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Dominique Lampson




 

 

 

 

 

   

 

 

 

Ed. van Even
Biographie nationale T.XI, pp. 228 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

LAMPSONIUS (Dominique) ou LAMPSON, philologue, poète et peintre, né à Bruges, en 1532, mort à Liège, en 1599. Juste Lipse, qui le comptait au nombre de ses meilleurs amis, l'appelle un esprit supérieur et une gloire de la Flandre ; Guicciardini le qualifie de « savant et gentil poète ». Après s'être appliqué, avec le plus brillant succès, à l'étude des lettres grecques et latines, il entra, bien jeune encore, au service du célèbre cardinal anglais Reginald Pole, plus tard archevêque de Cantorbéry. Ce prélat était un ecclésiastique de haute érudition, en relation avec les lettrés les plus marquants de l'époque, tels que les Bembo et les Sadolet. Toujours en rapport avec des hommes supérieurs, Lampsonius ne tarda pas à devenir un humaniste distingué. Il maniait élégamment le latin, tant en vers qu'en prose, et possédait une connaissance profonde des antiquités et des lettres classiques. Son vaste savoir, sa bienveillance et ses manières agréables lui méritèrent d'illustres amitiés. Henri VIII éprouvait une vive sympathie pour le cardinal Pole et le tenait en grande estime. Cette affection se refroidit lorsque Pole refusa de flatter la passion du souverain pour Anne Boleyn ; la rupture fut définitive quand le cardinal eut publié un écrit contre le changement de religion du roi. Sa tête ayant été mise à prix, le prélat quitta l'Angleterre et se réfugia à Liège, où il passa un certain temps auprès du prince-évêque Erard de la Marck, le grand Mécène des lettrés et des artistes, qui avait fait revivre l'âge d'or dans ses Etats. Pole traversa ensuite les Alpes et se fixa à Rome. Lampsonius suivit le cardinal avec un artiste liégeois très connu, Lambert Lombard (voir ce nom). Une vive amitié ne tarda pas de s'établir entre les deux Belges, et cette affection dura aussi longtemps que leur vie. Lampsonius, qui avait grandi à Bruges au milieu des chefs-d'œuvre de l'école de Van Eyck, avait toujours montré une grande prédilection pour la peinture. Lombard enseigna à son ami le dessin et l'initia au maniement des couleurs. Sous sa conduite, l'élève devint un peintre d'une incontestable habileté. Pendant son séjour en Italie, Lampsonius se lia, non seulement avec les lettrés les plus remarquables de la Péninsule, mais aussi avec plusieurs artistes en renom, notamment avec Vasari et Titien. Il resta en correspondance avec le grand maître vénitien, ainsi qu'il résulte d'une lettre, datée de Liège, le 13 mars 1567. En 1549, Pole obtint beaucoup de voix pour succéder à Paul III. Après avoir présidé le concile de Trente, il rentra en Angleterre. La reine Marie l'appela au siège archiépiscopal de Cantorbéry et lui octroya la présidence du conseil royal. Dominique Lampsonius, qui n'avait pas quitté son maitre, passa plusieurs années en Angleterre. A la mort du cardinal, arrivée en 1558, il revint en Belgique et obtint le poste de secrétaire de Robert de Berghes, prince-évêque de Liège. Il occupa les mêmes fonctions sous les deux successeurs de ce prélat, Gérard de Groesbeek et Ernest de Bavière.

   A Liège, Lampsonius eut le bonheur de retrouver son ami Lambert Lombard, considéré alors comme l'un des plus grands peintres de la Belgique. Stimulé par ce maître, il reprit ses études artistiques. Tout le temps que lui laissèrent les devoirs de sa charge, il le consacra au dessin et à la peinture. Dans une lettre à Vasari, datée de Liège, le 26 avril 1565, Lombard parle avec enthousiasme de son ami : « Ce qui me porte parfois à m'effacer », dit-il, « c'est que lui, encore fort jeune, par la bienveillance de l'Etre suprême,  distributeur de tous les biens, a reçu un vase rempli des dons les plus variés. Bon, bienveillant, connaissant les langues grecque et latine, il parle et écrit en toscan, comme s'il avait habité l'Italie toute sa vie. Il est bon poète latin, pénétré, des maximes de Platon, d'Aristote et d'Epictète ; il est amateur des arts libéraux ; il chante d'une voix harmonieuse et pratique la musique gaillardement, et quant à sa qualité de secrétaire, on peut le comparer aux plus habiles de sa profession. Je n'en connais pas d'aussi expert à former de beaux caractères, non seulement en français et latin et en italien, mais aussi en grec. II ne m'étonne pas autant des grandes vertus et aptitudes qu'il possède que de son grand jugement dans notre art, dans lequel, s'il le pratiquait, il serait à la hauteur de plusieurs fameux maîtres vivants ». En parlant de ses productions artistiques, Lombard dit encore : « Le peu que l'on voit de lui est dessiné dans de belles proportions, avec des couleurs justes et bien mises à leur place. A la pointe d'argent, il dessine d'une manière si douce et si fondue, que cela parait être peint, et il en est de même de ses dessins aux crayons rouge et noir. Je dirai volontiers de lui ce que Poliano disait de Léon Battista Alberti : Quelle est la chose qu'il ignore? »  Lampsonius et Lombard s'aimaient comme deux frères. C'était une même âme dans deux corps : joies, souffrances, succès, chagrins, ils partageaient tout en commun. Voulant laisser au maître liégeois un témoignage durable d'amitié, Lampsonius rédigea la biographie du grand artiste et la publia de son vivant même. Ce travail, devenu extrêmement rare, porte le titre suivant : Lamberti Lombardi apud Eburonos pictoris celeberrimi vita, pictoribus, sculptoribus, architectis aliisque ad genus artificibus utilis et necessaria. Bruges, Hubert Goltzius, MDLXV ; in-12 de 40 pages. Au revers du titre se trouve un beau portrait de Lombard gravé par H. Goltzius.

   Lampsonius se livra également à des recherches sur l'histoire de l'art en Belgique. Il se trouvait en rapport avec Guicciardini et Lucas d'Heere, de Gand, comme lui poète et peintre, qui s'occupait alors d'une biographie de nos anciens artistes. Personne dans le pays ne connaissait mieux que lui l'histoire de nos anciens maîtres. C'est Lampsonius qui écrivit le chapitre sur les peintres flamands, que Vasari publia dans la seconde édition de ses Vite dei pittori, scultori et architetti, imprimées chez les Giunti, à Florence, en 1568. Pour ce travail, il avait largement puisé dans la Description des Pays-Bas, de Guicciardini. Un éditeur d'estampes d'Anvers, Jérôme Cock, conçut, en 1570, le projet de publier un recueil de portraits des peintres célèbres des Pays-Bas. A sa demande, Lampsonius rédigea des inscriptions en vers latins pour être placées au bas de ces portraits. Ces inscriptions témoignent autant de son talent littéraire que de sa profonde connaissance de l'histoire de l'art. Le recueil parut à Anvers, sous le titre suivant : Pictorum aliquot celebrium Germaniae inferioris effigies..., una cum doctiss. Dom. Lampsonii hujus artis peritissimi elogiis. Anvers, sub intersigno quatuor ventorum, 1572 ; in-4°. Lampsonius, qui écrivit bon nombre de poésies latines, laissa également des vers flamands, qui témoignent de son attachement à sa langue maternelle. Jean Lernutius publia de lui une traduction, en vers lyriques, des psaumes de la Pénitence. De son vivant, Lampsonius fit paraître un choix de ses poésies latines qu'on réunit, plus tard, à celles de son frère. Dans les Deliciae poetarum Belgarum, on trouve deux pièces de notre auteur.

   Lampsonius était un homme d'un caractère ouvert, loyal et bienveillant, toujours disposé à faire le bien. On sait qu'Otho Venius séjourna pendant quelque temps à Liège. Il avait alors dix-sept ans. Lampsonius, qui avait deviné le brillant avenir du jeune artiste, le prit en affection. Ce fut d'après ses conseils qu'il partit, en 1575, pour Rome où il passa sept ans, complétant par de fortes études son éducation artistique. Lampsonius rendit ainsi un immense service à celui qui était appelé à devenir le maître de Rubens et à inaugurer la grande époque de l'art en Belgique. Notre savant était en rapport avec la plupart des écrivains du pays. Nous avons dit qu'il était très lié avec Juste Lipse. Il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à ramener le grand polygraphe à la foi catholique et au pays.

    Chargé d'une fonction qui absorbait la majeure partie de son temps, Lampsonius ne produisit que peu de tableaux. Il exécuta, en 1576, une grande toile représentant le Calvaire, destinée au maître-autel de l'église de Saint-Quentin, de Hasselt. Cette composition, la seule production picturale connue de l'artiste, a 3 mètres 75 de hauteur, sur 2 mètres 68 de largeur. Elle est d'un dessin correct et d'une incontestable harmonie de couleur ; mais le modelé manque de force, de relief. Ce tableau décora le maître-autel de l'église de Hasselt jusqu'en 1804, époque à laquelle il fut déplacé et mis contre l'une des parois du transept. On pense que Lampsonius aida son maître aux volets du beau retable en chêne qui formait autrefois le maître-autel de la collégiale de Saint-Denis, à Liège, et qui existe encore dans ce temple. Mais on n'a aucune certitude à cet égard.

   Dominique Lampsonius, qui avait épousé la fille d'un bon bourgeois de Hasselt, mourut à Liège, en 1599. Il fut inhumé dans l'église Saint-Denis. Son frère Nicolas fit placer au-dessus de son tombeau une inscription dont le texte a été conservé. On trouve un très beau portrait de Lampsonius dans la Bibliotheca Belgica de Foppens, t. Ier, p. 249.

Ed. van Even.

 Burman, Syllog. epist., t. I, p. 128-149. -- Biographie des hommes remarq. de la Flandre occ., t. I, p. 276 -- Gaye, Carteggio inedito d'artisti. Florence, 1840, t. III, p. 173 -- J Helbig, Hist. de la peinture au pays de Liége, dans les Mémoires de la Société d'Emulation de Liége, t. IV (1873), p. 354 -- Alex. Pinchart, Archives, t. I, p. 251.

 

 

 

 

Jules Helbig
La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 190 et suiv.

DOMINIQUE LAMPSON

   Dominique Lampson ou Lampsonius, fut élève de Lombard ; l'intimité de ses rapports avec son maître et ceux qu'il eut avec Vasari méritent une mention spéciale. Nous allons faire connaitre ce que l'on sait de sa biographie.

   Dominique Lampson est né à Bruges, en 1532. De sa jeunesse, on sait seulement qu'il était attaché à la maison du cardinal Pole, avec lequel il demeura assez longtemps en Angleterre. Celui-ci étant mort en 1558, Lampson revint en Belgique, et se fixa, pour le reste de ses jours à Liége. Il était savant, poète latin distingué, grand amateur des beaux-arts, et, à la suite de ses relations avec Lambert Lombard, il devint peintre. Lampson avait la charge de secrétaire auprès du prince-évêque Robert de Bergh, et occupa successivement les mêmes fonctions sous les évêques Gérard de Groesbeck et Ernest de Bavière. Tout en vaquant aux devoirs de sa charge, il devint élève de Lombard et demeura son ami. Celui-ci avait, de son côté, une opinion très haute des talents de Lampson. Voici comme il s'exprime à cet égard dans une lettre adressée à Vasari :

   « Ce qui me porte quelquefois à m'effacer, c'est que lui (Dominique Lampson), encore fort jeune, par la bienveillance de l'Être suprême, distributeur de tous les biens, a reçu un vase rempli des dons les plus variés. Bon, bienveillant, connaissant les langues grecque et latine, il parle et écrit le toscan comme s'il avait habité l'Italie toute sa vie. Il est bon poète latin, pénétré des maximes de Platon, d'Aristote et d'Epictète ; il est amateur des arts libéraux ; il chante d'une voix harmonieuse et pratique la musique gaillardement, et, quand à sa qualité de secrétaire, on peut le comparer aux plus habiles de sa profession. Je n'en connais pas d'aussi expert à former de beaux caractères, non seulement en français, en latin et en italien, mais aussi en grec. Je, ne m'étonne pas autant des grandes vertus et aptitudes qu'il possède que de son grand jugement concernant notre art, dans lequel, s'il le pratiquait, il serait à la hauteur de plusieurs fameux maîtres vivants. Le peu que l'on voit de lui est dessiné en de belles proportions, avec des couleurs justes et bien mises à leur place. A la pointe d'argent, il dessine d'une manière si douce et si fondue que cela paraît être peint ; il en est de même de ses dessins aux crayons rouge et noir. Je dirais volontiers de lui ce que Politiano disait de l,éon Battista Alberti : Quelle est la chose qu'il ignore? (1) »

   Quelle que fût la culture de l'esprit de Lampson et son aptitude aux beaux-arts, il faut, dans cet éloge, faire une large part à l'amitié de Lombard, de même qu'il convient d'y tenir compte de l'excès des louanges qui, au XVIe siècle, était l'une des formes du style épistolaire. On ne connaît qu'une seule des peintures de Lampson. C'est le tableau du maître-autel de l'église de Saint-Quentin, à Hasselt (2), où il figurait encore en 1804. Depuis il a été déplacé et mis sur l'une des parois du transept.

   Si l'œuvre ne répond pas aux éloges que Lombard donne de son élève, elle prouve cependant que celui-ci était initié à la pratique de son art et ne redoutait pas d'aborder les sujets les plus difficiles. Il représente le Calvaire. Le Christ est étendu sur l'instrument de la rédemption ; le corps est un peu contourné, même maniéré. A sa droite, le bon larron, par un mouvement violent, se tourne vers le divin maître, tandis qu'à la gauche, le mauvais larron, vu de côté, expire dans l'agonie du désespoir. Au bas de la composition, sous la croix du bon larron, la Sainte Vierge tombe évanouie dans une attitude devenue presque traditionnelle parmi les peintres italiens de la Renaissance. Elle est entourée des saintes femmes et de saint Jean, qui lui prodiguent leurs soins.

   De l'autre côté se trouve un groupe de cavaliers, vu du dos en partie ; l'un d'eux, saint Longin, vient de donner le coup de lance. Ils semblent regarder avec un étonnement anxieux le drame qui s'achève.

   La composition est savante et n'est pas sans inspiration. Lampson y montre son érudition : le titre de la croix, comme le rapporte l'Evangile selon S. Luc, est écrit en hébreu, en grec et en latin. Le dessin est assez correct et la couleur harmonieuse. Mais le modelé est faible, les formes manquent d'accent, et le style marque un grand pas fait vers le maniérisme de la décadence.

   Cette toile mesure 3m75 de hauteur sur 2m68 de largeur; elle a souffert assez notablement, surtout dans les ombres, qui sont peintes très légèrement.

   Le tableau fut livré par Lampson en 1576, dix ans après la mort de Lombard ; il est très probable qu'il a été peint en 1575, c'est à dire précisément l'année où le secrétaire de Gérard de Groesbeck se faisait inscrire dans la corporation des peintres et des orfèvres de Liége (3). La date de la livraison du tableau est établie par un document que les marguilliers de l'église de Saint-Quentin adressèrent aux magistrats de la ville de Hasselt, à l'effet d'obtenir un subside pour le payement d'une somme de cent florins due depuis deux ans à Dominique Lampson, pour le tableau d'autel figurant au chœur de leur église. La requête est datée du 28 juin 1578 (4). Abry cite une peinture que Lampson exécuta pour l'église Saint-Denis, en ces termes :

   « C'est de lui-même que l'on voit à Saint-Denis à Liège, le tableau qui se trouve dans la première chapelle, près du grand parvis, où il est représenté avec son frère sous les figures des saints de leurs noms. »

   Il semble probable que Lampson travailla, sous la direction de Lombard, aux volets du retable qui figurait autrefois sur le maître-autel de la collégiale de Saint-Denis, à Liège, on son frère, Nicolas Lampson, protonotaire apostolique, était chanoine et doyen ; toutefois, nous n'avons que des présomptions à cet égard.

   Nous croyons aussi pouvoir lui attribuer un portrait de Lombard, fort joli dessin fait à la plume : c'est l'original du portrait gravé dans l'ouvrage publié par Lampson en 1572, sous le titre : Elogia et effigies pictorum celebrium Germaniae Inferioris. Anvers, in-4°. Ce dessin, conservé à l'Académie de Dusseldorf, après avoir fait partie de la collection de Krahe, était, à la vérité, attribué, dans l'inventaire de cette dernière, à Georgio Ghisi, nous ne savons sur quelle autorité. Dans ce dessin, la tète de Lombard a le même type énergique et intelligent qu'offre le portrait gravé par par Hubert Goltzius, et qui figure en tête de l'opuscule publié par Lampson (5) sous le titre de : Lamberti Lombardi apud Eburones pictoris celeberrimi vita. Bruges, Hub. GOLTZIUS, 1565, in-8°.

   Dans sa biographie de Lombard, il est à regretter que Lampson se soit-attaché aux dissertations érudites, aux considérations sur l'esthétique de l'art plus qu'au simple récit des faits relatifs à la vie de l'artiste. On n'y trouve presque aucun détail sur les travaux de Lombard, dont un seul, nous l'avons vu, une grisaille assez insignifiante, peinte en Italie, est désigné par le sujet qu'elle représente.

   Indépendamment de cette biographie, des Elogia que nous venons de citer, et que Lampson publia de son vivant, un choix de poésies latines, réunies après sa mort à celles de son frère, ont été imprimées sous ce titre : Domini Lampsonii ac Nicolai Lampsonii fratrum Selecta poëmata. Leodii, 1626, petit in-8°.

   Lampson était artiste, savant, mais surtout il était bel esprit. Il fut en rapport épistolaire avec beaucoup d'hommes célèbres de son temps, notamment avec Vasari, auquel il a donné bon nombre de renseignements sur les artistes contemporains vivant au pays de Liége et dans les Pays-Bas. Ces lettres sont probablement perdues.

   On a conservé une longue lettre de Lampson, adressée au célèbre Titien, et qui témoigne des rapports nombreux qui, surtout en ce qui concernait les arts, existaient alors entre l'Italie et les Pays-Bas. Datant de Liége au 13 mars 1567, l'écrivain s'excuse auprès de son illustre correspondant du désordre de sa lettre, sur les occupations nombreuses et d'une nature fâcheuse que donnaient dans ce moment, à lui et à son patron l'évêque de Liège, le soulèvement des protestants à Hasselt (6). En effet, cette ville dut alors soutenir un siège, et fut fort maltraitée par les troupes du cardinal évêque de Liége ; ces circonstances devaient d'autant plus affecter son secrétaire, que celui-ci avait épousé la fille d'un riche bourgeois de la ville rebelle, et que, comme nous venons de le voir, il y avait à cette époque même des relations relatives à son art.

   Lampson était lié d'amitié avec Juste Lipse, et, en cherchant à détacher ce savant de l'Université de Leyde, il a beaucoup contribué à le ramener à la foi catholique.

   Dominique Lampson est mort, à Liége, en 1599 (7). Il a été enterré dans l'église de Saint-Denis ; au-dessus de son tombeau, son frère, doyen de la collégiale, fit placer cette épitaphe :

 

Ad Dei Omnipotentis Honorem
Et

Dominici Lampsonii
Varia scientia et functione publica
 Clari,

In hac Ecclesia sepulti,
Suique memoriam
 Nicolaus Lampsonius
 Ejusdem Ecclesiae Decanus,
 E
jus frater pos : anno CIЭ. IЭ  C. III
 
SIC ERAT HOC LATE NOTVS LAMPSONIVS ANNO,
IPSA DEFVNCTVS QVA SANCTVS ALEXIVs HORA
(8)
 

(1) ..... « Che vi fa talvolta ritarmi in dietro, di che egli, homo di  poco età, per la benignità di quel sommo giove, distribuitor d'ogni  bene, habbia havuto un vaso tanto pieno de' diversi ingenii, bono et benigno, al quale non manca la cognitione della lingua greca nè latina ;  el toscano parla et scrive che pare habbia pratticato l'Italia toutta la vita sua, bonissimo versificator latino, infumato dell' sententie di Platone, Aristotele et Epicteto, et amatore di tutte l'arti liberali, la  musica galliardemente, et con una dolce armonia canta : et quanto al  l'officio di segretario si puô paragionarlo ad uno de' primi che si trovi.  Io non ho mai visto cosi espediente a formar de' belli caratteri, non solo latini, francesi et italiani et grechi, et non mi maraviglio tanto di tutte  queste sue belle virtù insieme, ma ancho del suo gran iudicio del l'arte nostra, la quale s'egli praticasse non sarebbe inferiore a molti famosi  oggidi, et il poco che si vede di suo si puô dire ben fatto con belle proportione, et li colori messi in luoco lor appertenente, et della ponta d'argenta supra la mistura d'osso brusato mena la grafica cosi dolce e fumato che pare colorito et di lapis rosso et niegro parimente. Io quasi  direi di lui come il Politiano di Leon Battista Alberti, qual cosa gli è  incognita ? » 

(GAYE, Carteggio, t. III, p. 173 et suiv.)

(2) M. de Corswarem, correspondant de la Commission royale des monuments a, le premier, fait connaître ce tableau dans le Journal des Beaux-Arts, N° du 11 avril 1868. 

(3) V. les Homme illustres de la nation liégeoise, L. ABRY, p. 175. 

(4) La requête commence en ces termes: « Die Kerkmeesters van Sinte Quintus parochie binnen Hasselt gheven te kennen, etc. Hoe da Mr Dominicus Lampson der fabrijken vuerschr. over twee jaeren nest geleden een geshilderde taffell op den hoghen altaer binnen St-Quientens choer  gelevert heeft, waer dy fabrike schuldich is Mr Lampsonie voerghenaemt hondert guldens brabans, » etc. Nous devons la communication de ce document à l'obligeance de M. le chevalier de Corswarem, membre correspondant de la Commission royale des monuments. 

(5) Quelques travaux de Lambert Lombard, par J. HELBIG. Annuaire de la Société d'Emulation de Liége, année 1867. 

(6) V. Carteggio de GAYE, tome III, p. 248. 

(7) Il est probable que Lampson a eu un fils, Jacques Lampson, qui s'est aussi adonné à la peinture. Nous trouvons, en effet, un « peintre flamand » de ce nom à Rome, lequel (le 21 octobre 1620) dépose dans un procès, en faveur d'une dame dupée par un fourbe qui avait reçu une robe de chambre en gage. Artisti Belgi et Olandese a Roma nei secoli XVI et XVII, A. BERTOLOTTI, p. 97. 

(8) V. Bibliotheca Belgica de J F. FOPPENS, T I, p. 249. 

 

 

23/01/2013