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Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, T. II. XIIIe et XIVe siècle,
Edition Demarteau, pp. 556 et suiv. (Liège, 1890)
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Pendant que le duc de
Brabant dévastait la Hesbaye, Englebert de Lamarck alla assiéger la ville de Tongres qui refusa
de lui ouvrir ses portes. Le siège ne dura que jusqu'au 24 juillet. Ce jour il fut levé,
parce qu'on venait d'apprendre que les délégués des villes avaient conclu la paix avec
ceux du prince au château de Waroux.
La Paix de Waroux qui fut solennellement promulguée au Perron à
Liège, le 28 juillet 1347, renferme les dispositions suivantes : les rentes seront
payées, comme des temps passés, d'après la loi du pays; les échevins demeureront en
leur état; ils jouiront de leurs biens et jugeront d'après la loi du pays; la loi du
pays sera mise par écrit et amendée, s'il y a lieu, par les députés du prince et des
trois Etats; la lettre de la cité qui prive le prince des amendes est annulée; les
privilèges et les libertés que la cité et les bonnes villes se sont octroyés sont
annulés; le prince-évêque jouira de son pouvoir spirituel et temporel, comme
anciennement; les villes conserveront aussi leurs privilèges et libertés; la cité ne
lèvera plus la fermeté ou impôt sur les comestibles et elle observera la paix des
clercs, la paix de Wihogne, la paix de Flône et les autres; la cité nommera quatre
députés et le prince quatre; ces huit se réuniront au Val-Saint-Lambert pour réviser
le régime communal de Liège; l'alliance faite entre les bonnes villes reste en vigueur,
comme avant la paix. (V.
BORMANS, Recueil, p. 279.)
L'historien Hocsem raconte que les bonnes villes s'engagèrent, en outre, à
payer au prince la somme de 100,000 écus d'or pour indemnité de guerre et à servir le
duc de Brabant à leurs frais, pendant quarante jours, avec six cents piétons, chaque
fois qu'il le demanderait (1). (V. LEWIS, p.
121; BORMANS p. 279.)
Peu de jours après la promulgation de la paix de Waroux, le prince fit son
entrée solennelle à Liège par la porte de Saint-Martin et y fut reçu, comme une
divinité, avec le plus grand enthousiasme. D'où provenait cet enthousiasme? Etait-ce de
la versatilité des Liégeois ? Etait-ce de ce que la grande majorité de la bourgeoisie
était restée fidèle au prince et avait subi le joug d'une minorité hardie et
entreprenante? |
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(1)
Il paraît que les villes rachetèrent cette charge par une somme capitale de 30,000
écus. (V. SCHOONBROODT, n° 659.)
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C. de Borman :
Les Echevins de la souveraine justice de Liège
Imprimerie L. Grandmont-Donders, T. I., pp. 145 et suiv. (Liège, 1892) |
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Huit jours après, la paix fut signée à Waroux et
publiée au Péron, le soir même. Pour indemniser les seigneurs de Hamal et d'Argenteau
de la destruction de leurs forteresses, les Liégeois eurent à payer une somme de 40,000 florins.
La Paix de Waroux stipulait avant tout le maintien des
échevins dans la plénitude de leurs droits (1).
Elle décrétait ensuite l'institution d'une Commission, à désigner par
l'évêque et les trois États, et qui serait chargée de mettre par écrit toute
l'ancienne législation coutumière, avec pouvoir de l'amender (2).
Entre-temps, la cour échevinale continuerait à appliquer la coutume
(3).
Ces mesures législatives sont remarquables. « A une époque, dit Poullet,
où dans la plupart des provinces belges, on suivait encore avec une sorte d'indifférence
l'ornière traditionnelle antique, les Liégeois fixaient les points principaux de leur
législation et procédaient déjà d'une main ferme à une réforme juridique et
juridictionnelle. ».
« On a dit, ajoute le même auteur, que l'évêque voulait tâcher de
rendre la législation uniforme pour agrandir son pouvoir en le concentrant. C'est
possible. Mais c'est voir les choses par leur petit côté. Les justiciables avaient au
moins autant d'intérêt que l'évêque lui-même à voir écrire, fixer et corriger
ce droit général du pays, jusque-là abandonné presque entièrement à la mémoire
des tribunaux. Quant à l'ensemble des bonnes villes, elles n'avaient pas lieu de se
plaindre, tant s'en faut, si l'on mettait des bornes précises à l'action absorbante des
échevins de Liège (4). »
Le triomphe de l'évêque eut donc pour résultat immédiat de
raffermir l'institution, un instant ébranlée, de nos échevins. De beaux jours devaient
encore luire pour eux. Il est même permis d'affirmer que la longue quiétude où ils vont
être plongés, deviendra fatale à leur dignité, à leur indépendance, à leur
intégrité. La suite de cette étude ne tardera pas à le montrer. |
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(1) « Item sumes nos accordé et accordons à ce que li
esquevins de Liège soyent et demeurent de ce jour en avant en leur estaut, et goissent de
lour paisiblement, et k'il jugent selon le loy du pays sans nul empechement » (Ordonnances
du pays de Liège, t. I, p. 279).
(2) « En après
que la dite lettre (lisez loy) soit mise en escrit, en le meilleure forme et manire
que se porat faire, par les bonnes personnes qui seront à ce députées par nos
l'evesque, nostre capitle, les chevaliers du pays, et de part nos cheaux de la Citeit
desseurditte et les autres bonnes villes del eveschiet, par si que se lesdits deputeis
treuvent en laditte loy aucuns points qui fucent à amender, que ledit deputeis les
puissent selon la bonne foid corrigiez et amendeir. »
(3) « Et cependant, c'est à savoir jusque à tant que la ditte
loy serat mise en escrit, laditte loy du pays courrat, et devront et porront jugier li dit
esquevin selon la ditte loy, jusque à tant qu'il serat escritte. »

(4) POULLET, Essai
sur l'histoire du droit criminel dans l'ancienne principauté de Liège, pp. 254 et
255.
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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition,
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, pp. 456 et suiv. |
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Ainsi
les Bonnes Villes succombèrent, le samedi 21 juillet, après un an d'efforts
et de succès (1).
Le Prince compléta, à sa manière, cette victoire inespérée. Il livra la
Hesbaye au pillage. Il réduisit en cendres Waleffe, Meeffe, Waremme, et nombre de
villages et hameaux. Il fit égorger leurs manants, riches ou pauvres, jeunes ou vieux (2).
Il s'avança ainsi vers Liège, pillant, tuant, incendiant.
Les Petits étaient atterrés, par cette immense défaite. Ils songeaient à
peine à défendre la Cité (3). On sut tirer
avantage de ce moment de stupeur. Les traîtres et les timides s'empressèrent d'envoyer
vers le Prince douze députés, munis des pouvoirs les plus étendus (4). Une courte explication eut lieu au Château de Waroux, le
samedi 28 juillet (1347), et le même jour, dans la soirée, la Paix de Waroux était
publiée (5).
Avant d'accorder sa merci (6),
Englebert avait stipulé que le Pays lui payerait, en différents termes, la somme de cent
et quarante mille écus d'or. C'était à ce prix, qu'il mettait l'oubli du passé, le
renvoi des prisonniers, l'amnistie générale (7).
La Paix de Waroux reconnaît au Prince tous ses droits de suzeraineté
et de juridiction, et anéantit les actes qui peuvent y avoir porté atteinte (8);
Elle maintient expressément les Échevins dans leurs offices de juges, et
les absout ainsi des partialités qu'on leur reprochait (9).
Toutefois, elles promet la révision prochaine des lois en vigueur, et la mise par écrit
de leurs textes (10); ---
Elle ordonne que les monnaies aient dans tout le Pays le même taux, le taux
légal, notamment pour le payement des cens et des rentes aux Églises collégiales et aux
Monastères (11); --
Elle casse et annule les accords et les actes par lesquels la Cité et les
Bonnes Villes se sont octroyé des franchises et des libertés nouvelles, et elle fait
défense à leurs Bourgeois de les invoquer et de s'en aider (12); ---
Elle restitue aux Grands les Privilèges Lignagers, et elle les réintègre
dans le Gouvernement de la Cité en partage avec les Petits, conformément à la Paix
de Wihogne, à la Paix de Flône, et à la Lettre de St-Jacques (13); ---
Elle institue huit arbitres, qui seront nommés par le Prince et la Cité, et
qui auront pour mission de restreindre l'intervention des Petits dans le gouvernement de
la Cité, et d'édicter des peines (hors la mort) contre ceux qui, par leurs discours ou
autrement, troubleront la tranquillité publique, mais sans porter atteinte aux
prescriptions de la Lettre de St-Jacques relatives aux émeutes (14); ---
Enfin, elle exige pour gage de soumission, la personne et les biens de tous
les Bourgeois (15).
La Paix de Waroux était désastreuse pour les Petits.
Elle leur ravissait l'omnipotence qu'ils avaient acquise depuis deux ans, et
pour la conservation de laquelle ils avaient si vaillamment combattu (16). Elle rendait aux Grands une part d'influence politique, en
reconstituant le gouvernement mixte de la Cité.
Quant au Prince, elle en faisait un Seigneur tout puissant, disposant à sa
guise de la vie et des biens des Liégeois, ses sujets (17) |
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(1) Sic Communitas
Leodiensis, quae per annum et diem victrix fuerat, in vigilia Magdalenae Dei judicio victa
fuit. [Hocsem, ibid., p. 492.] --- Sic tandem Leodienses, qui toto hoc anno
pluribus in praeliis victores fuerant, ab Episcopo victi fuere. [Radulphe ibid., p.
2.]
(2)
Les mercenaires du Prince livrèrent la Hesbaye à d'affreux ravages. Stipendarii
Episcopi totim victoriaelucrum portant. [Hocsem, ibid., p. 493] ---
Interim victor exercitus, quamvis invito Praesule, Hasbaniam devastat, domos concremat,
omnia longe lateque depopulatur. [Radulphe ibid., p. 2.]

(3)
Le Prince avait eu l'idée de donner l'assaut à la Cité : Volens obsidere Leodium
[Albertus Argent., ibid., p. 140.]

(4)
Eadem septimana, Leodienses duodecim personis electis, potestatem dederunt pacem
faciendi cum Episcopo; sicut fecerunt. [Hocsem, ibid., p. 492.]

(5)
Et ista Pax fuit Leodii sequenti sabbatho post bellum de sero publice proclamata. [Id.,
ibid.]

(6)
Les Petits s'étaient mis à la merci du vainqueur : Et erunt in Episcopi potestate.
[Hocsem, ibid., p. 492.]

(7)
Et Leodienses pro se et suis Adjutoribus omnibus qui contribuent, CXL millia scutorum
aureorum Episcopo solvere promiserunt, liberatis hinc inde Captivis. [Hocsem,
ibid., p. 492.]
La Poix conclue à Waroux ne dit mot de ces indemnités, qui furent,
sans doute, l'objet d'un traité particulier. Au surplus, la Cité ne fut obligée que
pour quarante mille écus, comme le prouve (s'il n'est pas fautif) un document du
15 décembre 1355, lequel débute ainsi : « Nous Engelbert, par le grasce de Dieu Evesque
de Liege, faisons savoir à tous, que comme noz ameis et feables, les Maistres et le
Conseaulz de nostre Citeit de Liege, se soiient oblegies envers nous, alle ocquison
del Paix faite derainement à Waroux, entre nous et eauz, on le
somme de XL mille escus viez, lesqueis ilhs nous doiient paiier, etc, »
[Dans le Pâwelhâr.]
L'écu valant environ 15 francs, les 140,000 écus
importeraient ainsi environ 2 millions de francs, au pouvoir acquisitif de plus de 10
millions on 1347.

(8) Voici le
commencement de la Paix de Waroux :
« Nous Engelbert, par le grasce de Dieu, Evesque de Liege, dune part,
---- et Nous li Maistres, li Jureis, li Gouvernenrs et toute li Universiteit delle Citeit
de Liege, des Bonnes Villes et do nostres Commun Pays, daultre part, sommes accordeit par
commun assent en la maniere chi dessous escritte...--- Item. Sommes nous les
dites parties accordeit, et nous accordons, à che que nous Evesque, et nous Successeurs
Evesques de Liege apres nous, goissent, et goyr puilent dors en avant pasiulement, de
toute nostre Jurisdiction et Haulteur Spiritueile et Temporeile, frankement et ligement,
sens nul empeschement, ensi que nous devantrains en ont goy et useit anchenement, sauves
les Franchieses, Previleiges et Liberteis et Usaiges Anchiens de la dite Citeit et Bonnes
Vilhes deseurdites. --- Avons accordeit et accordons, que les ordenances et les lettres
faites et saielees par nos la Citeit et les aultres Bonnes Villes, de nient faire amende
pecuniaire al Seingnor por nul meffait que on feroit dore en avant, soiient de tout
cassees et anihelees. » [Dans le Pâwelhâr.]

(9) « Item.
Summes nous accordeit, et nous accordons, à ce que li Eschevins de Liege
soiient et demeureut de ce jor en avant en leur estaut, et goyssent de lour pasilement, et
que ilhs jugent selon la Loy de Pays sens nul empeschement. » [Ibid.]

(10)
« En apres, que la dite Loy soy miese en escript, en le meilheur fourme
et maniere que ce porat faire, par bonnes persones, qui seront à ce deputeis par nos
Levesque, nostre Capitle, les Chevaliers du Pays, et de part nos, cheaus de la Citeit,
etc. » [Ibid.]

(11) «
Des descors et debas qui astoient entre nos alle ocquison des cens, summes nons
accordeit, et nos accordons, à ce quilhs soiient payez des en avant, por le tens passeit
et avenir, en la dite Citeit et defours, solon le Loy de Pays... Et que toutes Lettres
faites et saielees par nous, cheaus de la Citeit et les Bonnes Villes deseurdites, de
payer les dis cens altrement que selonc le Loy deseurdite, soiient cassees et
anihilees. » [Ibid.]

(12) «
Item. Summes nos acordeit, et nos acordons, que toutes Liberteis, Franchises et
autres Noveliteit que nos, li Citeit et les aultres Bonnes Villes, avons donnees,
otriees et saeilees, asavoir li une à lautre, en queile maniere que che soit, soiient de
nul valur et ossi cassees et annihilees; et se nos, li Citeit, et acunes des dites Bonnes
Villes, et les Manans, se volsissent aidier et useir des dites Liberteis, Franchizes et
Noveliteis ensi concedees, ottroees et saielees, nous les aultres ne les porons ne devrons
en maniere que soit de rin aidier ne confortier. » [Ibid.]

(13)
« Item. Avons acordeit, et nos accordons, que nous la dite Citeit cesserons et
deverons cesseir dez maintenant, et à tous jour mais, de leveir Fermeteit en la
dite Citeit, e que li Pais que on dit des Clers, li Pais de Wihongne,
li Pais de Flones, et les aultres Pais faites de tens monsengnor Adolf
delle Mark, ja dis Evesque de Liege, soient entirement wardees et maintenues tout en teil
maniere come elles sonr ordenees, saves les Moderations que li dit monsengnor
Adof Eveske et ses Capiltes octroiierent puiscedi ale Citeit, savee ausi le Lettre qui
fait mention delle Murmure. » [Ibid.]

(14)
« Mais portant que Nos, de la dite Citeit, avons foruseit des dittes Lettres et
Moderations, dont moult de maulz et de damages sont avenus en la dite Citeit et on
Commun Pays, nous li Evesque, pour mettre à ce remede convenable, deverons enliere et
enlierons... quatre Bonnes Persones raisonables; et nous ausi la dite Citeit, de part
nous, quatre Bonnes Persones et raisonables, aus queiles nous donnons plein pooir quils
facent et puilent faire Status et Ordenances por restraindre et amendeir le Gouvernement
de la dite Citeit et des Borgesies Afforaines, et de faire ausi Status
et Ordenances, sour teiles poines que bon lor seùblerat (honnour dome forsmise),
sur tous cheaus qui feront et diront reprouvier des maulz qui sont avenus, et qui
semeront ou caceront discors et emotion, de quoi mauls puet avenir en la Citoit, et
ensi sor tous Eschevins, Jugeurs et Officiiens qui prendront louier dore en avant, et en
tous aultres cas desqueis les semblerat proufitavle por nostre pais et acort en la dite
Citeit, sauve toudis la Lettre de sains Jakemes que on dit dele Murmure. » [Ibid.]

(15)
« Et por tontes ces chozes qui deseur sont dites pleinement acomplir, tenir et
wardeir à perpetuiteit, nous la dite Citeit por nos et nos Aidans, obligons à
nostre dit Sangnor et ses successeurs Evesques de Liege, nous, nos hoirs et
successeurs et tous nos bins presens et à venir, à champ et al ville, par teil que nos
dis Sires puet nous et nos dis bins, se nous astiens defallans en chozes desoirdites,
arresteir, saisir et leveir par ly ou par altrui jusques à pleine amendiese, etc. »
[Ibid.]

(16)
Ita quod quasi omnibus renunciaverunt, pro quibus guerra fuerat inchoata. [Hocsem,
ibid., p. 492.]

(17)
Sicque, Episcopus Leodiensis de Populo Leodiensi disposuit ut volebat. [Albertus
Argent., ibid., p. 140.]
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Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen Age
Edition L. Demarteau,
T.II., pp. 85 et suiv. (Liège, 1909) |
La Cité dut se résigner à
traiter, comme, vingt-neuf ans auparavant, elle l'avait fait au lendemain de Hoesselt. Dès la même semaine, elle faisait choix de douze négociateurs
chargés de la réconcilier avec l'évêque, et, le 28 juillet, huit jours après la
bataille, la paix de Waroux était signée (1).
Rien ne montre mieux l'étendue du désastre subi par la Cité et la dépression du moral
des Liégeois (2). La paix de Waroux fut
d'ailleurs le pendant de celle de Wihogne : « Les Liégeois, écrit Hocsem,
renoncèrent à toutes les choses pour lesquelles ils avaient fait la guerre » (3). Cette appréciation d'un contemporain ne manque
pas de justesse; il importe cependant de signaler une ressemblance plus essentielle entre
la paix deWihogne et celle de Waroux. Celle-ci, comme celle-là, respecta la liberté et
la dignité des vaincus : elle se borna à les renfermer dans les limites qu'ils avaient
essayé de franchir. Elle décida que les rentes continueraient d'être payées comme
d'ancienneté, elle maintint les échevins en possession de leur juridiction, que la Cité
avait essayé de leur ravir, elle stipula que l'évêque jouirait de ses droits de
hauteur, que la Cité ne lèverait plus de fermeté et que toutes les «
nouvelletés » révolutionnaires imaginées pendant le conflit par les Liégeois et par
leurs alliés étaient abolies. Par contre, elle conserva à la Cité et aux bonnes villes
leurs franchises anciennes, elle leur garantit expressément le bénéfice de la Lettre
de Saint-Jacques et, chose remarquable, elle décida que la fédération interurbaine,
condamnée à tant de reprises par le prince, par l'empereur et par le pape, demeure en
teil valeur et en teile vertu comme astoit devant le paix (4). Elle stipula même une clause qui devait singulièrement
réjouir les citains : désormais,. la loi selon laquelle jugeaient les échevins devait
être mise par écrit, et cet important travail était confié à une commission choisie au
sein des trois États (5). Sans un article qui
instituait une commission chargée de prendre des mesures « pour restrendre et
amendeir le gouvernement de la ditte Citeit » et sans une amende de 45.000 écus
que la Cité s'engageait à payer, on eût pu se demander de quel côté était le vaincu.
Encore faut-il remarquer que les réformes annoncées dans
le régime de la Cité n'eurent pas lieu, et que, pour ménager la susceptibilité des
Liégeois apparemment, l'instrument de paix ne fit pas mention de l'amende, laquelle
devint l'objet d'une convention spéciale. On peut donc dire que la paix de Waroux fait
honneur à la modération du prince victorieux.
La paix de Waroux, si elle n'atteignait pas la Cité dans
son développement interne, n'en marquait pas moins une halte dans le mouvement qui
entraînait le pays, sous les auspices de la ville de Liège, à la conquête de la
liberté constitutionnelle plénière. Le but poursuivi n'était pas atteint. La Lettre
des Vingt-Deux, déchirée par les mains irritées d'Adolphe, restait en pièces;
l'arbitraire princier continuait de ne connaître aucune limite, les libertés les plus
précieuses étaient à la merci du pouvoir ou de ses officiers. La Paix de Waroux ne
fermait pas l'ère des revendications populaires; tout permettait de prévoir de nouveaux
conflits (6). |
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(1)
Bormans, Ordonnances, t. I, pp 279-282.

(2) Henaux, t. I, p. 457, écrit à ce sujet les choses que voici
: « Les Petits étaient atterrés par cette immense défaite. Ils songeaient à peine à
défendre la Cité. On sut tirer avantage de ce premier moment de stupeur. Les
traîtres et les timides s'empressèrent d'envoyer, vers le prince, douze députés », etc.
En d'autres termes, la Cité était incapable de se défendre; néanmoins, c'était la
trahir que de faire la paix avec l'ennemi victorieux.

(3) Ita quod quasi omnibus renunciaverunt pro quibus guerra fuerat
inchoata. Hocsem, p. .494, copié par Zantfliet, 248. Et Raoul de Rivo, p. 2, fait écho
à Hocsem : Leodienses duodecim primores e populo nominarunt qui cum episcopo de pace
tractarent, quam non ita honoratis, ut ante facile potuissent, conditionibus obtinuerunt.
.Cf. Levold, p. 404.

(4) Bormans, Ordonnances, t. I, p. 282,

(5) Une erreur grave, et de nature à rendre inintelligible le
texte, s'est glissée dans l'art. 3 de la paix de Waroux (Bormans, Ordonnances, t.
I, p. 280) Après avoir accordé dans l'art. 2 que les échevins de Liège demeurent en
leur état et « k'il jugent selon la loy du pays sans nul empêchement », 1'acte
continue disant art. 3 : « En après que la dite lettre soit mise par écrit » etc.
Or, le texte imprimé porte actuellement : « en après, que la dite lettre soit mise par
écrit » ce qui n'a aucun sens, et a amené M. Bormans à écrire dans le résumé
qu'il place en tête de l'article : « La présente loi sera mise par écrit pour être
suivie. »
Henaux, t. I, p. 459, donne le texte exact d'après un
Paweilhar manuscrit, et M. de Borman, t. I, p. 145, note, a relevé l'erreur avec sa
sagacité ordinaire. Au surplus, M. Bormans lui-même, dans l'introduction du tome I des Ordonnances.
p. LXXXVI, semble avoir lu correctement le texte : « Une commission, écrit-il en le
résumant, sera nommée de commun accord par l'évêque, le Chapitre, les chevaliers, la
Cité et les bonnes villes, pour réviser la loi du pays et la fixer par écrit. »

(6) Le jugement que Henaux, t. I, pp. 458 et
suivantes, porte sur la paix de Waroux dépasse en extravagance les pires imaginations
qu'il se soit permises. D'abord, il y introduit un article qui n'existe pas en disant qu'
« elle restitue aux grands les privilèges lignagers et les réintègre dans le
gouvernement de la Cité en partage avec les petits, conformément à la Paix de
Wihogne, à la Paix de Flône et à la Lettre de Saint-Jacques; » le passage souligné
est une invention de Henaux, ou plutôt une conjecture fausse partant de l'absurde
interprétation donnée par lui au texte de Hocsem relatif aux faits de 1345. (V.
ci-dessus, p. 71, note 2)
En second lieu, il interprète de travers l'article
instituant la Commission des huit « pour restraindre et amendeir le gouvernement de la
dite Citeit », en disant qu'ils « auront pour mission de restreindre l'intervention
des petits dans le gouvernement de la Cité »; les mots soulignés sont encore
une fois de l'invention de Henaux et ont pour origine la même conjecture vicieuse de
tantôt.
Enfin, mettant le comble à la mésinterprétation du
texte, il ajoute: « Quant au prince, elle (la paix de Waroux) en faisait un seigneur
tout-puissant, disposant à sa guise de la vie et des biens des Liégeois,
ses sujets ». Le lecteur comprendra que je ne veuille pas gaspiller son temps et le
mien à discuter ces insanités; il suffira de faire remarquer qu'elles faussent
radicalement, une des pages les plus importantes de l'histoire de Liège et rendent
inintelligible la suite des événements.
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F. Magnette :
Précis d'histoire Liégeoise,
1re éd., Vaillant-Carmanne, pp. 111-112 |
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Hostilités
nouvelles;
défaite des villes.
Paix de Waroux |
Une
trêve n'ayant pu se prolonger, une bataille s'engagea à Waleffe, en juillet
:1347, elle fut un désastre pour les citadins de Liège.
Ceux-ci
durent traiter, comme
après la
défaite de Hoesselt, et à la paix de Wihogne correspondit la paix de Waroux,
signée le 28. Remettant les
choses en l'état, elle déclarait nulles toutes les initiatives politiques et
financières qu'avaient prises les dirigeants de la Cité, et maintenait ainsi
l'évêque dans toutes ses « hauteurs », c'est-à-dire ses droits de haut
seigneur. Mais, - et ceci montre qu'on ménagea néanmoins les vaincus -, elle
conserva à la Cité et aux autres villes leurs anciennes libertés et
franchises ; elle leur garantit expressément le bénéfice de la Lettre de
Saint-Jacques. Avantage plus réel encore, le traité de paix décida que la
ligue des villes, qui avait cependant été condamnée par le prince,
l'empereur et le pape, serait maintenue. |
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La Loi nouvelle et
la Lettre aux
articles. |
Enfin, une dernière clause allait
réaliser
un progrès des plus sensibles pour la chose publique : désormais la Loi
selon laquelle jugeaient les échevins devrait être mise par écrit. Une commission spéciale se mit incontinent à la besogne. C'est
de là que sont sorties, quelques années plus tard, la Loi nouvelle de 1355, qui codifia
toutes les règles de droit civil, de police, de justice observées de temps immémorial
dans le pays, et la Lettre aux articles ou modifications de
la Loi nouvelle, de 1361, qui régla les formes dans lesquelles les lois devraient
être appliquées, en même temps qu'elle précisa sur foule de points les confins de la
juridiction des Echevins. C'étaient là autant de limitations à l''omnipotence de ce
collège qui, avec les siècles, avait pris un caractère de plus en plus conservateur et
aristocratique, sans rien perdre de son arrogance.
Toutefois la paix de Waroux ne fermait pas encore
l'ère des revendications populaires, car la Lettre des XXII restait déchirée et l'on en
était toujours à désirer la pleine garantie des droits consacrés en principe par la
paix de Fexhe. |
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