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Le
sac et la destruction de Liège
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Ferd. Henaux
Histoire du pays de Liège, 3e édition,
Imprimerie J. Desoer, Liège, 1874, T.II, pp. 175 à 182 |
Le Duc, enhardi, se risqua à l'attaque.
Le lendemain dimanche, vers huit heures, plusieurs coups de bombarde
donnèrent le signal de l'assaut.
La résistance fut partout opiniâtre (1). Plus de
cinq cents Bourgeois succombèrent en défendant les portes Vivegnis et de Ste-Walburge.
Le nombre des ennemis ne faisant que s'accroître, une plus longue lutte parut
impossible à De Buren et à ses compagnons. Ils s'évadèrent par la porte d'Amercoeur (2). Ca et là des enfants, des femmes surtout, continuèrent
courageusement à faire obstacle : ils furent mis en pièces (3).
Le gros de l'armée déborda la Cité (4).
Le Duc, précédé du Roi (5), entra par la
porte Ste~Walburge, et descendit par Pierreuse. Arrivés vis-à-vis de l'Hôtel de Ville,
ils tirèrent tous deux l'épée, et l'agitèrent nue au-dessus de leur tête en criant :
Vive
Bourgogne ! (6)
C'était l'ordre du carnage et du pillage.
Ayant ainsi pleine licence, les Bourguignons commirent tous les excès.
Ils se livrèrent au meurtre, au viol, au vol (7).
Ils massacrèrent avec frénésie, sans pitié. Ils mirent la main sur tous
les hommes valides, et les traînèrent sur les ponts. Là, on les garrottait par groupes
de dix ou de vingt, et on les engouffrait dans la Meuse, dont les eaux étaient très
grossies par les pluies récentes. En même temps avaient lieu des tueries partielles :
les vieillards, les femmes, les enfants étaient pendus ou égorgés (8); les jeunes filles, suppliciées, étouffées (9). Il périt trente-huit mille hommes et douze mille femmes (10).
Le pillage se perpétra avec une fureur non moins effrénée. Les
maisons étaient fouillées du toit à la cave. Les églises furent forcées, et les
autels brisés; pour avoir les reliquaires et les vases sacrés, les hosties et les
reliques furent jetées au vent (11). Livres, ornements,
tableaux, chefs-d'œuvre d'art, tout fut volé (12).
Le mercredi 2 novembre, le Duc demanda à Louis XI s'il ne fallait pas
détruire de fond en comble cette Cité de Liège, cet éternel bouge démocratique. Le
Roi dit oui; il ajouta que pour se défaire à jamais d'importuns oiseaux, il n'y avait
rien de tel que de brûler le nid. Le Duc répondit que bien ainsi il ferait. Puis ils se
séparèrent, après s'être mutuellement complimentés sur leurs exploits (13).
Le jeudi 3, avant de partir pour Maestricht, le Duc fit mettre le feu aux
quatre coins de Liège. Il recommanda d'épargner les églises, si c'était possible (14).
Ce fut avec ordre et avec régularité que l'on procéda à l'embrasement de
cette vieille Cité, l'une des plus belles et des plus glorieuses de toute la Germanie.
Par moments, l'incendie se déployait immense. Dans la nuit du 10 au 11, il jetait des
rougeurs telles dans l'air, qu'on les apercevait d'Aix-la-Chapelle (15).
Le samedi 12 novembre, le Duc sortit de Maestricht avec ses bandes, se
dirigeant vers le Franchimont (16). Pendant huit jours, il
le parcourut en tous sens, saccageant Ensival, Verviers, Polleur, Spa, Theux, brûlant les
maisons, ruinant les usines, démolissant les moulins (17).
Alors qu'un froid rigoureux sévissait, congelant tout, ses soldats traquaient les
fugitifs jusque dans les Fagnes, où une foule de femmes et d'enfants expirèrent, au
milieu des neiges, de faim et de misère (18).
Durant tout l'hiver, en quatre mois, il mourut plus de cent mille personnes
de tout âge et de toute condition (19).
Les survivants, riches et pauvres, languissaient indistinctement dans la
souffrance, la désolation, la détresse. |
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(1) « Lors commença lassault, et fut la Cité envahie de toutes pars
terriblement...» [Wavrin, ibid., t. II, p. 389] ---- Cives vero ad
arma convolantes eis ubique restiterunt egregie bombardis, balistis et fundibulis, et
Civitatem aliquo tempore potenter defensarunt. [Chronicon Leodiense, dans
les Analecta Leodiensia, p. 222.]

(2)
Quod alii Leodienses, in aliis locis Civitatis praeliantes, percipientes, fugam
celerrime maturaverunt, et fugerunt armati extra Civitatem cum Vincentio de Bueren, etc.
[Ibid., p.222]

(3)
« Et ceulz demourans en la Cité de Lyege se deffendirent le mieulz quilz peurent; et
disoit on lors que les femmes resisterent plus vaillamment que les hommes. » [Wavrin, ibid.,
t. II, p. 389, etc.]

(4) Il était alors midi. «... Et en chascune maison trouvasmes la nappe
mise, » dit Commines. [Ibid., liv. II, ch. 13] D'autre part ce détail
indique bien que Liège fut emporté de vive force, les Bourguignons ayant tout à coup
afflué dans les avenues du faubourg Vivegnis.

(5)
Ergo irrumpentibus ferociter Burgundis, Ludovicus primum, deinde Burgundus. Civitatem
intrat. [Gaguini Rerum Gallicarum Annales, édition, de 1504, fol.
147'.] Ainsi le Roi, faisant de la politesse, précédait le Duc.

(6)
Ce fut le Roi, paraît-il, qui cria le premier. Famatumque fuit publice de Rege
Franciae, quod cum venisset super Forum Leodiense, extracto gladio, clamaverit : Vive
Bourgoigne !... [Adrianus, ibid., p. 343.]

(7)
Les tristes détails d'une ville prise d'assaut sont, en général, les mêmes à toute
époque et dans tout Pays; mais au sac de Liège, les Bourguignons se distinguèrent par
une rare férocité, agissant sous les yeux et avec l'assentiment de leurs chefs, le Duc
et le Roi.

(8)
Les Annalistes contemporaius ont tenu note de cette vile tuerie des enfants. Neque
indulgentia ulla militum in pueros fuit. [Gaguin, ibid., fol. 147'.]

(9)
Le moine Adrien, par une retenue exagérée, ridicule si elle est sincère, déclare qu'il
ignore ce que l'on fit des femmes, des jeunes filles : De mulieribus ac virginibus
quid factum sit, ignoro. [Ibid., p. 342]
Les Annalistes laïcs sont plus explicites là-dessus. Quin stupratas a
se Virgines, crudelis satelles jugulavit... [Gaguin, ibid., fol. 147']
«...Femmes, enfans, prestres, religieuses et vieils et anciens hommes, tous y furent tuez
et meurdris; et moult daultres merveilleuses cruaultez et inhumanitez y furent faictes,
comme jeunes femmes et filles efforcees et violees, et, apres le desordonné plaisir prins
delles, les tuer et meurdrir... » [Chronique de Louis XI, ad ann. 1468, etc.]
On tuait même dans les églises des gens à genoux. In
ecclesia Minorum XXII occisi fuerunt, qui jacebant ad genua audiendo missam; ad
Praedicatores XI fuerunt occisi in ecclesia, et multi vulnerati; in S. Dionysio sub turri,
et in capella, et similiter in aliis fuerunt aliqui occisi ... [Adrianus, ibid., p.
342.]

(10)
Cette immense tuerie s'explique : le Duc de Bourgogne voulait l'extermination du Peuple
Liégeois. Toute la population de la Banlieue s'était réfugiée à Liège. Les cadavres
n'embarrassaient guère : on les jetait à la Meuse, qui coulait alors par toute la Cité,
in profundos Mosae gurgites mitteretur. Le mercredi 8 novembre, on ne cessait pas
encore de massacrer et de noyer, comme l'atteste une lettre écrite ce jour-là par un
Officier Bourguignon : « Lon ne besoingne presentement aucune chose en justice, senon que
tous les jours lon fait nyer et pendre tous les Liegeois que lon treuve... »
C'était un carnage infâme, sans relâche, sans fin. Juvenes et Virgines, Senes cum
Junioribus, simul in unum Dives et Pauper, reperti in plateis, absconditi in domibus et
latibulis, diverso suppliciorum genere crudeliter interfecti sunt. [Chronicon
Leod., dans les Analecta Leod., p. 178.] Les Bourguignons ne pouvaient
se rassasier de ces lâches égorgements. Nec saciatus est inhumanus hostis tam multa
caede. [Gaguin, ibid., fol. 147']
La tradition porte le nombre des morts à cinquante-deux mille :
quarante mille hommes, douze mille femmes. Numerantur quadraginta millia hominum
qui in Civitate trucidati et duodecim millia mulierum quae in aqyas projectae fuerunt,
atque submersae. [Munsteri Cosmographia universalis, édition de 1550;
liv. II, fol. 131.]

(11)
Et si invenerunt ciboria sacramanti Eucharistiae, tulerunt vel excuserunt
hostias super altare : similiter oleum sacrum effuderunt super altaria... Dans la
Cathédrale, tous les autels furent brisés et leurs ornements volés. Multa etiam
altaria in Ecclesia Leodiensi fuerunt cassata, et calices, et omnia ornamenta altarium
ablata... Cette église fut aussitôt transformée en écurie. Collegium summum
in stabulum equorum convertit. [Placentius, Catalogus Antistitum Leodiorum,
p. 187.]

(12)
Les tableaux, les statues, les manuscrits, et les objets d'art dont Liège était si
fier, et qui remontaient aux plus vieux temps du moyen-âge, furent partout volés. Bien
des oeuvres d'artistes Liégeois allèrent orner les manoirs et les églises de la
Bourgogne, du Brabant et de la Flandre. A Bruges, nombre de tableaux remarquables, dont on
ignore l'auteur et l'origine, proviennent de notre malheureuse Cité, l'école artistique
de la Westphalie. En les voyant, il n'est pas un de nos Concitoyens, quelque peu
antiquaire, qui ne soit porté à s'écrier : Ceci est à nous !
Deux mois après cet âpre pillage, lorsque les Chanoines rentrèrent dans
leurs Collégiales, ils durent célébrer les offices sans livres, sans ornements, sans
calices. Ecclesiae faciebant officium sicut poterant, quia nec libros, nec calices,
nec ornamenta habebant. [Adrianus. ibid., p. 345.]

(13)
Et cum Dux requisivisset ab eo quid faceret de Leodio, Rex respondit per parabolam : Quod
pater suus habuit altam arborem... [Adrianus, ibid., p. 343.] --- Rex
Franciae illiberali apophthegmate pronunciavit, exurendum ei esse nidum, qui pellere
vellet aves. Civitas igitur tota succensa fuit. [Suffridi Chronicon Leodiense,
dans les Gesta Pontif. Leod., t. III, p. 174.]
Il reste ainsi bien acquis à l'Histoire, que la résolution du Duc de
Bourgogne de brûler la Cité a été prise de propos délibérés, et qu'elle a été
approuvée par son compère, le Roi de France.
Pour dominer le Pays, ils jugeaient qu'il fallait anéantir sa Capitale.
Sur ces affreux événements , les Chroniques de Liège gardent un
sinistre silence, ou se bornent à rapporter ce qu'en disent les Chroniques
étrangères imprimées. --- On a craintivement jeté cette ligne au milieu d'un Pâwelhâr
du temps : « Lan M. IIIJ LXVIIJ fut la Noble Cité de Liege par les maudis Bourgions
pitieusement destruite. » --- Il est vrai, qui eût alors songé à prendre la plume
?

(14)
In die sancti Huberti, Dux declaravit Ecclesias reservari, et residuum incendio
tradi... Eodem die, incoeperunt incendere Civitatem. [Adrianus, ibid.,
p.344.]
Le vendredi 11 novembre, un officier Bourguignon et soixante hommes furent
chargés de brûler toute la Chaussée St~Gilles; ils mettaient de côté ce qu' ils
trouvaient bon, et tuaient les habitants cachés ça et là. Le Béguinage St.-Christophe
fut brûlé avec l'église, « à ceste piteuse ruyne et destruction de la Cité. »
[Nouveaux Statuts des Béguines, de 1482.] --- In die Martini coepit
comburere in Calciata sancti Christophori : habuit secum LX circiter viros, qui auferebant
ea quae invenire poterant, et occidebant Leodienses, quos inveniebant. [Adrianus, ibid.,
p. 345.]

(15)
Chaque matin, on activait avec soin l'incendie. Civitas ex omni parte incendebatur
quotidie... Tamen quotidie comburebat ulterius quod remanserat, et per VII
septimanas semper de mane incoepit comburere in diversis locis. [Adrianus, ibid.,
p. 345.] --- L'incendie fut d'autant plus intense, que les rues de Liège étaient très
étroites, et les maisons construites en bois et torchis (païou).
Le bruit de l'écroulement des édifices était entendu de loin. « A
quatre lieues, nous oyons le bruit comme si nous eussions esté sur le lieu.
Je ne scay, ou si le vent y servoit, ou si cestoit à cause que nous estions logiez sur la
riviere... » [Commines, ibid., liv. II. ch. 13.]
La ruine de Liège eut un retentissement qui porta son nom jusqu'aux
extrémités de l'Europe. Les Annalistes Allemands en parlèrent avec une généreuse
indignation. L'un d'eux , le célèbre Trithème, se déclare impuissant à redire
toutes les cruautés, toutes les abominations que commirent les Bourguignons dans notre
Cité, qui était si remarquable par ses beaux édifices et par ses richesses. Erat
autem Civitas ipsa situ, structuris, aedificiisque pulcherrima ... Rerum omnium copia
multa, et ingentes divitiae, quae omnes in praedam et direptionem saevis hostibus
uno die cesserunt... Hoc miserabile Civitatis excidium per Carolum Burgundiae Ducem
perpetratum, tam fuit crudele, saevum, impium et immane, ut litteris rite commendari meâ
nequaquam operâ possit, licet ab his qui tunc interfuerunt, fuerim informatus.
[Trithemii Annales, t. II, p. 467.]

(16)
In crastino Martini, Dux recessit de Trajecto versus Franchimont... [Adrianus,
ibid., p. 345.]

(17)
Intrans ergo Territorium de Franchemont, occurentes armatos occidit; fugientibus
pepercit, et omnes Villas igne devastavit, et cunctum Populum aut trucidavit, aut
fugavit... Breviter totum Territorium in solitudinem redegit, combustis crudeliter omnibus
domibus Villarum... [Chronicon Leod., dans les Analecta Leod., p.
228.]
« Son armee estoit en deux bendes, pour plustost destruire le Païs; et feit
brusler toutes les maisons, et rompre tous les moulins à fer qui estoient au Païs, qui
est la plus grand facon de vivre quilz ayent. Et chercherent le Peuple parmy les grans
forestz, où ilz sestoient cachez avec leurs biens; et y en eut beaucoup de mors et de
prins; et y gaignerent les gens darmes largement. » [Commines, ibid., ch. 14.]
Dans le Franchimont, on garde encore souvenir de ces tueries et de ces
incendies.

(18)
« Jy veiz choses increables de froit.... Je veiz une femme morte, et son enfant, dont
elle estoit acouchee de nouveau.... Aulcuns de ce Peuple moururent de faim, de froit, et
de sommeil. » [Commines, ibid., ch. 14.]

(19)
Dans ces cent mille personnes tuées, noyées ou pendues, on ne nombre pas celles
qui, obligées de fuir au hasard, périrent de faim et de froid dans les forêts, sur les
chemins, ou dans les pays voisins. Paulo ante aetatem nostram, ab Carolo Duce
Burgundionum ferè ad internitionem et Urbis et Nominis adflicta est. Huic non satis fuit
supra centum puberum et impuberum hominum milia uno die expugnata Urbe trucidasse,... non
in Urbe solum, sed per totam Ditionem, quo nullae Gentis superessent reliquiae. [H.
Thomas, De Tungris Commentarius, p. 63.] --- Cet écrivain, né à Liège vers
1475, ne parle qu'avec douleur de la dernière et affreuse lutte contre le Duc de
Bourgogne. Le souvenir en était encore tout vivant dans le Pays, parce qu'il n'y avait
pas une famille qui n'eût été privée de plusieurs de ses membres, parce qu'il n'y
avait pas un édifice, pas une maison qui, par ses récentes réparations, ne rappelât la
grande catastrophe.
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Godefroid Kurth :
La Cité de Liège au Moyen-Age
Edition L. Demarteau, T.III., pp. 328 et suiv. (Liège, 1909) |
Le lendemain, entre huit et
neuf heures du matin (1), un coup de bombarde et deux coups de
serpentine donnèrent aux deux corps de l'armée assiégeante le signal de l'attaque (2).
Aussitôt, au son des enseignes et
bannières déployées, ils se précipitèrent à l'assaut. Sur trois points à la fois,
à Sainte-Walburge, à Saint-Léonard et à la porte Vivegnis (3),
on combattit corps à corps, l'assaillant passant par les brèches ou escaladant les
remparts avec des échelles. Ce qui restait d'artillerie sur les murailles en ruines ne
laissa pas de causer des pertes sensibles aux Bourguignons, mais la grêle des projectiles
de toute sorte qui pleuvaient sur le petit nombre des défenseurs et l'immense multitude
des assaillants eurent bientôt rendu toute résistance impossible (4).
Débusqués de leurs positions, les Liégeois se réfugièrent dans le quartier de l'Ile,
où se concentra la résistance.
Longtemps encore, Gossuin de Streel et Vincent de Buren
tinrent bon avec leurs amis auprès de l'église Saint-Paul (5).
Semblable, dit un poète, à un sanglier attaqué par des chiens, Buren, « la gloire de
la nation liégeoise », faisait face à d'innombrables ennemis, dont plus d'un tombait
sous ses coups (6). A ses côtés, Gossuin de Streel combattait
avec la même ardeur, et tous deux déployaient cette splendide bravoure qui a mérité
l'immortalité à leurs noms Ils ne lâchèrent pied que lorsque toute résistance fut
devenue impossible; alors ils demandèrent le salut à une fuite encore glorieuse, suivis
de tout ce qui restait de Liégeois en état de porter les armes : il y avait en tout
2600
hommes, dont 8oo à cheval (7).
Tout ce monde fuyait pêle-mêle et sans ordre, se croyant
d'ailleurs en sûreté une fois qu'ils avaient mis le fleuve entre eux et l'ennemi occupé
à piller la ville. Ils avaient compté sans la trahison d'un ami. Un membre de cette
famille de La Marck qui avait été si souvent funeste à la Cité, Louis de Rochefort,
avait tenu le parti des Liégeois en 1467 : après Brusthem, il s'était renfermé dans
une prudente neutralité. Voyant la cause de la Cité perdue, il n'eut pas honte de se
tourner contre elle pour regagner la faveur du duc de Bourgogne. Un grand nombre des
fuyards, Gossuin en tête, tombèrent dans une embuscade qu'il leur avait tendue et
restèrent ses prisonniers.(8)
Les victimes de cet odieux guet-apens;
étaient moins à
plaindre, toutefois, que la multitude des
fugitifs sans ressources, sans armes, presque sans vêtements, qui rôdaient à travers
les rigueurs d'un hiver atroce et périssaient de faim et de froid sur les grands chemins,
marquant leur lugubre itinéraire par les cadavres qu'ils laissaient derrière eux.
Mais il faut rentrer dans la Cité pour assister au drame
épouvantable qui va s'y dérouler. Les Bourguignons y avaient pénétré de toutes parts,
accompagnés de Louis XI qui marchait à la tête des siens, la croix de Bourgogne sur les
habits et criant : « En avant enfants, et vive Bourgogne! » (9)
Arrivés au Marché, on mit quelque temps à arrêter une espèce de plan de pillage par
quartiers (10),
et cette opération, considérée par la plupart des soldats comme la plus
importante de toute la guerre, laissa heureusement à la majeure partie de la population
le temps de s'évader. Il y eut des plaintes au sujet de l'inégale répartition du butin.
Pendant que les soldats du maréchal de Bourgogne, campés sur le Marché, restaient
l'arme au pied pour garder les environs, les Picards, les Hennuyers et les Flamands se
répandaient dans toutes les parties de la ville, et « butinaient les meilleures bagues
»; ils s'adjugèrent même le quartier réservé aux Bourguignons. Un de ceux-ci se
montre indigné de cet attentat : Ils « pillaient tous nos logis, écrit-il, par quoi les
gens de monseigneur le maréchal n'ont rien gaingnié ou bien peu ». Ces pauvres gens, si
odieusement spoliés, durent à la fin se contenter du
quartier d'Outremeuse, « qui est le moindre (11) ».
Il faut noter ces réclamations : elles attestent la parfaite sérénité d'esprit avec
laquelle les hommes les plus cultivés envisageaient l'horrible tragédie du sac d'une
ville. Ce n'était pas pour eux l'explosion inévitable de passions grossières que la
discipline militaire elle-même ne pouvait contenir à certain moments, c'était
l'exploitation légitime et le dépeçage à froid des êtres humains tombés au pouvoir
des vainqueurs en vertu des « lois de la guerre ». Les victimes, dans cette horrible
aventure, ce ne furent pas, au sens de notre auteur, les Liégeois, ce furent les pillards
qui durent se contenter du moindre lot.
Toute la ville partagée en ressorts de pillage et tous les
ressorts distribués, la meute fut lancée sur la proie. En un clin d'oeil elle se
répandit par toute la Cité. Le duc avait défendu de piller les églises et d'attenter
à la vie des prêtres et des religieux ainsi qu'à l'honneur des femmes (12), mais autant eût valu faire de pareilles
interdictions à des bêtes furieuses. En réalité, on n'épargna que la cathédrale et
les trois abbayes de Saint-Laurent, de Saint-Jacques et de Beaurepart, qui étaient
parvenues à se procurer des sauvegardes (13). Encore
Saint-Jacques fut-il à moitié pillé par le bâtard Baudouin de Bourgogne (14). Charles eut lui-même bien de la peine à faire respecter
Saint-Lambert; les soudards essayèrent d'y pénétrer sous ses yeux : il fut obligé de
dégainer et de tuer de sa propre main l'un de ces hommes pour tenir les autres en respect
(15). Tout le reste, sans exception, fut livré à l'armée
pour en faire « à son bon plaisir ».
La soldatesque se rue au carnage avec cette espèce de
fureur sacrée qui semble transformer l'égorgement d'un peuple en un rite religieux :
elle massacre par devoir, elle tue pour le plaisir, égorgeant tout ce qui lui tombe sous
la main. Les femmes et les jeunes filles ne sont immolées qu'après avoir subi les
derniers outrages; les religieuses elles-mêmes deviennent la proie de la luxure (16).
Quantité d'hommes et de femmes, liés les uns aux autres
par grappes de dix à douze, sont jetés à la Meuse « comme des chats », selon
l'expression d'un contemporain (17). Le sang coula jusque
dans les églises, où quantité de gens s'étaient réfugiés (18), et
où le clergé crut un instant calmer la rage des soldats
en allant au-devant d'eux la croix à la main. Le symbole de la rédemption n'arrêta pas
plus ces forcenés que n'avaient fait les défenses du duc (19);
vingt-deux personnes furent massacrées dans l'église des Mineurs, onze dans celle des
Dominicains, et ainsi de suite (20), Il est impossible
d'évaluer le nombre des victimes, que certains témoins réduisent à mille (21), tandis que d'autres, qui semblent mieux informés, parlent de
plusieurs milliers. Un témoin oculaire de la catastrophe écrit avec un détachement qui
fait frémir :
« L'on estime estre mors desdis Liégeois, pour. tout poutaige, de III! à V mille
hommes (22) ».
Dans la fièvre du carnage, on recourait à tous les
genres de supplice pour en finir avec les malheureuses victimes : la noyade et la
pendaison achevaient l'oeuvre de l'épée, et, pendant que les rues étaient jonchées de
cadavres baignant dans leur sang, le fleuve en charriait d'autres et d'autres encore se
balançaient aux fenêtres des maisons (23). On n'épargna
que les rares heureux qui pouvaient se libérer en payant une rançon. Plus d'un fut
obligé de se racheter plusieurs fois, car, échappé aux mains d'un premier groupe de
pillards, il tombait bientôt au pouvoir d'un autre (24). Les
soldats se faisaient d'ailleurs une espèce de jeu de ces alternatives de carnage et de
clémence un florin, un demi-florin, quelques sous parfois leur suffisaient pour faire
grâce de la vie à leurs victimes, et, l'humanité ne perdant jamais ses droits, il
arriva que plus d'un parmi eux racheta lui-même les infortunés dont le salut dépendait
de cette menue somme (25).
On se figurerait à peine l'immensité du pillage. Rien ne
fut épargné, ni églises (26), ni couvents, ni hôpitaux.
Les sanctuaires les plus vénérés n'échappèrent pas aux déprédateurs; on fouilla
jusqu'aux tombeaux pour y prendre les trésors qu'y avaient cachés les Liégeois; on
enleva les objets les plus sacrés, on ne craignit pas de profaner les saintes espèces.
Ici un soldat attend la fin de la communion du prêtre pour lui arracher le calice; là,
on fracture le tabernacle et on jette les hosties sur l'autel; ailleurs, un soudard
emporte le saint ciboire rempli d'hosties et, s'apercevant qu'il est seulement de cuivre
doré, le jette avec mépris en pleine rue avec les espèces eucharistiques qu'il
contenait (27).
Repu des scènes de carnage auxquelles il avait assisté,
Charles le Téméraire rentra vers midi au Palais, où il trouva le roi, qui avait déjà
dîné et qui le complimenta sur son succès. 'Tous deux passèrent ensemble I
'après-midi
en grande liesse, pendant qu'au dehors retentissaient toujours les cris de joie des
pillards, les hurlements des victimes et les chansons de l'orgie qui mélangeait les flots
de vin et les flots de sang (28).
Le lendemain, on continua les massacres et le pillage, et
on procéda à l'enlèvement des innombrables richesses de toute sorte devenues la proie
des soldats. Un témoin oculaire décrit les chariots qui traversaient la ville et les
vaisseaux qui quittaient le port de la Goffe, chargés des dépouilles de toute une
civilisation. On avait jeté et entassé pêle-mêle tout ce qui se laissait enlever : des
lions de cuivre, des colonnes de marbre, des cloches. des lutrins, des vêtements
d'église, des chapes et des chasubles, des ciboires, des vases d'or et d'argent, des
étoffes, des bannières, des statues, des pierres précieuses (29).Tout
cela, emporté au loin, fut dispersé et vendu à vil prix, ou alla enrichir les églises
de l'étranger.
Un inventaire partiel d'objets enlevés, fait au lendemain
du pillage par les soins du Chapitre de Saint-Lambert, nous donne une faible idée de
l'énormité du nettoyage opéré dans les églises et les lieux saints de Liège (30). On y voit mentionner des ornements et des livres de
Saint-Pierre à Ghistelles, des livres et des joyaux de Sainte-Croix à Tibauville et à
Fauquembergue, un lutrin de la même église à Brame l'Alleu, des calices de Saint-Martin
à Aire et à Mouveaux, des bibles de Saint-Paul à Lillers et à Louvain, une croix très
riche de la même église à Becquerel, des livres de Saint-Jean à Thérouanne, à Mons,
à Bruxelles, à Diest, à Heylissem, un encensoir de Saint-Denis à Beaumont, des
coussins, des calices et une chape à Mons, une autre à Reims, des croix à Chimay et à
Tournai; une statue du Christ de Saint-Barthélemy à Dadizeele, avec des livres à
Cambrai, à Moerkerke et à Tournai. Dans d'autres localités il y avait des objets
enlevés aux églises paroissiales de Saint-Christophe, de Saint-Servais, de
Saint-Remacle, de Saint-Hubert, de Saint-Thomas, de Saint-André, de Saint-Georges, de
Saint-Étienne, de Sainte-Foi, de Saint-Martin-en-Ile, de Saint-Nicolas Outre-Meuse;
ailleurs on rencontrait des choses volées aux Écoliers, à Cornillon, à Robermont, à
Saint-Gilles, à l'Hospice à la Chaîne. Les cloches de Saint-Christophe étaient parties
pour Abbeville, celles de Saint-Hubert étaient exilées à Lille, d'autres avaient
émigré à Lons-le-Saulnier (31). Le seigneur de Clémency
rapportait de l'église Sainte-Madeleine une statue d'argent de cette Sainte et un Nouveau
Testament en argent qu'il donna à l'église Saint-Thomas de Cuiseaux (32). A Diest, un dominicain qui y logea le
11
novembre à
l'hôtel du Vent « avait ung
tonniau plein de livres d'egliese donné par messire Oste Gosson » (33).
Jalouses des heureux pillards, des villes réclamaient leur
part des dépouilles : à Namur, dès le 3 novembre, on était en instance pour obtenir
des verrières et des stalles de chur des églises de Liège pour l'église
Notre-Dame (34). « La Cité, écrivait le 8 novembre
un témoin, est bien butinée, car il n'y demeure rien que après feux (35), et, pour expérience, je n'ay pu finer une feuille de papier pour
vous escripre au net, mais pour rien je n'en ai pu recouvrer que en un viez livre » (36)
Pendant que les soudards partaient avec le butin, d'autres
scènes non moins cruelles se préparaient. Le jour du pillage, pendant l'après-midi que
le duc et le roi passèrent ensemble au Palais, Charles, qui ne voulait épargner à son
prisonnier couronné aucun genre d'humiliation, lui avait posé cette question :
« Qu'est-ce qu'il faut que je fasse maintenant de cette
ville ? »
Et Louis, avec un cynisme égal à l'ironie du duc, avait
répondu :
« Beau cousin, mon père avait près de sa chambre à
coucher un arbre très élevé dans les branches duquel avaient niché des corbeaux. Comme
ces oiseaux le fatiguaient par leurs croassements, il fit, à deux reprises, détruire
leur nid. Cela ne les empêcha pas de revenir l'année suivante nicher dans le grand
arbre. Alors mon père fit abattre l'arbre, et depuis ce temps il put dormir en paix
» (37).
Le duc n'avait pas besoin des conseils du roi félon pour
aller jusqu'au bout de son uvre de vengeance et d'inhumanité. Dans son orgueil
démesuré, il se prenait pour un justicier et rêvait de donner au monde, sur un
théâtre plus vaste, une nouvelle représentation de la tragédie de Dinant. Il avait
condamné Liège à périr comme son peuple, et il choisit, pour procéder à
l'exécution, le lendemain 3 novembre, jour particulièrement cher à la Cité, puisque
c'était la fête de son fondateur saint Hubert.
Le 3 novembre donc, pendant que Louis XI, libre et
déshonoré, partait avec ses 1200 lances, et que l'on continuait de pendre ou de noyer
les Liégeois qu'on trouvait encore dans la ville abandonnée (38),
les démolisseurs se mirent à l'uvre. Charles avait
décidé que tout devait être détruit et incendié, à la seule exception des églises
et des maisons des chanoines, « afin qu'il peult demourer logis pour faire le divin
service » (39).
Ce fut un long et ardu travail que celui de la destruction
systématique d'une ville entière : on y mit sept semaines. Charles avait fait venir de
Maestricht, de Tirlemont, de Huy et de Namur tous les manouvriers et charpentiers qu'on pu
trouver, pour démolir les maisons environnant les églises qu'il voulait sauver (40). Guidés par leurs vieilles haines
de voisinage, les démolisseurs accoururent
par milliers. Un corps
de pionniers limbourgeois, sous les ordres de Frédéric de Wittem, sénéchal de ce
duché, se chargea de continuer la funèbre besogne, et l'on peut se figurer quelle ardeur
y mirent ces hommes, qui avaient à venger sur les Liégeois les cruelles souffrances
infligées à leur patrie dans la guerre de 1465
(41).
En vain le prince-évêque et les tréfonciers, appuyés
par Humbercourt lui-même, supplièrent ils le duc d'épargner au moins le quartier de
l'Ile, pour y loger les ouvriers et manuvres indispensables au service des églises.
Charles fut inflexible : épargner une partie de la ville, c'était la ressusciter toute
entière, et il refusa (42).
Tous les jours, les équipes de Frédéric de Wittem
brûlaient un autre quartier et veillaient à ce que l'incendie n'en laissât rien
subsister. Le lendemain. on allait recommencer le même travail plus loin; on avait ainsi
l'occasion d'achever le pillage et de massacrer les malheureux qu'on trouvait cachés dans
les maisons (43). La démolition du Pont des Arches fut
confiée aux Maestrichtois, qui se mirent à l'uvre le 22 novembre (44); celle du Pont d'Avroy était réservée aux Hutois, mais ils
partirent sans avoir rien fait, peut-être par pitié pour la grande ville qui était leur
sur aînée, peut-être aussi par dégoût pour une tâche apparentée à celle du
bourreau (45).
Le duc surveillait l'uvre de destruction. Il y
assista jusqu'au 9, puis il partit pour Vivegnis, d'où il put contempler le spectacle de
la ville qui flambait. C'était chose épouvantable d'ouïr à cette distance le bruit de
la destruction (46), comme si on avait été sur les lieux.
Apprenant que le travail n'avançait pas à son gré, il envoya de Maestricht un corps
supplémentaire de troupes sous un capitaine de Savoie, pour brûler ce que Humbercourt
avait épargné. En même temps, il ne permettait pas à l'exécuteur des hautes
uvres de chômer, et il faisait décapiter sous ses yeux l'ancien maître Ameil de
Velroux, que ses soldats avaient fait prisonnier au mépris du droit des gens, le jour où
ils arrêtèrent le légat (47). |
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(1) Comines, t. I, p. 164, dit huit; Masilles, 1. c., écrit neuf; Haynin, t.
I, p. 79, écrit dix; de même Adrien, p. 216; Thierry Pauwels, p. 222, dit entre neuf et
dix heures.

(2) Sur la destruction de Liège nous ne possédons pas moins de sept
relations dues à des témoins oculaires : ce sont celles d'Adrien et d'Ange de Viterbe,
qui écrivent du côté liégeois, et celles des bourguignons Haynin, Comines, Olivier de
La Marcbe, Loisey et Masilles. Il faut y ajouter les récits des contemporains Jean de
Looz, Henri de Mericà, Thierry Pauwels, le cardinal Piccolomini, la Chronyk der Landen
van Overmaes, la Koelhoffsche Chronik et enfin le Magnum Chronicon
Belgicum qui, bien qu'oeuvre de compilation, contient sur le sac de Liège diverses
particularités puisées à bonne source et manquant ailleurs.

(3) Selon plusieurs témoins dignes de foi, la ville fut assiégée et
envahie de trois côtés.
«.Le dimanche après, à heure de neuf heures, baillasmes
l'assault par le quartier de mondit seigneur le duc, par le quartier de Philippe
monseigneur de Savoie, et par le quartier de monseigneur le maréchal que sont trois
assaulx en divers lieux, à l'environ de la dicte Cité. » Jean de Masilles, p. 32,
« Et se fut ordonné qu'on l'asauroit par III costés
comme on fit, et contenoit ledit asault depuis la rivierre envers la porte de Tret jusques
à la prochaine porte en dessous de la porte Sainte-Waubue, en aprochant la porte
Sainte-Marguerite ». Haynin, t. Il, p. 79.
« Igitur Karolus dux - -- decrevit civitatem tribus
exercitibus debellare. In quorum primo ipse Ludovicus, rex Franciae, Karolus, dux
Burgundise, Ludovicus comes Sancti Pauli, conestabulus Franciae, cum pluribus aliis - --
In exercitu secundo a parte Trajectensium fuerunt dux Borboniae, archiepiscopus
Lugdunensis et dominus de Beaujeu fratres, Philippus de Sabaudia frater ducis Sabaudiae.
-- - In tertio fuerunt dominus de Blammont, marscalus Burgundiae, Anthonius bastardus de
Burgundia, Adolphus de Clivis et Marka, dominus de Ravenstein. - - - »
Thierry Pauwels, p. 222. La même chose est affirmée dans un rapport fait à la ville de
Francfort-sur-le-Mein, qu'on trouvera à l'Appendice.
Au contraire, selon Comines, t, I, pp. 164, 165 et 166, et
le cardinal Piccolomini, p. 381, on n'attaqua que de deux cotés. Qui croire? Il me semble
que la difficulté sera levée si l'on admet que le corps campé au nord de la ville
était divisé en deux, dont l'un avait pris position devant 1a porte Saint-Léonard et
l'autre devant la porte de Vivegnis. Bien que ces deux portes fussent fort rapprochées
l'une de l'autre, les échauffourées qui se produisirent de ce côté le 25 et le 26
semblent avoir décidé le duc à y renforcer ses troupes, ce qu'il fit. Nous voyons par
Haynin lui-même qu'encore le 26, Ravenstein, Philippe de Savoie, et le maréchal de
Bourgogne se trouvaient ensemble devant la porte de Vivegnis.

(4) Il faut ici relever quelques inexactitudes popularisées par
l'autorité presque exclusive, bien qu'injustifiée, dont a jusqu ici joui Comines. Il
écrit, t. I, p. 168 :
« Comme l'on vint pour cuider joindre aux poins, on
ne trouva une seule deffense; ny de nostre costé n'y avoit que deux ou trois hommes à
leur guect, car tous estoient allez disner, et estimoient, pour ce qu'il estoit dimanche,
que ons ne les assauldroit point, et en chascune maison trouvasmes la nappe mise. »
Sur le premier point : l'absence de défenseurs aux remparts, l'assertion
d'ailleurs invraisemblable de Comines est formellement contredite par les témoignages de
Haynin, t. II, pp. 79-80; d'Ange de Viterbe, 1493; du cardinal Piccolomini, p. 381, et de
Thierry Pauwels, p. 222. Sur le second point, comment Comines peut-il dire que tous les
Liégeois étaient allés dîner à huit heures du matin? La nappe qu'il aura trouvée
dans diverses maisons, c'était celle du souper de la veille, les habitants, dans leur
détresse, n'ayant pas pensé à desservir la table le lendemain.

(5) Ange de Viterbe, c.
1497.
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(6) |
Pugnabat tectus bonoro
Tegmine et hastato simul hostes ense fugabat.
Hunc contra veniunt centum fulgentibus armis
Burgundi et saevis vexabant ictibus. 111e
Sicut aper canibus circum latrantibus omnes
Dissipat atque hastâ terret vultuque minaci.
Jam dederat letho multos. |
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Ange
de Viterbe, I c.
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(7) Ange de Viterbe, 1. c.

(8) Sur ce personnage, v. de Chestret, Histoire de la maison de La
Marck, pp. 135-138; Lamotte. Étude historique sur le comté de Roche fort,
pp. 164-168; Henrard, p. 98. Comines, t. I, p. 167, fait manifestement allusion à
Louis de La Marck : « Ung chevalier demeurant au pays, qui avoit tenu leur parti
jusqu'à cette heure, en destroussa bien une grande bande, et pour acquerir la grasce du
vainqueur l'escripvit audit duc de Bourgogne, etc. »

(9) Haynin, t. Il, p. 80; Onofrio, p. 175; Ange de Viterbe, col. 1494; A.
de Loisey, p. 29: Masilles, p 33; Henri de Mericâ,, p. 176.

(10) Adrien, p. 216.

(11) Loisey, p. 29; Masilles, p 33. Haynin, t. Il, p. 81: Dont les
aulcuns furte très bien portés et eurte du gagnage bien et largement et les autres ».

(12) Haynin, t, Il, p. 89 : « Il garda et fit garder et
preserver de tout son pooir de fu et de pilleries les eglises et toua les biens qui i
estoient apartenans, et pareillement les gens d'église de non estre ranchonnés, femmes
ne enfans pareillement. » C'est ce que dit une charte de Saint-Paul du 16 janvier 1469
dans le Cartulaire de Saint-Paul, p. 486. V. d'ailleurs les actes du 26 décembre
1468 et du 5 août 1469, par lesquels Charles ordonne de restituer les objets volés aux
églises, sous peine de comparaître devant son grand Conseil, dans Schoonbroodt, Inventaire
des chartes de Saint-Martin à Liége, no 563, p. 169.

(13) Adrien, p. 216; cf. Brouwers dans Chronique
archéologique du Pays de Liége, janvier 1906, pp. 2-6. De ce nombre aurait été
également l'église Saint-Pierre, au dire du Magnum Chronicon Belgicum, p. 433;
mais on verra plus loin qu'elle fut pillée aussi.

(14) Ange de Viterbe, col.
1495.

(15) Comines, t. I, p. 166 : « Je sçay que à son arrivée il
tua ung homme de sa main, et le veiz. » Olivier de La Marche, t. III, p. 87, dit qu'il en
tua deux ou trois. « Nonnullos perimit », écrit de son coté Ange de Viterbe, col.
1497. Il faut ajouter que si la cathédrale ne fut pas pillée par les soldats, elle n'en
fut pas moins dépouillée de son trésor, qu'on enleva jusqu'à l'argent de sa grande
couronne de lumière, et qu'un instant il fut question d'enlever même la châsse de saint
Lambert. Adrien, p. 219.

(16) Ange de Viterbe, col. 1495; Adrien, p. 216 et 220; Piccolomini, p.
381; Thierry Pauwels, p. 223. Adrien insinue, p 216, avec sa manière réservée : De
mulieribus ac virginibus quod factum sit ignoro. Plus loin, il rapporte avec admiration et
reconnaissance que, grâce à Humbercourt, dans tout le quartier de Saint-Laurent il n'y
eut « nulla mulier constuprata aut violenter abducta ».

(17) Ancien
manuscrit cité par Fisen, Il, p. 276.

(18) M. Pirenne, t. 11, p. 304, écrit que « le clergé,
par crainte de la soldatesque et de la colère du duc, leur refusa l'asile de ses
églises. » Adrien, p, 214-215, cité par lui, dit simplement avoir donné ce
mauvais conseil aux églises; il ne dit pas qu'il fut suivi, et de fait nous voyons qu'il
ne le fut pas, car lui-même nous parle des massacres qui furent commis aux Mineurs, aux
Dominicains, à Saint-Denis. De son coté, Haynin, t. Il, p. 81, écrit : « La plus
parte des gens d'église et pluseurs autres gens de bien et pluseurs femmes s'estoite
retrais ès églises. » Nous voyons aussi que beaucoup de laïques avaient mis
leur avoir dans des sacristies ou dans les trésoreries des églises; v. Adrien, p. 219 :
dux dedit omnia bona quae reposita fuerant ia tbesauraria S. Lamberti, sive canonicorum,
sive laïcorum, Antonio bastardo fratri suo.
 |
|
(19) Ange de Viterbe, col. 1494; Piccolomini, p. 381. Spoliati sacerdotes
atque occisi, ajoute cet auteur qui est seul à mentionner des prêtres massacrés; Ange
de Viterbe, 1. c., semble l'insinuer aussi : |
|
Burgunda phalanx - - - sacra ante altaria mactat ----
Saeva virum sacrum.
 |
(20) Adrien, p. 216.

(21) Haynin, t. Il, p. 81. Koelhoffsche Cronik p. 821. 
(22)
Jean de Masilles, p. 31. C'est aussi le chiffre approximatif donné par Antoine de
Loisev, p. 30, mais avec une réserve notable : « L'on a bien tué des dits Liégeois,
tant à l'assault que ès escaremoches, que à l'entreprinse qu'ils firent,
environ de trois à quatre mille, comme l'on dit par deçà. »
Ange de Viterbe, lui, col. 1494. arrive à 4.000 tués exclusivement lors du sac : |
|
Duo milia victi
Mersa hominum in Mosam, totidem et datacorpora letho
Aut hasta, aut gladiis. |
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On voit combien peu, cette fois encore, on doit se fier à Comines, d'après lequel, t. I,
p 165, « il ne mourut point deux cents personnes en tout ».
Quant aux calculs des écrivains modernes, dont les
chiffres se gonflent à mesure qu'ils s'éloignent de la date des événements, il n'y a
aucun lieu d'en tenir compte.
 |
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(23) Ange de Viterbe, I. c.

(24) Ange de Viterbe, col. 1494; Loisey, p. 30; Koelhoffsche Chronik,
p. 821 : on se rachetait pour un florin ou un demi-florin. Un manuscrit cité par
Fisen, Il, p 276, va plus loin : « Et contigit aliquando ut si quis quinque vel sex
stuferos obtulisset civis unus redimi potuisset, nec redemptor inveniebatur ».
Il y a aussi des détails légendaires, notamment ceux que
rapporte le Koelhoffsche Chronik, p. 821 : « Si namen die swanger vrauwen
ind vrauwen mit iren kinderen ind anderen jonferen ind dreven si xo schift ind voirten die
in die Maese--- also heischt dat wasser dat bi der selver stat vluist ---ind boirten
lochere in die schif ind stiessen zappen in die locher, ind aIs si in dat wasser komen
waren, zogen si die zappen uis ind liessen also jemerlichen die vursz. Vrauwenpersonen
verdrinken, der vil dairnae gelent ind geviscliet wart, hoe die moder mit irem kinde, dat
tuschen ind binnen den armen erdrunken was. »
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(25)
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Nonnulli insignes
pietate animoque verendo
Quamvis Burgundi, fieri dum talia cernunt
Hos redimunt propriis nummis, etc. |
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Ange
de Viterbe, col. 1494.
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(26) « Toutes les églises --- ont estez
pillées, reservé Saint-Lambert. » Loisey, p. 29.-- - « Toutes les esglizes au
nombre de IIIIe (sic) ont esté pillées, desrobées, desolées. »
Jean de Masilles, p. 33. --- « Des aultres esgîises (sauf la cathédrale) ----- la
plupart furent pillées soubs couleur de prendre prisonniers. » Comines, t I, p. 166.
---- De même Haynin, t. II p. 81, qui dit que Charles avait défendu de piller les
églises et qu'elles le furent malgré sa défense, « car le prinche ne peult estre
partout ».--.- Cf. encore Jean de Looz, p. 61.

(27) Magnum Chronicon Belgicum, p. 433.

(28) Comines, t. I, p.
167.
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(29) Ange de Viterbe. col. 1500 : |
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Innumeros
terra currus et flurnine naves
Spectavi plenas opibus, nec pondera tanta
Quadrupedes portare queunt : vidi ipse columnas
Marmoreas ferri et statuas pulchrosque leones etc.
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(30) Bormans, Liste d'objets enlevés de Liège, en 1468, par les soldats
de Charles le Téméraire (BIAL, t. VIII, 1866).

(31) Olivier de La Marche, t. III, p. 87, note des éditeurs.

(32) Le même, 1. c.

(33) Bormans, o. c. Selon les éditeurs d'Olivier de La Marche, 1. c.,
on croit qu'un magnifique retable de N. -D. de Beaune fut pris à Saint-Lambert de Liège.
Mais 1° Saint-Lambert ne fut pas pillé; 2° il semble qu'il y ait confusion avec le beau
retable du jugement dernier, aujourd'hui au Musée de Beaune, qui fut donné à la
chapelle de l'hôpital de cette ville par le chancelier Rolin et commandé par celui-ci à
Roger Van den Weyden; v. A J. Wauters, La peinture flamande, p. 60, et Boudrot, Le
Retable de l'Hôtel Dieu de Beaune, Beaune. 1875.

(34) Bormans, Cartulaire
de Namur, t. III, pp. 154-155.

(35) C'est-à-dire :
il ne reste que ce qui peut rester après un incendie.

(36) Loisey, p.
3o.

(37) Adrien, p.
218.

(38) Loisey, p. 3o;
Comines, t. I, p. 170.

(39) Comines, 1.
c.

(40) Henrard, p.
95.

(41) Comines, 1. c. ;
Thierry Pauwels, p. 231.

(42) Adrien, p.
210.

(43) Adrien, p
220.

(44) Dux dederat
Trajectensibus optionem quod vel irent secum, vel deponerent duos arcus pontis arcuum ;
qui elegerunt frangere pontem unde postmodum multum doluerunt. Adrien, p. 221; Comines, t.
I. p. 170.

(45) Adrien, p. 221.

(46) Comines, t. I p. 170, prétend avoir entendu ce bruit de
Maestricht. D'autres disent qu'on voyait d'Aix-la Chapelle les flammes de l'incendie qui
consumait la Cité; v. Bovy, Promenades historiques au pays de Liège, t. 1, p. 32;
Henrard, p. 95. C'est là ce que j'appellerai des légendes spontanées, qui naissent
toujours dans les mêmes circonstances.

(47) Adrien, p. 220.
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