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Paix de Jeneffe, Paix de Vottem ou Réformation d'Adolphe, Loi de murmure




 

 

 

 

 


 

 

 

Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. XIIIe et XIVe siècle,
Edition Demarteau, pp. 451 et suiv.  (Liège, 1890)

   Les bourgeois de Liège désiraient sincèrement vivre en paix et en bonne intelligence avec le prince, car, le 23 juin 1330, les bourgmestres et les conseillers communaux dressèrent un projet de règlement que le prince et le chapitre approuvèrent. On y lit : les bourgmestres et le conseil ne commettront aucune usurpation sur les attributions du prince; chaque année, ils éliront dans les six quartiers quatre-vingts personnes, moitié parmi les patriciens, moitié parmi les plébéiens, qui leur serviront de conseillers dans les affaires importantes; tout ce qui sera décidé par les bourgmestres et le conseil ou en cas de désaccord par les quatre-vingts conseillers, sera valable, comme si la chose avait été décidée par toute la cité communément, excepté « octroyer ost (armée), obliger la cité, lever taille, escot ou crenée », ce qui ne pourra avoir lieu qu'avec le consentement de toute la communauté; celui qui de fait ou de parole « émeut sédition en la cité ou court à la cloche du ban » pour la sonner sans le consentement des bourgmestres, du conseil et des quatre-vingts conseillers, sera puni ; les statuts criminels seront observés ; quinze jours après la rentrée des chanoines et des autres clercs, les bourgmestres et le conseil se rendront en la salle capitulaire et y jureront de respecter et faire respecter les libertés et les droits du clergé; ce serment sera fait chaque année par le nouveau magistrat. Cette paix porte dans l'histoire le nom de Paix de Saint Nicolas en Glain, du lieu où elle fut approuvée par le prince et les chapitres. (V. Recueil, p. 210.)

   Tout le clergé rentra dans la cité, après les paix de Flône et de Saint-Nicolas, mais le prince resta encore quelque temps au château de Moha.

   Pour compléter la pacification, il restait encore à indemniser le comte de Looz des dommages causés dans son comté. Le 4 février 1331, les Saintronnaires firent un traité avec lui : ils s'obligèrent à faire respecter ses droits d'avoué; le comte, de son côté, leur remit les méfaits commis contre lui pendant la guerre; le comte s'obligea, en outre, à empêcher Guillaume d'Odeur et Jean de Heers d'user de représailles à leur égard pour les dommages qu'ils avaient causés à ces seigneurs, et enfin il leur promit de les traiter en bon avoué. (V. Recueil, p. 214.)

   Dès le 25 octobre 1330, un traité semblable avait été conclu entre les villes de Liège et de Tongres, et le comte Louis qui en était l'avoué (1).

   La paix publique à peine rétablie, faillit être troublée, encore la même année (1330).

   Pierre Andricas, homme ambitieux et éloquent ne cessa d'intriguer à Liège contre le prince. Élu bourgmestre, le 25 juillet 1330, il se servit de son pouvoir et de son influence pour fomenter l'opposition. Il fit priver de son office et envoyer en exil le greffier de la Cité pour lui avoir reproché de provoquer une sédition. Il menaça le clergé et il usurpa les pouvoirs du souverain, notamment, en ouvrant les prisons et en rendant les détenus à la liberté. Le grand maïeur, au nom du prince, le dénonça à la cour des échevins. Pendant que la cour instruisait son procès (avril 1331), Pierre Andricas réunit ses principaux adhérents dans un jardin de Pierreuse, non loin de la porte de Sainte-Walburge. Il fut convenu d'assassiner les échevins, les Waroux et la plupart des patriciens.

   La conjuration devait éclater la nuit suivante. Jeanne Correa, l'épouse d'un conjuré, étant d'origine patricienne, ne put souffrir que plusieurs de sa parenté fussent massacrés ; elle révéla la conjuration au grand maïeur, sous la condition que son mari aurait la vie et les biens saufs. Les échevins, les Waroux et les patriciens, informés du danger, quittèrent la cité et se rendirent à Moha. La nouvelle de la conjuration peina vivement le prince. Dès qu'il se vit entouré de tous ses vassaux, il fit annoncer aux Liégeois que la cour des échevins siégerait, le 14 mai, à Vottem pour juger les coupables. Les Liégeois répondirent qu'ils observeraient les paix conclues et qu'ils ne s'opposeraient point à la punition des coupables. Au jour fixé, Adolphe de Lamarck fut à Vottem entouré d'une belle armée dans laquelle il y avait aussi des soldats du Brabant, du Hainaut, de Juliers, de Berg et de Gueldres. Les échevins dressèrent leur tribunal près du moulin à vent et citèrent Pierre Andricas avec ses complices. Comme ils ne comparurent point, on passa à l'audition des témoins. La cour condamna ensuite trente-neuf accusés. Le quarantième obtint grâce, à cause des révélations de son épouse. Le peuple de Liége, bien loin d'improuver cette condamnation, pria le grand-maïeur et les patriciens de faire occuper les portes et les principaux postes de la cité par mille hommes, pour réprimer tout mouvement séditieux. Pierre Andricas en appela au peuple et le réunit au couvent du Val-des-Ecoliers. Les patriciens et les bourgeois, amis de la paix, s'y rendirent également. Andricas se livra à ses déclamations ordinaires, mais Thomas de Hemricourt et Jean de Solos lui répondirent que la dignité et les intérêts du peuple réclamaient le maintien de la paix et la punition des méchants. Ce jour, on publia à Liège l'ordre que les proscrits devaient sortir de la cité avant le coucher du soleil. Ils en sortirent et se réfugièrent à Namur. Un des proscrits qui voulait différer son départ, fut arrêté le lendemain et écartelé.

   La cité se trouvant pacifiée, les bourgmestres et les conseillers communaux se concertèrent avec le prince, d'abord à Vottem, puis à Geneffe, pour modifier les statuts criminels et dresser des règlements d'administration. Les statuts, qui avaient été rédigés et approuvés, le 6 avril 1328, furent un peu modifiés par un traité du 10 juillet 1331. Quant aux règlements, ils furent rédigés aussi par l'autorité communale et approuvés par le prince, les chapitres et le peuple; ils sont connus sous le nom de paix de Vottem ou de Geneffe et portent la date du 10 juillet 1331. Les principales dispositions en sont : il y aura deux bourgmestres, quarante jurés et quatre-vingts conseillers pour administrer et régir la cité; le pouvoir des bourgmestres ne durera qu'un an ; celui des jurés et des conseillers durera deux ans ; ils seront renouvelés par moitié chaque année ; on ne sera rééligible à la fonction de bourgmestre qu'après un intervalle de trois ans et à celles de juré et de conseiller qu'après un intervalle d'un an : l'office des deux maîtres-gouverneurs « qui solaient être en la dite », est supprimé ; le 25 juillet de chaque année les bourgmestres et les quarante jurés nommeront douze commissaires dans les six quartiers de la cité, moitié parmi les patriciens et moitié parmi les plébéiens; ces douze commissaires nommeront vingt jurés moitié parmi les patriciens et moitié parmi les plébéiens dans les six quartiers ; les quarante jurés nommeront les deux bourgmestres, un patricien et un plébéien, et quarante conseillers, moitié parmi les patriciens et moitié parmi les plébéiens dans les six quartiers ; le pouvoir du prince-évêque sera respecté ; le pouvoir du conseil communal le sera aussi; les impôts communaux et autres charges de la cité seront votés par le peuple ; la veille de Saint-Jacques, chaque métier choisira quatre candidats parmi lesquels la cour des échevins nommera les deux gouverneurs du métier ; un nouveau métier ne pourra être constitué qu'avec le consentement du prince et des échevins ; les bourgeois ne pourront être réunis qu'avec lé consentement des bourgmestres et du conseil communal, et dans leur réunion on ne pourra délibérer que sur les objets qui ont motivé la réunion ; celui qui aura sonné la cloche du ban ou déployé la bannière militaire en public ou crié aux armes, sans la permission des bourgmestres sera puni ; il en sera de même de celui qui aura provoqué une sédition ; sera également puni celui qui aura pénétré dans une réunion du clergé sans permission ; on ne pourra prohiber au clergé, ni d'entrer dans la cité, ni d'en sortir ; on ne pourra point jeter un clerc en prison ; le clerc ne protégera aucun forain criminel par l'immunité et l'inviolabilité de son domicile ; les bourgmestres et le conseil communal protégeront la liberté de l'Eglise. (V. Recueil, p. 246.)


(1) Le texte de ce traité n'est pas connu. On le trouve indiqué dans le répertoire ou inventaire fait en 1653.  backtopp.gif (65 octets)

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Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age 
Edition L. Demarteau, T.II., pp. 38 et suiv.  (Liège, 1909)

   Sous la pression évidente du prince lui-même, le Conseil de Liège procéda, deux fois à treize mois d'intervalle, à des réformes profondes de son mode de recrutement (1) et de sa composition. La première réforme est du 23 juin 1330; la seconde fut décrétée le 10 juillet 1331. Un heureux hasard nous a conservé le texte de l'une et de l'autre. Toutes les deux sont nettement antidémocratiques : elles attestent le chemin que le prince avait fait en arrière, depuis le jour où, nouveau venu dans le pays, il avait consacré pleinement toutes les conquêtes populaires. Au surplus les événements qui se passèrent entre les actes de 1330 et de 1331 leur font une histoire et nous imposent l'obligation de les raconter séparément.

      Celui de 1330 comportait une triple réaction. Il réintroduisait les grands dans le Conseil, où il rétablissait la parité de 1303 entre eux et les petits. Il en excluait les gouverneurs des métiers, qui y représentaient la fraction la plus radicale des masses démocratiques. Enfin, comme pour compenser cette perte numérique, mais en réalité pour renforcer l'élément conservateur, il adjoignait aux quarante jurés quatre-vingts conseillers choisis annuellement par eux-mêmes dans les six vinâves, moitié parmi les grands et moitié parmi les petits (2). Ainsi apparaissait dans l'histoire constitutionnelle de Liège, pour bien peu de temps d'ailleurs, l'institution du Grand Conseil. Débarrassé des influences démagogique et assis sur l'équilibre des classes, le Conseil redevenait une assemblée délibérante sérieuse la réforme lui réservait la fixation exclusive de son ordre du jour et la police de ses séances, et elle interdisait l'accès des assemblées capitulaires à quiconque ne faisait point partie du Conseil. Toutefois, elle ne supprima point l'assemblée générale des bourgeois, mais elle en limita la compétence à trois cas spéciaux, qui étaient, selon la formule juridique si expressive dans sa concision : ost octroyer, Cité obliger, crenée 1ever. En d'autres termes, l'assemblée générale n'était appelée à délibérer que sur les intérêts les plus généraux, c'est-à-dire lorsqu'il s'agissait de mobiliser les milices communales, de contracter quelque emprunt au nom de la Cité ou de décider la levée de quelque impôt direct.

      Les autorités municipales avaient seules le droit de la convoquer, d'en fixer l'ordre du jour et d'en faire la police; des châtiments sévères frappaient les contrevenants, comme aussi les fauteurs des mouvements séditieux qui se produisaient souvent à la suite de ces réunions.

      Si la Cité, sous l'influence de sa récente défaite, se décida à réprimer de la sorte les excès démagogiques de son régime municipal, il ne paraît pas qu'elle l'ait fait de grand cœur. Les membres du Conseil qui votèrent ces mesures étaient les mêmes qui avaient mené la campagne contre Adolphe; ils n'avaient rien perdu de leur popularité; peut-être incarnaient-ils, aux yeux de la multitude, la cause des libertés publiques. Aussi voyons-nous qu'à l'élection du 25 juillet 1331 le peuple confia pour la seconde fois les fonctions de maître à Pierre Andricas (3). C'était une faute. Andricas, depuis la paix de Wihogne, n'avait pu se résigner au rôle du bon citoyen qui, au lendemain d'un grand désastre, accepte loyalement les faits accomplis, se réservant d'en tirer tout ce qu'il peut au profit de la cause qui lui est chère. Pour lui, la paix de Wihogne n'existait pas, et le droit de ses adversaires pas davantage.. Vexer ceux-ci au mépris de toute justice et renverser par une nouvelle révolution l'ordre de choses consacré en 1328, ce fut toute la politique de ce tribun de bas étage, qui nous offre à tous les points de vue la caricature de Henri de Dinant.

      Au mois de février 1331, on apprit, par la femme d'un de ses complices, qu'il ourdissait un vaste complot dans le but de massacrer les grands et d'anéantir l'autorité princière. Dans la première heure d'affolement, les échevins se sauvèrent de la Cité et celle-ci appartint à l'émeute (4). Mais c'était une partie seulement de la population, et la moins respectable, qui s'était groupée autour de Pierre Andricas : l'immense majorité des Liégeois n'entendait pas renoncer aux bienfaits d'une paix si chèrement acquise. Dans ces conditions, Adolphe avait la partie belle, et personne ne put penser à lui faire opposition lorsqu'il vint le 14 mai 1331 à Vottem, comme Thibaut de Bar en 1307, pour faire condamner les conspirateurs sur ce sol historique où le précédent de 1255 autorisait les échevins de Liège à rendre leurs sentences comme s'ils eussent siégé au Destroit.. Aussi, lorsque le maître eut été « forjugé » par contumace, avec trente-neuf de ses complices, n'eurent-ils d'autre ressource que la fuite. Un seul d'entre eux, qui avait laissé passer le délai légal de vingt-quatre heures, fut pris à Jeneffe et écartelé. Pour Andricas, réfugié à Namur comme Henri de Dinant, il disparaît désormais de la scène de l'histoire (5).

      Cette fois, le prince victorieux ne voulut plus se contenter des réformes du 13 juin 1330. Celles du 10 juillet 1331 (6), qu'il fit voter par le Conseil de la Cité, allèrent bien plus loin dans la voie de la réaction. L'élection des jurés fut enlevée au peuple et attribuée à une commission de douze électeurs choisis par le Conseil lui-même, à raison de deux par vinâve, moitié grands et moitié petits. Les gouverneurs de métier, que la réforme de 1330 avait exclus de l'administration communale, furent cette fois supprimés purement et simplement : on les remplaça dans chaque métier par des « wardains » ou conservateurs, que le tribunal des échevins choisissait sur une liste double présentée par le métier. Les jurés étaient renouvelés par moitié; ils élisaient les deux maîtres annuels, l'un parmi les grands, l'autre parmi les petits. Aucun mandat communal, que ce fût celui de maître, de juré ou de conseiller, ne pouvait être rempli deux fois de suite par le même homme; il y fallait un intervalle d'au moins une année. Ces mesures introduisaient un peu de calme et de régularité dans le fonctionnement quotidien du régime communal, prémunissaient les électeurs contre des entraînements irréfléchis et rendaient moins faciles, sans les empêcher entièrement, les dictatures populaires qui empruntaient la plus grande partie de leur prestige au monopole des dignités communales. Au surplus, la Réformation d'Adolphe - c'est ainsi qu'on appelait l'acte de 1331 - renforçait les dispositions spéciales de celui de 1330 dans tous les cas visés par ce dernier.

      Mais il ne suffisait pas de réglementer les formes légales selon lesquelles devait se renouveler la vie politique de la Cité. Ce qu'Adolphe voulait empêcher avant tout c'était l'explosion de ces troubles populaires qui éclataient si souvent dans la rue, et qui livraient les destinées de la Cité au caprice de quelque meneur ou au hasard de quelque émeute. Il y pourvut par l'établissement de ce qu'on appela la loi de murmure. La Cité fut soumise à une espèce d'état de siège, et les rassemblements publics de plus de deux personnes interdits sous les pénalités les plus rigoureuses dont disposait le législateur. C'était là, de toutes les mesures prises par la Réformation, la plus essentielle aux yeux du prince, la plus insupportable pour la Cité. Elle y vit à la fois une gêne et une humiliation, elle ne s'y résigna jamais, et elle profita de la première occasion pour s'en débarrasser.

      En attendant, elle était tranquille, l'année suivante, le 26 avril 1332, le prince pouvait se décider enfin à rentrer dans sa ville pacifiée. Il y avait sept ans qu'il ne l'avait plus revue. Adolphe était accompagné de ses alliés, le roi de Bohème, les comtes de Gueldre, de Juliers, d'Eu, de Namur de Looz, sans compter Jean de Beaumont, frère du comte de Hainaut et le sire de Fauquemont. On fit au prince une réception triomphale. Le clergé alla en procession, bannières déployées; à sa rencontre jusqu'à la porte Sainte-Walburge Le prince mit pied à terre près de la chapelle de ce nom; de là, le cortège entra dans la ville avec tout l'appareil d'une fête religieuse, l'évêque portant le grand costume pontifical. Ce jubilé de la réconciliation se termina par une solennité célébrée sous les voûtes du sanctuaire de Saint-Lambert (7).

      Liège était enfin pacifiée. Lorsque Adolphe demanda les milices communales pour repousser le duc de Brabant, qui avait molesté Saint-Trond, elles lui furent accordées sans difficulté, et le 6 mai, les citains purent assister à l'armement solennel de l'avoué de Hesbaye, sous la grande couronne de lumière de la cathédrale. Après qu'il eut pris en mains l'étendard de saint Lambert, il se mit en route, suivi des troupes liégeoises qui marchaient allègrement contre le vieil ennemi de la principauté. Ils ne pensaient plus guère en ce moment au traité par lequel ils s'étaient liés à lui; leur fidélité à leur évêque fut pour lui une surprise et une mortification à la fois (8).


(1)  Les deux actes du 23 juin 1330 et de juillet 1331, qui sont de simples règlements émis par le Conseil communal de Liège, sont connus de temps immémorial dans l'historiographie, le premier sous le double nom de Paix de Jeneffe ou de Saint.-Nicolas en Glain, l'autre sous celui de Paix de Vottem. Il est temps de faire disparaître ces appellations erronées, moins à cause de leur flagrante inexactitude qu'à raison de la confusion qu'elles peuvent engendrer dans l'esprit des lecteurs. La prétendue paix de Jeneffe a été ainsi appelée, je ne sais pourquoi. Quant à la prétendue paix de Vottem, elle doit ce nom à ce que ses dispositions ont été prises à la suite de la sentence de Vottem contre Andricas et ses complices.  backtopp.gif (65 octets)

(2) Comme les chiffres de 40 et de 80 ne sont pas exactement divisibles par 6, nous devons supposer que tous les vinâves n'avaient pas le même nombre de conseillers, mais que la représentation de chacun était proportionnée au chiffre de sa population.  backtopp.gif (65 octets)

(3) Hocsem, p. 406.  backtopp.gif (65 octets)

(4) Hocsem, p. 406; Warnant, p. 309; Levold, p. 401.  backtopp.gif (65 octets)

(5) Hocsem, p. 406; Warnant, pp. 310, 311; Levold de Northof, p. 401; Chron. S. Trud. Contin. III, p. 270.  backtopp.gif (65 octets)

(6) Bormans, Ordonnances, t. I, p. 216; Bormans et Scboolmesters, t. III, p. 385.  backtopp.gif (65 octets)

(7) Hocsem, p. 409 episcopus comitatus praefatis principibus (leurs noms à la page 408 infra) per portam S. Walburgis obviante sibi clero cum crucibus et vexillis processionaliter est ingressus, etc.; Levold, p. 401;Warnant, p. 315; Chron. S. Trud. Contin.., III. p. 271.  backtopp.gif (65 octets)

(8) Hocsem, p. 415 in fine. backtopp.gif (65 octets)

Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age 
Edition L. Demarteau, T.II., p. 185.  (Liège, 1909)

L'acte du 23 juin 1330, connu sous le nom de Paix de Geneffe, autorisa chaque métier à se constituer en frairie sous l'approbation du prince et de la Cité; cet acte peut être considéré comme la charte organique des métiers.

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F. Magnette :
Précis d'histoire Liégeoise,
1re éd., Vaillant-Carmanne, pp. 104-105

Paix de Jenefle.

Celle de 1330 (paix de Jeneffe ou de Saint-Nicolas-en-Glain, 23 juin) réintroduisait les Grands dans le Conseil en nombre égal aux Petits, comme en 1303, et en excluait les gouverneurs des métiers. On adjoignait aux 40 jurés 80 conseillers, choisis annuellement par les premiers parmi les Grands et les Petits dans les six vinâves de la ville et non plus par métier. Enfin, on limitait la compétence des assemblées générales des bourgeois à trois cas spéciaux d'intérêt tout à fait supérieur, et seules les autorités municipales possédaient le droit de les convoquer. Par là, on annulait toutes les usurpations que s' étaient permises les gens de la Commune après la paix d'Angleur ; c'était aussi abolir te gouvernement direct de la ville par les métiers, qui cessèrent de former des groupements politiques

 Tentatives 
révolutionnaires 
de P. Andricas

 La réforme de 1331 se ressentit des événements  dont la capitale venait derechef d'être le théâtre. P. Andricas avait été depuis peu réélu maître. Ce démagogue, qui s'essayait à jouer le rôle d'un Henri de Dinant, se crut assez de prestige pour espérer pousser ses concitoyens à la révolte dans le but de renverser par une révolution l'ordre de choses qui venait d'être établi en 1328. Mais il ne fut suivi que par un très petit nombre d'émeutiers. Sa. tentative échoua lamentablement, et lui-même, « forjugé », ne trouva de salut que dans la fuite et l'exil.

Paix de Vottem.

Alors l'évêque, se voyant maître de la situation, résolut de modifier dans un sens encore plus rigoureux son édit de l'année précédente : allant plus loin dans la voie de la réaction, il fit voter par le Conseil de la Cité la paix dite de Vottem (10 juillet), appelée aussi la Réformation d'Adolphe. Ce décret, imposé par une volonté redevenue exigeante à un corps réduit à la soumission et à la peur, établissait un système d'élections communales à trois degrés au lieu du suffrage universel. Les jurés devaient être renouvelés par moitié; ils éliraient les deux maîtres annuels, l'un parmi les Grands, l'autre parmi les Petits. Les mandats publics ne pouvaient être immédiatement renouvelables.

Loi du murmure
contre les menées
populaires.

 La réforme du régime électoral de la Commune était complétée par un ensemble de prescriptions et de défenses qui avaient pour but évident d'empêcher toute manifestation des passions populaires : par la proclamation de ce qui est appelé dans les annales de l'histoire liégeoise la Loi du murmure (1), la ville se vit soumise à une espèce d'état de siège, et les rassemblements de plus de deux personnes furent interdits sous les pénalités les plus rigoureuses ! Des poursuites furent décrétées contre toute tentative future « de fait ou de paroles » d' « émouvoir sédiction en la citeit », etc.


(1) On appelait murmure toute manœuvre ou toute menée pouvant troubler l'ordre.  backtopp.gif (65 octets)

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H. Pirenne :
Histoire de Belgique,
Edition Henri Lamertin  t..II, pp. 41-43 (Bruxelles, 1903).

   En 1330, la paix de Jeneffe centralisa l'autorité municipale dans les mains des maîtres, des jurés et des conseillers, qui seuls désormais eurent le droit de convoquer la bourgeoisie on assemblées plénières. Tous les offices furent répartis par moitié entre les « petits » et les « grands », et au conseil composé jadis des « gouverneurs » des métiers, se substitua un nouveau conseil formé de quatre-vingts personnes choisies dans les six vinâves de la ville (1). D'ailleurs c'étaient les maîtres et les jurés qui désignaient les membres de ce conseil, et c'étaient eux aussi qui seuls avaient le droit, quand ils le jugeaient à propos, de « mettre le communiteit ensemble », c'est-à-dire de convoquer une assemblée générale de tous les citoyens.

      La réforme imposée à la ville fut, on le voit, une œuvre longuement mûrie et s'inspirant d'idées politiques très nettes. Le but qu'elle poursuit est de parer dans l'avenir à de nouvelles révoltes. Pour y arriver, elle énerve la partie la plus nombreuse de la bourgeoisie, les artisans, par la suppression des métiers en tant que corps politiques, et, comme garantie supplémentaire, elle l'oblige à partager avec les descendants des anciens lignages tous les offices de la commune. Mais il en fut d'elle comme de tant d'autres essais tentés au x
Ive siècle dans le même but. Les barrières ingénieusement agencées qu'elle opposait à la poussée des forces populaires étaient trop fragiles pour pouvoir tenir bien longtemps. La vie publique s'était éveillée parmi les gens de métier comme elle s'était éveillée deux siècles plus tôt parmi les marchands des portus, et elle devait fatalement tendre à son épanouissement complet. Chaque métier était trop directement intéressé au gouvernement de la ville pour se résigner à l'abandonner tout entier au magistrat. La constitution économique urbaine qui donnait à chaque profession son rôle, ses attributions, sa réglementation spéciale, qui faisait des membres de chacune d'elles une personne morale animée d'un puissant esprit de solidarité, appelait invinciblement, dans l'ordre politique, une constitution analogue. Les divers métiers avaient beau se jalouser entre eux et ne chercher chacun que son avantage sans se préoccuper de celui de ses voisins, ils ne pouvaient manquer de faire cause commune pour sortir de la situation nouvelle qui leur était imposée. Peu accessible à ce que nous appellerions aujourd'hui le sentiment de classe, chacun d'eux n'en sentait que plus profondément sa propre déchéance, et, de l'ensemble des mécontentements particuliers, sortit nécessairement une opposition générale.

      Le maître des petits, le pelletier Pierre Andricas, l'un des premiers de ces politiciens bourgeois dont l'histoire du xiv" siècle devait offrir tant d'autres exemples, se mit à la tête de l'opposition. Dès 1331 une insurrection éclatait. Divulguée trop tôt, elle échoua. Mais l'évêque y vit un symptôme redoutable. Il se figura que le règlement de 1330 laissait encore trop d'autonomie aux artisans, et il résolut de le modifier dans un sens plus rigoureux. Le 10 juillet 1331, fut promulguée la paix de Vottem que le peuple baptisa du nom  de « loi du murmure
(2) ». Elle soumit plus étroitement que jadis les métiers à l'autorité du prince leurs gouverneurs élus furent remplacés par des « wardeurs » institués par l'échevinage qui reçut également mission de réviser dans les deux mois les statuts de toutes les confréries d'artisans. Les pénalités promulguées contre ceux qui convoqueraient sans mandat une assemblée du peuple ou sonneraient la « ban-cloque », furent renforcées; enfin on décréta des poursuites contre toute tentative future « de fait ou de parolles », d'émouvoir « sédicion en la citeit ».

      La rigueur de ce nouveau règlement n'eut pas plus de succès que la modération relative du premier. Malgré tout, les métiers continuèrent à revendiquer invariablement leur intervention dans l'administration.


(1) La cité de Liége était divisée en six vinâves (voisinages) dont l'origine doit être fort ancienne et qui sont tout à fait analogues aux « paraiges » de Metz  (voy. F.D.H. Klipffel, les paraiges Messins [Paris, 1863]). Au XIVe siècle, ces vinâves  avaient un maire et des jurés exerçant une juridiction sur laquelle on n'a malheureusement pas de renseignements. Jusqu'au jour où s'implanta le gouvernement direct de la commune par les métiers, les jurés du Conseil se recrutaient dans les vinâves. La révolution démocratique, à Liège comme ailleurs, eut pour résultat de substituer, dans la constitution urbaine, des groupements personnels (métiers) à des circonscriptions territoriales.  backtopp.gif (65 octets)

(2) Bormans, Ordonnances, t. I, p. 216.  backtopp.gif (65 octets)

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15/01/2013