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H. Lonchay
Biographie nationale T.XIV, pp. 313 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
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MELART (Laurent), bourgmestre
de Huy et historien, naquit à Huy en 1578. Il appartenait à une famille
aisée ; son père avait été maïeur de la cour de justice en 1568. Lui-même
fut quatre fois bourgmestre, en 1632, 1633, 1635 et 1640. Il mourut en 1641,
quelques semaines après la publication du livre qui a sauvé son nom de
l'oubli et qu'il avait intitulé : Histoire de la ville et chasteau de Huy
et de ses antiquités avec une chronologie de ses comtes et evesques par
Laurent Mélart, bourguemaistre dedit Huy. Ce travail, auquel il n'eut
pas le temps de mettre la dernière main et qui parut à Liège déparé par de
nombreuses fautes typographiques, raconte l'histoire de Huy et de la
principauté de Liège jusqu'en 1612, année de la mort d'Ernest de Bavière. Il
est dédié à Ferdinand de Bavière, successeur d'Ernest. Simple compilation
pour les siècles antérieurs au XVe, dépourvue de tout sens critique comme la
plupart des chroniques de cette époque, l'Histoire de la ville et chasteau
de Huy ne laisse pas d'offrir quelque intérêt pour le temps où vécut Mélart.
On y trouve, par exemple, des détails curieux et saisissants sur la
surprise de la petite forteresse, en 1595, par Héraugier, le hardi
gouverneur de Bréda, et la reprise de la ville par les Espagnols du comte
de Fuentes. Mélart fut témoin des atrocités inouïes commises par les vainqueurs, et il les décrit
dans une langue pittoresque, dont la naïveté atteste la véracité.
Mélart avait épousé Christine Heeren, de
Montenaeken. S'il faut ajouter foi à un acte provenant de
l'ancien couvent des Récollets et conservé dans une chronique manuscrite (1),
notre bourgmestre aurait épousé en secondes noces Marie Mercier. Il fut
enterré au Val-Notre-Dame, convent situé près du Huy et dont il était syndic.
Nicole, la fille qu'il avait eue de Christine Heeren, épousa
Jean-Toussaint Wauthier, qui fut bourgmestre de Huy eu 1657. De ses deux
frères, l'un Henri, qui vivait en 1622, exerçait les fonctions de prélocuteur ou d'avoué, et le second, Oger, épousa Anne Marguerite de La
Bloquerie. Voilà à peu près tout ce que l'on sait de Laurent Mélart et de
sa famille (2). |
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H.
Lonchay. |
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Vierset-Godin,
les Bourgmestres de Huy, 1595-1890. (On y voit
les armoiries de Mélart.) - Kempeneers, De oude vrijheid Montenaeken. - Ferd.
Hénaux. Laurent Mélart, dans le t. IV de la
Revue de Liége. - Laurent Mélart, Histoire de la ville et du chasteau
de Huy,
précitée (Liège, 1641). -- Histoire de la ville et
du
chateau de Huy, d'après
Laurent Mélart. continuée jusqu'à nos jours par F. Gorissen (Huy, 1839). |
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(1) Historia domus Huensis F.F. Minorum Recollectorum
ab anno 1632 usque ad annum 1687. Bibliothèque communale de Huy.
Page 361, on y lit :
« Que le père supérieur ou gardien de ce couvent se souvienne que Dlle
Marie Mercier, espouse d'honorable Laurent Mélart, jadis bourgeoise de Huy,
outre plusieurs bienfaits pendant sa vie, par testament a légaté à ce
couvent trois mille florins à payer immédiatement après la mort de sa fille
Josine, dépourvue d'esprit. » Mr Dubois, secrétaire communal et archiviste
de Huy, qui nous a obligeamment communiqué le résultat de ses recherches sur
Mélart - recherches qui malheureusement sont restée le plus souvent
infructueuses -, nous fait remarquer que les registres paroissiaux ne
mentionnent pas ce deuxième mariage.
(2) On conserve aux archives de Huy
deux lettres de Mélart : l'une, où il remercie ses collègues de l'avoir
élevé à la magistrature suprême et se plaint de la charge qui en résulte
pour lui ; la seconde, où il demande au conseil l'autorisation de
transformer une maison appartenant au couvent du Val-Notre-Dame dont il
était syndic.

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Ferd. Henaux
Revue de Liège T. IV, pp. 77 et suiv. |
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LAURENT MELART |
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Il est juste d'accorder de
l'estime à l'écrivain
qui remplit consciencieusement sa tâche.
DE REIFFENBERG
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En lisant les divers traités
historiques relatifs au pays de Liége, on ne tarde pas à s'apercevoir que
là, comme ailleurs encore, le naturel et le bon sens sont plus rares qu'on
ne croit. Tous les siècles n'ont pas osé se les permettre, et les trois
derniers moins que tous les autres. Cette timidité, fausse ou préconçue,
n'est pas difficile à expliquer. N'osant arborer aucun étendard politique ou
philosophique, dominés par des préjugés religieux ou de caste , fourvoyés
par des rhéteurs pédants, et comprimés dans tous les sens, la plupart de nos
vieux historiens étaient réellement dans l'impuissance de se faire remarquer
par la justesse de leurs jugements ou la profondeur de leurs pensées, et
moins encore par la manière de les émettre , qui n'est ni simple ni
énergique, ni même naïve. Un seuil se distingue entre tous par la verte
rectitude de son esprit et l'indépendante vulgarité de l'idiome dont il lui
a plu de se servir. C'est Melart. Comme il ne vieillira jamais, il est bon
de rechercher ce qu'il fût , et de tâcher de faire apprécier son ouvrage.
LAURENT MELART vit le jour à
Huy en 1578. Le hasard ne le fit naître ni noble ni riche, bien que sa
famille vécût dans une honnête aisance. S'il en sortit, il ne le dut qu'à
lui-même. Il fut donc le fils de ses œuvres. En 1595, on le voit déjà,
quoique seulement âgé de dix-sept ans, donner des preuves de sang-froid et
d'intrépidité en s'armant pour repoussez les Hollandais, qui assiégeaient
Huy. C'était sans contredit commencer bien jeune à se vouer au bonheur, au
bien-être de sa ville natale. Son patriotisme éclairé, sa vie simple,
courageuse, incorruptible, l'avancèrent aux honneurs. Les suffrages de ses
concitoyens le revêtirent jusqu'à trois fois de la charge consulaire. Ce fut
pendant sa magistrature de 1641 qu'il songea à publier son histoire, à
laquelle il travaillait depuis près de vingt ans. Une maladie assez grave
l'empêcha d'en surveiller lui-même l'impression, que déparent d'assez
nombreuses fautes typographiques. Par un funeste pressentiment, il se hâta
de faire paraître son œuvre ; la distribution en eut lieu vers la fin du
mois d'août 1641. Trois semaines après, comme si cette publication avait dû
forcément clore sa vie laborieuse, Melart descendait dans la tombe. Il était
âgé de soixante-trois ans (1). Conformément à ses dernières volontés, son
corps fut porté an Val-Notre-Dame, abbaye de femmes de l'ordre de Citeaux,
située près de Huy. Une modeste pierre, ornée d'un long chronogramme, marqua
l'endroit où reposait l'écrivain que des étrangers se plaisaient à nommer
une des grandes gloires de son pays (2).
Ces détails sur la vie de
Melart, quoique fort incomplets, décèlent son cœur et suffisent pour faire
partager le caractère de son Histoire. Avant tout, en effet, il est citoyen,
mais plutôt citoyen du pays de Liège que bourgeois orgueilleux de la ville
de Huy. Cette considération est plus essentielle qu'on ne le pense. Nous
nous expliquons.
A tontes les époques de son
histoire, deux éléments principaux vivifient la population liégeoise.
L'élément religieux, qui fait du pays une principauté avec un chef spirituel
; - l'élément démocratique ou libéral, si cette dénomination peut être
reportée de trois siècles en arrière, avec le sens qu'on lui donne
aujourd'hui ; élément qui en fait une république fédérative avec un
président électif, dont le caractère sacerdotal s'effaçait toutes les fois
qu'il s'agissait d'intérêts politiques ou sociaux.
Pour se faire une idée juste
de notre histoire, il faut donc toujours distinguer l'élément religieux de
l'élément libéral, et se pénétrer de cette vérité qu'ils étaient tout à fait
indépendants l'un de l'autre, étrangers l'un à l'autre, et qu'ils ont
toujours eu des destinées diverses. Cela résultait du système même de
liberté qui nous régissait, et quoique cette communauté d'existence de
principes si souvent opposés par leur tendance, et si rapprochés par le
terrain où ils devaient se débattre, soit assez difficile à concevoir
aujourd'hui, puisque les Liégeois étaient ainsi sujets et citoyens, toujours
est-il qu'il faut l'admettre parce qu'elle a toujours existé chez nous, et
reconnaître que nos pères avaient séparé et défini, d'une manière exacte et
précise, selon leurs idées du moins, le cercle où pouvaient se mouvoir leurs
droits et leurs privilèges, et celui dont ne devait point sortir le chef
ostensible de l'État.
Tous nos historiens avaient
fait marcher de front ces deux éléments : c'était fort bien ; en cela ils
n'étaient que les narrateurs forcés d'une pratique constante et qu'ils
avaient tous les jours sous les yeux ; mais en fondant ensemble et dans une
même narration l'histoire ecclésiastique et l'histoire civile, ils
sacrifiaient communément celle-ci à la première : c'était commettre une
grande faute. Toujours ils lui font occuper le premier rang. Le récit d'une
fondation de moûtier, de la canonisation d'un saint, de la mort d'un
chanoine ou de l'introduction d'une nouvelle règle de discipline, avait le
pas sur la conquête d'un privilège qui améliorait la condition civile et
politique de nos pères. Sur l'Église, des volumes ; sur l'État, pas un mot
ou à peu près. L'accessoire passait chez ces historiographes pour le
principal.
Cette manière d'écrire l'histoire offrait
nécessairement, outre une grande monotonie, le défaut plus capital d'un
silence absolu sur des points d'un intérêt tout aussi légitime. A chaque
instant, le récit était coupé pour y intercaler à sa juste date un fait
minutieux et peu intéressant. Aussi, aucune narration n'était-elle complète
: pas de détails heureusement groupés, pas d'événements insensiblement
déroulés. On se hate, on passe vite sur tout ce qui ne tient pas à l'église,
et l'on s'étend complaisamment sur l'histoire ecclésiastique aux dépens de
l'histoire politique. La première a donc nui essentiellement à la seconde.
Au moins, si l'on s'était contenté de passer parfois celle-ci sous silence!
Mais non : elle était encore en butte à des exagérations intéressées (3).
C'est-ce que comprit judicieusement Melart. Dominé par cette idée, il tâcha
de se rendre maître de son sujet.
A cet
effet, il rejeta de son plan tous les détails que ses devanciers
avaient complaisamment préférés. Sous sa plume, nos annales furent enfin
dépouillées de la livrée théologique. Il choisit avec une habileté éclairée
les événements, les décrivit d'un style animé et attrayant, scruta leur
esprit, leurs causes et leurs effets, et, surtout, rechercha avec soin les
principes et les variations du droit public. Pour la première fois, notre
histoire trouva un interprète digne d'elle dans l'ouvrage intitulé :
L'Histoire de la ville et chasteau de
Huy et de ses antiquitez avec une chronologie de ses Corntes et Évesques,
par Laurent Melart, bourguemaistre dedit Huy. - Liège, 1641, in-4° de
547 pages d'un caractère compacte, à part la dédicace, la préface et la
table des matières, qui est très-ample (4).
Son ambition étant d'être lu
par ses compatriotes, Melart écrivit en français. C'était le premier de nos
historiens, depuis l'invention de l'imprimerie, qui cherchait à se mettre à
la portée du peuple. En faisant usage du langage vulgaire pour écrire un
traité historique, il fallait pour cela du courage et même une sorte de
dévouement, car le latin étant la langue des savants, seule, elle attestait
aux yeux des experts qu'un écrivain avait fait de sérieuses études. Un
historien dérogeait donc en recourant au langage vulgaire : des sympathies,
alors assez rares, pour les classes inférieures, un vif désir de leur être
utile en répandant parmi elles des connaissances plus justes et plus vraies
sur notre histoire, avaient pu seules déterminer Melart à ce sacrifice.
En se faisant historien,
Melart savait que l'histoire, selon l'expression d'un vieil auteur, est la
prophétesse de la vérité ; il n'ignorait
point non plus qu'elle prépare des enseignements politiques à la postérité.
« L'histoire, dit-il , qui grave, ou plutôt éternise en la mémoire des
hommes les dicts et faits des Roys et Princes, est leur livre, lequel leur
enseigne non seulement de gouverner leurs Estats et Provinces et de les
policer par bonnes et sainctes loix : mais aussi leur fait voir combien sont
estimez ceux qui s'employent pour l'avancement, défense et maintien de leurs
peuples et sujets. »
C'était assez dire qu'il respecterait
toujours la vérité. Il y avait presque de la témérité dans cette résolution.
En effet, dans ce moment, le pouvoir redoublait chaque jour d'efforts pour
substituer sa volonté à l'autorité des lois ; dans ce moment, le peuple,
pauvre et abandonné à lui-même, s'épuisait pour défendre les derniers
lambeaux de ses libertés, se démenait dans les chaînes dont on cherchait à
le garroter. L'historien devait presque inévitablement se montrer ou
courtisan ou patriote exalté. Melart évita ces deux écueils en prenant pour
guide sa conscience. Pour se mettre à l'abri d'un auguste mécontentement, il
dédia prudemment son histoire «
A l'Altesse de Monseigneur Ferdinand de Bavière,
prince de Liége. » Quand on connait le caractère franc et sévère de notre
auteur, on ne peut lire cette dédicace sans sourire, tant son allure est
obséquieuse et louangeuse. S'il y fléchit les genoux, c'est que, dans cet
instant, il est de «
Monseigneur le très-humble et très-obéissant sujet et
serviteur. »
Sautez quelques pages, il se sera relevé et aura repris toute la dignité que
nous sommes habitués à lui voir.
On se
demandera peut-être pourquoi Melart , homme du peuple, simple bourgeois,
prenait la plume de l'historien dans un siècle où elle semblait chez nous
réservée par privilège aux mains des clercs. C'est qu'il avait juré de
consacrer à sa ville natale sa force, son intelligence, ses soins. Je luy
devois (me semble), dit-il, ce travail, pour l'acquit des obligations
que j'ay à un lieu où j'ay extrait ma vie et puisé mes honneurs. Ses
veilles, ses loisirs, il les consacra
à tirer la
ville de Huy des ténèbres de l'antiquité ; tous ses désirs étaient de
pouvoir la relever du sépulchre où le temps et les siècles l'avoient
ensevelie.
Huy méritait d'être touchée
de la baguette magique d'un tel historien. Après Dinant elle est une des
plus curieuses originalités du pays de Liège. Toujours elle fut
essentiellement industrieuse, commerçante, intellectuelle, démocratique. Les
produits de ses forges et usines, et les tissus de ses fabriques, sont cités
avantageusement dans de vieilles chroniques. Avant le Xe siècle, ses
habitants allaient trafiquer déjà dans l'Allemagne orientale aussi bien
qu'en Angleterre. Dans des temps plus rapprochés de nous, en 1620, elle
avait, entre autres, un poète, Denis Coppée, qu'on surnommait l'Orphée
Hutois (5), et dont la plus grande gloire est d'avoir
fourni quelques idées à Corneille. Au moyen-âge, l'aspect de Huy devait être
extraordinairement pittoresque. Le château, dont d'innombrables tours
ornaient les hautes murailles, était nommé Bien-assis, probablement parce
qu'il était posé sur une montagne d'où il dominait la ville et le cours de
la Meuse : il jouit d'une bonne réputation historique, et, comme jadis , il
protège encore et la ville et le fleuve. D'autre part, depuis l'an 148,
selon de pieuses traditions (6), la ville était justement surnommée
Bien-faite. La Meuse, le Hoyoux et la Méhaigne, en se frayant
capricieusement leur lit, la découpaient en différents quartiers ; et ,
resserrés entre des rochers , ses maisons à tourelles et ses nombreux
édifices religieux tantôt couvraient le penchant d'une colline, tantôt se
cachaient dans le vallon. Il n'était pèlerin, ayant pérégriné ès pays
lointains, qui, en voyant Huy, ne s'écriât avec le pape Grégoire X : En
aucune contrée ne peut estre trouvé si fort chasteau avec ville si munie
(7). Le promoteur des croisades, Pierre l'Hermite, voulut y finir ses jours,
préférant l'amitié de bourgeois francs et hospitaliers à celle des plus
puissants princes..
Il serait superflu de vanter le
patriotisme désintéressé des Hutois, quand on peut citer un monument qui eu
dit plus que des phrases très-éloquentes ; nous voulons parler de cette
inscription, gravée sur les bornes de l'ancienne banlieue de Huy. |
Mieux vaut mourir de franche volonté,
Que du pays perdre la liberté.
A tous les Liégeois paix et concorde :
A leurs adversaires au col la corde. |
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C'est au moyen-âge surtout
que les Hutois ont donné de nombreuses preuves d'intrépidité. Quand ils
combattaient, c'était pour l'honneur ; jamais ils n'ont trafiqué de leur
courage. Nous nous rappelons à ce propos une anecdote curieuse. Après la
bataille de Steppes, en 1213, les Liégeois exercèrent dans le Brabant de
sanglantes représailles. Un parti Hutois, cherchant aventure, aperçut la
ville de Leau, s'en empara et la saccagea. En pillant une église, les
vainqueurs trouvèrent une image représentant le Sauveur assis sur un âne.
Ils s'empressèrent de la transporter sur un charriot, la ramenèrent en
triomphe à Huy, et la déposèrent dévôtement dans l'église du St-Sépulcre.
Cet exploit, ajoute le légendaire, donna naissance au proverbe :
« Que le Dieu
des Brabançons était venu demeurer à Huy (8). Il y a du
chevaleresque dans la conquête de cette statue. Tous les vainqueurs
ne se contentent pas de semblables dépouilles opimes. On ne voit de ces
traits que dans les guerres nationales.
En somme, dérouler les
annales de Huy, c'était une tâche agréable ; en outre, c'était un acte de
civisme pour un Hutois. Cependant, des neuf livres qui composent l'œuvre de
Melart, le premier seul traite des antiquités hutoises (9). Le reste est
réellement une histoire du pays de Liège. Cette singularité
« de ne
pas raconter seulement l'histoire de Huy et de ses bourgeois
», Melart
l'explique en disant que son histoire seroit manchotte et imparfaite, en
sorte que l'on ne sauroit rien comprendre, s'il s'était attaché
exclusivement à celle de Huy. Il n'aurait pu certainement s'occuper des
causes et des effets des événements, des institutions et des mœurs, d'une
manière large , franche, philosophique, telle qu'il en trace les formules
générales dans un |
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SONNET DE L'AUTHEUR. |
En ce livre on verra des siècles
le décours;
A guise d'un torrent, qui jamais ne retourne,
On verra que son flus un moment ne
séjourne,
Ains va
incessamment, coulant, roulant toujours.
Cil qui par droit de sang s'habile de velours
Y aura sa leçon, en quel sens il se tourne,
Verra qu'il est mortel , et que rien
ne s'enfourne
Qu'on n'ait veu ci devant en vogue et en plain cours.
L.'artisan, le marchand l'advocat et le juge,
Tous verront qu'il n'y a asile ni refuge
Pour grands ni pour petits contre la faux du temps,
Qui, sans
distinction, coupe les uns en herbe,
En fleur, et en bouton, et des autres en
gerbes,
Et qu'en vain les mortels s'en
vont luy résistans. |
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Dans
les préliminaires de son travail, Melart cite ses principales sources :
elles sont en grand nombre et aujourd'hui encore elles ont une véritable
valeur scientifique. Il y mentionne le fameux Luc de Tongres, dont, quelques
pages plus loin, il discute avec sagacité certaines assertions. En général,
il n'admet un fait qu'après l'avoir pesé, comparé ; craint-il de pêcher
contre la vérité ? il allègue aussitôt son autorité, qui pour lors est une
chronique vénérable ou un légendaire connu. Son profond savoir et son grand
bon sens, qui se prêtent de mutuels secours, sont chaque jour révélés par la
critique moderne la plus positive. Sa probité comme historien n'est pas
moins à l'abri de tout reproche. On a pu le tromper, mais lui, certes,
n'aurait jamais consenti à le faire. Comment refuser son adhésion à ce qu'il
nous raconte, quand on l'entend incessamment répéter :
Je me suis fourré dans l'antiquité pour scavoir tout
le fait de ceste histoire, et ay recherché curieusement ce qui a esté cotté
et recherché des vieux manuscrits.
En
écrivant l'histoire, Melart comprenait qu'il s'engageait à exercer une
magistrature d'une haute importance. Il entre parfaitement dans son rôle.
Quand il a raconté un fait , il le juge : J'adjouteroy icy mon jugement,
dit-il quelquefois. Il émet alors avec candeur ses conclusions, qui sont
saines, convenables, et toujours pour la bonne cause, en ce sens que le plus
souvent il conclut en faveur du populaire contre les puissants. Dans les
luttes civiles, comme on sait , il y a ordinairement cent à parier contre un
que les réclamations du peuple sont justes, utiles, nécessaires. Pour
éclairer la vérité, il est bon par conséquent que l'historien recueille avec
soin les lamentations des pauvres bourgeois, alors même que des princes
ambitieux et avares ne leur auraient laissé autre chose
que la langue pour raconter leurs misères.
Quoique nous tenions à être sobre de citations, nous ouvrirons au hasard le
livre de Melart et copierons un passage pour donner une idée de la naïve
simplicité de son style.
« Mais ce comte
(Basin, comte de Huy) ( 10
), sur le solstice de sa gloire, peu après estant retourné à Huy, fut
attaqué des goutes et podagres, qui le rendirent en delà casanier et
inutile, et degenerant
de son courage et de sa vertu première, se donna au luxe et aux voluptez,
tant qu'il peut. Ce sont souvent les fruicts de l'abondance et des
richesses, lesquelles il consomma en toutes sortes de jeux , d'esbats, de
debauches et profusions, tant qu'enfin s'en voyant les mains vuides et
degarnies (je chante une palinodie), il se mit à escorcher ses sujets de
tailles et imposts, ravissant leurs biens à tort, à droit, debond et de
vollée, faisant le maistre à tour de bras, despouilloit leurs filles de leur
honneur, ruinoit la liberté des gens de bien, semoit des querelles entre les
grands, se faisant du parti des uns pour suppéditer l'autre, et par après
pour monter sus le dos de tous deux, courant sus à ceux qui s'opposoient à
ses tyrannies, avançant les plus meschans aux honneurs et offices, pour par
eux exécuter ce qu'il machinoit, affaiblissant son peuple et le serrant en
sorte qu'il ne se peust
lever ny rebecquer contre luy, s'acquèrant tous les scelerats, coupe-jarrets
et hommes sanguinaires, pour par leur main destruire et accrazer tout ce qui
tant soit peu faisoit mine de s'eslever ou luy estre advers, jugeant et
condemnant sur des calomnies, impostures et faux rapports, sans ouyr partie
ny justification, ne voulant souffrir que quelqu'un aymast ce qu'il haïssoit,
paissant les hommes de belles parolles, et en derrier leur brassant des
perfidies et trahisons, desquelles ils sentoyent en après les effets ,
n'osant personne regimber ny se remuer, crainte de ses colères et fureurs :
en somme, tyran à mesure comble et tourmentant ses sujets à toute reste, se
fioit que les services qu'il avoit rendus à son Roy, le feroient
impunissable. Combien de fois pensez-vous lecteur que l'on le guignoit et
regardoit de traverse, et que l'on souhaitoit sa mort ? Ceux qui avoient du
sang généreux au cœur espioient l'occasion de la lui donner , et les
timides, en leurs souspirs et gémissemens , de la luy souhaiter.
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Telles sont la plupart des
narrations de Melart ; quand il redevient historien, voici quels sont ses
formes et son langage : |
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Voicy, lecteur, un evesque
d'or que je fais monter sur le théàtre, aymant la paix, la loy et la
justice, la royne de tout le monde, au dire de Pindare ; un evesque ( dis-je
) escoutant ses sujets, sans que les pauvres luy peussent reprocher n'avoir
des oreilles que pour les riches et puissans, ny qu'on luy sceu dire ce
qu'une vieillotte, qui ne pouvoit avoir audience à ses plaintes envers
Philippe de Macédoine, luy avança en barbe : « Sire, si vous ne m'escoutez,
cessez doncques d'estre nostre Roy.
»
C'est un allemand, Franconien , de qui je
vay parler : c'est Jean de Wallenrode, de la maison de Baden, docteur ès
droits et fort homme de bien. Se trouvant au concile de Constance, il fut
pourveu de la dite Evesché, le Pape l'ayant reconnu très-qualifié pour ceste
charge et pour faire la guerre aux hérétiques autant de la plume comme de la
langue , qui estoit fort diserte et éloquente, ce qu'il fit paroistre
en une harangue qu'il fit devant ledit concile, où il emporta le prix des
joustes et convainquit pleinement Jean Wiclef en ses hérésies. Après sa
confirmation, que le Pape luy eut prononcé ses volontez et luy donné seureté
pour son retour, il le congédia et l'envoya gouverner son Evesché, et faire
selon la coustume son entrée en Liège, qui fut splendide et assez convenable
à sa qualité.
Toutes ses actions tant en la
spiritualité que la temporalité, ressembloient au naifve celles des premiers
evesques, et les mouloit au niveau de l'exemple qu'ils luy en avoient
laissé. II n'avoit pas ny ne vouloit de Suffragant ; il faisoit toutes les
functions d'un vray pasteur et evesque ; les tonsures, les sacremens de
confirmation et de l'ordre partoyent de ses mains, et de sa bouche les
prédications ; toujours assistant à toutes les heures canoniales et au saint
sacrifice de la messe , l'Eglise n'avoit depuis plusieurs siècles admis ny
receu en son sein un semblable prélat. Le temporel de l'Estat estoit régit
d'une main droite avec le tenon de la balance, administrant, à manière de
dire, la justice, ne se laissant jamais aller à la corruption. Il ne
conféroit pas les bénéfices, les offices, les dignitez, charges et estats
par recommandations, par prières ny par dons, mais par mérites et selon
qu'il voyoit que les personnes en estoient capables et dignes, soit par
probité de vie, soit pour leur prudence, soit pour leur suffisance. II se
trouvoit parfois aux tribunaux pour y exercer et donner luymesme l'exemple,
sans considération ny acception de personne ; et de fait l'on lit que luy
séant en son lict de justice, et voyant un grand querellant injustement une
vefve, la pensant suppéditer par ses faveurs et moyens et par corruption, il
le reprint de son oppression, luy imposant silence à sa courte honte. Enfin
, sa vie estoit toute exemplaire : c'estoit un homme sainct , digne d'un
siècle vrayment meilleur, et du vieil temps qu'il y avoit tant de saincts,
et des gens de bien. |
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Ces
deux fragments suffisent pour le faire apprécier. C'est là sa manière.
Toujours il procède par longues et laborieuses périodes, mais heureusement
parsemées de mots naïfs, de sentences ingénieuses, de tours hardis, qui font
de ses pages des récits singulièrement originaux. Il est surtout d'un
pittoresque plein de grâce et de naturel avec sa langue à lui, un composé de
wallon et de français, clair quoique bizarre, bienséant tout en étant libre,
qui aide à fortifier la vérité locale et qui, comme le latin, ne travestit
pas en paroles d'évangile les ordres despotiques de prélats hautains, et ne
rend pas fausse et ridiculement psalmodiante la voix un peu rude des
généreux tribuns.
L'effroi des périphrases est propre aux
enfants de la Wallonie, qui, de plus, sont grands ennemis des restrictions
mentales. Melart en est un exemple. En 1603, Ernest réforma le mode des
élections municipales. Cette réformation, que l'Empire approuva, ne plut
point au peuple : on vit éclater des luttes civiles, des partis se former.
Ferdinand de Bavière, successeur d'Ernest, voulut maintenir par la force des
armes la loi de son oncle : quiconque ne l'approuva pas fut déclaré rebelle
et mis au ban comme grignoux. Comment Melart apprécie-t-il la paix de
1603? C'était, dit-il, un remède pire que la maladie. Et, en face
d'un pouvoir excessivement ombrageux, il prouve qu'il existait d'autres
remèdes plus efficaces pour cicatriser les plaies du pays.
S'il
juge nos anciens souverains , il le fait en historien, distribuant fièrement
l'éloge et le blâme, ne déguisant point la vérité, mais la voilant parfois
très-adroitement d'une gaze diaphane. II peint toujours avec une expression
pleine de précision et d'énergie, témoin ce portrait d'Erard de la Marck,
dont le règne, comme souverain temporel, fut réelment malheureux : « ... C'estoit
un Seigneur qui avoit de belles parties, le bon-heur ne le rendant hautain,
le malheur ne l'accablant, le danger ne l'estonnant. Son renom est
encore porté sur les bruyantes aisles de la postérité. Il estoit mesnager,
provide, de bon esprit, prevoiant, et faisant toutes choses avec froideur,
bien que les critiques du temps, comme toutes les actions des hommes ne sont
à tout goust, ains subjectes aux langues, l'esgratignent et
le deschiffrent avoir esté austère en ses façons, sévère en ses
propos, implacable, et ambitieux de gloire : néantmoins, ses vertus
surmontoient de beaucoup ses imperfections.
»
Ces derniers mots sont
remarquables : ils nous apprennent comment Melart jugeait les hommes. Il
mettait en équilibre dans sa balance leurs vertus et leurs vices, et il la
laissait préférablement pencher en faveur de celles-là. C'est en procédant
de cette manière qu'il parvient habilement à solliciter l'absolution du
lecteur pour Notger : Balançant ses vertus contre ses vices,
je voy qu'elles l'emportent incomparablement. En se montrant
humain, notre historien insinuait qu'une bonne action rachète souvent de
grandes indignités. Mais on ne saurait pardonner à Notger : son ambition a
fait trop de mal à la postérité des Henri de Marlagne. C'est l'esprit de
Notger qui a rédigé le règlement de 1684.
Dans tout son ouvrage, Melart
est l'expression vive et originale des faits, des gestes et des paroles des
bourgeois et des vilains de notre bon vieux pays de Liège. Il connait si
bien la nation dont il s'est fait l'historien!
« Le Liégeois est un peuple
facile à se courroucer et aussi prompt à mutinerie que la paille à
s'embraser à l'attouchement du feu...» « Les Liégeois ne sont
pas comme les autres peuples souples et fléchissans à toutes antres lois et
charges que le prince leur veut imposer...... » Le peuple de Liège ressemble
à « une huile qui gargotte en une creuse chaudière, bouillant toujours,
prête à sauter.... »
Les souffrances de
la patrie sont pour lui une occasion de reprendre et de développer avec
avantage sa haine contre la tyrannie. C'est avec du courage et de la
noblesse dans la pensée qu'il raconte l'abaissement de la nation. Les faibles
ont toujours ses sympathies. Il abhorre les privilèges et les exemptions en
fait d'impôts ; il maudit ceux qui atteignent particulièrement les classes
pauvres et nécessiteuses. En tout temps, dit-il, « un
impost sur les grains
est un impost estrange au pauvre artisan et manœuvre, presque aussi
difficile à avaller que broches grenelées ou pieux hérissés,
et dont on devroit damner la mémoire et en supprimer le nom à perpétuité,
car ce sont eux qui en portent presque toute la charge, tel le tirant entre
des peines continuelles de sa vie et de ses bras pour l'entretenance de dix
ou douse enfans qu'il aura , et nul autre revenu, où le riche, n'ayant
qu'une famille de quatre ou cinq personnes, ou moins, n'en est ny froissé ou
que peu intéressé, n'en retranchant son train ou mesnage...
Une
autre qualité, précieuse quoique secondaire, distingue encore
notre auteur : c'est qu'il n'enjambe presque jamais nos frontières. Il veut
être avant tout historiographe domestique. Se poser en historien
cosmopolite, ce serait, dit-il naïvement, forligner à mon histoire.
Aussi, s'empresse-t-il toujours de rentrer dans son sujet en
brusquant un : Je tranche court icy... Je sorte, cela n'est pas de nostre
histoire... De temps à autre cependant, en guise de synchronismes, ou
pour exciter la curiosité de son lecteur, il lance un regard fugitif dans
les Etats voisins, et rapporte brièvement ce qu'il y a vu de remarquable.
L'assassinat de Henri IV attire de cette manière son attention ; il en
raconte avec concision les diverses circonstances, puis il s'écrie non sans
éloquence : «
Quel changement! quel revers! Un Roy grand de nom et
de fait, aymé de ses sujets, crainct et redouté de ses ennemis, honoré de
ses amis et voisins, au plus haut poinct et en l'apogée de ses honneurs,
ayant rendu son renom durable autant que le monde, fait de grandes espargnes,
luy revenant tous les ans dans ses coffres plus d'huit millions d'or, outre
toutes entretenances, frais et despences ; en un moment, et aussi tost
qu'une vessie d'eau qui en naissant se perd, le voir mort ; mort publiée,
annoncée et divulguée par la fame, ou par des génies, je ne scay comment...
Avouons-le de bonne foi ,
l'œuvre de Melart ne se distingue-t-elle pas entre toutes nos histoires, à
part quelques exceptions, soit par la forme, soit par les idées et la
compréhension des faits? En le négligeant pendant près de deux siècles, en
le traitant de vieux radoteur, n'était-ce pas montrer qu'on ne l'avait point
lu, ou qu'on méconnaissait les principes de notre histoire? Son langage est
suranné, il est vrai ; ses raisonnements sont quelquefois d'une médiocre
métaphysique , nous ne le cachons pas ; on écrirait mieux aujourd'hui un
traité d'histoire, nous l'admettons aussi : mais cette supériorité dont nous
nous prévalons, l'aurions-nous sans les événements de la fin du 18e siècle,
qui ont fait faire un pas immense aux idées et à la méthode? Voulez-vous
apprécier justement Melart? Comparez-le à ses devanciers et à ses
contemporains, et prononcez (11).
A Dieu ne plaise que nous voulions faire de Melart un écrivain irréprochable, le donner en modèle parfait, soit pour le
style, soit pour la science. Notre prédilection pour lui ne va pas jusque
là ; nous reconnaissons qu'il a des défauts et plusieurs même ; mais ajoutons
qu'il n'en est pas comptable, qu'ils appartiennent à son siècle, et que ce
siècle croyait fermement aux prodiges et aux sorciers. A part ces préjugés, Melart est digne d'obtenir toute notre estime, et la littérature historique
du pays peut en être fière.
Quant à nous, si nous l'aimons, c'est
parce qu'il a donné aux Liégeois leur véritable histoire, une histoire toute
municipale, et qu'il a cherché à la populariser en faisant usage de la
langue vulgaire ; si nous l'aimons, c'est parce qu'il est impartial, pieux
sans être crédule, hardi dans ses réflexions, démocrate dans ses idées, et
qu'il ne manque jamais de s'attendrir aux accents des voix populaires ; si
nous l'aimons enfin, c'est parce qu'il était bourgeois et, surtout, homme
d'honneur. |
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(1) Voy. Van Der Meer,
Bibliotheca Scriptorum Leodiensium, p. 241, MS. in-fol. qui se trouve à
la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles.

(2) Tel est le langage de Foppens :
magnum regionis patriœque suœ ornamentum. Ce biographe ajoute que Melart
était un homme versé dans l'économie publique et dans la science
gouvernementale. Biblioth. Belgica, t. 2, p. 809.

(3) Ce n'est que dans les
histoires manuscrites, ordinairement rédigées en français, que l'on trouve
des opinions politiques franchement exprimées. Jadis, les manuscrits sur
notre histoire étaient répandus dans toutes les classes de la société ; il
n'y avait pas de ménage qui n'eût sa Chronique du pays de Liége.
L'histoire de la nation était alors le manuel des familles. Dans les écoles,
dès que l'élève formait proprement des lettres, on le mettait à la copie,
c'est-à-dire, qu'il transcrivait une chronique que, comme son chef-d'œuvre
calligraphique, il conservait religieusement. Si la disette d'histoires
imprimées était grande, les Liégeois n'en connaissaient pas moins bien leurs
annales, car ces naïves chroniques savaient animer la jeunesse et entretenir
dans l'opinion publique l'esprit de liberté et de progrès.
(4) Voici quel titre on
donne à ce livre et comment on le juge dans la Biographie universelle,
t. XXVIII, p. 187 : « Chronologie des comtes et evesques de Liège, avec
l'histoire du château et de la ville d'Huy. » Liège, 1641, in-fol. - Cet
ouvrage est peu connu, parce qu'il est écrit en flamand, et si rempli
d'expressions surannées, qu'on ne peut bien l'entendre sans un glossaire :
mais on assure qu'il ne manque pas de critique, et qu'il contient des
recherches exactes et intéressantes. » M. Weiss a probablement puisé ces
beaux détails dans Lelong , Bibliothèque historique de la France
(1771) t. I, p. 586 et t. III, p. 624 , où l'on voit en effet que l'œuvre de
Melart est en flamand et qu'elle consiste en un gros in-folio.
Lenglet Dufresnoy, dans sa Méthode pour étudier l'Histoire (1752), t.
VII, p. 615, assure que cet in-folio est écrit en latin. De
toutes les compilations biographiques anciennes et modernes, il n'y a que le
Dictionnaire historique de Feller qui parle de Melart en termes
quelque peu pertinents.
(5) Voyez la p. 7 de La
sanglante et pitoyable tragédie de nostre Sauveur et Rédempteur
Jésus-Christ. Liège, 1624, in-8°.

(6) L'existence de Huy an deuxième siècle
est un fait duquel on ne devrait point douter. Du temps de St Agricole,
évêque de Tongres qui mourut vers l'an 420, des Hutois rebâtirent l'église
Notre-Dame que les Huns avaient détruite. St Domitian, autre évêque de
Tongres, parvint à convertir entièrement à la religion chrétienne la
population hutoise ; il résida plusieurs années dans cette ville, qu'il se
plut à embellir, et y mourut vers 558. Par reconnaissance, Huy a pris ce
pieux évêque pour son patron. -- Henschenius, De Episc. Traject., p.
31 et 37. Ghesquiere, Acta S. S. Belgii, tome I, p. 190.

(7) Guichardin, trad. de
Belleforest, Description des Pays-Bas, (1609), p. 474.
(8) Gilles d'Orval, dans les Scriptores
Leod. de Chapeauville, tome 2, p. 229 ; Reinier, dans l'Amplissima
collectio de Martène et Durand , t. V, p. 49.

(9) Ce premier livre a plutôt la forme
d'une dissertation que d'une narration. Cette partie de son histoire est
savamment traitée. C'est un vrai tableau historique de l'état civil,
religieux, politique et commercial de Huy ; il remonte aux temps héroïques
et nous conduit jusqu'à l'incorporation du comté de Huy, en 985, au pays de
Liège.
Il y a quelques années, il a paru une longue Histoire de la
ville et du château de Huy, in-8°. Dans
cette monographie, qui contient de nombreuses lacunes, l'auteur donne sans
cesse des preuves que l'histoire universelle lui est plus familière que
celle de Huy. Ensuite, la discussion critique des faits y est négligée ;
c'est oublier que l'histoire est une science et non pas seulement une
narration.

(10) Selon de vieilles traditions,
Charlemagne établit un comte à Huy, laquelle devint ainsi le chef-lieu du
Condroz. Dans ses Recherches sur l'Histoire de Liège, t. I, p. 55,
Villenfagne, copié en ceci encore par une foule d'écrivains, taxe de
fabuleuse la création de ce comté ; il ne veut admettre des comtes à Huy que
sous l'épiscopat de Notger, 985, où leur existence est authentiquement
prouvée, Villenfagne n'avait pas lu probablement un diplôme de l'an 953, qui
mentionne le comté de Huy, ni le testament de Louis le Pieux, fait en
839, où l'on cite le comté de Condroz (Ampliss. Collectio, t.
II, p. 38, Besselius, Chronicon Gottwic., t. II,
p. 573, Pertz, Mon. Historiae Germaniae, t. I, p. 435). Or,
des charges existant, il nous semble que des titulaires doivent en être
revêtus. D'ailleurs, les Bollandistes croient aux anciens dynastes de Huy,
dont Saumery a tâché d'éclaircir la chronologie dans ses Délices du pays
de Liège, t. II, p, 7 et suiv.

(11) Dans son Histoire du pays de
Liège, t. II, p. 354, Dewez déclare le livre de Melart un fatras
insipide, un tissu de fables et de vieux contes. Dewez était trop
étranger à nos sources historiques, pour que sa critique ait quelque poids.
Nous pensons que s'il était consciencieusement annoté, l'ouvrage de Melart
demeurerait très-haut placé dans l'estime de la Belgique lettrée.
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