douze, s'étant assemblés à l'abbaye de Saint-Laurent,
près de Liége; y convinrent des points suivants (51) :
« Il y aura paix éternelle entre les familles, et amnistie générale des
guerres, meurtres, combats, haines, rancunes, dépits, injures, dommages, crimes, larcins,
incendies, et d'autres méfaits, sans en excepter qui que ce soit, et sans que personne
puisse jamais adresser aucunes plaintes à Monseigneur de Liége au sujet de ces dommages,
lesquelles plaintes sont déclarées nulles pour l'avenir.
» En mémoire perpétuelle de la réparation des désordres qui ont pendant
si longtemps désolé le pays, il sera construit, en lieu convenable, une église
consacrée à la Vierge, mère de Dieu, et aux douze apôtres. Les chevaliers du lignage
des Waroux, par forme d'amende et en expiation de leur crimes, contribueront à la
construction de cette église pour une somme de trois mille cinq cents livres, en bonne
monnaie de Liége; le lignage des Awans fournira également pour sa part quatre mille
livres de même monnaie, lesquelles sommes
compenseront les pèlerinages auxquels les
coupables devraient être condamnés.
» Pour tout ce qui surviendra par la suite au pays et diocèse de Liége
entre les familles divisées, comme mort d'homme, membre mutilé ou estropié, plaie
ouverte, effusion de sang, blessure, combat, coups; paroles outrageantes ou autres
injures, les coupables seront punis comme pour de nouveaux attentats, et ne seront compris
dans le châtiment que ceux-là mêmes qui auront commis le mal, laissant en liberté tous
leurs adhérents, afin de ne point renouveler ces funestes dissensions.
» Les infractions à la paix seront punies de la manière suivante :
» L'homicide recevra la mort, s'il est prouvé par les informations qu'il la
mérite réellement. Dans le cas contraire, il sera chassé du pays et sujet à la
poursuite de Monseigneur de Liège (52). Les amis et les
parents de la victime n'entreprendront aucune guerre à ce propos, sous peine de
bannissement.
» Quiconque privera quelqu'un d'un membre devra perdre ce même
membre. Si le coupable échappe, il sera banni du diocèse et soumis à la poursuite de
Monseigneur de Liége pendant un espace de vingt ou de quarante années ; au bout de ce
terme, il aura seulement satisfait à la justice de l'évêque, et pour rentrer dans le
pays, il devra également satisfaire à celle du seigneur particulier du lieu où le crime
aura été commis.
» Pour ce qui concerne les offenses ou autres injures, le plaignant pourra
avoir recours à la loi du pays dans le délai fixé, ou s'adresser au tribunal des douze, institué par la
présente paix (53), et dont les membres, nommés à vie et
choisis par moitié parmi les Awans et les Waroux, seront juges de tous les différends
qui s'élèveront désormais entre les descendants de Raes de Dammartin. »
La paix des douze, comme on nomma cet arrangement, brisa les
liens qui jusqu'alors avaient uni entre eux les membres d'un même lignage et devint une
cause de ruine pour la chevalerie liégeoise, dont la puissance, à dater de cette
époque, alla déclinant de jour en jour (54).
Ce fut précisément à la fin de cette longue guerre des barons, et comme au
soir même de la bataille, que naquirent à Liège les deux chroniqueurs qui devaient nous
conserver le souvenir de tous ces preux et nous raconter les temps héroïques de la
patrie : Jacques de Hemricourt vit le jour en 1333 ; Jean d'Outremeuse cinq ans plus tard. |
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(1) In
territorio siquidem leodiensis Ecclesiae consuetudo quaedam (si tamen consuetudo censeri
debeat) viguit ab antiquo, quâ terrae nobilibus fas est movere arma et inimicos interficere, dummodo treugas non violent, domos non effringant, à
spoliis abstineant et ab igne. HOCSEM, p. 401
- HEMRICOURT, Miroir des nobles de Hesbaye, édit. de
Salbray. Bruxelles, 1675, in-fol., pag. 545 et 546. Le titre véritable de
cet ouvrage si curieux de HEMRICOURT est : Ly traitiez
des linages. --- Il faut consulter sur les guerres privées au moyen âge,
l'excellente dissertation de DUGANGE,
intitulée : Des guerres privées et du doit de guerre par coutume. Voyez aussi BEAUMANOIR, Coutumes de Beauvoisis, impr: avec les Assises
de Jérusalem. Bourges, 1690, in-fol.
 (2)
C'est le titre LXIII de la loi. salique : De eo qui se de parentillâ tollere vult.
Si quis de parentillâ tollere se voluerit, in mallum aut in tunchinium admallare
debet et ibidem quatuor fustes alninos super caput suum frangere debet in quatuor partes,
et illas in mallo jacere debet et ibi dicere quod se et de juramento et de haereditate et
de totà ratione illorum tollat : et sic posteà si aliquis de suis parentibus aut
moriatur, aut occidetur, nulla ad illum compositio haereditatis perveniet, etc. Vide
Legern salicam, apud ECCARDUM p.108.
(3)
Et enssi avoient guerre les Mailhars a trois fors linages. Si tenoient leur garnison en la
Salvenier, et en Ysle les Yerteis. Si oirent sovent batalhe entre le pont d'Ysle et le
Salvenier; et devant les Prescheurs furent mains hommes mors. JEAN D'OUTREMEUSE, ad annum 1297 .
-- HEMRICOURT,passim.
(4)
Quarantaines y avoit sovens jeteez, et adonc estoient ches debas suspens. JEAN D'OUTREMEUSE, ibidem. -- HEMRICOURT.--- HOCSEM.
(5) Quant
triwes, respis ou quarantaines estoyent entre eaz, ilh soy hantoient et compaignoient
sovent fois az jostes, az hoveries et a toutes feistes sains mavaize retraite... Encor
faisoient ilh plus grant gentileche chilh bons saingnors anchiennement; car en temps quil
navoit entre eaz quarantaines ne nulle respit, et ilh estoyent proyez en serviche dalcons
saingnors fours de nostre pays; ilh satriwoient tant quilh sieroient fours de pays,
partant quilz ne voloient nint por leur werre renonchier alle honneur de monde ne al
serviche de leur saingnor. HEMRICOURT.
(6) Il faut lire les détails pleins
de grâce et de naïveté que donne JACQUES DE HEMRICOURT sur les amours de Raes de
Dammartin et d'Alix de Warfusée. v. Miroir des nobles de Hesbaye, pag. 5-8.

(7) Hanecheais de
Waroux en Hesbain, ung esquieir prist a femme Adoule, qui fust de Donmartin, filhe
à Simon Poreit et qui nestoit mie noble ne de linage, mains ilh avoit grant avoir. JEAN
D'OUTREMEUSE. - HEMRICOURT, Les guerres
d'Awans et de Waroux. Ces deux écrivains, à-peu-près contemporains, ne sont. pas
toujours d'accord.
(8) Si fust
corochies quant ilh le soit; et johans li Brons de Foux appellat et li dest quilh alast a
saingnour de Waroux le lundi al matin, et li dient quilh at malvaisement tenut et gardeit
sa foi et laidement lat dechut, etc. JEAN D'OUTREMEUSE. -- HEMRICOURT.
(9) JEAN D'OUTREMEUSE. -- HENRICOURT. - MICHELET, Origines du droit
français, cherchées dans les symboles et formules du droit universel. Paris, 1837, p.
197.-- JACOB GRIMM, Antiquités du droit
allemand.
(10) Et partant que ly
werre estoit tote overte entre les parties d'Awans et de Warous, les kapitaines s'alont
enforchier, enlichier et traire sor leurs fortreces en warnisons. HEMRICOURT, p. 330.
(11) Et
alcuns nobles a cel temps por eauz oisteir des debas ont noiet en disant quilhs
nestoient nint de linage. JEAN D'OUTREMEUSE.

(12) Si soy plaindit del saingnor d'Awans et de tos ses
aidans qui lavoient tout arse. JEAN D'OUTREMEUSE. --- HEMRICOURT prétend que l'évêque
était alors absent, et que la plainte fut adressée à Jean de Châlons, son frère, qui
rernplissait à cette époque l'office de mambour.
(13) JEAN D'OUTREMEUSE. - HEMRICOURT, pag. 330. -- HOCSEM, p. 331. --
JOANNES PRESBYTER.-- CHRONIQUES MANUSCRITES. -- FISEN.
(14) Ly sire d'Awans et
ly castelain de Hozemont et sy freires fisent on gran mandement de leurs proismes et
mandont ossy tot le linage des Rulant et des Moylerepas d'Ultre Mouze, qui estoient fors
et puissans, tant quil orent bin siez centz hommes armeis de warde corps d'armes,
etc. HEMRICOURT , pag. 331.

(15) JEAN D'OUTREMEUSE.
(16) « Saingnour, li
guerre nos est trop fort encontre nostre evesque qui at li peuple de Liege avecq li. Nos
ne le porons achivier ne porsuivre. Mains faisons) ung accorde a ly par teile maniere que
nos poions maintenir nostre guerre encontre nos ennemis. » JEAN D'OUTREMEUSE.

(17) JEAN D'OUTREMEUSE.

(18) Et les fist faire le jour del Pasque florie, l'an del incarnation
1298 dessus dit, a nus pies, en pures des estroites cottes, a nue tiestes, fours quilh
avoient des seles de chevals sous leur tiestes; et venir del engliese Saint-Martin en
Publemont jusqu'à lengliese Saint-Lambert. JEAN D'OUTREMEUSE.
(19) Cestoient sains merchis, car altre raenchon ny avoit
que la mort. HEMRICOURT , pag. 330.

(20) Et estoyent ly plus
hardis et de plus grant corage et entreprezure quy fuissent en leur linage, etc.... Et
navoit que une platte maison, mains ilh avoit ens une bome bonne et segure. HEMRICOURT, p.
332.

(21) Ilh et
alcons de ses amis soy levont devant le jour alle beateit qui estoit belle et cleir, et
alont brisier sor unk de cheaz de Hamale et le tuwont et ocisont toutes ses beistes
grandes et petites. HEMRICOURT, p. 332.

(22)
Plainte fut faite par devant monss.
de Liege, syque de quarantaines brisiez , mains
ilh alligat que ly beateit estoit ly soleaz qui luisoit et quil lavoit fait de bonne heur,
et estoit sy doteis que nul nozoit tesmoigner contre ly. HEMRICOURT, ibidem.

(23) HEMRICOURT, p. 332.

(24) Nous avons puisé la plupart des détails que nous donnons
sur la forme de ce duel judiciaire dans une pièce fort curieuse, conservée aux ARCHIVES
DE LA PROVINCE, et copiée par le héraut
d'armes LEFORT d'après les manuscrits de JEAN DE
PLATEA, qui vivait au quinzième siècle. Ce
document remarquable, intitulé : L'ORDONNANCE
DES CHAMPIONS, a été publié parmi les
pièces justificatives de nos RÉCITS IIISTORIQUES sur l'ancien pays de Liège. 3e édition. Bruxelles, 1842, in-8°.

(25) Ilh eut si gran nombre de chevaliers et descuwiers à
Liege que a peyne pooit on passeir parmy les chachiez. HEMRICOURT, ibidem.

(26) Chis Falos estoit
durement grans et fors.HEMRICOURT, ibidem.

(27) HEMRICOURT,
p. 333.

(28) Le maire doibt prendre
ung des boutilhons et aller emmi les champs, et faire crier ainsi : « Johan ou tel, par
son propre nom, si tu es icy, si viens avant et tout maintenant pour faire ton debvoir
encontre tel homme N., à l'enseignement des hommes et jugeurs qu'icy sont présents.» ORDONNANCE DES CHAMPIONS. ARCHIVES DE LA PROVINCE.

(29) Item quant l'appelant
est venu, on doibt par cette meme maniere appeller le retennant... Et tous ces appeaux
doibt le maire mettre en warde des hommes. ORDONNANCE DES CHAMPIONS. ARCHIVES DE LA PROVINCE.

(30) Et chilh de Warous et
de Hamale le requeroyent por li aigrement, et alencontre chilh d'Awans alligoient quil
n'estoit nint midy, et ce pooit on clairement alle soleilh voir. HEMRICOURT, p. 333.

(31) Ilh ly commandat que
point ne soy partist par quelkonkez apeal ne conseilh quil awist juxes a tant quil ly
diroit. HEMRICOURT, p. 333.

(32) Adont soy departirent ly esquevins de leur conseilh, et
alont seoir en leur siege les alcons lyez et les alcons dolans., HEMRICOURT, p. 334.

(33) Le maire doibt prendre
quatre hommes delez lui et doibt faire lever les champions et mener az saincts, l'un à
dextre, et l'autre à senestre, et lui tout au mitan, et les doibt ambedeux faire
agenouiller devant les saincts, et doibvent ambedeux ces champions à une fois mettre
leurs mains sur les SS. Et premierement doibt le maire dire à l'appelant : « Vous jurez
sur les SS. qu'icy sont, et sur tous ceulx de paradis, que vous avez à bonne cause et
raisonnable, appelé J. qu'icy est, de la meurdre dont vous l'avez encoulpé; et que tel
est que vous l'avez admis, et tel le prouverez à l'enseignement des hommes.» ORDONNANCE DES CHAMPIONS.
ARCHIVES DE LA PROVINCE.

(34) Ibidem.

(35) V. WULSON DE LA COLOMBIÉRE, Théâtre d'honneur et de chevalerie. Paris, 1648, 2 vol.
in-folio. On y trouve d'amples, détails sur toutes les espèces de combats en champ clos.
- V. aussi LA CURNE DE SAINTE PALAYE, Mémoires
sur l'ancienne chevalerie. Edit.de CH. NODIER. Paris, 1829 , 2 vol. in-8°.

(36) Adoncq doibt le maire
asvaller les six hameides et aller droit emmi la veue des deux champions, et lever sa
verge et dire : « Ors, fassiez vos debvoirs. » ORDONNANCE DES CHAMPIONS. ARCHIVES DE LA PROVINCE. - WULSON DE LA COLOMBIERE.

(37) Ly dis champions soy
assailhent et combatirent de grant force et de grant sens.... Aynechon estoit delyez et ly
atres estoit durement grans et fors; ilh soy kebatirent longement et quassont
perilheusement, mais en la fin fut Falos abatus et ly dis Aynechon le tuwat desoz ly. HEMRICOURT , p. 334.

(38) Nequident, quant un
leurs prochains cuziens en estoit mors, et les quarantaines estoient jettées, par
lesquels ilh estoyent loyez, ilh y entroient de noveal, dont en la fin, anchois les
paix faites, ly plus grant partie de cheaz qui a ce jour ne sen estoient meleis, furent
ens bouteis ly ung devant, ly altre apres. HEMRICOURT, p. 345.

(39) HENRICOURT, Miroir des nobles de Hesbaye.

(40) La fust ilh playeis et
teilement navreis quil gisoit la syque mors, et navoit en ly nul semblant de vie; ilh fust
dois ou trois fois tourneis et retourneis afin que on fuist bien certain de sa mort...
Mais tos les jugont por mort et sains esprit. Adont montont ilh a cheval et le laissont
sor les champs. HEMRICOURT , p. 340.

(41) « Sire de
Hamalle, tu testois vanteis que je moroy de ta main, mais tes orgoul est abatus et ta
parolle fasee, car tu es mort delle mienne. » HEMIRICOURT
, ibidem.

(42) Ilh estoit de grans
sens et de gran porkache et de gran richeche; sy kemelat tailement les fiseez par tot,
etc. HEMRICOURT , p. 341 .

(43) HEMRICOURT, Guerres d'Awans et
de Waroux. -- JEAN D'OUTREMEUSE.

(44) Ilh estoit demezurement fort et ly
plus poissans chevalier de corps, de membres et de grandeche de stature quy fuist en ce
pays. HEMRICOURT.

(45) « Or taiziez,
taiziez, et ne vos emayez de rins, car je vos jure Dieu et S. George que silh at covenut
enz dois a moy aydier monteir, puisque je suis sor Moreal, quilh y farat eaz quatre ou
plus anchois que je soye demonteis. Laissiez en Dieu et saint George covenir, en cuy warde
je suy commandeis.», HEMRICOURT, p. 356.

(46) Adont
vinrent en grant haste entre dois batailhes Gerars Sougnes et Goffin de Fetines, citains
de Liege, hommes de fyez a Monss. de Liege, por
jeteir quarantaines entre les parties et monstroient leur commission. Mais les parties
jetont leurs heames en leurs tiestes, et fisent un grant bruit, et ferirent chevaz des
esporons de grant volenteit les uns contre les autres. HEMRICOURT.

(47) Ly syres de Hermalle estoit
petit, mais corageux estoit outre mesure. HEMRICOURT.

(48) Anchois que lydit
monss. Ernus soy powist releveir, ilh et ses freires Butoir furent mors par cheaz de
Chantemierle. HEMRICOURT.

(49) HEMRICOURT. -
JEAN D'OUTREMEUSE. - LI BATAIE
DI DOMMARTIN , vieille chanson publiée dans le Choix de
chansons et poésies wallonnes, recueillies par MM. B. et D. Liège, Félix Oudart, 1844,
in-8°.

(50) Apres ches choses
teilement avenues demoront toutes les parties
assez clossement sor leurs fortreches et en leur warnisons et ne fissent onk puis nul
general mandement et assemblee de leurs amis por revenir a journee determinee les uns
contre les autres, mais maintes belles skermuses y avoit, etc. HEMRICOURT, p. 361.

(51) Le
texte bien complet de la paix des XII se trouve dans la chronique de JEAN D'OUTREMEUSE, manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, vol. 11, fol.
298 et suiv. SALBRAY, l'éditeur de JACQUES DE HEMRICOURT n'en a publié qu'une
traduction, et en a retranché plusieurs pièces qui doivent y être jointes.

(52) Quiconque des parties et linages
dessurdis ochiroit l'autre, mort rechevieroit se tenus ilh est, tantoist de ce faist
meisme banis et decachies four del pays del evesqueit et dyocese dessurdite et en la cache
del signour de pays. PAIX DES DOUZE dans JEAN D'OUTREMEUSE, fol. 299, Vso.

(53) Li blechies soy porat
pleindre et de chu avoir recours a le loy de pays, dedens le temps quelle warde que on
doist telle pleinte faire. Et se pleindre ne aleir ne veult a le loy de pays, ilh poroit
silh ly plaist son mal demonstreir a cheaz de nos XII , etc. PAIX DES DOUZE. Nous ne donnons ici que la substance des principaux
articles de la paix de XII.

(54) Puis
l'an 1335 que pais fust faicte des lynages dessurdis, sont tous chis lynages oblieis, et
tout amour, charnaliteit et serviche refroidie, car chevaliers et escuwiers des lynages
dessurdis nont besongne de nul serviche partant qu'il ne soy puelent werier por le loyen
del pais des XII, se nont cure de savoir qui sont leurs cuziens, etc. JACQUES DE HEMRICOURT, Miroir des nobles de Hesbaye, p. 267.
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