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Alphonse Le Roy
Biographie nationale T.XI, pp. 23 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
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LAENSBERG (Mathieu), le Nostradamus
liégeois, mathématicien, astrologue, oracle, prophète populaire, a-t-il
existé (1) ? Ferd. Henaux n'en doute pas : il fait naître le célèbre auteur
de l'Almanach supputé sur le méridien de Liège, vers la fin du XVIe
siècle, et se croit fondé à soutenir que ce personnage vivait encore en
1650, domicilié rue Sainte-Aldegonde, selon une vieille tradition (2).
« Déjà en
1635, dans son premier almanach (3), on le représente
comme un homme d'un âge mûr. On peut s'en former une idée exacte en
jetant les yeux sur la vignette qui orne le titre. Il a la figure large, le
front développé, le nez fort ; ses cheveux sont en désordre, la barbe et la
moustache longues. Tout, jusqu'à sa vaste houppelande, indique une personne
d'un caractère rassis, grave et peu enclin à tricher ses bénévoles lecteurs
(4). »
Notons, en passant, que notre pronosticateur signa ses recueils, jusqu'en
1617, du nom de Mr. Mathieu Lansbert ; à partir de là, Mr. fait place
à Maistre et Lambert à Laensbergh (5).
Or, il advint, dans
les dernières années du siècle dernier, qu'un bibliophile liégeois, le baron
de Cler, mit la main sur un dessin figurant un vieillard occupé d'observer
l'aspect des astres, avec cette inscription : D.T.V. Bartholomei
canonicus et philosophiae professor. l'imagination aidant, de Cler se
tint pour assuré de posséder le véritable portrait de Laensbergh ;
c'est-à-dire qu'il identifia le chanoine et l'astrologue, et qu'il en vint à
penser
que Laensbergh pourrait
bien n'être qu'un pseudonyme, l'examen des registres de Saint-Barthélemy
n'ayant fait découvrir aucun titulaire de ce nom parmi les membres du
chapitre de la collégiale liégeoise. Villenfagne signale cette hypothèse,
qui fut plus tard accueillie par Ed. Lavalleye (6).
Dans l'Histoire
des mathématiques de Montuela (Paris, 1799-1802, 4 vol. in-4°),
l'illustre Jérôme de Lalande émit une autre conjecture. Un savant
mathématicien zélandais, Philippe Lansberg, médecin et ministre protestant
à Anvers, décédé à Middelbourg en 1632, avait fait paraître en cette
dernière ville, peu de temps avant sa mort, des tables astronomiques
perpétuelles (7), dont la réputation s'était rapidement étendue au loin.
L'imprimeur Léonard Streel, de Liège, aurait eu l'idée de tirer profit de
cette renommée en publiant, dès 1635, sous le non. d'un autre Laensbergh
(Mathieu), personnage imaginaire, un almanach qui ne pouvait manquer
de réussir avec un tel passe-port. L'histoire des sciences et des lettres
fourmille de pareilles supercheries, et nous avouons, pour notre part,
que la supposition de l'astronome bressan nous paraît assez plausible.
Cependant, ceci accordé, il resterait toujours à savoir le vrai nom du
premier pronosticateur : en définitive, l'almanach ne s'est pas fait tout
seul. Il est douteux qu'on réponde jamais à cette question.
Ferdinand Henaux dit un mot de certain vieux grimoire
contenant des observations météorologiques, écrit, à l'en croire, de la
propre main du mystérieux personnage et servant encore de base
aux annonces du temps de l'almanach moderne. L'imprimeur l'aurait
montré, eu 1792, à un émigré français, curieux de savoir comment se
fabriquait son annuaire, Quoi qu'il en soit, le plus vraisemblable est
d'admettre que Mathieu Laensbergh est l'éditeur lui-même, nouveau Vichnou, dont les avatars répondent tour à
tour aux noms de
Léonard Streel, de sa veuve, de G.-L. Streel, de G. Barnabé, de la
veuve G. Barnabé, de S. Bourguignon, de sa veuve, de P.-J. Collardin, de Renard et frères,
de L. Duvivier-Sterpin, et enfin (aujourd'hui) de A. Ista, Doyen et Cie. Il va sans
dire que les collaborateurs n'ont pas manqué : nous y reviendrons.
Warzée mentionne deux almanachs
liégeois
antérieurs à celui de Mathieu Laensbergh. Du premier, qu'il signale,
d'après Reiffenberg, comme le plus ancien ouvrage avec date imprimé à
Liège, on ne connaît qu'un seul exemplaire, déposé à la Bibliothèque
royale de Bruxelles. En voici le titre : Pronostication sur le cours du
ciel, courant lan de grace MDLVI, faicte et calculée sur- le
meridian de la cité du Liége, par maistre JEHAN
LESCAILLIER,
médecin practicant en ladicte cité, demourant en la rue Saint Jehan
Lévangeliste, à l'enseygne du Gryffon d'or.
Imprimé à Liége, cheux Henri Rochefort (in-4° de 4 feuillets). Un passage
du chapitre final donne à croire que Lescallier, en 1555, n'en était pas à
son coup d'essai. Le second recueil n'est qu'une reproduction :
EPHEMERIS METEOROLOGICA, très belle description et déclaration sur les révolutions et inclinations de l'an de Nostre
Seigneur MDCXXXIV, par M. JEAN
FRANCO fils de feu Jean Franco d'Eissel, docteur ès sept arts
libéraux et la médecine.
Jouxte la copie imprimée à Anvers avec grâce et privilège. Liége, L. Streel ; in-16. Deux ans plus tard,
Mathieu Laensbergh se dressait dans
toute sa gloire, si tant est que l'almanach pour 1636 soit réellement le
premier de la collection.
Si notre astrologue eut des prédécesseurs,
ne lui firent pas non plus défaut les concurrents, les contrefacteurs et
les imitateurs. Parmi les premiers, Henaux relève le nom du Liégeois
Nicolas Bruiant, qui mit au jour, en 1639, un in-16 non paginé :
Almanach pour l'année bissextile MDCXL sur l'horizon de nostre Pays-Bas, avec les
guetides de Bruxelles et Anvers, pour aller et venir, par
M. NICOLAS BRUIANT,
mathématicien. A Liège, chez Jean Tournay, proche Saint-Denys, à l'enseigne de
Saint-Augustin. Avec permission des supérieurs.
Il est probable que cette publication
n'obtint pas le succès que l'auteur s'en était promis ; du moins
voyons-nous Bruiant, dès 1646, adopter un nouveau titre et restreindre son plan. Son almanach devint un annuaire, à l'usage
de la court spirituelle du Seigneur official de Liége. Après cette date, on perd toute trace de
l'émule de Laensbergh.
Le nom du célèbre astronome reparaît,
en revanche, à la tête d'un almanach in-plano, édité (avec
privilège) par l'imprimeur G.-H Streel, et qu'il ne faut pas confondre avec le petit volume publié par Léonard.
La feuille se rapportant à l'année 1631 a été retrouvée par Ferd. Henaux
(8). Elle est divisée en sept colonnes longitudinales, dont les six
premières sont consacrées au calendrier, et la septième à des dates
solennelles, ainsi qu'à l'indication des éclipses. Pas l'ombre d'une
prophétie. La collection Capitaine (9) possède plusieurs de ces
placards : le dernier est de 1710. La publication s'en est continuée
jusqu'à nos jours ; mais, depuis longtemps, Mathieu Laensbergh n'en
assume plus la responsabilité : Almanach de comptoir et de cabinet, tel est maintenant son
unique titre.
Citons encore l'Almanach
d'Anvers, attribué à maître Herman Dewerve, de cette ville, et paraissant
régulièrement à Liège (in-24) depuis près d'un siècle, chez l'éditeur même du
véritable Mathieu. La chronique des événements de l'année écoulée en fait le principal mérite ; il est
assez pâle et sans grand crédit.
Mais c'est hors de Liège qu'il faut
chercher les copistes et les imitateurs du grand maître. Il paraît que
l'Almanach liégeois se réimprima dès le XVIIe siècle : le plus souvent, du reste, l'étiquette
seule fut usurpée. Le pavillon devait couvrir la marchandise. Les
simples, les doubles, les triples Liégeois, vendus à des prix
différents, selon la grosseur des volumes, se multiplièrent et revêtirent les formes les
plus variées. Certains éditeurs y ont mis de la conscience : c'est ainsi que nous avons sous les
yeux le Véritable Almanach DIT de
Liège, imprimé à Tournai, chez Casterman. D'autres ont
essayé d'élever autel contre autel : tel un imprimeur de Verviers, Oger,
amorçant le public de 1790 par le nom de Mathieu Laensbergh inscrit au
frontispice d'un almanach de sa façon, et se vantant d'être le seul
possesseur des manuscrits du prophète (10). En France, les almanachs
liégeois sont nombreux, mais tous anonymes : on dit tout bonnement le
Petit
Liégeois, le Double Liégeois, le Vrai Liégeois, etc. Le
texte diffère ici et là ; mais le plan général est partout à peu près
le même, et les prédictions sommaires proviennent prétenduement de la même
source, c'est-à-dire de Thomas-Joseph Moult, de Naples, prophétisant à
Saint-Denis en 1268, sous le règne de saint Louis. Le principal foyer de
cette production est Paris, où les Liégeois de la maison Pagnerre
paraissent en plusieurs formats et plus ou moins volumineux. Puis viennent
les almanachs imprimés à Troyes, à Châtillon-sur-Seine, à Nancy, à Lille,
à Rouen, au Mans, etc. Ch. Nisard, dans son Histoire des livres populaires
(1854), signale cette vogue incomparable et renonce même à dresser une
liste complète des imitateurs de Laensbergh ; mais, détail assez piquant,
tandis qu'il est fort bien renseigné sur les almanachs français, ce qui est,
d'ailleurs, tout naturel, il avoue n'avoir pu mettre la
main sur un liégeois imprimé à Liège. Il est pourtant probable
qu'il en existe, ajoute le zélé chercheur...
Villenfagne (Histoire de Spa, t. II) a pris la peine
de décrire l'almanach pour 1636 et de noter ensuite les principaux
changements successivement
introduits dans les volumes suivants. Henaux s'est aussi imposé la
première partie de cette tâche et s'en est acquitté avec soin. Voici d'abord
le titre exact de l'in-24 qui ouvre la série :
Almanach pour l'An Bissextil de
Nostre Seigneur MDCXXXVI, avec des guetides de Bruxelles et d'Anvers, pour
aller et venir, par Mr MATHIEU LANSBERT,
mathématicien. A
Liège, chez Léonard Streel, imprimeur, demeurant en la rue dite
Souverain-Pont, à l'enseigne du Paradis terrestre. Avec permission des
supérieurs. Cette permission a fait sourire Voltaire :
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Et quand
vous écrirez sur l'Almanach de Liège,
Ne parlez des saisons qu'avec un privilège. |
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Pas de pagination. Au frontispice, une
vignette en bois presque semblable à celle qui figure au titre des almanachs modernes : le portrait d'un astronome tenant dans la
main
gauche une sphère, dans la droite un compas. A la deuxième page,
Déclaration du présent almanach, c'est-à-dire indication des
ères principales, des fêtes mobiles, etc. A la page suivante, les douze
signes célestes gouvernant le corps humain ; par exemple, Aries gouverne la
tête, la face, les yeux et les oreilles avec toutes leurs maladies ;
Taurus,
le col et la gorge avec leurs maladies ; Gemini, les épaules, bras et
mains, aussi avec leurs maladies, etc. Mathieu déclare qu'il est entré
dans ces détails
«
afin que l'on se garde tousiours de toucher
quelque membre avec fer ou le feu, la lune estant en un signe gouernans
ledit membre ; et pour mieux aider aux maladies qui surviennent au corps
humain, l'on aura à se conformer selon les qualités qui suivent les dits
signes, soit contraria contrariis curando, ou bien, simile simili
».
Nous passons ensuite aux signes des sept planètes
(influence
de ces astres, leurs aspects, leurs mouvements), puis aux phases de la lune ; les éclipses ne sont pas oubliées, non plus que
les guetides
(marées). Celles-ci prennent place après le calendrier, riche en
renseignements divers (avertissements hygiéniques, tels que bon saigner,
médiciner ; indication des foires et marchés, etc.), le tout
occupant peu de place, grâce à un bon système d'abréviations. Voilà l'almanach
proprement dit ; mais un Laensbergh complet embrasse encore deux autres
parties : 1° la prognostication ; 2° des histoires. Laissons parler
Henaux :
« La
prognostication est un livret où Laensbergh s'occupe
exclusivement d'astrologie judiciaire, ainsi que dans la prédiction,
morceau curieux qui a fait la fortune de l'almanach. C'est là qu'il fait la pluie et le beau temps, et
qu'il prédit les événements que les éléments et les potentats doivent inévitablement accomplir dans le courant
de l'année. Pour mille
prédictions vulgaires, notre devin a eu le bonheur de rencontrer deux ou trois vérités capitales.
Il n'en fallait pas plus pour
donner de la vogue à son annuaire.
» Vient enfin
un opuscule intitulé : Histoires ou sommaire des choses les plus
mémorables advenues depuis
l'an MD jusques à l'an présent. C'est un choix chronologique
des faits les plus remarquables,
les plus tragiques, les plus singuliers, les plus invraisemblables ;
pour captiver l'attention, presque chaque événements est orné d'une petite et
méchante gravure sur bois ». Notons en passant que l'almanach
pour 1638 contient une relation détaillée de 1a mort de Sébastien Laruelle,
assassiné deux ans auparavant par le comte de Warfusée. On ne voit pas
que la censure se soit préoccupée de cet écrit ; Villenfagne en conclut
que cette tolérance innocente clairement Ferdinand de Bavière, soupçonné
par quelques écrivains d'avoir participé au meurtre du bourgmestre
populaire. La fin sanglante de Warfusée est l'objet d'un second
récit.
Nous ne suivrons pas l'almanach Laensbergh
dans toutes ses transformations ; il suffira d'opposer le volume pour
1888 à son premier prédécesseur. Complet ou plutôt complété par l'Almanach des
bergers, le recueil comprend actuellement comme préliminaires, outre les données
chronologiques et
astronomiques d'usage, le tableau de la famille royale et l'état
civil de la ville de Liège. Suit le calendrier, après la liste des
abréviations : y sont notées, jour par jour, les heures du lever et du
coucher du soleil et de la lune. Jusqu'ici point d'astrologie ; mais
tournez le dernier feuillet de décembre, vous vous trouverez en présence
de Thomas Moult, clôturant la première partie par des prédictions
générales et particulières. Celles-là concernent les saisons, celles-ci sont
relatives aux événements. Voici les prévisions politiques pour l'année 1888
: Un grand prince montera sur le trône. - Grande guerre entre les
puissances de la chrétienté. - Grande trahison découverte.
Les pronostications sur les variations du temps
ouvrent la deuxième partie, cette fois paginée (33 à 124), plus un feuillet donnant les dates des prières de
XL heures (11) dans les
églises de Liège et la table des matières. Ce chapitre a son prix : le temps y est prédit pour
chaque quartier de la lune, de semaine en semaine. Et pour égayer et tout à la fois moraliser le lecteur,
chaque
pronostic, ou peu s'en faut, est accompagné d'un épigramme, d'un petit
conte ou simplement de quelques rimes sur les avantages de chaque saison ou sur les travaux
des champs, le tout dans
le plus pur wallon de Liège. Les meilleurs poètes du cru n'ont pas
dédaigné de trousser des vers pour l'almanach Laensbergh : nous
citerons par ordre chronologique, depuis une soixantaine d'année, le
publiciste Renard-Collardin, H. Forir Defrecheux et finalement F. Delarge
(de Herstal).
Suivent douze pages de prédictions
détaillées, une par mois. Ici Laensbergh fait concurrence à Thomas
Moult, et il s'en faut qu'ils soient toujours d'accord. Celui-là, par
exemple, annonce une grande guerre pour 1888 ; son émule ne souffle mot
de ce sinistre augure. L'un des deux a été bon prophète, et l'almanach
n'a pas été compromis.
Nous passons au tableau des foires mobiles de toute
la Belgique et
des foires à jours fixes, puis au Calendrier du cultivateur, deux
rubriques fort appréciées. La chronique a disparu depuis longtemps pour
faire place à des variétés : notices historiques sur les communes de la
province de Liège, d'après Delvaux de Fouron (à partir de 1852) ;
recettes de ménage, conseils relatifs au sevrage, un peu de tout,
enfin, jusqu'à une réfutation du spiritisme, et les dates des fêtes
paroissiales, et les effractions, et d'amples renseignements sur la poste
aux lettres et les messagers, et la réduction des anciens
florins de Liège en francs. O le précieux volume pour les cuisinières et les
campagnards! L'Almanach des bergers, imprimé en rouge et noir et
illustré, mériterait à lui seul une description. C'est jour par jour
que la
pluie et le beau temps y sont distribués (de plus fort en plus fort !), et
des signes particuliers indiquent les moments opportuns pour planter ou
semer, tailler les arbres, couper les cheveux ou les ongles, etc. Nous
renvoyons le lecteur à l'ouvrage de Ch. Nisard et à la revue Ciel et Terre, où
J.-C. Houzeau a pris vivement à partie, en 1886, l'Almanach ou
Compost des bergers qui s'imprime à Troyes (12). Mais les savants auront
beau faire : il se passera du temps encore avant que les Houzeau et les
Mathieu de la Drôme aient détrôné Laensbergh et ses imitateurs. Ch. Nisard nous apprend qu'à l'époque où
il rédigeait son Histoire de la littérature du colportage, le débit des
almanachs était à celui de tous les autres livres réunis comme mille est
à un! On peut constater par ce qui précède
que le
Mathieu Laensbergh de 1888 est loin d'avoir rompu avec les préjugés
populaires.
Mais quoi ? son nombreux public le veut ainsi : ses hors-d'œuvre et les
fantaisies de ses inspirations divinatoires ne disparaîtraient pas
impunément, et il deviendrait méconnaissable si son plan était rendu plus
méthodique. Mundus vult decipi... En vain Gresset, dans la
Chartreuse, compare-t-il son domicile au
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Sublime siège
D'où, flanqué de trente-deux vents,
L'auteur de l'Almanach de Liège
Lorgne l'histoire du beau temps,
Et fabrique, avec privilège,
Ses astronomiques romans;
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eu vain Gilbert
maugrée-t-il à propos de
cette plaquette que |
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l'Europe en délire
A, depuis cent hivers, l'indulgence de
lire ;
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en vain l'auteur de Tristram Shandy
écrit-il : J'ai observé, ce 26 mars 1759, jour de pluie malgré l'Almanach
de Liège..., Mathieu Laensbergh n'est pas plus disposé qu'autrefois à
s'effacer devant les épigrammes d'un Gresset, d'un Gilbert ou même d'un
Sterne. Pierre
Rousseau , le journaliste , s'est avisé d'écrire, de son côté, vers la fin
du XVIIIe siècle, que sans Mathieu, on ne parlerait pas
de
Liège dans la république des lettres. Sans relever ce compliment peu
flatteur pour les Liégeois, le fait est, dirons-nous, que la célébrité de
notre devin en valait bien d'autres. Eu ce temps-là, elle rayonnait dans
les classes élevées aussi bien que dans le populaire, à preuve l'anecdote
suivante, rapportée par Villenfagne :
Mme du Barry, lors de la maladie qui
termina la carrière de Louis XV, fut obligée de quitter la Cour.
«
Elle eut alors lieu, dit l'auteur de sa vie, de se rappeler l'Almanach de
Liège qui l'avait si fort intriguée, et dont elle avait fait supprimer,
autant qu'elle avait pu, tous les exemplaires ; il
portait dans ses prédictions du mois d'avril (1774) cette phrase : Une
dame des plus favorisées jouera son dernier rôle. Elle avait eu la modestie de s'attribuer cette allusion, et elle
répétait souvent : Je voudrais bien voir ce vilain mois passé.
Mme du Barry jouait effectivement dans ce moment son dernier
rôle, puisque Louis XV mourut le mois suivant.
»
Soit coïncidence fortuite, soit perspicacité
fortifiée par des indices, toujours est-il qu'une seule réussite de ce
genre suffisait pour porter jusqu'aux nues le crédit de l'Almanach. Mais
son succès, en lui donnant de l'importance, lui attira aussi des persécutions.
Il arriva que l'éditeur Bourguignon, préparant l'Almanach
pour 1794, tomba dans un grand embarras. Il s'agissait de rédiger la
chronique de l'année de la terreur. L'idée lui vint de remplacer ce
chapitre par un petit traité d'agriculture. Le gouvernement s'émut et fit
main basse sur tous les exemplaires : on allégua que Bourguignon ne
respectait pas les conditions de son privilège. Bref, il fallut passer sons
les fourches caudines : la chronique parut, mais le danger ne fut rien moins
que conjuré, car il ne s'agissait pas seulement de remémorer des faits
accomplis, mais encore de prédire l'avenir. Or, une phrase malencontreuse se
glissa parmi les prédictions d'avril : Hommes bouffis d'orgueil,
rudement abattus et renversés, tandis que d'autres, humbles et honnêtes,
seront élevés en honneur et réputation.. Et
les commentaires de pleuvoir ; finalement, nouvelle saisie : presque toute
l'édition fut mise au pilon. Un exemplaire échappé à cette hécatombe
parvint cependant aux Liégeois réfugiés à Paris ; ils le firent aussitôt
réimprimer en cette ville sous le titre de :
Vrai Liégeois. Almanach pour
cette année MDCCXCIV, supputé par maître M. LAENSBERGH,
math. (avec l'épigraphe :
Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles). Se vend à Paris, chez
les imprimeurs réfugiés Liégeois, place des Quatre-Nations. An II de la
République. In-18, de 79 pages.
En 1823, le gouvernement des Pays-Bas usa de mesures
sévères et ridicules, à propos de quelques pensées de l'oracle liégeois
(Henaux) ; en 1830, Mathieu Laensbergh fut saisi en France, sur la
dénonciation de Monbel (Warzée, d'après le Journal de Louvain du 8
janvier 1830).
Le nom si populaire de notre personnage a été exploité,
comme il était naturel de s'y attendre, par les poètes et par les
publicistes politiques. En 1772, un membre du collège des jésuites anglais
(de Liège) publia, chez la veuve Bourguignon, une prédiction de maître
Mathieu Laensbergh, à l'occasion de l'inauguration du prince Velbruck : c'est un poème dithyrambique dans toutes
les règles, où la gloire de l'Almanach n'est pas moins célébrée que les
espérances fondées sur le nouveau souverain (24 p. in-8°). Henaux cite une
comédie-vaudeville dont Mathieu est le héros (Paris, 1829) et une
Revue en un acte :
M. Laensbergh est un menteur,
par Clairville (Paris, 1838). En 1830, parut à Liège un recueil de chants
nationaux (La Ruche, ou Mathieu Laensbergh à Paris), inspiré
par les révolutions en train de s'accomplir. Enfin, n'oublions pas un des
principaux journaux de l'opposition belge sous le régime des Pays-Bas, le
Mathieu Laensbergh (Liège, 1824-1829), sérieux sous un titre frivole, fondé
et rédigé par Paul Devaux, J. Lebeau, Lignac Charles Rogier et Félix van
Hulst, avec la collaboration de J.-B. Nothomb pour les affaires du
Luxembourg. Voilà des noms qui en disent assez : ces journalistes étaient
aussi des prophètes.
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Alphonse
Le Roy. |
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Les almanachs de Mathieu Laensbergh
(coll. Ul. Capitaine, à la bibliothèque de Liège). - Villenfagne, Hist.
de Spa, t. II. - Montucla, Hist. des mathématiques, t. II. -
Tabaraud, Biogr. universelle, t. XXIII. - Dict de la conversation,
t. XXXIV (art. de Reiffenberg). - Henaux, Bull. du bibliophile belge,
t.II. - Brunet, Manuel du libraire, t. III. - Ch. Nisard, Hist.
des livres populaires, t. Ier. - UL Capitaine, Rech. sur les journaux
liégeois. - X. de Theux, Bibl. liégeoise. |
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(1) Le poète jésuitecité à la fin de cet article le compare au chantre de l'Iliade
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On ignora d'Homère la
patrie :
Tel fut le sort de plus d'un beau génie;
Tel fut celui de l'illustre Mathieu. |
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Mais ce n'est pas la patrie, c'est
l'existence même de Laensbergh qui est ici mise en question.
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(2) Une des légendes qui courut
sur son compte le représente vivant solitaire au haut d'une tour qu'il
aurait lui-même fait bâtir, et qui dominait toute la ville de Liège.

(3) Le volume pour 1899 porte au litre : 265e année, ce
qui reporterait à 1625 la date du premier almanach; celui de 1635 (pour
l'année suivante) est le plus ancien qu'on possède. V. Warzée, Bull. du
bibliophile belge, t. VIII, p. 98.

(4) Henaux, ibid., t. II, p.33.

(5) Warzée, l.c., d'après Villenfagne,
Hist. de Spa, t. II, p.119. -- Ce changement coïncide avec la date du
privilège octroyé à l'Almanach par le prince-évêque.

(6) Henaux, art. cité, p.35 --- Annuaire de l'Observatoire (de Quetelet),
t. IV, p. 199.

(7) Tabulae motuum caelestium pepetuae, ex
omnium temporum observationibus constructae.

(8) Bull. du bibliophile belge,
t. III, p. 137.

(9) A la bibliothèque de Liège.

(10) Villenfagne.

(11) Adoration perpétuelle du
Saint-Sacrement.

(12) Selon Brunet, le grand Compost des
bergers remonterait à 1493.

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