1

 

 

 


Théodore-Edmond Plumier




 

 

 

 

 


 

 

 

J. Helbig.
Biographie nationale T. XVII pp. 825 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique
Bruxelles, 1897.

PLUMIER (Edmond), peintre, né à Liège, mort le 27 décembre 1733. On possède peu de renseignements biographiques sur cet artiste qui, cependant, a été très productif, et que l'on doit regarder comme un des meilleurs peintres du XVIIIe siècle dans la province de Liège. Au début de sa carrière, il a été élève d'Englebert Fisen ; après avoir été initié par ce maître aux éléments de son art, il voulut se rendre à Paris où il fréquenta avec succès l'atelier de Nicolas Largillière, qui eut la plus grande influence sur le développement de son talent. Toutefois, en quittant le peintre français, justement célèbre alors, Plumier ne crut pouvoir se dispenser d'un voyage en Italie et d'un séjour à Rome qui, depuis longtemps, passaient pour le complément nécessaire de l'apprentissage d'un artiste. A Rome, il reçut les conseils du peintre Nicolas Manucci. Lorsque le jeune peintre revint dans sa ville natale, maître des procédés techniques de son art, il débuta par des portraits qu'il traitait avec beaucoup d'habileté, et dans la manière de son maître Largillière. Une des premières toiles de Plumier fut le portrait du prince-évêque régnant alors, Georges-Louis de Berghes, et celui-ci ayant eu du succès, il en fit un grand nombre d'autres pour les familles patriciennes de la principauté et les notables de la cité de Liége, notamment pour la famille d'Oultremont. Actuellement, il se trouve encore, au château de Warfusée, trois portraits d'hommes et sept portraits de dames de cette famille. Parmi les meilleurs, il faut citer celui de Jeanne-Olympe d'Oultremont, chanoinesse de Maubeuge, et le portrait de Jean-Baptiste, seigneur d'Oultremont et de Laminne, grand bailli de Moha. Dans le même château, on a conservé une assez grande toile de Plumier, représentant le Palais de Proserpine.

   Malgré ses succès dans ce genre, Plumier ne se laissa pas absorber par sa noble clientèle. Il peignit plusieurs compositions historiques pour les églises de la principauté et l'Hôtel de ville de Liège, dont on venait d'achever la construction lorsque l'artiste revint d'Italie (1).

   Avant la Révolution, époque où toutes les églises de Liége ont été dépouillées des œuvres d'art qu'elles possédaient et après laquelle la plupart des abbayes, couvents et édifices du culte ont été désaffectés et souvent démolis, on y voyait un grand nombre de peintures de Plumier, presque toutes perdues aujourd'hui. Voici quelques-uns de ses travaux dont on a conservé le souvenir. Il avait exécuté, pour l'église abbatiale de Saint-Laurent, le tableau de l'autel majeur, représentant l'Adoration des Mages, et quatre tableaux placés dans le sanctuaire. Deux de ces toiles étaient consacrées à des épisodes de la Vie de saint Benoît ; le troisième représentait le Martyre du pape saint Sixte, et le quatrième celui de saint Laurent. Pour l'église de Saint-Jacques, Plumier avait peint un Saint Benoît enlevé au ciel. Cette toile passait pour le chef-d'œuvre de l'artiste ; en 1794, elle fut emportée pour être placée au Muséum de Paris, d'où elle n'a pas été renvoyée. Une Descente de la croix, grande toile qui figurait à l'autel majeur de l'église de Saint-Remacle-au-Pont, après avoir subi le même sort, fut restituée en 1815 ; elle revint à Liège dans un assez triste état. L'œuvre la plus considérable qui soit restée à la place pour laquelle l'artiste l'avait peinte est une vaste composition. représentant le Martyre de sainte Catherine, et qui se trouve au principal autel de l'église qui porte le vocable de cette sainte. Ce tableau, don d'une dame notable de la ville, devait partager le sort des deux précédents. Il avait été enlevé par le peintre Defrance, le trop fidèle exécuteur des ordres des commissaires de la République française, pour être expédié à Paris ; mais à la suite des démarches instantes faites par les paroissiens de Sainte-Catherine, on laissa le tableau à Liège ; il fut remis à l'autel où il se trouvait ; il y est encore.

   Cette toile donne assez bien la mesure du talent de l'artiste ; elle est d'une couleur vigoureuse et chaude dans les lumières, transparente dans les ombres, qualités qui seraient plus sensibles encore si la peinture n'avait assez notablement souffert. La composition est pleine d'entrain et de mouvement, trop tapageuse cependant et comprise dans le goût décoratif des peintres vénitiens. La tête de la sainte est jolie, mais d'une expression trop mondaine.

   D'autres églises de Liége possédaient des toiles de Plumier : à l'église de Sainte-Ursule se trouvait, à l'autel majeur, un Crucifiement avec sainte Madeleine ; à l'église Saint-Thomas, un Purgatoire ; à la collégiale de Sainte-Croix, une Résurrection ; à Saint-Barthélemy, une Sainte Cène. Nous avons signalé l'existence d'une Descente de la croix à l'autel majeur de l'église de Saint-Remacle : c'est une œuvre de la jeunesse du peintre. Elle est signée et datée : Plumier invt et p. 1718.

   Comme la plupart des artistes de son époque, Plumier a fait des peintures pour la décoration des maisons des patriciens ou des notables de la ville de Liége : des tapisseries, des panneaux de cheminées ou des dessus de portes. Malgré l'influence funeste des changements du goût pour ces sortes de travaux, il s'est encore conservé quelques-unes de ces peintures. Au-dessus d'une cheminée de la maison, rue Féronstrée, qui appartenait dans l'origine au bourgmestre de Grady, se trouve une toile allégorique en mémoire de l'élection de ce bourgmestre, élu en 1725, avec Walthère de Liverloo. La peinture porte cette date ainsi que la signature de l'artiste. A l'église abbatiale de Boneffe, les retables des trois autels étaient peints par Plumier. A l'église de Warnant, le tableau de l'autel majeur, représentant le Crucifiement, est également du pinceau de Plumier. Au château de Colonster se trouvait, du même peintre, le portrait en buste du grand prévôt, comte de Horion, et dans la salle du chapitre, au petit séminaire de Saint-Roch, on conserve le portrait du P. Klonkart, prieur de Bernardfagne, signé de Plumier et daté de l'an 1722.

   Dans la collection de dessins conservée à l'Académie de Liége, il s'en trouve un grand nombre de la main de Plumier ; ils dénotent l'habileté de son crayon et la facilité de son imagination. La plupart de ces dessins sont des compositions et des études pour ses tableaux. Enfin, Mr Brahy-Prost, amateur à Liége, possède le portrait du bourgmestre Duchâteau, président du tribunal des Vingt-Deux.

   Plumier a eu un fils peintre, Jacques-Théodore, dont on ne connaît pas un seul tableau, mais dont il s'est conservé quelques dessins que possède l'Académie de Liége. Jacques-Théodore Plumier est mort le 4 mars 1766 ; il a été enterré à l'église de Saint-Remacle-au-Mont, aujourd'hui démolie.

J Helbig.

Mémoire pour servir à l'histoire des artistes de la province de Liège, par H. Hamal, ms. -- Notice sur les objets d'art, avec les noms des artistes qui se trouvaient dans les églises de la ville de Liège, travail manuscrit, du mène auteur. -- Histoire de la peinture au pays de Liège, par Jules Helbig (Liége, De Thier,1873) et 2e édition (Liège, 1903). -- Les Délices du pays de Liége (Liége, Evrard Kints, 1740). -- Catalogue des dessins d'artistes liégeois, par J.-S. Renier (Verviers, A. Remacle, 1874). -- Extraits des comptes communaux de la ville de Liége, publiés par S. Bormans. -- Bulletin de l'institut archéologique liégeois, t. VII. -- Notice historique de la maison d'Oultremont, par Poplimont (Paris, 1866). -- Baron de Villenfagne, Discours sur les artistes liégeois : Mélanges (1788). -- Archives provinciales à Liége.


(1) Nous trouvons à cet égard dans les comptes communaux du temps les notes suivantes : Années 1719- 1720, au sieur Plumier, peintre, pour une peinture de la Chambre du conseil, 300 florins ; années 1721 à 1722, pour un tableau posé sur la cheminée de la chambre d'en haut de l'hôtel de ville, 750 florins ; années 1724 à 1725, pour le portrait de S. A. C., 320 florins ; années 1725 à 1726 pour les figures que Plumier ajoute aux paysages de Jupin, 800 florins.  

 

 

 

22/01/2013