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La
Lettre de Saint-Jacques
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Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. XIIIe et XIVe siècle,
Edition Demarteau, pp. 489 et 490. (Liège, 1890)
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Les trois Etats, réunis le 31
mai, décrétèrent la guerre contre le duc de Brabant. Le concours de la cité
à cette guerre étant indispensable, le chanoine Guillaume d'Eure harangua le
peuple au nom du prince pour obtenir son concours immédiat. Le peuple promit
son concours, mais il profita de la circonstance pour solliciter des
modifications aux paix de Flône et de Vottem qui restreignaient ses libertés. Le prince demanda trois
jours pour y réfléchir. Entre-temps arriva à Liège Guillaume comte de Hainaut, avec
Louis d'Agimont, Thierry de Seraing et Walter de Momale. Ils étaient envoyés par le duc
de Brabant pour négocier la paix, car ce souverain craignait de voir se former une
nouvelle coalition de princes contre lui. Une trêve fut conclue immédiatement. Pendant
que le comte de Hainaut allait de nouveau consulter le duc de Brabant, le prince se rendit
à Moha et à Clermont pour y veiller à la sécurité des frontières. Il retourna à
Liège, dès qu'il apprit que ses anciens amis et alliés devaient y arriver, savoir, les
comtes de Luxembourg, de Berg et de la Marck. Par la médiation de ces princes, Adolphe de
Lamarck fit aux Liégeois de grandes concessions contenues dans la Lettre de saint
Jacques, datée du 1er juillet 1343. On y lit les dispositions suivantes : celui qui
aura sonné la cloche du ban, ou déployé la bannière militaire ou crié aux armes, sera
puni comme coupable de sédition ; celui qui en est accusé, ne pourra être arrêté
qu'après un jugement porté par les échevins, les deux bourgmestres et quatorze
conseillers communaux, dont sept patriciens et sept plébéiens ; si les bourgmestres et
les conseillers dûment appelés ne comparaissent point, les échevins continueront les
procédures ; chaque année, chaque métier nommera ses deux conseillers plébéiens et
les patriciens leurs conseillers patriciens ; les conseillers plébéiens nommeront le
bourgmestre pris parmi les plébéiens et les conseillers patriciens le bourgmestre
patricien ; chaque année, chaque métier nommera ses deux gouverneurs ; les trente-deux
métiers ne pourront être réunis que par les bourgmestres ; ceux-ci cependant devront
les réunir à la demande de deux ou trois métiers ; on ne pourra admettre aux métiers
ni au droit de bourgeoisie que ceux qui demeurent dans la cité ou la franchise. Par cette
paix, le prince gagna la sympathie de la cité qui se montra, dès lors, très disposée
à prendre les armes contre le duc de Brabant. (V. Coutumes, t. I, p. 544 ; Recueil,
p. 248.) |
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C. de Borman :
Les Echevins de la souveraine justice de Liège
Imprimerie L. Grandmont-Donders, T. I., pp. 136 et suiv. (Liège, 1892) |
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... cinquante des
bourgeois les plus notables de Huy allèrent trouver le duc de Brabant et offrirent de lui
livrer la ville et le château, plus une somme de 40,000 écus, s'il voulait les soutenir dans leur querelle. Le
marché fut conclu le 4 mai.
Cette révolte des Hutois mit l'évêque dans le plus grand émoi. Il
convoqua les États pour le 15 mai, et pria le
Chapitre de joindre ses instances aux siennes afin de presser les échevins de prononcer
leur sentence (1). Les échevins le promirent sans y mettre
le moindre empressement; eux aussi attendaient la réunion des États (2). Ceux-ci décidèrent de réduire les Hutois par les armes, mais la
Cité y mit pour condition le retrait de la loi de murmure, et les nobles la
reconnaissance de Thierry de Heinsberg comme comte de Looz.
Adolphe dut passer par ces exigences. La lettre de Saint-Jacques du
1er juillet 1343 rendit à la Cité un régime
politique plus libre. « Le Prince, dit Henaux, ne pouvait plus, sous prétexte d'assurer
la tranquillité des rues, faire des procès aux bourgeois pour d'imaginaires méfaits. Il
n'était plus défendu de parler des intérêts locaux, ni de s'accoster, ni de se
réunir. Il n'y avait plus que des délits nettement définis, sonner le tocsin, marcher avec bannière déployée, et crier Aux
armes, sans le consentement des maistres. Même pour ces délits, nulle poursuite ne
pouvait avoir lieu par le mayeur et les échevins, qu'après une enquête opérée
concurremment avec une Commission appelée La Franchise, composée des deux maistres et des douze jurés, dont six Grands et six Petits (3). »
L'octroi de ces franchises remplit les Liégeois de reconnaissance et
d'ardeur. Tous voulaient combattre le duc de Brabant. Une trêve de quelques semaines
intervint heureusement, au bout de laquelle on formula des propositions de paix, et dès
le 8 août celle-ci fut signée à Duras (4). L'une des
clauses du traité consacrait le droit, pour les bourgeois de Huy, d'être jugés par
leurs échevins au Péron de leur ville. Aucun bourgeois de Huy ne pouvait être « vogié
» à Liége, à moins que le délit dont il se serait rendu coupable n'eût été commis
dans la franchise de la Cité.
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(1) « Requirendo Capitulum ut Scabinos secum rogaret,
quatenus indilate ad abjudicationem procederent predictorum » (HOCSEM, p. 466).

(2) « Requisiti sunt tamen scabini
ut celeriter agant legem : quod facere promiserunt, et tamen, hactenus distulerunt » (Ibidem).
-- Selon FISEN (Historia
Ecclesiae Leodiensis, t. II, p. 96) le jugement fut rendu, et
quatorze Hutois, condamnés.

(3) HENAUX, Histoire du pays de
Liège, t. I, p. 435.

(4) Texte
dans les Ordonnances de la principauté, t. I, p. 254.
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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition,
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, T.I, pp. 432 et suiv. |
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Le mardi premier juillet (1343), il sanctionna la Lettre de St-Jacques,
que venait de rédiger une commission de Grands et de Petits, réunie, à la hâte, dans
le monastère de St-Jacques (1).
Cette Lettre n'était, ni en faveur des Petits, ni en faveur des Grands :
elle laissait à chacun des deux partis la position que lui avait attribuée la Paix
de Vottem. Elle ne consacrait qu'une défaite : celle du Prince.
Le régime politique de la Cité s'en ressentit notablement.
Aux ternies de la Lettre, deux Maîtres, quarante-six
Jurés, et quatre-vingts Conseillers gouvernaient. Ils étaient tous
renouvelés chaque année, à proportion égale, par les Grands et par les Petits,
ceux-là classés, comme jadis, dans les six Vinâve, ceux-ci dans les Bons
Métiers, reconstitués en collèges politiques (2). Le renouvellement se faisait de la manière suivante :
Le 25 juillet, au matin, les trente-deux Bons Métiers s'assemblaient
séparément : chacun d'eux élisait deux Bourgeois, les uns comme Jurés, les
autres comme Conseillers. De leur côté, les Grands élisaient soixante-quatre
Bourgeois comme Jurés et Conseillers. Ces élus se rendaient à
l'Hôtel-de- Ville, et prêtaient, entre les mains des Maîtres sortants, le serment de
remplir avec loyauté les fonctions leur dévolues; puis les quarante-huit Jurés entrants
élisaient dans leur sein, les Petits, un Maître, et les Grands, également un
Maître (3).
Les Gouverneurs des Bons Métiers étaient rétablis. Chaque
Métier, le même jour 25 ,juillet, en élisait deux, qui ne prêtaient serment qu'entre
les mains des Maîtres (4). Chaque Métier pouvait être
convoqué quand et où le jugeaient à propos ses Gouverneurs (5).
Il y avait pour les Maîtres obligation de réunir tous les Bourgeois en assemblée
générale, lorsque la réquisition leur en était faite par deux ou trois Métiers, ou
par leurs Gouverneurs, pour entendre une proposition intéressant soit le Pays, soit une
Bonne Ville, soit même une Personne (6).
Les habitants de la Banlieue qui voulaient se faire recevoir dans un
Bon Métier, n'étaient plus tenus à la résidence dans la Cité (7).
Le Prince ne pouvait plus, sous le prétexte d'assurer la tranquillité des
rues, faire des procès aux Bourgeois pour d'imaginaires méfaits. Il n'était plus
défendu de parler des intérêts locaux, ni de s'accoster, ni de se réunir. Il n'y avait
plus que des délits nettement définis : sonner
le tocsin, marcher avec bannière déployée, et crier Aux armes, sans le consentement des Maîtres (8). Même pour ces délits, nulle poursuite ne pouvait avoir
lieu, qu'après une enquête opérée par le Mayeur et les Echevins concurremment avec une
commission, appelée La Franchise, composée
des deux Maîtres et de douze Jurés, dont six Grands et six Petits
(9). |
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(1) Cette Lettre débute
ainsi :
"A tous cheaus qui ces presentes Lettres veront et oront. Adolphes, par
le grasce de Dieu Evesques de Liege, salut en Dieu parmanable et conissanche de veriteit.
Sachent tuis et singuleirs presens et à venir, que come par pluiseurs annees derain
passeis, ilh y at out un diviers (arbitraire) Governement entre le Universiteit de nostre
Citeit de Liege qui at esteit mal agreable à la plus grande partye des personnes et
conhabitans de ceste dite Citeit, etc. " (Dans le Pâwelhâr, et dans le Recueil
des Edits du Pays de Liège t. I, p. 30.1
La Lettre de St-Jacques, qui abolit toute poursuite à propos du Murmure
fut vulgairement surnommée la Lettre du Murmure. Elle est intitulée ainsi
dans plusieurs documents du temps : Littera sancti Jacobi que dicitur Murmuris; -- Moderatio
Regiminis Civitatis Leodiensis per revocationem Murmuris; -- "La Lettre de
Saint Jakeme, que on dit dele Murmure."

(2) Il y avait alors trente
deux Bons Métiers. --- En 1313, lorsque la Paix d'Angleur fut scellée, il n'y
en avait que vingt cinq, et trente en 1321. Grâce au triomphe de la
démocratie, la population bourgeoise allait s'augmentant chaque jour, et nécessitait la
création de nouveaux Métiers, ou Collèges politiques. La Paix de
Jeneffe, en 1330, arrêta ce mouvement, en défendant d'établir d'autres Bons
Métiers. Ceux-ci étaient alors au nombre de trente deux.

(3) "Item.
Nous contrestans toutes autres contraires acoustumances et ordinanches sur ce faites, pour
le plus grand pais à avoir dedens nostre dite Citeit, consentons, volons et ordinons, que
dors en avant, dan en an, az tiermes establis, chascon Mestier de nostre dite
Citeit por ly, es ciertains lieux sens appelleir les Grans, puist enlire dois
Jureis; et, dautre part, li Grans por eaus, en ciertain lieux, sens appelleir les
Petis, puissent eslire altretant de Jureis por le Siege renovelleir. Lesqueis
ensi esleus dune part et dautre, les anchiens Maistres les metteront en fealteit, et les
feront faire seriment, ensi quil est acoustumeit, de bin et lealment governeir et
conseilhier à leur pooir toutes les fois que besongne serat, et ils en seront
requis."
"Les dis Jureis, esleus dune part et dautre come dit est, li Jureis des Grans
en ciertain lieu, sens à ce appelleir les Jureis des Petis, poront eslire dedens eaus
ou fours deaus unc Maistre por les Grans; et tot en teil manier li Jureis
des Petis en autre ciertain lieu, sens à ce appelleir les autres Jureis des
Grans, poront eslire dedens eaus ou hours deaus un Maistre por les Petis,
et ensi continueir, dan en an, dors en avant." [Ibid.]

(4) "Dors en avant, chascon an, chascuns Mestier porat eslire dois Governurs,
pour governeir leurs dis Mestiers, li queis feront seriment et fealteit par devant
les noveaulz Maistres tant soilement." [Ibid.]
(5) "Et poront cil Governurs mettre les personnes de leurs
Mestirs ensemble sens meffaire de rins, toutes les fois que boin leur semblerat."
[Ibid.]
(6) "Dors en avant, que à la requeste de dois ou de trois Mestirs ou
de leurs Gouviernurs, les dois Maistres qui seront por le tens soient tenus de mettre et
metteront tout la Vilhe ou tout les Gens dele dite Universiteit ensemble, toutes
fois quil en seiront requis; assavoir : por cas tochans le Pays, ou aucun Membre de Pays,
ou se on minoit aulcune persone fours loy." [Ibid.]
(7) "Item. Pour ce que les Banniers des dis Mestiers
soient miez parees, plus fortes et plus seures, dors en avant tout cil qui
demeurent dedens Banlieu qui sont de teils Mestiers come cil de nostre dite Citest,
soient del Frairie des dis Mestirs, et assy tous autres demourans en Banlieu qui
les dis Frairies voront acquerre, mais quils soient gens idoene et pasuel, et esleu
par laccort des esleus Jureis et Governurs de leur dit Mestiers; et que toutes teiles gens
desdis Frairies demoraut en dite Banlieu soient Borgois de Liege, et
aussi Frans que doncq ilhe fuissent dedens Liege demorant." [Ibid.]
C'est donc seulement à dater de cette année 1343, que les habitants de
la Banlieue, c'est-à-dire du Territoire de la Cité, n'eurent plus besoin
de transporter leur domicile à Liège, pour jouir des droits de Bourgeoisie.
(8) "Nous quictons et quicte clamons et annichillons de tout le Murmure
et Sedition deseurescripte, sauf trois poins, les queis nous volons estre
gardeis et retenir, asavoir : que nuls, sens le congiet des Maistres de nostre dite Citeit
qui seront por le tens, ne puist courir al Blank Clok, ne porteir Banieres sor le
Marchiet, ne ailheurs en la Citeit, por gens esmovoir, ne crieir Aus Armes par
la Citeit, sour poine destre attains de son honneur." [Ibid.]
 (9) "Et silhe avenoit, par aventure, que aucuns ou puiseurs Borgois de
nostre dite Citeit estoit ou estoient enculpeit ou admis dacuns de ces trois poins
desoirdis, nous volons que nostre Mayeur et Eschevins de Liege, qui seront por le tems, ne
puissent, sur le dis Borgois ensi enculpeit, de ce faire enqueste, se li dois Maistres por
le tems, siix Jureis des Grans et siix Jureis des Petis, ne sont presens,
avoucques le Maieur et les Eschevins deseurdis, à faire le dite enqueste." [Ibid.]
C'est ainsi qu'a pris naissance, en 1343, La Franchise, ce noble
et original jury de poursuite, sans le consentement duquel aucune arrestation, pour délit
politique, ne pouvait avoir lieu.
Chaque Bonne Ville voulut posséder et posséda une semblable institution.
La police de la Cité, exercée par l'officier supérieur du Prince, le Mayeur,
était surveillée par les Maîtres. C'est ce qu'indique ce vieux texte, qui se trouve
d'ordinaire transcrit à la suite de la Lettre de St-Jacques :
"Cest le maniere par lequeille li Maire qui est por le tems, doit la
Citeit wardeir, et wardeit lont anchenement, accordee par nous Saingnours les Eschevins de
Liege :
"Promiers. Li Maires de la dite Citeit doit enlier et prendre
bones persones et honeistes, Borgois delle dite Citeit, à ses Varles, por
wardeir et waitier aveques ly la dite Citeit; les nons des queis Varles doit donneir en
escript az Maistres dele dite Citeit, par quoy ons sache ceaz qui sont ses Varles por la
dite Citeit wardeir et waitier, et que nuls autres fours ceaus desoirdis ne soy
entremellent de la dite Citeit à wardeir.
"Item. Ceaus ensi eslis et pris et donneis en escripts auz dis
Maistres, li dis Maires les doit faire jureir de bin et lealment wardeir la die Citeit,
ansi comme chi apres sensiiet.
"Asavoir est : Silh avient ke ils truvent u encontrent par nuict une
personne honneiste et de bonne fame, soit dele Citeit ou estranges, allant honeistement
par le Citeit, celhe persone, se ilhe le conissent, laissier alleir le doient pasiblement;
et se chile persone est estrangne et ne le cognissent, conduire le doient jusques à son
hosteil, por savoir lestat delle persone et dont ilhe est.
"Item. Silh truvent u encontrent alcune persone
suspectueuse allant avail le Citeit, oultre heure, deshoneistement, ou qui soit de mal
fame, ou quil fache destourbier à aultrui, celi doient et puelent prendre et tenir en
prison jusques à jour, solonc lestat de li, à celle fien que ons sache le condition de
ly." [Dans le Pâwelhâr, et dans le Recueil des Édits du Pays de Liège, t.
11, p. 13. ]
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Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen Age
Edition L. Demarteau, T.II., pp. 63-64.. (Liège, 1909) |
La Lettre de Saint-Jacques (1) débute par
des considérations générales qu'il est bien intéressant de recueillir. Elle reconnaît
que le gouvernement établi au cours des dernières années « at esteit mal agréable
à la plus grande partye des personnes et cohabitans de nostre dicte Citeit » ; elle
constate qu'il n'est « mie pour nourir paix, amour ne concorde entre les personnes et
cohabitans deseurdis mais grans rancoir, envye et dissention; » elle déclare
pourvoir au mal en accordant les réformes suivantes, qui rendent aux Liégeois plusieurs
des privilèges abolis par la Paix de Wihogne. D'abord, elle rétablissait l'élection
directe des jurés. Ceux-ci devaient être élus désormais, les plébéiens par les
métiers, les patriciens par leurs pairs dans les vinâves ; eux-mêmes choisissaient
ensuite les deux maîtres, l'un parmi les patriciens, l'autre parmi les plébéiens. En
second lieu, les métiers reconquéraient le droit d'avoir des gouverneurs, sans que
cependant ceux-ci fussent admis dans le Conseil de plein droit, comme de 1313 à 1330. En
troisième lieu, l'assemblée générale des bourgeois, que les maîtres seuls, depuis
1330, avaient qualité pour convoquer, pouvait se réunir désormais chaque fois qu'elle
était réclamée par deux ou trois métiers. A ces réformes, expressément accordées
par la Lettre de Saint-Jacques, il est permis, ce semble, d'en ajouter une autre
qui n'est point mentionnée, je veux dire la suppression du Grand Conseil. Ce rouage
inutile ne paraît pas avoir jamais existé autre part que sur le papier, et il disparaît
de l'histoire de la Cité sans y laisser aucune trace.
Telles sont, en 1343, les conquêtes de la liberté
communale. Elles se distinguent par leur modération. Elles ne retournent pas au
radicalisme démocratique de 1313. Entre ce régime et celui de la réaction conservatrice
de 1331, la Lettre de Saint-Jacques représente un moyen terme heureux. Et la
raison en est facile à découvrir : ce n'est pas un parti, c'est la Cité entière qui a
triomphé en 1343. Les libertés que la Lettre de Saint-Jacques lui a rendues sont
également chères à tous les citains, encore qu'elles doivent surtout profiter aux
petits, parce que ceux-ci ont le plus pâti du régime antérieur (2). |
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(1) Bormans, Ordonnances,
t. I, p. 248.

(2) Je
suis trop rarement d'accord avec Henaux pour ne pas constater qu'il apprécie ces faits
avec justesse quand il écrit t. I, p. 432 : «
Cette lettre n'était ni en faveur des petits ni en faveur des grands: elle laissait à
chacun des deux partis la position que lui avait attribuée la paix de Vottem. Elle ne
consacrait qu'une défaite celle du prince. »
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F. Magnette :
Précis d'histoire Liégeoise,
1re éd., Vaillant-Carmanne, pp. 107-108 |
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Nouveaux excès
de
pouvoir des
officiers du prince. |
Les officiers et les propres
conseillers
d'
Adolphe de la Marck faisaient du reste tout pour attirer sur eux et sur leur maître
l'aversion
du pays entier. En 1343,
ils se rendirent coupables d'actes qui déchaînèrent de nouveau la tempête.
La ville
de Huy et l'Echevinage de Liège étaient en contestation pour une question de monnaie.
Quelques membres du chapitre s'avisèrent alors de réclamer un pot-de-vin de 6000 florins
comme prix de leur intervention dans les négociations. A ce moment même, l'évêque
avait besoin du concours des milices nationales contre le duc de Brabant, Jean III, en les
bras duquel venaient de se jeter les Hutois. Les Etats avaient été réunis à cet effet.
L'occasion était belle pour faire valoir les griefs du pays et n'accorder l'aide
militaire de la nation que sous conditions. |
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L'évêque doit signer
la lettre de Saint-Jacques
et la lettre des XXII. |
Le
prince, surpris, assiégé de réclamations,
sans chevalerie, ne pouvant compter que
sur les forces de bourgeoisies des villes, ayant en quelque sorte le couteau sur
la gorge, dut céder. Faisant preuve d'une résignation étonnante, il signa
d'abord l'abolition de la Loi du murmure par la Lettre de Saint- Jacques (1er
juillet) ; puis, concession énorme, il accorda l'établissement d'un tribunal spécial
qui devait apporter aux citoyens de nouvelles garanties contre l'arbitraire princier :
c'est le Tribunal des XXIl, constitué par la Lettre des XXII (6
juin).
La charte, intitulée la Lettre de Saint-Jacques, modifia
de nouveau la composition du corps municipal de la capitale (1), de telle façon que l'administration communale se
retrouvait partagée par moitié entre le patriciat et la bourgeoisie et que les métiers
recouvraient l'élection de leurs représentants au sein du conseil de la Cité. On en
revenait donc à la situation qui existait au début du siècle.
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(1)
Elle supprimait le conseil adjoint de 80 membres, rappelait les gouverneurs des métiers
au Conseil dont les membres furent de nouveau au nombre de 128, nommés mi-partie par les
nobles, mi-partie par les 32 métiers, à raison de deux par métier. Les jurés des
Grands et ceux des Petits devaient élire leur maître respectif.
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H. Pirenne :
Histoire de Belgique,
éd. Henri Lamertin t..II, pp. 43-44 (Bruxelles, 1903). |
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Ils obtinrent enfin gain de cause en 1343. La lettre de Saint-Jacques déclara
leurs « gouverneurs » admissibles au conseil, leur abandonna l'élection des « jurés
des petits » et décida qu'il suffirait à l'avenir de la requête de deux ou trois
métiers pour obliger les maîtres à convoquer une assemblée plénière de la
bourgeoisie (1).
Liége connut dès lors, pendant plusieurs années, une constitution que les villes
brabançonnes devaient lui emprunter vers la fin du XIVe siècle. Si les
métiers rentraient dans le gouvernement de la ville, en effet, ils n'y étaient pas
seuls. Les « grands » continuaient à partager le pouvoir avec eux : ils nommaient l'un
des deux maîtres à temps, la moitié des jurés et la moitié des conseillers.
Mais le système qui put durer à Louvain et à Bruxelles,
était condamné à Liége à disparaître tôt ou tard. L'équilibre qu'il prétendait
maintenir, en effet, entre les deux parties de la population urbaine, était un équilibre
factice. Les patriciens de Liége avaient perdu, depuis le massacre de 1312, toute
importance dans la ville. De plus en plus absorbés par la petite noblesse, ils étaient
devenus presque complètement étrangers aux intérêts municipaux. Leur rôle est
complètement effacé depuis 1330, et il est permis de croire que le contre-poids que,
d'après le texte des règlements, ils étaient destinés à opposer aux artisans, resta
illusoire. Ils s'en rendirent compte eux-mêmes et finirent, en 1384, par renoncer de leur
plein gré à ce partage du pouvoir communal qui n'était plus pour eux qu'une charge
inutile, une dépense vaine et une ennuyeuse corvée (2)
Depuis lors, jusqu'aux grandes guerres contre la
maison de Bourgogne, les métiers dominèrent exclusivement dans la ville. Seuls jouirent
désormais des droits politiques, ceux qui se firent inscrire sur leurs contrôles. Le
conseil, dont les jurés étaient annuellement nommés par eux et surveillés par leurs
gouverneurs, ne forma plus qu'un rouage administratif dont ils réglaient l'action à leur
gré Les deux « maîtres à temps » recrutés dans ce conseil étaient les exécuteurs
des volontés du peuple, car toutes les questions importantes devaient être soumises à
la délibération des trente-deux métiers, et tranchées dans chacun d'eux par recès ou
« sieultes » à la majorité des voix. Ce qui frappe dans cette organisation, la plus
purement démocratique que les Pays-Bas aient connue au moyen âge, c'est
peut-être moins
le principe du gouvernement direct du peuple par lui-même, que l'égalité absolue qui
fut attribuée à chaque métier. Dans cette ville où aucune industrie n'était assez
développée pour exercer l'influence prépondérante qui appartenait à la draperie en
Flandre et en Brabant, toutes les corporations industrielles avaient des droits
identiques. De même qu'il avait deux « gouverneurs », chaque métier envoyait deux
jurés au conseil, et, dans les « sieultes », chacun d'eux avait également une voix. Le
type constitutionnel liégeois s'explique donc par la situation économique de la ville.
C'est une erreur que d'y voir, comme le fait Michelet dans dès pages célèbres, une
manifestation d'un prétendu sentiment démocratique wallon
(3). Pour s'en convaincre, il suffit
d'observer que dans une autre ville wallonne, à Dinant, l'importance prépondérante du
métier des batteurs et la présence d'une classe de riches marchands empêchèrent
l'introduction du système égalitaire de la capitale, et amenèrent une organisation qui
rappelle exactement celle des grandes villes drapières de la Flandre (4).
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(1)
Bormans, Ordonnances, t. I, p. 248.

(2) F. Hénaux, Histoire du pays de Liége, t, I, P.
242 (Liége, 1856). - De même, à Saint-Trond, en 1393, les otiosi disparaissent
et les jurés sont exclusivement nommés par les métiers. F. Straven, Inventaire des
archives de la ville de Saint-Trond, t. 1, p. 116 (Saint-Trond, 1886).

(3) Histoire de France, t. VI, p. 146 (Paris, 1844).

(4) H. Pirenne, Histoire de la constitution de la ville de
Dinant, p. 45 (Gand, 1889).
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