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Bertholet Flemalle, autoportrait, 1663 |
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Jules Helbig
La
peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 253 et suiv. |
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BERTHOLET
(Barthélemi) FLEMALLE
est le plus brillant des élèves de Gérard Douffet, et comme chef
d'école, on peut le considérer en quelque sorte comme son successeur.
C'est lui, en effet, qui a le mieux suivi et continué les traditions
du maître. Moins personnel que lui, moins énergique généralement dans
les types et la coloration, Flémalle prit, dans le dessin, des allures
plus classiques et une correction plus grande. Il avait aussi plus de
facilité dans l'invention, et s'attachait dans la plupart de ses
peintures à la recherche de la pondération dans l'ordonnance comme à
l'harmonie de la couleur.
Flémalle, à son tour, a
eu des disciples, dont plusieurs ont marqué dans l'histoire de la
peinture mosane ; l'un d'eux, Gérard Lairesse, a été au XVIIème siècle
une illustration de premier ordre ; à un autre de ses élèves, à
Guillaume Carlier, il n'a manqué qu'une vie plus longue pour
atteindre, même en dehors du milieu où il se trouvait, à une célébrité
méritée. Nous aurons étudier ces différents peintres après avoir fait
connaître la vie de Bertholet Flémalle.
Celui-ci
est né dans une famille d'artistes, dont plusieurs se sont adonnés à
la peinture sur verre, et semblent y avoir acquis une certaine
aisance. Le père, Renier Flémalle (1) était peintre verrier. Le nom de
fille de la mère était Agnès Soiron. Bertholet est né à Liège,
paroisse Saint-André, le 26 mai 1614.
La
famille était assez nombreuse ; Bertholet était l'aîné de quatre
frères, auxquels Renier Flémalle avait donné une éducation dirigée
vers l'étude des arts de la musique et de la peinture. Le jeune
Bertholet doué d'une voix agréable et de beaucoup d'intelligence
devint enfant de chœur, dès qu'il fut en âge de suivre avec succès les
leçons de la maîtrise de la cathédrale. Il y fit des progrès rapides
et grâce à un talent en quelque sorte inné, il joua bientôt de
différents instruments de musique. On a de tout temps aimé les enfants
prodiges, et les petits talents de Bertholet lui gagnèrent bientôt les
faveurs de la société où il les produisait. Il étudia en même temps
avec ardeur la peinture, montrant aussi de ce côté des dispositions
précoces et marquées. Il reçut les premières leçons de Henri Trippez
(2) ; mais lorsque Gérard Douffet revint d'Italie, Bertholet fréquenta
son atelier ; c'est, comme nous l'avons vu, ce maître qui a exercé une
influence décisive sur le développement de son talent.
Après
quelques voyages dans les pays voisins, Bertholet partit à son tour
pour Rome vers l'année 1638.
Il entreprit
ce voyage en compagnie de Franoois Medin, chirurgien, et de Walthère
Woot, peintre.
Son
séjour à Rome se prolongea pendant quelques années ; lorsque le moment
du retour fut arrivé, il s'arrêta à Florence et y peignit plusieurs
tableaux qui lui avaient été commandés par le grand-duc Ferdinand III.
Comme pour la plupart des peintres, nous manquons d'informations sur
les travaux de Flémalle exécutés en Italie ; le seul renseignement à
cet égard est un tableau cité par Vasi dans sa description du palais
Corsini : Un Christ avec les Apôtres, par Bertholet, liégeois
(3). Puis il partit pour Paris, où il fit un nouveau séjour. Il
y reçut fort bon accueil : mis en rapport avec Pierre de Séguier,
chancelier de France, celui-ci l'occupa aux peintures de l'une des
galeries de Versailles. Avant de quitter Paris, Flémalle peignit une
Adoration des Mages, tableau qui fut placé au-dessus de la
porte des Grands Augustins. Le jeune peintre ne revint dans sa patrie
que vers la fin de l'année 1647.
De retour à
Liège, il prit d'abord domicile dans les cloîtres de l'église
Saint-Jean, et habita ensuite une maison voisine du choeur de cette
collégiale. C'est là qu'il peignit pour le doyen de Rosen un
Crucifiement conservé encore actuellement dans cette église : on.
voit le donateur représenté au pied de la croix. C'est l'une des
meilleures compositions de Bertholet ; il la répéta, avec de légères
variantes et un autre donateur, dans une toile conservée aujourd'hui à
la cathédrale de Liége.
A cette
époque, les troupes de Ferdinand de Bavière devaient mettre le siége
devant la ville de Liège, et Flémalle craignant de voir les maux de la
guerre s'ajouter aux troubles intérieurs dont cette ville était le
théâtre, partit pour Bruxelles. Il ne tarda pas à s'y mettre au
travail et fit, entre autres, un tableau représentant la Pénitence
du roi Ezéchias (4)
; puis, cédant à son affection pour sa ville natale, il revint bientôt
à Liège. A son retour, les héritiers de Jean Fanson, doyen de la
collégiale de St-Denis, lui demandèrent un tableau pour l'autel érigé
en mémoire de leur parent défunt. Bertholet peignit l'Adoration des
Mages et mit son propre portrait dans cette toile (5).
Vers ce
temps, il fit un certain nombre de portraits et de tableaux de petite
dimension. Le chanoine Lambert de Liverloo, prévôt de Fosses et
archidiacre de Hesbaye sous Maximilien de Bavière, avait le peintre en
grande affection. Il le prit chez lui et commanda à son protégé de
nombreux tableaux, représentant des fêtes antiques, des bacchanales et
d'autres scènes de ce genre. Bientôt le peintre, fut en pleine vogue :
c'était à qui obtiendrait de ses oeuvres ; les amateurs, entre autres
le bourgmestre Henri de Curtius, seigneur de Grand Aaz, beaucoup
d'églises et de communautés religieuses lui demandèrent à l'envi des
peintures.
C'est
ainsi qu'il peignit une Invention de la Sainte Croix, que
Guillaume-Bernard de Hinnisdael, prévôt de la collégiale de
Sainte-Croix, fit faire pour le maître-autel de cette église ; un
tableau de grandes dimensions représentant Le Christ entre les deux
larrons pour le maître-autel de l'église conventuelle du
Val-Benoît ; une Circoncision
pour l'un des autels latéraux, et
une série de paysages avec des figures bibliques pour le chœur des
Dames de la même abbaye. Un Christ mourant sur la croix pour le
couvent des chanoinesses du Saint-Sépulcre, à Sainte-Agathe : un autre
Christ avec la Sainte Vierge et saint Jean pour la même
communauté ; la Conversion de saint Paul pour le maître-autel
de la collégiale de Saint-Paul ; un Christ en Croix avec la Vierge
Marie implorant sa miséricorde pour les trépassés, ainsi qu'un
Purgatoire pour la Confrérie des défunts pénitents de l'église de
Saint-André. Ces derniers tableaux furent placés en 1662.
Malgré
ces travaux multiples, Flémalle ne semble pas avoir oublié le culte de
la musique pour laquelle, dans son enfance, il s'était senti une sorte
de vocation. Pinchart a trouvé dans les archives de la cathédrale de
Saint-Lambert, une note qui prouve que, même et à ce point de vue, on
attachait un certain prix à ses talents. Datée du 24 octobre 1652, la
note est ainsi conçue : « Messeigneurs (les Chanoines) ayant appris
que le seigneur Bertholet Flémale, laisseroit pour quelques raisons de
se retrouver à la musique en leur église, ont commandé à leur
secrétaire del Rée, de luy dire que s'il veult s'y retrouver, qu'il
leur serat fort aggréable, avec espoir de quelque avancement et
promotion. »
(6)
En 1663,
une Assomption de la Sainte Vierge, admirée dès qu'elle fut
placée, comme l'un des chefs-d'oeuvre du maître, fut donné par les
demoiselles Pereze à l'église des PP. Dominicains pour servir de
retable à l'autel majeur. L'artiste avait peint cette toile, en
quelque façon, en collaboration avec son élève Guillaume Carlier,
auquel il avait abandonné le soin de peindre les draperies et
probablement aussi plusieurs têtes. La plupart des apôtres étaient
représentés sous les traits des amis du peintre. Ainsi on y trouvait
les portraits de Louis de Louvrex, de Carlier, du chanoine Carmanne,
de Jean Detrixhe, et enfin, celui de Bertholet lui-même.
Jusqu'à la révolution, cette peinture passait pour une des toiles les
plus distinguées et les plus caractéristiques dans l'oeuvre de
Flémalle.
Sa destinée, ou plutôt sa
destruction, nous est révélée par un journal liégeois en ces termes
: |
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«Beaux-Arts. A
Liège, le chef-d'oeuvre de notre
célèbre compatriote Bertholet, le tableau du maître-autel des
dominicains, de 24 à 25 pieds de hauteur, a été découpé par les
conducteurs des charrois, pour raccommoder les couvertures d'un
fourgon.
» Ce chef-d'oeuvre de composition et de coloris, l'Assomption
de la Sainte Vierge, avait été mis de
côté, d'après les principes revolutio-vandalistes, dans une écurie du
palais épiscopal ; - par qui ? je l'ignore ! par un honnête citoyen
bienveillant ? sans doute! » (7). |
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Bertholet fit encore
beaucoup d'autres peintures, parmi lesquelles il faut citer :
Pour le maître-autel de
l'église des PP. Capucins, du faubourg Sainte-Marguerite, une
Nativité. Dans la composition, l'artiste a représenté la Vierge
Marie penchée sur l'Enfant Jésus qu'elle allaite. Autour de ce groupe,
des femmes du peuple et des bergers viennent adorer le Messie dont la
naissance vient de leur être annoncée ; entre deux de ces pâtres, une
fillette tient un oiseau dans sa cage dont elle fait la naïve
offrande. A travers une sorte de colonnade, au fond du tableau, on
aperçoit un paysage montagneux (8).
Pour
l'autel de l'église des Conceptionistes d'Outre-Meuse, une
Adoration des bergers. Dans ce tableau important, on voyait les
portraits d'Arnold de Butback, bourgmestre de Liège en 1655 et 1660,
de sa femme Sophie Stevart, de Gilles-François de Soy, époux de
Sibille-Marie de Butback, et de Marie-Catherine, sa fille. Arnold de
Butback et sa femme avaient fondé l'église des Conceptionistes, dont
Flémalle a orné de peintures murales le choeur, la voûte, où était
représentée l'Assomption de la Vierge, et le portail, sans
doute aux frais des mêmes donateurs (9).
Pour la
cathédrale Saint-Lambert, la Résurrection de Lazare, une
Déposition de la Croix et un Saint Lambert au monastère de
Stavelot, priant à genoux devant la Croix. Ce dernier tableau a
été exécuté en mémoire d'Egon de Furstenberg, chanoine de Liège, doyen
de Cologne, et, plus tard, évêque de Strasbourg. Ces peintures
ornaient deux autels sous le jubé de la cathédrale (10).
Pour la
petite église de Notre-Dame aux Fonts, une Conception de la Sainte
Vierge, donnée par le commissaire de Harenne, et un Saint
Charles Borromée, donné par Charles de Coninx, chanoine de
Saint-Martin (11).
Au mois
d'octobre 1670, Bertholet se rendit à Paris afin d'y mettre en place
une grande toile destinée à décorer le plafond de la chambre
d'audience du roi aux Tuileries. C'était une composition allégorique,
représentant La Religion protégeant la France. La Religion
tenant en plains le portrait de Louis XIX, apparaissait entourée de
figures portant les symboles de la France, tels que l'oriflamme, la
sainte ampoule, l'épée, l'écu aux armes de France, etc. (12).
Avant d'être
envoyée à Paris, cette toile fut exposée à Liége, au plafond de la
chapelle des Clercs, où elle a été jugée très favorablement par les
compatriotes du peintre. Elle eut également beaucoup de succès à
Paris, et son auteur fut, à l'occasion de cette oeuvre, reçu membre de
l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il obtint ce titre par
le crédit du chancelier Séguier et de Colbert, intendant des finances,
le 14 octobre 1670 ; deux jours après, il fut nommé professeur à la
même institution (13).
Le 12
décembre de la même année, il obtenait de Maximilien de Bavière, une
prébende à la collégiale de Saint-Paul. Déjà, le 3 juillet 1655, il
avait été nommé chanoine de Saint-Gilles, ou de la Petite Table à
Saint-Lambert, par démission dé Grégoire Warnotte. A sa demande,
Bertholet fut dispensé de la tonsure.
Notre
peintre fit ensuite plusieurs travaux pour le même prince, entre
autres une composition allégorique, où le portrait de ce prélat
apparaît avec les figures de la Religion et de la Science. Il fit les
portraits d'autres personnages de distinction, parmi lesquels il faut
citer le comte de Monterey, gouverneur des Pays-Bas. Vers la fin de sa
carrière, il ébaucha une grande composition du Martyre de saint
Lambert, destinée au maître-autel de la cathédrale, et une
Debora, mais ces tableaux restèrent inachevés et furent vendus aux
enchères avec d'autres ébauches après la mort du peintre. Ses
dernières peintures furent deux tableaux qu'il exécuta pour Hodeige,
curé de Saint-Nicolas. L'un représentait une Déposition de la
Croix, et l'autre l'Institution de la règle des Prémontrés
par saint Augustin.
Bertholet Flémalle avait le
travail remarquablement facile ; son pinceau a été extrêmement
productif. A l'énumération déjà longue que l'on vient de lire, il faut
ajouter d'autres peintures existant encore à la fin du XVIIe siècle
dans les édifices de Liège. Ainsi il y avait à l'un des autels de
Saint-Gangulphe un tableau représentant Saint Charles Borromée,
saint Philippe de Néri et saint François de Sales ; à l'église du
Séminaire, une Annonciation donnée par Dumont, président de cet
établissement ; une Sainte Barbe, à l'église des Frères Mineurs
; une Sainte Rose, à celle des PP. Dominicains. Dans la
chapelle des Flamands de la cathédrale se trouvait une Sainte
Cécile, que Lambert Pietkin, chanoine et maître de musique à la
cathédrale de Liège, avait fait placer en manière d'épitaphe ; sous ce
tableau, on avait écrit, en 1674, le chronogramme suivant :Cantate
et eXVLtate IVstI In DoMIno (14). Une Sainte Trinité à
l'église Saint-Séverin, etc. A la fin de cette notice, nous ferons
connaître un assez grand nombre de peintures qu'on ne peut contester à
Bertholet, et dont les écrivains contemporains du peintre ne font
aucune mention.
L'une des
œuvres les plus pures et les plus distinguées doit avoir été le
tableau qui se trouvait au couvent des Chartreux, près Liège,
représentant Saint Bruno, dont la reproduction a été l'objet
d'une des meilleures planches de Natalis.
Bertholet était dessinateur correct et compositeur savant. Par la
nature de son talent, il semble appartenir à l'Ecole française. D'une
couleur vraie, d'un sentiment contenu et souvent distingué, ses
travaux pêchent plutôt par une certaine froideur que par des
exagérations ou des imperfections marquées. Il fut, après Lairesse et
Englebert Fisen, le plus fécond des artistes de l'ancien pays de
Liège. Ses meilleures peintures et, d'après les auteurs contemporains,
les plus importantes n'existent plus ou du moins ne sont plus connues
sous son nom. Dans les églises de sa ville natale et dans quelques
Musées, on conserve encore plusieurs de ses toiles ; tout le reste de
son oeuvre a disparu.
Son
activité toutefois ne se borna pas à l'art de la peinture. Nous savons
déjà qu'il était bon musicien, et, à ce titre, apprécié de son temps.
Il était également architecte et ne se contentait pas seulement
d'introduire dans ses tableaux des ordonnances savantes et des
constructions compliquées, mais il s'est livré aussi à la pratique de
l'art de l'architecture (15). On lui attribue l'église, aujourd'hui
démolie, des Chartreux, de Liége. Pour l'église des PP. Dominicains de
la même ville, avec lesquels notre artiste a vécu dans des relations
particulièrement amicales, il avait imaginé un plan somptueux. Afin de
mieux faire saisir sa pensée, et sans doute aussi pour provoquer le
concours de donateurs, il fit exécuter un modèle en bois de 7 pieds de
haut. Ce plan était de réalisation difficile et eût absorbé des sommes
fort considérables. Cependant le choeur fut construit ; plus tard, le
feu ayant pris dans la bibliothèque des PP. Dominicains, où se
trouvait le modèle, il fut consumé par les flammes avec un grand
nombre de volumes précieux de la bibliothèque, qui était fort
ancienne.
En 1663,
le peintre se fit construire, sur les plans qu'il avait dessinés, une
maison située au bord de la Meuse, au rivage Saint-Remy (16). La
façade était non seulement ornée de colonnes dans le style antique,
mais encore de peintures murales extérieures qui ne résistèrent pas
longtemps à l'injure des saisons. Il parait qu'elle coûta 4o,ooo
francs, somme très importante pour l'époque ; la construction fut trop
dispendieuse pour la fortune que l'artiste avait recueillie par ses
nombreux travaux. Bertholet habita peu de temps cette maison ayant un
peu plus tard comme nous l'avons vu obtenu une prébende à Saint-Paul,
il préféra demeurer auprès de cette collégiale. Déjà le palais qu'il
s'était construit à grands frais commençait à se détériorer. Acquise
après la mort du peintre par Léopold de Bonhome, bourgmestre de Liège,
cette maison fut démolie en 1692, et rebâtie sur ses anciennes
fondations.
Flémalle
a eu quelques élèves, dont les plus distingués sont, comme nous
l'avons vu, Gérard Lairesse, Guillaume Carlier et Englebert Fisen. Il
est resté célibataire. Selon le témoignage d'un contemporain,
Bertholet était d'un caractère enjoué ; il avait l'humeur facile, la
réplique prompte ; tempéré en toutes choses, on le trouvait froid avec
ses proches et manquant de générosité envers les ouvriers : il aimait
l'élégance et faisait venir ses costumes de Paris (17). Lorsqu'il
obtint, dans ses dernières années, une prébende de chanoine, il reçut
en même temps une dispense du Saint Père, n'étant pas assez lettré,
pour lire ses heures canoniales.
Vers la
fin de sa carrière, ne travaillant plus, il tomba dans une noire
mélancolie qui contrastait étrangement avec le caractère heureux et
gai qu'on lui avait connu. On a prétendu que cette humeur sombre
était, ainsi que sa mort qui survint bientôt, le résultat des poisons
que la trop célèbre marquise de Brinvilliers aurait essayés sur
l'artiste. Pendant le séjour qu'elle fit à Liège, Bertholet la voyait
quelquefois, mais rien n'autorise à ajouter sa mort aux autres crimes
de la marquise, laquelle, arrêtée, comme on sait, à Liége, pour
répondre de ses méfaits à la justice de son pays, n'a pas, au cours de
ce procès, été accusée de ce dernier crime.
Bertholet
Flémalle est mort à Liège, le 10 juillet (le 18, d'après les registres
de l'Académie de Paris) 1675, à l'âge de 61 ans. Il fut enterré à
l'église des Dominicains, à laquelle il avait laissé sa fortune et où,
comme nous l'avons vu, reposait déjà son maître, Gérard Douffet. |
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(1) F Flemael,
Flamael ou Flémal, nous avons adopté l'orthographe en usage pour le
nom de la localité aux environs de Liège, dont, sans aucun doute, les
ancêtres de l'artiste ont pris leur nom de famille. Lui-même signait
Bertholet Flemal.

(2) Henri Trippez, ou Trippet,
est né à Liège, le 15 décembre 1585 ; il travailla plus de trente ans
pour les églises du pays et de la ville de Liège. C'était un esprit
original qui, de la façade de sa maison, située rue du Pot d'Or,
s'était fait une réclame monumentale en y peignant en grisaille des
rondes d'enfants et des groupes de petits génies avec les attributs
des Sciences et des Arts. Au surplus, il existait de ce peintre des
travaux estimables dans les églises de la ville de Liége. On citait
notamment comme oeuvres de son pinceau, les retables de deux petits
autels à l'église Saint-Remy ; il y avait de ses peintures dans
d'autres sanctuaires du pays. Après une vie laborieuse, il est décédé
à Liège, le 26 décembre 1674, paroisse Saint-Adalbert.

(3) Vasi,
Itinéraire de Rome, cité par Ed. Fétis. Les articles
belges à
l'étranger, t. II, p. 377.
(4)
Guide des Amateurs de tableaux pour les écoles allemande, flamande et
hollandaise, par M.
GAULT DE SAINT-GERMAIN.
Paris, 1818. Cet auteur assure que Flémalle fit cette peinture pour le
roi de Suède, mais à cette époque il n'y avait pas de roi de Suède, le
trône de ce pays étant occupé par la célèbre Christine.
(5) Ce tableau se trouve aujourd'hui à
la cathédrale de Saint-Paul.

(6)
PINCHART, Archives des arts,
sciences et lettres, t. I, p
287.

(7)
Troubadour liégeois du 5 frimaire an V.
(25
nov. 1796).

(8) Cette oeuvre importante
de Bertholet figure actuellement au Musée de Caen, sous le n°
109 du catalogue. Elle y a été envoyée en 1804. Mesurant 3m17 de
hauteur sur 2m03 de largeur, cette peinture, selon un connaisseur
français, est d'un pinceau très ferme et rappelle, pour le sentiment
et le faire, Ph. de Champagne,
tandis que M. Clément de Ris, auteur des Musées de province,
trouve, au contraire, que ce tableau rappelle les peintres espagnols
et particulièrement Ribera. Plus que dans la plupart des peintures de
Flémalle, on sent, dans ce tableau, la collaboration de Carlier dont
la vigoureuse coloration offre des affinités avec celle des maîtres
espagnols.

(9) Recueil héraldique
des Bourguemestres de la cité de Liege, p. 433.

(10) Le tableau
représentant saint Lambert priant sous la croix à Stavelot se trouve
actuellement au Musée de Lille. On ne sait ce qu'est devenu le tableau
qui lui faisait pendant à l'autre autel.
(11) Actuellement à la
cathédrale Saint-Paul, à Liège.

(12) Cette peinture
importante répondait de tout point an talent de Flémalle qui aimait
les ordonnances à figures nombreuses et un certain étalage de groupes
superposés, a été détruite dans l'incendie des Tuileries du mois de
mai 1871. 11 existe cependant une bonne esquisse du maître, peut-être
le premier jet de cette composition : elle est la propriété de M. le
baron de Sélys-Longchamps, à Liége.
(13) Guide des Amateurs, etc.,
par GAULT DU SAINT-GERMAIN.

(14) Ce tableau avait été plus tard remplacé par
une copie ; il en existe encore plusieurs aujourd'hui : l'une
appartient à M. Brahy, de Liège ; une autre se trouve à l'église de
Xhignesse, près de Hamoir sur Ourthe.
(15)
C'est peut-être en sa qualité
d'architecte que Bertholet Flémalle rechercha l'octroi d'un rocher de
marbre noir qui se trouvait près de Theux, petite ville de la
principauté. On trouve, en effet, à cet égard, l'indication suivante :
Bertholet Flémal remontra au prince
«
comment il y aurait un gros rocher
au bancq de Theux dans un lieu stérile et infructueux, et duquel on
n'en fait aucun profit, avec espoir d'en pouvoir tirer du traficque
polir l'accommodement, tant du publicque que des particuliers, et
supplia Son Altesse de lui octroyer et accorder la faculté d'y
travailler, offrant d'en
rendre un ducat par an. » L'octroi fut accordé le 17 janvier 1668,
pour un terme de douze ans.
Table des registres de la Chambre des finances, publié par
M. S. Bormans, cité par Ph. de Limbourg, Bulletin de l'Institut
archéologique liégeois, t. XIII, p. 105.
(16) « Un Peintre, nommé Bertolet, en fait bâtir une
(maison couverte d'ardoises) au bord de la Meuse, en arrivant de
Namur, qui est à l'Italienne fort galante. »
Les voyages De Monsieur de Monconys en
Angleterre et aux Pays-Bas. Suite de la seconde partie,
page 240 Juillet 1663. A Paris, MDCXVC.

(17) D'après une correspondance entre Valdor,
alors à Paris, et le fils du peintre Douffet, correspondance dont les
lettres originales se trouvent à la bibliothèque de l'Université de
Liège, fond Capitaine, il semble que Flémalle ait fait une grosse
querelle à Valdor parce que ce dernier n'avait pas, en ce qui
retardait les objets de toilette, assez bien exécuté les commissions
du peintre. Valdor cependant s'excuse sur ce qu'il lui aurait envoyé
un chapeau de 3 à 4 écus, et tel que le roi et les princes en
portaient. Il lui avait aussi envoyé la doublure d'un manteau, et si
la pièce avait servi, c'était au duc de Vendôme, qui n'avait porté le
manteau que cinq jours, ayant dû, le sixième, prendre le deuil du roi
d'Espagne.
La lettre est du 20 février 1666.

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