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PLUMIER (Edmond),
peintre, né à Liège, mort le 27
décembre 1733. On possède peu de renseignements biographiques sur cet
artiste qui, cependant, a été très productif, et que l'on doit regarder
comme un des meilleurs peintres du XVIIIe siècle dans la province de Liège.
Au début de sa carrière, il a été élève d'Englebert Fisen ; après avoir été
initié par ce maître aux éléments de son art, il voulut se rendre à Paris où
il fréquenta avec succès l'atelier de Nicolas Largillière,
qui eut la plus grande influence sur le développement de son talent.
Toutefois, en quittant le peintre français, justement célèbre alors, Plumier
ne crut pouvoir se dispenser d'un voyage en Italie et d'un séjour à Rome
qui, depuis longtemps, passaient pour le complément nécessaire de
l'apprentissage d'un artiste. A Rome, il reçut les conseils du peintre
Nicolas Manucci. Lorsque le jeune peintre revint dans sa ville natale,
maître des procédés techniques de son art, il débuta par des portraits qu'il
traitait avec beaucoup d'habileté, et dans la manière de son maître
Largillière. Une des premières toiles de Plumier fut le portrait du
prince-évêque régnant alors, Georges-Louis de Berghes, et celui-ci ayant eu
du succès, il en fit un grand nombre d'autres pour les familles patriciennes
de la principauté et les notables de la cité de Liége, notamment pour la
famille d'Oultremont. Actuellement, il se trouve encore, au château de
Warfusée, trois portraits d'hommes et sept portraits de dames de cette
famille. Parmi les meilleurs, il faut citer celui de Jeanne-Olympe d'Oultremont,
chanoinesse de Maubeuge, et le portrait de Jean-Baptiste, seigneur d'Oultremont
et de Laminne, grand bailli de Moha. Dans le même château, on a conservé
une assez grande toile de Plumier, représentant le
Palais de Proserpine.
Malgré ses succès dans
ce genre, Plumier ne se laissa pas absorber par sa noble clientèle. Il
peignit plusieurs compositions historiques pour les églises de la
principauté et l'Hôtel de ville de Liège, dont on venait d'achever la
construction lorsque l'artiste revint d'Italie (1).
Avant la Révolution,
époque où toutes les églises de Liége ont été dépouillées des œuvres d'art
qu'elles possédaient et après laquelle la plupart des abbayes, couvents et
édifices du culte ont été désaffectés et souvent démolis, on y voyait un
grand nombre de peintures de Plumier, presque toutes perdues aujourd'hui.
Voici quelques-uns de ses travaux dont on a conservé le souvenir. Il avait
exécuté, pour l'église abbatiale de Saint-Laurent, le tableau de l'autel
majeur, représentant l'Adoration des Mages, et quatre tableaux placés
dans le sanctuaire. Deux de ces toiles étaient consacrées à des épisodes de
la Vie de saint Benoît ; le troisième représentait le Martyre du
pape saint Sixte, et le quatrième celui de saint Laurent. Pour
l'église de Saint-Jacques, Plumier avait peint un Saint Benoît enlevé au
ciel. Cette toile passait pour le chef-d'œuvre de l'artiste ; en 1794,
elle fut emportée pour être placée au Muséum de Paris, d'où elle n'a pas été
renvoyée. Une Descente de la croix, grande toile qui figurait à
l'autel majeur de l'église de Saint-Remacle-au-Pont, après avoir subi le
même sort, fut restituée en 1815 ; elle revint à Liège dans un assez triste
état. L'œuvre la plus considérable qui soit restée à la place pour laquelle
l'artiste l'avait peinte est une vaste composition. représentant le
Martyre de sainte Catherine, et qui se trouve au principal autel de
l'église qui porte le vocable de cette sainte. Ce tableau, don d'une dame
notable de la ville, devait partager le sort des deux précédents. Il avait
été enlevé par le peintre Defrance, le trop fidèle exécuteur des ordres des
commissaires de la République française, pour être expédié à Paris ; mais à
la suite des démarches instantes faites par les paroissiens de
Sainte-Catherine, on laissa le tableau à Liège ; il fut remis à l'autel où
il se trouvait ; il y est encore.
Cette
toile donne assez bien la mesure du talent de l'artiste ; elle est d'une
couleur vigoureuse et chaude dans les lumières, transparente dans les
ombres, qualités qui seraient plus sensibles encore si la peinture n'avait
assez notablement souffert. La composition est pleine d'entrain et de
mouvement, trop tapageuse cependant et comprise dans le goût décoratif des
peintres vénitiens. La tête de la sainte est jolie, mais d'une expression
trop mondaine.
D'autres
églises de Liége possédaient des toiles de Plumier : à l'église de
Sainte-Ursule se trouvait, à l'autel majeur, un Crucifiement avec
sainte Madeleine ; à l'église Saint-Thomas, un Purgatoire ; à la
collégiale de Sainte-Croix, une Résurrection ; à Saint-Barthélemy,
une Sainte Cène. Nous avons signalé l'existence d'une Descente de
la croix à l'autel majeur de l'église de Saint-Remacle : c'est
une œuvre de la jeunesse du peintre. Elle est signée et datée : Plumier invt et p.
1718.
Comme la
plupart des artistes de son époque, Plumier a fait des peintures pour la
décoration des maisons des patriciens ou des notables de la ville de Liége :
des tapisseries, des panneaux de cheminées ou des dessus de portes. Malgré
l'influence funeste des changements du goût pour ces sortes de travaux, il
s'est encore conservé quelques-unes de ces peintures. Au-dessus d'une
cheminée de la maison, rue Féronstrée, qui appartenait dans l'origine au
bourgmestre de Grady, se trouve une toile allégorique en mémoire de
l'élection de ce bourgmestre, élu en 1725, avec Walthère de Liverloo. La
peinture porte cette date ainsi que la signature de l'artiste. A l'église
abbatiale de Boneffe, les retables des trois autels étaient peints par
Plumier. A l'église de Warnant, le tableau de l'autel majeur, représentant
le Crucifiement, est également du pinceau de Plumier. Au château de
Colonster se trouvait, du même peintre, le portrait en buste du grand
prévôt, comte de Horion, et dans la salle du chapitre, au petit séminaire de
Saint-Roch, on conserve le portrait du P. Klonkart, prieur de Bernardfagne,
signé de Plumier et daté de l'an 1722.
Dans la
collection de dessins conservée à l'Académie de Liége, il s'en trouve un
grand nombre de la main de Plumier ; ils dénotent l'habileté de son crayon
et la facilité de son imagination. La plupart de ces dessins sont des
compositions et des études pour ses tableaux. Enfin, Mr
Brahy-Prost, amateur à Liége, possède le portrait du bourgmestre Duchâteau,
président du tribunal des Vingt-Deux.
Plumier a eu un fils peintre,
Jacques-Théodore, dont on ne connaît pas un seul tableau, mais dont il s'est
conservé quelques dessins que possède l'Académie de Liége. Jacques-Théodore
Plumier est mort le 4 mars 1766 ; il a été enterré à l'église de
Saint-Remacle-au-Mont, aujourd'hui démolie. |