|
|
|
Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age
Edition L. Demarteau, T.III., pp. 102 et suiv. (Liège, 1909) |
La paix
qui fut signée le 15 décembre (1) 1431 infligeait au
prince-évêque et aux États l'humiliation d'aller plier le genou devant Philippe et de
lui demander pardon, sans compter une amende de 25.000 nobles et des satisfactions pour le
meurtre des prisonniers de Golzinne (2). Les irresponsables qui avaient entraîné la patrie à ce désastre murmurèrent contre le traité
et crièrent de nouveau à la trahison; il fut facile aux partisans du prince de leur
répondre que toute la faute était à leur esprit d'insubordination et d'indiscipline (3).
Tout le monde à Liège n'était pas mécontent de la paix qui venait de
mettre fin à la plus insensée des guerres : c'est ainsi que le comte de Moers, qui avait
été un des négociateurs de l'accord, se vit gratifier par les pelletiers d'un opulent
chapeau de fourrure (4). Le fait est intéressant à noter
comme indice de l'état d'esprit d'une bonne partie de la bourgeoisie. La pelleterie
était une industrie importante et l'on peut considérer le métier des pelletiers comme
appartenant aux classes aisées. Au surplus, la manifestation des pelletiers est un des
derniers signes de vie donnés à Liège par les modérés, et c'est une raison de plus
pour le consigner ici.
Au milieu de cette Cité qui n'obéissait plus à son prince, qui n'avait
plus de patriciat, qui ne reconnaissait l'autorité de ses maîtres que dans la
mesure où ils lui obéissaient, qui ne formait plus qu'une multitude houleuse et
inquiète toujours agitée par le vent des émeutes, nous voyons se lever l'étonnante
fortune d'une famille d'hommes nouveaux, qui aurait peut-être, comme dans les
républiques de l'antiquité grecque et du moyen-âge italien, profité de la
désorganisation de la Cité pour fonder une tyrannie héréditaire, si elle n'avait manqué à un degré rare de ces
qualités d'ordre idéal qui sont indispensables à l'édification de toute fortune
politique. Les Dathin étaient une famille de riches propriétaires de charbonnages
établis à Montegnée, dans la banlieue de Liège. Le plus ancien membre connu de ce
lignage était appelé par ses contemporains « le houilleur de Montegnée (5), ». Son fils, l'échevin Guillaume, avait été maître de la Cité en
1394 (6). Mais c'est le fils de Guillaume, Watier, qui devait
faire entrer le nom de la famille dans l'histoire.
La première partie de la carrière de Watier ne laissa rien à désirer au
point de vue de l'éclat et du succès. Il était probablement l'homme le plus riche de
Liège; il en fut aussi le mieux loti en fait d'honneurs et de dignités. Seigneur de
Jeneffe et de Jehay, châtelain héréditaire de Waremme, maître de la Cité en 1404, à
l'âge de trente ans, échevin et conseiller en 1417, grand maïeur en 1418, grand maïeur
à vie en 1420, membre enfin du tribunal des Douze, il semble avoir voulu réunir sur sa
tête, comme un empereur romain, tout ce que la Cité pouvait conférer de mandats
politiques. Appuyé sur ses capitaux, entouré d'une famille qui cumulait les maîtrises -
son cousin Guillaume Dathin fut maître cinq fois et son beau-frère Piron le Robeur
quatre fois - il avait dans la main des éléments de succès qui n'avaient jamais échu
dans la même mesure à aucun citain.
Mais Watier était une intelligence vulgaire et un caractère sans prestige;
le talent, l'éloquence et la vertu lui faisaient également défaut; il n'avait pas même
l'ambition avouable de l'homme qui veut réaliser un idéal politique; il voulait être le
maître de la Cité pour son plaisir, trouvant que cela lui revenait, comme à l'homme
de-Liège qui avait le plus d'argent. Comme c'était l'argent qui l'avait jusqu'alors
mené à tout, il y avait une foi aveugle et ne doutait pas qu'il pût tout entreprendre.
En même temps, il ne cessait d'augmenter sa richesse par tous les moyens, exploitant le
prince, rançonnant les petits, ne reculant pas devant les concussions les plus
éhontées, suspecté même, lui le plus haut magistrat judiciaire du pays, d'être de
connivence avec des criminels qui lui payaient une part du produit de leurs crimes (7) !
On a voulu voir dans cet insolent Crésus un tribun populaire et un chef de
parti : c'est lui faire trop d'honneur et ne rien comprendre à son rôle. Watier fut tout
l'opposé d'un démocrate : il n'avait que de l'antipathie pour les revendications
populaires; aussi fut-il en 1417, l'homme de confiance de Jean de Bavière, et l'année
suivante il sollicita le nouveau prince-évêque Jean de Walenrode de ne pas consentir au
rétablissement des métiers (8). Il n'eut jamais d'autres
partisans que ses parents et ses créatures, et il ne s'appuyait que sur les houilleurs de
la banlieue, pauvres gens qui peinaient dur et pour qui l'activité politique consistait
à cogner sur ceux que leur patron désignait à leur coups (9).
S'il y a une chose qui fasse peu d'honneur à la Cité, c'est qu'un personnage d'aussi peu
de valeur y ait exercé, pendant plusieurs années, une autorité qu'elle n'avait jamais
jusqu'alors laissé prendre à personne.
Ce fut justement cette prospérité excessive qui causa sa chute. Il perdit
la notion des limites de son pouvoir et se crut tout permis. Toujours avide d'argent, il
s'attaqua aux églises et aux monastères comme aux simples particuliers; il osa même
entrer en lutte contre le Chapitre de Saint-Lambert. Il voulut le contraindre à
accueillir dans son sein son fils Guillaume, malgré le bref du pape Martin V interdisant,
en 1426 (10), d'y recevoir des gens qui n'étaient ni nobles
ni gradués (11). Devant la résistance des tréfonciers, il
recourut à une mesure qui atteste à quel degré inouï d'outrecuidance était arrivé ce
parvenu : il fit crier au Perron la défense à tous les métiers de rien vendre aux
tréfonciers et de travailler pour eux, proclamant ainsi contre ce corps vénérable une
vraie interdiction de l'eau et du feu (12). Les métiers
obéirent à l'extravagante injonction, mais ils en gardèrent rancune au tyranneau et ils
attendirent le jour de la vengeance.
Ce jour ne tarda pas à venir. Un membre du métier des fèvres avait été
condamné par le tribunal des échevins, que présidait Watier, à une amende dépassant
de beaucoup le maximum légal de la
pénalité. Il réclama; son métier l'appuya, et, poussé par lui, le Conseil demanda un
record aux échevins sur l'étendue de la franchise de Liège, sur le tarif des amendes
dues pour divers délits et sur d'autres questions se rattachant à l'affaire. Watier, mis
indirectement en cause, s'émut de ce mouvement d'émancipation. Intimidés par lui, les
échevins n'osèrent pas recorder contre leur maïeur; malgré toutes les instances, on ne
put les décider à faire leur devoir (13). Alors, retournant
contre Watier l'arme qu'il lui avait appris à manier, le peuple serra les métiers contre l'échevinage,
c'est-à-dire qu'il le boycotta comme il avait fait des tréfonciers. Le grand maïeur,
sérieusement menacé, condescendit à traiter avec les maîtres et obtint un délai pour
les échevins, mais comme, le délai expiré, ils continuaient, terrorisés par lui, de
refuser le record, ils furent proclamés finalement aubains et durent prendre le chemin de
l'exil. Après leur départ, une enquête établit la responsabilité de Watier lui-même
: il fut à son tour « crié aubain sans rappel » et dut quitter la ville (1429). Ainsi était venue se briser, contre la résistance légale d'un pauvre
ouvrier, la fortune de l'orgueilleux potentat qui opprimait l'échevinage, violentait le
Chapitre et traitait d'égal à égal avec le prince (14).
Watier était trop inintelligent pour profiter de la leçon. Il ne comprit
rien à la révolte de la conscience publique contre ses procédés; il se persuada que,
pour rétablir son ancien ascendant et pour regagner sa popularité, il lui suffirait d'y
mettre le prix. Mais la démocratie liégeoise s'était ressaisie; elle ne se laissa plus
endormir par l'épais ploutocrate auquel elle avait obéi trop longtemps, et elle ne lui
rouvrit pas les portes de la Cité. La chute de Watier rendit aux échevins leurs sièges.
N'ayant plus rien à craindre de lui, ils l'accusèrent de les avoir violentés et
s'offrirent à rendre enfin le record demandé, si on les laissait rentrer. La Cité ayant
accédé à ces conditions, ils émirent le Record du 29 septembre 1430, dont le
texte nous a été conservé (15), et qui est un des plus
importants monuments du droit municipal de Liège.
Toujours infatué, le grand maïeur s'imagina que le peuple
aurait pour lui la même intelligence que pour les échevins : il osa se montrer à
l'armée liégeoise qui revenait de sa campagne contre Namur, il l'accompagna à Huy, il
se permit même de rentrer à Liège où il resta plusieurs semaines, enfin, il eut
l'impudence de revenir prendre son siège au tribunal et de s'exhiber à Saint-Lambert.
Révoltés de ce cynisme, les métiers s'assemblent et déploient leurs pennonceaux sur le
Marché. Watier, épouvanté, n'eut que le temps de s'enfuir, et fut de nouveau banni «
à cri de Perron » comme vendeur de franchises et comme parjure. Cette fois, la sentence
du tribunal de la Cité fut confirmée par les échevins. C'en était fini décidément de
la carrière de Watier : il ne devait plus revoir la ville qu'il avait si longtemps tenue
sous le joug (16).
Mais telle était l'outrecuidance la la famille Dathin qu'elle ne tint pas
plus de compte du Conseil et de l'échevinage que du Chapitre de Saint-Lambert. Elle avait
juré de faire rentrer Watier : elle ne recula devant aucun moyen pour atteindre ce but.
Le retour du grand maïeur devint une question politique qu'elle soulevait à tout propos
et qui entretenait une perpétuelle agitation dans la Cité (17).
Mais c'étaient les métiers qu'il fallait convertir, et les métiers se montraient
récalcitrants. Pour les entraîner, il eût fallu avoir dans les mains la maîtrise, et
quel espoir pour la famille de jamais se hisser à ce poste, que le Nouveau
Régiment protégeait d'une manière si sûre contre une élection tumultuaire faite
par une minorité factieuse ?
Le rappel du Nouveau Régiment fut donc, dans le plan des Dathin, le
préliminaire indispensable du retour de Watier. Mais il n'était pas facile d'obtenir
l'abrogation d'un règlement qui satisfaisait les honnêtes gens, et que tous les
Liégeois s'étaient engagés par serment à observer. Guillaume Dathin, qui était le
chef de la faction, et qui avait à la fois l'audace, l'intelligence et la faconde
nécessaires pour ce rôle, ne se laissa pas effrayer par la difficulté A force de
répandre l'argent et le mensonge, il parvint à organiser un semblant de démonstration
populaire qui devait servir, en quelque sorte, de répétition générale à la comédie
préparée par lui.
Le 2 juillet 1432, un ramassis de gens qu'il avait excités ou soudoyés se
rassemblait sur la place du Marché, brisait les vitres de la Violette et proférait des
menaces de mort contre les deux maîtres en fonctions, dont l'un faillit même périr sous
les coups de la foule. Ces magistrats, au dire des émeutiers, méritaient la mort parce
qu'ils avaient trahi la Cité en promettant au duc de Bourgogne, par le traité du 15
décembre 1431, de lui payer 150.000 nobles d'amende, alors qu'ils laissaient croire au
peuple qu'ils n'en avaient accordé que 100.000. Les maîtres n'eurent pas de peine à
établir l'inanité de cette accusation : il leur suffit de faire prendre à l'abbaye de
Saint-Jacques qui en avait la garde, le coffre des archives municipales, et de produire
l'original du traité, où le chiffre 100.000 était exprimé en toutes lettres (18). Mais comme l'accusation n'était qu'un prétexte, le
tumulte continua.
Alors, invité, sans doute par ses compères, à apaiser la foule, Guillaume
Dathin entra en scène et ce fut pour verser de l'huile sur le feu. II déclara que tous
les troubles de la Cité provenaient de ce que le Nouveau Régiment avait enlevé
au peuple ses vieilles franchises, et notamment le libre choix de ses magistrats. Comme on
lui faisait observer que le peuple s'était engagé par serment à maintenir cet acte, il
répondit avec le cynisme inconscient qui était le propre de sa famille : « Vous
n'êtes-liés par rien; vous pouvez faire et défaire vos statuts comme il vous plaît ».
Il formulait là le principe favori des démagogues et des despotes, car il est à
remarquer qu'aux deux extrémités de l'échelle politique, on s'accorde à déclarer que
le souverain, qu'il soit d'ailleurs le roi ou le peuple, n'a pas à tenir compte des lois
: princeps legibus solutus est.
Personne n'eut le courage de protester. Les maîtres, se sentant
débordés, consentirent d'avance à tout ce qu'on voudrait et, le 25 juillet, les
Vingt-Deux commissaires, intimidés, n'osèrent procéder comme d'habitude au choix des
électeurs. Les métiers se voyaient mis en demeure d'élire eux-mêmes les maîtres, en
foulant aux pieds les dispositions du Nouveau Régiment. Devant une pareille
violation du droit et de la foi jurée, les consciences se cabrèrent, et la majorité des
métiers, par respect pour la religion du serment, refusa de participer à l'élection.
Mais leur courage n'alla pas plus loin; ils laissèrent faire, et ce fut une infime
minorité du corps électoral - dans certains métiers trois ou quatre membres seulement -
qui porta à la maitrise Guillaume Dathin et Jean le Lévrier (19).
Ce dernier était un simple comparse, choisi exclusivement pour débarrasser Dathin du
contrôle d'un collègue moins complaisant. Le faible Jean de Heinsberg avait été
impuissant à empêcher cette série d'illégalités : toutefois, il sentit vivement
l'affront qui venait d'être fait à son autorité, et il protesta comme il put un
quittant sa capitale pour six semaines (20).
La faction était maitresse de la Violette (21)
, elle allait pouvoir passer au. second acte de la comédie, qui était le rappel de
Watier par les trente-deux métiers. Cette fois, elle dut se convaincre qu'il y avait
entre elle et la Cité un gigantesque malentendu.
Le peuple ouvrier-de Liège avait
bien pu observer la neutralité vis-à-vis d'une entreprise dont le résultat le plus
clair avait été de lui rendre ses franchises électorales : il n'entendait pas permettre
aux Dathin de lui dicter la révocation d'une sentence qu'il avait rendue en pleine
connaissance de cause. Guillaume Dathin comprit donc de bonne heure qu'il fallait renoncer
à l'espoir de l'emporter par les moyens légaux. Alors il n'hésita plus : le recours à
la violence fut décidé. Tout semblait conspirer avec lui. N'était-il pas doublement le
maître de la Cité, puisqu'il avait le droit d'escompter, sinon la complicité, du moins
l'abstention de son faible collègue, et tous les éléments de succès n'étaient-ils pas
dans ses mains ? Sûr de ses houilleurs, et s'étant procuré à prix d'argent des
intelligences dans plusieurs métiers, il allait pouvoir renouveler, avec de meilleures
chances, la tentative qui avait si mal réussi aux patriciens de 1312. Son plan était de
terroriser la population par un coup de main et de faire voter le rappel de Watier par une
assemblée où il n'aurait laissé pénétrer que des gens sûrs.
La veille de l'Épiphanie 1433, par une nuit neigeuse, ses partisans se
réunissent en armes dans sa maison à Saint-Servais, dans celle de son parent Gérard de
Goreux en Ile, et dans quelques autres. Mais le puissant métier des fèvres, qui n'a
cessé de diriger l'opposition contre le clan des Dathin, a été prévenu : il fait
battre le rappel, occupe le Pont d'Ile, rompt le Pont Mousset pour empêcher la jonction
des conjurés, garde le Pont d'Avroy pour ne laisser entrer en ville que des amis, et
obtient de Jean le Lévrier qu'il convoque d'urgence le Conseil. Mandé à la Violette,
Guillaume Dathin s'y rend, mais il se fait accompagner de ses affidés armés et munis de
couleuvrines, qui s'emparent de la place du Marché, tendent les chaînes dans les rues
adjacentes et élèvent des barricades. Pendant ce temps, le tocsin retentissant du côté
d'Ans et de Montegnée appelait à la rescousse les houilleurs de la banlieue, et Gérard
de Goreux, profitant du moment où le Pont d' Ile n'était plus gardé, venait joindre ses
forces à celle de Guillaume Dathin. Il semblait facile désormais à celui-ci de dicter
au Conseil prisonnier et intimidé le vote qui devait ramener Watier à Liège !
Mais la faction avait trop présumé de ses forces réelles et trop compté
sur la pusillanimité des Liégeois. Au petit jour, tous les métiers, fèvres en tête,
envahissent le Marché, les barricades sont forcées, et, après une courte résistance,
les Dathin fuient à la débandade. On leur donne la chasse, on poursuit les houilleurs
jusque dans leur local, où plusieurs sont défenestrés; on massacre dans les rues ceux
des coupables sur lesquels on met la main; le lendemain on court à Montegnée et dans les
environs brûler la maison de Watier, de Guillaume et de leurs principaux affidés, puis
on procède avec la plus grande rigueur contre le reste des coupables. Quelques-uns
subissent la peine capitale; une enquête faite par les échevins amène la condamnation
d'environ cent cinquante des personnages les plus compromis (22).
Cinquante-deux de ceux-ci furent proscrits avec leurs femmes et leurs enfants majeurs; une
centaine d'autres bannis pour des termes de un à huit ans, et tous, les uns comme les
autres, déclarés incapables de jamais remplir un office dans la Cité.
La répression atteignit d'emblée ce degré de sauvagerie qu'on ne rencontre
que dans les guerres civiles : quiconque prêtait assistance aux proscrits devenait
lui-même un ennemi public : un homme fut exécuté pour avoir donné à manger à son
père mourant de faim (23). Par contre, on réservait des
encouragements et des gratifications en argent à quiconque tuait un des proscrits. On ne
craignit pas, dans l'effervescence de la première heure, et malgré l'opposition de
l'échevinage, de violer ouvertement le droit en confisquant les biens des Dathin (24), qui, administrés par la Cour des absentis (25) furent affectés à la restauration du Pont des Arches puis partagés entre les
Trente-Deux métiers (26). Faire de ceux-ci les héritiers
des coupables, c'était les intéresser à ne jamais leur pardonner (27). Auparavant d'ailleurs, le 15 avril 1433, ils avaient scellé la Lettre
des Alliances (28),
par laquelle ils s'engageaient, sous la foi du serment, « sur leur part du paradis et sur
la damnation de leurs âmes », à observer les sentences rendues contre les Dathin
et à ne jamais permettre qu'elles fussent rapportées.
L'alerte avait été chaude : les métiers victorieux voulurent qu'on gardât
le souvenir et de l'attentat et du châtiment. Le jour de l'Épiphanie, qui avait vu le
triomphe de la démocratie urbaine, devint un anniversaire patriotique et un jour de fête
populaire. Chaque année, on y relisait la Lettre des
Alliances au peuple assemblé, on allumait trois grands feux sur la place du
Marché, on tirait le roi chez les fèvres, qui avaient eu le principal honneur de la
journée, et l'heureux élu du sort devenait de droit un des trente deux électeurs
magistraux pour le 25 juillet suivant. Ces usages survécurent à Liège jusqu'à la
suppression des libertés communales en 1684. Triste symptôme ! Les grands souvenirs
patriotiques de la Warde de Steppes avaient cessé de passionner la Cité, et c'est celui
d'une guerre civile qui prenait, dans l'esprit public, la place du glorieux triomphe
remporté autrefois sur l'ennemi national.
La famille Dathin restait redoutable encore dans ses revers. Elle protestait,
au nom du droit violé, contre la condamnation de Watier, illégale parce qu'il n'avait
pas été entendu, et contre des confiscations faites au mépris de la charte de 1208. De
Louvain, où il s'était réfugié sous la protection de Philippe de Bourgogne (29), Watier ne cessait de réclamer (30).
Son fils, le chanoine Lambert, essaya d'intéresser le concile de Bâle à la cause de sa
famille, et les Liégeois durent plaider par l'entremise de leur procureur devant la
vénérable assemblée, qui repoussa le recours des Dathin par un acte daté du 14 mai
1435 (31). De leur côté, les Liégeois crurent utile de
demander la confirmation de leur sentence à l'empereur Sigismond, qui la leur accorda en
1437 (32), et, dix ans après, ils obtinrent enfin de
l'échevinage qu'il la mît « en garde de loi » (33). C'est
l'obstination des Dathin à ne pas se résigner à leur destinée qui explique
l'acharnement sauvage avec lequel on continua de les piétiner longtemps après qu'ils
furent par terre. En 1436, le chanoine Lambert, tombé au pouvoir des Liégeois dans une
embuscade, fut tué et jeté dans une houillère (34) ; en
1438, des agents liégeois surprenaient Guillaume lui-même à Namur et le mettaient à
mort (35). Quant à Watier, il mourut en exil en 1456.
Ainsi se termina une échauffourée qui, pour la vivacité des passions mises
en jeu et pour la profondeur de l'impression qu'elle fit sur la multitude, rappelle la
fameuse Conspiration des Poudres. Jamais encore aucun intérêt n'avait à ce point
passionné l'esprit public; jamais il ne s'était prononcé avec cet élan, avec cette
unanimité, avec cet implacable acharnement. La démocratie liégeoise, qui
avait plus d'une fois cédé à l'absolutisme de ses princes légitimes, ne consentit pas
à désarmer devant la famille sans pudeur qui avait essayé d'établir l'absolutisme de
l'or : c'était justice, et si l'histoire doit blâmer les excès qu'elle mit dans la
répression, elle ne peut que constater la légitimité de sa colère.
Le lecteur se sera demandé plus d'une fois ce que devenait et ce que faisait
le prince, au cours de cette lutte à mort entre la Cité et son grand maïeur. Il était
resté dans la pénombre. La Cité s'était défendue seule et n'avait pas éprouvé le
besoin de recourir à lui (36). Lui-même était trop
intelligent et trop adroit pour prendre parti dans une querelle où il n'avait pas
d'intérêt immédiat, et s'il dut voir avec chagrin violer le Nouveau Régiment, il s'en
sera remis à la Cité elle-même du soin de le faire rétablir. Peut-être, s'il avait eu
un peu plus d'énergie, aurait-il pu profiter du conflit pour y intervenir comme
médiateur et comme arbitre suprême; mais les initiatives hardies n'étaient pas dans son
tempérament. Selon son habitude, il ferma les yeux, et son abstention laissa le champ
libre à l'activité indisciplinée de la commune victorieuse. Celle-ci profita seule de
la chute des Dathin.
On le vit bien en 1433. L'aventure dont elle sortait lui avait fait
comprendre le besoin d'armer l'autorité des maîtres contre toute tentative
révolutionnaire elle profita de la leçon, et, faisant ce que n'avait jamais osé
faire le prince, elle créa une milice permanente de 320 hommes, dix par métier, pour
servir de garde du corps aux maîtres (37). Cette milice, que
les Liégeois appelaient les Dix Hommes, avait son corps de garde à la Violette; elle
obéissait à quatre capitaines sous lesquels étaient des dizainiers; chaque Dix-Homme
recevait une solde annuelle et était exempt du guet et des logements militaires. Les
maîtres de la Cité pouvaient seuls lui faire prendre les armes et seuls nommaient ses
chefs (38). Comme toutes les institutions issues des
événements de 1432, la compagnie des Dix Hommes vécut jusqu'en 1684 et disparut dans
l'hécatombe des institutions communales sous Maximilien-Henri.
Ainsi, pendant que la Cité avait à sa disposition, sans compter ses milices
communales groupées par métiers et sa compagnie d'arbalétriers, un corps compact et
discipliné de plusieurs centaines d'hommes formant une gendarmerie d'élite, le prince
restait seul et désarmé dans son Palais, où sa sécurité n'avait d'autre garantie que
le loyalisme toujours orageux des citains de Liège. La chute des Dathin avait, par voie
de conséquence indirecte, donné à la Cité un nouvel avantage sur le prince, dont la
situation devenait de plus en plus intenable au sein de sa capitale et de son peuple. |
|
(1) Adrien
d'Oudenbosch. p. 12, écrit à tort le 20 décembre.
(2) Jean de Stavelot, pp, 248-259 et 271;
Zantfliet, col. 427-428; Monstrelet, t. V, p. 54. V, le texte de la paix dans Jean de
Stavelot, p. 272-281. Cette paix indigne Henaux, t. I, p. 32 : le duc, selon lui, avait
toujours été battu, et cependant c'était lui qui dictait ses conditions aux Liégeois
victorieux ! Il explique comme suit ce curieux phénomène : « Le duc était intraitable.
Il n'avait pas eu le dessus. Pour relever son prestige militaire aux yeux de ses sujets,
il voulait que le pays s'humiliât. » Voilà une bonne recette à l'usage des vaincus :
il leur suffit, d'après Henaux, qu'ils exigent que les vainqueurs s'humilient devant eux
!
(3) Sicque post multa,
reclamantibus tamen nonnullis pacis hostibus, quibus non est audientia praestita, tenor
pacis suprascriptae debito fini mancipatus est. » Zantfliet, col. 428.
« Quant ly peuple fut revenu à Liège, le commonalteit commenchat à
murmureir, cum malecontente delle dissimulation et infideliteit de leur singneur,
conduseurs et gouverneurs. Et monsingneur et les gouverneurs respondirent que tout che
avoient fait les rebellions des subgés, car ons ne les poioit adomestreir ne traitier et
ne voloient faire que leur volonteit. ». J de Stavelot, p. 256.

(4) Jean de Stavelot, pp. 271-272. V. aussi
les paroles de Zantfliet, col. 428.

(5) Hemricourt.

(6) V. de Borman, t. I, p.
303.

(7) Jean de Stavelot, pp.
160, 161, 168, 183, 184, 185.

(8) Jean de Stavelot, p.
165. Croirait-on qu'entraîné par sa manie de voir des héros dans tous ceux qui font
opposition au prince. Henaux, t. II, pp. 35 et 47, fait de Watier un démocrate « un
grand citoyen » le « chef du parti national », le « défenseur des anciennes libertés
» ? M. Pirenne, t. II, p. 285, note, a déjà fait justice de cette énormité.

(9) M. Pirenne, t. II. p, 284, se persuade
que si les houilleurs ont suivi Watier Dathin, c'est qu'ils avaient un grief sérieux : le
Nouveau Régiment, en n'accordant le droit de vote qu'aux seuls bourgeois
résidants et en excluant les afforains, aurait par là même « sacrifié les ouvriers
des mines, presque tous domiciliés dans la banlieue ». Sur quoi je ferai remarquer que
les habitants de la banlieue jouissaient à Liège des mêmes droits que ceux de
l'enceinte, et que le Nouveau Régiment lui-même (dans Jean de Stavelot, p. 208) le dit
indirectement en parlant « des bourgeois afforains, c'est a scavoir demorans fours del
Citeit et banlieue. » Les houilleurs n'avaient donc pas de grief; ils se contentaient
d'obéir aveuglément à leur meneur.

(10) V. de Theux, t. I, p.
XVI I ; Görres, Das lütticher Domkapitel bis zum XIV en Jahrhundert (Diss.de
Berlin 1907) p. 17.

(11) II fait
remarquer qu'un autre flls de Watier, Lambert, était déjà chanoine de Saint- Lambert,
mais celui-ci du moins était docteur en droit et, partant, possédait légalement sa prébende. V. de Theux, t. III, p. 197.

(12) V. Jean de Stavelot, pp.
186 et 291 ; Adrien, p. 4, et l'acte de citation de Watier par l'official dans de Ram, pp.
382-388.

(13) Zantfliet, col.
424

(14) V. la Lettre des
alllances dans Jean de Stavelot, 325-334, avec le récit de ce dernier, pp 242-243;
Adrien d'Oudenbosch, p. 12; Zantfliet, col. 423.

(15) Il est dans Jean de
Stavelot, pp. 259-271. On le trouve aussi dans Louvrex, t. II, pp. 20-36.

(16)
Jean de Stavelot, pp. 255 et 256.
(17) Est-il vrai, comme le
dit Jean de Stavelot, p. 242, que les Dathin aient fait empoisonner les deux maîtres de
1429 ? Le fait est qu'Alexandre de Seraing et Watier de Fléron furent remplacés au cours
de leur maîtrise par Gilles de Seraing et par Henri de la Chaussée, et que Watier de
Fléron mourut dans l'année.
(18) Le simple exposé de
ces faits, pour lequel j'ai suivi fidèlement Jean de Stavelot, pp. 284 et suivantes, et
Zantftiet, col. 429, suffit à faire justice de la thèse de Polain, t. II, p. 250, selon
lequel l'émeute (du 2 juillet 1432) fut causée par la lecture du traité de paix avec
Philippe le Bon, qui révoltait l'orgueil national des Liégeois. Or, le traité de paix
porte la date du 15 novembre 1431 et l'émeute est du 2 juillet 1432 ! D'ailleurs, Jean de
Stavelot, qui est notre source principale, dit en termes formels : « Avint une grande
confusion et près mult grant mals et perilhe en la Citeit de Liège, al cause de Waltier
Datin », etc.

(19) « Bien pau en avoit
ens es mestiers qui fesissent élection, car de teis y avoit qui nomoient les deux
maistres et n'avoient en leurs mestiers que trois ou quatre roies, = (raies, c'est-à-dire
traits marqués par les électeurs, à la craie, sur un tableau noir, à côté des noms
des candidats) et alcuns huit ou dix, car li plus grand nombre ne voloient nient eslire
deux maistres, portant qu'ilh dobtoient Dieu et leurs armes, et voloient gardeir leur
serment qu' ilh avoient jureit por gardeir le noveal regiment ». Jean de Stavelot, pp.
284 et 289. A. d'Oudenbosch, p. 13 : « Fuerunt creati magistri secundum sequelam vocum et
non secundum novum regimen ». - Zantfliet, col. 429-430.

(20) Zantfliet, col. 430.

(21) Fisen II, p. 198 dit
que dès le lendemain de son élection, Guillaume Dathin fit prononcer le rappel du Nouveau
Régiment et enleva aux Vingt-Deux commissaires de la Cité le droit de porter le
bâton qui était leur insigne. Il semble tirer ce renseignement des archives de la Cité.

(22)
V. l'acte du 2 avril 1433 dans Jean de Stavelot, p. 332.
(23) Tam stricte observatum fuit, quod cuidam civi, qui patri suo egenti
extra patriam semel dedit ad comedendum, caput fuit ante gradus ecclesiae Leodiensis
amputatum. Adrien, p. 15.
(24) Scabinis tamen hanc
confiscationem juxta legem patriae nolentibus approbare. Zantfliet, col. 432.

(25) La cour des absentis fut
créée le16 novembre 1435; v. le texte dans le Bulletin des Bibliophiles Liégeois, t.
IV, p. 45.

(26) Jean de Stavelot, p.
588.

(27) Henaux, t. II, p. 51.

(28) En voir le texte dans
Jean de Stavelot, p. 325 et dans de Ram, p. 391.
(29) M.
Pirenne, t. II, p. 286, se demande si Philippe le Bon a été complètement étranger à
la conspiration des Dathin, et il fait remarquer qu'en 1433, donc après celle-ci, le duc
faisait cadeau à Watier de 2.000 écus.

(30) V. la supplique qu'en
1456 il adresse à Louis de Bourbon dans de Ram, pp.423-425.

(31) Les Dathin avaient
cité les Liégeois au concile de Bâle : Verum senatus cum multis rationibus probasset
causam eo non fuisse revocandam, concilii patres rogavit, ut pronuntiarent eam ad se non
spectare. Impetravit anno quinto et tricesimo pridie idus maii. Fisen, II, p. 200,
d'après Archia Civilatis. Foullon, t. II, p. 17, dit que la demande des Dathin
fut repoussée par le concile, satagente contra procuratore civitatis.

(32) Jean de Stavelot, pp. 325 et 383; de
Ram, pp. 398 et 399.

(33) De Ram, p. 400.

(34) Jean de Stavelot, pp.
320-324

(35) Le même, p. 325.

(36)
Selon M. de Borman, t. I, p. 263. note 1, il n'aurait pas été défavorable aux Dathin et
le fait qu'il donna asile à Gérard de Goreux fugitif devrait étre considéré comme
l'indice de ses sentiments. Mais ne suffisait-il pas qu'il eût un peu de générosité
?
(37) Jean de Stavelot, pp
316-317; Zantfliet, col. 432; Adrien, p. 15. De ces trois auteurs, Zantfliet est le seul
dont l'exposé soit irréprochable. Adrién se borne à dire, avec une inexactitude
manifeste quant au nombre : Electi CCC viri, qui curam haberent executionis omnium
praescriptorum. Quant à Jean de Stavelot, il fait une étonnante confusion entre les Dix
Hommes et les Dix de la Halle, qui n'ont rien de commun avec eux que le nom, et il croit
qu'à l'heure où il écrit, la milice des Dix Hommes ne comprend plus que dix membres. On
s'explique à peine une telle erreur chez un contemporain de l'institution et chez un
homme qui vivait à Liège.

(38) Sur les Dix Hommes,
lire le mémoire de Henaux dans BIAL, t. V, (1862).
 |
|
 |
|
H. Pirenne :
Histoire de Belgique, 3e Edition,
Edition Henri Lamertin t..II, pp. 290 et suiv., (Bruxelles,
1922). |
Le « régiment de Heinsberg », en appelant à la
vie politique les seuls bourgeois résidents, sacrifiait
évidemment aux petits métiers vivant du marché local et aux forgerons, les ouvriers des
mines pour la plupart domiciliés dans la banlieue et tous les nouveaux venus qui
affluaient vers la ville. Mais, à Liège comme à Gand, les salariés de l'industrie
devaient nécessairement revendiquer des droits correspondant à la puissance que leur
donne le nombre. La solidarité de leurs intérêts, renforcée encore par la communauté
des murs spéciales que leur genre de vie leur imposait, jeta les houilleurs dans
l'opposition. La bonne entente qui avait régné si longtemps parmi les trente-deux
métiers cessa d'exister. Des partis politiques se formèrent, coïncidant chacun avec des
groupes sociaux différents.
Les revendications des houilleurs, exigeant comme par le passé leur
affiliation à la bourgeoisie, trouvèrent dans la ville l'appui des étrangers, des
apprentis et des compagnons, à qui la constitution nouvelle avait enlevé le droit
électoral. « Ly commun peuple et les povres gens » (1),
comme dit un chroniqueur contemporain, ne virent bientôt dans le « régiment de
Heinsberg » qu'une uvre d'oppression et d'injustice. Des politiciens ambitieux, les
frères Datin, riches propriétaires de houillères, exploitèrent le mécontentement
populaire à leur profit. En 1432, le jour du renouvellement du magistrat fut le signal
d'une émeute soigneusement préparée depuis longtemps (2).
Les houilleurs, descendus en ville, empêchèrent la réunion des commissaires et firent
procéder tumultuairement à des élections populaires. Mais les forgerons, intéressés
au bas prix du charbon, prirent à leur égard l'attitude que les foulons de Flandre
adoptèrent si souvent vis-à-vis des tisserands. Ils groupèrent autour d'eux la majeure
partie des métiers, et, dans la nuit du 6 janvier 1433, les insurgés furent écrasés
après une résistance obstinée. Les « citains » l'emportaient sur les étrangers, les
chefs d'atelier, sur les apprentis et les compagnons, les « gens lésechables » et «
ayant à perdre », sur les illettrés et les salariés. Jusqu'en 1684, l'anniversaire de
cette victoire fut célébré chaque année par des feux de joie. Quant aux Datin, dont
les biens furent confisqués au profit des métiers, ils allèrent chercher asile auprès
de Philippe le Bon, qui n'avait peut-être pas été complètement étranger à la
conspiration manquée (3). |
|
(1) Jean de Stavelot, Chronique, p. 248.
(2) Sur
cette émeute, qui forme un des épisodes les plus caractéristiques de la vie municipale
au XVe siècle et qui mériterait une étude détaillée, voir le récit très complet,
mais malheureusement assez confus, de Jean de Stavelot, op. cit., p. 285 et suiv.
- II est absolument impossible de considérer les Datin avec Hénaux (Histoire du Pays
de Liège, t. 1, p. 291) comme les chefs du parti populaire. Ce furent de riches
ambitieux cherchant à se pousser aux honneurs en exploitant les passions des artisans
mécontents du « régiment de Heinsberg ». . Leur prétendu sentiment démocratique
était de date fort récente. En 1430 encore, Watier Datin était considéré comme un
ennemi du peuple (Jean de Stavelot, p. 256). G. Kurth, La cité de Liège, t. 11,
p. 106 n., croit que les houilleurs n'avaient pas de griefs. Il se figure que leur
résidence dans la banlieue ne les privait pas du droit électoral. Le texte qu'il cite
prouve précisément le contraire, puisqu'il ne parle que des « bourgeois afforains » de
la banlieue, c'est-à-dire de ceux-là seulement qui s'y étaient fait inscrire, à titre
exceptionnel, dans la bourgeoisie.
(3) En 1433, l'année même de la
conspiration, le duc fit cadeau de 2.000 écus à « Watier Datin, maire de Liège >. Archives
du Royaume. Chambres des comptes, 1862.
 |
|
 |
|