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La bataille de Vottem




 

 

 

 

 


   

 

 

 

 

 

C. de Borman :
Les Echevins de la souveraine justice de Liège 

Imprimerie L. Grandmont-Donders,  T. I., pp. 142 et suiv. (Liège, 1892)

   Les Liégeois, de leur côté, mirent tout en œuvre pour recruter une forte armée, dont ils confièrent le commandement à Raes de Waroux et à Berthold d'Ockier. Elle se concentra en Hesbaye, ravageant les terres des partisans de l'évêque, forçant partout les habitants à entrer dans ses rangs.

   Le 17 juillet, un décret des maistres de la Cité fut crié au Péron, condamnant au bannissement les treize échevins qui avaient déserté (1). C'est ainsi que les Liégeois entendaient préluder à la guerre. Ce même jour, sans attendre l'arrivée des troupes des princes, l'armée liégeoise alla prendre position à Vottem, près du Péron, et s'y retrancha au moyen de fossés et de palissades. Les matériaux arrachés aux maisons des échevins fugitifs servirent à cette besogne.

   Le
18 au soir, on vit poindre sur les hauteurs les étendards de l'armée des princes. Jamais on n'en avait vu de plus belle. Le roi des Romains était à la tête de plus de sept mille chevaliers, écuyers, hommes rompus au métier des armes. Dans ses rangs on remarquait son père, Jean l'Aveugle, roi de Bohême, les comtes de Gueldre, de Juliers, de la Marck, de Katzenelnbogen, de Clèves, de Vianden, de Namur, de Salm et de Looz, ainsi que le seigneur de Fauquemont.

   Le lendemain matin, après que toutes les troupes eurent pris position, l'évêque et les échevins s'avancèrent vers le Péron pour procéder aux formalités du jugement ; mais exposés aux traits qui partaient du camp ennemi, menacés d'être lapidés par le jet des machines de guerre, ils durent se retirer et allèrent s'abriter derrière un moulin à vent, situé hors des limites de la franchise. C'est là que les échevins, sous les huées et les ricanements de leurs ennemis (2), proclamèrent traîtres et proscrits quarante-deux citains de Liége.

   Bientôt on en vint aux mains. Toute la tactique de l'armée liégeoise, exclusivement composée de fantassins, consistait à rester en rangs serrés et à opposer un mur de lances et de piques aux charges de la cavalerie ennemie ; en même temps celle-ci était accablée par la grêle de projectiles qui partaient du camp retranché. Thierry de Fauquemont, ancien chanoine de Liège, avait en vain offert sa médiation avant le combat : outrageusement repoussé par l'évêque, qui le soupçonnait d'être vendu à l'ennemi, il opère un mouvement tournant et, se jetant, la rage au cœur, sur la foule des curieux qui suivaient l'armée liégeoise, il en tue un grand nombre. Voyant que les efforts de la cavalerie venaient échouer contre l'invincible discipline des milices urbaines, beaucoup de chevaliers mettent pied à terre et engagent la lutte corps à corps. Thierry de Fauquemont succombe un des premiers. Sa mort et celle d'une quarantaine de chevaliers du pays de Berg jettent la consternation dans les rangs des alliés de l'évêque. La brillante armée des princes se débande et fuit honteusement.

   Cette défaite, bientôt suivie de la prise des châteaux de Clermont et de Hamal, amena le prince à composition.


(1) FISEN, p. 107. -- Voici les noms des échevins condamnés : Jean de Lardier, Alexandre de Saint-Servais, Henri le Beau, Louis d'Ouffet, Jean Polarde, Jean de Langdris et Arnold de Charneux, chevaliers; Coune de Lonchin, Tilman de Rosmel, Collard de Perron, Jean de Brabant, Baudouin Paniot et Hubin Harduin. backtopp.gif (65 octets)

(2) « Caeteris irridentibus, quod loco non legitimo » (FISEN, t. II, P. 108). backtopp.gif (65 octets)

 

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15/01/2013