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La conjuration des Datin

 

 

 

   

De Gerlache :
Histoire de Liège depuis César jusqu'à Maximilien de Bavière 

Edition M. Hayez,  pp. 142 et suiv.  (Bruxelles, 1843)

     Wathieu d'Athin, le même que nous avons vu figurer dans l'abdication de Jean de Bavière, qu'il eut l'art de faire tourner à son honneur et à son profit, avait pris un ascendant immense sur le peuple qui le regardait comme le restaurateur de ses libertés et comme tout dévoué à ses intérêts. C'était un homme fier ou humble, selon l'occasion; d'un orgueil inouï; qui s'étant aperçu que le peuple décidait de tout, s'était fait le flatteur du peuple pour pouvoir marcher sur la tête à tout le monde; c'était enfin un de ces caractères dont le type se retrouve aujourd'hui partout. Wathieu occupait les plus hautes places : il était échevin et grand mayeur; il avait été bourgmestre de Liège à diverses reprises. Il avait un fils ecclésiastique sur lequel étaient accumulés tous les honneurs : chanoine de St-Lambert, prévôt de St-Denis, acolyte du pape, chanoine de St-Paul, de St-Martin, de l'église d'Utrecht, docteur ès. droits, etc. Ce jeune homme ayant eu avec le chapitre primaire un différend qui ne se termina point à son avantage, s'en plaignit à son père, qui fit défense, aux métiers de travailler pour les chanoines, et aux marchands de leur rien livrer, ni pain, ni viande, ni vin (1). Le chapitre, craignant d'attaquer de front cet audacieux, dont la multitude était idolâtre, chercha à le fléchir par des prières et dés supplications : Wathieu d'Athin fut inexorable. Les chanoines s'adressèrent au souverain pontife, qui leur permit de citer Wathieu; mais aucun sergent n'osa signifier l'exploit : le chapitre ne trouva-point d'autre expédient que de se transporter en corps à son domicile pour le signifier lui-même, accompagné de notaires et de témoins; et comme on ne rencontra pas d'Athin; les choses en restèrent là. Cependant, cet homme qui avait si orgueilleusement triomphé du premier ordre de l'état, finit par succomber devant un obscur particulier. Sans doute sa tyrannie commençait à peser au peuple. Un bourgeois du métier des orfèvres qui avait été condamné par les échevins à une forte amende au profit de d'Athin, grand mayeur de Liège, se déchaîna publiquement contre ses juges, disant que leur sentence avait été dictée par le mayeur qui s'engraissait aux dépens des malheureux et auquel personne n'osait résister; qu'il n'y avait plus ni loi ni justice dans la cité depuis que les d'Athin y régnaient. Les métiers assemblés ayant pris fait et cause pour ce bourgeois, proscrivirent les échevins et Wathieu d'Athin lui-même (2).

   Wathieu laissait à Liège un frère, appelé Guillaume, ancien bourgmestre de la cité; sa famille y était. puissante et il y avait conservé de nombreux amis. Ceux-ci pour flatter les passions populaires et grossir leur parti déclamaient avec violence contre le traité que venait de conclure le prince avec le duc de Bourgogne, et contre le règlement de réformation de 1424 qu'ils représentaient comme une loi anti-plébéienne. Ils excitèrent dans la cité un tel tumulte, que Heinsberg et les bourgmestres furent obligés de s'enfuir pour échapper aux violences de la populace. Le prince, voyant qu'il était impossible de faire entendre raison à ces furieux, fut contraint d'appeler à son aide Guillaume d'Athin pour négocier avec eux. Guillaume parut devant les métiers, d'un geste commanda le silence, et dit : «  N'est-ce pas, mes amis, nous voulons rendre à notre évêque le respect et l'obéissance qui lui sont dus ; mais nous voulons aussi
qu'on nous rende nos libertés ! Nous voulons immédiatement l'abolition du règlement de 1424 et le rétablissement du peuple dans son ancien droit aux élections magistrales ! --- Répondez, mes amis; poursuivit-il en élevant la voix, n'est-ce pas là ce que vous voulez ? » Et tous, applaudissant avec transport, s'écrièrent : Oui, oui, nous le voulons !
Les bourgmestres intimidés, dirent qu'ils y consentiraient volontiers; s'ils n'avaient prêté serment au prince de maintenir les lois établies. « Qu'à cela ne tienne, répliqua Guillaume, les Liégeois sont une nation libre qui a le pouvoir de faire et d'abroger les lois ! » Il fallut céder à la force, et la nouvelle élection se fit par les métiers directement, qui élurent pour premier bourgmestre Guillaume d'Athin.

   Les partisans de Wathieu crurent alors que son rappel ne pouvait plus souffrir de difficultés sérieuses : ils se trompaient. Ses concussions lui avaient attiré le mépris public, sentiment pire que la haine et
qui ne pardonne jamais. Cet homme audacieux avait déjà fait plusieurs tentatives pour se réintégrer parmi ses concitoyens, et toujours il en avait été repoussé. Toutefois une grande conspiration ayant pour but le rappel de Wathieu d'Athin s'organisa dans la cité et se recruta notamment parmi les gens de la campagne. La nuit du 5 janvier 1433, veille des Rois, les conjurés occupèrent le Pont-d'lle, le marché et différents points importants, et ils cherchèrent à s'emparer de l'hôtel de ville. Quelques bourgeois, qui n'étaient pas encore couchés, avertis de ce qui se passait par le bruit inaccoutumé de la rue à une heure aussi avancée, coururent sonner la cloche d'alarme et donnèrent l'éveil aux gens de métiers qui se portèrent successivement aux lieux menacés et. engagèrent une lutte terrible avec les conjurés. Ceux-ci résistèrent d'abord avec la plus grande énergie; mais bientôt s'effrayant de voir la majeure partie du peuple se tourner contre eux, ils s'enfuirent dans toutes les directions. Tous ceux que l'on put atteindre furent massacrés sans miséricorde (3). Les échevins portèrent contre Wathieu d'Athin et ses complices une sentence qui les déclarait aubains et proscrits et qui confisquait leurs biens : leurs riches dépouilles furent partagées entre les collèges des métiers (4).

(1) Voy. le Continuateur de Jean d'Outre-Meuse, t. III, fol. 56, v°.  backtopp.gif (65 octets)

(2) On trouve dans le Continuateur de Jean d'Outre-Meuse (manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne) des détails curieux sur les exactions reprochées à Wathieu d'Athin. « Enquestes ayant été faites par des commis du noble conseil du très-révérend père en Dieu, haut et puissant prince et redouté sieur Jean de Heinsberg... a été trouvé par deux lettres-patentes de jadis Mgr. de Bavière, qu'avant que ledit Mgr, de Bavière polsisse de la cité parvenir à avoir la somme de 6,000 couronnes de France, pour nos franchises à ravoir, il convint qu'il promisse de donner audit Wathieu 2,400 couronnes de France.
   Item, fut trouvé avoir pris, par plusieurs fois, de gens condamnés au bannissement, grand nombre d'or et d'argent.
   Item qu'il devait bien savoir de l'or, argent et joyaux qui avaient été emblés en la maison de damoiselle Jeane, femme de Thiry de Chéal , etc. » T. III du Continuateur de Jean d'Outre-Meuse; fol 44 et suiv. 
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(3) Le Continuateur de Jean d'Outre-Meuse, t.III, fol. 16 et suivi., rapporte très longuement les circonstances de cette conspiration.  backtopp.gif (65 octets)

(4) Un manuscrit de Wachtendonck, qui provient de la bibliothèque du baron de Crassier, et qui appartient maintenant à la bibliothèque de Bourgogne, renferme deux pièces importantes et inédites relatives à Wathieu d'Atbin , savoir:  1° une réclamation adressée à Louis de Bourbon, vers 1457, par laquelle il se plaint d'avoir été violemment et injustement privé de ses biens; et 2° le testament du même Wathieu d'Athin, daté du 10 d'août 1456.
   Dans sa réclamation il dit « que selon la loy de Liège, nul ne peut forfaire (perdre ) ses biens, et fust sa personne prise et jugée à mort pour vilains cas, ainsi qu'il appert évidemment par plusieurs jugements faits et rendus par les échevins de Liége comme chiefs de la loi , et par perpétuelle usance.
    Observe en outre, dit le remontrant, que par la paix de Fexhe, qui est à tenir et à warder par le prince (et par les principales autorités du pays), tout homme doit être mené par droit et par loy.
   Tiercement , que selon loy, droit et justice , nul ne doit être condamné de corps ni de biens sans qu'il soit huché et appelé pour avoir ses débats et allégeances et contre-remontrances, si avoir les veut. »
   II est curieux de voir cet homme, qui avait foulé si insolemment aux pieds toutes les lois, les invoquer comme un dernier refuge dans son malheur, et il prouve qu'il les connaissait bien. Cependant il tâche de les détourner de leur sens véritable; les exemples qu'il cite se rapportent à des délits ordinaires, tandis que le crime des d'Athin, ces grands agitateurs, était un attentat de lèse-majesté et de lèse-nation.
   Enfin il termine en disant que « ses biens n'ont pas été pris par l'autorité du prince ni par ses officiers, mais par ses ennemis. » Il conclut en demandant le droit de jouir et de disposer de ce qui lui appartient sur le territoire de Liège, selon loi et justice.
   Il résulte de son testament, pièce d'une étendue inusitée, que d'Athin, malgré la confiscation de ses biens au pays de Liège, devait avoir emporté à Louvain de forts beaux débris de son immense fortune. II y a des legs pour tout le monde : pour les églises et les couvents de Liège et de Louvain, pour les pauvres, pour ses amis, pour ses domestiques, pour son fils naturel, pour le fils naturel de son fils. II rappelle ses relations de parenté et d'alliance, et l'on voit combien ce proscrit avait été jadis grand et puissant dans sa cité. Il comptait toujours sur la restitution de ses propriétés confisquées, car il les comprend aussi dans son testament. Ses biens consistaient notamment en maisons, à Louvain et à Liége, en seigneuries, terres, cens, rentes, terrages, houillères, meubles précieux, etc., etc. ; il énumère une assez grande quantité de hanaps d'argent, de joyaux, de bijoux et de meubles garnissant sa maison de Louvain. Wachtendonck nous révèle une curieuse circonstance : Wathieu d'Athin mourut, dit-il, le 20 ou le 21 mai 1459, à Louvain : le 18 de mai 1465, son testament fut homologué par l'official de Liège à la poursuite des héritiers et des légataires; et en 1493, il y eut une transaction entre Jean d'Athin, fils de Wathieu , et les 32 métiers, d'après laquelle la moitié des biens confisqués au pays de Liège devait être restituée à l'héritier. 
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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition, T.II.
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, pp. 34 et suiv.

   L'année 1432 commençait sous de fâcheux auspices. La dignité nationale avait été sacrifiée à la Maison de Bourgogne, et l'on accusait hautement de cette trahison le Prince et ses partisans (1).

   On comprenait dans quel but ceux-ci cherchaient à s'assurer la prépondérance dans les élections magistrales. Ils voulaient éliminer du gouvernement de la Cité les petits Bourgeois, les Patriotes sincères.

   Alors apparurent nettement deux partis. L'un répudiait le Nouveau Regiment, et demandait que les États dirigeassent seuls la politique du Pays; l'autre soutenait le Prince, et approuvait, de tout point, le traité de paix avec le. Duc de Bourgogne (2).

   A la tête du parti national était un homme puissant et riche, Wathier Dathin (3). Il s'était déshonoré, jadis, par son ambition et ses intrigues. En se faisant le défenseur des anciennes libertés, il avait regagné la faveur de tous. Il s'était fait nommer Grand Mayeur de la Cité par le Prince (4).

   Ses adversaires, pour affaiblir sa popularité, l'avaient aussitôt poursuivi de leurs calomnies et de leurs outrages. Ils lui reprochaient des illégalités sans nombre; ils allaient jusqu'à lui imputer la défaite d'Othée, jusqu'à l'accuser d'avoir partagé avec l'odieux Jean de Bavière les contributions forcées que l'on avait eu à payer (5).

   Dathin avait pour ennemi avoué le haut-clergé, dont il refrénait avec courage les empiétements. Il avait supprimé, comme non fondée, la taxe que prélevait le monastère de St-Laurent sur tous les bateaux abordant au rivage d'Avroi (6). Excommunié par le Chapitre Cathédral, il fit statuer par les Maîtres que nul ne pourrait, sous peine de bannissement, livrer aux Chanoines ni vivres ni boissons, pas même de l'eau, tant que l'excommunication ne serait pas levée (7).

   En 1430, la querelle politique et sociale s'était envenimée tout à coup. Un Bourgeois ayant commis une légère contravention, il fut arrêté, et condamné à une amende qui excédait le taux fixé (8). Il intéressa à sa cause la plupart des membres de son Bon Métier, celui des Fébvres, Métier influent, qui se rallia la majorité des autres. Dathin fut alors publiquement dénoncé comme violateur des Statuts. Les Maîtres furent contraints d'établir cette inculpation : ils demandèrent aux Échevins un record sur les Franchises et les Libertés de la Cité (9).

   Les Échevins, dévoués à Dathin, leur président, refusèrent de recorder sur les points demandés. Ils furent déclarés rebelles, et bannis à perpétuité. Dathin fut banni avec eux. (Mai 1430). (10)

   A deux mois de là, lors de la guerre avec le Duc de Bourgogne, les Bourgeois eurent à entrer en campagne.

   Comme on venait de dépasser la Banlieue, les Échevins bannis se présentèrent tout armés, voulant faire partie de l'expédition. Ils promettaient de rendre, au retour, le record requis, nonobstant toute opposition, de quelque part qu'elle vînt (11).

   Les Échevins, à peine revenus, tinrent leur parole. Le vendredi 29 septembre, ils délivrèrent le record si désiré (12).

   Ils y déclaraient, en s'appuyant sur des textes légaux, que nul ne pouvait être condamné à une amende plus forte que celle qu'édictaient les Statuts (13); -- que nul ne pouvait être arrêté pour
crime, que dans le cas de flagrant délit, ou en vertu d'un jugement (14); -- et que, en cas d'arrestation arbitraire, le lésé était en droit d'exiger des dommages-intérêts de son dénonciateur (15). Ils attestaient, en outre, qu'aucune Autorité Seigneuriale ou Justicière ne pouvait contrôler les actes ni les décrets des Maîtres et du Conseil, la Cité ayant un Gouvernement libre (16) -- que quiconque conseillait au Prince d'enfreindre les Franchises, était banni à perpétuité, lui, sa femme et ses enfants, et que celui qui venait en aide au banni, encourait la même peine (17).

   Les chefs du parti oligarchique avaient atteint leur but : non-seulement ils avaient fait exiler Wathier Dathin (18), mais ils venaient d'obtenir contre lui une sentence qui le convainquait d'avoir violé les Statuts (19). On s'en prévalut pour combattre ses adhérents. Ceux-ci ne désespérèrent pas de leur cause, qui était celle du Peuple, celle de l'honneur national.

   La situation en devint
plus tendue.

   Le mercredi 2 juillet 1432, une émeute éclata (20). Des groupes de Bourgeois se trouvaient sur le Marché, ralliés autour d'une grotesque bannière ayant pour devise
Le Naw (21). Du milieu des huées, sortaient des voix réclamant les Vieilles Libertés, ou s'indignant de la perfidie du Prince, qui, entre autres méfaits, forçait le Pays à payer au Duc de Bourgogne, non pas cent mille nobles d'or, mais bien cent et cinquante mille (22).

   Les Maîtres firent apporter l'original du traité, pour donner lecture de la clause incriminée.

   On ne voulut pas entendre des traîtres, et on cria qu'ils fussent précipités du balcon (23).

   Willem Dathin, le cousin de Wathier, et non moins populaire que celui-ci, fut supplié de parler à la foule furieuse (24). Il monta l'escalier de l'Hôtel de Ville, pour être bien en vue (25). En peu de mots, il démontra que le Nouveau Regiment, en privant les Bourgeois du droit d'élire les Maîtres, était destructif des Franchises de la Cité (26).

   Quelqu'un objecta que le Nouveau Regiment devait être respecté comme Loi jurée.

   Dathin répondit : « Vous êtes
un Peuple libre, Liégeois. Vous avez le pouvoir de faire et de défaire vos Statuts (27). »

   Le Nouveau Regiment, en ce qui concernait l'élection magistrale, fut abrogé (28).

   Tout fut apaisé (29).

   Le vendredi 25 juillet, eut lieu la rénovation des Offices de la Cité : elle se fit conformément aux Anciens Usages.

   Les
Trente-Deux, qui devaient élire les deux Maîtres, furent nommés, non par les Commissaires, mais par les Bons Métiers. Ils choisirent, à la majorité des suffrages, deux hommes sûrs : Willem Dathin et Jean de Borlé (30).

   Ces Maîtres s'occupèrent activement de sages réformes. Ils ne laissèrent aux Commissaires que des attributions de police, en leur interdisant le port de toute espèce d'armes (31).

   Le Prince s'éleva contre ce
pacifique retour aux vieilles coutumes. Il quitta la Cité. Il abandonnait à ses affidés le soin de reconquérir l'ascendant que lui et les siens venaient de perdre (32).

   La proposition de rappeler de l'exil Wathier Dathin devint, dès lors, une question très grave. Pendant cinq mois, cette motion, toujours ramenée, toujours repoussée, ne cessa d'exciter les esprits (33).

   Le dimanche 5 janvier 1433, la veille des Trois Rois, il y eut une assemblée tumultueuse des Bons Métiers. Les Dathins essayèrent, une dernière fois, d'obtenir le rappel du grand citoyen. Ils éprouvèrent un nouveau refus. Sans plus hésiter, ils résolurent de sauver par force la liberté populaire (34).

   Aussitôt ils sonnèrent le tocsin. La nuit était venue, et une fine neige tombait. Ils marchèrent sur l'Hôtel de Ville, et s'en emparèrent. Ils se retranchèrent sur le Marché, et s'établirent dans divers Vinâves (35).

   Leurs adversaires n'étaient pas sans s'attendre à quelque événement. Ils avaient pris les armes (36). Des collisions sanglantes eurent lieu ça et là, à la lueur des torches. Le matin, la lutte recommença avec acharnement (37).

   Le sort de la révolution était déjà compromis. Wathier Dathin, bien qu'averti à l'avance, n'arrivait point. Son cousin, ses amis, s'effrayèrent; ils abandonnèrent les barricades. Leurs partisans, se voyant sans chefs, perdirent courage. Ils s'enfuirent en désordre de toutes parts (38).

   La faction aristocratique l'emporta.

   Elle fit abus de son facile triomphe.

   Les adhérents des Dathin, pris les armes à la main, furent tués, rompus ou roués; ceux qui, blessés, s'étaient réfugiés dans leurs maisons, furent jetés dans la rue par les fenêtres, et mis en pièces. Leurs maisons, après avoir été pillées, furent dévastées et ruinées (39).

   Lorsque fut revenu un semblant de calme, les Bons Métiers eurent à examiner les demandes d'amnistie des nombreux fugitifs.

   La coterie dominante, pour s'affermir, se montra impitoyable.

   Une commission; où se trouvaient des affidés du Prince (40) poursuivit tous les Dathins sous l'inculpation de complot, de sédition, et de convocation illicite d'une grande multitude de personnes, en vue de s'emparer dé la Cité (41)

   Pour ces causes, elle proclama bannis à perpétuité cinquante-deux Dathins, avec leurs femmes et leurs enfants mineurs. Elle en bannit, pour un temps plus ou moins long, cinquante autres, qui, à l'expiration de leur peine, devaient être à toujours privés du droit de voter, d'élire, et de porter un office public. Elle en condamna trois cents à des amendes qui, pour être proportionnées à leur fortune, n'en étaient pas moins énorme : les uns à deux mille, les autres à mille, à cent, et à cinquante florins (42).

   On fut implacable pour les bannis à perpétuité. Leurs biens, meubles et immeubles, furent confisqués au profit des Bons Métiers, qui se trouvèrent ainsi intéressés à ne pardonner jamais (43). Il fut défendu, sous peine de bannissement arbitraire, de leur fournir l'eau et le feu, ou de leur venir en aide de quelque manière que ce fût (44). On mit leurs têtes à prix, et l'on alla même jusqu'à promettre grâce entière à tout banni qui tuerait un autre banni (45). Enfin, un comité fut créé pour rechercher les biens confisqués, pour les gérer, pour en faire la répartition : il fut régulièrement organisé sous le nom de Cour des Absentis (46).

   Ces condamnations étaient manifestement illégales. Les Echevins refusèrent d'enregistrer le décret (47).
On obtint l'approbation de l'Empereur, en lui faisant accroire que le mouvement des Dathins n'avait rien de politique (48).

  
Le péril du présent étant passé, celui de l'avenir fit peur.

   On y pourvut (49).

   On forma une compagnie permanente de trois-cent-vingt Bourgeois, dite des Dix Hommes, parce que chaque Bon Métier en fournissait dix. Elle fut aux ordres des Maîtres, à l'effet de réprimer toute tentative de réaction (50).

   On statua que la victoire du Jour des Trois Rois serait consacrée par une fête (51). L'anniversaire fut célébré par trois grands feux de joie allumés sur le Marché (52). Un délégué du Bon Métier des Fèbvres; la tète ceinte d'une couronne de fleurs, faisait lecture, à la foule assemblée, du décret contre les Dathins. C'était menacer de bannissement, quiconque parlerait de clémence et de rappel des factieux (53).

   Cette rigoureuse compression terrifia la Cité et le Pays.

   La Cité se soumit sans réserve au Régiment de Heinsberg (54).

   Le Pays se montra prêt à exécuter toutes les clauses de l'infamante paix conclue avec le Duc de Bourgogne (55).

(1) On reprochait aussi à Heinsberg de s'être agenouillé, lui Évêque, devant un laïc. Quod quamvis absurdum satis appareret, ut scilicet Episcopus coram Principe Saeculari hoc modo se humiliaret ac prosterneret. [Zantflietii Chronicon Leodiense, dans l'Amplissima Colletio, t. V, p. 428.]  backtopp.gif (65 octets)

(2) Nos Annalistes ne parlent qu'avec une circonspection calculée, de ce qu'ils appellent la Conjuration Dathin. L'un d'eux prétexte sa qualité de moine pour taire certaines choses : « Lesqueis ne saroie escrire, partant que je ne puy et ne poioy aval le Citeit frequenteir à ma volenteit, partant que je ne suy mie seculeir. » [Johannes, Chronique de Liège, p. 289.] Malgré cela, il recueille contre Dathin les moindres bavardages que propageaient la haine personnelle et la haine politique. backtopp.gif (65 octets)

(3) Dathin appartenait à une ancienne famille de Petits, et son oncle maternel, Piron le Robier, avait été le chef le plus actif de la révolution démocratique de 1384. C'était un homme important par ses richesses (il possédait à Montegnée plusieurs houillères en plein rapport), et par les Hauts Offices dont il avait été revêtu. Il était affilié au Bon Métier des Houilleurs, qui, « quant ilh sont tous assembleis, ilh sont bien seize cens ou dois mille hommes, » ayant voix et portant les armes. [Johannes, ibid., p. 292.]
   Le nom de notre démocrate est écrit diversement dans les documents du temps : Wathier ou Wautier Datin, Datyn, Dathin, Daltin, Datien, Dantine, Dantin, Daultin, etc. Avec l'accent du wallon de Montegnée, on prononçait, sans doute : Wòti Dòtine. Il existe encore aujourd'hui des Danthine. backtopp.gif (65 octets)

(4) Circa haec tenpora, erat quidam Civis Leodiensis, dictus Walterus Datin...[Adriani Diarium Leodiense, dans l'Amplissima.Collectio, t. IV, p. 201.] - Walterus Dathin, vir magni cordis, potens in amicis, et pecuniae cupidissimus.... [Zantfliet, ibid., p. 423.] - Jean de Stavelot avoue franchement sa haine pour Dathin, « partant quilh fut rebelle et contrable al Engliese de Liege, et as Sangnours de Saint Lambert. »[Chronique de Liège, p. 290.]
   Ces annalistes étaient contemporains. Ils modifient leurs récits dans le sens des événements.
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(5) Les insinuations perfides allaient de pair avec les affirmations emportées. « Finablement, ledit Waltier fist pluseurs aultres enormes exces par ly perpetreis, assavoir de vendre la Loy et la Justiche, existemeur et rancheneur de gens à de fait et de volenteit, contre Droit, Loy et Justiche....» - Un ancien Grand, Jean de Bernalmont, le poursuivait ainsi de ses injures : « Trahitres mourdreur, qui trahitrement as envoiet à Monsangneur Johans de Bealwier six mille coronnes de Franche....; apres, sicom mourdreur, tu emmenas le Peuple à Othey, où tu les lyvras al mort, où ilh furent enssi com simples gens ochis, etc. » [Johannes, ibid., p. 234.]  backtopp.gif (65 octets)

(6) « Par quen pluseurs Bonnes Gens et Engliezes y oirent grandement à souffrir et damaiges, entres lesqueiles ly monasteir sains Lorent, pardeleis Liege, y oit grant damaige alle instanche de leurs rentes, etc. » [Id., ibid., p. 235.]  backtopp.gif (65 octets)

(7) « Et oussi ilh fut tant hardis, que sour les Sangneurs de Sains Lambert ilh fist, par dois fois, sereir (défendre de vendre) tous les Mestiers de Liege sour eaux, si que nullus ne les oisoit pour leur argent delivreir pain, chair, vin, ne nulle autre necessiteit; dont mult de Bonnes Gens orent grand doleur et piteit.. Et les dites Venerables Sangneurs estoient an grant dangier et confusion, etc. » [Id., ibid., p. 236.]
   Les Chanoines et leurs domestiques furent fort embarrassés de pourvoir à leur subsistance : ils devaient envoyer à Maestricht chercher de la viande et du pain. On avait répondu à leur excommunication religieuse par une excommunication civile. backtopp.gif (65 octets)

(8) Eodem anno, cum quidam faber Leodiensis offendisset in Legem, propter quem excessum juxta ritum Legis, vel ejus rigorem, vix obligari debebat ad viginti octo solidos, Villicus Civitatis Dathin dictum fabrum ad taxam plus solito graviorem nitebatur onerare, etc. [Zantfliet, ibid., p. 423.]  backtopp.gif (65 octets)

(9) On demandait aussi que le Record déclarât, si un Bourgeois pouvait être condamné à une amende arbitraire : Quantum pro tali excessu vel similibus multis, Civis quilibet obligaretur de rigore Juris. [Zantfliet, ibid., p. 423.]  backtopp.gif (65 octets)

(10) «.... Por le default dedis Recors à rendre, furent crieis albens les Esquevins de la Citeit. Et vudarent la Citeit. » [Johannes, ibid. , p. 243. ] -  Magistri Leodienses requirebant a Scabinis habere unum Recordium de certis punctis Previlegia Civium concernentibus; sed Walterus Datin opponebat se, et nolebat illud Recordium dari. Unde Magistri et Consules indignati, bannierunt Scabinos, et exiverunt Civitatem. Et Walterus similiter exivit. [Adrianus, ibid., p. 207.]
   Le texte du décret de bannissement de Dathin ne se trouve dans aucun Pâwelhâr. D'après un acte de 1433, il aurait été banni « pour les griefs et horribles deplaintes, remonstrances et fames publiques qui soy faisoyent sour et en le personne de Watier Dantyn de Montengnee, à cely temps Grand Mayeur de Liege, des grans, enormes et detestables exces fais et perpetreis par ledit Watier al encontre delle Loy, des Franchieses, Paix, Honnour et Profit delle dite Citeit; lesqueis avoit pluseurs fois jureis, tant en vendant ycelles noz Franchieses, etc. »
   Les Pâwelhârs renferment de nombreux documents relatifs à l'épisode des Dathins. Ce sont tous actes d'accusation, qu'on ne doit consulter qu'avec une certaine défiance.  backtopp.gif (65 octets)

(11) Cum autem exercitus esset in campis, Scabini fecerunt pacem cum Consulibus, sicque promiserunt se post reditum Recordium illud esse daturos; et iverunt cum aliis ad bellum. [Adrianus, ibid., p. 207.]
   C'est là un trait de moeurs curieux. Pour le Peuple, pour les Échevins, devant l'ennemi de la Patrie, il ne devait plus y avoir de division entre les Bourgeois. Comme on le voit, tout fût oublié; et les Échevins furent accueillis dans les rangs de leurs Bons Métiers. backtopp.gif (65 octets)

(12) « Apres, quant les Esquevins furent revenus à Liege, li Mestiers des Fevres awec les Maistres, por et en nom de toute la Citeit, ilh requisent ausdis Esquevins, en fache de Justiche,quilh rendissent ledis Recors. Et ilh le fisent.... » [Johannes, ibid., p. 259.]
   Voici le préambule de ce Record :
   « A tous cheauz qui ches presentes Lettres veiront et oront. Li Maire et les Eschevins de Liege, salut en Dieu parmanauble et cognissanche de veriteit. Sachent tous, que pardevant nous sont comparus en propres personnes Honorables, Saiges et Discreis Wathir de Fleron et Alexandre de Seraingne, Maistres pour le temps delle Citeit, deleis et avueques eaus le Boin Mestier des Fevres delle Citeit de Liege, partye faisant pour et ou nom de toutte la Citeit generalment, demandant de nous avoir Record daulcuns poins par eaux à nous oultre donneis par escript, ensi que chi apres seront escripts particuleirement. Sour lesqueis par nous heyu ensembles conseilhe, advis et deliberation : Avons dit, recordeit et declareit, sour cascun diceaus Articles, chu qui sensiet.... » [Dans le Pâwelhâr; voir aussi le Grand Record de la Cité de Liège, p. 73; le Recueil des Édits du Pays de Liège, t. II, p. 29.]   backtopp.gif (65 octets)

(13) « Item. Au septeme Article contenant : Quant uns Borgois est bannis pour dessobeyssance par les Estatus, quant li Borgois at fait alle partie blechie, assavoir combin ilh doit à Saingneur; et se li Borgois doit aultre choese que à Maire de Vinavle, que contenut est en dit Status, et se li Saingneur en doit aultretant ou plus avoir que li Citeit, de teilz bannissemens por dessobeyssance? - De cely point, demorans deleis ce que ens Estatus en est escript et deviseit : Declarons et sauvons, de greit et consentement mon dit Saingneur, que quant une personne serat bannie ou albaine, par dessobeyssance, cent ans et uns jour, solonc lesdis Estatus, quilh paye à. Saingneur et alle Citeit chincque griffons, assavoir diex livres diex solz comon payement de Liege pour chascun griffon comptant, moitié az uzes de mon dit Saingneur, et lautre motie alle Citeit. » [Ibid. backtopp.gif (65 octets)

(14) « Item. Alle tyer Article, faisant mention se uns Borgois doit estre prins sens jugement de Justice et sens condempnation de Jugge, et, se pris estoit, silh doit payer argent alle Ferme, ne combien se payer le doit ? -- Disons et recordons, demorans deleis ce que par nous predecesseurs en at esteit recordeit, et deleis ce que nous meismes en avons jugiet, que ons ne puet uns Borgois-Citain prendre sens Jugement et Condampnation de Loy et de Justice, etc. » [Ibid.]  backtopp.gif (65 octets)

(15) « Item. Al quart Article, contenant queile amende li Borgois doit avoir se ons le prend ou fait prendre à tort et de volunteit, sens Loy et sens Jugement ? -- Disons et recordons, salvons et wardons, par Loy, que se il sembloit à aulcuns quil fuist pris à tort, plendre sen puet alle Loy, az Status ou ailheurs, là miez ly plairat; et si troveit est que pris soit à tort, celui qui larat fait prendre serat tenus de luy desdomagier et damendeir le forfait solonc le cas, quant de ce il constierat suffisamment as Jugges pardevant lesqueils teile plente soi ferat : déclarant avant, que quant li Mayeur et ses Varles, mecteront le main, alle requeste de partie, à aulcuns, et le monront en Ferme, que li Mayeur ou ses Varles, ou liqueil qui li main y mecterat, prendrat segurteit et caution suffisante pour les fraix à cely qui prendre le ferat, pour iceluy resuyre se troveit est que pris soit à tort, affin que cely, qui ensi pris serat, en puist ralleir quitte et. ligge sens aultre porsuyte de plais, et que les frais par iceluy prisonnier, en luy desligant, fais et soustenus; soyent à luy incontinent restitueis par le Mayeur, selonc le taxation de Jugge, et que de ce soit fait expedition par les Eschevins dedens tyers jours apres ce que requis en seront. » [Ibid. backtopp.gif (65 octets)

(16) « Item. Au chincqueme Article, contenant se ly Eschevins ne aultres ont à cognoistre ne à jugier de fait ne de dit que ly Maistres delle Citeit et Conseilhe fachent ne doyent pour la Citeit, et en nom delle Citeit, dont lesdis Maistres ont exhibueit le coppie duns instrument fait par Jehan delle Vilhe jadit, duqueil ly tenurre sensiet en teilz parleirs, etc. » [Ibid.]
   Le document que l'on invoque ici est de l'an 1312 : il a été analysé t. I,   p. 305.
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(17) « Avons dit et recordeit, sauvons et wardons, nous raportans à une clause des Estatus, contenant ce que sensiet : Quiconcques à. essien, soit Home soit Feme, sortenrat Albain en la dye Citeit, en son hosteil ou ailheurs, ne ly ferat confort ne aouwe encontre le Saingneur et ses Justices, ou Bourgois ou Bourgoise de Liege, et proveit soit, Albain serat de son fait miesme, etc. » -- « .... Et qui mefferoit envers teilz Albains, il ne mefferoit rins, et ne seroit de rins attains. » [Ibid. backtopp.gif (65 octets)

(18) Dathin avait reparu un instant, en septembre, dans la Cité; mais il lui fallut la quitter brusquement pour ne pas être égorgé. Walterus intravit in Civitatem.... Et tunc putans se esse securum, sedit cum aliis Scabinis ad judicandum, quod adversariis suis displicuit.... Venerunt cum impetu contra eum.... Quod ut vidit, latenter, assumto equo, recessit, et numquam deinceps rediit Leodium. [Adrianus, ibid., p. 207.]  backtopp.gif (65 octets)

(19) « Car ilh fut adonc recries de noveal secondement, par Monsingneur et par les Maistres et Citeit, com Vendeur de Franchieses et de Loy,.... et que par forche volloit toutte avoir à sa maniere, et rentreir elle Citeit contre le cris de Peron, etc. » [Johannes, ibid., p. 256.]  backtopp.gif (65 octets)

(20) Secunda die mensis julii, qua celebratur festum Visitationis beatae Mariae Virginis, facta est ingens quaedam civilis commotio, etc. [Zantfliet, ibid., p. 429.] -- Unde in Visitatione beatae Mariae Virginis, amici dicti Valteri associaverunt se sibi in diversis locis, et currebant per Civitatem ac si debuissent omnes interficere. [Adrianus, ibid., p. 207. ]
   Le Prince avait voulu, tout d'abord, haranguer la foule; mais il se vit repoussé, et se réfugia dans un ârvo de Féronstrée. « .... Et tantost, ilh brisont les fenestres del Violet de glaives et de bastons; dont li Evesque, quant ilh les veït chu faire, ilh soy retrahit en larvoil devant la Halle des Drapiers, car ilh navoit nulles armures sor li; et wardat bien le dit arvoil à mies quilh pot. » [Johannes, ibid., p. 285.]  backtopp.gif (65 octets)

(21) « Promirement, al Pont disle avoient les proismes de cheaux Datin et leurs amis grant nombre de gens, et portoient aveque eaux une banire tres orde, où avoit uns personaige, qui estoit appelleit le Ymage des Nawes...» [Johannes, ibid., p. 285.]
   Le personnage de la bannière figurait, probablement, le Prince, qui s était si honteusement abaissé devant le Duc de Bourgogne pour ne point avoir guerre.-- Le mot wallon Naw a pour équivalent exact : indolent, lâche. « Et estoit chu mal dire, car Monsingnour saquitat gentilhement en la dit guerre. » [Id., ibid., p. 249.] -- Aujourd'hui encore, l'expression Naw est une invective.
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(22) Et clamabant contra Magistros, quod essent traditores. [Adrianus, ibid., p. 207.] -- « Mains ils crioient tout hault : Maistres, par le Sanc Dieu ! vos nos aveis malvaisement trahit, car vos aveis saielet al Duc de Bourgogne cent et cinquante milhe nobles, et vos nos fesies croire que nos nen deviens payer que cent mille ! » [Johannes, ibid., p. 286.]
   Tout n'était pas faux dans ce dire. On avait frauduleusement accordé des courtoisies aux Conseillers du Duc de Bourgogne. On possède une quittance de cinq d'entre eux, du 3 juillet 1434, par laquelle ils reconnaissent « avoir eu et reçu de Venerables et Sages les Gens des Trois Estas des Pays de Liege et de Loz, par les mains de Henry de Waroux et Willame Gossuin, Changeurs, demourans à Liege, la somme de deux mille cinq cens flourins de Rin, pour une courtoisie par eulx japieca à nous promise. De laquelle somme de IJm Vc florins de Rin, nous, pour la cause dicte, nous tenons pour contens, et en avons quitté et quittons lesdis Gens des Trois Estas, ensemble lesdis Changeurs et chascun deulx, et tous aultres à qui quittance en puet et doit appartenir. » [Dans le Pâwelhâr.]
   Le florin d'or du Rhin a une valeur de 14 francs. Les deux mille cinq cents florins équivalent ainsi à 35,000 francs, au pouvoir d'environ 180,000 en 1434.  backtopp.gif (65 octets)

(23) « Et là avoit des tres mals conselhies de cheaz Datin, car ilhs voloient les Maistres jetteir fours del Violet, par les fenestres. » [Johannes, ibid., p. 287]. -- Nam volebant eos projicere extra fenestram. [Adrianus, ibid., p. 207.]  backtopp.gif (65 octets)

(24) Tandem Boni Cives rogaverunt Wilhelmum Dathin, quod pacificaret Populum, quia Magistri pro tempore non poterant habere audientiam. [Adrianus, ïbid., p. 207.]  backtopp.gif (65 octets)

(25) Willem se trouvait auparavant au bas des degrés de l'Hôtel de Ville. « Adonc parlat Wilhem Datin, qui stesoit à piet devant les greit, deleis ses amis, haltement; et ilh fut mult bien oüt. » [Johannes., ibid., p. 287.]  backtopp.gif (65 octets)

(26) Tunc ille alta voce dixit : Videtur mihi, quod Populus vult rehabere Francisias suas, sicut prius, et creare Magistros per sequelam, sicut solebat. [Adrianus, ibid., p. 207.]
   Les Maîtres, en hommes habiles, voulaient temporiser, et Willem Dathin trouvait indigne ce moyen grossier d'apaiser l'émotion populaire.
   « Et les Maistres stesoient aux fenestres sus la Violet hault, et disoient : Beais Sangnours, que nos demandeis ? disoient-ilhs à Peuple. Nos estons de chi cas-chis innocens. Nos en avons parleit à Monsangnour de Liege, et nos a dit que, demain, metrat-ons ensemble cheaz qui le Régiment doient gardeir et modereir.... » ---  Et dest Wilhem Datin teis parleirs : Maistres, entres ches chouses, ne fault-ilh que apointernent ! Ons tient chi le Peuple en grande chaleur, sens rien à faire, car ilh ne demande fours que ravoir ses Franchieses, enssi quilh, les at eus anchienement; chest à dire, de faire les Maistres à suyt et à croie. » [Johannes, ibid., p. 287.] 
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(27) Cette énergique riposte a été relevée par un Annaliste patriote. Aliis respondentibus quod essent contenti, salvo juramento ipsorum, quia omnes jurassent Novum Regimen servare. Wilhelmus respondit : Vos estis liberi ! Potestis statuere et destituere, ordinare et deordinare ! [Adrianus, ibid., p, 207.]  backtopp.gif (65 octets)

(28) Nihilominus inter quosdam Ministeriales definitum est, in praejudicium Novi Regiminis, Magistros Civium de cetero debere creari secundum pluralitatem vocum, vel suppositorum, non secundum electionem vel ordinationem Commissariorum, qui alios XXXIJ eligere debebant, quibus cura creandorum Magistrorum complenarie committi solebat. [Zantfliet, ibid., p, 430, ]  backtopp.gif (65 octets)

(29) Sic sedatus fuit Populus in illa die. [Adrianus, ibid., p, 207.] -- Un autre Annaliste, témoin mal disposé, à la vérité, aime mieux remarquer qu'il faisait ce jour-là un temps superbe. « Et chi jour fut mult beais et clers, et fist bien chaut, Enssi passat chi jour sens perilhe. » [Johannes, ibid., p. 288.]
   Fit-on un Statut, selon l'usage, pour constater la modification que l'on apportait au Regiment de Heinsberg ? On n'en trouve aucune trace dans les Pâwelhârs.   backtopp.gif (65 octets)

(30) Sicque in mense sequenti, videlicet in festo beati Jacobi majoris, juxta pluralitatem vocum, creati sunt in Leodio duo novi Burgimagistri, secundum ordinationem supradictam. [ Zantfliet, ibid., p. 430.] --- In festo sancti Jacobi fuerunt creati Magistri per sequelam vocum, et non secundum Novum Regimen. [ Adrianus, ibid., p. 207.]
   « Al Saint-Jaque et Saint-Christoffe, furent fais Maistres de Liege Wilhemme Datin et Johan de Levrier. Par ches dois Maistres, fut li Noveal Regiment brisiet, que tout li Peuple avoit jureit; car les Maistres furent fais à siiet et à croie. » [Johannes, ibid., p. 284.] 
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(31) « Lendemain fut li Conselhe ensemble sus la Violet, comme ilh est aconstumeit, et là oït-ilh dit pluseurs parleirs par Wilhem Datin, qui bien en savoit la maniere.... » -- « Le dymengne apres le Saint Jaqueme, fisent les dois Maistres metre la Communalteit ensemble en grant palais del Evesque à Liege, et là soy remerchiont-ilh à Peuple del grant honeur que ons les avoit fait, enssi com aconstumeit estoit des dois Maistres.... Et là dest Wilhem Datin que la plus grant songne quilh avoit, chestoit de nourir paix en la Citeit. » [Johannes, ibid., p. 290.]  backtopp.gif (65 octets)

(32) Nam et ordinatio illa satis multumque displicuit Domino Leodiensi, suoque Venerabili Capitulo, etc. [Zantfliet, ibid., p. 430.] -- Erantque multi male contenti;... surrexeruntque magna odia in Civitate. [Adrianus, ibid., p. 207.]
   Pour arrêter le zèle réactionnaire des Chanoines de la Cathédrale, on les menaça de saisir la châsse de saint Lambert, et de les assommer tous. « Car silh vowissent, cheaux Datin, dire que li Peuple alast saint Lambert sachier fours de son fietre, et ochire tous les Sangnours de son Engliese, etc. » [Johannes. ibid., p. 288.] 
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(33) «.... Apres, Wilhem Datin, toujours li tenant la Citeit en ses mains, com ilh pensoit, ilh faisoit toudis aldit Waltier grant assistenche, et pretendoit toudis de li à rameneir à Liege, etc. » [ Johannes, ibid., p. 291. ]
   Selon les adversaires de Dathin, on avait tort de vouloir le faire « revenir en la Citeit de Liege, en donnant faulsement à entendre, due lidis Waltier navoit pont esteit myneis ne traitiies par Droit ne par Loy...»  Ses partisans déclaraient illégal le bannissement, et soutenaient, « que ce quon avoit fait de Wathier Danthine estoit par hayne, et por avoir le Governe. » [Voir Foullon, Historia Leodiensis, t. II, p. 15, etc. ]  backtopp.gif (65 octets)

(34) Nam amici Valteri Datin volebant ipsum rehabere in Civitate, sicut prius erat, quia de nullo curabat. Et in profesto Epiphaniae, orta est seditio gravis et periculosa valde in Civitate, propter ipsum.... -- Amici sui... intendentes Walterum introducere per vim clamoris et seditionis. [Adrianus, ibid., p. 208.]
   La Cité était, d'habitude, un peu sens dessus dessous la veille de l'Épiphanie. C'était fête pour les Grands et les Petits. Les jeunes gens des deux sexes allaient hélir ou chanter de porte en porte pour avoir soit du gâteau, soit
à boire.  backtopp.gif (65 octets)

(35) « Et soy metirent à faire des bollvorke en Marchiet....; et y oït mains banckes de Mangons altreveir de Marchiet ordineit, aveques pluseurs grand banstes et chierpains de Pesseurs, etc. » [Johannes. ibid., p. 300.]  backtopp.gif (65 octets)

(36) Sed adversarii eorum percipientes intentum ipsorum, exposuerunt se periculo, et acceperunt Vexilla Ministeriorum, et venerunt armati contra eos. [Adrianus, ibid., p. 208.]  backtopp.gif (65 octets)

(37) Il neigea une bonne partie de la nuit. «.... Quant li jour fut leveis, et il avoit lassiet de nyveir... Et cheais Datin estoient devant la Violet et sus les greis en la plache, qui traioient vers les Fevres de daires (d'arcs) et dabalaistres; et alcuns estoient sus le Destroit qui enssi traioient; et avoient deleis eaux des colouvres de coivre (canons) por traire vers cheaux de lautre partie, etc. » [Johannes, ibid., p. 304.]  backtopp.gif (65 octets)

(38) « Et quant ilh oïrent dire que Wilhem Dathin sen alloit fours de Liege vers Montengnee, ilh furent tous ababis, et perdirent cors; et sen allerent leurs voies apres luy.... Une autre partie de cheaux Datin, qui estoient al Violet, senfuirent, etc. » [Johannes, ibid., p. 305.] -- Et facto utriusque saevissimo certamine, tandem pars ipsa quae Waltero Dathin... faverat, victa fuit, aliquantis peremtis. etc. [Zantfliet, ibid., p. 432.]  backtopp.gif (65 octets)

(39) Pars vero vixtrix fugientes insequens, perpaucos comprehendit, etc. [Zantfliet, ibid., p. 432. ] -- Aliqui fuerunt projecti extra fenestras...: aliqui fuerunt capti et crudeliter tormentis expositi, aliqui quartelati, aliqui decapitati. [Adrianus, ibid., p. 208.]  backtopp.gif (65 octets)

(40) « Pour, des exces devantdis, savoir la droite et juste veriteit, ilh at esteit, par nostre tresreverent peire en Dieu Monsingnour de Liege, commis et instaublis alcuns de son Noble Conselhe, et parelhement par nos la Citeit, les Maistres et Jureis, alcuns de nos Borgois et Commissaires, etc. » -- Les Échevins avaient pris la fuite avec les Dathins : « Les Esquevins de Liege estoient por lors absens delle Citeit. » [Document du 15 avril 1433, dans le Pâwelhâr, et dans Johannes, ibid., p. 327.]  backtopp.gif (65 octets)

(41) « Et de fait, aperchivant que à leurs falses et traites exhortations ilh ne poroient parvenir sens seditions, trahisons, obsattes et armees faire, ilh, toujours perseverans en iniquiteis, et pour nous tous et le Citeit generallement subpediteir, avoir à bas et à leurs volunteis, se parvenir y polsissent (que Dieu nostre Creaturre nat point volu consentier), fisent pluseurs armees et obsattes, crys, hahayes et sedicions, tant de jour comme de nuycte, en pourtant une des Pengheals delle Citeit et aultres, en recopant et faisant recopeir, et cryer az armes en pluseurs vilhes, tant à Montgnee, à Ans.... Et enssi, de fait ad ce pourveyut, nous corirent sus, combattant, stichant, lanchant et trayant darckes tant en lisleal des Fevres comme sour le Marchiet, etc. » [Docuntents du 15 avril, du 4 juillet, etc., dans le Pâwelhâr. backtopp.gif (65 octets)

(42) « Ensiwant les Franchieses delle Citeit, sont tous les deseurnommeis, leurs Femmes et Enfans, excepteit cheaux qui sont deseagies, et ossi cheaz qui sont fours de leurs governe et manbornie, cryeis Albains fours delle Citeit, Franchiese et Banlieu, par Maistres, Conselhe et Universiteit delle dite Citeit, à tousjoursmais, sens rappeal, com noitoires Sediteurs, Traittes, Malfaiteurs de vilain cas, et Parjure.... » [Cri de bannissement du 2 avril 1433, dans le Pâwelhâr.]
   Pour prononcer les bannissements, les confiscations et les amendes, on avait fait parmi les Dathins des catégories.
Et facla inquisitione, proscripti fuerunt circiter quinquaginta, cum uxoribus et prolibus in perpetuum. Item, circiter quinquaginta fuerunt banniti ad certos annos, et condemnati ad certam summam pecuniae, in quantum substantia eorum videbatur valere; aliqui ad duo millia Rhenenses; aliqui ad mille, alii ad centum, aliqui ad quinquaginta; et sic de aliis, usque ad numerum circiter trecentorum. [Adrianus, ibid., p. 208.] -- Les bannissements à temps furent fixés, les uns, à huit ans; les autres, à trois, à deux, ou à un an.
   On cite parmi les bannis : Dathin, de Goreux, Borguet, Henrotay, Collard, Wynand, Godart, Roisart, Dumoulin, Urbain, Constant, Nyvart, Blavier, Detilhou, Bolsée, Pirlot, Lemaire, Boinem, Colette, Delaitre, Huart, Stassin, Raskin, Courart, Demeuse, Hodeige-, Pirson, Dothée, Dubois, Lambinon, Godin, etc. 
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(43) « Apres fut ordineit, que tous les biens et hiretaiges des devantdis Banis furent annexeis et appropriies à la Citeit, com Sediteurs et Trahitres, etc. » [Johannes, ibid., p. 318.]
   On offrit une part des confiscations au Prince; il n'osa l'accepter, appréhendant le retour des Dathins. Domino Leodiensi obtulerunt tertiam partem; sed noluit recipere. [Adrianus, ibid., p. 208. ] 
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(44) Ce décret fut si strictement observé, qu'un Bourgeois fut jugé, condamné et décapité pour avoir fait passer à son père un peu d'argent. Tant stricte observatum fuit, quod cuidam Civi, qui patri suo egenti extra Patriam semel dedit ad comedendum, caput fuit ante gradus Ecclesiae Leodiensis amputatum. [Adrianus, ibid., p. 208.] -- D'autres eurent aussi la.tête coupée, pour avoir parlé à un banni. « Item. Fut decolleis en Marchiet, devant les greis saint Lambert, Heris de Chabot, partant quilh avoit esteit troveis quilh avoit aidiet et parleit à uns appelleit Andrier de Lairdieu. » [Johannes, ibid., p. 319. ]   backtopp.gif (65 octets)

(45) « Apres fut fais chi cris à Peron à Liege en teile manire : Ons fait assavoir, de part les Maistres et Conselhe del Citeit de Liege, et li Uriiversiteit des XXXII Mestiers de Liege, et premier : Que tous cheaux devantdites qui sont crieis et publiies à steir fours delle Citeit, qui poront tuweir Waltier Datin..., ou qui les amonront prisonnier en la Citeit, et les liveront aux Maistres, sieront quitte de leurdite stut et de leurs voies. » [Johannes, ibid., p. 319.]
   Cet édit sauvage amena un acte sauvage. Le fils de Wathier Dathin, nommé Lambert, chanoine de la Cathédrale et Acolyte du Pape, se rendit au Concile de Bâle pour obtenir l'annulation des décrets de la Cité. Sa démarche fut vaine, la Cité ayant dépêché plusieurs députés vers le Concile pour lui exposer les attentats des Dathins, attentats, disait-elle, qui devaient amener non-seulement la ruine des Bourgeois les plus notables, mais celle de la Cité et du Pays entier, Nobiliumque Civitatis et Patriae Leodiensis totaliter eversionem. [Document du :5 décembre 1434, dans l'Amplissima Collectio, t. VIII, p. 782.]
   Lambert revint dans nos contrées. Comme il chevauchait en territoire Brabançon, vers Dalhem, il fut saisi par des Liégeois (mardi 15 mai 1436) : ils l'entraînèrent à Bernalmont, près de Liège, le couchèrent sur le bord d'une houillère, et après lui avoir brisé la tête à coups de maillet, le précipitèrent tout botté et éperonné dans le bur.... Ductus est super unam fossam hullarum, et percussus in capite cum malleo, projectus est in fossam capite demerso, cum ocreis et calcaribus, sicut erat captus.... [Adrianus, ibid., p. 208.] 
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(46) Nous n'avons point trouvé encore le Statut du Peuple, du 16 décennbre 1435, qui érige définitivement cette commission en Cour permanente, pour veiller à la récupération des biens des Absentis.  backtopp.gif (65 octets)

(47) Scabinis tamen hanc confiscationem juxta Legem Patriae nolentibus approbare. [Zantfliet, ibid., p. 432.] Ce ne fut que quatorze ans après, le 17 mai 1447, que le 'l'ribunal des Échevins enregistra le décret. Il le fit en ces termes : « A tous ceaulz qui ces presentes Lettres veront et oront. Le Maire et les Eschevins de Liege. salut en Dieu perrnanauble et cognissance de veriteit. Sachent tuis, que... Si requirent amiaublement lesdits Maistres, Jureis, Conseilh, Gouverneurs et Bourgois, en nom de ladite Citeit generalement, à Henry delle Chauchie de Jeneffe, Souverain Mayeur de Liege, que lesdictes Lettres et tout ce que en icelle est contenu, volsist mettre en nostre warde; et ledit Mayeur, à la requeste desdis,..... favoraublernent condeskendant, mist lesdittes Lettres, et tout ce que en icelles est contenu, en le warde et perpetueile mernoire de nous les Eschevins de Liege, etc. » [Dans le Pâwelhâr. backtopp.gif (65 octets)

(48) Par son diplôme, du 14 juillet 1437, l'Empereur autorisait la Cité à disposer, comme elle le trouvait à propos, des biens confisqués, in utilitatem ipsius Civitatis. Ce diplôme débute ainsi : Sigismundus, divina favente clementia, Romanorum Imperator, semper Augustus.... Relatione nobis facta, nostra intellexerit Serenitas qualiter Walterus Danthyn, Wilhelmus Datin et eorum complices, tamquam Seditores et Infideles, machinati sunt seditionem et traditionem cum perniciosi rumoris insultu facere in Civitate Leodiensi, etc. [Dans le Pâwelhâr.]
   Malgré l'approbation Impériale, les bannis à perpétuité ne cessèrent. point de réclamer leurs biens, vu les vices de la procédure et l'illégalité de la condamnation. Ainsi firent-ils encore en 1456, à l'avènement de Louis de Bourbon à la Principauté. Dans leur requête, on lit ce passage, qui montre qu'ils connaissaient parfaitement leurs droits :
   « 1° Maintiennent lesdits Remonstrans, que selon la Loy de Liege, nul, ne par nul cas quelconque, ne peut forfaire (perdre) ses biens, et fust la personne pris et jugie par vilains cas.... Car oncques ne fust plus veii que nul perdist ses biens par nul exces, ne que Ceulx de la Cité demandassent ne calengassent nuls biens. Ainsi appert, que ce quils en font est du tout à lencontre de la Loy de Liege, et est chose de force et de volunté.... »
   « 2° Maintiennent lesdits Remonstrans, que selon Loy, Droit et Justice, nul ne doit estre condamné de corps ne de bien, sens quil y soit huchies et appellez, pour avoir ses debats et allegances et contremonstrances, se avoir le veult : lesquelles choeses point ne leurs est advenu. Par ainsi appert, evidemment, que ce que faict est, est à reprouveir et rejecter : de ce, soy raportent à tous bons Juges.... »
   « 3° Maintiennent lesdits Remonstrans, que selon lordonnance de la PAIX DE FEXHE, qui est promise à tenir et warder par le Prince du Pays...., est tele, et de tele condition, faisant expresse mention que, Tout Homme doit être mené par Droit et par Loy; et de ce, se rapportent à lordonnance de ladite Paix de Fexhe...» 
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(49) « Quant toutes ches chouses furent enssi fait, com dit est, ons soy dobtat de trahison des Absentis, et de leurs amis qui estoient remanus en Paiis; por quoy, ilh fut fait teile ordinanche por gran bien et sens fraud, etc. » [Johannes, ibid., p. 316. ]  backtopp.gif (65 octets)

(50) Deinceps de consensu omnium Ministeriorum Civitatis, decretum est eligi de quolibet eorum Decemviros fortes et animosos, qui sicas vel cultellos longos ad latera continue deferrent, eo fine ut, etc. [Zantfliet, ibid., p. 432.]  backtopp.gif (65 octets)

(51) « Les Bons Borgois font grant fieste cheli jour et la nuit ensiwant annuelment en Marhiet, et .y font pluseurs enbattemens, et font là leur roys, et y cantent chanchons en grant solas.... » [Johannes, ibid., p. 317.]  backtopp.gif (65 octets)

(52) « Et fait-ons cheli jour trois grans feux sour le Marchiet, et y art-ons maintes torches et fallos sour le Violet et sus le Destroit, etc. » [Id., ibid., p. 317.]
   De ces trois feux de joie, « le premier feu est proche des degrez de St-Lambert, contenant 24 charetes de houille; le second est à l'opposite de l'église de St-André, contenant 16 charetes; le troisième est proche la petite Fontaine, fait de 12 charetes de houille. » [Abrégé curieux de l'Histoire de Liège, édition de 1677, p. 124.]
   La Maison des Communs Pauvres en Ile fournissait « les houilles, fouwailles et lengnes » pour les Feux des Roix. -- Le 1 janvier 1677, le Magistrat « accepta l'offre faite par J. Piette de vendre et livrer chaque gongue de houille sur le Marché au prix de 18 pattars, et que chasque charée debvera contenir six gongues : de sorte que l'importance totale sera de 324 gongues de houille, faisantes 54 charées. » [Registres de la Noble Cité de Liège, 1677, fol. 104.]
   Ces feux ne furent supprimés qu'en 1685. Ils ravivèrent ainsi, chaque année, pendant deux siècles et demi, le souvenir de la défaite des Dathins.
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(53) Institutumque fuit, quod hae celebritas Victoriae singulis annis in festo Epiphaniae celebraretur, ubi Littera bannitionis et proscriptionis eorum legeretur publice et renovaretur, etc. [Adrianus, ibid., p. 208. ] -- « Laqueile Lettre faisant mention de la grant sedition de cheaux Datin et leurs Aidans, liist-ons tous les ains devant le Peuple, en Marchiet, le jour des Trois sains Roys, por avoir sovenanche del Victoir que le Peuple del Citeit eut contre cheaux Datin cheli nuit, tant de jour com del nuit. Et en font les Mestiers en la Citeit grant fieste et joie, etc. » [Johannes, ibid., p. 317.]
   Les Bons Métiers célébraient cette victoire par des festins. L'un d'eux met clans ses Statuts de 1458 : « Pour honorer la Victoire du jour des Trois Roix, par la Cité et Bons Mestiers dicelle obtenue contre ceulx Datin et leurs Complices, notoirs Sediteurs et Traittres, ordonnons et statuons, que nostre dit Rentier, cuy qui le soit pour le tems, soit et serat tenus de à cely jour, pour nous accompaingner et reveiir lung lauttre, de payer le pain, chair, sten et lowier de maison que nos despanderons pour cely jour, etc. » [Chartes des XXXII Bons Métiers de la Cité de Liège, t. I, p. 276.]  backtopp.gif (65 octets)

(54) En effet, le Regiment de Heinsberg fut remis en vigueur pour les élections du 25 juillet. « En cel ain 1433, le jour le saint-Jaquenne, furent fais Maistres delle Citeit Fastré Baré Surlet et Balduin de Lardier, et furent fais, solonc le Noveal Regyment, par les XXXII Hommes de Mestier, enlis par les Commissairs. » [Johannes, ibid., p. 336.]  backtopp.gif (65 octets)

(55) Trois mois après, le 9 mai, on alla payer au Duc de Bourgogne le premier quart des indemnités de guerre que lui accordait le Traité de Paix. En voici la quittance :
   « Nous Phelippe, par la grace de Dieu, Duc de Bourgoingne.... Congnoissons et confessons avoir eu et reçu de reverend pere en Dieu l'Evesque de Liege, des Doyen et Chapitre de l'Eglize de Liege, des Nobles, des Maistres, Maire, Eschevins, Conseil, Bourgois, et toute la Communaulté de la Cité de Liege et des Villes de Huy, de Dynant, de Tongre, de Saintron, de Fosses, de Thuin, de Couvin, de Loz, de Hasselt, de Heyrke, de Eycke, de Brede, de Bilse, de Beringhen, pour et en nom desdictes Cité et Villes et de tout le Commun Pays de l'Eveschie de Liege et de la Conté de Loz, la somme de vint-cinq mille nobles d'Angleterre, que par la Paix nagaires faite entre nous et lesdis Evesque et Pays de Liege et de Loz, de la guerre qui paravant avoit esté entre nous et eulx,. iceulx de Liege et de Loz nous devoient au jour de la Saint-Jehan Baptiste derrenierement passé, pour reparer nos Chasteaulx et Maisons abatues et demolies, et pour les domages fais à Nous et auz Eglises, Vassaulx et Subges en nostre Conté de Namur, et pour les frais aussi due nous avons eu en ladicte guerre, ainsi et que par les lettres faictez de et sur la dicte Paix puet plainement apparoir. De laquelle somme de XXV mille nobles monnoie, et pour la cause et terme dessus declaries, Nous Nous tenons contens et bien payez, et en quittons les avantdis de Liege et de Loz, et tous autres à qui quittance en puet ou doit appartenir.-- En tesmoing de ce, Nous avons fait mettre nostre scel de secret, en labsence du grant, à ces presentes. Donné en nostre Ville de Brouxelles le IXe jour de may lan de grace mil quatre-cens trente et trois. » 
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15/01/2013