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La bataille d'Othée

 

   

Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age 
Edition L. Demarteau, T.III., pp. 57 et suiv.  (Liège, 1909)

    Pendant que le siège se prolongeait, le prince eut une noble inspiration, dont l'histoire doit lui tenir compte. Il fit porter aux Liégeois un message de paix avec des paroles « doulces et déprécatoires », leur offrant l'amnistie et la confirmation de leurs privilèges, s'ils consentaient à chasser les hédrois et à renoncer à l'intrus. Les Liégeois répondirent à cette démarche vraiment paternelle par le plus ignoble outrage : ils envoyèrent à l'élu une écorce d'arbre, pliée en forme de lettre et scellée de sept sceaux de bouse de vache. Jean bondit de fureur sous l'insulte populacière et voulut faire à la missive des hédrois une réponse digne d'elle. Par ses ordres, les prisonniers liégeois furent pendus sur les remparts, à l'exception de sept, dont six eurent les yeux crevés et furent ramenés au camp des Liégeois sous la conduite du septième, à qui on avait laissé un œil (1).

      Cependant les parents et les amis dont Jean de Bavière avait invoqué le secours se mettaient en campagne. Antoine de Brabant, il est vrai, persistait dans sa timide neutralité, mais le duc de Bourgogne, le comte de Hainaut et le comte de.Namur convoquèrent leurs armées. Le comte de Hainaut fut prêt le premier : en attendant son allié de Bourgogne, il se mit à ravager cruellement l'Entre-Sambre-et-Meuse, où Fosse et Couvin furent incendiées. Jean sans Peur fut plus lent à s'ébranler. Fidèles à la solidarité ancienne, les communiers de Flandre avaient refusé de participer à une expédition contre la démocratie liégeoise (2); ce fut avant tout une armée de féodaux et de mercenaires que le duc amena au secours de l'élu (3)
.

     
Le 17 septembre (4), Jean sans Peur fit sa jonction à Fleurus (5) avec le comte Guillaume de Hainaut, qui lui amenait plus de 3ooo hommes d'excellentes troupes. Avec celles qu'avait recrutées Jean sans Peur lui-même, cela faisait une armée d'environ 15 .ooo hommes bien armés et bien équipés (6). Pendant que les alliés étaient encore à Fleurus, le duc de Bourgogne fut rejoint par un héraut du roi de France; celui-ci essayait de sauver les Liégeois en offrant sa médiation et en citant le duc à comparaître devant lui pour répondre du meurtre du duc d'Orléans. Jean répondit qu'il était trop tard pour renoncer à son expédition, et qu'au surplus ni le pays de Liège ni l'évêque ne relevaient de la couronne de France; il offrit d'ailleurs d'aller se justifier aussitôt la guerre terminée (7).

      Partant de Fleurus, les alliés se séparèrent pour gagner par des chemins différents le cœur de la Hesbaye, d'où ils devaient aller ensemble débloquer Maestricht. Le duc de Bourgogne s'avança par la chaussée Brunehaut, qui traverse diagonalement toute la plaine hesbignonne, le comte de Hainaut prit par la vallée de la Meuse jusqu'à Huy et de là alla rejoindre le duc à Montenaeken. Une surprise y attendait les princes alliés les Liégeois avaient levé le siège de Maestricht et s'étaient repliés sur la Cité. Quels étaient leurs projets? quel pouvait être leur plan de campagne?

      Les renseignements apportés au camp de Montenaeken étaient exacts. La nouvelle des ravages exercés par le comte de Hainaut dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, s'était répandue rapidement dans le camp des Liégeois devant Maestricht, malgré les efforts du mambour et de son fils pour la tenir secrète, et elle y avait jeté le désarroi. Sans tarder, les milices du pays dévasté levèrent le camp (22 août) et partirent pour défendre leurs foyers. Elles furent suivies quelques jours plus tard par les Dinantais. Enfin, le 22 septembre, ce fut le tour du reste de l'armée assiégeante. Apprenant l'approche des princes alliés, les Liégeois craignirent d'être pris entre deux feux s'ils se laissaient attaquer sous les murs de Maestricht ils incendièrent leurs campements et, en compagnie des Hutois, se replièrent sur la Cité (8).

      Une courte et fiévreuse délibération s'engagea au Palais, dans la nuit du 22 au 23 septembre
(9). Conscient de l'infériorité militaire de son armée, le mambour eût voulu qu'on se bornât à défendre les principales villes du pays en y jetant des garnisons, et qu'on laissât les forces de l'ennemi se consumer au milieu de populations hostiles et à l'entrée de l'hiver. Mais les Liégeois ne l'écoutèrent pas. Avec cette impatience fébrile des foules qui ne doutent jamais de la victoire, ils décidèrent de marcher sans retard au devant du comte de Hainaut, qu'ils espéraient écraser avant sa jonction avec le duc de Bourgogne (10). Ils confièrent la garde de la Cité à Jean de Rochefort et à Jean de Seraing, assistés du forgeron Arnoul le Jeune, avec mission de rechercher et d'emprisonner tous les partisans de l'élu qui auraient refusé de se joindre à l'armée (11).

      Le lendemain matin, ils reprirent vaillamment lé chemin de la Hesbaye, se conformant à leur vieux dicton

                           
Qui passe dans le Hesbain
                                      Est combattu le lendemain (12)


      C'était le dimanche 23 septembre. Les clairons sonnaient aux champs et la voix puissante de la bancloche retentissait dans les airs pendant que les milices communales sortaient par la porte SainteWalburge, conduites par le mambour et par son fils, et précédées par le jeune comte Herman de Salm, qui portait l'étendard de saint Lambert (13). L'armée, sur le front de laquelle marchaient ses archers anglais, comptait environ 15.ooo hommes (14); elle disposait d'une bonne artillerie et ne manquait pas de courage; sous la, direction d'un chef expérimenté comme Henri de Perwez, elle pouvait affronter avec quelque espoir les hasards d'une lutte contre un ennemi puissant. Il n'y avait pas deux siècles que, dans ces mêmes plaines hesbignonnes, les ancêtres des hommes qui allaient combattre le Bourguignon avaient mis en fuite l'armée du duc de Brabant, et ce souvenir semblait de bon augure. Malheureusement, l'armée liégeoise souffrait du mal organique de tout régime populaire elle était indisciplinée, pleine de défiance à l'endroit de ses chefs, flairait des traîtres partout et discutait les ordres qu'elle recevait. Le général n'avait pas ses troupes dans la main; loin de les commander, il s'était habitué à leur obéir c'est dire qu'il était vaincu d'avance.

      Les Liégeois avaient espéré surprendre le comte de Hainaut avant sa jonction avec le duc de Bourgogne : ils furent eux-mêmes désagréablement surpris de rencontrer les deux alliés réunis à Russon, à quelques lieues seulement de la Cité (15). Toutefois, avant d'engager l'action, les princes alliés firent porter aux Liégeois des propositions de paix, leur demandant seulement de renoncer à l'intrus. Elles furent repoussées avec hauteur, et des deux côtés on se prépara à la lutte suprême.

      Le mambour avait pris toutes ses dispositions en général consommé. Appuyant à droite, pour se maintenir en communication avec Tongres, d'où il attendait un renfort important commandé par un de ses fils, il s'établit près de la Tombe d'Othée, à l'extrémité septentrionale du territoire de la commune de ce nom (16), sur une colline qui regardait le nord-ouest. Devant lui, un ravin orienté du sud au nord, et qui en temps de pluie se remplissait d'eau, le séparait des lignes de l'ennemi. Sur ses derrières, il avait massé l'épaisse ligne de ses chariots pour se protéger contre une attaque éventuelle se produisant de ce côté; c'est là aussi, mais en dehors de la ligne des chariots, que se tenait sa cavalerie. Ainsi remparé, il eût voulu éviter la bataille jusqu'à l'arrivée des forces des bonnes villes, qui étaient attendues au camp liégeois. Ses soldats ne le lui permirent pas. Se croyant invincibles, ils décidèrent que l'on combattrait tout de suite, et le mambour leur obéit en gémissant.

      Les alliés, de leur côté, s'étaient mis en mesure de bien recevoir l'ennemi. Ils n'avaient fait qu'un seul corps de leurs trois armées unies, avaient placé par derrière leurs chariots, et jeté sur leurs flancs quantité d'archers et d'arbalétriers. Le duc de Bourgogne était à l'aile droite et le comte de Hainaut à l'aile gauche. Jean sans Peur, monté sur un petit cheval, circula rapidement sur le front des siens en les haranguant, et, selon l'usage, un grand nombre de nobles furent armés chevaliers avant qu'on échangeât les premiers coups.

      La bataille s'engagea vers midi. Les Liégeois la commencèrent en faisant jouer toute leur artillerie, placée sur leur front de bataille (17). Voyant qu'ils se tenaient sur la défensive et ennuyés par les projectiles, les alliés décidèrent d'attaquer et de franchir le fossé. Dans ce but, ils firent mettre pied à terre à leur cavalerie, que le sol gras et détrempé de la déclivité gênait dans ses allures, et les cavaliers s'avancèrent  « par pauses et reposemens », alourdis par le poids de leurs armures de fer (18). En même temps, ils envoyaient un détachement de 400 hommes à cheval avec 1000 valets opérer un mouvement tournant sur le flanc des Liégeois pour les prendre à revers. Les Liégeois se persuadèrent qu'ils fuyaient et poussèrent des cris de dérision. Le mambour, lui, a deviné la manœuvre; sans tarder, il veut, pour la déjouer, se jeter sur le détachement ennemi. Hélas! aussitôt ses soldats, toujours défiants à l'endroit de leurs chefs, se mettent à crier à la trahison, et, de nouveau, le malheureux mambour doit laisser la direction de la bataille à l'impéritie et à l'aveuglement de ses soldats
(19). « Rassurez-vous, leur dit-il avec mélancolie, aujourd'hui je partagerai avec vous le doux et l'amer » (20).

      De part et d'autre on fit vaillamment son devoir. Les ennemis déployaient, avec une entente parfaite de l'art de la guerre, le courage tranquille du soldat exercé; les Liégeois combattaient avec le courage du désespoir, en hommes qui se rendaient compte qu'ils jouaient une partie décisive et qu'ils devaient la gagner ou périr. Leur héroïsme a arraché des cris d'admiration à leur vainqueur « Jamais, écrit Jean saris Peur au lendemain de la bataille, on ne vît autres gens mieux combattre et tant durer qu'ils ont fait » (21). Ils chargèrent avec une fougue inouïe, et, dans un irrésistible élan, ils pénétrèrent jusqu'à l'étendard du duc de Bourgogne. Celui-ci courut alors un véritable danger il y fit face avec cette froide intrépidité qui lui valut, après cette journée, le surnom de sans Peur. Peut-être les Liégeois allaient-ils l'emporter, car il y eut une demi-heure pendant laquelle les plus optimistes dans le camp des alliés se demandaient de quel côté se porterait la victoire
(22). Soudain, sur les derrières de l'armée liégeoise, on entend retentir de grands cris mêlés à des cliquetis d'armes. C'était le détachement qui venait d'opérer son mouvement tournant et qui, arrêté quelque temps par la ligne épaisse des chariots liégeois, venait enfin de la rompre et de pénétrer au milieu des citains. Alors commença un carnage horrible. Frappés par derrière, les soldais refluent sur les lignes qui les précèdent; celles-ci, qui supportent tout le poids de la lutte, ne peuvent pas avancer; dans l'immense remous qui se produit, il y a des poussées meurtrières et des multitudes périssent étouffées sans avoir pu combattre. Vaincus et désespérés, les Liégeois se débandent enfin : la bataille n'avait pas duré plus d'une heure et demie.

      Au moment où tout était perdu, on vit arriver les renforts tongrois - deux mille hommes commandés par Jean de Perwez (23) qui auraient suffi, si le plan du mambour avait été exécuté, pour changer le sort de la bataille. Leur apparition sur le théâtre du combat ne servit qu'à provoquer inutilement la cruauté du vainqueur : à leur vue, le duc de Bourgogne ordonna de massacrer les prisonniers et défendit qu'on fit aucun quartier
(24). La dernière phase de la lutte ne fut plus qu'une monstrueuse tuerie. Huit mille Liégeois restèrent sur le champ de bataille (25) : aux premiers rangs gisaient le mambour et son fils Thierry, qui se tenaient par la main (26). Ils étaient tombés près de la bannière de Bourgogne, au plus fort de la mêlée. Avec eux avait péri un autre fils du mambour ainsi que le damoiseau de Salm, qui, fidèle à son serment, n'avait lâché qu'en mourant l'étendard national, Les pertes des alliés étaient peu considérables soixante à quatre-vingts de leurs chevaliers restaient sur le carreau, avec quelques centaines de simples soldats. Une pareille disproportion s'explique par deux faits le chétif équipement des Liégeois frappés dans le dos et l'affreuse poussée qui avait fait plus de victimes que les armes de l'ennemi.

      Ainsi succombèrent, grâce à leur indiscipline et à leur aveugle emportement, ces multitudes vaillantes et passionnées qui n'étaient plus capables de pratiquer la liberté, mais qui l'étaient toujours de mourir glorieusement pour elle.

      Prévenu pendant la nuit du succès inespéré de ses alliés, Jean de Bavière accourut dès le lendemain au camp des vainqueurs on lui présenta comme un trophée la tête du mambour, et il parcourut le champ de bataille rempli de monceaux de cadavres entassés. Cette vue lui arracha de profonds soupirs; c'était son peuple qui gisait là dans la boue sanglante, et le pasteur pouvait se demander, en contemplant ce triste spectacle, s'il avait rempli son devoir envers le malheureux troupeau que la Providence lui avait confié. Mais ces sérieuses réflexions, si elles se présentèrent à son esprit, ne le décidèrent pas à la clémence, et le supplice des principaux meneurs faits prisonniers semble avoir été la première de ses préoccupations. Jacques Badoux, emmené à Maestricht, y fut écartelé vif; Hélias de Flémalle eut la tête coupée à Tongres, l'un des deux fils de Laurent Lamborte fut pendu à Wihogne, l'autre se suicida dans sa prison pour échapper au même sort (27).

      Que se passait-il cependant dans l'infortunée Cité, qui avait vu rentrer, le soir même de la bataille, fous de douleur et d'épouvante, les rares survivants de la florissante armée partie le matin? Elle était comme anéantie
(28) Elle maudissait ces hédrois qui l'avaient entraînée à sa perte, et qui, écrasés par la responsabilité de l'immense désastre, ne pensaient plus qu'à se dérober à l'indignation de leurs concitoyens. Dès le lendemain, la réaction se produisait énergique et irrésistible. Les loyalistes, réunis au marché autour d'une bannière que portait l'ancien maître Warnier de Bierset, donnèrent la chasse aux hédrois, notamment aux faux chanoines, qu'ils enfermèrent à la Violette, puis ils envoyèrent quelques religieux supplier les vainqueurs d'épargner la Cité. Les alliés, qui avaient transporté leur camp entre Frère et Nederheim pour éviter les émanations du champ de bataille, exigèrent qu'on leur envoyât une députation de douze notables non compromis dans les troubles, à qui ils feraient connaître leurs conditions. Le 25, cette députation, conduite par Gilles Surlet. arrivait au camp où, agenouillée devant les princes, elle attendit en tremblant la sentence qui allait décider des destinées de leur patrie. On lui notifia sommairement, par écrit, les conditions préalables : la Cité devait livrer aux alliés les prisonniers enfermés à la Violette, fournir des otages qui garantiraient l'exécution de la sentence à intervenir et faire amende honorable. Les députés se soumirent humblement à tout, et le 28, on vit arriver au camp de Grâce, où les vainqueurs s'étaient transportés, le lamentable cortège des citains qui venaient, deux à deux, nu-tête, fléchir le genou devant les princes et leur livrer vingt-deux prisonniers, parmi lesquels Jean de Rochefort et Jean de Seraing. Tous ces malheureux furent décapités immédiatement sous les yeux des Liégeois atterrés (29). Pendant que ces scènes cruelles se passaient au camp, un lieutenant du comte de Hainaut, Jean de Jeumont, entrait à Liège et mettait la main sur vingt-quatre autres coupables, qui avaient jusque-là échappé à la vengeance du vainqueur. C'étaient le faux légat, le faux suffragant et les chanoines intrus, tous personnages ecclésiastiques dont, en vertu des canons, il était défendu de verser le sang : l'affreux justicier, respectant la lettre du droit, les fit précipiter du haut du pont des Arches dans la Meuse (30). Il voulait sévir aussi contre les monuments et renverser le « noble Perron  », mais un patriote liégeois, Renaud de Houffalise, s'opposa courageusement à ce projet et il parvint à sauver le paIladium des libertés publiques au moment où toutes les libertés périssaient noyées dans des flots de sang Liégeois (31).

      Le lendemain
29, Jean sans Pitié - c'est le sur-nom qu'il venait de conquérir (32) - vint visiter sa triste Cité, mais il n'eut pas le courage d'y passer la nuit : chassé par l'horreur de la situation, peut-être aussi par le remords ou par la crainte de quelque acte de désespoir, il repartit le soir même pour Jemeppe. Quant aux princes alliés, ils ne voulurent pas mettre le pied dans la ville, pour éviter les nouveaux massacres auxquels auraient pu se livrer leurs soldats, qui avaient pris goût au carnage.

      Le 30, en exécution de ses engagements, la Cité envoya à Jemeppe les cinq cents otages réclamés par les vainqueurs. Il y avait parmi eux cent douze citains pris dans les meilleures familles. Le maître Guillaume Dathin n'avait pas osé les prévenir du sort qui les attendait : ils devaient rester à la disposition des vainqueurs jusqu'à l'entier accomplissement des deux conditions qui allaient être imposées au pays. Ce fut une nouvelle scène de désolation lorsqu'ils apprirent la vérité. Ils furent retenus pendant trois ans et demi dans les villes hennuyères et flamandes (33).

      Pendant que le pays de Liège était plongé dans le deuil, les soldats bourguignons et hennuyers s'enrichissaient des dépouilles des vaincus (34)
. Des chariots remplis de meubles, de bijoux et d'habits partaient du pays de Liège et étaient mis en vente dans les villes de l'étranger (35). Détail particulièrement cruel : les veuves des riches Liégeois tués à Othée furent, comme de simples captives, données en manage, par les princes victorieux, à leurs vassaux (36). Jean-sans-Peur fit représenter les scènes principales de l'expédition dans six magnifiques tapisseries de haute lisse qui restèrent dans le trésor de la maison de Bourgogne (37). Enfin, un rimeur chanta La bataille de Liège dans un long poème (38) où était glorifié le généreux et magnanime vainqueur.

(1) Zantfliet col 386-388. Henaux, t. I, p. 584, écrit: «En cette extrémité, Jean de Bavière essaya d'amener la division entre ses adversaires. Il n'y réussit point. Il somma ensuite les États, s'il voulait obtenir sa merci, de révoquer le nouvel évêque et de déposer le mambour.
       « A son insolente injonction, il fut fait une réponse méprisante. On lui envoya, soigneusement enveloppé comme une lettre missive, un morceau d'écorce auquel étaient attaché sept sceaux de bouse séchée.
      « L'ex-Élu se vengea de cette fière (sic) réponse à sa façon, » etc.  backtopp.gif (65 octets)

(2)  « Mais les Flamens respondirent que jà ne yroient contre les Liégeois. » Chronique tournaisienne dans De Smet, Corpus Chronicorum Flandriae,
t. III, p. 338. Cf. Jean de Brandon, même recueil, même volume, p. 118.  backtopp.gif (65 octets)

(3) v. Monstrelet, t. I, p. 351.  backtopp.gif (65 octets)

(4)  v. E. Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur, p. 366.  backtopp.gif (65 octets)

(5)  Et non à Florennes, qui a passé dans nos sources par suite d'une confusion entre Fleruis et Florinis, comme l'a prouvé Petit, Itinéraires, p. 367, suivi par WilIe, p. 22.  backtopp.gif (65 octets)

(6) Voici comment j'arrive à ce chiffre, Nous savons par Monstrelet, t. I, p. 353, que le comte de Hainaut amenait 1.200 bassinets et 2,000 piétons bien habillés. Il résulte de ce passage que les bassinets représentent la cavalerie, et qu'ils sont aux piétons à peu près dans la proportion de 1 à 2. Or, après la jonction du comte de Hainaut et du duc de Bourgogne, leur armée, au dire du même Monstrelet, p. 355, comprenait bien 5.ooo bassinets, dans environ 10.000 fantassins plus 700 arbalétriers, et 1.5oo archers, « toutes gens de bonne estoffe ». Monstrelet, il est vrai, ne parle pas de fantassins et un lecteur inattentif pourrait croire avec Wille, p. 35, que l'armée ne compte pas plus de 5 à 6.ooo hommes : mais alors elle n'aurait consisté qu'en cavalerie, et que seraient devenus les 2.000 piétons de tantôt ? La chose s'explique si l'on remarque que les gens du temps ne comptaient guère que la chevalerie et les armes spéciales et négligeaient la piétaille; c'est ce que fera notamment Jean sans Peur rappelant ses pertes après la bataille d'Othée, v. ci-dessous. Je crois d'ailleurs, avec Wille, p. 35, que Guillaume, Histoire de l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne, p. 71, se trompe en identifiant le bassinet avec la lance; car, celle-ci représentant selon les temps et les lieux de trois à six hommes, 5.ooo bassinets équivaudraient au minimum à 15.ooo hommes de cavalerie et supposeraient 30.000 piétons.  backtopp.gif (65 octets)

(7)  Monstrelet, t. I, pp. 352-353.  backtopp.gif (65 octets)

(8)  Jean de Stavelot, p. 117; Zantfliet, col. 389. Ce dernier donne par erreur la date du 21 septembre au lieu du 22.
     So wurde ein Lager in freiem Felde in der Nahe des Feindes, das bei des Disziplinlosigkeit der Zunftaufgebote aIs ein gefährliches Wagniss erscheinen musste, vermieden. Wiîle, Die Schlacht von Othée, p. 28.  backtopp.gif (65 octets)

(9)  Monstrelet, t. I, p. 356. Egaré par ses préventions antidémocratiques, M. J. Demarteau, p. 157 trouve moyen de reprocher aux Liégeois jusqu'à cette résolution qu'ils prennent de commun accord :  « Le moment était bien choisi pour discourir : l'ennemi était aux portes. » Ils ne discouraient pas, ils délibéraient et ils décidaient d'aller mourir le lendemain.  backtopp.gif (65 octets)

(10)  Zantfliet, col. 390.  backtopp.gif (65 octets)

(11)  Chronique inédite du règne de Jean de Bavière.  backtopp.gif (65 octets)

(12)  Ce dicton est rapporté pour la première fois par Olivier de la Marche, t. Il!, p. 65.  backtopp.gif (65 octets)

(13)  Jean de Stavelot, p. 118; Zantfliet, 1. c.  backtopp.gif (65 octets)

(14)  C'est le chiffre donné par Zantfliet, col. 391, tandis que Jean sans Peur donne 32.000, le religieux de Saint-Denis 35.ooo, la Geste des ducs de Bourgogne, p. 331, 30.000, Monstrelet 50 000, le Livre des Trahisons de France 100.000. Il est incontestable que Zantfliet est ici plus digne de foi que les narrateurs étrangers et même que Jean Sans Peur, qui n'avait pas en mains les éléments d'une évaluation précise et qui devait être porté à augmenter considérablement le chiffre des forces qu'il avait vaincues. Au surplus, le chiffre de Zantfliet cadre avec celui des pertes des Liégeois, que Jean de Stavelot, p 119, dit être de 8 368 hommes. Car, si terrible que fut la catastrophe, il est difficile d'admettre que plus de la moitié de l'armée liégeoise ait trouvé la mort dans une rencontre qui n'a pas duré beaucoup plus d'une heure. Comment d'ailleurs concilier les chiffres élevés avec celui de la population de Liége au moyen-âge, qui n'a certainement pas dépassé 5o.ooo hommes ?
      Ajoutons que l'exagération des chiffres est une habitude constante chez les chroniqueurs : on peut hardiment, quand ils en donnent, s'en rapporter à celui dont les évaluations sont les plus modestes.  backtopp.gif (65 octets)

(15)  Nous sommes on ne peut mieux renseignés sur la bataille d'Othée et sur ses conséquences. Le document capital, c'est la lettre que le duc de Bourgogne écrivit du champ de bataille même, le 25 septembre, à son frère Antoine, duc de Brabant; elle se trouve dans dom Plancher, Histoire générale de la Bourgogne, t. III, p. CCLXI, et dans Gachard, Analectes Belgiques (Bruxelles, 1830), p. 2, dont le texte est meilleur que celui de dom Plancher.
      Viennent ensuite cinq relations contemporaines, indépendantes l'une de l'autre ou à peu près, et de nationalités différentes: une bourguignonne, deux liégeoises, une française et une brabançonne. La plus importante est incontestablement la première : elle est l'œuvre d'Enguerrand de Monstrelet (Chronique, éd. Douët d'Arcq, 1857, t. I, pp. 35o et suivantes) qui a assisté à la bataille et dont la narration s'accorde avec le récit du duc. Cette relation est en grande partie reproduite dans une chronique anonyme qui s'arrête en 1431 et qui est imprimée à la suite de Monstrelet. Des deux narrations liégeoises, l'une, celle de Jean de Stavelot (chronique, p. 118) est courte et substantielle; l'autre, celle de Zantfliet, col. 390391, est plus détaillée et, bien que postérieure, non moins digne de foi. La relation brabançonne, qui a pour auteur E. De Dynter (Chronique, éd de Ram, t. III, pp, 174-176) et qui est reproduite dans le Brabantsche Yeesten de Jean De Klerk, t. III, pp. 51-55, est beaucoup moins autorisée. Enfin, la relation française du religieux de Saint-Denis (Chronique, t. IV. pp. 140-176) s'inspire à la fois de la lettre du duc de Bourgogne et de témoignages oculaires recueillis par l'auteur. Toutes les autres relations copient l'une ou l'autre de celles qui viennent d'être énumérées et n'ont qu'une valeur accessoire.
      Parmi les historiens modernes, F. von Löher, dans Jakobäa von Baiern (Munich, 1869, t. I. pp. 218-228, a tracé dans une forme très littéraire et selon le goût romantique un tableau de la journée, dans lequel on peut relever de-ci de-là de petites erreurs, mais qui est plein de vie et d'intérêt. Il faut noter aussi l'exposé fait par M. Joseph Demarteau dans La Démocratie liégeoise, pp. 157-189 Au point de vue militaire, nous citerons les pages que consacre à notre sujet le général Guillaume, Histoire de l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne, pp. 71 et suivantes (MCARB, col. in-4°, t. XXII, 1848), et surtout l'étude récente de E. Wille Die Schlacht von Othée (Berlin, 1908), œuvre sérieuse et dont j'ai tire parti, encore qu'elle trahisse une connaissance insuffisante de la bibliographie et qu'elle ne manque pas d'erreurs. Il faut bien se garder de lire un ouvrage aussi ridicule que La bataille d'Othée de 1408 (Liège 1879) œuvre anonyme du baron A. de Wittert, dont toutes les absurdités ont été rééditées dans Les gravures de Jean de Bavière (Bruxelles, s. d.), du même auteur. Wille a le grand tort de polémiser sérieusement contre ce méchant livre et d'ignorer von Löher et Demarteau.  backtopp.gif (65 octets)

(16)  C'est donc à proprement parler sur le terrain de la commune de Russon que la bataille a été livrée, comme le fait remarquer M. de Borman, t. 1, P 249, note 3.  backtopp.gif (65 octets)

(17) Monstrelet, t. I, p. 359; Chronique anonyme du règne de Charles VI, dans Monstrelet, t. VI, p. 201. backtopp.gif (65 octets)

(18)  Monstrelet, t. I, p. 359.  backtopp.gif (65 octets)

(19)  Henaux, t. I, p. 590, ne saurait pas accorder que ses chers hédrois aient pu commettre une faute, et voici comment il raconte la chose « Le mambour comprit le but de cette manœuvre, mais il ne put la faire échouer, n'ayant pas de corps de réserve. » De l'attitude des Liégeois, pas un mot ! En d'autres termes, Henaux supprime le témoignage des sources et le remplace par le sien.  backtopp.gif (65 octets)

(20)  Hodie, volo dulce et amarum vobiscum experiri. De Dynter, t. III, p. 175; De Klerk, t. III, p. 53.  backtopp.gif (65 octets) 

(21)  V. la lettre de Jean Sans Peur supra cit. et cf. La Bataille de Liège, v 364 :

Mais je vous puis pouvoir conter
Qu'oncques nul semblant de partir
Ne firent Liégeois à ce juir :
Ains se combatirent moult bel
Comme hardy, preux et ysnel.

De Ram, p. 315

Les Liégeois se deffendirent aus mieulx qu'ils porrent de leurs planchons à longues pointe.» Chronique anonyme du règne de Charles VI, p. 201.  backtopp.gif (65 octets)
(22) « Et en vérité, très cher et très amé frère, ceux qui en eurent cognoissance disent qu'ilz ne virent oncques autres gens combattre ne tant durer qu'ilz ont tait, et fut bien demie heure que l'on ne cognoissait qui en aroit de meilleur. » Lettre de Jean Sans Peur.
      Eorum tamen fidâ relatione didici qui tunc praesentes aderant quod nostri tandem inferiores extitissent, nisi equites opem eis maturato, ut promiserant, tulissent, unde sibi laudem acquisierunt sempiternam. Religieux de Saint-Denis, p. 168.
      Acies Burgundorum cum magnâ caede per duos vel tres passus retro cedere compellitur. De Dynter, p. 176.
      Et pour verité ceste bataille fut moult doubteuse. Car par espace de demie heure on ne povoit point cognoistre ne parcevoir laquelle compaignie estoit la plus puissante en combattant. Monstrelet, p. 364.  backtopp.gif (65 octets)

(23)  10.000, dit Jean Sans Peur, qui force tous les chiffres.   backtopp.gif (65 octets)

(24)  Zantfliet, col. 391. Selon Monstrelet, t. I, p. 365, ce n'est pas l'apparition des Tongrois qui détermina le duc à refuser tout quartier, car il avait donné cet ordre auparavant. « Quant il lui fut demandé après la desconfiture se on cesseroit de plus tuer iceulx Liégeois, il respondit qu'ilz mourroient tous ensemble, et que point ne vouloit qu'on les preist à rançon ne meist à finance. »  backtopp.gif (65 octets)

(25)  Je m'en suis rapporté de préférence, pour ce point, aux évaluations des chroniqueurs liégeois et brabançons, mieux placés pour connaître exactement les pertes subies par Liège que ne l'ont été les vainqueurs au lendemain de la victoire. Ceux-ci accusent 24 à 26.000 hommes (v. la lettre de Jean Sans Peur et celle du bailli de Hainaut dans Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut, t, III, p. 322); ils sont généralement suivis par les chroniqueurs étrangers, dont la plupart d'ailleurs poussent le chiffre des Liégeois tués jusqu'à 28.000, tandis que le Livre des Trahisons de France, p. 38, va jusqu'à 40000. Jean de Stavelot parle de 8.368 morts, Zantfliet de 13.000, De Dynter de 16.000.  backtopp.gif (65 octets)

(26)  Jean Sans Peur, dans sa lettre à Antoine de Brabant, ne donne pas le chiffre des pertes des alliés : il se borne, en vrai féodal, à regretter sa noblesse : « A la dite bataille nous avons bien perdu de 6o à 8o chevaliers et escuyers, dont j'ay très grand desplaisir, car ce n'estoit pas des pires. » Ce passage a été fort mal compris par le Religieux de Saint-Denis, qui en conclut que les alliés n ont perdu que 70 hommes et qui a été suivi sous ce rapport par nombre de chroniqueurs. En réalité, comme le constate De Dynter, p. 176, (non sine parvâ caede suorum, où il est évident qu'il faut lire magnâ) et comme le fait voir l'acharnement de la lutte, les pertes des alliés ont dû être plus considérables. Monstrelet, p. 366, avoue 5oo à 6oo hommes, dont 100 à 120 chevaliers et le reste varlets.  backtopp.gif (65 octets)

(27)  Jean de Stavelot, p. 118; Zantfiiet, col. 391-392.  backtopp.gif (65 octets)

(28)  Henaux écrit, t. I, p. 593 : « Elle (la Cité) disposait encore de ressources immenses (sic), et elle aurait pu promptement organiser une sérieuse résistance, mais, les hommes courageux n'étant plus en majorité, les timides et les neutres s'empressèrent de se soumettre ». Pour faire justice de cette tirade, il suffira de rappeler que les 8.ooo hommes qui jonchaient le champ de bataille d'Othée représentaient la très grosse majorité de la population mâle de Liège en état de porter les armes. Ajoutez à cela, avec M. Pirenne, t. Il, p. 278, que« Liège ne possédait ni assez de ressources, ni une position stratégique assez favorable pour pouvoir imiter Gand et continuer la lutte.
»  backtopp.gif (65 octets)

(29)  Jean de Stavelot p. 121. Zantfliet, col. 392. - Dewez, I, p. 302, porte ce chiffre à 26; Henaux, t. I, p. 595, à 32; de Gerlache, p. 145, et Polain, I, p. 211, jusqu'à 120 ! backtopp.gif (65 octets)

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30)   Il y eut donc en tout 58 victimes. Les historiens exagèrent, surtout Mézeray (dans Dewez, I, 304) qui a popularisé la légende de « l'évêque plutôt tigre que pasteur ». Henaux, I, p 585, renchérit sur Mézeray : « On précipita dans la Meuse, garrottés ou liés dans des sacs, nombre de dames de Hauts Lignages, entre autres la veuve du Mambour, digne de respect et de pitié, puis le Légat du Pape, l'Evêque~Suffragant, l'OfficiaI et vingt~sept personnes : prélats, bourgeois et bourgeoises notables. Les jours suivants, une infinité d'autres Bonnes Gens furent sommairement condamnés, comme Haidroits, par les Échevins, et aussitôt pendus, décollés, roués ou écartelés vifs. » Ce sont là des inventions. Si, comme le disent Jean de Stavelot, p. 122, et Monstrelet, t. I, p. 370, il y eut plusieurs femmes parmi les vingt-quatre victimes précipitées dans la Meuse, il est certain que la dame de Perwez ne fut pas du nombre. Livrée aux vainqueurs en même temps que Jean de Rochefort et Jean de Seraing, elle fut épargnée et l'on a établi récemment (de Chestret dans BIAL, t. XXXVIII (1908), p. 31), qu'elle vivait encore en 1421. backtopp.gif (65 octets)

(31)   Jean de Stavelot, p. 122.  backtopp.gif (65 octets)

(32)  Monstrelet, t. I, p. 371.  backtopp.gif (65 octets)

(33)  Jean de Stavelot, p. 124. Cinquante-six de ces otages, retenus à Mons, ont signé, le 12 novembre 1408, une attestation relative à la sincérité de la Cité dans la remise de ses archives aux vainqueurs. Schoonbroodt, Inventaire de Saint- Lambert, p. 291.  backtopp.gif (65 octets)

(34)  Monstrelet, t. I, p. 371.  backtopp.gif (65 octets)

(35)  Chronique de Königshofen dans Chroniken der deutschen Städte, t. IX, p. 913. backtopp.gif (65 octets)

(36)   Le même, 1. c.  backtopp.gif (65 octets)

(37)   Jean Sans Peur, recevant la comte d'Arundel en 1410 : « tint table ronde et noble court couverte et avoit lors fait tendre un noble et rice tapisserie de haulte lice ouvrée, en laquelle on pouvoit veoir tout le fait des Liégeois et la guerre et bataille de Liége. » Le Livre des Trahisons de France, p. 114.
V. une description plus détaillée dans La Geste des ducs de Bourgogne, p. 516. Les tapisseries en question figurent encore dans un inventaire de Charles-Quint en 1536. v. BCRH, 3e série, t. XIIl, p. 246.  backtopp.gif (65 octets)

(38)  Il a été diverses fois édité, notamment dans le Chastellain de Buchon, t. Il, et dans de Ram, p. 304. 
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15/01/2013