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La paix de Seraing ou de Vottem
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Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. XIIIe et XIVe siècle,
Edition Demarteau, pp. 335-336 (Liège, 1890)
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Les
plébéiens, c'est-à-dire, les métiers, avaient obtenu du chapitre, pendant
l'interrègne, le privilège qu'ils pourraient choisir un des deux bourgmestres dans leur
sein et ils avaient extorqué, par la menace, des échevins et patriciens qui gouvernaient
la ville, les privilèges que, sans le consentement des métiers, aucun impôt ne pourrait
être établi dans la cité, aucune pension ne pourrait être vendue, et aucun présent ne
pourrait être fait aux souverains; et enfin que la milice urbaine ne pourrait être
appelée sous les armes. Au mois d'avril 1303, le chapitre avait promis son assistance aux
plébéiens contre les échevins et les patriciens qui voudraient prendre et lever fermeté
en la cité.
On ignore si les plébéiens avaient gravement abusé de ces privilèges,
mais le fait est que les nobles, les échevins et les patriciens qui en étaient
mécontents, voulurent ressaisir leur ancien pouvoir et faire révoquer ces privilèges.
Ils parvinrent à faire partager leurs sentiments par le prince; mais prévoyant une
résistance armée, ils firent, le 21 mai 1307, un traité d'alliance avec Arnoul, comte
de Looz. Le comte leur promet main-forte contre le peuple de Liège pour le
rétablissement de l'autorité du prince; Thibaut de Bar, Jacques de Cor, Jean de Lardier,
Jean Sureles, Heun Franckars de Saint-Servais, Jean de Cor et Bauduin de Dinant,
échevins, Bauduin Legrand, Jean Gilemans, Louis Sureles, Gobert de Dinant et plusieurs
autres patriciens, de leur côté, promettent au comte qu'ils lui donneront aide et
assistance contre toute tentative de représailles de la part de la cité et des bonnes
villes. (V. SCHOONBROODT, n° 480.) Les privilèges ont-ils été
révoqués? Est-ce cette révocation qui a occasionné la révolte qui éclata contre le
prince et les patriciens? On l'ignore. Le prince et les patriciens, débordés par le
peuple en armes, sortirent de la cité et se retirèrent à Maestricht. Le tribunal de
l'official y fut également évoqué. Le prince leva une armée, mais avant de commencer
les hostilités, il employa les voies judiciaires. Les chefs des révoltés furent cités
devant la cour des échevins qui, ne pouvant siéger à Liège, siégerait à Vottem, le
17 août 1307. Les plébéiens en armes allèrent occuper Vottem avant l'arrivée du
prince et de la cour de justice. Le prince arriva, le 17 août, à Vottem, à la tète de
son armée, mais voyant les Liégeois décidés à lui résister, il renonça à tout
combat et accueillit la médiation des chanoines favorables au peuple, sous la condition
qu'on lui livrât quarante otages en garantie de l'exécution de la paix. Ce qui eut lieu.
Les négociateurs conclurent la paix à Seraing sur Meuse, le 19 août 1307; le prince
accorda une amnistie pleine et entière aux Liégeois et confirma les privilèges qui leur
avaient été accordés. Il consentit même à ce que le nombre des métiers, de douze fut
porté à trente-deux, pour faciliter leurs réunions et leurs délibérations. Le prince
qui était témoin des aspirations des plébéiens dans toutes les grandes villes des pays
voisins, préféra s'attacher les plébéiens de Liège par des concessions. Il suivit la
même ligne de conduite à l'égard des Malinois. |
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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition,
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, T.I, pp. 301 et suiv. |
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Toutes les dispositions étant bien
prises, l'Évêque fit annoncer qu'il se rendrait le samedi 19 août au Péron de Vottem,
pour tenir un plaid; et que, après le jugement des séditieux notoires, il marcherait
contre la Cité, qui serait traitée selon ses mérites (1).
Au jour dit, l'Évêque sortit de Maestricht à la tête de ses bandes
armées. En arrivant à Vottem, il trouva les Petits postés en avant du Péron (2). Leur attitude résolue lui ôta l'envie de combattre.
Il offrit de s'entremettre officieusement entre les Grands et les Petits (3). Sur son conseil, ils désignèrent quelques personnes, qui se
rendirent à Seraing pour conférer. La Paix de Seraing fut scellée le lendemain
dimanche (4). (20 août 1307.)
Cette Paix consacrait les droits politiques des Bons Métiers.
Elle maintenait le partage du gouvernement entre les Grands et les Petits, et l'égale
participation des uns et des autres aux offices et aux honneurs publics (5).
C'était une solennelle reconnaissance de l'affranchissement des Petits.
Les Échevins et les Grands ne mirent guère à profit cette leçon de la
défaite. Ils étaient à peine rentrés dans la Cité, qu'ils l'agitaient pour restaurer
leur antique prédominance. |
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(1)
Episcopus exercitum colligit, ut multos de Plebe apud Vothem abjudicari faciat per
Scabinos. [Hocsem, ibid., p. 349.] -- Ut ex Popularibus multi apud
Voethim proscribantur. [Chronicon Trudonense, ibid., p. 412.]
Ainsi que cela avait été statué en 1255, lorsqu'on traitait de la Paix
de Bierset (voir ci-devant, p. 226), l'Evêque avait le droit d'ouvrir un plaid à
Vottem, quand les Échevins de Liège ne pouvaient siéger dans leur Destroit.
Cette fantaisie de Henri de Gueldre, que le Peuple n'avait trouvée ni bien
dure, ni bien sérieuse, allait devenir pour les Evêques un précédent indiscutable.

(2) Sed Populus armata manu praeveniens,
obsistit Episcopo ne faciat quod intendit. [Hocsem, ibid., p. 349.]

(3) L'analiste
Hocsem est ici, avec beaucoup de mots, peu explicite, tant il est défavorable au
Populaire. Episcopus vero, considerans non esse tutum cum tanto Populo dimicare,
intervenientibus quibusdam, sub spe futurae pecuniae, receptis obsidibus, pace facta,
recessit; postmodum cum Populo concordavit. [Ibid., p. 349] Le
Populaire dicta les conditions de la paix, ce que Hocsem a soin de ne pas
dire.

(4) Aucun de
nos Pâwelhârs ne contient le texte de la Paix de Seraing. Elle fut
conclue Lan mil CCC et VII, le dimence apries lassumption Nostre Dame en aoust
(20 août); elle fut mise en garde de loi par les Echevins le Lundi devant la feste
saint Giles (28 août).

(5) Episcopus
vero...pace inter partes tractata, recessit, et Populo noviter concessa confirmavit.
[Zantfliet, ibid., p. 155.]
A la suite de la Paix de Seraing, le nombre des Bons Métiers, qui
était de vingt, fut porté à vingt-cinq.
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Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age
Edition L. Demarteau, T.I., pp. 277 et suiv. (Liège, 1909) |
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Assuré de l'alliance du duc de Brabant et du comte de Looz, le prince-évêque se
persuada qu'il pouvait frapper un grand coup, et il vint, avec son armée, camper à
Vottem, le 17 août 1307 (1). L'intention était évidente :
Vottem, depuis 1255, était un des endroits légaux où les échevins de Liège pouvaient
rendre la justice comme au Destroit ou à la Chaîne en Gérardrie, et il
était à prévoir que le prince y ferait poursuivre par eux les chefs de la rébellion
liégeoise.
Pour conjurer ce coup, qui leur aurait été aussi funeste
que du temps d'Henri de Dinant, les métiers accoururent en armes à Vottem, bien
décidés à empêcher les échevins de prononcer la sentence en s'emparant du lieu
sacré. Que se passa-t-il alors? On ne sait au juste, mais nos sources nous disent que le
prince-évêque, voyant le nombre et la résolution des citains, ne crut pas prudent d'en
venir aux mains et préféra traiter (2). Les Liégeois
consentirent à lui livrer quarante otages et, quelque temps après, la paix était
signée à Seraing pendant l'automne de 1307,
puis
proclamée au Perron.
On n'en connaît pas les clauses, mais un historien qui
paraît en avoir vu le texte nous apprend que tous les torts, tant privés que publics,
furent couverts par une amnistie, ce qui allait de soi (3).
Pour le reste, les échevins et les conseillers fugitifs rentrèrent, et ces derniers
reprirent leur place dans le Conseil, où prévalait de nouveau le principe de la parité.
Nous savons les noms des deux maîtres de 1311-1312
et
de 1312-1313; ce sont, chaque fois, un patricien et un plébéien (4).
Mais à vrai dire, la parité n'était plus que
matérielle. Il apparaissait de plus en plus que le parti populaire constituait la vraie
force de la Cité : seul il avait l'entrain, l'initiative, l'esprit de décision et
d'entreprise; le patriciat, confiné dans le régime légal de la parité comme dans une
forteresse, y étouffait. |
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(1)
V. Hocsem, note précédente; Warnant, p. 253.

(2) Episcopus
vero considerans non esse tutum cum tanto populo dimicare, intervenientibus quibusdam sub
spe futurae pecuniae receptis obsidibus pace factâ recessit, postmodum cum populo
concordavit. Hocsem, p. 349.
Per episcopurn Theobaldum, scabinis a civitate exeuntihus,
armatorum exercitus colligitur, ut ex popularibus multi apud Voettim proscribantur. Sed
obstante in armis populi universitate, concordia intervenit. Chron,. S. Trud. Contin.
III, p. 239.
Quadraginta ex ditioribus et valentioribus
communitatis episcopo deliberantur et captivantur --- Post hec episcopus apud Serain le
Barge de pace Leodiensiurn tractans eos ad invicem concordes fecit. Warnant, p. 254.
Henaux, t. 1, p 302, se croit autorisé à donner un
démenti aux sources et il écrit : « Le populaire dicta les conditions de la paix, ce que Hocsem a soin de ne pas
dire. » Il résulte du témoignage concordant de Hocsem, de Warnant et des
chroniqueurs de S. Trond, que c'est Thibaut qui a dicté les conditions de la paix, et la
suite des faits le montre à l'évidence.

(3)
Fisen, Il, p. 45, d'après Archia
Civitatis.
L'acte existait encore en 1409; il faisait partie de
ceux qui furent rendus après la bataille d'Othée à la ville de Liège, et il est
désigné comme suit dans le catalogue des documents restitués : « Item unez lettre en rommans, scellés du scel de Thiebaut evesque de Liège, par
les quelles ledit evesque quitte ceuls de sa Cité de Liège les meffais qu'ils avaient
contre lui et sont de l'an mil CCC et VII. » Fisen l'a vu aux Archives de la Cité et lui
donne la date du 20 août et il semble que Henaux en ait eu connaissance puisqu'il écrit,
t 1, p 302 : « Elle (la Paix
de Seraing) fut conclue l'an mil CCC et VII le dimanche aprés l'Assomption de
Notre-Dame en aoust (20 août) et mise en garde de loi par les échevins, le lundi
devant la feste Saint-Gilles (28 août). »

(4)
1311-1312 Jean Surlet, Jean le Moine, tanneur. Acte du temps dans Louvrex, t Il, p. 10
1312-1313, Jean de Saint-Martin, échevin, Jean du Pont. Acte du temps dans Louvrex, t.
Il, p. 9.
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F. Magnette :
Précis d'histoire Liégeoise,
1re éd., Vaillant-Carmanne, p. 92 |
| Thibant de Bar. |
On le vit clairement, quand le nouvel évêque, Thibaut de Bar (13 mars
1303-29 mai 1312),
eut pris possession de son siège. Le prince se mit résolument du côté du patriciat
lors des conflits qui venaient de surgir entre les échevins, les jurés des lignages et
les chefs du peuple. Il se jeta à corps perdu dans la lutte. Il s'assura de l'appui du
comte de Looz.et même du duc de Brabant, Jean Il L'évêque et les Grands étaient de la
sorte en face des Petits, soutenus par le Chapitre. Les partis se virent sur le point d'en
venir aux mains. |
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La Paix de Seraing
égalité des sièges au sein du corps
des
jurés
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Mais,
au dernier moment, le prince hésita à entamer
l'action suprême ; des pourparlers s'engagèrent et il en
sortit
la paix de Seraing (novembre 1307). Une
amnistie
fut proclamée, mais ce qui importe seul ici et ce qui fait de
cette paix
un acte du plus haut intérêt et de l'année 1307 une nouvelle date dans l'histoire des
progrès
des libertés liégeoises, c'est que les accords imposés en 1303 se trouvaient acceptés
et confirmés de part et d'autre. En conséquence, le Conseil et les maîtres devaient
être recrutés à parts égales dans les deux classes sociales qui se disputaient la
suprématie politique. En effet, les documents de l'époque font désormais connaître les
noms des maîtres plébéiens. |
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Il semblait donc que la concorde aurait pu régner dès
lors; les chefs des grandes familles se faisant une raison et acceptant le fait accompli.
Mais il n'en fut rien. Au contraire, ceux-ci, se sentant déjà au sein du Conseil comme
débordés par l'activité qu'y' déployaient les représentants des métiers, voyant les
forces démocratiques se développer avec l' augmentation même du nombre des métiers,
porté à 25, résolurent de se livrer à un effort suprême pour reconquérir leurs
positions perdues Ils crurent le moment favorable venu par 1a mort de Thibaut de Bar et la
nécessité de nommer un mambour, chargé d'administrer le pays jusqu'à l'élection d'un
nouvel évêque par le pape.
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H. Pirenne :
Histoire de Belgique,
Edition Henri Lamertin t..II, pp. 33-34 (Bruxelles, 1903). |
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Les patriciens durent reconnaître qu'ils n'avaient pas justement apprécié la force de
leurs adversaires. Pour récupérer le terrain perdu et soutenir une lutte qui, à
l'exemple de la capitale, avait éclaté dans tous les « bonnes villes » de la
principauté, ils comprirent que d'énergiques efforts étaient indispensables. A
Saint-Trond, une gilde d'arbalétriers destinée à maintenir le peuple dans l'obéissance est organisée (1). En même temps, s'inspirant de l'alliance des
Leliaerts flamands avec Philippe le Bel, le parti aristocratique cherche à
s'assurer les secours du duc de Brabant, pour être « remis et restablîs en teil estal
ou en melhor ke nous astiens quant li communs ki orendroit governe, se revela (2) » Il se rapprocha également de l'évêque Thibaut de Bar qui,
mécontent de l'influence croissante du chapitre dans le gouvernement, accepta avec
empressement leur concours. Ainsi le sort de l'administration même du pays dépend
maintenant des péripéties du conflit entre le patriciat et les métiers. Deux ligues
hostiles se constituent d'une part le chapitre et les « petits », de l'autre l'évêque
et les « grands », et, entre elles, la guerre est à la veille d'éclater. Mais au
moment d'engager la bataille que lui offraient les métiers, l'armée adverse hésita. On
négocia au lieu de combattre et la paix conclue à Vottem confirma une fois de plus les
conquêtes des artisans (1311). |
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(1)
Bormans et Schoolmeesters, loc. cit. p. 114.

(2) Ibid,
p. 73.
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