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Mathias Guillaume de Louvrex




 

 

 

 

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Mathias-Guillaume de Louvrex (1665-1734) par
Englebert Fisen
 

 

 

 

 

Alphonse Le Roy,
Biographie nationale T.XII, p. 512 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

LOUVREX (Mathias-Guillaume DE), écuyer, seigneur de Ramelot, jurisconsulte, magistrat, diplomate, historien, naquit à Liège, en 1665, et y mourut, le 15 septembre 1734. Fils du légiste Louis et d'Anne Corselius, il appartenait au patriciat liégeois.

   Nous manquons de renseignements sur ses études : s'il faut juger de l'arbre par ses fruits, elles furent excellentes. Il se fit une réputation considérable, grâce à la solidité de son jugement et à l'étendue de ses connaissances en droit civil et en droit canon : Villenfagne le regarde comme l'un des premiers canonistes de son temps. « Les avocats étrangers », dit Feller, « le consultaient fréquemment, surtout dans les matières bénéficiales, et ses décisions étaient ordinairement suivies comme des règles fixes ». Le même biographe rapporte que l'illustre Fénelon, archevêque de Cambrai, ayant appris que, dans un procès, de Louvrex défendait la cause de son adversaire, voulut lire son Mémoire ; « après l'avoir lu, non content de se désister de ses prétentions, il lui envoya la collection de ses ouvrages, avec une lettre remplie des sentiments de la plus grande estime, et lui demanda son amitié ». De Louvrex s'occupa aussi d'histoire, comme on le verra plus loin ; ses qualités ont été relevées dans le Voyage littéraire de Martène et Durand (t. II, p. 172). Il possédait une magnifique bibliothèque et, ce qui vaut mieux, il la connaissait bien, à ce point qu'il pouvait souvent désigner de souvenir l'emplacement des citations dont il avait besoin, et que, dans les derniers temps de sa vie, devenu tout à fait aveugle, il ne cessa de dicter avec la même précision qu'auparavant. Le catalogue de la bibliothèque Louvrex a été imprimé ; y figurent, entre autres, les principaux manuscrits du savant généalogiste Hubert-Henri Vandenberg, mort en 1663. Ces documents furent acquis en 1792, avec la bibliothèque elle-même, par le dernier prince-évêque de Liège, le comte C. de Méan, plus tard archevêque de Malines.

   Faisant violence à ses goûts paisibles et à ses habitudes studieuses, de Louvrex accepta, en 1702, les fonctions de bourgmestre de Liège, avec Jean-Arnould de Cartier pour collègue. Cette année fut pleine de troubles, à cause de l'attitude prise par le prince-évêque Joseph-Clément de Bavière (voir ce nom), qui avait, tout d'un coup, manifesté des sympathies pour la France, et laissé pénétrer dans sa capitale les troupes de Louis XIV. Les alliés, sons le commandement de Marlborough, reprirent la ville et s'emparèrent de ses deux forteresses ; l'empereur y envoya, comme plénipotentiaire, le comte de Sinzendorf, dont le premier acte fut l'établissement d'un conseil privé. Sur ces entrefaites, le magistrat de Liège entra eu pourparlers avec les puissances belligérantes, et obtint d'elles que la neutralité liégeoise serait respectée, si bien que la cité commença à respirer. Sinzendorf fut si content des services rendus par Louvrex en ces circonstances, qu'il fit tout le possible pour le décider à rester encore un an bourgmestre ; mais ses instances furent vaines : l'ex-magistrat allégua son état de fatigue et n'accepta qu'une place dans le conseil privé.

   Mathias-Guillaume descendait, par les femmes, de la famille de Fléron, dont un membre, l'échevin Théodore, avait été impliqué dans l'affaire de l'assassinat du bourgmestre Laruelle (voir ce nom), et massacré sur la place du Marché, sans avoir été entendu. Convaincu de son innocence, le propre fils de Laruelle se jugea tenu à une réparation : il remit à Louvrex, arrière-neveu de Théodore, la survivance de son échevinat ; cet arrangement reçut l'approbation du prince. Pour en finir avec la. vie publique de notre personnage, rappelons qu'il fut délégué au congrès d'Utrecht (1713) avec le chanoine baron de Wanserelle, official du chapitre et abbé d'Amay, pour y défendre les intérêts de la principauté. Les dernières années de Louvrex s'écoulèrent paisiblement. Modeste, de moeurs simples, charitable, c'était, de tous points, un homme de bien, et, avec cela, un travailleur infatigable, aussi distingué par sa hante intelligence dos affaires que par sa rare érudition, passionné pour son pays, comme le prouve le choix de ses travaux.

    0n connaît de lui :

 1. Dissertationes canonicae de origine, electione, officiis et juribus praepositorum et decanorum ecclesiarum cathedralium et collegiatarum. Liège, Barnabé, 1729 ; in-folio.

2. Recueil des édits, règlements, privilèges, concordats et traitez du pays de Liège et comté de Looz. Liège, Bertrand et Procureur, 1714-1735 ; 3 vol. in-folio. Id., 2e édit. (posthume), Liège, Kints, 1750 - 1752 ; in-fol., 4 vol. ; publiée par l'avocat B. Hodin. Villenfagne s'est occupé de ce répertoire dans ses Recherches (t. Il, p. 228).
« Louvrex mourut » dit-il,  « avant d'avoir achevé la troisième et dernière partie de son ouvrage. On mit les matériaux de cette dernière partie entre les mains d'un avocat... qui se permit de fourrer dans les sommaires et dans un Index général de sa façon, plusieurs choses contraires à la manière de penser de Louvrex, et toujours favorables à l' Official de Liège (1). J'ai tiré cette remarque d'une brochure in-4°, assez curieuse et bien faite, publiée vers 1740 par les échevins de Liège pour combattre les prétentions de l'Official. Je dois cependant avouer que l'auteur d'une réponse à cette brochure dit, dans ses Réflexions données au public, en 1741,  p. 14, qu'il est faux que les sommaires du troisième tome de Louvrex (il s'agit ici de la première édition de ce livre) aient été composés par un autre que cet homme célèbre. Il prétend seulement que l'Index, placé à la fin de ce tome, a été écrit par une autre personne. Mais l'auteur de la brochure citée, écrivant sous les yeux du corps des échevins dont Louvrex avait fait partie, me paraît plus véridique que l'auteur des Réflexions ».

3. Information de ce qui s'est passé sur les différends survenus entre S. A. l'évêque et prince de Liège et les seigneurs des États généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, au sujet de la juridiction spirituelle et ecclésiastique de Sa dite Altesse en qualité d'évêque en la ville de Maestricht. Liège, Procureur, 1723 ; in-4°. Le même ouvrage a paru aussi en flamand.

4. Des notes très estimées sur les Observationes et res judicatae de Ch. de Méan (voir ce nom).

5. Recueil de Mémoires (a. sur les investitures des princes-évêqucs de Liège;  b. sur la terre de la Rochette (Chaudfontaine) ; c. sur la seigneurie de Petersheim). Ms n° 605 de la Bibliothèque de Liège (autographe).

6. Dictionarium materiarum juris, ouvrage considérable, resté inédit. Bibliothèque de Liège, n° 624 ; 2 vol., comprenant les lettres E-H et P-S.

7. Rerum Leodiensium sub Joanne Ludovico, Josepho Clemente, Georgio Ludovico gestarum Annales, in tres libros distincti, quos ex iis quae vidit, quibus interfuit, aut quae testimoniis fide dignis didicit, summa cura congessit M. G. de Louvrex,  toparcha in Ramelot, SS. principum Josephi Clementis et Georgii Ludovici in concilio privato consiliarius, scabinus et ex-consul.  Ms. in-folio, signalé par L. Polain ; il comprend les années 1689 à 1734.

8.  Louvrex fut, avec son ami le baron de Crassier, l'éditeur du grand ouvrage du P. Foullon sur l'histoire de Liège (Liège, Ev. Kints, 1735-1738 ; in-fol., 3 vol.). Les deux premiers volumes seuls, s'arrêtant à 1612, sont de Foullon ; les éditeurs eux-mêmes auraient rédigé le troisième : Louvrex se serait chargé, selon Mr Daris, des années 1612 à 16S9 ; le reste appartiendrait à son collaborateur. Polain (2), après avoir fait un grand éloge de la continuation de Foullon, ne peut, se décider à 1'attribner à Louvrex et de Crassier : il n'admet pas que deux membres du conseil privé de l'évêque, et
« jouissant auprès de lui d'une haute considération, aient composé une histoire où l'on prend continuellement à tâche de défendre les droits du peuple contre les empiètement de nos princes... ». Il ajoute que le travail inédit de Louvrex (voir ci-dessus, n° 7) diffère essentiellement de celui des continuateurs de Foullon. Ces raisons peuvent avoir leur valeur ; elles ne nous paraissent pas décisives.

 9. De Louvrex s'occupa aussi de numismatique, sans doute sous l'influence de de Crassier, à preuve une dissertation sur une monnaie de l'évêque Nithard, publiée en tête du deuxième volume de l'Histoire de Liège, du P. Bouille.

   La ville natale de notre célèbre juriscolisulte et publiciste a rendu hommage à sa mémoire, en donnant son nom à la grande artère qui va de la rue Saint-Gilles à l'église Sainte-Véronique (quartier du Sud).

Alphonse Le Roy

Loyens, Recueil héraldique. -- Feller, Biogr. universelle --Villenfagne, Recherches, t. II. -- Catal. des collections d'Ul. Capitaine. -- Cat. des mss. de la Bibliothèque de Liège. -- Becdelièvre, t. II. -- Polain, Notice sur de Crassier. -- F. Henaux, Hist. du pays de Liège, t. II. -- Daris, Hist. du diocèse de Liège (1724-1852), t. I.


(1) Alors en guerre ouverte avec le prince. - V. Daris, Hist. du diocèse et de la principauté de Liège (1724-1852), t. I, p. III et suiv. 

(2) Article du journal Le Politique, de Liège, n° des 25 et 26 février 1839, cité par Becdelièvre, t. II, p. 218. 

 

 

23/01/2013