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Jean Del Cour, peinture réalisée par son
frère Jean Gilles Del Cour, 1685 |
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G. Dewalque
Biographie nationale T. V, p. 344 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
DELCOUR (Jean) ou DEL
COUR, sculpteur, né à Hamoir, village du comté de Logne, au pays de Liège,
en 1627, et mort à Liège en 1707, âgé de quatre-vingts ans. Son père,
Gilson Delcour, était échevin de Hamoir ; sa mère s'appelait Gertrude
Colette de Verdon. Il paraît avoir fait ses premières études à Liége. En
1648, le jeune artiste se rendit à Rome pour se perfectionner, et il s'y
distingua parmi les élèves du chevalier Bernin. A son retour, en 1657, il
s'établit à Liége, où il s'acquit une très-grande réputation. Delcour
n'était pas moins estimé comme homme que comme artiste. Ses biographes, qui
font l'éloge de sa modestie et de sa probité, rapportent que Vauban (ou
plutôt La Feuillade) lui demanda la statue en pied de Louis XIV qui devait
couronner le monument de la place des Victoires, à Paris; ce fut Martin
Van den Bogaerden (alias, Des Jardins), de Bréda, qui l'exécuta plus
tard, notre compatriote s'étant excusé, nous ne savons
pour quel motif. Il veilla à l'éducation d'un frère cadet, Jean-Gilles
Delcour, qui devint un peintre de mérite. Leur famille était assez nombreuse; plusieurs de
leurs soeurs entrèrent en religion et furent dotées par les deux
frères.
Par testament en date de 1702, conservé dans les archives de l'église de
Hamoir, Jean Delcour laissa tous ses biens pour la fondation d'une chapelle
au lieu de sa naissance et la célébration de deux anniversaires. Cette
ancienne chapelle a été démolie en 1868, et les matériaux sont entrés dans
la construction de la nouvelle église. On conserve dans celle-ci un
tableau, daté de 1730 et représentant le Baptême de saint Jean-Baptiste. Ce tableau ornait l'autel des SS. Jean-Baptiste et François : on y lit
une inscription qui rappelle cette fondation.
Liége renferme la plus grande partie des oeuvres connues de Jean Delcour
1° L'église Saint-Martin possède douze bas-reliefs, signés, en marbre de
Gênes; ils recouvrent le bas des côtés de la chapelle du Saint-Sacrement,
depuis l'autel jusqu'à la balustrade. Ils sont décrits, ainsi que d'autres
oeuvres du même maître, dans Lavalleye, Esquisses historiques, page
203.
2° Le porche de l'église cathédrale renferme un christ de bronze,
fondu d'après un modèle exécuté par l'artiste, pour être placé dans le fort nommé Dardanelle, que le prince-évêque Maximilien-Henri fit élever au
milieu du pont des Arches, à Liége. (Voir Essai historique sur l'église
de Saint-Paul, p. 167.)
3e On voit encore dans la même église deux médaillons représentant saint Pierre et saint Paul, ainsi que deux
très-beaux bas-reliefs de marbre blanc, dont l'un figure les adieux de ces
deux apôtres et l'autre représente Jésus-Christ donnant les clefs à saint
Pierre. Ces morceaux, très estimés des artistes, proviennent de l'ancienne
collégiale de Saint-Pierre, démolie en 1811. (V. Saumery, Délices du
pays de Liège, t. l, p. 120.)
4° Cette cathédrale possède aussi le Christ au tombeau, de marbre
blanc exécuté pour les religieuses des Bons-Enfants.
5° Enfin la cathédrale renferme Saint Jean prêchant dans le désert,
statue de bois qui passe pour un des chefs-d'oeuvre du maître, et qui
appartenait à l'église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste.
6° Saint Jean--Baptiste, statue de bronze exécutée, en 1667,
pour couronner la fontaine dédiée à ce saint dans la rue Hors-Château. On a
reproché à cette statue de représenter moins un saint qu'Hercule au repos;
mais .De Villenfagne a fait remarquer que l'auteur a dû la mettre en rapport
avec le corps de la fontaine, construction massive et sans goût.
7° La fontaine de marbre de la rue Vinâve-d'Ile, ornée de quatre lions de
bronze et surmontée d'une statue de la Vierge, aussi de bronze. C'est
l'oeuvre la plus remarquable qui nous soit restée de ce grand artiste. Elle
est d'un grand effet; les contours en sont élégants, les draperies bien
jetées; l'ordonnance en est très belle et l'ensemble vraiment imposant.
8° La fontaine du Perron, un peu écrasée, produit néanmoins un bel effet.
Elle est couronnée d'un joli groupe des trois Grâces. Ce monument a été
gravé d'abord par Dreppe, en 1734, puis par Godin, après sa réparation en
1779. On a placé dans l'hôtel de ville les six bustes qui couronnaient
les six colonnes des angles.
9° On voit au fronton de l'église des Carmes déchaussés, aujourd'hui des
pères Rédemptoristes, les armes de Maximilien-Henri de Bavière, soutenues
par deux lions d'un dessin. fort correct. Saumery ajoute que le tabernacle
de l'église des Carmes est le dernier ouvrage de Delcour : je ne crois pas
que ce tabernacle ait été conservé.
On attribue encore à Delcour le dais du trône d'un des princes-évêques et
une tribune sculptée, qui viennent d'être placés dans la salle des séances
du conseil provincial, à l'ancien palais des princes-évêques de Liége.
On voit, dans le choeur de la cathédrale de Gand, le monument de
l'évêque Eugène-Albert d'Allamont, baron de Bussy ; ce prélat est représenté
de grandeur naturelle, à genoux aux pieds de la Vierge. Saumery rapporte que
l'abbaye de Herkenrode possédait autrefois un autel
«
qui, quoique bâti du marbre le plus rare, vaut moins par la richesse de la
matière que par l'élégance du dessin et la justesse de l'exécution, qui en
font un des chefs-d'œuvre du fameux Delcour.
»
Cet autel a été
transporté à l'église de Notre--Dame, occupée aujourd'hui par les R. P.
Récollets, à Hasselt : derrière, dans un large passage, on lit l'inscription
suivante : Opus Jois Del Cour sculptoris ex Hamoir. Il paraît avoir
été exécuté durant le séjour que Delcour fit à Rome. Nous ne connaissons
aucune autre oeuvre authentique de Delcour, bien qu'on lui en attribue
beaucoup. C'est ainsi que, suivant Saumery,
«
il est peu de villes au Pays-Bas où l'on ne trouve de magnifiques monuments
de l'habileté de cet artiste.»,
On lui a attribué, par exemple, le tombeau d'Anne de Larnboy, abbesse de
Herkenrode. Ce monument, qui se trouve aujourd'hui dans l'église de
Notre-Dame, à Hasselt, du côté de l'épître, est dû à A. Quellin, qui l'a
exécuté pour le prix de 2,800 florins (Daris : Notices historiques,
t. V, p. 209).
Un portrait de Delcour fait partie de la galerie de M. Lhoest, à
Liége. |
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Théodore Gobert,
Liège à travers les
âges : les rues de Liège.
Editions Culture et Civilisation,
T.IV., pp. 475 et suiv.
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Jean Delcour, dont le nom apparaît sous les formes
De la Cour, delle Court, delle Cour, Delcourt et Delcour est,
en effet, un de nos artistes les plus méritants à tous les points de vue. Né
l'an 1627, à Hamoir, il eut pour père un échevin de cette commune, Gilson
Delcour, et pour mère, Gertrude Colette de Verdon. C'est à Liège qu'il
débuta dans la carrière de la sculpture. Il y reçut même des leçons du
réputé sculpteur, le frère chartreux Robert Henrard (1). Assez avancé en
1648, pour aller à Rome terminer ses études et s'y inspirer des oeuvres des
grands maîtres italiens, il devint bientôt l'un des meilleurs élèves du
chevalier Bernin. Le retour en sa patrie se fit en 1657. Sa réputation prit
promptement une sérieuse extension. Elle parvint jusqu'à la capitale de la
France. Quand, plus tard, il s'agit de couronner le monument commémoratif
des triomphes de Louis XIV, sur la place des Victoires, à Paris, par la
statue du puissant monarque, l'entourage de celui-ci jugea notre Delcour
plus à même que tout autre de conduire l'ouvrage à bonne fin. A l'offre lui
faite de la part du roi de France, Delcour crut devoir répondre négativement
en alléguant son âge avancé et ses infirmités. Elles étaient réelles. Il
mourut dans la nuit du 3 au 4 avril 1707, en notre ville. Ce statuaire
réunissait en lui la modestie, l'intégrité des moeurs, l'amour du travail et
de la patrie, le dévouement envers ses semblables.
Par son testament de 1702, qui repose dans les archives de l'église
de Hamoir, Delcour a abandonné tous ses biens pour l'érection, à l'endroit
où il est né, d'une chapelle en l'honneur de N.-D. de Lorette - fort
invoquée par lui depuis son séjour à Rome -, et pour la fondation de deux
anniversaires. Ce sanctuaire a été renversé il y a un demi-siècle. Les
matériaux ont été utilisés dans la construction de l'église qui lui a été
substituée.
La plupart des oeuvres de Delcour lui ont heureusement survécu ;
elles décorent nos voies publiques ou nos temples. Ainsi en est-il de la
fontaine Saint-Jean-Baptiste, rue Hors Château, exécutée en 1667 ; de
celle des Trois Grâces ou du Perron, sur le Marché (1698) ; de celle de la
Vierge, en Vinâve d'Ile, l'une de ses créations les mieux réussies (1696).
Ainsi conserve-t-on à Saint-Paul le crucifix qui se dressait au milieu du
pont des Arches, lequel crucifix a été fondu par Perpète Vesperin, de
Dinant, sur un modèle donné ensuite au couvent des Capucins, près des
Jésuites anglais ; ainsi conserve-t-on encore dans la même église le
Christ au Tombeau, sculpté en marbre blanc pour l'ancien couvent des
Bons Enfants. Notons de plus le saint Jean prêchant au désert, statue
en bois sauvée de l'église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste, avec une
autre statue en bois de la Mère de Dieu, payées chacune 200 florins.
La statue de la Vierge fut, dit-on, le dernier ouvrage de Delcour. Ajoutons
deux médaillons figurant saint Pierre et saint Paul, plus deux
bas-reliefs, en marbre blanc également, remémorant les Adieux des deux
mêmes saints, et la remise des Clefs par le Christ au chef des
apôtres, pièces remarquables qui ornaient
la collégiale Saint-Pierre à Liège. Les armoiries aux larges proportions du
fronton de l'église actuelle des pères Rédemptoristes ; les douze
bas-reliefs en marbre de Gênes qui ont embelli jusqu'en ces dernières années
la chapelle du Saint-Sacrement en l'église Saint-Martin, sont aussi dus au
ciseau de l'excellent statuaire liégeois du XVIIe siècle, comme la Vierge de
Montaigu que possède l'église Saint-Antoine. S'il n'est pas l'auteur de la
tribune et du dais couronnant le trône des anciens princes-évêques installé
maintenant dans la salle des séances du Conseil provincial, ni des deux
bas-reliefs représentant la Victoire et la Renommée, du Palais
provincial, Delcour a peint des ouvrages qui sont hors du pays liégeois ou
ont disparu d'une façon quelconque. Qu'est devenue, par exemple, la cheminée
en marbre qu'il avait confectionnée en 1687, pour la chambre du prince
Maximilien-Henri de Bavière au Palais de Liège et qui lui avait été payée 60
patacons (2) ? On conserve du moins
le magnifique buste en bronze, grandeur naturelle, représentant le
chancelier de Maximilien-Henri de Bavière, Lambert de Liverloo, au Musée
archéologique.
Il est nécessaire, cependant, de se tenir en garde quand on parle
des oeuvres de Delcour. Il avait un talent fécond, on ne peut le nier (3)
; mais tel était son mérite, et telle la valeur artistique de ses travaux,
que beaucoup ont cru être détenteurs d'une série de sculptures de Delcour,
auxquelles le distingué statuaire n'a jamais mis la main. Nous en avons cité
plusieurs. C'est le cas encore pour le tombeau de la comtesse de Hinnisdael
à Tongres, attribué à Delcour par Saumery (4),
mais auquel cet artiste n'a pu participer puisque ce monument est postérieur
à sa mort, comme cela est établi (5). Les
compositions du maître liégeois portent certainement, à l'instar de celles
de son maître italien, le caractère d'une époque de décadence maniérée ;
mais elles se signalent, pour leur temps, par une expression plus vraie, une
attitude plus dégagée et plus correcte, et une saine élégance.
La famille de Delcour était nombreuse ; il vit plusieurs de ses
soeurs entrer en religion ; lui-même fournit la dotation nécessaire pour
leur admission au couvent, de concert avec son frère Jean-Gilles qu'il avait
aidé de ses conseils et qui devint à son tour un peintre distingué en notre
pays. Il a produit notamment un beau portrait de son frère (6).
Tous deux furent enterrés en l'église Saint-Martin-en-Ile (7)
où leur mère avait déjà reçu la sépulture. Elle mourut le 23 juillet 1673 (8).
Une exposition solennelle des oeuvres de Delcour a eu lieu en 1909
à l'occasion du XVIe Congrès archéologique tenu à Liège (9).
Depuis un monument lui a été élevé place Saint-Paul. |
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(1) Notes biographiques de Henri Hamal.

(2) CF, r. K 34.

(3) Les magistrats de la Ville ont
souvent eu recours au talent de Delcour, pour des ouvrages publics. Nous
avons trouvé les mentions suivantes dans les CC :
"Années 1676-1677 : A Jean Delle Court pour le travail
des armes de S. M. I. et autres, sur la pierre mise aux nouveaux remparts :
240 fl. 1680-1681 : Au sieur Jean Delle Court, sculpteur, pour avoir coupé
une pierre, avec les escritaux de MM. les bourgmestres et peron, pour
appliquer au puits hors la porte Sainte-Marguerite : 72 fl.
Au sieur Jean Delle Court, sculpteur, pour les pierres, armes
et bordures de MM. les bourgmestres Renardi et Stembier, mises sur les
Walles de Saint-Léonard et derrière les Pères Anglois : 196 fL
Au même, pour la sculpture d'une pierre mise à Hocheporte
avec un escriteau, bordure et peron : 176 fl.".

(4) DPL, t. III, p. 403.

(5) L. Naveau, Gazette de Liège,
31 oct. 1909.
Pendant longtemps on a parlé dans les journaux de
1813 à 1816, des avis du genre de celui-ci : "A vendre un buste de
Saint-Lambert en marbre blanc de Carrare, bas-relief de Delcour, hauteur
0-72 ; longueur 0-44, chez Radino, sculpteur, rue Hocheporte, no 82".
(6) CAPL, t. 1908, p. 94.

(7) Man. n° 1165, p.85 BUL.
(8) Nous nous abstiendrons de
fournir de longs renseignements sur le sculpteur, sa biographie ayant tenté
la verve de plusieurs auteurs liégeois. Citons quelques notices : J. Helbig,
La sculpture et les arts plastiques au pays de Liège (1890), p. 171. -
Notes sur les artistes liégeois, du chanoine Hamal. - Abbé Moret,
Notice sur Jean Delcour (1909). - G. Francotte, Exposition des
oeuvres du sculpteur Jean Del Cour, Annales du XVIe Congrès archéologique
tenu à Liège en 1909, t. II, p. 77. - Becdelièvre, Biographie
liégeoise, t. II, p. 312. - G. Dewalque, Biographie nationale, t.
V, p. 344, etc. - Demarteau, Gazette de Liège, 27 et 28 juin 1909, n°
151. - DPL, t. V, p. 284.
Pour le portrait de Jean Delcour peint par son frère Gilles en
1688, voir G. Gorissenne, CAPL, 1909, p. 30. Sur ce portrait, est un plan
dessiné à la plume sous lequel on lit l'inscription suivante :
Tabernacle de Herckenrode avec son autel fait par Jean dela Cour
sculpteur,1688. L'élève de Delcour, Jean Hans, hérita de ses études, dessins, etc. Les héritiers de ce
dernier ont vendu à l'étranger les plus belles pièces léguées par Delcour,
avec les modèles en cire des fontaines de Liège faites par J. Delcour que
l'on conservait dès lors sous verre. Elles sont maintenant au Musée
archéologique liégeois.

(9) Le Catalogue a été dressé
par l'abbé J. Moret.

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