|
II y
aurait assurément injustice à clôturer la liste assez longue des biographies
d'artistes appartenant à l'école liégeoise du XVIIe siècle, si l'on omettait
celle de Louis Abry, dont les talents ont été modestes sans doute, dont le
pinceau même est resté inconnu, mais dont la plume laborieuse, persévérante
et patriotique, nous a conservé le souvenir et retracé les vies de tant de
ses confrères, mieux partagés que lui.
Louis Abry, peintre,
graveur, historien et généalogiste, est né le 28 juillet 1643. Il a laissé
des monuments nombreux de son activité.
Aucune peinture qui
puisse lui être attribuée avec certitude n'est, à la vérité, parvenue
jusqu'à nous. En revanche, on possède encore plusieurs de ses gravures,
un certain nombre de manuscrits et deux livres qui lui donnent des titres
incontestables au souvenir reconnaissant de ses compatriotes : le
Recueil heraldique des Bourguemestres de
la noble cité de Liege, qui parut
en 1720 -
l'année même de la mort de l'artiste
historien - et Les Hommes illustres de la
nation liégeoise, imprimé
pour la première fois, en 1867, par la Société des Bibliophiles liégeois.
Il était dans la destinée de
ce travailleur passionné pour la gloire de ses compatriotes, de cet écrivain
honnête, dévoué et vigilant pour les œuvres de ses contemporains, d'être
méconnu, ou plutôt de rester inconnu, encore un siècle et demi après sa
mort. Comme peintre, nous ignorons aujourd'hui la valeur de son pinceau ; en
parlant de lui comme graveur, le célèbre Bartsch l'a cru d'origine italienne
; enfin, son ouvrage historique le plus considérable, le
Recueil heraldique,
a paru sous le nom de J. G. Loyens,
jurisconsulte, avocat et échevin à la haute Cour de justice de Jupille, et a
toujours été attribué à ce dernier. Quant à celui de ses manuscrits qui
offre le plus d'intérêt au point de vue de l'histoire des arts au pays de
Liège - Les Hommes illustres de la nation
liégeoise -- il a été
utilisé largement, surtout en ce qui concerne la biographie des artistes,
entre autres par Saumery et par Villenfagne, sans que ces auteurs
indiquassent la source où ils puisaient d'abondantes informations, soit
qu'ils ignorassent eux-mêmes l'auteur auquel ils les devaient, soit, enfin,
qu'ils voulussent le laisser ignorer à leurs lecteurs.
Sans doute, le style de ses
écrits est diffus ; souvent ses phrases sont incorrectes et obscures, au
point de devenir inintelligibles ; mais les renseignements qu'il nous a
transmis sont précieux, abondants, assez généralement exacts, et, dans ses
jugements, fort mal formulés, apparaît pourtant un esprit de droiture et une
intelligence des questions d'art, que l'on ne retrouve pas toujours chez des
auteurs plus corrects et plus lettrés.
Abry a étudié la peinture auprès de
Renier de Lairesse. En parlant des travaux de ce peintre, il dit qu'il en a
été le témoin, qu'il a fait avec lui une partie de ses voyages et qu'il l'a
servi l'espace de cinq à six ans. Dans son langage, cela veut dire
qu'il a été, pendant ce temps, en apprentissage auprès de ce peintre. Au
surplus, il fut en rapports suivis et intimes avec la plupart des artistes
de la principauté, ses contemporains.
Il a été graveur en titre des
princes-évêques. Cependant son œuvre n'est pas nombreux, et l'on ne connaît
que peu de planches dues à son burin, dont les épreuves sont d'ailleurs
rares.
On a de lui une image de Saint Eloi,
eau-forte légèrement retouchée au burin, exécutée pour la confrérie de
Saint-Eloi, en 1666. Un Almanach de cabinet, orné du portrait du
prince-évêque Joseph-Clément de Bavière, une Sainte Famille, gravée
d'après Berthlolet Flémalle, un sujet de Thèse, des armoiries, etc.
Louis Abry est mort à Liége,
le 18 juillet 1720. Il a laissé un fils, Simon-Joseph Abry, nommé héraut
d'armes de la principauté en 1720 et en 1739 peintre en titre de la
Cathédrale (1). |