|
1
|
|
 
 
 
 
 
 
|
Emile Van Arenbergh.
Biographie nationale T. XI pp.
35 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique
Bruxelles, 1897. |
|
LAFABRIQUE (Nicolas), peintre, naquit à Namur le 7
novembre 1649, et non vers 1700, comme le prétend M. Fétis. Entraîné vers
l'art par une vocation précoce, il entra à peine âgé de dix ans, dans
l'atelier d'un peintre de sa ville natale, nommé Bouge.
«
Deux autres élèves de ce maître »,
dit M. de Villenfagne, «
résolurent d'aller un jour en Italie et demandèrent
par dérision à Lafabrique, beaucoup plus jeune qu'eux, s'il voulait être de
leur compagnie. Celui-ci, qui croyait que ce n' était qu'une promenade de
deux ou trois semaines, vola chez son père et le pria, en l'avertissant
qu'il partait pour l' Italie, de lui donner quelques chemises avec des
provisions. Il avait ouï-dire que ce n'était que dans cette belle contrée
qu'on pouvait se perfectionner. On regarda ce projet dans sa famille
comme un badinage dont on voulut s'amuser un
instant. On lui accorda donc ce qu'il demandait, et, ne possédant que trente
sols, il courut très joyeux rejoindre ses compagnons, qui avaient promis au
père de le lui renvoyer à une certaine distance de Namur. Mais le jeune
Nicolas, par ses prières et ses instances, parvint à leur faire changer de
sentiment. Au milieu de la route, ses deux compagnons l'abandonnèrent pour
s'enrôler. Lafabrique ne perdit point courage ; seul, sans un denier
et de l'âge le plus tendre, il poursuivit son voyage.
»
Son talent se
développa vite à Rome dans la fréquentation assidue des chefs-d'œuvre :
bientôt l'artiste adolescent, fier de vivre déjà de son pinceau, refusa les
secours que ses parents lui envoyaient. Il voyagea ensuite à travers
l'Europe, fut accueilli flatteusement dans les principales cours et honoré
de la faveur de Louis XIV. De retour dans sa patrie, il s'y éteignit dans
l'obscurité. Il mourut à Liège vers 1736 :
« Lafabrique
», dit M.
Deschamps, «
avait sans doute cherché en cette ville, dans ses vieux jours, un travail
que l'indifférence de ses concitoyens ne pouvait lui procurer.
»
On ne connaît que peu de tableaux de ce peintre ;
Florent le Comte en cite deux : l'un, une Tête de philosophe rieur,
qui fut acquis par un amateur parisien, et l'autre, l'Homme à la coupe,
pour lequel le roi de France rémunéra libéralement l'artiste, Le musée
de Bruxelles possède de lui une petite toile, le Compteur d'argent,
qui fut successivement attribuée, avant qu'on en reconnût le véritable
auteur, à Guido Reni, à Murillo et à Fabricius. Un amateur de Dinant, qui
compte, dans sa collection, plusieurs études de Lafabrique, a fait don de
l'une d'elles au musée de Namur. Enfin, on connaît de ce peintre une Mère
des douleurs. Cette toile, qui atteste son talent, mesure 77 centimètres
de haut sur 62 de large, et porte sa signature ; elle ornait jadis la
chapelle de Saint-Maur lez Liège et appartient aujourd'hui, dit M.
Deschamps, à un amateur, M. Tart. |
|
Emile Van Arenbergh. |
|
Alexis Deschamps,
J. -B. Juppin et Lafabrique (Namur, 1873) - Fétis,
Catal. du Musée royal de Belgique (Bruxelles, 1869). -
Flor. le Comte
Cabinet des singul. d' arch., peint., sculpt. et grav., t, III, p.
214. -
H. de Villenfagne
Mélanges d'hist. et de litt., p.135
- Immerzeel,
De levens en werken der holl. en vl. kunstsch. , t., II p. 148 -
Balkema, Biogr. des peintres flam. et holl., p. 175. |
|
 |
 
|
Jules Helbig
La
peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 376 et suiv. |
|
NICOLAS LA
FABRIQUE. |
|
Est un de ces peintres qui, par une
conception personnelle de l'art, et par les sacrifices d'une vie toute
d'étude, ont acquis un talent original et une physionomie à part. On ne
peut les confondre avec d'autres artistes. Nicolas La Fabrique est né à
Namur, place Sainte-Croix, le 7 novembre 1649 (1).
Dès son enfance, il montra un goût prononcé pour la peinture, et sollicita la permission de prendre
des levons de dessin. Son père, cédant à ses instances, le mit en
apprentissage chez un peintre namurois du nom de Bauge, qui serait
entièrement inconnu, si l'on ne savait qu'il enseigna au jeune Nicolas les
premiers éléments du dessin.
Bauge avait d'autres élèves. Deux d'entre eux s'étant mis un jour en
tête d'entreprendre un voyage
en Italie - le
rêve de tous les débutants dans l'art à
cette époque --- demandèrent à leur condisciple La Fabrique, beaucoup plus
jeune qu'eux, s'il ne voulait pas être de leur pèlerinage. Celui-ci ne se
rendant nullement compte de la longueur et des difficultés du voyage,
accepta sérieusement une proposition faite par plaisanterie. Il courut
chez son père l'informer de son dessein, le priant de lui donner
un peu de linge, une petite somme d'argent, les provisions nécessaires
pour faire ce voyage et de permettre ainsi à son fils de voir un pays sans
lequel aucun peintre ne pouvait espérer vaincre les grandes difficultés de
son art.
Dans la famille, on regarda
également comme un enfantillage le projet des élèves de Bauge, et pour
guérir son garçon d'un rêve insensé, le père La Fa brique, ayant l'air
d'accéder au désir du jeune audacieux, ne lui donna qu'une très faible
somme d'argent. Nicolas vint joyeusement rejoindre ses compagnons, qui
avaient promis au père de lui renvoyer son fils à l'une de leurs premières
étapes après avoir quitté Namur. Ils voulurent tenir parole, en effet ;
mais, par ses instances et sa fermeté, le jeune La Fabrique parvint à les
fléchir ; ils continuèrent ensemble leur route. Bientôt cependant ses deux
compagnons l'abandonnèrent ; renonçant à la fois au voyage d'Italie et à
la carrière d'artiste, ils s'enrôlèrent : La Fabrique, resté seul, dénué
de ressources, ne perdit pas courage ; il continua sa route et arriva
enfin à Rome, où il finit par trouver un maître qui, en peu de temps, lui
fit faire de remarquables progrès. Il sut se créer par son art des
ressources suffisantes pour vivre, et refusa même les secours que ses
parents, inquiets, lui envoyèrent plus tard après avoir, à la suite de
longues recherches, découvert le lieu où leur fils se trouvait (2).
A la suite de son séjour à Rome, et
après différents voyages sur lesquels les détails font défaut, La Fabrique
vint se fixer à Liége vers la fin du XVIIe siècle ; il épousa le 2
décembre 1695 Agnès Frésart, de la paroisse de Notre-Dame-aux-Fonts.
De ce mariage sont nés sept enfants, qui tous ont vu le jour et ont été
baptisés dans la même paroisse (3).
C'est aussi dans cette paroisse qu'est décédé La
Fabrique, après une vie laborieuse, le 26 janvier 1733 (4), à l'âge de
quatre-vingt-quatre ans. Il a été inhumé dans l'église de
Notre-Dame-aux-Fonts ; il est assez étrange que les registres paroissiaux
lui donnent la profession de marchand, Mercator, peut-être grâce à sa
femme, joignait-il un commerce à l'exercice de son art.
La Fabrique s'est formé une manière à lui, très
achevée, souvent recherchée jusqu'à la minutie dans les détails et le
modelé. Son dessin manque d'ampleur et souvent de goût. Il n'a guère
abordé de grandes compositions, se contentant de peindre des têtes
isolées, des oiseaux, etc. Quoi qu'il en soit, ses travaux furent très
estimés de son temps, et son biographe, de Villenfagne,
assure que même les princes aimaient à orner leurs cabinets de ses
tableaux.
Avant de se fixer à Liége il s'était
assurément acquis une assez grande notoriété. Parmi ses travaux, ses
biographes citent le portrait de l'impératrice Marie-Thérèse, celui de
Louis XIV que l'artiste a laissé à ses enfants. Enfin ils nomment encore,
au nombre des peintures qui nous sont restées inconnues :
Lucrèce, Saint François mourant, une Femme occupée à
filer, un Homme qui tient une coupe à la main. L'empereur
Léopold d'Autriche lui avait fait présent d'une médaille d'or avec son
portrait. L'artiste s'en faisait gloire ; dans son propre portrait, il a
tenu à reproduire cette médaille suspendue à son cou.
Florent Le Comte cite deux
peintures de cet artiste : l'une représente la tête d'un philosophe rieur,
qu'un amateur de Paris acheta à un haut prix ; l'autre appartient au roi
de France : elle représente une jolie personne tenant une coupe. |
|
|
(1) On
doit ce renseignement aux recherches de M. Alexis Dechamps ; la date se
trouve dans le registre aux baptêmes de la paroisse Saint-Michel à Namur.
V. J. -B. Juppin et N. La Fabrique, peintres namurois, recherches
historiques, par Alexis
DECHAMPS. Namur, Westmael-Charlier,
1873.

(2)
VILLENFAGNE,
Discours sur les artistes, etc., p. 135. Cet auteur
assure avoir recueilli les détails biographiques que nous lui empruntons,
de la bouche de Dom Nicolas, religieux chartreux, fils de La Fabrique.

(3) Ces enfants sont : Marie-Louise, née le 15 novembre
1697 ; Jacques-Nicolas, le 11 février 1700 ; Marie-Agnès, le 9 juin 1701 ;
Etienne, le 22 novembre 1702 ; Martin-Théodore, le 6 avril 1705 ;
Marie-Catherine, le 29 mars 1707 ; et Nicolas-Guillaume, le 21 mai 1709.
(Extrait des registres paroissiaux de Notre-Dame-aux-Fonts.) Le dernier
des enfants, entré en religion, est celui qui a fourni au baron de Villenfagne les détails biographiques que nous avons rapportés.

(4) 26 januarij 1733, dnus Nicolaus
Lafabrique mercator parochianus noster obijt Sacramentis nostrae matris
Ecclesiae munitus et in Ecclesia nostra sepultus. (Extrait des mêmes
registres.)
La veuve de La Fabrique est décédée le 1er septembre 1738, et a été
enterrée dans l'église Saint-André.

|
|
 |
|