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LOUVREX (Mathias-Guillaume
DE), écuyer, seigneur de
Ramelot, jurisconsulte, magistrat, diplomate, historien, naquit à
Liège, en 1665, et y mourut, le 15 septembre 1734. Fils du légiste
Louis et d'Anne Corselius, il appartenait au patriciat liégeois.
Nous manquons de renseignements sur ses
études : s'il faut juger de l'arbre par ses fruits, elles furent
excellentes. Il se fit une réputation considérable, grâce à la
solidité de son jugement et à l'étendue de ses connaissances en droit
civil et en droit canon : Villenfagne le regarde comme l'un des
premiers canonistes de son temps.
« Les avocats étrangers
», dit Feller,
« le
consultaient fréquemment, surtout dans les matières bénéficiales, et
ses décisions étaient ordinairement suivies comme des règles fixes
». Le
même biographe rapporte que l'illustre Fénelon, archevêque de Cambrai,
ayant appris que, dans un procès, de Louvrex défendait la cause de son
adversaire, voulut lire son Mémoire ;
« après
l'avoir lu, non content de se désister de ses prétentions, il lui
envoya la collection de ses ouvrages, avec une lettre remplie des
sentiments de la plus grande estime, et lui demanda son amitié
». De Louvrex
s'occupa aussi d'histoire, comme on le verra plus loin ; ses qualités
ont été relevées dans le Voyage littéraire de Martène et Durand
(t. II, p. 172). Il possédait une magnifique bibliothèque et, ce qui
vaut mieux, il la connaissait
bien, à ce point qu'il pouvait souvent désigner de souvenir
l'emplacement des citations dont il avait besoin, et que, dans les
derniers temps de sa vie, devenu tout à fait aveugle, il ne cessa de
dicter avec la même précision qu'auparavant. Le catalogue de la
bibliothèque Louvrex a été imprimé ; y figurent, entre autres, les
principaux manuscrits du savant généalogiste Hubert-Henri Vandenberg,
mort en 1663. Ces documents furent acquis en 1792, avec la
bibliothèque elle-même, par le dernier prince-évêque de Liège, le
comte C. de Méan, plus tard archevêque de Malines.
Faisant violence à ses goûts paisibles et à
ses habitudes studieuses, de Louvrex accepta, en 1702, les fonctions
de bourgmestre de Liège, avec Jean-Arnould de Cartier pour collègue.
Cette année fut pleine de troubles, à cause de l'attitude prise par le
prince-évêque Joseph-Clément de Bavière (voir ce nom), qui avait, tout
d'un coup, manifesté des sympathies pour la France, et laissé pénétrer
dans sa capitale les troupes de Louis XIV. Les alliés, sons le
commandement de Marlborough, reprirent la ville et s'emparèrent de ses
deux forteresses ; l'empereur y envoya, comme plénipotentiaire, le
comte de Sinzendorf, dont le premier acte fut l'établissement d'un
conseil privé. Sur ces entrefaites, le magistrat de Liège entra eu
pourparlers avec les puissances belligérantes, et obtint d'elles que
la neutralité liégeoise serait respectée, si bien que la cité commença
à respirer. Sinzendorf fut si content des services rendus par Louvrex
en ces circonstances, qu'il fit tout le possible pour le décider à
rester encore un an bourgmestre ; mais ses instances furent vaines :
l'ex-magistrat allégua son état de fatigue et n'accepta qu'une place
dans le conseil privé.
Mathias-Guillaume descendait, par les femmes, de la famille de Fléron,
dont un membre, l'échevin Théodore, avait été impliqué dans l'affaire
de l'assassinat du bourgmestre Laruelle (voir ce nom), et massacré sur
la place du Marché, sans avoir été entendu. Convaincu de son
innocence, le propre fils de Laruelle se jugea tenu à une réparation :
il remit à Louvrex, arrière-neveu de Théodore, la survivance de son
échevinat ; cet arrangement reçut l'approbation du prince. Pour en
finir avec la. vie publique de notre personnage, rappelons qu'il fut
délégué au congrès d'Utrecht (1713) avec le chanoine baron de
Wanserelle, official du chapitre et abbé d'Amay, pour y défendre les
intérêts de la principauté. Les dernières années de Louvrex
s'écoulèrent paisiblement. Modeste, de moeurs simples, charitable,
c'était, de tous points, un homme de bien, et, avec cela, un
travailleur infatigable, aussi distingué par sa hante intelligence dos
affaires que par sa rare érudition, passionné pour son pays, comme le
prouve le choix de ses travaux.
0n connaît de lui :
1. Dissertationes canonicae de
origine, electione, officiis et juribus praepositorum et decanorum
ecclesiarum cathedralium et collegiatarum. Liège, Barnabé, 1729 ;
in-folio.
2. Recueil des édits, règlements, privilèges, concordats et traitez
du pays de Liège et comté de Looz. Liège, Bertrand et Procureur,
1714-1735 ; 3 vol. in-folio. Id., 2e édit. (posthume), Liège, Kints,
1750 - 1752 ; in-fol., 4 vol. ; publiée par l'avocat B. Hodin.
Villenfagne s'est occupé de ce répertoire dans ses Recherches
(t.
Il, p. 228). « Louvrex mourut
» dit-il,
« avant d'avoir achevé
la troisième et dernière partie de son ouvrage. On mit les matériaux
de cette dernière partie entre les mains d'un avocat... qui se permit
de fourrer dans les sommaires et dans un Index général de sa façon,
plusieurs choses contraires à la manière de penser de Louvrex, et
toujours favorables à l' Official de Liège (1). J'ai tiré cette
remarque d'une brochure in-4°, assez curieuse et bien faite, publiée vers
1740 par les échevins de Liège pour combattre les prétentions de l'Official.
Je dois cependant avouer que l'auteur d'une réponse à cette brochure
dit, dans ses Réflexions données au public, en 1741, p.
14, qu'il est faux que les sommaires du troisième tome de
Louvrex (il s'agit ici de la première édition de ce livre) aient été
composés par un autre que cet homme célèbre. Il prétend seulement que
l'Index, placé à la fin de ce tome, a été écrit par une autre
personne. Mais l'auteur de la brochure citée, écrivant sous les yeux
du corps des échevins dont Louvrex avait fait partie, me paraît plus
véridique que l'auteur des Réflexions
».
3. Information de ce qui s'est passé sur les différends survenus
entre S. A. l'évêque et prince de Liège et les seigneurs des États
généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, au sujet de la juridiction
spirituelle et ecclésiastique de Sa dite Altesse en qualité d'évêque
en la ville de Maestricht. Liège, Procureur, 1723 ; in-4°. Le même
ouvrage a paru aussi en flamand.
4. Des notes très estimées sur les Observationes et res judicatae
de Ch. de Méan (voir ce nom).
5. Recueil de Mémoires (a. sur les investitures des
princes-évêqucs de Liège; b. sur la terre de la Rochette
(Chaudfontaine) ; c. sur la seigneurie de Petersheim). Ms n°
605 de la Bibliothèque de Liège (autographe).
6. Dictionarium materiarum juris, ouvrage considérable, resté
inédit. Bibliothèque de Liège, n° 624 ; 2 vol., comprenant les lettres
E-H et P-S.
7. Rerum Leodiensium sub Joanne Ludovico, Josepho Clemente, Georgio
Ludovico gestarum Annales, in tres libros distincti, quos ex iis quae
vidit, quibus interfuit, aut quae testimoniis fide dignis didicit,
summa cura congessit M. G. de Louvrex, toparcha in Ramelot, SS.
principum Josephi Clementis et Georgii Ludovici in concilio privato
consiliarius, scabinus et ex-consul. Ms. in-folio, signalé
par L. Polain ; il comprend les années 1689 à 1734.
8. Louvrex fut, avec son ami le baron de Crassier, l'éditeur du
grand ouvrage du P. Foullon sur l'histoire de Liège (Liège, Ev. Kints,
1735-1738 ; in-fol., 3 vol.). Les deux premiers volumes seuls,
s'arrêtant à 1612, sont de Foullon ; les éditeurs eux-mêmes auraient
rédigé le troisième : Louvrex se serait chargé, selon Mr Daris, des
années 1612 à 16S9 ; le reste appartiendrait à son collaborateur.
Polain (2), après avoir fait un grand éloge
de la continuation de Foullon, ne peut, se décider à 1'attribner à
Louvrex et de Crassier : il n'admet pas que deux membres du conseil
privé de l'évêque, et «
jouissant auprès de lui d'une haute considération, aient composé une
histoire où l'on prend continuellement à tâche de défendre les droits
du peuple contre les empiètement de nos princes...
». Il ajoute
que le travail inédit de Louvrex (voir ci-dessus, n° 7) diffère
essentiellement de celui des continuateurs de Foullon. Ces raisons
peuvent avoir leur valeur ; elles ne nous paraissent pas décisives.
9. De Louvrex s'occupa aussi de numismatique, sans doute sous l'influence
de de Crassier, à preuve une dissertation sur une monnaie de l'évêque
Nithard, publiée en tête du deuxième volume de l'Histoire de Liège, du
P. Bouille.
La ville
natale de notre célèbre juriscolisulte et publiciste a rendu hommage à
sa mémoire, en donnant son nom à la grande artère qui va de la rue
Saint-Gilles à l'église Sainte-Véronique (quartier du Sud). |