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Jean-Baptiste Coclers




 

 

 

 

 

 


 

J.-J. Thonissen
Biographie nationale T. IV p. 239.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

COCLERS (Jean-Bapliste), peintre, fils de Philippe, naquit à Maestricht en 1687. Après avoir étudié, sous la direction de son père, les premiers éléments de son art, il passa plusieurs années en Italie et s'y attacha surtout à la peinture d'histoire. Il résida ensuite à Marseille, où il exécuta, à la bourse de cette ville, une grande fresque que le temps a fait disparaître. Revenu dans sa patrie, il ne tarda pas à s'y faire avantageusement remarquer. Le prince-évêque de Liége Georges-Louis de Berg lui remit le brevet de peintre aulique, et, ce titre lui fut conservé sous les règnes de Jean Théodore de Bavière et de Charles d'Oultremont. Il peignit, outre les portraits de ces trois princes, un grand nombre de tableaux d'église et d'histoire qui sont loin d'être dépourvus de mérite. Il mourut à l'âge de soixante-quinze ans, laissant plusieurs enfants qui cherchèrent, comme lui, leurs moyens d'existence dans le culte des arts. Son fils cadet, Louis-Bernard Coclers (voyez ce nom), devint un peintre célèbre. Un autre de ses fils mourut directeur de l'Académie royale des beaux-arts de Marseille. Sa fille Marie-Lambertine est auteur d'une vingtaine de gravures dans le style d'Adrien van Ostade.

J.-J. Thonissen.

   Kramm. De levens en werken der hollandsche en vlaamsche kunstschilders.

 

 

 

 
 

Jules Helbig
La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 242 et suiv.

   Jean-Baptiste Coclers, est celui de ces peintres [de la famille Coclers] qui a le plus travaillé dans la principauté de Liège et notamment dans la capitale, où, de son vivant, il s'était acquis une grande notoriété. Il apprit le dessin de son père, et, à l'âge de dix-sept ans, partit pour Rome, où, pendant seize ans, il étudia sous la discipline de Sébastien Conca, peintre célèbre alors, qui jouissait de la protection particulière du pape Clément XI, et ensuite sous le chevalier Marc Benefial, non moins renommé que l'était Conca.

   Pendant un séjour aussi prolongé à Rome, Coclers était presque devenu romain. Plusieurs  années il y a vécu et travaillé en commun avec le peintre paysagiste et architecte Jean-Jérôme Servandoni qui a eu plus tard un grand renom en France, par l'ordonnance de décors aux fêtes et notamment par la construction de la façade de l église Saint-Sulpice à Paris. Plus tard, notre peintre épousa une romaine, avec laquelle il eut un grand nombre d'enfants. Quelque nombreux que fussent les liens qui l'attachaient à Rome, il voulut cependant retourner dans sa patrie : vers 1720, il s'embarqua avec toute sa famille. A Marseille, sa compagne tomba malade et y mourut. D'après un de ses biographes, Coclers se serait arrêté assez longtemps à Marseille, et aurait exécuté à la Bourse de cette ville une grande fresque que le temps a fait disparaitre. Sans doute il régnait à cette époque une épidémie dans cette ville, car la plupart de ses enfants suivirent leur mère au tombeau. Après avoir éprouvé ces malheurs, Coclers se mit de nouveau en route pour son pays natal ; ayant rencontré à Beaune des marchands de vins du pays de Liège, ceux-ci l'engagèrent à se joindre à eux pour faire le restant de la route, mais l'artiste, se trouvant à bout de ressources, déclara ne pouvoir les accompagner. Ses compatriotes ne le quittèrent cependant qu'après l'avoir recommandé à un aubergiste du nom de Bertrand, qui consentit à l'héberger en attendant une situation meilleure. Cet hôtelier avait une fille dont les sentiments compatissants étaient à la hauteur de ceux du père ; elle était en outre douée d'une beauté dont l'éclat donnait un charme particulier à l'hospitalité dont le peintre était l'objet. Coclers fut captivé ; il se décida à renouer les liens du mariage et revint à Liège avec sa seconde femme.

   Etabli à Liége, il trouva bientôt du travail, notamment des portraits au début de son séjour, il fit celui du prince Georges-Louis de Berghe, qu'il eut le bonheur de réussir ; ce travail fut le point de départ de sa réputation. Dès ce moment, le travail ne lui fit pas défaut : portraits, tableaux d'églises, décorations d'appartements dites tapisseries, il traita ces différents genres non sans succès. En 1744, ses talents lui procurèrent le titre de conseiller honoraires du prince Jean-Théodore de Bavière.

   Il eut de sa seconde femme une postérité nombreuse : plusieurs de ses fils et une fille suivirent leur père dans la carrière des arts et furent ses élèves. Coclers fit école et la plupart des peintres du pays de Liége qui se sont distingués dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ont reçu de lui les premières notions de leur art. Parmi ceux-ci, on peut citer le chevalier de Fassin, Léonard Defrance, Martin Aubée, Jean Latour et plusieurs autres. Jean-Baptiste Coclers a beaucoup produit ; brossant avec facilité de grandes toiles, peignant des portraits, il travaillait avec énergie encore à un âge fort avancé, et jusqu'au jour même de sa mort. Il mourut regretté d'un cercle étendu d'amis et d'amateurs de peintures, le 23 mai 1772, à l'âge de quatre-vingts ans et a été enterré à l'église Saint-Georges, aujourd'hui convertie en magasin (1).


(1) Les informations sur la vie de J.-B. Coclers et sur les autres peintres de cette famille manquent de précision et souvent sont contradictoires ; celles que nous donnons sont généralement empruntées à un mémoire du chanoine Hamal resté inédit et aux annotations écrites sur les dessins de Coclers faisant partie de sa collection. 

 

 

22/01/2013