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Le Mal Saint-Martin et la paix d'Angleur




 

 

 

 

 


 

 

 

Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. XIIIe et XIVe siècle,
Edition Demarteau, pp. 381 et suiv.  (Liège, 1890)

   Dès que le chapitre eut appris la mort du prince-évêque, le doyen, Jean de Cange, fixa un jour pour l'élection d'un mambour de la principauté. Il se forma bientôt trois partis. Le chapitre prétendait avoir seul le droit d'élire le mambour, parce qu'il avait seul le droit d'élire le prince-évêque. Les nobles prétendaient avoir le droit de concourir à l'élection du mambour, parce qu'ils l'aidaient à défendre et à gouverner la principauté. Enfin, le comte Arnoul de Looz soutenait, avec quelques-uns des siens, que la mambournie était un fief héréditaire dans sa famille. Le chapitre maintint son droit et élut seul le rnatnbour du pays, savoir le prévôt Arnoul de Blankenheim, (V. HOCSEM, p. 356 ; Gesta abbat. Trud., p. 245)

   Le comte Arnoul de Looz et les nobles du pays qui n'avaient pu empêcher cette élection, en éprouvèrent un vif ressentiment. Le mambour jouissait de la sympathie de la bourgeoisie et il était décidé à défendre ses franchises contre les patriciens et les échevins, et en même temps de maintenir l'ordre et de faire respecter la loi. Un de ses premiers actes fut d'ordonner une quarantaine entre les Waroux et les Awans. Quelques seigneurs du parti des Waroux violèrent la quarantaine en se livrant à des voies de fait contre ceux des Awans. Le mambour ne laissa pas cette violation impunie. Il prit et détruisit le château de Hollogne-sur-Geer, qui appartenait à Jean de Harduemont et fit trancher la tête à trois des plus coupables (20 juillet 1312). Cet acte de justice mécontenta les Waroux. Ils s'allièrent presque tous avec le comte de Looz et les échevins. La guerre civile était imminente. Le comte Arnoul se concerta, à Huy, avec les nobles et les patriciens pour s'emparer de la mambournie et porter ceux-ci au pouvoir dans la cité. L'exécution du projet fut fixée au 4 août.

   Dans la cité, le mambour et les chanoines tréfonciers s'allièrent avec les métiers pour leur défense commune. Ils ne tardèrent point de se préparer à une vigoureuse résistance.

   A la demande des patriciens et des échevins, le chapitre convoqua les trois États pour délibérer sur les différends qu'il y avait au sujet de la mambournie et de la guerre privée des Waroux et des Awans. Ils se réunirent, le 3 août, et entendirent le comte de Looz qui revendiquait la mambournie comme un fief héréditaire dans sa famille. N'ayant rien obtenu, le comte sortit ce jour de la cité pour revenir le lendemain avec ses soldats.

   Dans la soirée, les nobles, les patriciens et les échevins se réunirent dans la maison de Goflin de Cange, située rue Féronstrée, et convinrent d'un plan d'exécution. Ils occuperaient le Marché; ils en rendraient l'accès difficile en tendant des chaînes aux avenues et ils incendieraient la halle des bouchers, située à côté de l'hôtel de ville, pour produire du désordre. On comptait, parmi leurs chefs, Goffin del Cange maïeur et Jean de Surlet qui firent adopter le plan, malgré l'avis contraire des plus sages.

   Le mambour qui en fut informé, avertit le bourgmestre Burchard et fit réunir les drapiers tout armés dans leur halle. Les bouchers furent également réunis tout armés dans la leur. Les tanneurs et les vignerons furent avertis de se tenir prêts, pour accourir au premier signal de la cloche appelée Henri. Le mambour veillait et avait sa maison remplie de gens armés.
   Les patriciens se rendirent pendant la nuit au Marché et attaquèrent vivement la halle des bouchers qu'ils voulaient incendier. Les bouchers se défendirent vaillamment et jetèrent des pierres sur les assaillants. Il y eut des blessés et des morts en bon nombre. Le chanoine tréfoncier Walther de Brunshorne, dès qu'il apprit que le combat était engagé, courut au Marché pour engager les patriciens à cesser le combat. Ses paroles de paix ne furent point écoutées. Blessé au côté par un jeune homme, le chanoine tira son épée et tua le jeune homme qui l'avait blessé, avec sept autres, mais il resta lui-même sur place, accablé par le nombre.

   Les drapiers donnèrent le signal convenu. Les tanneurs, qui demeuraient tous Outre-Meuse, passèrent le fleuve dans des bateaux et furent bientôt rejoints par les vignerons. Le bourgmestre Burchard le Foulon se mit à leur tête pour les conduire au Marché. Dans la rue Féronstrée, ils rencontrèrent une troupe de patriciens qui portaient le maïeur blessé à sa maison. Ils les refoulèrent et leur enlevèrent le blessé qu'ils mirent en pièces. Arrivés au Marché, ils tombèrent sur les patriciens qui soutinrent vaillamment le choc.

   Le prévôt Arnoul de Blankenheim, à la tête des chanoines, de leurs serviteurs et d'autres gens armés, se rendit également au Marché et y attaqua vivement les patriciens. Les bouchers assiégés dans leur halle luttèrent avec le plus grand courage.

   Les patriciens, attaqués de trois côtés à la fois, craignaient d'être accablés par le nombre des plébéiens, car la foule grossissait toujours. Ils résolurent de battre en retraite vers le Mont Saint-Martin où ils espéraient que le comte de Looz viendrait les rejoindre. Passant par le Vieux Marché, ils gravirent le Mont Saint-Pierre, tout en combattant contre les plébéiens qui les poursuivaient. Ils s'arrêtèrent près de l'église de Sainte-Croix; résolus de s'y défendre contre les troupes du prévôt qui les poursuivaient; ils bouchèrent l'avenue par la Sauvenière pour ne pas être pris en flanc. Le prévôt les chargea avec vigueur, mais il y trouva la mort; ses soldats durent reculer et battre en retraite par la Sanvenière. La nouvelle de la mort du prévôt, tout en affligeant les plébéiens, leur inspira des sentiments de vengeance. Le bourgmestre Burchard les réunit tons et les reconduisit au combat. Les patriciens, tout en reculant, se défendirent avec énergie; les uns se réfugièrent dans l'église de Saint-Hubert; les autres, tout en combattant, atteignirent l'église de Saint-Martin. Ne pouvant sortir par la porte de la ville pour se sauver, car ils la trouvèrent fermée, ils s'enfermèrent dans l'église de Saint-Martin. L'arrivée des houilleurs par la porte de Sainte-Marguerite et celle des habitants de Vottem achevèrent la défaite des patriciens. Ne pouvant forcer l'église de Saint-Martin, les plébéiens y mirent le feu. Plus de cent patriciens y périrent dans l'incendie.

   Le bourgmestre, après le triomphe complet des plébéiens, les renvoya à leurs foyers. Ceux des faubourgs et des villages, en retournant, rencontrèrent le comte de Looz qui arrivait avec ses chevaliers au secours des patriciens. Ayant appris leur défaite, il rebroussa chemin. D'autres plébéiens, en descendant le Mont Saint-Martin, forcèrent une trentaine de maisons près de l'église de Saint-Hubert et massacrèrent les patriciens qui s'y étaient réfugiés. Dans la cité, les maisons des patriciens furent également envahies et pillées et plusieurs patriciens massacrés.

   Jean Dupont, ancien bourgmestre, qui appartenait au parti des patriciens, avait trahi à la fois et les patriciens et les plébéiens. Pendant qu'on se battait au Marché, il était resté dans l'inaction chez lui ; quand les plébéiens triomphaient au Marché, il les engagea à ne pas poursuivre leur triomphe; quand les patriciens voulaient se sauver par la porte de Saint-Martin, il les en empêcha en fermant la porte. Sa trahison y ayant été découverte, il fut arrêté par le bourgmestre Burchard qui le fit écarteler et jeter ses membres dans le feu qui dévorait l'église.

   Cette lutte entre les patriciens et les plébéiens porte dans l'histoire le nom de La Mâle Saint-Martin. Elle a été décrite par Hocsem, par l'auteur des Gesta abb.Trud., par Mathias de Lewis et Jean d'Outremeuse. Les patriciens y perdirent cent et vingt des leurs et les plébéiens soixante. Parmi les patriciens, il y avait Jean et Louis de Surlet, Jean de Rosa, Jacques de Cornu, Baudouin et Henri de Saint-Servais, tous les échevins, sauf quatre. Les plébéiens, exaltés par leur victoire, bannirent les patriciens et les échevins.

   Le chapitre nomma un successeur à Arnoul de Blankenheim dans la mambournie, savoir, Gérard seigneur de Diest et après lui Alard, seigneur de Pesche, qui appartenait au parti des Awans.

   Le comte de Looz usurpa les pouvoirs de mambour avec l'appui des nobles. Il établit des baillis et des maïeurs dans le Condroz ; il s'empara des revenus de la mense épiscopale; il prit et démolit le château de Waleffe; il rendit la liberté aux malfaiteurs que le chapitre y avait fait enfermer. Ces usurpations provoquèrent une répression sévère. Le 8 octobre 1312, l'official de Liège ordonna au curé de Waleffe et à celui de Sainte-Marie à Huy, si les faits cités à la charge du comte de Looz étaient vrais, de le déclarer excommunié et de cesser les offices divins dans tous les endroits où il se trouvera. Le 19 octobre, les curés de Waleffe et de Huy déclarèrent que les faits cités étaient vrais et qu'ils avaient fait les publications demandées. (V. SCHOONBROODT, n° 498 et 499.)

   Arnoul, comte de Looz, ne tarda pas de renoncer à la mambournie. Le 3 novembre suivant, il se présenta devant le chapitre et reconnut que ni lui, ni ses ancêtres n'y avaient jamais eu droit. Il reçut, dès lors, l'absolution des peines qu'il avait encourues. (V. FISEN, p. 52.)

   Le comte Arnoul négocia, dès ce moment, la paix entre les patriciens et les plébéiens. Il fut convenu que les deux partis se soumettraient à l'arbitrage de huit arbitres dont quatre seraient nommés par le chapitre et les plébéiens et quatre par le comte de Looz. Les quatre arbitres de la cité et du clergé furent Jean de Wilhembrenges et Nicolas Païen chanoines de Saint-Lambert, Arnoul de l'île, chanoine de Sainte-Croix, et Colard de Hersta citain de Liège. Les arbitres nommés par le comte de Looz furent Jean d'Oreye, chevalier, Henri de Roloux écuyer, Bareit del Change et Piron Boveais échevins de Liège (20 janvier 1313). Ils se réunirent à Angleur et y prononcèrent, le 14 février, l'arbitrage suivant : il y a pardon, oubli, amnistie du passé; les dépenses faites par le conseil communal restent à sa charge; les biens enlevés à des particuliers seront restitués; 1'organisation communale restera telle qu'elle est en ce moment; les bannis pourront rentrer; ils pourront faire partie du conseil communal, s'ils se font inscrire dans un métier; ils rentreront dans la possession de leurs biens; ils ne seront pas obligés à contribuer à la reconstruction de l'église de Saint-Martin ; les prisonniers seront remis en liberté ; les patriciens et les plébéiens déclareront que bonne paix est faite entre eux, si le Pape, l'empereur, le futur prince-évêque ou tout autre voulait intervenir dans les affaires qui sont la cause et l'objet de cette paix. -- Cette paix dite d'Angleur, de Saint-Martin, des nobles, fut signée et publiée « devant la porte et sous les tilleuls de l'abbaye de Saint-Gilles en Publémont, en présence des témoins Godefroid sire de Daules, Libert de Langdries, Jean le Beal, chanoines de la grande église, Gérard Chabot doyen, et Gilles Surlet chanoine de Saint-Denis à Liège, Reniers et Roibach chanoines de Saint-Martin, Jean dit Pingeais de Stavelot, chanoine de la petite table à Liège, Jean de Gorsem chanoine de Looz et chapelain du comte Arnoul, Fastreis dit Bareis chapelain de la grande église et Jean châtelain de Montenacken. (V. BORMANS, Recueil, p. 141.)

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C. de Borman :
Les Echevins de la souveraine justice de Liège 

Imprimerie L. Grandmont-Donders, T. I., pp. 65 et suiv.; 111 à 113. (Liège, 1892)

   L'évêque Thibaut de Bar périt à Rome, le 13 mai suivant. Ce fut l'empereur lui-même qui se chargea de notifier son décès au chapitre de Saint-Lambert, lequel aussitôt prit date, sinon pour élire un nouvel évêque, du moins pour constituer un mambour de la principauté. Le vœu du Chapitre aurait été de conférer la dignité épiscopale à Arnold de Blankenheim, son prévôt, mais comme l'évêque était mort en Cour romaine, le pape seul avait le droit de lui désigner un successeur. Entre-temps Blankenheim fut nommé mambour, malgré l'opposition des Grands (1).

   Issu d'une famille très considérable d'Allemagne, Blankenheim était envié des nobles liégeois, qui ne lui pardonnaient pas ses sympathies pour le parti populaire. Il ne parvint pas à se faire accepter. Le lignage de Waroux surtout ne voulut pas reconnaître son autorité et ne tint aucun compte des trêves imposées par le mambour. Le mécontentement des Grands fut à son comble, lorsqu'on apprit que Blankenheim avait forcé le château de Harduemont et fait exécuter trois des plus vaillants hommes d'armes de ce lignage.

   Un groupe d'échevins et de nobles se rendirent au Chapitre et prétendirent que l'élection du mambour s'étant faite sans leur consentement devait être annulée. Le Chapitre répondit : « Puisque, sans vous consulter, nous avons le pouvoir d'élire un évêque qui est votre seigneur spirituel et temporel, pourquoi ne pourrions-nous, dès lors, créer un mambour ? » - « Hé pardieu ! répondit l'échevin Jean de Coir, nous allons en nommer un, quelque dépit que vous en ayez ! »

   Les Grands et les nobles vont trouver le comte de Looz, le créent mambour et l'amènent à Liége. Le Chapitre le repousse; c'est l'anarchie.

   Le comte de Looz, suivi des échevins et de leurs partisans, se retire à Huy et y mande les maistres des bonnes villes de Dinant, Tongres et Saint-Trond. On se décide à recourir à un stratagème d'une loyauté douteuse. Le comte se rendrait au Chapitre et le prierait de convoquer le pays, sous prétexte de s'entendre sur la situation et d'éviter une guerre civile. Tandis que les États délibéreraient et que le peuple non armé serait en sécurité, les alliés pénétreraient dans la Cité nuitamment et se rendraient maîtres des Petits.

   Ce plan fut adopté et la journée d'état fixée au jeudi, 3 août.

   Le peuple apprenant que l'accord allait se faire, fut tout à la joie, mais le Chapitre et le prévôt soupçonnant quelque piège, ordonnèrent que le jeudi soir toute la population fût armée et que personne ne quittât sa demeure, afin d'éviter toute surprise. Les métiers se concertent : ce sera la cloche des drapiers qui sonnera l'alarme : aussitôt tanneurs, vignerons et houilleurs viendront à l'appel. Quant aux mangons, ils garderont leur halle, de crainte qu'on,y mette le feu. Les rues seront bien tendues de chaînes et toutes les maisons pourvues de pierres et de cailloux.

   Au jour convenu, les députés des bonnes villes et les nobles du pays s'assemblèrent au Chapitre. Le comte de Looz prit la parole et exposa que ses ancêtres ayant été nommés mambours à chaque vacance du siège, il venait réclamer son droit et se mettre à la disposition du pays. Nicolas Payen, le vice-doyen, répondit que l'allégation du comte n'était nullement fondée; il prouva que l'office de mambour revenait en premier lieu au prévôt, comme prince de l'Église, et subsidiairement au comte de Looz, en cas d'absence du prévôt.

   Quand le comte s'aperçut que son auditoire lui échappait, il changea de ton. « Mes seigneurs et mes amis, dit-il, ne prolongeons point ce débat; remettons la séance à demain. Je vais prendre conseil, et si mes droits ne sont pas fondés, je suis prêt à y renoncer. »

   Il partit pour Looz, ayant soin d'informer secrètement les échevins qu'il reviendrait le lendemain matin, à la tête de ses vassaux.

   Cependant vers la soirée, une grande réunion de nobles, d'échevins, de Grands se tint chez le mayeur Goffin des Changes. Le chef du parti populaire Jean de Pont, circonvenu depuis longtemps par les Grands et tout disposé à trahir, y vint également. Bientôt les têtes sont échauffées par les fumées du vin; les projets les plus violents se font jour. On ira brûler la halle des mangons.

   Il était nuit noire quand les conjurés sortent en armes de la maison du mayeur, prêts à mettre le complot à exécution. Arrivés à la « manghenie, » ils la trouvent gardée de toutes parts. La bataille s'engage aussitôt : en quelques instants le sang coule, les morts jonchent le sol. Un Liégeois plus hardi s'était juché sur le toit d'où il faisait pleuvoir pierres et projectiles sur les assaillants. Goffin des Changes s'approche de lui et cherche à l'atteindre de sa lance, mais un projectile lancé d'une main sûre vient l'abattre dans la fange.

   Relevé dans un piteux état, le mayeur est transporté à domicile par un groupe de fidèles, quand arrivés en face de sa demeure, ils sont dispersés ou massacrés. Des forcenés s'acharnent sur le cadavre du malheureux Goffin dont la tête et les membres sont cloués sur sa porte.

   Les Grands désespérant de s'emparer de la « manghenie » se replient sur le Marché et s'y maintiennent vigoureusement, lorsque à la pointe du jour le prévôt de Blankenheim sort de la Cathédrale à la tête de ses chanoines, armés de pied en cap pour fondre sur les nobles. Ce secours inattendu rend du cœur aux Petits, dont le nombre grossissait sans cesse. Les Grands, jugeant la position intenable, se décident à gagner les hauteurs de Publémont, où ils espèrent rencontrer bientôt les troupes du comte de Looz. Ils marchent en bon ordre, serrés de près par leurs ennemis. Après plusieurs engagements, où le prévôt Blankenheim, le chanoine de Brunshorne et l'échevin Jean Surlet sont tués, la débandade se met dans l'armée des Grands, qui fuient de toutes parts., Les uns tâchent de se cacher dans les hôtels avoisinants ; d'autres, au nombre d'environ cent et vingt, se jettent dans l'église de Saint-Martin et s'y barricadent de leur mieux. Mais rien ne peut arrêter une populace en délire : l'église est entourée de monceaux de paille et de bois sec : bientôt un vaste brasier consume le temple et tous ceux qu'il renferme (2). Le peuple, ivre de fureur, fouille les maisons des environs et massacre sans pitié tous ceux qui s'y sont réfugiés.

   Quand le comte de Looz, arriva aux portes de la Cité, le 4 août au matin, il était trop tard : l'aristocratie liégeoise était détruite. De tous les échevins, trois ou quatre seulement avaient échappé au trépas (3).

   Cette sanglante journée a gardé dans l'histoire le nom de Mal Saint-Martin (4).

    Le 4 août 1312, Liège se trouva sans évêque, sans mambour, sans mayeur, sans échevins. Le peu de Grands, de nobles ou d'échevins qui avaient échappé au massacre s'étaient vu proscrire de la Cité par une sentence des maistres, criée au Péron, à la requête des vainqueurs, et leurs hôtels spoliés s'ouvraient à la merci du premier occupant. Mainte famille s'enrichit alors aux dépens de mainte autre qui fut ruinée à jamais (5). Plus de justice, partant plus d'ordre : le meurtre et le pillage se donnaient libre carrière (6).

   Le comte de Looz, appuyé par le parti de Waroux et par les bonnes villes, avait songé à ressaisir la mambournie, mais il fut contraint de céder devant l'attitude du Chapitre et les menaces d'excommunication (7).

   Mieux inspiré, il s'employa, dès lors, à négocier la paix; le Chapitre s'y prêta de bonne grâce. Les bases en furent jetées le 20 janvier 1313 : on convint que les deux parties nommeraient huit arbitres, qui se réuniraient à Angleur et n'en reviendraient que porteurs d'un projet de pacification. Ces arbitres furent, du côté du Chapitre : Guillaume de Wilhembringe et Nicolas Payen, chanoines de la Cathédrale, Arnoul de l'Isle, chanoine de Sainte-Croix, Colar de Herstal, bourgeois; de la part des nobles : Jean d'Oreye, chevalier, Henri de Roloux, écuyer, Fastré Baré et Pierre Boveal, échevins.

   Leurs travaux marchèrent avec célérité. Dès le 14 février, la Paix d'Angleur fut publiée, contenant les dispositions fondamentales que voici (8) :
   1°  Les maux que les parties se sont occasionnés, soit par mort d'homme, « affolure » ou blessures, soit par incendie ou effraction, seront compensés de part et d'autre.
   2° Une commission d'enquête sera instituée pour la restitution des biens volés. Quant à ceux de ces biens qui auront été convertis au profit de la Cité, ils demeureront acquis à cette dernière et ne pourront plus être revendiqués en justice (9).
   3°  Les proscrits rentreront à Liège, seront bourgeois comme auparavant et jouiront des franchises de la Cité. Ni eux, ni les héritiers des victimes de Saint-Martin ne seront tenus de contribuer à la reconstruction de cette église.
   4°  Ils ne seront point admis à faire partie du Conseil de la Cité, à moins qu'ils ne se fassent inscrire dans un métier ou dans la corporation des XXV (10).
   5°  Le gouvernement de la Cité demeurera dans sa forme actuelle.
  6°  En ce qui concerne les meurtres d'Arnold de Blankenheim et de Wauthier de Brunshorne, on s'en tiendra aux conventions que le Chapitre, le comte de Looz et la ville concluront, de commun accord, avec les familles de ces victimes.
   7°  Si, à l'avenir, le pape, l'empereur, l'évêque ou n'importe qui s'avisait de poursuivre la réparation des maux commis, les parties s'engagent à opposer à cette entreprise la paix faite entre elles.

   Ce traité, en posant la base de l'égalité politique des Petits et des Grands, réalisait incontestablement une conquête pour
le parti populaire. Peut-on néanmoins, avec un auteur moderne (11), aller jusqu'à prétendre qu'il supprimait radicalement l'un de ces partis ? La suite de ces études montrera surabondamment le contraire.


(1) Pour l'exposé des faits qui vont suivre, nous nous inspirerons de la Chronique de JEAN D'OUTREMEUSE, dont le. récit développe en dix pages ce que Hocsem condense en une seule. Bien qu'il ne fût pas contemporain de ces événements, Jean d'Outremeuse a pu, dans sa jeunesse, apprendre de témoins oculaires une foule de détails que Hocsem n'a pas jugé à propos de nous transmettre. Sa narration forme un morceau d'une grande saveur archéologique et nous regrettons que son étendue ne nous ait pas permis de le traduire en entier. backtopp.gif (65 octets)

(2) « Populus autem furore commotus straminibus in ecclesia conjectis, ipsam cum suis hospitibus concremavit » (HOCSEM, p. 356). backtopp.gif (65 octets)

(3) « Cecideruntque ibi de magnatibus tam gladiis quam incendio Johannes et Ludovicus Surlet, Johannes de Rosa, Jacobus de Cornu, Balduinus et Henricus de Sancto Servatio et omnes scabini, quatuor exceptis, industrii viri et honesti, ac plures eorum consanguinei, quorum numerus fuit cxx virorum armigerorum, quorum bona a communi populo diripiuntur, et mansiones dejiciuntur. De communitate ceciderunt ibi circiter LX viri » (Chronique de Saint-Trond, t. II, p. 246).
  
Parmi les échevins survivants, il y avait Fastré Baré, Gilles le Beau et Pierre Boveal ; le quatrième fut probablement un de Charneux, mais nous n'en avons pas la preuve.
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(4) « Li mal de Saint-Martin » (JEAN D'OUTREMEUSE, t. VI, p. 32). POLAIN est le premier, croyons-nous, qui ait écrit LA Mal Saint-Martin. Dans ses Récits historiques sur l'ancien pays de Liège, 3e édit, Bruxelles, 1842, où l'on rencontre également une MAL Saint-Jacques et une Mal Saint-Gilles, il explique le mot mal par la male, la mauvaise journée. C'était admissible, après tout. Mais revenant sur cette interprétation dans son Histoire de l'ancien pays de Liège, t. II, p. 82, il écrit: « Le mot mal (mallum) signifia d'abord une assemblée de justice; on s'en servit ensuite pour désigner toute espèce de grande réunion populaire.» C'est chercher midi à quatorze heures.-- « Pour les clercs,» dit HENAUX (Histoire du pays de Liège, t. I, p. 315, note), « il n'y eut qu'un crime, une offense, un mal : le brûlement sacrilège de l'église de Saint-Martin. De là, la terrible nuit du 3 août ne fut pour la plupart d'entre eux que le Mal Saint-Martin. » Cet acte de sauvagerie ne fut donc point un mal pour Henaux ? backtopp.gif (65 octets)

(5) « Mains bons devinrent povres qui devant astoient riches et la perdre de ches nobles fisent après les gros borgois, desqueiz ons ne tenoit devant le valeur de II pois » (JEAN D'OUTREMEUSE, t. VI, p. 173). backtopp.gif (65 octets)

(6) « Et oit adont grant occhision en la vesqueit de Liège » (Ibidem). backtopp.gif (65 octets)

(7)  Ibidem. Voy. aussi les chartes de la Cathédrale, n° 498 et 499, des 8 et 13 octobre 1312. backtopp.gif (65 octets)

(8) Voy. le texte complet dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. I, p. 452;  et dans JEAN D'OUTREMEUSE, t. VI, p. 175. backtopp.gif (65 octets)

(9) « Et tous les biens qui sont despendus es usaiges de le vilhe de Liége par les maistres et jureis et governeurs des mestiers et les altres qui ont esteit en offiches de la citeit, si avant qu'ilh diront que despandus sont es dis usages, soient perdus sens rendre et faire asseis à cheaux à cuy che furent, et qu'ilh n'en puissent jamais riens demandeir ne plaider après devant justiche nulle spirituel ou temporeile, encontre nulluy. » backtopp.gif (65 octets)

(10) « Et ne seront point cheaz qui revenront en la vilhe de conselhe de la vilhe, s'ilh ne vuelent eistre de mestier ou de leur XXV. » backtopp.gif (65 octets)

(11 HENAUX, Histoire du pays de Liège, t. I, p. 317. backtopp.gif (65 octets)

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De Gerlache :
Histoire de Liège depuis César jusqu'à Maximilien de Bavière 
Edition M. Hayez,  pp. 108 et 109.  (Bruxelles, 1843)

   Je dois rappeler ici que tandis que les familles d'Awans et de Waroux, et presque toute la noblesse de la campagne cantonnée dans ses châteaux, se détruisaient par leurs propres mains, les nobles de la ville, jaloux des corps de métiers qui commençaient à rendre redoutable la puissance du peuple, imaginèrent de les attaquer à l'improviste et sans aucun motif plausible.

   Pendant une nuit du mois d'août 1312, 500 d'entre eux mirent le feu aux loges de la boucherie. Les bouchers, qui étaient regardés comme le plus terrible de tous les métiers et comme le plus insolent, furent les premiers attaqués; mais bientôt renforcés par une multitude de peuple, ils firent reculer leurs adversaires jusqu'à l'église de St-Martin, à laquelle ils mirent le feu; et 200 nobles qui s'étaient retirés dans cet édifice, y furent brûlés vifs. L'attaque avait été perfide et inopinée, la vengeance fut cruelle et le ressentiment de longue durée. Chacun guerroyait alors, nobles et roturiers, gens d'église et gens de justice. Dans cette action, 14 échevins périrent du côté des nobles; et du côté du peuple, un chanoine de St-Lambert et le mambourg nommé par le chapitre demeurèrent sur le champ de bataille. L'évêque de Liége lui-même, Thibaut de Bar, venait d'être tué à Rome, où il se battait pour l'empereur.

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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition, 
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, T.I, pp. 304 et suiv.

   En 1303, les Échevins et les Grands ne s'étaient résignés que contraints par la défaite, au partage du Gouvernement avec les Bons Métiers.

   Ils se sentirent, en 1307, bien autrement atteints et blessés, lorsque la Paix de Seraing vint légitimer les conquêtes des Petits (1).


   Ils ne pouvaient, les Échevins surtout, considérer comme définitif le nouvel étatde choses. Ils se faisaient fort de le changer un jour, par l'action si considérable qu'ils avaient sur les affaires publiques, en leur qualité de juges et d'administrateurs.

   On les prévint.


   Le dimanche  9 janvier 1312, les Grands et les Petits, assemblés à l'Hôtel de Ville (2), statuèrent que les Maîtres et les Jurés étaient les chefs suprêmes
de la Cité, et que ceux-ci avaient, seuls, le pouvoir de faire exécuter les décisions de la Communauté. En nulle circonstance, leurs actes ne pouvaient plus être ni contrôlés ni censurés, ni corrigés par les Échevins (3).

   C'était l'exclusion des Échevins du gouvernement; c'était les reléguer dans leur Destroit, et ne leur laisser d'autres fonctions que de juger et d'expédier les procès (4).

   Cette suppression sommaire d'un corps qui, jusque-là, avait exercé une si puissante influence, était une menace pour les Grands.

   Les Grands le comprirent.

   Échevins et Grands ne songèrent qu'à la vengeance.

   Ils pensèrent en trouver l'occasion en juin 1312, lorsqu'on apprit que l'Évêque Thibaut de Bar avait été tué dans les rues de Rome, en combattant aux côtés de l'Empereur (5). Il leur parut qu'ils rétabliraient aisément leur antique domination, s'ils réussissaient à faire nommer
Mambour le Comte de Looz, qui était acquis à leur cause (6).

   Les Tréfonciers contrarièrent cette combinaison, en revendiquant de nouveau le choix du Mambour. A les en croire, puisqu'ils élisaient l'Évêque, il leur appartenait de désigner son lieutenant-intérimaire (7).

   Les Échevins et les Grands leur déniaient ce droit: selon eux, le Mambour était un défenseur laïc du Pays, et c'était au Pays à disposer de la Mambournie (8).

   Les Tréfonciers soutinrent leurs prétentions. Appuyés par les Petits, ils tranchèrent soudain le débat, en investissant de la Mambournie leur Grand-Prévôt, Arnoul de Blankenheim, homme généreux et intrépide (9). (Dimanche 2 juillet.)

   Les Grands et les Échevins ne furent pas déconcertés par cet acte énergique. Ils s'adressèrent aux Gentilshommes Warousiens , ainsi qu'aux Bonnes Villes où dominaient les Grands, et ils les excitèrent à protester (10).

   Ce fut à Huy qu'ils tinrent un conciliabule. Ils s'y plaignirent avec amertume de ce qui se passait. A leurs yeux, la coalition des Tréfonciers et des Petits était un scandale public. Au nom de l'ordre menacé, il fallait la détruire. Il fut résolu que l'on convoquerait à Liège une assemblée générale du Pays, pour vider le différend relatif à la Mambournie. La foule des partisans du Comte de Looz serait alors si imposante, qu'on pourrait aisément réduire les Tréfonciers et, en même temps, replacer les Petits dans la Servitude, d'où ils n'auraient jamais dû sortir (11).

   Les conjurés mirent tout en œuvre pour que cette assemblée eût lieu pendant que le Maître des Petits, qu'ils avaient acheté, était encore dans son office; mais les Tréfonciers, qui avaient des preuves de la trahison, réussirent à faire ajourner la réunion, et la fixèrent au vendredi 4 août, onze jours après la rénovation magistrale. Les élections se firent le 24 juillet, et, malgré les intrigues des Échevins et des Grands, le choix des Petits ne tomba que sur des hommes favorables à la cause populaire (12).

   La veille du jour si impatiemment attendu, le jeudi 3 août, dans la soirée, le Comte de Looz et plus de cinq cents Gentilshommes du parti de Waroux, entrèrent dans la Cité. Après avoir fait
montre de leur force, ils allèrent, la plupart, s'héberger dans les manoirs de la Banlieue (13).

   Les Grands et leurs alliés des Bonnes Villes, se déterminèrent alors à exécuter le coup de main qui devait leur livrer la Cité. Vers minuit, ils envahirent l'Hôtel de Ville, et se postèrent en divers lieux. De leur côté, les Petits, avertis, s'attroupèrent, et se dirigèrent vers le Marché (14). Aussitôt apparurent les Tréfonciers, précédés de leurs servants tenant des torches allumées (15).  Après quelques pourparlers, une mêlée meurtrière s'engage dans les alentours de l'Hôtel de Ville, où vient d'éclater un incendie (16). Le tocsin et l'appel
aux armes, qui ne cessent point de retentir, font accourir de partout des Grands et des Petits (17). Au jour levant (18), la foule des Petits grossissant toujours, les Grands se décident à faire retraite vers le haut de la ville, où ils espèrent se rallier aux Gentilshommes (19). Ils se retirèrent péniblement, tour à tour assaillis et assaillants (20). Près de l'église St-Hubert, accrus d'un renfort, ils reprennent l'offensive, culbutent les Petits jusqu'au Pont-d'Ile, et en tuent soixante-cinq, notamment le courageux Mambour Blankenheim et l'Écuyer porteur de sa bannière (21). Finalement, ils sont repoussés , et ils ne songent plus qu'à fuir (22). Un bon nombre se retranchent dans l'église St-Martin, et s'y défendent avec acharnement (23). Furieux de cette résistance, les Petits entourent l'église de monceaux de bois sec, y mettent le feu, et brûlent tout vifs plus de deux cents Grands (24). En ce moment, le Comte de Looz et des Gentilshommes arrivaient au secours de leurs amis : ils rebroussèrent chemin, en trouvant fermées et bien gardées les portes de la Cité (25).


   Les Petits donnèrent un libre cours à leurs haines. On égorgea des Grands qui gisaient blessés dans leurs lits, et on saccagea leurs maisons (26).

   Dans cette bataille, le Mayeur et dix Échevins avaient été tués. Toutes les Familles, celles des Grands comme celles des Petits, avaient perdu quelques uns des leurs. Plusieurs Lignages illustres s'étaient éteints par la mort de leurs chefs (27).

   Quand le calme fut revenu, le Comte de Looz fit, au nom des Grands, des ouvertures de réconciliation. Chacun des deux partis nomma quatre arbitres, qui se réunirent au village d'Angleur, le mardi 16 janvier 1313. L'irritation produite par une lutte cruelle, et la confiance née du succès, rendirent les Petits intraitables. A leur tour, ils voulaient frapper leurs adversaires d'impuissance politique, et leur ravir jusqu'à la dernière Franchise (28).

   Après bien des négociations, la Paix d'Angleur fut publiquement scellée le mercredi 14 février 1313.
   Elle proclame l'amnistie pour les méfaits avenus depuis le 3 août (29).
   Les Grands pourront rentrer dans la Cité, et se réintégrer dans leurs propriétés et dans leurs meubles, mais ils n'auront à prétendre aucune indemnité pour dépréciations ou pertes (30);

   Ils jouiront, comme par le passé, des libertés communes, non à titre de leur origine, mais en leur qualité de Bourgeois (31);
   Nul d'entre eux ne pourra plus être ni Maître ni Juré, qu'après s'être affilié â l'un des vingt-cinq Bons Métiers (32);
  Enfin, le Gouvernement de la Cité sera maintenu en sa forme populaire (33).

   Cette Paix supprimait radicalement l'un des partis.

   Les Grands n'étaient plus rien, leurs vieilles prérogatives Lignagères étant abolies.

   Politiquement, il n'y avait plus que des
Petits; seuls, ils constituaient le Peuple; seuls, ils étaient aptes à jouir des droits, des honneurs et des revenus de la Cité.

   Les Bons
Métiers étaient souverains : ils faisaient la paix ou la guerre, établissaient les impôts, contractaient les emprunts, créaient ou modifiaient les statuts, réformaient le gouvernement (34).

   Toutes les institutions en émanaient.

   Le 23 juillet de chaque année, les Maîtres sortants rendaient publiquement compte de leur administration. Le lendemain 24, il était procédé, par l'élection, à la rénovation magistrale.

   L'élection renouvelait également tous les ans, ou à des époques plus ou moins rapprochées, les quatre
Receveurs qui géraient les finances (35); les cinq Tenants de la Violette, qui avaient l'indication et le contrôle des dépenses publiques (36), les six Fermetiers, qui veillaient à l'entretien des murailles, des ponts et du pavage des rues (37); les quatre Maîtres de l'Hôpital de Cornillon (38); les deux Maîtres de l'Hôpital de St-Michel, à qui était confié le soin de nourrir et de vêtir les indigents (39); et les Jurés des Vinâves, qui jugeaient les contraventions légères (40).


   Les deux Maîtres de la Cité possédaient le pouvoir exécutif; mais leurs actes étaient soumis au Contrôle des quarante Jurés, et, en certains cas, à l'approbation d'un Conseil extraordinaire composé des cinquante Gouverneurs des Bons Métiers (41).

   Ces réformes avaient fait de la Noble Cité de Liège une solide et fière Démocratie.


(1) Selon Hocsem, c'était une folie que cette persistance des Petits à demander l'égalité politique. Quod Populus irrationabiliter semper quaerit. Partout ailleurs, les Bonnes Villes se laissaient paisiblement gouverner par les Echevins et les Notables. Patet hodie ubicunque Scabini seu pauci Diriles principantur. [Dans les Gesta Pontificum Leodiensium, t. II, p. 284.] backtopp.gif (65 octets)

(2) Les Échevins étaient présents à cette assemblée, qui leur enlevait toute puissance politique. C'est ce que montre le préambule du Statut:
   "A tous cheaus qui ces presentes, puble instrument, veront. Nous le Maistres, Esquevins, Jureis, et la Comuniteit de la Citeit de Liege, salut et cognissance de veriteit. Sachent tuis present et advenier, que lan del nativiteit nostre Singnour M. CCC et XII, le Xe indiction, le IXe jour de mois de janvier, Johans de Point, Maistre de nous  devant dis, en plaine obedience en consistoire sour saint Michiel, où le Maistres, le Jureis et le Conseaulz de nostre Citeit soy suelent assembleir et estre pour les besongnes de nous et de nostre Citeit..." [Dans le Pâwelhâr ; dans le Grand Record de la Cité de Liège, p. 15, etc. ] backtopp.gif (65 octets)

(3) La question avait été ainsi posée : " Se de fait ou de dit que le Maistres et li Jureis de nostre Citeit, du temps passeit, ayent fait ou dit, et del temps advenir, fachent ou dyent, ensemble ou cascun por ly, en nom de nous, et por le besongne de nous et de nostre Citeit, si les Esquevins de nostre Citeit, ou autres , en ont à cognostre et à jugier encontre les Maistres et les Jureis?...."  Cette question fut résolue négativement : "Ilh dest, quil avoit apris aus Anchiens, et par les ovres et les fais avenus de temps qui passeit est en nostre Citeit, desqueils ovres et fais chi apres sont contenus et reciteis pluiseurs cas : Que de fait nul, ne de dit nul, que le Maistres et li Jureis, soyent tuis ensemble ou en partye deaus, ayent fait ou dit, dient ou fachent, en nom et por les besongnes do nous et de nostre dite Citeit, que les Esquevins de Liege, ne aultres, nen ont à cognostre ne nen doyent jugier sour les dis Maistres et Jureis, et sour aultrui deaus."
   Les Maîtres et les Jurés pouvaient, seuls, procéder à l'effraction des  portes des maison bourgeoises, même de celles de la prison de l'Évêque :
" Et furent là recordeit pluiseurs cas qui avenus astoyent del temps decha ariere, par les Maistres et les Jureis de nostre Citeit qui adont astoient, por lesqueiles fais ons nallat oncques encontre eaus, ne nen jugerent li Esquevins qui adont furent : si come delle maison signour de Mathon, defours Casteaul, adont Esquevin de Liege, que les Maistres et le Jureis brisarent à une hie pour les besonges de nostre Citeit; et aussi delle maison de Dragon en la rue de Point, et delle maison Mourseal sour Mouse, que li Maistres et le Jureis brisaient..., et aussi delle maison de Crinkenberch seant à Saint Albier en Yle... Pluiseurs autres cas furent 1à recordeit, si que del Tur loffïcial, qui est prison Levesque, qui pluseurs fois at esteit brisie par les Maistres et les Jureis, qui oncques Esquevins nen jugat... " [Ibid.]  backtopp.gif (65 octets)

(4) Les Échevins ne conservèrent que des attributions judiciaires. Ils eurent à garder les testaments, les convenances de mariage, etc., tous actes qui, jadis, ne concernaient que les Grands. backtopp.gif (65 octets)

(5) Episcopus Leodiensium cum Teutonicis adversus Ursinos fortissime dimicaret... Tandem Episcopus multis confossus vulneribus... , diem clausit extremum anno 1312, 13 die maii. [Hocsem, ibid., p. 353.] backtopp.gif (65 octets)

(6) Le Comte de Looz voulait ressaisir les droits à la Mambournie héréditaire du Pays, auxquels il avait renoncé en 1295. [ Voir ci-devant, p. 264.] ---- Il avait alors inconsidérément déclaré, que Puet prendre li Chapitle de Liege, le Siege vaghe Mambour tel com li plaist.... [ Dans le Liber Cart. Eccl. Leod., fol. 263.] backtopp.gif (65 octets)

(7 Quamvis Capitulum juris subtili argumento defenderet, quod ad quos clectio veri Pastoris, absque Laicorum de jure communi suffragio pertineret, multo magis ficti, etc. [Hocsem, ibid., p. 356.] backtopp.gif (65 octets)

(8) Insignes vero Leodiensium..., adjunctis sibi Militibus Patriae, electioni faciendae per solum Capitulum se opponunt, asserentes quod quia defensio Patriae ipsis incumberet, Ducis eorum (Mamburni, scilicet qui ducit ad bella) electioni interesse deberent. [Id., ibid., p. 356.]
   Le Mambour n'était pas seulement un chef d'armée, Qui ducit ad bella, ainsi que le prétendait le Chapitre. C'était un véritable Régent, exerçant le pouvoir exécutif au nom du Pays, et avec les prérogatives féodales de l'Évêque, comme l'avoue Hocsem : Mamburnus, praesidens in Temporalibus. [Ibid., p. 355.] backtopp.gif (65 octets)

(9) Quid moror? Dominus Arnoldus de Blankenheym, Praepositus Leodiensis (Ecclesiae), Vir Nobilis, per solum Capitulum praeficitur in Mamburnum. [Id.,ibid.,p.356.]
  
Dans un document de 1310, Arnoul de Blankenheim est ainsi mentionné : Messire Ernus de Blankenehem, Prevos. backtopp.gif (65 octets)

(10) Dicebant enim Comes de Los et Majores Civitatis et ipsius Patrie, quod, Vacantc Sede, Manburnia ad dictum Comitem pertineret. [Chronicon Trudonense, dans les Monumenta Germaniae Historica, t. X, p. 415. ] backtopp.gif (65 octets)

(11) Majores Leodiensium aegre ferentes quod Mamburnus saecularibus assistebat, nec super eos possent, ut dudum consueverant, dominari, confoederatione facta cum Arnoldo Comite Lossensi, Militibus Patriae, et Majoribus de Hoio quibusdam studio donzinandi, etc. [Hocsem, ibid., p. 356.] 
   Toutes les Chroniques de Liège imputent aux Conjurés le projet de mettre le feu à l'Hôtel de ville, afin de faire naître le désordre, et de tuer les chefs des Petits accourus pour éteindre l'incendie. Les choses s'étant ainsi passées, il est difficile de démentir ce projet, qui a pu réellement être discuté dans les conciliabules des Grands, décidés à tout pour restaurer leur domination.backtopp.gif (65 octets)

(12) Le Maitre-sortant des Petits, Jean du Pont, avait acheté, à beaux deniers, quantité de suffrages dans les Métiers, pour écarter les hommes hostiles aux Grands. " La nuit de la St Jacq, Jean de Pon, qui estoit encore Maistre, print aux Nobles et Eschevins argent pour aider mect le Comun en bas...;  et le jour St Jacq fust esleus Maistre Buchart le Follon de parte le Peuple, etc." [Chroniques de Liège.] --- La plupart des Petits ignoraient les relations de Dupont avec les Grands.
   Ce Jean Dupont est le premier parvenu qui apparaisse dans notre Histoire; et il se montre homme sans coeur, vénal, et infidèle à ses convictions.
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(13) Propter quod tertio nonas Augusti, Comes de Los cum pluribus Militaribus, post solis occasum, Civitatem intravit. [Chronicon Trudonense. Ibid., p. 414.]
   Les Annalistes contemporains ont assez bien narré ces faits. Les Chroniqueurs postérieurs en font des récits dramatiques, lesquels, trop souvent, ne sont que besognes de rhéteur. backtopp.gif (65 octets)

(14) Quod percipiens, Populus currit ad arma. [ Hocsem, ibid., p. 356.] -- Ainsi, les Petits se tenaient prêts à tout évènement. backtopp.gif (65 octets)

(15) Ce n'était pas pour parlementer, mais pour combattre les Grands, que les Tréfonciers étaient descendus sur le Marché. Et apertis valvis ad Forunz in auxilium Populi concurrerunt, commissa pugna, extinctis cereis, etc. [Hocsem, ibid., p. 356.] backtopp.gif (65 octets)

(16) Le rez de chaussée de l'Hôtel de Ville était occupé par les étaux des Bouchers. - Au dire de Hocsem, le feu avait été mis par les Grands : In Foro Majoribus congregatis, casas quibus carnes venduntur, incenderunt. [Ibid., p. 356.]
  
Superveniente vero noctis silentio, Scabini et Majores de Civitate odium, quod diu gerebant, ut dicebatur, adversus Capitulum Leodiense et Communem Populum, volentes ad effectum producere, congregati simul in armis, Communes Populos clamoribus domorumque incendiis excitant, quos discurrentes per plateas et in Foro congressos occidunt. [Chronicon Trudonense. Ibid., p. 414. ] backtopp.gif (65 octets)

(17) Tandem vero convolante in armis Communitatc, acriter bellatum est. [ Chronicon Truclon. Ibid., p. 414.] backtopp.gif (65 octets)

(18)   A Liège, ce 3 août, le coucher de la lune se fit à 8 heures 52 minutes; le lendemain 4, le lever du soleil eut lieuà 4 heures 26 minutes.On avait donc combattuà la lueur des torchesou de l'incendie de l'Hôtel de Ville, pendant près de quatre heures. backtopp.gif (65 octets)

(19) Majores vero timentes multitudinem quae erescebat, appropinquante die, versus Ecclesiam sancti Martini, ut munitiori loco tuerentur, aciem dirigunt.  [Hocsem, Ibid., p. 356.] backtopp.gif (65 octets)

(20) Ascendentes vero paulatim sequitur turba Populorum; cumque Majores vultus ad Populum verterent, fugieba. [Id., ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(21) Qui juxta Ecclesiam sancte Crucis Praepositum ipsos impugnando sequentem subito prostraverunt. [Hocsem, ibid., p. 356.] -- -Iterumque illi reanimati, adversarios in fugam convertunt, ipsumque Prepositum ante beati Huberti Ecclesiam occidunt. [Chronicon Trudonense. Ibid., p. 414.] backtopp.gif (65 octets)

(22) Tandem tantis non resistere valentes, terga dare sunt compulsi; quos extra portam per plateas et intra domos claustri insequentes sine misericordia occiderunt. [Chronicon Trudon. Ibid., p. 414.] backtopp.gif (65 octets)

(23) Majores undique se videntes invasos, territi non immerito, cum multitudini resistere diutius non valerent, ad jam dictam Ecclesiam confugerunt, etc. [Hocsem, ibid., p. 356.] backtopp.gif (65 octets)

(24) Populus autem furore commotus, straminibus in Ecclesia congestis, ipsam cum suis hospitibus concremavit. [Hocsem, ibid., p. 356.] --- A l'attaque et à l'incendie de cette église, environ soixante Petits perdirent la vie. De Communitate ceciderunt ibi circiter 60 Viri. [ Chronicon Trudon. Ibid., p. 414. ]
  
Parmi ceux qui périrent dans l'église, on ne compte pas les adhérents et les varlets, mais seulement les Citains, c'est-à-dire, les Grands. Le nombre de deux cents Grands est mentionné à la fin d'un manuscrit in-folio qu'un moine de St-Jacques était précisément occupé à copier pendant la bataille, et qu'il clôturait par ces mots un mois après, le jeudi 7 septembre : Anno Domini M. CCC XII, VII idus septembris, perfectus Liber iste in ecclesia sancti Jacobi.... Hoc anno, pridie nonas augusti, proh dolor, interitus Civium, caede nequissima, circiter ducentorum, et combustio sancti Martini in Monte. L'église fut incendiée le vendredi 4 août, au point du jour, donc le pridie nonas augusti. backtopp.gif (65 octets)

(25) La porte St-Laurent avait été fermée par l'ex-Maître Du Pont, qui, après avoir trahi les Petits, trahissait les Grands : accablé du mépris des Petits, il voulut pénétrer dans l'église St-Martin, mais les Grands 1e repoussèrent; il revint alors vers les Petits, qui le massacrèrent. --- Hocsem tait la tragique fin de ce misérable. Nam cum quidam ex eis per portam Civitatis effugere niterentur, Joannes de Ponte, qui praevaricator se cum Majoribus junxerat, portam hoc non sustinens obseravit. [Ibd., p. 356.) backtopp.gif (65 octets)

(26) Quorum bona a Communi Populo diripiuntur, et mansiones dejiciuntur.[Chronicon Trud. Ibid., p. 414, etc.] backtopp.gif (65 octets)

(27) Plus de six cents personnes succombèrent dans ce terrible combat. On compta jusqu'à cent et vingt cadavres de Chevaliers, que l'on reconnut. Cecideruntque ibi de Magnatibus tam gladiis quam incendio, Johannes et Ludovicus Surlet, Johannes de Rosa, Jacobus de Cornu, Balduinus et Henricus de Sancto Servatio, et omnes Scabini, quatuor exceptis, industrii viri et honesti, ac plures eorum consanguinei, quorum numerus fuit 120 Virorum Armigerorum. [Chronicon Trud. Ibid., 414.] --- Les noms des Échevins tués sont relatés dans les documents.
   Grâce à la libéralité de leurs parents, Blankenheim et Louis Surlet eurent un anniversaire à la Cathédrale. Les noms de ces deux mortels ennemis figurent à côté l'un de l'autre dans l'obituaire : II nonas augusti. Commemoratio Ludovici Surlet, Militis, pro quo habemus... --- Eodem die. Commemoratio Arnoldi de Blankenem, Prepositi nostri, pro quo habemus, etc. [Necrologium Leodiense, fol. 73 1.] backtopp.gif (65 octets)

(28) A diverses reprises, les Petits, maîtres du pouvoir, assumèrent la responsabilité solidaire des faits avenus pendant ou après la nuit du 3 août, afin que nul d'entre eux ne pût être particulièrement recherché par qui que ce fût. Voici le commencement d'une résolution mise en garde de loi par les Échevins le vendredi 12 avril 1314 :
   "A tous cheaz hi ches presentes Lettres veront. Li Maires et li Eschevien de la Citeit de Liege, salus en Dieu et conissanche de veriteit. Sachies tuit present et à venir, ke les Maistres, le Conseil, les Gouverneurs et la Comuniteit de la Citei de Liege, estaublis en nostre presenche sour le Marchiet de Liege, par devant le Destroit, reconnurent par une vois, ensemble parsiwant et concordant à le parolle de Johant dit de la Ville, leur Clerc, ki leur parolle dist
: Quil fisent (firent) tous les fais et les avenues ki avienrent à Liege le juedi, par nuit, apres le saint Piere aoust entrant, en lan de nostre Saingnour milh trois chens et douse, et len demain, asavoir est le venredi tantost apres et puis,... encontre les GRANS de la dite Citei de Liege et leur Aydains, si come delle eglize de sain Martien ki fut arse, des Hommes ki mort furent, darmes desloyauz et dautres, de quassurre, de navreure, de fraitiens, des maisons des Borgois et des Clers ki brisies furent, et de tous autres exches et avenues ki avienrent à chel tens, des queis om puet aleir sour honeur domme.
Et ches chouses ensi reconnutes de part la dite Comuniteit, et mises en le warde de nous les Escheviens de Liege, etc." - [Dans le
Pâwelhâr.] backtopp.gif (65 octets)

(29) Voici cette disposition de la Paix d'Angleur :
   "
Accordons et ordinons que de tous les mals (crimes et délits) qui avienrent le juedi à lanuit, apres le feste saint Piere aoust entrant derainement passee, et len demain assi, de lune partie contre lautre, et ki avenus sunt juskes à ors, soit de mort domme, de membres perdus, daffoleure, de plaies, darsien, fraitiens et de queilconque mal, soit fait compensation estroit li une contre lautre, et soit bonne pais entre les dois parties sens jamais à plaindre li une partie de lautre des mals devant dis en Justiche nulle et sens amende faire." [Dans le Pâwelhâr.]
   Pour les Clercs , il n'y eut qu'un crime, une offense, un mal : le brûlement sacrilège de l'Église de St-Martin.  De là, la terrible nuit du 3 août ne fut pour la plupart d'entre eux que le
mal
St-Martin.
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(30)  "Apres, des biens que lune partie at prins sor lautre : Nos disons et ordinons, que tous les biens qui sunt demoreis sauf, soient rendus à cheaz cui che sont, par cheaz qui les ont. --- Et doient et puelent toutes les dites parties paisieulement ralleir, et estre mis à leur hiretaige et à leur moible si avant quils les troveront, come dit est." [Ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(31) "Nous disons, ke tous cheaz qui ont esteit fours de Liege, cui ons at rosteis de lour Borgesie et fais albains, al ocquison des dis mals, revenront à Liege sauvement, et serunt Borgois come devant, et joiront des Franchieses de le Citeit de Liege come Borgois. "[Ibid.] backtopp.gif (65 octets)

(32) "Et ne serunt point cheaz qui revenront en la Vilhe, de Conselh de le Vilhe, se ilh ne voelent estre de Mestier, ou de lour Vingtecincque." [Ibid.]
  
Ainsi, les Gens des Lignages étaient privés, par ce fait, de tous droits politiques. Pour être électeur et éligible, il ne suffisait plus d'être Citain  : il fallait être agrégé à un Bon Métier.
   C'est donc à partir de cette année 1313, que l'on put être admis dans un Bon Métier, sans être ni commerçant ni artisan. Les Bons Métiers étaient devenus de véritables Collèges politiques. backtopp.gif (65 octets)

(33) "Et demorrat li Gouvernement de le Vilhe ensi quil est orendroit, jusques à tant que bon semblerat à la Vilhe de le amendeir."  [ Ibid.]
  A son avènement à l'épiscopat, Adolphe de la Marck dut délivrer un acte par lequel il ratifiait l'amnistie générale, et se déclarait l'ennemi des Grands qui étaient encore hostiles au nouveau régime. Voici cet acte, du 9 janvier 1314 :
   "Adulphe, par la grasce de Deu Eveskes de Liege. A tous cheaz ki ces presentes Lettres verunt, salus en Deu et conissance de veriteit Sache tuit present et à venir, ke nous avons quitteit et quittons, de nostre Seingnorie, por certaine et raisonable cause, les Maistres, les Jureis, les Gouverneurs, et toute la Comuniteit de nostre Citeit de Liege, et toutes les singuleres personnes de la dite Comuniteit, purement et entierement, --- de tous fais, exches et avenues ki avenu sunt en nostre dite Citeit, par eaz et par leur aidans, le juedi, par nuit, apres le feste saint Piere aoust entrant, en lan de nostre Seingnour mil trois cens et douse, et len demain, à savoir est le venredi tantoist apres, et puis chou et apres jusques à jour dui, encontre les Grans de nostre dite Citeit et leur aidans, et encontre tous autres, Clers et Laïs, soit de mort domme, de fraitien et darsien de eglize, de maison, dencloustre et dautre maison dedens le Franchiese de nostre dite Citeit, de mort, daffoleure, de navreure et dautre fait keil ke on le puet noteir, soit darme desloyaz, et dautre fait queis ki soit dont on puet aleir, soit honeur domme ou par autre paine, et dont li Maistre , li Jureit, li Gouverneur ou autres et akuns de la dite Comuniteit, soit en general ou en speciaul, puist estre atains de son honeur ou dautre paine, huers mis les Grans de nostre dite Citeit et leur aidans contraires à la dite Comuniteit : lesqueis nous ne volons mie ke quitteit soient de leur meffais par la vertu de ceste quittanche. Et ceste quittance nous avons fait publement en noustre Palais à Liege, present la Comuniteit de nostre dite Citeit, por chou de part nous especiament appelleit, presens assi le Venerable Capitle de nostre Eglize de Liege, à cui instanche, conseil et priere nous avons ches chouses faites. Et assi presens plusours nous Home Fieveis et autres, en cui warde et tesmonage nous mettimes ladite quittance, la quele nous volons et certifions estre ferme et estauble à tous jours, sens venir encontre en nul tens. Et pour chou ke ches chouses demoirent fermes et estaubles à tous jours, nous avons fait pendre à ches presentes Lettres nostre saiel, en tesmonage de veriteit. Ceste quittanche et ches chouses sunt faites publement, ensi com chi devant est dit, en lan de nostre Seingnour Jhesucrist M. CCC et XIII, le merkedi apres lepiphanie nostre Seingnour (v. s)." [Dans 1e Pâwelhâr.] backtopp.gif (65 octets)

(34) Les Bons Méliers exerçaient la souveraineté de cette manière : Quand le Magistrat avait à prendre quelque mesure grave, il consultait les Métiers. Dans chaque Métier, les membres discutaient la proposition, puis votaient; ensuite les Gouverneurs portaient le recès à l'Hôtel de Ville. --- Les documents de ce temps ne disent point si l'on statuait d'après la majorité ou l'unanimité des Bons Métiers. backtopp.gif (65 octets)

(35) D'un passage d'un document de 1328, l'on peut induire que leurs fonctions étaient temporaires : " .... Les quattres Rechivoirs des biens,  rentes et revenues de nostre dite Citeit, à che mis et deputeis par nous toute l'Universiteit devant dite." backtopp.gif (65 octets)

(36) D'après les expressions de "Tenans hyretaubles de nostre dite Citeit," d'un acte de 1328, ces offices étaient conférés à vie. --- L'Hôtel de Ville portait alors le nom de Maison de le Ville dite La Violette. backtopp.gif (65 octets)

(37) Par la faix des Clercs, de l'an 1287, les membres de Li Fermeté (de la fermeture de la Cité) étaient renouvelés tous les ans : "Et doit estre faite, cascun an, ceste election le jor de le sain Huber." (Le 3 novembre.) backtopp.gif (65 octets)

(38) Ils étaient renouvelés tous les ans.[Voir ci-devant, p. 294.]  Il fallait être Bourgeois, et né de père et mère Bourgeois, pour être admis dans cet Hôpital. backtopp.gif (65 octets)

(39) On ignore à quelle époque remonte la fondation de cette institution de bienfaisance. D'après le Règlement, "les aumoisnes et distributions s'y font quatre fois en l'an, aux Communs Pauvres généralement, tant en speaulte, en pain et en argent, comme en sarots, chemises et souliers, etc." En outre, "en hyver, on y fait du feu de houille pour tous ceux qui s'y veulent venir chauffer." [ Voir l'Esta de la très fameuse Cité de Liège, p. 22. ] backtopp.gif (65 octets)

(40) Sous le rapport de la justice communale, 1a Cité était divisée eu six quartiers, nommés Vinâves. Les Jurés des Vinâves jugeaient les querelles qui s'élevaient entre les Bourgeois, faisaient les enquêtes, etc. "Li Jureis, en chascun Vinavle, doient et puelent enqueirre et jugier des meffais qui advenront en lour Vinavle, ou defours la Citeit à plus preis de lour Vinavle, etc." [Statuts de la Cité du 6 avril 1328, dans le Pâwelhâr. ] backtopp.gif (65 octets)

(41) Voici quel fut dès lors l'intitulé des actes du gouvernement de la Cité. En 1313 : Les Maistres, Jureis et Govreneurs des Mestiers, et ta Comuniteit del Citeit de Liege. --- En 1317 : Nous les Maistres et Jureis, les Govrenours et toutes luniversiteit delle Citeit. --- En 1323 : Les Maistres, le Conseil-Jureit, les Govrenours des Mestiers, et toute la Comuniteit delle Citeit de Liege. --- Nous li Maistres, li Conseaus-Jureis, li Govrenour, et le Comuniteis delle Citeit de Liège, etc. [Dans le Pâwelhâr.]
 
D'après ces documents, le gouvernement de la Cité se composait ainsi de quatre éléments principaux, savoir : 1° des deux Maîtres; .2° du collège des quarante Jurés; 3° du conseil des cinquante Gouverneurs des Bons Métiers; 4° des Bons Métiers, désignés sous le nom de Comuniteit ou Universiteit. backtopp.gif (65 octets)

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15/01/2013