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Jean-Baptiste Juppin




 

 

 

 

 


 

 

 

A. Siret.
Biographie nationale T. X pp. 618 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique
Bruxelles, 1897.

   JUPPIN (Jean-Baptiste), artiste peintre, né à Namur, en 1678, mort en 1729. Il se forma à Bruxelles, d'où il partit, jeune encore, pour l'Italie. Il résida quelque temps à Naples, puis revint dans son pays et se fixa à Liège, où il exécuta un grand nombre de paysages dans le style italien, étoffés de sujets historiques, comme c'était alors le genre adopté. Les figures de ses paysages étaient traitées par un artiste nommé Plumier, dont les biographes ne citent que le nom, mais que nous croyons être Edouard Plumier, né à Liège, en 1694, et mort en 1733. C'est grâce aux travaux de la Société archéologique de Namur, que notre peintre est sorti de l'obscurité et que ses tableaux ont été remis en pleine lumière. Le musée de cette société en renferme quelques-uns qui témoignent du talent de cet artiste. Il possédait un pinceau ferme et large, un coloris vif et un sentiment très développé des harmonies de la nature, qu'il savait interpréter à la façon des maîtres. On citait de Juppin un chef-d'œuvre : l'Eruption du Vésuve, disparu dans l'incendie des Etats, à Liège. Voici l'indication des tableaux qui existent de lui en Belgique dans les monuments publics : six grands paysages historiques, dont quatre ont trait à la vie de saint Materne, dans l'église de Notre-Dame, à Tongres (les figures sont de Plumier) ; six grands paysages à l'église de Saint-Martin, à Liège ; quatre paysages à l'église de Saint-Denis, à Liège, plusieurs paysages au musée du Cercle archéologique de Namur. En 1873, M. Al. Deschamps a publié, à Namur, sur Juppin et La Fabrique, une brochure où il a réuni tous les documents et papiers de famille qui ont été trouvés sur ces deux peintres.

A. Siret.

 

 

 

 

Jules Helbig
La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 397 et suiv.

JEAN-BAPTISTE JUPPIN.

   Cet artiste est l'un des rares peintres des bords de la Meuse du XVIIIe siècle, sur lequel les renseignements biographiques sont abondants, et, chose à noter, ces informations sont dues aux souvenirs de sa famille qui se faisait honneur de compter un homme de talent parmi ses membres. C'est le baron de Villenfagne qui, le premier, a fait appel à ces souvenirs. En écrivant son Discours sur. les artistes liégeois (1), il s'adressa au neveu du peintre qui lui répondit par des notes assez étendues, pour permettre à de Villenfagne d'écrire une notice plus complète et plus exacte que la plupart des autres notes recueillies dans les « Mélanges ». Toutefois les informations reçues de ce côté ne furent utilisées qu'en partie.

   Il y a une trentaine d'années un écrivain namurois, M. Alexis Dechamps, ayant retrouvé la minute du travail communiqué au baron de Villenfagne, publia une biographie plus complète de Juppin, à laquelle nous empruntons bonne partie des informations que nous donnons à notre tour (2).

   Jean-Baptiste Juppin est né à Namur, paroisse Saint-Loup, où il a été baptisé le 25 novembre 1675. Son père, Pierre-Joseph Juppin, était négociant ; sa mère se nommait Marguerite Deterre.

   Les parents vivaient dans l'aisance et n'ayant d'autre fils que Jean-Baptiste, ils prirent grand soin de son éducation. L'enfant ayant donné de bonne heure des marques de son goût pour les arts, ils ne voulurent pas contrarier son inclination, et ils le placèrent chez un peintre de Namur qui lui donna les premières notions de dessin. Lorsque celui-ci n'eut plus rien à apprendre à son élève, Juppin fut envoyé à Bruxelles, où il passa plusieurs années étudiant avec ardeur, travaillant et progressant ; une partie des difficultés techniques de son art vaincues, le jeune artiste, subissant comme tant d'autres l'influence d'idées dont nous avons eu à constater si souvent l'irrésistible courant, voulut voir l'Italie et y achever son initiation aux arcanes de l'art par l'étude des maîtres et d'une nature dont il avait entendu célébrer les beautés grandioses. Ici encore, il ne rencontra aucune opposition de ses parents, et trouva dans leur fortune, les ressources nécessaires pour continuer ses études sans autre préoccupation que le développement de son talent. Il s'établit à Rome et travailla pendant un an et demi à l'Académie de cette ville. Juppin visita ensuite les cités les plus célèbres de la péninsule, entre autres Florence, Padoue, Modène, Bologne et Naples. Cette dernière ville le charma tout particulièrement par la grandeur des sites qui l'entourent ; il y fit un séjour prolongé, non seulement dans un esprit d'étude, mais encore gagné par l'accueil qu'il reçut des membres de l'aristocratie et des seigneurs de la Cour qui lui commandèrent plusieurs toiles importantes. Le Vésuve, à cette époque, ayant de fréquentes éruptions, offrait à Juppin le spectacle grandiose de phénomènes dont il comptait bien tirer parti pour son art. Il put assister à l'éruption particulièrement remarquable de 1712 et chercha à en fixer les impressions sur la toile par des études que plus tard, il devait mettre en valeur. Juppin prolongea son séjour en Italie, déjà ses peintures étaient appréciées au point de lui assurer une certaine réputation, non seulement afin de continuer ses études, mais pour y exercer un talent acquis. Cependant, après avoir fait une ample moisson d'esquisses et s'être enrichi de nombreuses impressions, il voulut regagner le chemin de la patrie. Juppin avait alors l'âge de trente-six ans.

   De retour à Namur, il reprit en toute simplicité sa place au foyer de la famille ; il n'y retrouva plus son père, décédé pendant le séjour du peintre en Italie, mais son retour apportait de grandes consolations à sa vieille mère.

   Celle-ci étant morte peu d'années plus tard, le peintre, resté seul dans la maison paternelle, se décida au mariage. Il épousa, en 1717, une jeune personne du nom de Thérèse-Philippine Lerousseau ; peu de temps après il se rendit à Liége avec sa compagne, et comme nous l'avons rappelé dans le chapitre destiné à faire connaître le caractère général de la peinture au XVIIIe siècle, Juppin s'y fixa définitivement. C'est à Liége que naquit sa fille unique Jeanne-Thérèse.

   Le caractère personnel de l'artiste, comme la nature de son talent lui gagnèrent bientôt de nombreux amis ; les commandes affluèrent et Juppin introduisit dans les sanctuaires, le genre décoratif des grands paysages historiques étoffés de figurines représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Pour la peinture de ces personnages bibliques, qui devaient justifier l'introduction du paysage dans les églises, il empruntait généralement le pinceau de Fisen et surtout de Plumier.

   Voici la liste des peintures les plus importantes de Juppin, exécutées entre les années 1717 à 1728, telle qu'elle est donnée par son plus ancien biographe.

   Les premières toiles de Juppin, après son arrivée à Liége, lui furent commandées par le comte d'Oultremont, oncle du prince de Liége, pour décorer son château : vinrent ensuite les peintures du chœur de l'église de Saint-Denis ; celles de l'église de Saint-Martin-en-Mont et de la collégiale de Tongres.

   Georges-Louis de Bergue, prince évêque de Liége, commanda à Juppin une série de toiles pour différentes destinations, et enfin les Seigneurs des Etats de Liége demandèrent au peintre quatre grandes peintures destinées à orner la salle de leurs réunions au palais épiscopal. C'étaient des vues d'Italie, dont l'une représentait une éruption du Vésuve. Juppin y avait mis tout son savoir, et ces toiles étaient considérées comme ses chefs-d'œuvre par les armateurs et les entendus de l'époque. Elles devinrent la proie des flammes en 1734, dans l'incendie qui rendit nécessaire la reconstruction malheureuse de la façade du palais épiscopal telle qu'on la voit aujourd'hui. Nous trouvons dans les comptes de l'hôtel-de-ville de Liége, des années 1722-1723, une mention qui prouve que Juppin y exécuta également un travail assez important : « Au sr Juppin, pour la chambre d'en haut de l'hôtel de ville, 500 fl. »

    Juppin exécuta aussi un certain nombre de travaux pour les maisons religieuses de la principauté. Il avait peint une série de paysages historiques pour le chœur de l'église des Croisiers à Huy ; mais il paraît que ces peintures avaient beaucoup souffert d'un lavage indiscret que les Pères leur avaient fait subir, et qu'un vernis de mauvaise qualité avait encore empiré cet état. Au chœur des Chartreux de Liège, Juppin avait également exécuté une série de paysages en 1727 ; ceux-ci étaient peints directement sur les murs.

   Enfin, en 1728, huit grands tableaux formant la tapisserie de la Chambre du clergé, termina la série des travaux importants de Juppin dans la ville de Liége.

   En 1729, Juppin vint à Namur pour revoir son frère Pierre-François, procureur du Conseil de la province ; bientôt après son arrivée, il tomba malade. Malgré les soins dévoués dont il était l'objet, son état s'aggrava au point de lui faire sentir que sa fin approchait. Juppin prit alors ses dernières dispositions dont il dicta le texte à son frère. L'acte fut passé le 29 juillet 1729 devant le notaire Flahuteaux. Le testament avait surtout pour objet d'assurer la possession de tout ce que laissait le peintre à sa veuve et à sa fille (3).

   Juppin mourut pieusement le 5 septembre 1729 et fut inhumé le lendemain dans l'église collégiale de Notre-Dame.

   L'auteur auquel nous devons de nombreux renseignements fait observer, non sans raison, que les peintures de Juppin doivent être étudiées et jugées, en se mettant au point de vue du siècle où l'artiste vivait. Le paysage alors était traité dans un style et une tonalité convenus dont il était difficile de s'écarter. Le grand succès du peintre s'explique parce qu'il était, de tout point, l'homme de son temps. II avait certainement beaucoup d'imagination et une grande facilité de brosse ; mais la couleur de ses grandes toiles décoratives était aussi conventionnelle que la conception des sites imaginaires que sans doute il croyait avoir vus en Italie. Aussi, lorsque vers le milieu du XIXe siècle, fut remise en honneur l'architecture des églises ogivales dont le pinceau de Juppin avait garni les chœurs, sous prétexte de les décorer, lorsque l'étude plus approfondie de ces monuments permit d'en comprendre le style et les exigences du décor, les tapisseries de Juppin ne parurent plus supportables ; c'est alors qu'on vit disparaître les dernières qui se trouvaient encore au chœur des anciennes collégiales de Saint-Martin à Liége et de Notre-Dame à Tongres.

   Pour être équitable envers l'artiste, il convient d'ajouter que ses toiles de petite dimension dont il existe encore un certain nombre, ne méritent pas le dédain qui a fait écarter définitivement les décorations si peu en harmonie avec l'austérité de l'architecture que souvent elles cachaient intentionnellement.

   Cependant la défaveur qui s'est attachée au style démodé des peintures de Juppin est telle que 5 esquisses -  probablement projets d'une tapisserie de salon, qui se trouvaient au château de Colonster -, ont été vendues, en 1894, au prix de 42 francs !

   A l'Exposition de l'Art ancien au pays de Liége, deux toiles de cet artiste ont figuré :  

   I. Esquisse d'une composition assez étendue ; plaine avec montagne au fond et végétation au premier plan.
   Toile de forme circulaire. H., o,33, L., o,33, appartenant à M. le Dr Bidlot.

   2. Perspective montagneuse éclairée par le soleil couchant.
Au premier plan, Repos de la Sainte Famille. Le petit saint Jean est en adoration devant l'Enfant Jésus.
   Saint Joseph jette un regard de mépris à une idole huchée au haut d'un rocher. Les figures sont du peintre Riga.
   Toile : H., o,86. L., 1m8. (Appartenant à M. Brahy.)


(1) Mélanges de Littérature et d'Histoire par H. Baron de Villenfagne.  A Liége, chez F.-J. Desoer, MDCCLXXXVIII. Pp. 136, 160. 

(2) J. B. Juppin et N. Lafabrique,  Peintres Namurois. Recherches historiques, par Alexis Dechamps. Namur, 1873.  Juppin a eu d'autres biographes : Becdelièvre qui ne fait que copier la notice de Villenfagne, et Siret. Le travail qui sert de base à toutes ces notices, est le mémoire envoyé par Pierre-François-Joseph Juppin, échevin de la vile de Namur, avocat an Conseil provincial, neveu de l'artiste et dernier descendant mâle de sa famille. 

(3) V. Alexis DECHAMPS, loco citato, pp. 35-39. 

 

 

22/01/2013