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La
misérable et piteuse paix de Saint-Trond
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Joseph Daris
Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant le XVe siècle,
Edition Demarteau, pp. 383 et suiv. (Liège, 1887)
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Les chefs de
l'opposition à Liège qui s'étaient liés aux promesses de Louis XI, avaient envoyé,
depuis plusieurs semaines, Jean Heylman en France pour implorer la protection du Roi. La
ville de Dinant qui était encore plus inquiète que celle de Liège, avait envoyé, peu
de jours après (24 septembre), trois députés, Gilles Dawaigne, Wautier Darwient et Jean
de Gerin, près du duc Charles principalement pour présenter ses excuses de ce que
quelques Dinantais avaient tenu des propos injurieux contre lui. Au mois de septembre, en
effet, des Bouvignois avaient tenus aux Dinantais, des propos injurieux au Roi de France ;
des Dinantais, par voie de représailles, avaient tenu aux Bouvignois des propos injurieux
à Charles en criant : larrons, venez au service de Monsieur Charles, bâtard de Jean
de Heinsberg, le voici mort; ils avaient montré, en même temps, un mannequin portant
les armoiries du duc et pendu à une perche et ils avaient sonné une clochette de vacher.
Les députés devaient assurer que la ville de Dinant blâmait ces propos et qu'elle en
punirait les auteurs. Leurs instructions mentionnaient, en outre, que la duchesse, mère
de Charles-le-Téméraire, avait conçu, à cause de ces injures, une telle haine contre
la ville de Dinant qu'elle avait juré de « la faire ruiner en mettant toutes personnes
à l'épée. » (V. GACHARD, t. II, p. 221.)
Le député Heylman était de retour à Liège, le 28 octobre et y apporta la
nouvelle que Charles-le-Téméraire avait obtenu la paix d'après ses désirs. Trois jours
après, arriva un député de Louis XI, nommé de Saint-Camelle, qui annonça aux
Liégeois qu'ils étaient compris dans la paix faite à Conflans, le 5 octobre. Le texte
du traité de paix ne fut point communiqué aux Liégeois. Jean Heylman avait même
laissé à Paris Jean Collar, pour en solliciter une copie authentique et la rapporter à
Liège. Il avait eu, ajoutait-il, un sauf-conduit de Charles pour revenir au pays.
Les députés des bonnes villes convoqués immédiatement, se réunirent, le
2 novembre 1465. Heylman et les trois Dinantais leur exposèrent ce qu'ils avaient fait à
Paris et les peines qu'ils s'étaient données. Il fut décidé à l'unanimité que la
paix de Conflans dans laquelle, disait-on, le pays était compris, était agréée et
serait respectée, mais sous la condition que tous y fussent compris. On donna
immédiatement des ordres pour faire cesser les hostilités sur tous les points du pays.
Les Dinantais commencèrent, dès le 6 novembre, des poursuites judiciaires contre ceux
qui avaient injurié le duc Charles ; il y eut, à ce sujet, une espèce d'émeute; la
prison fut envahie et un coupable arrêté fut mis en liberté. Mieux renseignés et
devenus plus calmes, les métiers aidèrent même le magistrat à poursuivre tous les
coupables qui étaient au nombre d'une dizaine.
Les comtes, Vincent de Meurs et Jacques de Hornes, furent envoyés à
Bruxelles, dès le 3 novembre, pour
obtenir une trêve du duc. Philippe-le-Bon leur répondit que les Liégeois devaient,
avant tout, se soumettre au Pape et à leur prince-évêque Louis de Bourbon et s'engager
ensuite à payer une indemnité des dommages qu'ils avaient causés. Les deux comtes
revinrent à Liége avec cette réponse du duc. Ce fut peut-être, en ce moment, que les
Liégeois apprirent qu'ils n'étaient pas compris dans la paix de Conflans, qu'ils avaient
été abandonnés à leur triste sort par Louis XI et qu'ils avaient été indignement
trompés par lui, encore à la date du 12 novembre. Les métiers de la cité réunis de
nouveau acceptèrent les conditions imposées par le duc et ils en donnèrent une
déclaration authentique, le 12 novembre, aux comtes de Meurs et de Hornes (Gachard 11,
238) ; ils promirent aussi au clergé de ne plus l'empêcher d'observer l'interdit, ce qui
leur avait été demandé, dès le 1er novembre. L'interdit fut de nouveau observé, à
partir du 12 de ce mois. Le duc Philippe-le-Bon accorda aux Liégeois une trêve de dix
jours au moment où ses troupes venaient d'occuper Berlo. Les Liégeois qui s'étaient
rendus jusqu'à Waremme pour les expulser, revinrent à la cité, dès qu'ils reçurent la
nouvelle de la trêve accordée. D'autres revinrent également d'Emael où Raes de Heers
les avait conduits pour repousser les attaques de la garnison de Maestricht. Le 23
novembre, les députés Liégeois, chargés de négocier la paix, partirent pour
Bruxelles; c'étaient les comtes de Meurs et de Hornes, Jean de Seraing, Gilles de Metz,
Mathias Haweals et Gérard de Seraing, le pannetier héréditaire du prince. Ils étaient
accompagnés de trois députés de Tongres, Arnold Hessels, Henri de Seraing et Renechon
de Lowaige.
Pendant que ces députés négociaient à Bruxelles avec le duc, le clergé
envoya Jean de Seraing, doyen de la cathédrale, avec Jean de Quercu, chanoine, Eustache
de Atrio et Èverard Vervenholt, doyens de Saint-Pierre et de Saint-Jean, à Maestricht,
pour y négocier sa réconciliation avec Louis de Bourbon. Le prince-évêque refusa de
donner une audience aux délégués; il leur fit reprocher par ses conseillers que les
chanoines en restant à Liège, en demandant constamment des délais au Saint-Siège et en
n'observant pas l'interdit, avaient indirectement favorisé le parti de l'opposition. Les
conseillers du prince-évêque reçurent leurs suppliques qui furent envoyées au duc de
Bourgogne, car sans son consentement, le prince-évêque ne voulait rien régler. Les
négociations ultérieures auraient lieu à Huy.
Les députés, de retour de Bruxelles, rendirent compte aux Liégeois de
l'état des négociations. La cité de Liège donna de nouveau, le 9 décembre, pleins
pouvoirs à ses députés, et leur adjoignit Jean Heylman ; la ville de Saint-Trond
députa, le 8 décembre, avec pleins pouvoirs, Chrétien de Blocquerien, Philippe Copy,
Henri Zeelichs et Jean Geerst ; la ville de Looz députa, le 10 décembre, Jean
Cleynewerts et Jean van Heystert, et celle de Hasselt députa, Arnould Elsracke et Georges
Schilders, le même jour. Ils retournèrent ensuite à Bruxelles.
La ville de Huy avait envoyé une députation à Maestricht pour y négocier
avec Louis de Bourbon. Comme elle avait longtemps défendu sa cause et qu'elle était
moins coupable que les autres bonnes villes, un accord verbal fut facilement conclu, sauf
approbation du duc Philippe, qui ne fit aucune difficulté de l'accorder (12 décembre
1465). En vertu de cet accord, la ville de Huy fera amende honorable au duc et au
prince-évêque; elle obéira au Pape; elle reconnaîtra Louis de Bourbon pour son
prince-évêque et réparera les torts lui causés ; elle lui remettra la forteresse ;
elle le servira et défendra sa cause. Les députés qui avaient négocié cet accord,
étaient Jean Hustin d'Outremont, bourgmestre, Conrard de Boubaix, chevalier, avoué de
Huy et de Liers, Guy de Berlaymont, dit Floyon, Jean de Chockier, écuyers, Gilles
Pollarde, Hubert de Roheilhers, Remy Dufey et Lambert Hennekin.
Les députés de la cité et des autres bonnes villes, envoyé au duc, firent
un traité avec lui, à Bruxelles, le 16 décembre, et un second avec son fils Charles, à
Tirlemont, le 19 décembre. Dans le premier traité se trouvaient les trois conditions que
la cité livrerait dix hommes au duc, à son choix, avec la faculté de disposer de leur
vie et de leurs biens, que les Liégeois et les autres coupables seraient privés des
fiefs qu'ils possédaient dans les États du duc et que les traités de 1408 et 1431
seraient exécutés dans toutes leurs parties. Le 25 et le 26 décembre, ces conditions
furent lues avec les autres au peuple réuni au palais. Il y eut de vives discussions. Les
partisans de la double paix ne parvinrent point à la faire adopter. Entretemps le duc
Charles était arrivé à Saint-Trond, dès le 20 décembre, à la tête d'une forte
armée. Pour obtenir la suppression des trois articles précités, les députés Libert
Textor et Jean Leruyt, allèrent trouver le duc Charles. Ils lui proposèrent, dans ce
but, d'augmenter de quarante mille florins l'indemnité promise à son père et de la
même somme celle qui lui était promise. La proposition fut agréée. Les députés
Liégeois revinrent avec un héraut de Charles à Liége. Celui-ci faillit être
assassiné par le peuple, si Raes de Heers, Baré-Surlet et les deux députés ne lui
avaient sauvé la vie. Dès que les trente-deux métiers apprirent que les trois articles
étaient supprimés et remplacés par une somme d'argent, ils approuvèrent les deux
traités de paix (13 janvier 1466), quoiqu'ils eussent demandé, le 27 décembre, que les
Dinantais y fussent compris ; ils avaient même écrit à ceux-ci, le 2 janvier 1466, que
jamais ils ne consentiraient à une paix dans laquelle ils ne seraient point compris. Les
deux traités furent approuvés, malgré l'opposition de Baré-Surlet, de Raes de Heers et
de Jean de Hornes, surnommé le Sauvage, que les Tongrois venaient même de choisir pour
leur capitaine. Charles-le-Téméraire, pour hâter la conclusion définitive des
traités, avait quitté Saint-Trond, dès le 4 janvier, avec son armée pour se diriger
vers Liège. Les seigneurs de Ravenstein et de Perwez, avec un corps de troupes, s'arrêtèrent à Looz (1). Le duc Charles, avec le reste de
l'armée, se trouva près de Gelinden, le 15 janvier, à Petit-Jamine le 22 et à
Vechtmael le 23 de ce mois. Il était campé en ce village, quand les Liégeois lui
apportèrent le traité scellé par la cité; ils lui promirent, en même temps, qu'ils
lui remettraient, le 29 janvier, à Saint-Trond, l'approbation donnée par les bonnes
villes. Charles ratifia les traités en son nom et en celui de son père, à Vechtmael, «
en son ost, » le 24 janvier, et ce jour, il leva son camp pour retourner à Saint-Trond.
La cité et les bonnes villes étaient peinées de ce que la ville de Dinant n'était pas
comprise dans le traité. C'était là une des causes du retard qu'elles avaient mis à le sceller. Le traité qui porte la date du 22
décembre, mentionne la cité et les bonnes villes comme partie contractante, Liége,
Fosses, Thuin, Couvin, Tongres, Saint-Trond, Looz, Hasselt, Herck, Maeseyck, Brée,
Bilsen, Beeringen et Stockem. La ville de Dinant en était exclue et celle de Huy avait
déjà fait sa paix spéciale.
Les principales dispositions des
deux traités sont : les bourgmestres, les échevins, les gouverneurs des métiers avec
dix personnes de chaque métier, dix chanoines de Saint-Lambert , quatre membres de chaque
couvent ou église collégiale de la cité, dix nobles vassaux de l'église feront amende
honorable au duc, tête nue et à genoux ; les bourgmestres, les échevins et les
conseillers des autres villes le feront
également ; ils feront aussi amende honorable au fils du duc ; ils payeront la somme de
six mille florins pour bâtir et doter une chapelle expiatoire ; les cours de justice des
états du duc qui demandaient la recharge et ressortissaient en appel à la Cour de
Liège, n'y seront plus soumises : les sujets du duc ne pourront plus être cités au
tribunal de l'Anneau du palais; le pays de Liège ne pourra plus, ni faire la guerre, ni
faire des alliances sans la permission du duc et de ses successeurs; il renoncera aux
alliances faites contre le duc; le pays de Liège aura pour gardien et avoué le duc de
Brabant et lui payera, de ce chef, une rente annuelle de deux mille florins ; la cité,
les bonnes villes et leurs adhérents payeront une indemnité de guerre de trois cent
quarante mille florins, payable en quatre ans, à la saint Jean et à la Nativité de
chaque année ; le pays de Liège laissera au duc un libre passage par la Meuse; ni les
villes de Thuin, de Fosses et de Couvin, ni aucune autre dans l'Entre-Sambre-Meuse, ne
pourront être fortifiées; le pays de Liège reconnaîtra Louis de Bourbon pour son
prince-évêque et lui fera amende honorable et profitable ; la cité, les bonnes villes
et leurs adhérents payeront au fils du duc une indemnité de cent nonante mille florins
pour dommages causés à Fallais et à Montaigle, payables aussi en quatre ans.
Les ecclésiastiques, les nobles et les sujets qui étaient restés fidèles
à Louis de Bourbon et n'avaient pris aucune part à la guerre contre le duc, n'étaient
pas obligés par ces traités de contribuer aux indemnités de la guerre. L'évêque et le
chapitre, voyant que la paix de Saint-Trond dérogeait aux droits de l'église de Liège,
firent la réserve de l'approbation du Saint-Siège, quant aux articles qui renfermaient
ces dérogations. Toutefois ils n'osaient et ne pouvaient guère s'opposer ouvertement à
ces articles (V. ONUFRIUS.)
La paix du clergé avec le prince-évêque fut négociée à Huy par les
quatre délégués cités plus haut avec Herman d'Elderen, chancelier, et Robert de
Morialmé, conseiller du prince. Par le
traité qui porte la date du 28 décembre 1465, le clergé promet obéissance au Pape; il
reconnaît Louis de Bourbon pour son prince-évêque légitime; il observera ses
interdits; il lui restituera, ainsi qu'à ses serviteurs, tout ce qui leur appartient; il
lui demande pardon de lui avoir manqué, et surtout d'avoir postulé, par lettres, Marc de
Baden pour évêque, quoique sous l'influence de la crainte; une somme de dix mille
florins lui sera payée par les ecclésiastiques qui ont appelé de l'interdit de Pierre
Ferrici, par ceux qui ont adhéré à cet appel et par ceux qui sont restés dans la
cité, et les bonnes villes après la réception de Marc de Baden; ceux qui ont manqué,
au prince-évêque par d'antres actes pourront être punis par lui. Le 9 janvier 1466, le
clergé secondaire approuva cet acte de soumission, il était représenté par Hubert
Broignet, vice-doyen, Henri Borman, doyen de Saint-Martin ; Arnold de Baest, doyen de
Saint-Paul; Gheymar de Nyssem, doyen de Sainte-Croix; Henri de Wihogne, doyen de
Saint-Pierre; Jean Buckinck, doyen de Saint-Jean; Antoine Andreae Brose, vice-doyen de
Saint-Denis. Le jour suivant, Louis de Bourbon qui était à Saint-Trond approuva
également la paix et pardonna à son clergé; il lui promit aussi de solliciter du duc la
restitution de ses biens et la faculté de se retirer dans ses Etats en cas dé besoin. Ce
fut, sans doute à la demande du prince-évêque que le duc Philippe ordonna, le 15
février 1466, à tous ses fonctionnaires de lever les arrêts mis sur les biens des
églises de Liége.
Le duc Philippe, après avoir fait proclamer la paix dans tous ses Etats,
demanda qu'elle fût proclamée dans la même forme à Liège. Il envoya, dans ce but, le
héraut Charrolois à Liége et il fixa au dimanche 16 février, l'amende honorable qui
lui serait faite à Bruxelles. Le héraut, arrivé à Liège, le 5 février 1466, y fut
bien accueilli. Les trois demandes du duc furent proposées, le lendemain, au trente-deux
métiers réunis qui acceptèrent la paix à l'unanimité. Le 7 février, Jean Delle Boverie informa le héraut que les Liégeois demandaient
un délai pour l'amende honorable à faire à Bruxelles, et un autre délai pour la
proclamation de la paix, parce « qu'ils eussent volontiers vu que la ville de Dinant y
eût été comprise; » quant au troisième article, « ils voudraient volontiers que la
paix de Mgr de Liége fût faite, afin que
paix se pût généralement crier et publier de toutes parts. » Jean Delle Boverie
partirait pour Bruxelles, afin de solliciter du duc les délais demandés (Gachard 11,
330-335).
La faction qui dominait à Liége, n'aimait point de proclamer la
paix et de l'exécuter. Elle reprochait à ceux qui l'avaient négociée, d'avoir
consenti, dans le projet, à livrer dix hommes au duc et d'avoir sacrifié, dans les
traités, les franchises du pays. Craignant pour leur propre vie, les négociateurs
émigrèrent à temps, sauf deux, Gilles de Metz et un antre qui furent arrêtés par
ordre de Baré-Surlet (20 janvier 1466). Ce bourgmestre, ne voulant pas être juge et
partie à la fois, transmit ses fonctions à Jean Rossius, le plus grand adversaire de
Gilles de Metz. Le grand maïeur qui avait émigré, ne pouvait et n'aurait point voulu
convoquer la Cour de justice. Cette Cour elle-même était fermée par un décret du
prince, les échevins restés fidèles ayant émigré et les autres ayant été interdits
et excommuniés. Les chefs de la faction révolutionnaire constituèrent eux-mêmes une
Cour de justice ; ils donnèrent les fonctions de grand maïeur à Jean Leruyt, dit Delle
Boverie, avoué de la cité, et nommèrent échevins Gérard de Bierset, Jean Germeal,
Stassin Pivion et Conrard Drappier. Les bourgmestres, quatorze conseillers communaux et
ces nouveaux échevins avec l'avoué, après avoir fait les enquêtes, jugèrent les
quatre négociateurs appréhensibles et ils condamnèrent à mort Gilles de Metz et un
autre (27 février) (2). Leur exécution eut lieu,
le 1er mars, au Marché. L'unique crime qu'on
leur reprochait, était les négociations de la paix. L'avoué et même le bourreau eurent
compassion d'eux , car leur innocence était manifeste. Les dix hommes qu'ils avaient consenti à livrer au duc, ne pouvaient être
autres que les chefs du parti ; ceux-ci désiraient s'en venger. Leur vengeance accomplie, ils firent
proclamer, le même jour, la paix. |
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(1)
Le seigneur de Ravenstein eut plusieurs escarmouches avec la milice rurale établie à
Wellen. Le 16 janvier, cette milice sortit de Wellen et s'avança jusqu'à Oetsloven sous
Berlingen pour attaquer les Bourguignons.
Il
s'y engagea un vif combat
dans lequel un noble Bourguignon avec dix soldats fut tué. Les Wellenois y perdirent cent
cinquante des leurs. Les troupes du seigneur de Ravenstein allèrent ensuite assiéger le
château-fort de Heers; elles s'en emparèrent et l'incendièrent, après l'avoir pillé. Ce château appartenait à Raes de lleers.
Le duc de Bourgogne fit bâtir une chapelle à Oetsloven en souvenir des soldats qui y avaient perdu la vie. (V. JEAN
DE LOS, p. 32.)
(2)
Le jugement porté le pénultième du mois de février 1466, renferme des détails
intéressants : Les échevins de la Cour n'y avaient voulu prendre aucune part, parce
qu'il n'y en avait plus huit à Liège; les chanoines de la cathédrale avaient également
refusé d'y prendre part, parce qu'ils étaient sous l'interdit. ---- Le 23 novembre 1465,
la cité a donné une commission générale aux quatre députés, mais c'était par
confiance dans le serment qu'ils lui avaient prêté. --- Le 8 décembre suivant, la cité
a renouvelé leurs pleins pouvoirs avec les réserves de n'exclure aucune bonne ville de
la paix, de ne livrer aucune personne au due peur en disposer à sa volonté et de ne pas
enfreindre les paix du pays. --- Le 16 décembre les quatre députés ont signé un
traité de paix à Bruxelles avec serment de t'exécuter; le 26 décembre ils ont lu ce
traité au peuple à Liége; le 28 décembre, Gilles de Metz a déclaré au peuple que
s'il avait été à Wigimont, quand ce traité fut fait, il ne l'aurait point signé; le
16 février 1466, Gilles de Metz a répété encore au peuple que, s'il avait été à
Liége ou à Wigimont, il ne l'aurait point fait, que le traité a été signé un
vendredi, quand le sauf-conduit des députés était expiré depuis le mardi précédent;
il craignait, ajoutait-il, d'être arrêté et emprisonné dans une forteresse, comme
l'avaient été le damoiseau de Montjoie, celui de Bolland et d'autres. --- Le saufconduit
donné aux députés liégeois, ne valant que du 9 au 15 décembre 1465, a été prorogé
par le duc jusqu'au 24 décembre; --- Le 19 février 1405, l'Empereur Sigismond a
confirmé tous les privilège des Liégeois, et le 26 mars 1417, il a annulé les
sentences portées en 1408 par les vainqueurs d'Othée --- Le 27 janvier 1461, Jean le
Couvereur de Dinant a dit publiquement à Dinant que dans les négociations qui avaient
lieu en ce moment à Huy, les négociateurs de la cité avaient été abandonnés à la
volonté du prince, ce qui était provoquer une sédition; à la même occasion Jean de
Foys, bourgmestre de Dinant, a tenu des propos injurieux à la cité de Liège en disant
que si elle réussissait, ce serait un malheur pour Dinant; Gilles de Metz et Mathieu de
Haweal ont été présents à l'enquête faite contre ces deux Dinantais. ---Les
bourgmestres, conseillers et métiers déclarent les quatre négociateurs parjures et
violateurs des privilèges du pays et de la paix de Fexhe, ayant consenti à livrer au due
dix personnes pour en disposer à sa volonté. --- Gilles de Metz a été arrêté en sa
maison, le 20 février 1466, par les bourgmestres et détenu à l'hôtel de ville, parce
que le 26 et le 28 décembre, il avait publiquement reconnu ses fautes ; par cette
arrestation on n'a point violé le principe que pauvre homme en sa maison roi est. --- (V.
PAVILLARiD, E., n° 306, p. 303; DE RAM., p.559.)
En vertu de la Constitution du pays, Gilles de Metz ne pouvait être arrêté qu'à la
suite d'un jugement porté par loi et franchise, c'est-à-dire, par la Cour de justice,
assistée des deux bourgmestres et de quatorze conseillers communaux, et il ne pouvait
être condamné que par la cour de justice seule. Rien de tout cela ne fut observé.
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C. de Borman :
Les Echevins de la souveraine justice de Liège
Imprimerie L. Grandmont-Donders, T. I., pp. 285 et suiv. (Liège, 1892) |
La guerre n'avait pas duré trois mois,
que les Liégeois imploraient la paix. Les comtes de Meurs et de Hornes, Jean de Seraing,
chevalier et maistre de la Cité, Gérard le Pannetier, échevin, Gilles de Metz et
Mathias Haweal en furent les négociateurs. Mais comme les choses traînaient en longueur,
il fallut l'arrivée du comte de Charolais en personne, à la tête d'une puissante
armée, pour vaincre les résistances des chefs de l'opposition. Une « misérable et
piteuse » paix fut arrêtée à Saint-Trond le 22 décembre 1465 (1).
On y stipulait notamment que les maistres, les échevins et une foule
d'autres notables; laïcs ou religieux, feraient amende honorable au duc, à genoux. Le
ressort de la Cour échevinale y perdait toutes les Cours de justice situées dans les
états du duc et qui allaient en appel à Liége. Louis de Bourbon reprenait sans conteste
ce titre de prince souverain qu'on avait cherché à lui ravir et qui lui rendait son
autorité sur ses sujets.
Des obstacles de toute nature se dressaient contre l'exécution de ce traité
humiliant. Le duc de Bourgogne avait exigé que dix des principaux chefs de l'opposition,
ceux qui avaient le plus contribué à la guerre, lui seraient livrés corps et biens,
aussitôt la paix conclue (2); et quoique leur vie ne
semblât point courir de danger (3), ces derniers ne se
sacrifiaient pas de gaieté de cur. Ils firent décider par lés métiers de ne
livrer aucun otage, mais de se racheter, si possible, de cette clause par un sacrifice
pécuniaire. On obtint finalement que les otages conserveraient au moins leurs biens et la
paix fut signée à Liége le 13 janvier 1466 (4). Il fallait
entendre les criailleries et les invectives de Fastré-Baré contre les négociateurs du
traité. C'étaient des traîtres, des lâches, des vendeurs de chrétiens ! Jamais ils
n'auraient dû consentir à fournir des otages ni à sacrifier les malheureux Dinantais
qu'on avait indignement laissés à l'écart !
Gilles de Metz, sur quelques paroles imprudentes qui lui étaient
échappées, fut arrêté. le 20 janvier et enfermé à la Violette (5). On voulut le faire juger par les échevins, mais ceux
restés à Liège n'étant plus que sept et se trouvant interdits, se refusèrent à agir
(6). Le procès fut instruit par un tribunal composé
d'échevins, de jurés et de quatre simples citoyens, savoir Gérard de Bierset, Jean
Germeal, Stassin Pivion et Conrard le Drapier. Les maistres insistaient pour que le captif
fût livré à Jean le Ruyte, avoué de la Cité, mais celui-ci exigeait au préalable un
jugement de condamnation (7). On parvint néanmoins à faire
taire ses répugnances en lui représentant l'engagement qu'il avait contracté l'année
précédente et en le menaçant de lui faire perdre son avouerie. Fastré-Baré se porta
partie contre l'inculpé et renonça hypocritement à ses fonctions magistrales, ne
voulant pas, disait-il, être à la fois juge et partie; il eut soin pourtant de céder sa
clef à Henri Rosseal, ennemi mortel de Gilles de Metz. Le samedi,1er mars, tandis que la
foule accourt au son de la cloche, le digne vieillard est extrait de prison et conduit au
Marché où une estrade se dresse vis-à-vis du Destroit. Fastré-Baré l'interpellant,
lui dit qu'il a mérité la mort et s'offre de le prouver. Guillaume de la Violette
s'adressant au peuple : « Bonnes gens, dit-il, vous savez qu'il ne nous appartient pas de
rendre justice; aussi n'est-ce pas comme juges, mais comme inquisiteurs que nous siégeons
en ce moment. Or, l'enquête le prouve, Jean de Seraing, Gérard le Pannetier,
Gilles de Metz et Mathias Haweal ont forfait à leur serment, en vendant nos franchises et
nos libertés, en livrant des chrétiens à discrétion. Il n'est pas un tribunal
échevinal qui ne les condamnerait à mort. Je demande que Gilles de Metz soit livré à
l'avoué! »
« Citoyens, implore l'accusé, j'ai servi la Cité pendant cinquante ans,
jamais personne n'a rien eu à me reprocher. Cette fois encore, je ne crois pas avoir
failli à mon devoir. En souvenir de mes services, laissez-moi mourir en paix, soit aux
Chartreux, soit ailleurs. J'offre à chaque métier 100 florins du Rhin; je me fais fort
de vous remettre en possession de toute l'artillerie que vous avez perdue à Fauquemont.
Vous faut-il plus encore ? Parlez ! »
L'avoué, à son tour : « Vous entendez, dit-il, les paroles de l'accusé;
de grâce, citoyens, faites-lui miséricorde ! »
- « Dépêchez-vous, hurle Rosseal, nous ne vendons pas nos franchises ! »
- « Hé bien, s'écrie Gilles de Metz, puisqu'il en est ainsi, au nom de
Dieu ! Si j'ai offensé quelqu'un, je lui demande pardon. Je recommande mon âme à mon
Créateur, à Notre-Dame et à saint Julien. » Puis il ôte son pourpoint, se met à
genoux et reçoit le coup fatal. Aussitôt un voile est jeté sur le corps, la trompe
retentit au Péron et la paix est criée. |
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(1) GACHARD, Documents
inédits, t. II, p. 285.

(2) Ibidem, p. 286.

(3) « ... et de decem
hominibus dixit, non esse intelligendum quod occiderentur, sed quod absentarent se »
(ADRIEN D'OUDENDOSCH, col. 1284).

(4) Ibidem, col. 1285.

(5) DE RAM, Analecta
Leodiensia, pp. 561 et 564. Il avait dit que s'il avait été à Wégimont, jamais il
n'aurait signé le traité; et qu'il avait bien peur de subir le sort du damoiseau de
Monjoie ou du sire de Bollant. On vit dans ces paroles un aveu.

(6) « Se nous ont lesdits eschevins
respondu que à tele matére ne poroient labourer, s'il n'avoient à Liége owyt
eschevins, et ausy les avoient dit les seigneurs.delle engliese de Liége, qu'ilz estoient
interditz, et partant n'appartenoit à eulx par le présent à faire jugement de loy de
tele matère » (DE RAM, Analecta Leodiensia, p. 559). Gérard le Pannetier,
le huitième échevin et l'un des négociateurs, s'était réfugié auprès du prince, de
même que Jean de Seraing et Haweal.
(7) « Advocatus respondit
quod non reciperet aliquem nisi judicatum, ipse non esset dominus patriae. »
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De Gerlache :
Histoire de Liège depuis César jusqu'à Maximilien de Bavière
Edition M. Hayez, pp. 170 et suiv. (Bruxelles, 1843) |
On députa donc au duc de
Bourgogne les comtes de Meurs et de Horne avec quelques notables bourgeois, parmi lesquels
se trouvait l'ancien consulaire, Gilles de Metz, pour solliciter une trêve et des
conditions de paix.
Le Traité de St-Trond, dont la teneur fut dictée
par le conseil de Philippe, portait (1) :
Art. 1er. Les maîtres et échevins et tous les officiers
de la cité; les doyens des métiers avec dix membres de chacun d'eux; dix chanoines de
l'église de St-Lambert; quatre ecclésiastiques de chacune des églises secondaires,
abbayes et prieurés; dix nobles vassaux de l'église ayant servi en cette guerre: tous
représentant les trois états, se rendront vers le duc, en quelque lieu qu'il soit, en
Brabant ou à Malines, et en sa personne, tête nue, et à genoux, diront : que à
tort, sans cause et contre raison, ils ont commenchié et continueit la dite guerre contre
mondit seigneur, ses dits pays et ses subjects; comme il leur en déplaist, s'en repentent
de tout leur cur, et que s'ils l'avoient à comenchier, jamais ne le feroient ou
commencheroient; et supplieront en toute humiliteit, pour eux et pour ceux de la dite
cité, que monseigneur les veulle prendre et rechevoir en sa bonne grâce, offrant de
faire et accomplir les conditions et charges ci-après déclarées...
Après ce début, qui peint bien la hauteur et l'orgueil de
la maison de Bourgogne et l'abjection profonde à laquelle elle vouait ses ennemis, il
était dit :
Art. 2. Les bourgmestres, échevins, conseil et gens
d'église des autres villes, viendront faire la même soumission au duc le jour qui sera
assigné à ceux de Liége.
Art. 3. Les députés feront aussi amende honorable au
comte de Charolais pour les injures qu'ils ont proférées contre sa personne; pour
l'avoir défié; pour avoir pris son château de Fallais, et brûlé la basse-cour de son
château de Montaigle. Il sera de plus indemnisé des dommages qu'il a soufferts à cette
occasion.
Art. 4. Ceux du pays de Liége payeront aux commissaires
que le duc de Bourgogne nommera, six mille florins pour l'édification d'une chapelle et
pour la fondation de trois messes, en commémoration des occisions par eux commises sur
les sujets du duc.
Art. 5. Les sujets des pays appartenant au duc, ou étant
de son ancienne garde et avouerie, soit du Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, de Namur
ou d'ailleurs, lesquels ci-devant ont usé de la loi de Liége, en seront exempts à
l'avenir. Ils ne seront plus tenus de répondre à l'anneau du palais, ni au
Perron, à Liége.
Art. 6. Ceux du pays de Liége ne pourront s'armer
contre le duc ni contre ses successeurs. Ils ne pourront contracter, à son insu, aucune
alliance avec aucun prince, sous peine de 200,000 florins du Rhin.
Art. 7. Ils renonceront aux traités d'alliance qu'ils ont
faits contre le duc, et lui en remettront les lettres.
Art. 8. Ils reconnaîtront le duc et ses successeurs pour gouverneurs,
avoués souverains héritables des églises, cité, villes et pays de Liége. Le duc
sera chargé de garder et entretenir leurs bons droits, franchises, privilèges et
libertés, sans qu'il puisse porter toutefois aucun préjudice aux avoueries
particulières.
Art. 9. Ils payeront au duc une rente annuelle de 2,000
florins.
Art. 10. Ils payeront en outre pour les pertes et dommages
supportés par le duc et ses sujets, une somme de 340,000 florins.
Art. 11. Le duc et ses successeurs auront le passage libre
de la Meuse, en tous lieux du pays de Liége, soit avec gens d'armes ou autrement.
Art.12. Les monnaies fabriquées par le duc et ses
successeurs auront cours au pays de Liége.
Art. 13. Ceux des villes de Thuin, Fosse, Couvin et autres,
ne pourront ériger de forteresses vers le Hainaut, entre et sur les rivières de
Sambre et Meuse.
Art. 14. Ceux des cité, villes et pays de Liége,
promettront obéissance à monseigneur leur évêque, lui rembourseront les rentes et
revenus perçus par eux durant la guerre, lui feront amende honorable et profitable avec
restitution de tous dommages. Ils rendront aussi obéissance à notre St-père le pape,
aux sentences et mandements apostoliques.
Art. 15. Par le moyen desdits articles, paix perpétuelle
sera entre le duc, ses pays et sujets, et les cité, villes et pays de Liége et de Looz.
Art. 16. Ceux qui sont compris dans le présent traité
rentreront dans leurs biens.
Art. 17. Les points et articles ci-dessus seront ratifiés
et approuvés par les cité, villes et pays de Liége, dans l'assemblée des trois états,
qui à cette fin seront réunis.
Il y eut deux traités en date du 22 décembre 1465.
Le premier, qui fut cassé; consistait en 20 articles, dont le 5e portait : « La
cité et les autres villes délivreront au duc dix personnes, choisies parmi celles
qu'il jugera les plus coupables, pour en faire à son plaisir. Leurs biens seront confisqués
à son profit (2) »
La lecture de cet article excita des réclamations
générales. Raës de Heers, Barré de Surlet et quelques autres agitateurs du peuple, qui
craignaient d'être livrés, vociférèrent beaucoup contre les signataires d'une
convention si déshonorante pour le pays, dans laquelle on abandonnait lâchement aux
vengeances du duc des concitoyens et des frères. « Il est évident, disaient-ils, que
nous avons cessé d'être libres et même d'être une nation, pour devenir les sujets de
Philippe, qui nous fera gouverner par son neveu ou nous gouvernera lui-même ainsi
qu'il l'entendra. » Gilles de Metz répondit : « Que les otages n'étaient pas, comme on
le supposait, des victimes dévouées à Philippe, mais des garants de la convention
proposée; que si les clauses en semblaient rigoureuses, cela ne suffisait point pour les
repousser; qu'il fallait bien céder à la nécessité et accepter la paix, quoique
onéreuse, lorsqu'on ne pouvait continuer la guerre. » Les métiers se divisèrent : onze
d'entre-eux adhérèrent au traité purement et simplement. Les autres, après de longues
disputes, résolurent d'envoyer au comte de Charolais des députés pour tâcher d'en
obtenir le rachat des dix personnes demandées. Il y consentit, à condition que la somme
primitivement fixée à 300,000 florins, fût portée à 340,000. Cette clause
ayant été acceptée par les états, les mêmes députés retournèrent en porter la
nouvelle au comte de Charolais, qui les accueillit honorablement. Il passa la montre de
ses troupes devant eux; et comme ils ne pouvaient assez admirer la discipline, la beauté
et le nombre de ses soldats, Charles leur dit : « Vous voyez que toute mon armée
n'a pas été détruite en France, ainsi qu'on le prétendait à Liége! » et puis il
ajouta : « J'aimais bien les Liégeois avant cette guerre; je les aimerai bien encore si
nous avons une bonne paix. »
Raës de Heers ayant appris que Gilles de Metz, l'un des
auteurs du traité qu'on venait de conclure, rentrait à Liége, le fit arrêter,
condamner et exécuter à l'instant même. Il n'eut ni le temps ni les moyens de se
défendre. Telle était la tyrannie de ce tribun furibond, au moment même où l'on
proclamait cette paix qui, dans la crise de l'état, parut encore un bienfait aux
meilleurs citoyens.
On trouve dans les archives des échevins de Liége, un
traité d'alliance, datée du 23 mars 1466, entre la cité et les bonnes
villes de Dinant, de Tongres., de Fosses, de Thuin, de Couvin et quelques autres. Cette
pièce rapporte le jugement qui fut rendu par une commission, composée des
maîtres et jurés, d'accord avec les 52 métiers, contre Jean de Seraing, Gérard le
Pannetier, Gilles de Metz et Mathieu Hawes, négociateurs de ladite paix. Cette sentence
était fondée sur ce que, contrairement à leur mandat, ils avaient stipulé séparément
pour la cité et quelques-unes des bonnes villes, au lieu de les comprendre toutes dans le
même pacte, et sur ce qu'ils avaient livré des concitoyens à leurs ennemis : on les y
qualifie de traîtres, de parjures, de marchands de chair humaine. Et en effet les
Dinantais ne furent point du nombre de ceux que le duc reçut en sa grâce; mais c'est
qu'il les en avait formellement exceptés. Le traité d'alliance et le jugement sont
évidemment l'uvre de la faction de Raës de Heers réagissant contre les anciens
magistrats et les bons bourgeois, représentés alors par Gilles de Metz, qui voulait la
paix avec le duc de Bourgogne comme unique moyen de salut. |
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(1)
Extrait des Archives du chapitre cathédral déposées au palais de justice, à
Liège.

(2) Ce premier traité, dont les historiens liégeois ne font
qu'une mention très inexacte, est déposé aux archives de Bruxelles.
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Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age
Edition L. Demarteau, T.III., pp. 220 et suiv. (Liège, 1909) |
Le Téméraire formulait tout un programme dont l'exécution devait réduire le pays de
Liège à un état de véritable vasselage vis-à-vis de la Bourgogne. Les moins
rigoureuses de ses exigences étaient encore celle qui rompait toute relation entre les
échevins de Liège et les juridictions brabançonnes qui venaient chez eux « à
recharge », et celle qui donnait cours légal à sa monnaie dans toute la
principauté. Ces conditions n'entamaient pas l'autonomie de la principauté; il en était
tout autrement des suivantes. Les Liégeois reconnaissaient le duc comme haut avoué
héréditaire de leur pays; ils lui payaient de ce chef une rente annuelle de deux mille
florins; ils s'engageaient à ne faire ni guerre, ni alliance sans son aveu et lui
remettaient le traité qu'ils avaient récemment conclu avec le roi de France (1); il lui accordaient le passage par le pays
chaque fois qu'il le voulait; ils s'engageaient à abattre les fortification de
l'Entre-Sambre-et-Meuse; ils payaient 3oo.ooo florins d'amende à Philippe et 15o.ooo au
comte de Charolais; ils faisaient les frais d'une chapelle expiatoire et ils livraient au
duc dix hommes au choix de celui-ci pour en faire à sa volonté. Telles étaient les
clauses draconiennes de la paix que le vainqueur daignait accorder à la Cité et au pays
de Liège.
Les commissaires des villes signèrent le 16 novembre, à
Bruxelles, le compromis qui contenait ces clauses (2);
le 19 décembre,
à Tirlemont, ils s'engagèrent spécialement envers le comte de Charolais pour la somme
de 15o.ooo florins (3); enfin, le 22, ils signèrent la paix de Saint-Trond (4).
Il s'agissait maintenant de faire ratifier par la Cité
l'uvre laborieuse des quinze délégués. Cela semblait relativement facile la Cité
ne s'était-elle pas engagée, sur l'honneur et sous la foi du serment, à avoir pour
agréable tout ce qu'ils auraient stipulé? Mais on avait compté sans Raze et Baré. Ces
deux néfastes personnages avaient bien compris que la paix ne pourrait se faire qu'à
leur détriment, et, selon toute vraisemblance, ils avaient eu vent, de bonne heure, de la
clause relative aux dix hommes. Aussi avaient-ils fait tout leur possible pour entraver la
conclusion du traité. Ils avaient répandu le bruit mensonger que Marc de Bade venait
d'être confirmé mambour de Liège par le pape, à la demande de l'empereur et du roi de
France, et cette grossière imposture avait eu tant de succès que le peuple de Liège, à
l'instigation de leurs affidés, avait pris une de ces résolutions qui ne coûtent rien
aux foules en délire : il avait décidé, au cours même des négociations, qu'il ne
livrerait personne à merci (5). Les vaincus qui
imploraient la paix formulaient d'avance leurs conditions aux vainqueurs!
C'est dans un milieu ainsi préparé que les commissaires
de la Cité vinrent, le vingt-six décembre, rendre compte de leur mission et lire le
texte du traité (6). Aussitôt l'orage éclata: les commissaires avaient indignement trompé la
confiance du peuple liégeois; c'étaient des traîtres, « des vendeurs de chair
chrétienne ». Raze et Baré, oubliant toute pudeur, se démenaient avec rage, au point
que Baudouin de Hollogne leur reprocha en termes indignés les viles préoccupations que
trahissaient leur conduite. Gilles de Metz, l'un des négociateurs du traité, leur fit
observer qu'ils pouvaient, s'ils craignaient d'être livrés au duc, pourvoir à leur
sûreté en s'exilant; même, dans l'espoir de faire cesser leur opposition, il offrit
généreusement de partager leur exil et de ne rentrer à Liège qu'avec eux. Mais Raze et
Baré n'acceptent pas plus l'exil que l'extradition; ils veulent rester inviolables, il
leur plaît que la Cité périsse avec eux plutôt que de se sauver sans eux. Appuyés sur
une populace qui est entièrement à leur dévotion, ils continuent leur opposition
frénétique au traité. Les réunions du Palais deviennent des bagarres; les honnêtes
gens les désertent (7).
Toutefois, le mobile des meneurs était si manifeste qu'une
scission finit par se produire parmi leurs adhérents : onze métiers, qui ont avec eux
les réfugiés de la campagne, veulent la paix à tout prix et pressent les meneurs de
s'exiler, mais la majorité reste acquise à Raze et à Baré et persiste à se démener
contre la clause des dix hommes. Finalement, les négociateurs retournent à Bruxelles, et
cette fois ils obtiennent que (8) le duc de Bourgogne renonce à la clause des dix hommes (9) moyennant une majoration d'amende de 8o.ooo
florins. Raze et Baré étaient sauvés; ils laissèrent signer la paix ou du moins n'y
firent plus qu'une opposition de pure forme, et le traité de Saint-Trond fut ratifié au
Palais, le 22 janvier 1466 (10).
Ce fut, dans le langage populaire
habitué à donner un qualificatif à tous les actes publics, la « misérable et piteuse
paix ».
Le comte de Charolais, qui, comme nous l'avons dit, avait
mené toutes les négociations avec les Liégeois à la place de son vieux père,
témoigna la plus vive satisfaction du résultat de ces longs pourparlers. Il fit le
meilleur accueil aux envoyés qui lui apportèrent la ratification de la Cité, il les
régala, leur fit voir son armée, se montra envers eux plein d'humour et de bonhomie. Les
Liégeois avaient lieu d'être plus satisfaits encore que lui. Sans doute, la patrie
était humiliée dans son orgueil et atteinte dans son indépendance, mais enfin, elle
échappait à une extermination totale (11).
La grande majorité du public se
contentait de ce résultat; c'est elle qui, forçant la main à ses chefs, avait réclamé
la signature de la paix : l'amour de la conservation l'emportait sur la fierté nationale.
Au surplus, la lutte avait été chaude dans la Cité, car le parti de Raze n'avait jamais
montré plus d'acharnement et d'audace. Il est vrai qu'il avait dépensé toute son
énergie pour sauver ses deux chefs; il n'en eut plus lorsqu'il s'agit de sauvegarder des
intérêts beaucoup plus précieux et surtout ceux de la malheureuse ville de Dinant, que
le duc excluait de la paix (12).
La Cité se contenta d'une vaine
protestation et n'eut pas le courage d'avouer la vérité à la ville sacrifiée. Elle la
leurra de promesses mensongères : « Nous ne ferons pas de paix si vous n'y êtes
compris » lui écrivit-elle le 2 janvier
1466 (13), et elle renouvela cette assurance le 22, le jour même où le Palais ratifiait purement et
simplement le traité de Saint-Trond (14). |
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(1)
Cf. sur ce point Chastellain, t. v, p. 324.

(2) L'acte du 16 novembre te trouve dans un des Cartulaires de la
Chambre des Comptes, à Bruxelles; Gachard en a reproduit le fragment principal dans sa
Collection, t. Il, p. 285, note. Il en est parlé dans le traité de Tirlemont du 19
décembre et dans la Lettre d'alliance du 23 mars 1466 (De Ram, pp. 53o et 560).

(3) Texte dans de Ram, p. 529.

(4) Texte dans Bormans, Ordonnances, t. I, p. 590, et dans
Gachard, Collection, t. Il, p. 285.

(5) In die Thomae concluserunt cives quod neminem darent ad
voluntatem. In his diebus seminaverunt per Leodium illi qui nolebant pacem, quod Baden ad
preces imperatoris et regis Franciae esset confirmatus, et imperator cum rege poneret eum
in possessione episcopatus Leodiensis, et similia. Adrien, p. 129.

(6) v. la Lettre d'alliance dans de Ram, p. 561 et cf.
Adrien, p. 129.

(7) Adrien, p. 130.

(8) C'est par Haynin, t. I, pp. 132-142, que nous apprenons la
continuation parallèle des négociations et des hostilités entre les Liégeois et les
Bourguignons depuis le 22 décembre jusqu'au 24 janvier 1466; cf. Adrien, pp. 129-130.

(9) Les négociations qui ont abouti au retrait de la clause des
dix hommes ont amené la modification du texte primitif du traité de Saint-Trond, et nous
possédons par conséquent celui-ci en deux rédactions. La première a été reproduite
par M. de Borman à la suite de son édition d'Adrien d'Oudenbosch, p. 274; la seconde,
où la clause en question est remplacée par une majoration de l'amende, se trouve dans
Gachard, Collection, t. Il, p. 285, et dans Bormans, Ordonnances, t. I, p.
590. Il faut remarquer que la somme promise au comte de Charolais par le traité de
Tirlemont fut également majorée; de là, un acte spécial dont le texte est dans
Gachard, o.c. t Il p. 3o5.

(10) Haynin, t. I, p. 146, dit le 24 janvier, et De Clercq, t. IV,
p. 249, le 22. Ce dernier a raison; c'est en effet le 24 que, de Wychmael, Charles le
Téméraire mande à la ville de Malines : « Nous ont ici envoyé et fait apporter ceulx
de la Cité de Liége les lettres du traictié de paix, scellées et expédiées » Gachard, Collection, t. Il, p. 321. L'exposé de
Suffridus Petri, p. 157, est assez inexact.

(11) Adrien, p. 131 ; Jean de Looz, p. 31; cf. Henri de Merica, p.
154. 
(12) Henrard, il est vrai, croit
pouvoir admettre (p. 29) « bien qu'aucun document n'en fasse mention », que les
Liégeois ne ratifièrent le traité qu'après que Charles se fut engagé à traiter avec
les Dinantais, et il en trouve la preuve dans ce fait que, le 23 janvier, Charles leur
accorda une trêve de huit jours qu'il leur avait jusque là opiniâtrement refusée. Il
est vrai que le 28 février la Cité proposa à Dinant d'envoyer des députés avec elle
au comte de Charolais pour obtenir la modération de la paix (Gachard, Coll., Il
,339), mais que vaut cela? Dînant reste exclue de la paix, tandis que Raze et Baré s'y
sont fait mettre : voilà le fait qui domine tout.

(13) Gachard, Collection, t. I!, p. 312.

(14) Le même, p. 322. « Il est assez difficile, écrit cet
érudit, de concilier cette résolution de la ville de Liège avec la ratification qu'elle
avait donnée au traité dont les Dinantais étaient nominativement exclus. » Un passage
très peu explicite d'une lettre de Dinant, en date du 3 mars 1466, laisse entrevoir que
la paix fut ratifiée par le Palais malgré une opposition qui dut être assez molle et
seulement pour la forme : « Avons envoié députés en la bonne Cité de Liège qui par
deux fois ont esté sur la Cité, laquelle a fait sequelle que veut avoir la paix
criée, et l'ont fait crier sur protestation », etc (sic) Dans Gachard,
Collection, t. Il, p 341.
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H. Pirenne :
Histoire de Belgique,
éd. Henri Lamertin t..II, pp. 278-279 (Bruxelles, 1903). |
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Quelques
semaines après les avoir assurés de son concours, Louis XI perdait la bataille de
Montlhéry, et, le 5 octobre, oubliant sa promesse de ne point faire la paix séparément,
il acceptait le traité de Conflans, se reconnaissait coupable d'avoir poussé les
Liégeois à la rébellion et les abandonnait à la vengeance de Charles le Téméraire (1). Déjà le mambourg s'était enfui, et cette fuite
porta le désordre à son comble. Si les Vrais Liégeois et leurs chefs se montraient
décidés à la résistance, tous ceux en revanche qui ne s'étaient pas
irrémédiablement compromis pendant les derniers troubles, demandaient la paix à grands
cris. Des négociations confuses s'engagèrent avec Charles, dont les troupes venaient
d'atteindre Saint-Trond. Elles aboutirent le 22 décembre 1465, à un traité qui,
renforçant sur tous les points les stipulations de celui d'Othée, établissait
définitivement le protectorat bourguignon sur les rives de la Meuse. Il proclamait le duc
et ses successeurs à perpétuité « gardiens et advouez souverains des églises et des
cité, villes et pays de Liége et de Looz », et lui attribuait en cette qualité
une rente de 200.000 florins du Rhin (2). Quelques
jours après arriva dans le pays la sentence par laquelle le pape, condamnant les
franchises, reconnaissait à l'évêque le verum et plenum dominium (3). |
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(1)
La perfidie du roi dans cette affaire est hors de doute. Le 21 octobre 1465, il écrivait
encore aux Liégeois qu'ils seraient compris dans le traité. Vaesen et Charavay, Lettres
de Louis XI, t. III, p. 1 (Paris, 1887). Cf. Adrien d'Oudenbosch, loc. cit
, col. 1282 et suiv.

(2) St. Bormans, Ordonnances, t. I, p. 590.

(3) De Ram, op. cit., p 546.
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