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LAIRESSE (Gérard),
second fils de Renier Lairesse, est né à Liège, où il fut baptisé à
l'église Saint-Adalbert, le 11 septembre 1640. Il fut tenu sur les
fonts de baptême par le peintre Gérard Douffet qui, en lui donnant son
prénom, semble aussi lui avoir transmis des dispositions peu
ordinaires pour la peinture. Chez Gérard Lairesse, ces dispositions se
marquèrent d'une manière si précoce, qu'il peignait déjà des sujets de
son invention à .l'âge de douze ans. Très bien doué, d'ailleurs, de
tous les dons de l'intelligence, il témoigna de bonne heure d'une
grande facilité pour toutes choses. Il apprit la musique et jouait
avec talent de divers instruments ; il était poète et, sans avoir
beaucoup de littérature, il tournait agréablement le vers ; il avait
l'esprit vif , l'humeur gaie et aimait les plaisirs, sans que cet
entrain le portât cependant à négliger le travail, qu'il aimait encore
plus que les plaisirs. Son père profita des bonnes relations qu'il
entretenait avec Bertholet Flémalle, pour lui confier l'éducation
artistique de Gérard, lorsque celui-ci eut atteint l'âge de quinze
ans. Flémalle se chargea volontiers de la direction d'un disciple qui
donnait de si brillantes espérances. Epris lui-même de l'antiquité
classique, il poussa le jeune Gérard à étudier l'art des anciens au
moyen des ressources fort modestes qu'il avait à sa portée : les
gravures et les médailles. Un recueil de compositions de Poussin et
des gravures d'après Pierre Testa lui furent particulièrement utiles
pour former son élève, qui, heureusement, comprenait à demi-mot.
Bientôt le jeune Lairesse, qui avait le caractère indépendant,
produisit des peintures qui attirèrent sur lui l'attention et la
bienveillance des amateurs liégeois. Lambert de Liverloo, archidiacre
de Hesbaie, fut si charmé de ses tableaux, qu'il fit une petite
pension au jeune artiste, et lui conseilla de se produire à la cour du
prince de Liège, Maximilien-Henri, qui résidait d'habitude à Bonn.
Gérard Lairesse, alors âgé de vingt ans, suivit ce conseil, et, muni
de lettres de recommandation, s'achemina vers la résidence du prince.
Cependant il s'arrêta à Aix-la-Chapelle pour rendre visite au chanoine
Charles Goetts, ami de son père. Le chanoine, qui connaissait les
talents de Gérard, l'accueillit gracieusement et lui demanda de faire
un grand tableau pour l'église Sainte-Ursule, à Aix. Cette toile,
exécutée avec la remarquable facilité qui devait demeurer le côté
brillant de l'artiste, commença la réputation de Lairesse en dehors de
sa ville natale ; mais elle semble lui avoir suscité de nombreuses
difficultés auprès de ses confrères d'Aix-la-Chapelle. Dégoûté de
l'accueil qu'il avait reçu, Gérard Lairesse renonça à son voyage et
revint à Liège.
Dès
ce moment, il se montra très productif, et ses tableaux se suivirent
avec une merveilleuse rapidité.
La
même année, il peignit encore le Martyre de saint Lambert pour
le chanoine Warnotte, ainsi que de nombreux portraits. Peu de temps
après, il fit pour Godefroid de Sélys, ancien bourgmestre de Liège,
la Descente d'Orphée aux enfers, tableau destiné à décorer le
dessus d'une cheminée. Cette peinture, dont Lairesse a exécuté
plusieurs répliques, se trouve aujourd'hui au musée communal de la
ville de Liège. A la même époque, il peignit la Nièce du comte de
Glimes, commandeur de l'Ordre Teutonique, sous les traits de Palès,
déesse des pâturages et des troupeaux (et non de Pallas, comme
l'ont écrit tous les biographes de Lairesse). La jeune dame est
représentée debout, appuyée contre un autel antique, sur lequel les
bergers et les cultivateurs viennent offrir des fruits et les dons de
la terre. Cette peinture eut beaucoup de succès ; aussi Lairesse,
après avoir traité cette composition dans d'assez grandes proportions,
en fit-il, pour un amateur liégeois, Renier de Stephani, une réduction
qui se trouve actuellement à Vienne, dans la galerie Lichtenstein.
La
mythologie était, on le sait, en grande faveur alors, aussi bien dans
le domaine de l'art que dans celui de la littérature. Lairesse était
trop de son temps pour ne pas s'en inspirer dans ses sujets, répondant
en cela aussi bien à son tempérament personnel qu'au goût du jour.
Aussi fit-il, en 1663, pour le même Stephani, un tableau représentant
Vénus et Adonis, un Narcisse se mirant dans la fontaine, une
Vénus éclairée par la lune, et toute une série de peintures
empruntées aux Métamorphoses d'Ovide. Tout en s'abandonnant
ainsi au courant du goût du jour, il ne laissait pas que d'aborder des
sujets d'un ordre plus élevé, et des toiles de dimensions plus
considérables. Une dame de Liège lui ayant demandé, pour l'église du
couvent des Ursulines de cette ville, deux tableaux destinés à servir
de retables d'autel, Lairesse peignit deux vastes compositions, dont
l'une représente la Conversion de saint Augustin, et l'autre le
Baptême de ce Père de l'Église. Le premier de ces tableaux est
aujourd'hui au musée de la ville de Caen, l'autre se trouve au musée
communal de Mayence.
Lairesse était donc chargé de travaux et de commandes dans sa ville
natale, lorsqu'une assez sotte affaire qu'il s'attira par son amour
des plaisirs et la légèreté de sa conduite, le força à s'expatrier. Il
voyait assez intimement deux jeunes filles de Maestricht. Il avait
promis le mariage à l'une d'elles, et avait même confirmé cet
engagement par écrit. Les parents de Lairesse, ayant eu connaissance
de ces relations, s'opposèrent vivement à une union qui leur
paraissait compromettre l'avenir de leur fils, et ils lui persuadèrent
de rompre des liens aussi légèrement formés. Mais la jeune personne
n'était pas d'humeur il se laisser éconduire facilement. Elle se
rendit chez l'artiste, accompagnée de sa sœur, et lui remit sous les
yeux la promesse écrite qu'elle tenait de lui. Une querelle
s'ensuivit, et tandis que l'une des sœurs discutait avec Lairesse,
l'autre lui portait un coup de couteau. Le peintre, exaspéré en voyant
couler son sang, tira l'épée qu'il portait au côté et se mit à
ferrailler contre les deux sœurs, dont la seconde tira également une
épée qu'elle avait tenue cachée sous ses vêtements. Dans cet étrange
combat, cette dernière fut atteinte grièvement ; et, après avoir reçu
deux blessures, elle fut obligée de chercher du secours chez un
pharmacien du voisinage. Lairesse , blessé de son côté, se réfugia
chez les PP. Dominicains, qui le pansèrent et lui donnèrent asile dans
leur couvent. Cependant, l'affaire s'était passée est plein jour et
avait fait esclandre. Après un court séjour dans la maison des Frères
Prêcheurs, Lairesse ne s'y crut plus en sûreté, et prit le
parti de fuir vers Maestricht. Il se mit en routé, emportant sur une
charrette ce qu'il possédait et emmena avec lui la cousine de son
beau-frère, une jeune fille du nom de Marie Salm, qui lui avait
témoigné de l'intérêt pendant le temps où il se tenait caché pour
soigner ses blessures. Arrivés à Navagne, à trois lieues de Liège, les
deux fugitifs contractèrent mariage et continuèrent ensemble leur
route vers la Hollande. Les ressources des voyageurs étant épuisées,
ils s'arrêtèrent à Bois-le-Duc. Ceci se passait en 1664.
Il
existe une certaine obscurité sur cette partie de la vie de Lairesse
où, rompant les relations qu'il avait avec sa famille et ses
protecteurs à Liège, il était encore inconnu en Hollande, qui devait
devenir sa seconde patrie. Ce fut forcément pour l'artiste, nullement
préparé à ce changement, une période de transition et de détresse.
Quelques auteurs ont cherché à suppléer aux renseignements certains,
qui nous font défaut, par des anecdotes plus ou moins dramatisées. Il
paraît certain que Gérard, réduit aux expédients, fit de petits
tableaux qu'il vendait à vil prix, et même des enseignes, pour
subvenir à ses besoins. De Bois -le-Duc, les deux fugitifs se
rendirent à Utrecht. C'est dans l'une de ces deux villes, on ne sait
au juste laquelle, que Lairesse fut mis en rapport avec un marchand
d'objets d'art d'Amsterdam, du nom d'Uylenbourg. Celui-ci lui acheta
d'abord quelques tableaux qui furent très appréciés, surtout par les
peintres Jean Van Pec et De Grebber qui travaillaient pour ainsi dire
aux gages d'Uylenbourg. Le succès des premiers tableaux de Lairesse
connus à Amsterdam engagea non seulement le marchand à renouveler ses
commandes, mais même à demander au peintre de venir habiter Amsterdam
et d'y travailler pour lui.
Lairesse se rendit à l'invitation d'Uylenbourg, mais il ne demeura que
peu de mois auprès de lui ; l'artiste reconnut bientôt, à la manière
dont ses travaux étaient accueillis, qu'il pouvait se créer une
existence à la fois honorable et indépendante ; en 1667, il acquit les
droits de bourgeoisie à Amsterdam, et, l'année suivante, il louait une
maison somptueuse sur le marché Saint-Antoine. Dès ce moment, sa
fortune était assurée.
La maison de
l'artiste devint, en effet, un centre où se rencontraient les Mécènes,
les peintres et les amis des arts. Parmi les habitués de ses soirées,
se trouvaient Emmanuel De Witte, le bourgmestre Pancratius, le célèbre
médecin Bidloo, François Mieris, Bernard Graaf, Jacob van der Does
père, et, plus tard, Glauber et Jean van der Meer. Fort recherché de
tout ce monde et un peu enclin au faste, Lairesse travaillait
cependant beaucoup, et, grâce à cette facilité qui chez lui était un
don naturel, il produisit en grand nombre des travaux de toute nature.
Bientôt il fut le peintre le plus en vogue de la Hollande.
Lorsque, en
1684, Jean Glauber, peintre paysagiste allemand de renom, vint à
Amsterdam, il se lia avec Lairesse d'une amitié basée sur des goûts
identiques et des talents qui n'étaient pas sans analogie. Glauber
demeura dans la maison de Lairesse, et souvent ils travaillèrent en
collaboration. Lairesse étoffait de ses élégantes figures les paysages
de grand style de son ami. Ils firent ensemble les peintures de la
salle à manger de la reine Marie d'Angleterre, ainsi que la riche
décoration des salons du château de Soesdyck, appartenant au roi
Guillaume III. Le même souverain, qui avait pris l'artiste liégeois en
faveur, lui commanda, entre autres, deux toiles représentant des
scènes de la vie de Marc-Antoine et de Cléopâtre ; il le fit venir
ensuite à La Haye, où Lairesse travailla plus d'un an pour lui.
Lairesse exécuta aussi pour la chambre du conseil de justice de la
cour, dans cette ville, une série de peintures qui ont été gravées
d'après les dessins de N. Verkolie et qui ont fait l'objet d'une
publication spéciale.
L'artiste était alors dans toute la plénitude de son talent et à
l'apogée de son renom. Les amateurs de la Hollande,
les marchands de tableaux et les collectionneurs de l'étranger, à
l'envi, voulaient avoir de ses peintures de chevalet ; les
propriétaires des hôtels somptueux d'Amsterdam tenaient à honneur de
les faire décorer par son pinceau ; les éditeurs sollicitaient de ses
dessins pour les frontispices et les planches de leur publication.
Jacques de Flines fut un de ceux qui s'adressèrent à Lairesse et à
Glauber pour orner son hôtel ; bientôt Lairesse fut appelé à
Rotterdam pour des travaux de même nature ; c'est ainsi qu'il peignit
les habitations de plusieurs bourgeois opulents de cette ville, Meyers,
Verburg et Paats. Enfin, il traça les projets pour la décoration du
théâtre d'Amsterdam et fit un de ses plus beaux plafonds pour la
maison dite des Lépreux, de la même ville.
Les
compatriotes liégeois de Lairesse ne furent pas insensibles à l'éclat
de la gloire de leur concitoyen. Ils cherchèrent, mais souvent en
vain, à obtenir de ses tableaux. Quelques-unes de ses toiles,
cependant, prirent le chemin de la ville natale, où se trouvent encore
plusieurs de ses tableaux peints pendant son séjour en Hollande. Sur
les instances réitérées de son premier protecteur, l'archidiacre de
Liverloo, Lairesse accepta de peindre pour le maître-autel de cette
église une toile importante représentant l'Assomption de la Vierge.
Lorsque cette peinture, qui arriva à destination en 1685, fut
exposée dans la maison de l'archidiacre, elle excita une telle
admiration que les chanoines ajoutèrent 700 écus de gratification au
prix convenu.
Ce
tableau, emporté en 1794, lors de l'occupation française, est revenu à
Liège en 1815, non sans avoir subi de notables avaries. Après avoir
été restauré, il se trouve actuellement à la cathédrale de Saint-Paul.
Comme si la peinture n'avait pas suffi à son activité et à son besoin
de produire, Lairesse s'adonna à la gravure à l'eau-forte avec une
sorte de passion ; parfois il passait une partie des nuits à ce genre
de travail, abusant à la fois de sa santé et de sa vue. Aussi son
œuvre comme graveur est-elle considérable, Ses eaux-fortes, réunies à
d'autres gravures exécutées d'après les peintures de Lairesse, ont été
publiées dans un recueil de 140 planches, sous le titre suivant :
Opus elegantissimum Amstelodami
ipsa manu tam aeri incisum, quam inventum, et per Nicolaum Visscher,
cum privilegio Ord. Gen. Belgii Foederati editum.
Nagler compte 87 gravures à l'eau-forte attribuées à Lairesse.
Les
relations d'amitié qui liaient l'artiste au docteur Bidloo, le
portèrent à faire pour l'ouvrage que celui-ci publia sur l'anatomie du
corps humain, une série de 105 dessins, remarquables par l'exactitude
et la précision anatomique. Cet ouvrage parut sous le titre de
Anatomia humani corporis, centum et quinque tabulis per artificiosis
G. De Lairesse ad vivum delineatis demonstrata. Amstelodami, 1685.
Il est orné d'un frontispice également dessiné par l'artiste liégeois.
Vers
1690, Lairesse, âgé alors de près de cinquante ans, dans tout l'éclat
de son talent et dans toute la fécondité de son génie créateur, fut
frappé du plus grand malheur qui puisse atteindre un peintre : il
devint aveugle. Dans cette triste situation, il donna une nouvelle
preuve de l'énergie de son caractère et de la singulière souplesse
d'un esprit remarquablement doué. Il trouva des consolations dans son
culte pour l'art ; et, aux heures de solitude, la musique, qu'il
n'avait abandonnée à aucune époque de sa vie, vint le bercer de ses
harmonies. Il sut, d'ailleurs, se rendre encore utile aux adeptes de
l'art, malgré la nuit qui, pour lui, ne devait plus avoir d'aurore. Sa
maison ne cessa pas d'être pour les artistes d'Amsterdam, peintres,
sculpteurs, architectes et pour les amis de l'art, un centre et un
lieu de réunion où ils venaient chercher des conseils et une
direction. Bientôt Lairesse eut la pensée de mettre de l'ordre dans
les discours qu'il leur tenait, et d'organiser des conférences où il
traiterait, devant ses confrères, de toutes les parties de l'art,
passant de la synthèse à l'analyse, de la théorie aux difficultés de
la pratique, que les raisonnements de l'expérience et les déductions
de l'esprit d'observation pouvaient aplanir.
Une
vingtaine de personnes, et quelquefois davantage, venaient écouter les
conférences que Lairesse faisait sur l'art de la peinture, plusieurs
fois par semaine. Un de ses fils préparait au tableau noir, sous la
direction du maître, les dessins qui devaient donner plus de clarté à
ses développements. Lairesse trouva même, avec l'aide de ses fils, un
moyen ingénieux pour écrire et dicter ses leçons qui, successivement
transcrites, formèrent un traité complet de peinture. C'est le recueil
de ces conférences et des leçons ainsi préparées qui fut publié après
la mort de Lairesse, sous le titre de : Le Grand Livre des
peintres. Une première partie, dans laquelle l'auteur expose les
règles du dessin, la perspective linéaire et aérienne, avait paru à
Amsterdam, en 1701. Mais le traité complet ne fut publié que treize
ans plus tard ; voici la traduction du titre : Le Grand livre des
peintres, où l'art de la peinture est enseigné à fond dans toutes ses
paries, expliqué au moyen de raisonnements et de figures, avec des
modèles empruntés aux meilleurs ouvrages des plus fameux peintres, et
l'indication de leurs qualités et de leurs défauts, par Gérard de
Lairesse, peintre. A Amsterdam, chez David Mortier, libraire, MDCCXIV.
Ce livre fut publié en deux volumes in-4°, avec figures. Une
seconde édition parut à Harlem, en 1740, avec une biographie de
l'auteur. Ecrit d'abord en hollandais, l'ouvrage fut traduit en
français par H.-J. Janssen, Paris, 1787, également en deux volumes
in-4°. Deux traductions allemandes furent publiées à Leipzig, l'une en
1705, l'autre en 1795. Le nombre de traductions du Grand Livre des
peintres et des éditions qui se succédèrent, prouve le crédit
universel dont jouissaient au siècle dernier les théories qui y sont
développées. Tombé dans l'oubli aujourd'hui, ce livre contient
cependant des vues justes et élevées sur la peinture et d'excellents
préceptes en ce qui concerne l'étude et la pratique de cet art.
Lairesse vécut vingt ans aveugle. Malgré les faveurs peu communes de
la fortune pendant une grande partie de sa vie, malgré sa fécondité
prodigieuse, résultat d'une nature richement douée et d'un travail
incessant, l'artiste n'avait pas d'économies ; il n'avait pas prévu
les incapacités de la vieillesse et le repos auquel devait le
condamner prématurément la cécité. La gêne se fit sentir dans cette
maison, autrefois si brillante et si hospitalière. Pour vivre, il fut
obligé de vendre petit à petit, et à mesure que le besoin faisait
sentir son aiguillon, ses études, ses dessins, ses esquisses. Il fut
mène obligé d'avoir recours à la générosité de son entourage. Aussi
mourut-il dans l'indigence, à Amsterdam, le 28 juillet 1711.
Parmi les peintres belges de la fin du XVIIe siècle, Gérard Lairesse
est un de ceux dont le nom a eu le plus de retentissement à
l'étranger. Il était doué de la plupart des qualités qui font
l'artiste éminent : imagination, fécondité, passion du travail,
abondance ; il était compositeur habile, dessinateur généralement
correct, coloriste harmonieux ; cependant, il n'a pas laissé d'œuvres
d'un ordre vraiment supérieur. Cela tient en partie au temps où il
vivait : enfant gâté d'une période de décadence, il portait en lui la
tache originelle de son époque. Mais les côtés faibles de son talent
s'expliquent aussi par le tempérament propre de l'artiste, qui était
essentiellement décoratif. En s'abandonnant à sa remarquable facilité,
l'artiste semble travailler pour le seul plaisir des yeux, sans
approfondir les caractères, sans étudier les passions, sans s'attacher
à l'expression des sentiments dans les figures dont il anime ses
compositions. Il a égalé la plupart des meilleurs artistes de son
temps, il n'a rien laissé à imiter aux siècles futurs.
Lairesse a eu
trois fils : André, l'aîné, fut négociant et mourut aux Indes vers
1735 ; Abraham et Jean furent élèves de leur père. Le premier, né en
1681 et mort à Amsterdam en 1739, peignait assez habilement le
portrait dans la manière de Gérard ; il termina un certain nombre
d'ébauches laissées par celui-ci, et copia bon nombre de ses tableaux
qui passèrent dans le commerce sous le nom de Gérard. On peut citer,
parmi les meilleurs élèves de ce dernier, Jean Mieris, Bonaventure van
Overbeek, Otmar Elliger, le jeune, Christophe Lubinietzki et Jean van
Hoogzaat.
Il
n'est pas possible de faire ici le relevé complet des peintures de ce
maître ; pour faire comprendre toutefois sa valeur et le renom qu'il
s'est acquis dans les pays les plus divers, il est utile d'indiquer
quelques-unes de ses toiles les plus importantes, conservées dans les
différents musées de l'Europe :
Au
musée du Louvre, à Paris, quatre tableaux : l'Institution de
l'Eucharistie ; le Débarquement de Cléopâtre au port de Tarse ;
une Bacchante faisant danser
des enfants ; Hercule entre la Vertu et le Vice ;
A la
galerie du Belvédère, à Vienne, deux tableaux : un Poste de
militaires auprès d'une ruine ; des Soldats buvant avec des
filles. Un troisième tableau, Neptune et Amphitrite,
attribué au même peintre par le livret du musée, semble trop
médiocre pour mériter cette attribution ;
A la
Pinacothèque de Munich, deux tableaux signés. Ce sont deux
compositions allégoriques relatives à la vie de l'artiste ;
Au
musée de Dresde, deux tableaux : le Parnasse avec Apollon et les
Muses ; une Bacchante ;
Au
musée de Berlin, cinq tableaux : Alexandre Sévère proclamé empereur
; Thétis plongeant Achille dans le Slyx ; Allégorie de la Victoire
(signé) ; un faune et une Nymphe ; une
Femme sur son lit, écrivant son testament ;
Au
musée grand-ducal de Brunswick, deux tableaux : Achille parmi les
filles de Lycomède (signé) ; une Forge, grisaille ;
Au
musée de Cassel, quatre tableaux : Ulysse et Mentor à l'île
d'Ithaque ; Ulysse reconnu par sa nourrice ; Ulysse, redoutant la
séduction des Sirènes, se fait lier au mât
de son vaisseau ; Retour d' Ulysse à Ithaque ;
Au
musée communal de Mayence :
Baptême de saint Augustin ;
Au musée de Bruxelles : la Mort de
Pyrrhus ;
Au musée communal de Liège, deux tableaux : Descente d'Orphée aux
Enfers ; le Tribunal de la Sottise ou la Vengeance d'Apelle ;
Au musée de Toulouse, deux
tableaux : le Crucifiement et la Conversion de saint Paul ;
Au musée de Caen : la
Conversion de saint Augustin ;
Au musée d'Amsterdam, six
tableaux : Tableau allégorique représentant le Pouvoir légitime ;
pendant, représentant la Révolution ; Mars, Vénus et Cupidon ;
pendant, les mêmes divinités et Mercure (signé) ; Diane
et Endymion ; Séleucus abdique en faveur de son fils Antiochus
(signé) ; deux grisailles, représentant des allégories ;
Au musée de La Haye : Achille reconnu par Ulysse ;
Enfin au musée des Uffizi,
à Florence, le portrait de Gérard Lairesse, peint par lui-même. |