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Laurent Melart




 

 

 

 

 

   

 

 

 

H. Lonchay
Biographie nationale T.XIV, pp. 313 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

MELART (Laurent), bourgmestre de Huy et historien, naquit à Huy en 1578. Il appartenait à une famille aisée ; son père avait été maïeur de la cour de justice en 1568. Lui-même fut quatre fois bourgmestre, en 1632, 1633, 1635 et 1640. Il mourut en 1641, quelques semaines après la publication du livre qui a sauvé son nom de l'oubli et qu'il avait intitulé : Histoire de la ville et chasteau de Huy et de ses antiquités avec une chronologie de ses comtes et evesques par Laurent Mélart, bourguemaistre dedit Huy. Ce travail, auquel il n'eut pas le temps de mettre la dernière main et qui parut à Liège déparé par de nombreuses fautes typographiques, raconte l'histoire de Huy et de la principauté de Liège jusqu'en 1612, année de la mort d'Ernest de Bavière. Il est dédié à Ferdinand de Bavière, successeur d'Ernest. Simple compilation pour les siècles antérieurs au XVe, dépourvue de tout sens critique comme la plupart des chroniques de cette époque, l'Histoire de la ville et chasteau de Huy ne laisse pas d'offrir quelque intérêt pour le temps où vécut Mélart. On y trouve, par exemple, des détails curieux et saisissants sur la surprise de la petite forteresse, en 1595, par Héraugier, le hardi gouverneur de Bréda, et la reprise de la ville par les Espagnols du comte de Fuentes. Mélart fut témoin des atrocités inouïes commises par les vainqueurs, et il les décrit dans une langue pittoresque, dont la naïveté atteste la véracité.

   Mélart avait épousé Christine Heeren, de Montenaeken. S'il faut ajouter foi à un acte provenant de l'ancien couvent des Récollets et conservé dans une chronique manuscrite (1), notre bourgmestre aurait épousé en secondes noces Marie Mercier. Il fut enterré au Val-Notre-Dame, convent situé près du Huy et dont il était syndic. Nicole, la fille qu'il avait eue de Christine Heeren, épousa Jean-Toussaint Wauthier, qui fut bourgmestre de Huy eu 1657. De ses deux frères, l'un Henri, qui vivait en 1622, exerçait les fonctions de prélocuteur ou d'avoué, et le second, Oger, épousa Anne Marguerite de La Bloquerie. Voilà à peu près tout ce que l'on sait de Laurent Mélart et de sa famille (2).

H. Lonchay.

 Vierset-Godin, les Bourgmestres de Huy, 1595-1890. (On y voit les armoiries de Mélart.)  - Kempeneers, De oude vrijheid Montenaeken. - Ferd. Hénaux. Laurent Mélart, dans le t. IV de la Revue de Liége. - Laurent Mélart,  Histoire de la ville et du chasteau  de Huy, précitée (Liège, 1641). -- Histoire de la ville et du chateau de Huy, d'après Laurent Mélart. continuée jusqu'à nos jours par F. Gorissen (Huy, 1839).


(1) Historia domus Huensis F.F. Minorum Recollectorum ab anno 1632 usque ad annum 1687. Bibliothèque communale de Huy. Page 361, on y lit : « Que le père supérieur ou gardien de ce couvent se souvienne que Dlle Marie Mercier, espouse d'honorable Laurent Mélart, jadis bourgeoise de Huy, outre plusieurs bienfaits pendant sa vie, par testament a légaté à ce couvent trois mille florins à payer immédiatement après la mort de sa fille Josine, dépourvue d'esprit. » Mr Dubois, secrétaire communal et archiviste de Huy, qui nous a obligeamment communiqué le résultat de ses recherches sur Mélart - recherches qui malheureusement sont restée le plus souvent infructueuses -, nous fait remarquer que les registres paroissiaux ne mentionnent pas ce deuxième mariage. 

(2) On conserve aux archives de Huy deux lettres de Mélart : l'une, où il remercie ses collègues de l'avoir élevé à la magistrature suprême et se plaint de la charge qui en résulte pour lui ; la seconde, où il demande au conseil l'autorisation de transformer une maison appartenant au couvent du Val-Notre-Dame dont il était syndic. 

 

 

 

 

Ferd. Henaux
Revue de Liège T. IV, pp. 77 et suiv.

LAURENT MELART
   

Il est juste d'accorder de l'estime à l'écrivain
 qui remplit consciencieusement sa tâche.

                                             DE REIFFENBERG

 

   En lisant les divers traités historiques relatifs au pays de Liége, on ne tarde pas à s'apercevoir que là, comme ailleurs encore, le naturel et le bon sens sont plus rares qu'on ne croit. Tous les siècles n'ont pas osé se les permettre, et les trois derniers moins que tous les autres. Cette timidité, fausse ou préconçue, n'est pas difficile à expliquer. N'osant arborer aucun étendard politique ou philosophique, dominés par des préjugés religieux ou de caste , fourvoyés par des rhéteurs pédants, et comprimés dans tous les sens, la plupart de nos vieux historiens étaient réellement dans l'impuissance de se faire remarquer par la justesse de leurs jugements ou la profondeur de leurs pensées, et moins encore par la manière de les émettre , qui n'est ni simple ni énergique, ni même naïve. Un seuil se distingue entre tous par la verte rectitude de son esprit et l'indépendante vulgarité de l'idiome dont il lui a plu de se servir. C'est Melart. Comme il ne vieillira jamais, il est bon de rechercher ce qu'il fût , et de tâcher de faire apprécier son ouvrage.

   LAURENT MELART vit le jour à Huy en 1578. Le hasard ne le fit naître ni noble ni riche, bien que sa famille vécût dans une honnête aisance. S'il en sortit, il ne le dut qu'à lui-même. Il fut donc le fils de ses œuvres. En 1595, on le voit déjà, quoique seulement âgé de dix-sept ans, donner des preuves de sang-froid et d'intrépidité en s'armant pour repoussez les Hollandais, qui assiégeaient Huy. C'était sans contredit commencer bien jeune à se vouer au bonheur, au bien-être de sa ville natale. Son patriotisme éclairé, sa vie simple, courageuse, incorruptible, l'avancèrent aux honneurs. Les suffrages de ses concitoyens le revêtirent jusqu'à trois fois de la charge consulaire. Ce fut pendant sa magistrature de 1641 qu'il songea à publier son histoire, à laquelle il travaillait depuis près de vingt ans. Une maladie assez grave l'empêcha d'en surveiller lui-même l'impression, que déparent d'assez nombreuses fautes typographiques. Par un funeste pressentiment, il se hâta de faire paraître son œuvre ; la distribution en eut lieu vers la fin du mois d'août 1641. Trois semaines après, comme si cette publication avait dû forcément clore sa vie laborieuse, Melart descendait dans la tombe. Il était âgé de soixante-trois ans (1). Conformément à ses dernières volontés, son corps fut porté an Val-Notre-Dame, abbaye de femmes de l'ordre de Citeaux, située près de Huy. Une modeste pierre, ornée d'un long chronogramme, marqua l'endroit où reposait l'écrivain que des étrangers se plaisaient à nommer une des grandes gloires de son pays (2).

   Ces détails sur la vie de Melart, quoique fort incomplets, décèlent son cœur et suffisent pour faire partager le caractère de son Histoire. Avant tout, en effet, il est citoyen, mais plutôt citoyen du pays de Liège que bourgeois orgueilleux de la ville de Huy. Cette considération est plus essentielle qu'on ne le pense. Nous nous expliquons.

   A tontes les époques de son histoire, deux éléments principaux vivifient la population liégeoise. L'élément religieux, qui fait du pays une principauté avec un chef spirituel ; - l'élément démocratique ou libéral, si cette dénomination peut être reportée de trois siècles en arrière, avec le sens qu'on lui donne aujourd'hui ; élément qui en fait une république fédérative avec un président électif, dont le caractère sacerdotal s'effaçait toutes les fois qu'il s'agissait d'intérêts politiques ou sociaux.

   Pour se faire une idée juste de notre histoire, il faut donc toujours distinguer l'élément religieux de l'élément libéral, et se pénétrer de cette vérité qu'ils étaient tout à fait indépendants l'un de l'autre, étrangers l'un à l'autre, et qu'ils ont toujours eu des destinées diverses. Cela résultait du système même de liberté qui nous régissait, et quoique cette communauté d'existence de principes si souvent opposés par leur tendance, et si rapprochés par le terrain où ils devaient se débattre, soit assez difficile à concevoir aujourd'hui, puisque les Liégeois étaient ainsi sujets et citoyens, toujours est-il qu'il faut l'admettre parce qu'elle a toujours existé chez nous, et reconnaître que nos pères avaient séparé et défini, d'une manière exacte et précise, selon leurs idées du moins, le cercle où pouvaient se mouvoir leurs droits et leurs privilèges, et celui dont ne devait point sortir le chef ostensible de l'État.

   Tous nos historiens avaient fait marcher de front ces deux éléments : c'était fort bien ; en cela ils n'étaient que les narrateurs forcés d'une pratique constante et qu'ils avaient tous les jours sous les yeux ; mais en fondant ensemble et dans une même narration l'histoire ecclésiastique et l'histoire civile, ils sacrifiaient communément celle-ci à la première : c'était commettre une grande faute. Toujours ils lui font occuper le premier rang. Le récit d'une fondation de moûtier, de la canonisation d'un saint, de la mort d'un chanoine ou de l'introduction d'une nouvelle règle de discipline, avait le pas sur la conquête d'un privilège qui améliorait la condition civile et politique de nos pères. Sur l'Église, des volumes ; sur l'État, pas un mot ou à peu près. L'accessoire passait chez ces historiographes pour le principal.

   Cette manière d'écrire l'histoire offrait nécessairement, outre une grande monotonie, le défaut plus capital d'un silence absolu sur des points d'un intérêt tout aussi légitime. A chaque instant, le récit était coupé pour y intercaler à sa juste date un fait minutieux et peu intéressant. Aussi, aucune narration n'était-elle complète : pas de détails heureusement groupés, pas d'événements insensiblement déroulés. On se hate, on passe vite sur tout ce qui ne tient pas à l'église, et l'on s'étend complaisamment sur l'histoire ecclésiastique aux dépens de l'histoire politique. La première a donc nui essentiellement à la seconde. Au moins, si l'on s'était contenté de passer parfois celle-ci sous silence! Mais non : elle était encore en butte à des exagérations intéressées (3).

   C'est-ce que comprit judicieusement Melart. Dominé par cette idée, il tâcha de se rendre maître de son sujet.

   A cet effet, il rejeta de son plan tous les détails que ses devanciers avaient complaisamment préférés. Sous sa plume, nos annales furent enfin dépouillées de la livrée théologique. Il choisit avec une habileté éclairée les événements, les décrivit d'un style animé et attrayant, scruta leur esprit, leurs causes et leurs effets, et, surtout, rechercha avec soin les principes et les variations du droit public. Pour la première fois, notre histoire trouva un interprète digne d'elle dans l'ouvrage intitulé :

   L'Histoire de la ville et chasteau de Huy et de ses antiquitez avec une chronologie de ses Corntes et Évesques, par Laurent Melart, bourguemaistre dedit Huy. - Liège, 1641, in-4° de 547 pages d'un caractère compacte, à part la dédicace, la préface et la table des matières, qui est très-ample (4).

   Son ambition étant d'être lu par ses compatriotes, Melart écrivit en français. C'était le premier de nos historiens, depuis l'invention de l'imprimerie, qui cherchait à se mettre à la portée du peuple. En faisant usage du langage vulgaire pour écrire un traité historique, il fallait pour cela du courage et même une sorte de dévouement, car le latin étant la langue des savants, seule, elle attestait aux yeux des experts qu'un écrivain avait fait de sérieuses études. Un historien dérogeait donc en recourant au langage vulgaire : des sympathies, alors assez rares, pour les classes inférieures, un vif désir de leur être utile en répandant parmi elles des connaissances plus justes et plus vraies sur notre histoire, avaient pu seules déterminer Melart à ce sacrifice.

   En se faisant historien, Melart savait que l'histoire, selon l'expression d'un vieil auteur, est la prophétesse de la vérité ; il n'ignorait point non plus qu'elle prépare des enseignements politiques à la postérité. « L'histoire, dit-il , qui grave, ou plutôt éternise en la mémoire des hommes les dicts et faits des Roys et Princes, est leur livre, lequel leur  enseigne non seulement de gouverner leurs Estats et Provinces et de les policer par bonnes et sainctes loix : mais aussi leur fait voir combien sont estimez ceux qui s'employent pour l'avancement, défense et maintien de leurs peuples et sujets. »

   C'était assez dire qu'il respecterait toujours la vérité. Il y avait presque de la témérité dans cette résolution. En effet, dans ce moment, le pouvoir redoublait chaque jour d'efforts pour substituer sa volonté à l'autorité des lois ; dans ce moment, le peuple, pauvre et abandonné à lui-même, s'épuisait pour défendre les derniers lambeaux de ses libertés, se démenait dans les chaînes dont on cherchait à le garroter. L'historien devait presque inévitablement se montrer ou courtisan ou patriote exalté. Melart évita ces deux écueils en prenant pour guide sa conscience. Pour se mettre à l'abri d'un auguste mécontentement, il dédia prudemment son histoire « A l'Altesse de Monseigneur Ferdinand de Bavière, prince de Liége. » Quand on connait le caractère franc et sévère de notre auteur, on ne peut lire cette dédicace sans sourire, tant son allure est obséquieuse et louangeuse. S'il y fléchit les genoux, c'est que, dans cet instant, il est de « Monseigneur le très-humble et très-obéissant sujet et serviteur. » Sautez quelques pages, il se sera relevé et aura repris toute la dignité que nous sommes habitués à lui voir.

   On se demandera peut-être pourquoi Melart , homme du peuple, simple bourgeois, prenait la plume de l'historien dans un siècle où elle semblait chez nous réservée par privilège aux mains des clercs. C'est qu'il avait juré de consacrer à sa ville natale sa force, son intelligence, ses soins. Je luy devois (me semble), dit-il, ce travail, pour l'acquit des obligations que j'ay à un lieu où j'ay extrait ma vie et puisé mes honneurs. Ses veilles, ses loisirs, il les consacra à tirer la ville de Huy des ténèbres de l'antiquité ; tous ses désirs étaient de pouvoir la relever du sépulchre où le temps et les siècles l'avoient ensevelie.

   Huy méritait d'être touchée de la baguette magique d'un tel historien. Après Dinant elle est une des plus curieuses originalités du pays de Liège. Toujours elle fut essentiellement industrieuse, commerçante, intellectuelle, démocratique. Les produits de ses forges et usines, et les tissus de ses fabriques, sont cités avantageusement dans de vieilles chroniques. Avant le Xe siècle, ses habitants allaient trafiquer déjà dans l'Allemagne orientale aussi bien qu'en Angleterre. Dans des temps plus rapprochés de nous, en 1620, elle avait, entre autres, un poète, Denis Coppée, qu'on surnommait l'Orphée Hutois (5), et dont la plus grande gloire est d'avoir fourni quelques idées à Corneille. Au moyen-âge, l'aspect de Huy devait être extraordinairement pittoresque. Le château, dont d'innombrables tours ornaient les hautes murailles, était nommé Bien-assis, probablement parce qu'il était posé sur une montagne d'où il dominait la ville et le cours de la Meuse : il jouit d'une bonne réputation historique, et, comme jadis , il protège encore et la ville et le fleuve. D'autre part, depuis l'an 148, selon de pieuses traditions (6), la ville était justement surnommée Bien-faite. La Meuse, le Hoyoux et la Méhaigne, en se frayant capricieusement leur lit, la découpaient en différents quartiers ; et , resserrés entre des rochers , ses maisons à tourelles et ses nombreux édifices religieux tantôt couvraient le penchant d'une colline, tantôt se cachaient dans le vallon. Il n'était pèlerin, ayant pérégriné ès pays lointains, qui, en voyant Huy, ne s'écriât avec le pape Grégoire X : En aucune contrée ne peut estre trouvé si fort chasteau avec ville si munie (7). Le promoteur des croisades, Pierre l'Hermite, voulut y finir ses jours, préférant l'amitié de bourgeois francs et hospitaliers à celle des plus puissants princes..

   Il serait superflu de vanter le patriotisme désintéressé des Hutois, quand on peut citer un monument qui eu dit plus que des phrases très-éloquentes ; nous voulons parler de cette inscription, gravée sur les bornes de l'ancienne banlieue de Huy.

Mieux vaut mourir de franche volonté,
 Que du pays perdre la liberté.
A tous les Liégeois paix et concorde :
A leurs adversaires au col la corde.

   C'est au moyen-âge surtout que les Hutois ont donné de nombreuses preuves d'intrépidité. Quand ils combattaient, c'était pour l'honneur ; jamais ils n'ont trafiqué de leur courage. Nous nous rappelons à ce propos une anecdote curieuse. Après la bataille de Steppes, en 1213, les Liégeois exercèrent dans le Brabant de sanglantes représailles. Un parti Hutois, cherchant aventure, aperçut la ville de Leau, s'en empara et la saccagea. En pillant une église, les vainqueurs trouvèrent une image représentant le Sauveur assis sur un âne. Ils s'empressèrent de la transporter sur un charriot, la ramenèrent en triomphe à Huy, et la déposèrent dévôtement dans l'église du St-Sépulcre. Cet exploit, ajoute le légendaire, donna naissance au proverbe : « Que le Dieu des Brabançons était venu demeurer à Huy (8). Il y a du chevaleresque dans la conquête de cette statue. Tous les vainqueurs ne se contentent pas de semblables dépouilles opimes. On ne voit de ces traits que dans les guerres nationales.

   En somme, dérouler les annales de Huy, c'était une tâche agréable ; en outre, c'était un acte de civisme pour un Hutois. Cependant, des neuf livres qui composent l'œuvre de Melart, le premier seul traite des antiquités hutoises (9). Le reste est réellement une histoire du pays de Liège. Cette singularité « de ne pas raconter seulement l'histoire de Huy et de ses bourgeois », Melart l'explique en disant que son histoire seroit manchotte et imparfaite, en sorte que l'on ne sauroit rien comprendre, s'il s'était attaché exclusivement à celle de Huy. Il n'aurait pu certainement s'occuper des causes et des effets des événements, des institutions et des mœurs, d'une manière large , franche, philosophique, telle qu'il en trace les formules générales dans un

SONNET DE  L'AUTHEUR.
En ce livre on verra des siècles le décours;
    A guise d'un torrent, qui jamais ne retourne,
        On verra que son flus un moment ne séjourne,
             Ains va incessamment, coulant, roulant toujours.

Cil qui par droit de sang s'habile de velours
Y aura sa leçon, en quel sens il se tourne,
        Verra qu'il est mortel , et que rien ne s'enfourne
                Qu'on n'ait veu ci devant en vogue et en plain cours.

L.'artisan, le marchand l'advocat et le juge,
Tous verront qu'il n'y a asile ni refuge
               Pour grands ni pour petits contre la faux du temps,

     Qui, sans distinction, coupe les uns en herbe,
       En fleur, et en bouton, et des autres en gerbes,
         Et qu'en vain les mortels s'en vont luy résistans.

   Dans les préliminaires de son travail, Melart cite ses principales sources : elles sont en grand nombre et aujourd'hui encore elles ont une véritable valeur scientifique. Il y mentionne le fameux Luc de Tongres, dont, quelques pages plus loin, il discute avec sagacité certaines assertions. En général, il n'admet un fait qu'après l'avoir pesé, comparé ; craint-il de pêcher contre la vérité ? il allègue aussitôt son autorité, qui pour lors est une chronique vénérable ou un légendaire connu. Son profond savoir et son grand bon sens, qui se prêtent de mutuels secours, sont chaque jour révélés par la critique moderne la plus positive. Sa probité comme historien n'est pas moins à l'abri de tout reproche. On a pu le tromper, mais lui, certes, n'aurait jamais consenti à le faire. Comment refuser son adhésion à ce qu'il nous raconte, quand on l'entend incessamment répéter : Je me suis fourré dans l'antiquité pour scavoir tout le fait de ceste histoire, et ay recherché curieusement ce qui a esté cotté et recherché des vieux manuscrits.

   En écrivant l'histoire, Melart comprenait qu'il s'engageait à exercer une magistrature d'une haute importance. Il entre parfaitement dans son rôle. Quand il a raconté un fait , il le juge : J'adjouteroy icy mon jugement, dit-il quelquefois. Il émet alors avec candeur ses conclusions, qui sont saines, convenables, et toujours pour la bonne cause, en ce sens que le plus souvent il conclut en faveur du populaire contre les puissants. Dans les luttes civiles, comme on sait , il y a ordinairement cent à parier contre un que les réclamations du peuple sont justes, utiles, nécessaires. Pour éclairer la vérité, il est bon par conséquent que l'historien recueille avec soin les lamentations des pauvres bourgeois, alors même que des princes ambitieux et avares ne leur auraient laissé autre chose que la langue pour raconter leurs misères.

    Quoique nous tenions à être sobre de citations, nous ouvrirons au hasard le livre de Melart et copierons un passage pour donner une idée de la naïve simplicité de son style.

« Mais ce comte (Basin, comte de Huy) (10 ), sur le solstice de sa gloire, peu après estant retourné à Huy, fut attaqué des goutes et podagres, qui le rendirent en delà casanier et  inutile, et degenerant de son courage et de sa vertu première, se donna au luxe et aux voluptez, tant qu'il peut. Ce sont souvent les fruicts de l'abondance et des richesses, lesquelles il consomma en toutes sortes de jeux , d'esbats, de debauches et profusions, tant qu'enfin s'en voyant les mains vuides et degarnies (je chante une palinodie), il se mit à escorcher ses sujets de tailles et imposts, ravissant leurs biens à tort, à droit, debond et de vollée, faisant le maistre à tour de bras, despouilloit leurs filles de leur honneur, ruinoit la liberté des gens de bien, semoit des querelles entre les grands, se faisant du parti des uns pour suppéditer l'autre, et par après pour monter sus le dos de tous deux, courant sus à ceux qui s'opposoient à ses tyrannies, avançant les plus meschans aux honneurs et offices, pour par eux exécuter ce qu'il machinoit, affaiblissant son peuple et le serrant en sorte qu'il ne se peust lever ny rebecquer contre luy, s'acquèrant tous les scelerats, coupe-jarrets et hommes sanguinaires, pour par leur main destruire et accrazer tout ce qui tant soit peu faisoit mine de s'eslever ou luy estre advers, jugeant et condemnant sur des calomnies, impostures et faux rapports, sans ouyr partie ny justification, ne voulant souffrir que quelqu'un aymast ce qu'il haïssoit, paissant les hommes de belles parolles, et en derrier leur brassant des perfidies et trahisons, desquelles ils sentoyent en après les effets , n'osant personne regimber ny se remuer, crainte de ses colères et fureurs : en somme, tyran à mesure comble et tourmentant ses sujets à toute reste, se fioit que les services qu'il avoit rendus à son Roy, le feroient impunissable. Combien de fois pensez-vous lecteur que l'on le guignoit et regardoit de traverse, et que l'on souhaitoit sa mort ? Ceux qui avoient du sang généreux au cœur espioient l'occasion de la lui donner , et les timides, en leurs souspirs et gémissemens , de la luy souhaiter.

   Telles sont la plupart des narrations de Melart ; quand il redevient historien, voici quels sont ses formes et son langage :

   Voicy, lecteur, un evesque d'or que je fais monter sur le théàtre, aymant la paix, la loy et la justice, la royne de tout le monde, au dire de Pindare ; un evesque ( dis-je ) escoutant ses sujets, sans que les pauvres luy peussent reprocher n'avoir des oreilles que pour les riches et puissans, ny qu'on luy sceu dire ce qu'une vieillotte, qui ne pouvoit avoir audience à ses plaintes envers Philippe de Macédoine, luy avança en barbe : « Sire, si vous ne m'escoutez, cessez doncques d'estre nostre Roy. » C'est un allemand, Franconien , de qui je vay parler : c'est Jean de Wallenrode, de la maison de Baden, docteur ès droits et fort homme de bien. Se trouvant au concile de Constance, il fut pourveu de la dite Evesché, le Pape l'ayant reconnu très-qualifié pour ceste charge et pour faire la guerre aux hérétiques autant de la plume comme de la langue , qui estoit fort diserte et éloquente, ce qu'il fit paroistre en une harangue qu'il fit devant ledit concile, où il emporta le prix des joustes et convainquit pleinement Jean Wiclef en ses hérésies. Après sa confirmation, que le Pape luy eut prononcé ses volontez et luy donné seureté pour son retour, il le congédia et l'envoya gouverner son Evesché, et faire selon la coustume son entrée en Liège, qui fut splendide et assez convenable à sa qualité.

   Toutes ses actions tant en la spiritualité que la temporalité, ressembloient au naifve celles des premiers evesques, et les mouloit au niveau de l'exemple qu'ils luy en avoient laissé. II n'avoit pas ny ne vouloit de Suffragant ; il faisoit toutes les functions d'un vray pasteur et evesque ; les tonsures, les sacremens de confirmation et de l'ordre partoyent de ses mains, et de sa bouche les prédications ; toujours assistant à toutes les heures canoniales et au saint sacrifice de la messe , l'Eglise n'avoit depuis plusieurs siècles admis ny receu en son sein un semblable prélat. Le temporel de l'Estat estoit régit d'une main droite avec le tenon de la balance, administrant, à manière de dire, la justice, ne se laissant jamais aller à la corruption. Il ne conféroit pas les bénéfices, les offices, les dignitez, charges et estats par recommandations, par prières ny par dons, mais par mérites et selon qu'il voyoit que les personnes en estoient capables et dignes, soit par probité de vie, soit pour leur prudence, soit pour leur suffisance. II se trouvoit parfois aux tribunaux pour y exercer et donner luymesme l'exemple, sans considération ny acception de personne ; et de fait l'on lit que luy séant en son lict de justice, et voyant un grand querellant injustement une vefve, la pensant suppéditer par ses faveurs et moyens et par corruption, il le reprint de son oppression, luy imposant silence à sa courte honte. Enfin , sa vie estoit toute exemplaire : c'estoit un homme sainct , digne d'un siècle vrayment meilleur, et du vieil temps qu'il y avoit tant de saincts, et des gens de bien.

   Ces deux fragments suffisent pour le faire apprécier. C'est là sa manière. Toujours il procède par longues et laborieuses périodes, mais heureusement parsemées de mots naïfs, de sentences ingénieuses, de tours hardis, qui font de ses pages des récits singulièrement originaux. Il est surtout d'un pittoresque plein de grâce et de naturel avec sa langue à lui, un composé de wallon et de français, clair quoique bizarre, bienséant tout en étant libre, qui aide à fortifier la vérité locale et qui, comme le latin, ne travestit pas en paroles d'évangile les ordres despotiques de prélats hautains, et ne rend pas fausse et ridiculement psalmodiante la voix un peu rude des généreux tribuns.

   L'effroi des périphrases est propre aux enfants de la Wallonie, qui, de plus, sont grands ennemis des restrictions mentales. Melart en est un exemple. En 1603, Ernest réforma le mode des élections municipales. Cette réformation, que l'Empire approuva, ne plut point au peuple : on vit éclater des luttes civiles, des partis se former. Ferdinand de Bavière, successeur d'Ernest, voulut maintenir par la force des armes la loi de son oncle : quiconque ne l'approuva pas fut déclaré rebelle et mis au ban comme grignoux. Comment Melart apprécie-t-il la paix de 1603? C'était, dit-il, un remède pire que la maladie. Et, en face d'un pouvoir excessivement ombrageux, il prouve qu'il existait d'autres remèdes plus efficaces pour cicatriser les plaies du pays.

   S'il juge nos anciens souverains , il le fait en historien, distribuant fièrement l'éloge et le blâme, ne déguisant point la vérité, mais la voilant parfois très-adroitement d'une gaze diaphane. II peint toujours avec une expression pleine de précision et d'énergie, témoin ce portrait d'Erard de la Marck, dont le règne, comme souverain temporel, fut réelment malheureux : « ... C'estoit un Seigneur qui avoit de belles parties, le bon-heur ne le rendant hautain, le malheur ne l'accablant, le danger ne l'estonnant. Son renom  est encore porté sur les bruyantes aisles de la postérité. Il estoit mesnager, provide, de bon esprit, prevoiant, et faisant toutes choses avec froideur, bien que les critiques du temps, comme toutes les actions des hommes ne sont à tout goust, ains subjectes aux langues, l'esgratignent et le deschiffrent avoir esté austère en ses façons, sévère en  ses propos, implacable, et ambitieux de gloire : néantmoins, ses vertus surmontoient de beaucoup ses imperfections. »

   Ces derniers mots sont remarquables : ils nous apprennent comment Melart jugeait les hommes. Il mettait en équilibre dans sa balance leurs vertus et leurs vices, et il la laissait préférablement pencher en faveur de celles-là. C'est en procédant de cette manière qu'il parvient habilement à solliciter l'absolution du lecteur pour Notger : Balançant ses vertus contre ses vices, je voy qu'elles l'emportent incomparablement. En se montrant humain, notre historien insinuait qu'une bonne action rachète souvent de grandes indignités. Mais on ne saurait pardonner à Notger : son ambition a fait trop de mal à la postérité des Henri de Marlagne. C'est l'esprit de Notger qui a rédigé le règlement de 1684.

   Dans tout son ouvrage, Melart est l'expression vive et originale des faits, des gestes et des paroles des bourgeois et des vilains de notre bon vieux pays de Liège. Il connait si bien la nation dont il s'est fait l'historien! « Le Liégeois est un peuple facile à se courroucer et aussi prompt à mutinerie que la paille à s'embraser à l'attouchement du feu...»  « Les Liégeois ne sont pas comme les autres peuples souples et fléchissans à toutes antres lois et charges que le prince leur veut imposer...... » Le peuple de Liège ressemble à « une huile qui gargotte en une creuse chaudière, bouillant toujours, prête à sauter.... »

   Les souffrances de la patrie sont pour lui une occasion de reprendre et de développer avec avantage sa haine contre la tyrannie. C'est avec du courage et de la noblesse dans la pensée qu'il raconte l'abaissement de la nation. Les faibles ont toujours ses sympathies. Il abhorre les privilèges et les exemptions en fait d'impôts ; il maudit ceux qui atteignent particulièrement les classes pauvres et nécessiteuses. En tout temps, dit-il, « un impost sur les grains est un impost estrange au pauvre artisan et manœuvre, presque aussi difficile à avaller que broches grenelées ou pieux hérissés, et dont on devroit damner la mémoire et en supprimer le nom à perpétuité, car ce sont eux qui en portent presque toute la charge, tel le tirant entre des peines continuelles de sa vie et de ses bras pour l'entretenance de dix ou douse enfans qu'il aura , et nul autre revenu, où le riche, n'ayant qu'une famille de quatre ou cinq personnes, ou moins, n'en est ny froissé ou que peu intéressé, n'en retranchant son train ou mesnage...

   Une autre qualité, précieuse quoique secondaire, distingue encore notre auteur : c'est qu'il n'enjambe presque jamais nos frontières. Il veut être avant tout historiographe domestique. Se poser en historien cosmopolite, ce serait, dit-il naïvement, forligner à mon histoire. Aussi, s'empresse-t-il toujours de rentrer dans son sujet en brusquant un : Je tranche court icy... Je sorte, cela n'est pas de nostre histoire... De temps à autre cependant, en guise de synchronismes, ou pour exciter la curiosité de son lecteur, il lance un regard fugitif dans les Etats voisins, et rapporte brièvement ce qu'il y a vu de remarquable. L'assassinat de Henri IV attire de cette manière son attention ; il en raconte avec concision les diverses circonstances, puis il s'écrie non sans éloquence : « Quel changement! quel revers! Un Roy grand de nom et de fait, aymé de ses sujets, crainct et redouté de ses ennemis, honoré de ses amis et voisins, au plus haut poinct et en l'apogée de ses honneurs, ayant rendu son renom durable autant que le monde, fait de grandes espargnes,  luy revenant tous les ans dans ses coffres plus d'huit millions d'or, outre toutes entretenances, frais et despences ; en un moment, et aussi tost qu'une vessie d'eau qui en naissant se perd, le voir mort ; mort publiée, annoncée et divulguée par la fame, ou par des génies, je ne scay comment... 

   Avouons-le de bonne foi , l'œuvre de Melart ne se distingue-t-elle pas entre toutes nos histoires, à part quelques exceptions, soit par la forme, soit par les idées et la compréhension des faits? En le négligeant pendant près de deux siècles, en le traitant de vieux radoteur, n'était-ce pas montrer qu'on ne l'avait point lu, ou qu'on méconnaissait les principes de notre histoire? Son langage est suranné, il est vrai ; ses raisonnements sont quelquefois d'une médiocre métaphysique , nous ne le cachons pas ; on écrirait mieux aujourd'hui un traité d'histoire, nous l'admettons aussi : mais cette supériorité dont nous nous prévalons, l'aurions-nous sans les événements de la fin du 18e siècle, qui ont fait faire un pas immense aux idées et à la méthode? Voulez-vous apprécier justement Melart? Comparez-le à ses devanciers et à ses contemporains, et prononcez (11).

   A Dieu ne plaise que nous voulions faire de Melart un écrivain irréprochable, le donner en modèle parfait, soit pour le style, soit pour la science. Notre prédilection pour lui ne va pas jusque là ; nous reconnaissons qu'il a des défauts et plusieurs même ; mais ajoutons qu'il n'en est pas comptable, qu'ils appartiennent à son siècle, et que ce siècle croyait fermement aux prodiges et aux sorciers. A part ces préjugés, Melart est digne d'obtenir toute notre estime, et la littérature historique du pays peut en être fière.

   Quant à nous, si nous l'aimons, c'est parce qu'il a donné aux Liégeois leur véritable histoire, une histoire toute municipale, et qu'il a cherché à la populariser en faisant usage de la langue vulgaire ; si nous l'aimons, c'est parce qu'il est impartial, pieux sans être crédule, hardi dans ses réflexions, démocrate dans ses idées, et qu'il ne manque jamais de s'attendrir aux accents des voix populaires ; si nous l'aimons enfin, c'est parce qu'il était bourgeois et, surtout, homme d'honneur.


(1) Voy. Van Der Meer, Bibliotheca Scriptorum Leodiensium, p. 241, MS. in-fol. qui se trouve à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles.   

(2) Tel est le langage de Foppens : magnum regionis patriœque suœ ornamentum. Ce biographe ajoute que Melart était un homme versé dans l'économie publique et dans la science gouvernementale. Biblioth. Belgica, t. 2, p. 809.  

(3) Ce n'est que dans les histoires manuscrites, ordinairement rédigées en français, que l'on trouve des opinions politiques franchement exprimées. Jadis, les manuscrits sur notre histoire étaient répandus dans toutes les classes de la société ; il n'y avait pas de ménage qui n'eût sa Chronique du pays de Liége. L'histoire de la nation était alors le manuel des familles. Dans les écoles, dès que l'élève formait proprement des lettres, on le mettait à la copie, c'est-à-dire, qu'il transcrivait une chronique que, comme son chef-d'œuvre calligraphique, il conservait religieusement. Si la disette d'histoires imprimées était grande, les Liégeois n'en connaissaient pas moins bien leurs annales, car ces naïves chroniques savaient animer la jeunesse et entretenir dans l'opinion publique l'esprit de liberté et de progrès.  

(4) Voici quel titre on donne à ce livre et comment on le juge dans la Biographie universelle, t. XXVIII, p. 187 : « Chronologie des comtes et evesques de Liège, avec l'histoire du château et de la ville d'Huy. » Liège, 1641, in-fol. - Cet ouvrage est peu connu, parce qu'il est écrit en flamand, et si rempli d'expressions surannées, qu'on ne peut bien l'entendre sans un glossaire : mais on assure qu'il ne manque pas de critique, et qu'il contient des recherches exactes et intéressantes. » M. Weiss a probablement puisé ces beaux détails dans Lelong , Bibliothèque historique de la France (1771) t. I, p. 586 et t. III, p. 624 , où l'on voit en effet que l'œuvre de Melart est en flamand et qu'elle consiste en un gros in-folio. Lenglet Dufresnoy, dans sa Méthode pour étudier l'Histoire (1752), t. VII, p. 615, assure que cet in-folio est écrit en latin. De toutes les compilations biographiques anciennes et modernes, il n'y a que le Dictionnaire historique de Feller qui parle de Melart en termes quelque peu pertinents.  

(5) Voyez la p. 7 de La sanglante et pitoyable tragédie de nostre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ. Liège, 1624, in-8°. 

(6) L'existence de Huy an deuxième siècle est un fait duquel on ne devrait point douter. Du temps de St Agricole, évêque de Tongres qui mourut vers l'an 420, des Hutois rebâtirent l'église Notre-Dame que les Huns avaient détruite. St Domitian, autre évêque de Tongres, parvint à convertir entièrement à la religion chrétienne la population hutoise ; il résida plusieurs années dans cette ville, qu'il se plut à embellir, et y mourut vers 558. Par reconnaissance, Huy a pris ce pieux évêque pour son patron. -- Henschenius, De Episc. Traject., p. 31 et 37. Ghesquiere, Acta S. S. Belgii, tome I, p. 190.  

(7) Guichardin, trad. de Belleforest, Description des Pays-Bas, (1609), p. 474.  

(8) Gilles d'Orval, dans les Scriptores Leod. de Chapeauville, tome 2, p. 229 ; Reinier, dans l'Amplissima collectio de Martène et Durand , t. V, p. 49.  

(9) Ce premier livre a plutôt la forme d'une dissertation que d'une narration. Cette partie de son histoire est savamment traitée. C'est un vrai tableau historique de l'état civil, religieux, politique et commercial de Huy ; il remonte aux temps héroïques et nous conduit jusqu'à l'incorporation du comté de Huy, en 985, au pays de Liège.
   Il y a quelques années, il a paru une longue Histoire de la ville et du château de Huy, in-8°. Dans cette monographie, qui contient de nombreuses lacunes, l'auteur donne sans cesse des preuves que l'histoire universelle lui est plus familière que celle de Huy. Ensuite, la discussion critique des faits y est négligée ; c'est oublier que l'histoire est une science et non pas seulement une narration.  

(10) Selon de vieilles traditions, Charlemagne établit un comte à Huy, laquelle devint ainsi le chef-lieu du Condroz. Dans ses Recherches sur l'Histoire de Liège, t. I, p. 55, Villenfagne, copié en ceci encore par une foule d'écrivains, taxe de fabuleuse la création de ce comté ; il ne veut admettre des comtes à Huy que sous l'épiscopat de Notger, 985, où leur existence est authentiquement prouvée, Villenfagne n'avait pas lu probablement un diplôme de l'an 953, qui mentionne le comté de Huy, ni le testament de Louis le Pieux, fait en 839, où l'on cite le comté de Condroz (Ampliss. Collectio, t. II, p. 38, Besselius, Chronicon Gottwic., t. II, p. 573, Pertz, Mon. Historiae Germaniae, t. I, p. 435). Or, des charges existant, il nous semble que des titulaires doivent en être revêtus. D'ailleurs, les Bollandistes croient aux anciens dynastes de Huy, dont Saumery a tâché d'éclaircir la chronologie dans ses Délices du pays de Liège, t. II, p, 7 et suiv.  

(11) Dans son Histoire du pays de Liège, t. II, p. 354, Dewez déclare le livre de Melart un fatras insipide, un tissu de fables et de vieux contes. Dewez était trop étranger à nos sources historiques, pour que sa critique ait quelque poids. Nous pensons que s'il était consciencieusement annoté, l'ouvrage de Melart demeurerait très-haut placé dans l'estime de la Belgique lettrée.  

23/01/2013