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RAMEY (Jean),
RAMÉE, RAMAYE, DEL RAMEYE ou DELLE RAMEGE, peintre liégeois du XVIe siècle.
On ignore la date de sa naissance, mais comme nous savons qu'il fut mis en
apprentissage auprès de Lombard dès l'âge de douze ans et que Lombard est
mort en 1566, et que, d'autre part, Ramey est resté assez longtemps son
élève pour se pénétrer de son style et de sa manière, on peut admettre qu'il
est né vers la fin du premier quart du XVIe siècle. Lorsqu'il eut acquis par
son travail une situation indépendante, il épousa Marie de Lymbourg, dont
il eut plusieurs enfants et qui lui survécut. On sait que l'atelier de
Lambert Lombard fut fréquenté par plusieurs peintres qui, en dehors de la
principauté de Liège, acquirent une réputation méritée : parmi
ceux-ci il convient de citer en première ligne Frans Floris et Hubert
Goltzius ; mais des nombreux élèves de Lombard qui vécurent à Liége et y
exercèrent leur talent, Jean Ramey est à juste titre regardé comme le plus
considérable. Aux yeux des contemporains, il était estimé en quelque sorte
comme le continuateur de son maître.
Ramey a été laborieux et il a fait
pour les églises de Liége de nombreuses peintures qui presque toutes ont
disparu. Elles étaient déjà devenues rares au XVIIe siècle, comme le
constate son biographe Abry. Parmi ses travaux, on citait particulièrement
les peintures exécutées pour l'église collégiale de Saint-Pierre. Il avait
peint, en 1576, une Sainte Cène pour l'une des chapelles de cette
collégiale. Le tableau avait été commandé par les héritiers de Jean Hubar,
chanoine et doyen de Saint-Pierre, pour servir d'épitaphe et être placé
au-dessus du tombeau de ce dignitaire. Cette peinture était considérée comme
l'une des meilleures œuvres de Ramey.
En 1585, Ramey fut élu
doyen du métier des orfèvres qui, à Liége, formait une
même corporation avec les peintres, les peintres verriers, les brodeurs, et
probablement avec tous les artistes et artisans dont la profession avait
pour base l'étude et la pratique du dessin. Au surplus, Jean Ramey vivait
encore entièrement dans le courant des traditions qui permettaient à un
peintre, même en renom, d'accepter des travaux considérés
aujourd'hui comme d'ordre inférieur et peu dignes d'un maître, tels les
décors d'appartements et d'églises, dessins pour vitraux et autres travaux
décoratifs. Cela n'empêchait pas son atelier de jouir d'une grande
réputation. Il fut fréquenté pendant quelque temps par un élève,
probablement fort jeune alors, mais qui devait plus tard se faire un nom
dans le domaine de l'art, Otto Venius, le futur maître de Rubens ; il était
le fils de Corneille Van Veen, chevalier et seigneur de Hoogveen,
bourgmestre de Leyde, qui, à la suite du triomphe des Gueux, avait été
obligé de s'enfuir de la ville dont il était le premier magistrat et de se
réfugier à Liége, avec son fils. Il y fut fort bien accueilli par le
cardinal prince évêque Gérard de Groesbeck. Son fils, qui avait reçu à
Leyde des leçons de peinture d'lsaac Claes, voulut continuer ses études dans
l'exil. Il reçut à Liège les conseils de Dominique Lampson et surtout de
Jean Ramey, héritier, comme nous l'avons dit, du renom de Lambert Lombard.
Plus tard, après un séjour de cinq années à Rome, Otto Venius revint à Liège
poursuivre sa carrière d'artiste. Gérard de Groesbeck était mort, mais il
fut également bien reçu par son successeur, Ernest de Bavière, qui l'admit
au nombre de ses pages.
Les peintures de Ramey
ont été parfois confondues avec celles de Lombard ; plusieurs écrivains
assurent qu'elles auraient eu du succès à l'étranger ; toutefois, par ce qui
nous est connu de ses œuvres, on peut juger qu'il n'avait dans le dessin ni
la fermeté ni la correction de son maître, mais il n'était pas dénué
d'imagination et avait un sentiment très juste de la couleur. Il
avait adopté les procédés techniques de Lombard ; ses panneaux sont préparés
à la colle d'une manière défectueuse, ce qui a compromis la durée de la
plupart de ses peintures. Avant d'examiner celles d'entre elles qui sont
parvenues jusqu'à nous, il importe de recueillir les informations sur les
travaux du peintre, transmises par des témoignages contemporains.
Un document intéressant
publié par Mr S. Bormans fait connaître plusieurs travaux de Ramey dont nous
n'avons pu retrouver la trace. Il s'agit d'abord d'un tableau représentant,
au centre, le Christ en croix entre la vierge Marie et saint Jean. A.
droite, figure un personnage qu'une inscription désigne comme étant Wéri
Gaillart de Brialmont, ayant derrière lui, à genoux et les mains jointes,
ses cinq fils. A gauche se tient Jeanne de Fraipont, femme de Wéri, avec ses
quatre filles. Tous les détails des costumes et des accessoires sont minutieusement décrits. Selon ce document, ce tableau était la copie d'une
autre peinture, faite en l'an 1290, après la guerre des Awans et des Waroux
où de Dammartin, dans laquelle Wéri et son frère Lambuche se distinguèrent
par des prouesses si éclatantes qu'on les surnomma les Gaillards de
Chênée. Le document cite encore : les portraits d'Ottard de Brialmont,
seigneur de Fraiture et grand bailli du Condroz, et d'Aldegonde de
Berlaymont, sa femme, puis deux autres portraits, celui de Jean de
Brialmont, seigneur d'Atrin, fils d'Ottard et de sa femme Louise Vander Meeren. Ces quatre portraits peints par Ramey en 1571 devaient, sans doute,
orner les grands appartements de l'hôtel, que les Brialmont habitaient à
Huy, et où fut rédigé l'acte qui les fait connaître. Quant au tableau
représentant Wéri Gaillart, il était destiné à remplacer, dans l'église
paroissiale de Chênée, près de Liége, la peinture originale que le bailli du Condroz
« retint, pour soi et les siens, en mémoire et souvenir
de
ses ancêtres ».
Mr S. Bormans a trouvé ce renseignement dans un
manuscrit appartenant à Mr le comte d'Oultremont de Warfusée ; c'est un cahier de
classe ayant servi à Jean de Brialmont lorsqu'il étudiait à Louvain, de 1559
à 1564. Le document parle de l'artiste en ces termes :
« Maistre Jehan
del Ramée, demeurant en la citez de Liége, peintre très excellent
».
Nous avons dit que Ramey ne
peignait pas uniquement des tableaux et des portraits. Il se chargeait aussi
de décorer non seulement des églises, mais encore les salles des habitations
patriciennes. A la vérité, il entrait souvent dans ces décors des
compositions dont les figures formaient l'élément principal,
« les
histoires », comme on disait alors. Il existe aux archives de l'Etat, à
Liége, un document daté de l'année 1583, concernant Ramey, et qui ne manque
pas d'intérêt. C'est une convention faite par acte authentique du notaire
Joannes a Lapide, devant des témoins désignés dans le document, par laquelle
« Johan de Rameye, peintre, bourgeois de la cité, s'engage envers Jan
Wistenraad, maistre de puis », à décorer de peintures et de dorures la salle
grande du dit Wistenraad. Les détails du travail y sont indiqués, notamment deux peintures sur toile servant
aux deux cheminées de la dite salle, les parois devant être peintes
« de
quelque bonne histoire ». Le travail devait être payé 75 florins (la
plupart des matériaux étant fournis par Wistenraad), et achevé à la fête de
Saint-Gilles de la même année 1583.
Plusieurs travaux de Ramey sont
encore mentionnés par les auteurs liégeois. Dans le catalogue de la
collection du chanoine Hamal se trouve la mention suivante :
« Portrait d'une
dame de Surlet par Ramey ».
A un âge avancé, en 1599, Ramey fit un tableau représentant la Conversion
de saint Paul pour la collégiale qui porte ce vocable ; pour la même
église, il exécuta, en 1602, une série de douze médaillons représentant les
apôtres, que jusqu'à la révolution on voyait suspendus aux colonnes de la
nef. A la cathédrale Saint-Lambert, dans la quatrième chapelle au Midi, on
voyait une peinture de Ramey représentant le
Christ au Jardin des Oliviers ; il avait également dessiné des vitraux
placés dans la collégiale de Saint-Paul, en 1597.
A la fin de sa carrière il fut appelé à Paris pour
travailler au palais du Luxembourg, probablement à des peintures
décoratives. Ramey mourut dans les premières années du XVIIe siècle,
en
revenant au pays natal, dans une des villes aux frontières de la France.
Nous avons dit que peu de travaux de Ramey sont connus,
la plupart ayant été détruits ou emportés loin du pays. Hormis les
portraits, il avait l'habitude de signer ses peintures et même ses dessins,
ce qui offre une certaine facilité pour les recherches. Voici le résultat de
celles que nous avons faites :
Dans l'album de dessins de Lombard que
possède S. A. le duc d'Arenberg se trouvent deux dessins de Ramey qui n'ont
pas été signalés par les savants qui ont étudié cette collection : ils
représentent saint Joachim et sainte Anne s'embrassant sous la porte dorée
et l'Ange annonçant à saint Joachim qu'il lui naitra une fille. Ces
dessins, exécutés à la plume, sont en assez mauvais état. Ce sont peut-être
les compositions de tableaux exécutés par le peintre. Parmi ceux-ci nous
connaissons : l'Adoration des Bergers, conservé à l'église de N.- D. des
Lumières en Glain près Liége. La disposition de l'ensemble et plusieurs des
figures rappellent le tableau de Lombard traitant le même sujet, conservé à
la galerie impériale de Vienne. Figures de grandeur naturelle ; hauteur. 1 m.
29, largeur 1 m. 19. Ce tableau, peint sur bois et signé, est d'un bon
coloris et largement peint : c'est la meilleure œuvre du peintre qui nous
soit connue ; elle a malheureusement souffert et a dû subir des retouches. Un
tableau traitant le même sujet appartient à Mr De Soer de Solières, à Liége.
H. 2,5 ; L. 1,45 m. Saint Paul guérissant le boiteux à Lystre appartient à
Mr Brahy-Prost, à Liége. Peint sur toile. H. 1,59 ; L. 2 mètres. Il est signé
IO. G. D. Ramey pingebat, 1600. C'est donc une œuvre de la vieillesse du
peintre. Deux portraits, celui de Jacques Herlet, bourgmestre de Liège en 1585, et de sa femme
Gertrude Hock, conservés dans la famille Hock, à Liége, sont avec raison
attribués à Ramey. Le bourgmestre Herlet, mort un an après la date indiquée
sur son portrait, fut, ainsi que sa femme, enterré dans l'église
Saint-André, à Liége. Ils y avaient fait peindre un retable d'autel qui
portait leurs armes et sur les volets on voyait les portraits des deux
époux. Il est probable que ce travail était également du pinceau de Ramey.
La même famille possède un tableau de Ramey représentant la Résurrection de
Lazare. Il est signé et daté. C'est la dernière œuvre connue du peintre.
Les personnages, hormis le Christ que l'on voit au premier plan, à droite du
spectateur, sont représentés à mi-corps. Lazare sort du tombeau, dont le
bord est à peu près au niveau de la ligne inférieure du cadre. Son torse nu,
qui fait l'effet d'une étude académique, est celui d'un homme jouissant de
toute sa santé, et les personnes qui l'entourent ne semblent pas prendre un
intérêt bien vif à la scène qui se passe devant eux. Du côté opposé au
Christ émerge du cadre le haut de la figure du donateur, un prêtre revêtu du
rabat qui, les mains jointes, prie en tenant un rosaire ; à côté de lui, un
pinceau peu habile a ajouté en proportions réduites le portrait d'un
personnage chevelu portant moustache et impériale. B. H. 1 m. 30 ; L. 1 m.
Signé et daté IO. Ramey Ping., 1602.
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