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Les Liégeois, de leur côté,
mirent tout en œuvre pour recruter une forte armée, dont ils confièrent le
commandement à Raes de Waroux et à Berthold d'Ockier. Elle se concentra en Hesbaye,
ravageant les terres des partisans de l'évêque, forçant partout les habitants à entrer
dans ses rangs.
Le 17 juillet, un décret des maistres de la Cité fut crié au Péron, condamnant au bannissement les treize échevins qui avaient déserté (1). C'est ainsi que les Liégeois entendaient préluder à la guerre. Ce
même jour, sans attendre l'arrivée des troupes des princes, l'armée liégeoise alla
prendre position à Vottem, près du Péron, et s'y retrancha au moyen de fossés et de
palissades. Les matériaux arrachés aux maisons des échevins fugitifs servirent à cette
besogne.
Le 18 au soir, on vit poindre sur
les hauteurs les étendards de l'armée des princes. Jamais on n'en avait vu de plus
belle. Le roi des Romains était à la tête de plus de sept mille chevaliers, écuyers,
hommes rompus au métier des armes. Dans ses rangs on remarquait son père, Jean
l'Aveugle, roi de Bohême, les comtes de Gueldre, de Juliers, de la Marck, de
Katzenelnbogen, de Clèves, de Vianden, de Namur, de Salm et de Looz, ainsi que le
seigneur de Fauquemont.
Le lendemain matin, après que toutes les troupes eurent pris position,
l'évêque et les échevins s'avancèrent vers le Péron pour procéder aux formalités du
jugement ; mais exposés aux traits qui partaient du camp ennemi, menacés d'être lapidés
par le jet des machines de guerre, ils durent se retirer et allèrent s'abriter derrière
un moulin à vent, situé hors des limites de la franchise. C'est là que les échevins,
sous les huées et les ricanements de leurs ennemis (2), proclamèrent
traîtres et proscrits quarante-deux citains de Liége.
Bientôt on en vint aux mains. Toute la tactique de l'armée liégeoise,
exclusivement composée de fantassins, consistait à rester en rangs serrés et à opposer
un mur de lances et de piques aux charges de la cavalerie ennemie ; en même temps celle-ci
était accablée par la grêle de projectiles qui partaient du camp retranché. Thierry de Fauquemont, ancien chanoine de Liège, avait en vain offert sa médiation avant le combat
: outrageusement repoussé par l'évêque, qui le soupçonnait d'être vendu à l'ennemi,
il opère un mouvement tournant et, se jetant, la rage au cur, sur la foule des
curieux qui suivaient l'armée liégeoise, il en tue un grand nombre. Voyant que les
efforts de la cavalerie venaient échouer contre l'invincible discipline des milices
urbaines, beaucoup de chevaliers mettent pied à terre et engagent la lutte corps à
corps. Thierry de Fauquemont succombe un des premiers. Sa mort et celle d'une quarantaine
de chevaliers du pays de Berg jettent la consternation dans les rangs des alliés de
l'évêque. La brillante armée des princes se débande et fuit honteusement.
Cette défaite, bientôt suivie de la prise des châteaux de Clermont et de
Hamal, amena le prince à composition. |
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(1)
FISEN, p. 107. -- Voici les noms des échevins condamnés : Jean de Lardier, Alexandre de
Saint-Servais, Henri le Beau, Louis d'Ouffet, Jean Polarde, Jean de Langdris et Arnold de
Charneux, chevaliers; Coune de Lonchin, Tilman de Rosmel, Collard de Perron, Jean de
Brabant, Baudouin Paniot et Hubin Harduin.

(2) « Caeteris irridentibus, quod loco non legitimo
» (FISEN, t. II, P. 108).
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