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Gérard Douffet, pinacothèque de Munich |
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Ad. Siret
Biographie nationale T. VI, pp. 150 et
suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
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DOUFFET (Gérard),
peintre d'histoire et de portait, né à Liège en 1594 et mort en 1660. Il
commença ses études sous la direction d'un peintre liégeois nommé Jean
Tauler. De là il se rendit à Dinant chez un artiste qui paraît avoir eu de
la réputation, mais dont les œuvres sont inconnues et qui s'appelait
Perpète. Gérard manifestait des
aptitudes telles, que son père n'hésita point à l'envoyer à Anvers dans
l'atelier de Rubens. Le grand artiste jouissait alors d'une réputation
immense. Il s'occupa pendant deux ans de son nouveau disciple, après quoi
le jeune Gérard, à peine âgé de vingt ans, partit pour Rome ; mais avant
ce départ il séjourna assez de temps dans sa ville natale pour y donner
des preuves de son savoir. Il peignit une Judith d'après Rubens ;
un Prométhée et quelques portraits.
En
1614, il se mit enfin en route pour Rome ; il s'y livra à de sérieuses
études et y répara rapidement les lacunes de son éducation littéraire, car
il apprit bientôt le latin et s'appropria, grâce à une heureuse mémoire,
les auteurs classiques les plus vantés. Après un séjour de sept ans dans
la ville éternelle, Gérard voulut se rendre à Naples, mais une violente
tempête obligea le vaisseau sur lequel il était monté à relâcher à Malte.
De là il retourna à Rome où il se créa les ressources nécessaires pour
rentrer dans sa patrie. Deux peintres liégeois, Tilmant Woot de Trixhe et
Michel Houbar, l'accompagnèrent dans ce voyage, qui fut parsemé
d'aventures et de privations. Toutefois, à Venise ils rencontrèrent Pierre
Des Ursins, leur compatriote, qui les mit en relation avec quelques
personnes de qualité et, en peu de temps, nos artistes purent, grâce à
leurs travaux largement rémunérés, revenir à Liége. Ce qu'ils firent au
printemps de 1623.
Gérard Douffet se maria en 1628 et vécut d'une vie tranquille et
laborieuse. Il eut un fils, architecte, dont on parle peu. Aucun fait
saillant ne vint troubler cette existence toute de travail, sauf en 1646,
époque à laquelle il dut quitter Liége livrée alors aux dissenssions
provoquées par les Grignoux et les Chiroux. Rentré dans son atelier, il
exécuta ensuite de nombreux travaux pour les particuliers et les
congrégations religieuses. Notes citerons ici ses principales œuvres :
Portraits d'hommes, à Munich. -- Visite du pape Nicolas V au comte
Francis, à Schleisheim. -
Invenlion de la vraie croix, à la
pinacothèque de Munich, - tableau important qui fut commandé à
l'artiste pour l'église du monastère de Saint-Laurent et qui parait être
son chef-d'œuvre..
Les
tableaux de Douffet sont presque tous sortis de la ville de Liége. lls ont
été vendus par les autorités ecclésiastiques et font aujourd'hui
l'ornement de musées et de cabinets étrangers. Beaucoup d'œuvres de
Douffet, autrefois placées dans les églises de Liége par des familles du
pays, soit comme ex-voto, soit comme souvenirs, dons, etc., ont
donné lieu à des trafics peu édifiants. (Voir Histoire de la peinture
du pays de Liége, par J. Helbig, 1873.)
Gérard Douffet fut un bon dessinateur ; le style italien fut l'objet de
ses sympathies. Les chairs de ses modèles ont un coloris chaud, surtout
dans ses portraits, généralement bien composés et bien dessinés. Les
expressions sont vraies ; mais son coloris laisse à désirer :
il manque de vérité. Le temps a
considérablement nui aux tableaux de ce maître, ils tournent au noir. On
compte parmi ses élèves Bertholet Flémalle, Gérard Goswin, Lambert Campo
et les deux frères Delcour.
Natalis a gravé d'après lui. |
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Ad. Siret. |
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Jules Helbig
La
peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 222 et suiv.
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(1) |
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Gérard Douffet (dit Chevaert) est né à Liége, le 6
août 1594, vis-à-vis de l'église des
Dominicains, dans une maison achetée par son père deux ans avant la
naissance du peintre.
Son père s'appelait Gérard Douffet, (dit Radelet)
et sa mère avait pour nom de fille Marie Spineux ou Espineux.
Gérard fut mis de bonne heure à l'école, où son
génie naturel pour la peinture se manifesta de la même manière que
s'annonce chez beaucoup d'enfants un esprit distrait et irréfléchi,
c'est-à-dire en griffonnant des figures sur les marges de ses cahiers. Il
ne porta pas loin l'étude des humanités.
Sa vocation pour l'art s'annonçant de plus en plus,
son père le mit en apprentissage chez le peintre Jean Taulier, dont
il vient d'être question, qui demeurait dans le voisinage. Bientôt le
jeune élève fit des progrès, et les leçons de Taulier paraissant
insuffisantes, Gérard fut envoyé à Dinant, chez un maître du nom de
Perpète, dont les travaux ne sont pas parvenus jusqu'à nous (2). Il
paraît que Douffet l'aidait tout en recevant ses conseils, et bientôt
il fit, chez son nouveau maître, preuve d'une aptitude et d'une ardeur
au travail qui décidèrent son père à s'imposer les sacrifices
nécessaires au développement de ce jeune talent ; il voulut le confier
à quelque peintre célèbre.
Rubens jouissait déjà alors d'une
grande réputation. Revenu d'Italie vers la fin de l'année l608, il
s'était fixé à Anvers et avait épousé la fille de Jean Brand, l'un des
échevins de cette ville. Ce fut aux leçons de Rubens que Douffet, fut
confié. Il partit pour Anvers à l'âge de dix-huit ans, et, pendant
deux ans, il reçut les conseils et copia les œuvres du célèbre
peintre. Il semble toutefois que ce guide ne répondait pas à ses
aspirations car bientôt il conçut le projet de se rendre en Italie ;
mais d'abord il revint à Liége.
De retour dans sa ville natale et animé du désir de
montrer les progrès qu'il avait faits pendant son absence, il peignit
une Judith, d'après la gravure d'un tableau de Rubens et les
souvenirs qu'il avait conservés de l'œuvre originale. Cette peinture,
exposée dans l'église du petit Saint-Martin (3) fut acquise par
Servais Marcellis, chanoine de Saint-Lambert ; quelque temps plus
tard, elle passa entre les mains d'Arnould de Selys, chanoine au même
chapitre. Douffet peignit encore un Prométhée (4), et fit le
portrait de son père et de sa mère, ainsi que ceux de plusieurs antres
personnes.
Il partit pour l'Italie en 1614. Arrivé à Rome, il
se mit aussitôt à dessiner les statues antiques, à copier les toiles
des grands maîtres de la Renaissance, et, chose à noter, il s'attacha
particulièrement à l'étude d'un tableau de Jean de Maubeuge, le maître
de Lambert Lombard. Tout en s'adonnant aux études assidues, le jeune
artiste, poussé par un caractère agréable et gai, se mit en relation
avec bon nombre de personnes distinguées. Leur société lui fit
comprendre combien l'instruction qu'il avait reçue était insuffisante
et à quel point il manquait de lecture. Il s'efforça courageusement de
réparer les lacunes de sa première éducation par la lecture de bons
livres et l'étude du latin. Doué d'une mémoire heureuse et de beaucoup
d'intelligence, il réussit à acquérir un peu de culture littéraire qui
lui manquait. Il récitait couramment des tirades entières des
meilleurs auteurs et passait même pour tourner assez bien un vers.
Enfin, il s'adonna à l'étude des livres d'histoire et de philosophie,
cherchant ainsi à cultiver de plus en plus son esprit, sans renoncer
ni à l'étude de son art, ni aux plaisirs de la société qu'il voyait à
Rome.
Il réussit bientôt à faire le portrait
d'une manière remarquable, et c'est dans ce genre qu'il montra plus
tard une supériorité incontestée. Il en peignit plusieurs à Rome, deux
de ceux-ci sont conservés aujourd'hui à la Pinacothèque de Munich,
mais on ignore quels furent les autres travaux auxquels il se livra
dans cette ville.
Après un séjour de sept ans à Rome, Douffet voulut
voir Naples. Dans cette intention, il prit, accompagné de plusieurs
Liégeois, passage sur une galère qui faisait partie d'une escadre, en
partance pour Naples. L'escadre fut assaillie par une violente
tempête, et le vaisseau sur lequel se trouvait notre peintre fut
obligé de relâcher à Malte. Après avoir visité la ville et l'île,
Douffet retourna à Rome, où le manque de ressources l'obligea à
demeurer de nouveau assez longtemps pour y peindre deux tableaux et
plusieurs portraits. Ces tableaux furent suffisamment rémunérés pour
lui permettre d'entreprendre, avec deux amis, le voyage qui
devait le ramener dans sa patrie.
Il partit donc avec Tilmant Woot de Trixhe et Michel
Houbar,
peintres tous deux. Le voyage ne se passa pas sans incidents, et leur
retour au pays de Liège ne devait pas se faire par la voie la plus
directe. Déjà à Pesaro, dans la délégation d'Urbin, Houbar
tomba malade. Ses deux compagnons voulurent attendre son
rétablissement pour continuer la route ensemble ; mais, au premier
essai que Houbar fit de ses forces renaissantes, une rechute le força
à s'arrêter et à laisser partir ses deux amis.
Il fut convenu que ceux-ci l'attendraient à Venise, et, pour
faciliter le trajet qui restait à faire, ils lui abandonnèrent la
moitié de la bourse commune, dont probablement Douffet avait fait les
frais. Celle-ci, au surplus, n'était pas considérable ; les deux
peintres entrèrent à Venise sans un sou vaillant. Leur position
allait devenir fort embarrassante lorsque, dés leur arrivée, la fortune leur fit rencontrer un compatriote,
Pierre des Ursins, dont ils avaient fait la connaissance à Rome. Chose
assez rare, il leur fit bon accueil malgré leur dénûment, et les
conduisit dans une hôtellerie, en répondant de leur dépense. Dès le
lendemain, des Ursins revit ses compatriotes
et les mit en rapport avec un riche négociant flamand, qui commanda
son portrait à Douffet. Celui-ci en fit bientôt d'autres et peignit un
tableau pour un noble vénitien, qui paya largement. L'hiver étant
survenu sur ces entrefaites, les deux artistes continuèrent à
travailler à Venise, et ils ne revinrent à Liége qu'au printemps de
l'année 1623. Après une absence de plus de huit ans, Douffet eut
encore la joie de revoir son père, qui ne mourut que deux années plus
tard.
Peu de temps après leur retour,
Woot se mit en rapport avec les PP. Jésuites ; il travailla pour eux
d'abord, et, plus tard, i1 entra dans leur Ordre. Il fit pour leur
église quatre tableaux, représentant l'Apparition de la Sainte
Vierge à saint Ignace, Saint Louis de Gonzague, Saint Stanislas et
Saint François Borgia. De son vivant, cet artiste eut quelque
réputation.
Quant à Douffet, le renom acquis en Italie avait
précédé son retour. On lui commanda bientôt des portraits, et il y
déploya tout son talent. Avant son départ pour l'Italie, il s'était
épris d'une jeune personne nommée Catherine d'Ardespine, la fille d'un
voisin de la maison paternelle. Il avait fait le portrait de Catherine
pour l'emporter avec lui, et, en retour, il lui avait laissé le sien.
Il l'épousa en 1628. De cette union est né l'année suivante, Gérard
Douffet, troisième du nom, qui s'adonna à l'architecture, sans
toutefois s'y distinguer.
Douffet travailla beaucoup à Liége pour les
particuliers, faisant tour à tour des tableaux et des portraits. Il
fut aussi occupé à des travaux commandés par Ferdinand de Bavière dont
il fit le portrait à diverses reprises. Parmi les toiles les plus
importantes qu'il produisit alors, il faut citer l'Invention de la
Sainte Croix, grande composition que lui commanda Dom Charles
Hardy, religieux du monastère de Saint-Laurent, pour l'église de cette
abbaye.
Voici comment cette œuvre est conçue
:
Sainte Hélène, sons les traits d'une matrone liégeoise, la
couronne en tète, revêtue d'une robe noire violacée avec un camail de
drap d'or, des sous-manches et un manteau blancs, assise sur un cheval gris-pommelé, occupe le centre de la composition. Elle étend la main
droite vers la croix que trois hommes cherchent à dresser auprès d'un
mort qui, au contact de l'instrument du salut, revient à la vie ;
auprès de lui, un second cadavre est encore couché à terre. Les morts
ont été apportés sur un brancard, et un homme qui soutient le corps sur lequel
s'opère en ce
moment le miracle de la résurrection se bouche le nez. A la droite du
tableau, un vieillard incrédule, revêtu d'un riche pourpoint de
velours rouge tient un livre. Il est saisi d'étonnement à la vue du
prodige qui s'accomplit sous ses yeux. Derrière lui on voit un
nègre, coiffé d'une toque avec une plume jaune.
Sur le premier plan, auprès de sainte Hélène,
deux jeunes filles et un jeune seigneur sont à genoux,
adorant l'instrument de la Passion ; enfin, derrière ce groupe ;
formant partie du cortège de la sainte impératrice, on voit une troupe
de guerriers à pied, armés et la tête couverte de salades ; au-dessus
d'eux sont des cavaliers également revêtus de costumes et d'armures
appartenant au siècle où vivait le peintre.
Les figures sont de grandeur naturelle. La hauteur de la toile
est de 2 mètres 75 ; sa largeur est de : 3 mètres 30. Elle est signée
: |
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Lorsque ce tableau fut placé au fond
de l'église de l'abbaye, le cadre portait cette inscription : Amor
et deliciun generis humani crux, et au-dessous on lisait cette
autre légende : |
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Inventae iconismum Crucis, Helenae
imperatrici, Crucis inventori, posuit a° 1624 ; obiit
1637 martii 21.
IVDICII
eMergIt IVstItIaeqVe basIs. (1624)
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Ce tableau, dont nous donnons la
reproduction, est composé avec clarté ; la couleur est vigoureuse,
mais elle a un peu noirci, surtout dans les ombres. Les têtes portent
en général. le type liégeois assez bien caractérisé et l'ensemble
manque de noblesse. L'exécution technique est large et savante.
Douffet peignit
d'autres toiles de grande dimension. En 1627, il exécuta, pour le
seigneur Charles Caroli, une grande composition destinée au chœur de
l'église des FF. Mineurs, à Liége, où elle fut placée en mémoire de sa
dame, Alyde Gabriel, morte en 1627 et inhumée au pied de cette
épitaphe, où, plus tard, le donateur fut également enterré.
Ce tableau a pour objet
la glorification de saint François d'Assise. Son importance nous porte
à en donner également la description.
La composition est
divisée en deux régions et fractionnée en différents épisodes qui
nuisent à l'unité de l'ensemble. Dans la partie inférieure, à droite
du tableau, un escalier donne accès à un caveau voûté ; par la porte
ouverte de cette crypte, on voit le pape Nicolas V prosterné devant le
corps de saint François, qui, revêtu du costume de l'Ordre fondé par
lui, est dressé contre le mur. Deux religieux franciscains ont
accompagné le pape en l'éclairant au moyen d'une torche. Cette scène
est traitée comme un épisode indépendant du reste du tableau ; les
personnages y ont la dimension de figures de second plan.
Dans la région
supérieure, établie au moyen d'une architecture un peu théâtrale, un
moine en surplis exorcise une femme enchaînée, qui se jette en arrière
avec des contorsions violentes. Tandis qu'elle est tenue par deux
hommes et qu'un troisième la frappe de verges, un petit démon sort de
sa bouche. Devant l'exorciste, un acolyte tient un livre ; derrière
cette scène se trouve un groupe de spectateurs, la plupart vêtus de
costumes orientaux, parmi lesquels on remarque un petit nègre. Ce
groupe est dans l'ombre, en-dessous d'une sorte de ciborium supporté
par des colonnes torses.
Dans la région
inférieure, au premier plan, un grand nombre de personnages viennent
visiter le tombeau de saint François, lequel est gardé par un soldat
armé d'une hallebarde. Au centre, un malade presque nu, soutenu par
une jeune fille, vient chercher sa guérison à la tombe du Saint.
Derrière lui, descendant les marches d'un escalier qui conduit de la
région supérieure à la partie inférieure de la composition,
apparaissent d'autres visiteurs. Un cardinal, conduit par un moine et
accompagné d'un chien, descend vers la tombe du Saint ; derrière ce
groupe apparaissent plusieurs figures, entre autres un homme portant
une croix de procession. Plus haut, un soldat en armure empêche un
blessé, dont le bras est en écharpe, d'approcher ; enfin, au sommet de
l'escalier, un pèlerin indique la sépulture miraculeuse à deux femmes
dont on ne voit que les tètes, le reste des figures se perdant dans le
cadre. Au premier plan, à gauche du tableau, une mendiante est couchée
à terre avec son nourrisson ; elle tend la main vers le cardinal pour
lui demander l'aumône.
Ce tableau, aujourd'hui de forme
carrée, avait dans sa forme originale les angles de la partie
supérieure coupés.
Les figures sont à peu près de
grandeur naturelle. La toile a une hauteur de 3 mètres 64. cent. sur
une largeur de 3 mètres 7 cent.
Lorsque cette peinture
ornait le chœur de l'église des Frères Mineurs, son cadre portait, les
inscriptions sui vantes : |
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D.O.M. |
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Pauperumque Patriarchae
Francisco hanc Seraphici Sepulchri iconem inviolati affectus indicem
erga conjugem Domlam Aleidem Gabriel vitâ functam anno 1625.
Septembris 24. Hon.bilis vir Carolus Caroli superstes
ponebat anno 1627. qui obiit 2I
Junii 1658.
Vere
sVM VnICa paV pertate DIV es. (1627)
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Cette toile, dont nous donnons également la reproduction, est
remarquable comme harmonie. Elle est d'une couleur grise, vraie,
vigoureuse sans exagération ; le style a de l'ampleur et l'exécution
de la fermeté ; le dessin en est généralement correct. La composition,
qui en fait une sorte de tableau d'apparat, manque d'unité, à la
vérité, mais elle est agencée avec art et prouve chez le peintre une
certaine abondance d'idées. Les têtes sont, en revanche, peu
expressives et parfois vulgaires dans les types, notamment dans la
femme couchée au premier plan.
En somme, c'est, parmi les tableaux parvenus jusqu'à nous, l'œuvre
capitale du maître, auquel elle fait le plus grand honneur. Elle a des
affinités avec les peintures de Flémalle et de Carlier, dans ce que
ces artistes ont fait de mieux (5).
Douffet peignit, en 1640, aux frais de Walthère de Liverloo, riche
négociant liégeois, et de sa femme, le tableau du maître-autel de
l'église Sainte-Catherine, à Liège. C'était un triptyque. Le panneau
central représentait le Martyre de sainte Catherine, tandis
que, sur l'un des volets, on voyait la Sainte discutant avec les
docteurs ; sur le second, elle apparaissait traînée par un
bourreau, en même temps qu'un agneau, au pied d'une idole. Enfin,
lorsque ces volets étaient fermés, on voyait les portraits des
donateurs, Walthère de Liverloo et Jeanne de Fossé, peints de grandeur
naturelle, à genoux devant un prie-Dieu. Ils étaient saisissants de
ressemblance et le triptyque passait pour être des meilleurs travaux
de Douffet. Cet autel, décoré d'ailleurs de belles
sculptures sur bois d'une grande richesse, était le principal ornement
de cette église, où les donateurs avaient leur sépulture.
Le peintre travailla ainsi jusqu'en
1646. A. cette époque, Douffet, attaché au parti des Chiroux, et qui,
par conséquent, tenait pour les bourgmestres Charles de Méan et
François de Liverloo, en opposition au colonel Jaymaert, fut obligé de
fuir la ville de Liège, pendant que les factieux avaient le dessus. Le
péril auquel Douffet voulut se soustraire, n'était pas un danger
imaginaire. Il suffit pour cela de relire un document du temps dont
voici l'extrait : |
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« Le Conseil de la cité de Liège,
tenu en la salle haute, le dernier juin 1648 :
» Réitère
l'ordonnance du 16 courant à l'égard de ceux qui ont porté les armes
contre l'élection magistrale de l'an 1646, et particulièrement ceux
qui sont dénommez sur la liste suivante : (sur cette liste se trouve
le nom de Douffet peintre).
« Acte de
bannissement, sous peine de pouvoir estre tuez sans autre
authorisation touts les bourgeois et ce jusqu'à une autre
ordonnance, etc. (6). |
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Bientôt cependant, Douffet revint
reprendre son travail lorsque les troubles eurent cessé.
Vers l'an 1648, il fit
un tableau représentant le Sacrement de l'Ordre ou la mission de Saint
Jacques-le-Majeur, pour la chapelle de l'hospice du
Petit-Saint-Jacques, au pont d'Avroy, œuvre qui lui avait été
commandée par les administrateurs de cet hôpital.
Après ces différents
travaux, il fit encore une Adoration des Bergers, à la demande
du commandeur de l'Ordre Teutonique, pour l'église de Bilsen ; une
Descente de la Croix, pour le maître-autel de Cornelis-Munster,
près d'Aix-la-Chapelle; un Crucifiement pour la
cathédrale Saint-Lambert, à Liége ; un Saint Pierre,
pour l'église des FF. Mineurs, à Huy. Il exécuta aussi plusieurs
peintures pour Maximilien-Henri de Bavière, prince de Liége, qui avait
Douffet en haute estime. Enfin, l'une de ses dernières œuvres fut une
Elévation en Croix, qu'il peignit pour Arnould de Hoensbroeck,
chanoine de Liége. Elle figura jusqu'à, la Révolution dans une
chapelle de la cathédrale Saint-Lambert (7).
Douffet fit un grand nombre de portraits, genre
dans lequel, comme nous l'avons dit, il réussissait à merveille.
Beaucoup de notabilités du pays de Liége ont posé devant lui. Il a
fait le portrait du sire de Liverloo, celui du père et de la mère de
ce patricien commerçant ; ceux de Curtius de Grand Aaz, de Gerinx,
chanoine de Saint-Martin, de Tonnar, chanoine de Saint-Paul, de Selys,
chanoine de Saint-Lambert et prévôt de Maeseyck, de Nicolas de Gomzé,
abbé de Beaurepart, daté de l'an 1639 et de beaucoup d'autres
personnages. Il fit aussi un certain nombre de petits tableaux pour
les amateurs. Plusieurs de ces portraits ont été reproduits par le
burin de Natalis, graveur liégeois.
Il mettait beaucoup de soin et de conscience dans
son travail, peignait lentement et effaçait souvent, des parties qui
eussent satisfait tout autre que lui. Douffet était doué d'un
caractère qui lui a concilié l'estime de ses contemporains ; généreux,
bienveillant envers ses confrères, dont il aimait à reconnaitre les
talents, il conserva les relations les plus amicales avec plusieurs
d'entre eux, et entre autres avec Bertholet Flémalle, son ancien
élève. Nous avons vu que pendant son séjour à Rome, Douffet se rendant
compte de l'insuffisance de son instruction, chercha à y suppléer par
des lectures et des études un peu tardives. Il doit avoir réussi dans
ses efforts, du moins jusqu'à un certain point. C'est Douffet, comme
nous l'apprend un historien liégeois moderne, qui fit, sous les yeux
de l'auteur, une copie de l'Historia populi Leodiensis du P.
Foullon, copie qui passa plus tard dans la bibliothèque du baron
de Crassier (8).
Dans les dernières années de sa
vie, Douffet souffrait beaucoup de la goutte et ne pouvait sortir
qu'appuyé sur des béquilles. Il vendit sa maison paternelle en 1655
pour habiter une maison rue d'Amay. A sa mort, survenue en 1660, il
fut enterré dans l'église des Frères Prêcheurs, auprès de son père et
de sa mère. Cette église, où devait, quinze ans plus tard, aussi être
inhumé Bertholet Flémalle, dont elle contenait plusieurs tableaux,
fut, comme on sait, démolie, et de ses débris on a bâti un théâtre non
loin de la place qu'elle occupait.
Malgré les nombreux travaux de Douffet
et la réputation dont il jouissait, il ne semble pas avoir laissé de
fortune : quelques années après sa mort, le 4 février 1665, sa veuve,
Catherine d'Ardespine, et son fils, G. Douffet, empruntèrent une somme
de 440 florins de brabant au bourgmestre Rossius, seigneur de Liboy,
en lui donnant en gage un tableau original de Douffet représentant
Notre-Dame et saint Joseph (9).
La plupart des œuvres des
peintres liégeois ont été, ou détruites, ou bien dispersées au loin.
L'histoire des peintures de Douffet est une preuve nouvelle de ce
fait.
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(1) L'orthographe de ce nom varie comme celle de beaucoup de noms
propres à cette époque. Dans un acte relatif à l'achat et à la vente de la maison
du peintre, et qui nous a été
obligeamment communiqué par son possesseur, M. le chevalier de Corswarem,
à Hasselt, le nom de l'artiste est écrit indifféremment Douffet,
Douffeit ou d'Ouffet. - Le tableau représentant l'Invention
de la Croix, qui se trouve à Munich, est signé Ger. Douffet.
Nous
reproduisons un fac simile de cette
signature.

(2) Deus peintres du nom de Perpète ont vu le jour à Dinant. L'un
est né au XVIe siècle : c'est le maître de Douffet, dont il est
question ici ; l'autre est Evrard Perpète, peintre miniaturiste né le
23 octobre 1662, décédé à Lahaye en 1727, sur lequel Villenfagne donne
quelques renseignements biographiques. V. Mélanges, 1788, pp.
135 et 160.

(3) Peut-être St-Martin-en-Ile.

(4) Ce tableau appartient
actuellement à Mlle Hurault, à Liége.

(5)
La Biographie
nationale, où la notice sur Douffet est due à la plume d'Ad.
Siret, indique le sujet de cette toile de la manière suivante «
Visite du pape Nicolas V
AU COMTE FRANCIS, A SCHLEISHEIM
».
Biog. nationale,
T.
VI, col. 151. Ceci semble
d'autant plus extraordinaire que l'auteur nous fait l'honneur de nous
citer et que tout le reste de la notice n'est que le résumé de la
biographie de Douffet, telle qu'elle a paru dans la première édition
de ce livre.

(6) Translatio cathedralis Capituli et tribunalium Leodiensium
ad oppidum Huense, Anno M.DC.XLVIII.

(7) Le dessin à la sanguine
du premier jet de cette peinture existe encore à
l'Académie des Beaux-Arts de Liége.
 (8) M. L .
POLAIN, Mélanges
historiques et littéraires, p. 325. La copie manuscrite de Douffet
se trouve actuellement à la bibliothèque de l'Université de Liége,
sous le n" 804. V. le catalogue rédigé par M.
Grandjean, publié en 1875.

(9) V. Bulletin de la Société des
Bibliophiles liégeois, IV, pp. 268, 269. Documents inédits,
communiqués par M. Ed. Poncelet.
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