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CHESTRET (Jean Remy DE),
chevalier du S. E. R., baron de Haneffe, seigneur de Donceel, Stiers,
Ferrières, Harduémont, etc. (1), deux fois bourgmestre de Liége,
commandant de la garde patriotique bourgeoise et colonel commandant le
régiment municipal pendant la révolution, membre du corps législatif
sous l'Empire, naquit à Liége le 15 mars 1739 et mourut à Paris le 3
juillet 1809. La famille de Chestret (2), originaire du Hainaut,
s'établit dans la capitale des princes-évêques vers la fin du XVIe
siècle : Nicolas, né en 1540, le premier qui fixa son séjour à Liége,
est qualifié d'échevin de la ville de Gosselies. De père en fils,
ses descendants s'adonnèrent à l'étude du
droit et s'occupèrent de plus en plus activement des affaires
publiques. Jean-Remy, aïeul de celui qui nous occupe, fut élu quatre fois bourgmestre de Liége, en 1720, 1745, 1747 et 1752. C'était un jurisconsulte éclairé et un
financier habile. Sa bonne administration, les efforts qu'il fit pour
décharger les Liégeois des dettes contractées dans le cours des
dernières guerres, sa résistance au drossart de Herstal, qui
prétendait refuser au magistrat de la cité, malgré une possession
immémoriale, la gabelle prélevée sur la houille à l'entrée en ville,
son affabilité et son éloquence enfin lui acquirent une popularité
véritable. Le 13 mai l755, il fut créé chevalier du Saint-Empire
Romain ; sa mort date du 20 novembre 1765. Il avait eu quinze
enfants, parmi lesquels Jean-Louis, secrétaire du conseil privé,
bourgmestre en 1751, envoyé à Vienne eu 1755, et Pierre-Remy, avocat,
greffier de la justice souveraine de Liège, père de notre Jean-Remy.
Le secrétaire du conseil privé, Jean-Nicolas, à qui nous consacrons un
article spécial, et son frère Maximilien, résident du prince de Liège
à Paris, étaient fils de Jean-Louis et appartenaient par conséquent à
la branche aînée. Jean-Remy embrassa de bonne heure la carrière des
armes ; il prit part à la guerre de sept ans en 1756, en qualité
d'officier au régiment de Horion. Rentré à Liége, il fit peu parler de
lui pendant quelques années. Il aurait sacrifié aux muses, s'il faut en croire le baron
de Trappé,
qui ajoute que, chez les de Chestret, c'était un culte de famille. La
politique sommeillait alors ; à certains symptômes cependant, les
gens avisés pouvaient prévoir que ce calme profond annonçait un
orage. Les idées françaises s'infiltraient dans le pays ; elles
étaient peu compatibles avec le régime théocratique ; mais
Velbruck n'y regardait pas de si près : comme les autres, il suivait
le torrent. La Société d'Emulation, fondée en 1779 et présidée
par le prince lui-même, n'était
pas seulement une académie au petit pied : on s'y réunissait le soir
pour entendre lire des pièces nouvelles, mais aussi pour discuter
très-librement les systèmes philosophiques et sociaux qui se
produisaient à Paris, et se former une opinion sur les affaires
extérieures. Jean-Remy n'entra dans le cénacle qu'en 1784, l'année
même où il parut pour la première fois sérieusement en scène. Il ne
fut jamais, à tout prendre, littérateur que par occasion ; son
ambition était de jouer un rôle dans l'État, et la poésie lui tenait
moins au cœur que la considération publique. On lit dans un de ses
Mémoires, publié en l'an V de la République, une anecdote qui prouve
que, longtemps avant de solliciter les suffrages des électeurs, il
avait pris ostensiblement l'attitude d'un futur chef de l'opposition.
C'était au théâtre, du temps de Velbruck : le parterre turbulent
faisait des siennes, à propos du mérite des acteurs. L'un des
mayeurs ayant imposé silence aux agitateurs et menacé d'envoyer en
prison le premier qui parlerait, Jean-Remy se leva, s'écria : une
faute n'est pas un crime! et déclara que les personnes des citoyens
étaient sacrées et garanties par les lois ; enfin, ajouta-t-il, les
têtes des Liégeois ne sont pas des têtes de choux. L'orateur fut
mandé chez le prince, qui se fâcha tout rouge, mais finit par se
calmer. Le peuple, de son côté, sut gré à son défenseur de l'attitude
qu'il avait prise et s'en souvint plus tard. De Chestret avait noué,
sur ces entrefaites, des relations intimes avec les chefs du groupe
qu'on commençait à désigner sous le nom de patriotes. Se voyant
assez en relief, il profita des circonstances et se mit en 1783 à la
disposition des électeurs. L'un des trois candidats favorisés par leur
suffrage, il ne fut favorisé par le sort que l'année suivante. Les
deux bourgmestres nommés en 1784 furent Jean-Remy de Chestret et
Pierre-Ambroise de Loëts de Trixhe. Jean-Remy s'appliqua sans retard à
réaliser des économies : tout en
réussissant à éviter un emprunt destiné à payer le passage des troupes
impériales, qui se rendaient en
Hollande pour forcer les Provinces-Unies à respecter la liberté de
l'Escaut, il sut liquider les comptes de l'année par un boni assez
considérable. Dans un de ses Mémoires, il fait remonter à ces premiers
actes publics l'origine de ses tribulations. L'affaire du passage des
troupes l'aurait fait mal noter à Vienne et plus directement à la Cour
de Liége, qui avait compté imposer aux bourgeois de la cité, sans
égard pour leurs privilégies, l'obligation d'héberger les soldats
allemands. Pendant deux ans chef de l'État-tiers, et en cette qualité
membre des Etats réviseurs, Jean-Remy siégea ensuite au tribunal des
XXII. L'année même de son élection comme bourgmestre, Hoensbroeck
avait succédé à Velbruck, et dès l'abord manifesté l'intention de
s'écarter autant que possible de 1a ligne de conduite suivie par le
prince défunt. Les vertus d'un prélat ne sauraient être refusées à
Hoensbroeck ; mais c'était un esprit étroit, et le tact politique ne
lui faisait pas moins défaut qu'à son prédécesseur. Son éloignement
pour les idées nouvelles le poussa à des actes qui n'eurent d'autre
effet que de lui faire attribuer des tendances au despotisme. Bientôt
les patriotes n'attendirent plus qu'une occasion pour secouer le joug,
et il fut assez imprudent pour courir au-devant de leur impatience.
Les jeux de Spa étaient. exploités , depuis 1762, par une société
privilégiée. Un bourgeois de Liége, Noël-Joseph Levoz, s'avisa en 1784
de fonder une association concurrente et de construire une nouvelle
salle (le club) sans l'autorisation du prince : malgré la résistance
des privilégiés, malgré un édit formel de l'autorité, l'entreprise fut
menée à bonne fin. Voulant néanmoins se mettre en règle, Levoz dénonça
au conseil privé
l'inconstitutionnalité du privilège de l'ancienne compagnie : il n'en
fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. Les tréfonciers, qui
formaient la majorité du conseil, écartèrent la réclamation : on eut
même soin de faire savoir à Levoz que sa requête avait indigné le
prince. Une ardente polémique s'engagea : les uns soutinrent que
Hoensbroeck avait commis un abus de pouvoir, en tranchant une question
d'intérêt général sans avoir consulté les Etats ; les
autres prétendirent qu'il ne s'agissait que d'une mesure de police, où
les États n'avaient absolument rien à voir. Deux fois repoussé par le
conseil privé, Levoz se pourvut par appel devant la Chambre impériale
de Wetzlar (3). La décision se fit attendre ; tout ce que le prince
put obtenir, c'est que ses édits seraient respectés eu attendant la
décision. Dans cette situation qui lui commandait la plus grande
prudence, il ne sut, ou du moins ses partisans ne surent garder la
juste mesure. Une arrestation illégale, opérée par le
procureur-général Fréron, irrita si vivement l'opposition,
qu'il fallut destituer l'agent trop zélé. Cependant Levoz quitta ou
fit semblant de quitter la partie, en louant le club à un de ses
compatriotes, Paul Redouté, qui s'empressa de l'ouvrir au retour de la
saison des jeux. Sans retard, le successeur de Fréron, André Robert,
pénétra dans le local à main armée et s'en laissa assez
rudement repousser. La violation du domicile était flagrante ; mais
Robert n'était coupable que s'il ne pouvait invoquer une loi en sa
faveur ; tout dépendait donc, encore une fois, de la constitutionalité du privilège. Redouté s'adressa aux XXII, qui
lui donnèrent raison ; Robert contesta la compétence de ce tribunal
et en appela aux réviseurs, comme c'était son droit ; enfin le prince
se décida à intervenir lui-même et à convoquer les Etats pour se
plaindre des XXII. La noblesse se rangea du côté de ceux-ci, aux
grands applaudissements des principaux patriotes et des masses
populaires, qui montrèrent surtout une vive animosité contre les
députés du Tiers-État. C'est alors que l'opposition, songeant à
s'organiser sérieusement, fonda la Société patriotique. Le conflit
pouvait prendre des proportions redoutables, si le prince ne se
relâchait pas de ses prétentions. D'après l'axiome liégeois
: Un Etat, deux Etats, point d'Etats, le vote négatif de la
noblesse suffisait pour invalider la résolution des deux autres
ordres. Impossible par conséquent de demander à Wetzlar une sentence
sur le droit d'édicter. Au lieu
de transiger, Hoensbroeck publia son malencontreux mandement du 14 mai 1787, interdisant sévèrement les jeux partout ailleurs que dans
les salles privilégiées. Protestation de Redouté, qui en appela de son
côté à Wetzlar et partit secrètement pour cette ville avec Levoz. II y
fut déçu dans ses espérances : le jour même où la Chambre le condamna, la force armée envahit le club et l'occupa sans
résistance. C'est ici
que nous voyons reparaître Chrestret. Parti pour Wetzlar dans l'intérêt des XXII, il avait fait
route avec Levoz « pour diminuer les frais de voyage
», s'il faut s'en
rapporter à son Mémoire justificatif, où il déclare en termes
très-précis qu'ils étaient convenus de s'occuper chacun de ses propres
affaires et de ne point solliciter ensemble. Mais les partisans du
prince, et notamment l'avocat Piret, adversaire acharné de
l'ex-bourgmestre, affectèrent de regarder sa conduite comme suspecte
et finirent par trouver le moyen de lui intenter une action
criminelle. Redouté avait cédé devant la force, mais s'était empressé
d'avoir de nouveau recours aux XXII. Ceux-ci, dans leur hésitation,
avaient eu l'idée de consulter les Etats, selon le précédent posé à
propos de Fréron. Le 1er août, ils remirent l'affaire à quinzaine :
dans cet intervalle, une réponse ne pouvait manquer d'arriver. Les
députés étrangers à la capitale retournèrent donc chez eux, si bien
qu'à la séance du 14, convoquée sur les insistances de Redouté, douze
membres seulement se trouvèrent à leur poste. Redouté se fondait sur
une disposition de la loi, qui ordonnait aux XXII de rendre jugement
sans astargier : cependant quatre députés se retirèrent en
protestant contre la convocation d'urgence. Il en resta donc huit,
parmi lesquels Chestret : pour être en nombre, il fallut assumer
quatre avocats. L'octovirat, décréta que les XXII consentaient
à connaître de la cause de Redouté contre Robert. Aussitôt Piret,
avocat de celui-ci, publia un violent mémoire contre le compagnon de
voyage de Levoz : selon lui, Chestret, étant juge et partie, aurait dû
se récuser. Jean-Remy se plaignit et obtint de ses collègues une
ordonnance, enjoignant à Piret de biffer un passage de sa brochure.
L'avocat dut se rendre en personne an greffe du tribunal pour subir
cette humiliation : des propos insultants qu'il crut entendre dans une
salle voisine furent répétés ; le gouvernement eut le tort de prêter
l'oreille à cette espèce de délation ; Chestret se vit tout d'un coup
assigné devant l'échevinage. Il fallut un ultimatum des XXII,
après trois sommations réitérées le même jour, pour décider le
grand-mayeur à retirer son action.
L'échevinage encourut encore
l'animadversion des patriotes, en se prêtant à décréter de prise de
corps Rédouté et onze antres citoyens, accusés d'avoir ourdi à Spa une
conjuration contre le prince. Redouté s'enfuit à temps, et du lien de
sa retraite eut de nouveau recours aux XXII. Les échevins de Spa, qui
avaient homologué la sentence de leurs confrères liégeois, se virent
tout d'un coup menacés d'arrestation (4) ; ils trouvèrent une
échappatoire, et un nouveau dossier alla attendre son tour à Wetzlar.
Sur ces entrefaites, le docteur de Zwierlein, agent du prince en cette
ville, adressa à la Chambre impériale une supplique où la conduite des
XXII était présentée dans le jour le plus défavorable, et où des
dispositions particulièrement sévères (mandatum arctius)
étaient réclamées contre eux. La publication de cette pièce à Liège
faillit y faire éclater un orage. La Chambre adopta les conclusions de
Zwierlein. En vain Chestret, retourné à Wetzlar, écrivit aux XXII pour
leur conseiller l'énergie : cette fois ils furent intimidés ; ils
résolurent tout simplement de prendre l'avis des Etats. La convocation
se fit attendre ; le gouvernement voulait prendre le temps de
s'assurer une majorité. Deux jours avant la date fixée pour le
renouvellement du mandat du tribunal incriminé, les membres de l'octovirat,
plus directement en cause, soumirent à leurs collègues un Mémoire
explicatif : ils restèrent abandonnés à eux-mêmes et se virent forcés
d'entrer isolément en rapport avec les Etats, qui envoyèrent leur
exposé à Wetzlar : l'État noble se contenta de les engager à demander
réparation des injures atroces de Zwierlein. Ainsi cette
Chambre impériale dont les patriotes n'avaient pas voulu d'abord,
était devenue leur dernier espoir (5).
Les chefs du parti, Chestret,
Fabry, Bassenge, se virent alors dans une position difficile et
délicate. Ransonnet, un des amis de Redouté, voulait une prise d'armes
immédiate ; on repoussa ses propositions pour s'en tenir à la
résistance légale ; il était cependant clair que 1a modération ne
servirait pas à grand' chose, le gouvernement paraissant décidé à
pousser les rigueurs à l'extrême. Bassenge jugea prudent de se retirer
à Cologne ; Chestret regagna Wetzlar, où il courait moins de dangers
qu'à Liége et où il pouvait défendre la cause des XXII ; Fabry seul
resta chez lui, mais l'œil au guet et s'attendant toujours à devoir
prendre à son tour le chemin de l'exil. Fabry entretenait des rapports
avec le cabinet de Berlin, intéressé à combattre l'influence de la
France et celle de l'Autriche au pays de Liège, et par là même porté à
soutenir les patriotes dans leur lutte contre l'évêque. On a reproché
à Fabry et à ses amis de s'être appuyés sur l'étranger :
les menées des agents du prince à Wetzlar, la
constitution et les libertés liégeoises mises eu péril peuvent être
invoquées pour atténuer leur faute, sinon pour les faire pleinement
absoudre. Chestret, de son côté, négocia une transaction avec
Zwierlein ; mais la légèreté de son caractère lui fit commettre des
maladresses, et Levoz jeta feux et flammes à la proposition
d'un désistement. Chestret aimait à se donner le rôle de
plénipotentiaire ; il n'attendit pas, pour tenter un arrangement, que
l'évêque eût fait savoir s'il accepterait la médiation du gouvernement
prussien. Jean-Remy ne fut pas réélu membre du tribunal des XXII ; ne
jugeant pas toutefois son rôle terminé, il prolongea son séjour à
Wetzlar, dans l'espoir d'obtenir une sentence, même provisoire, en
faveur de Redouté et consorts. L'acharnement
de Hoensbroeck à poursuivre l'affaire de Spa avait fini par déplaire à
la Chambre impériale : un sauf-conduit fut accordé aux accusés ;
Cbestret put partir. Les échevins, n'osant résister par eux-mêmes un
décret, eurent recours au chapitre : nouvelle réclamation à Wetzlar,
nouvelles complications. Pendant ces débats, il vint à l'idée de
Hoensbroeck de se donner un coadjuteur. Il songea d'abord à son
suffragant Antoine de Méan, homme honorable, mais mal vu des patriotes
; les résistances qu'il rencontra dans le sein même du chapitre lui
firent tourner les yeux vers le comte de Geloes, qui jouissait
personnellement, il faut le dire, de beaucoup moins d'estime, et qui
obtint pourtant l'appui moral de Cbestret. Fabry se sépara ici de son
ami : il est vrai que Fabry voyait dans le coadjuteur un futur prince,
et qu'il se demandait déjà si, après Hoensbroeck, il serait encore
question d'en avoir un. Provisoirement, cette affaire n'eut pas de
suite. Les douze
jugés appréhensibles ayant obtenu un sauf-conduit impérial,
rentrèrent dans leur patrie après un an et demi d'exil ; leur procès
n'eut jamais d'issue. La salle Levoz fut rouverte ; des troupes
vinrent l'occuper, mais on les rappela au au bout de quinze jours. Les
événements du dehors commençaient à peser sur le prince. Un nouveau
conflit s'était d'ailleurs élevé entre Hoensbroeck et l'Etat Noble :
le suffragant Méan, envoyé à
Wetzlar, y rencontra encore Chestret. Après de longues résistances, il
fallut se résoudre à convoquer les États : prise à temps, cette mesure
eût peut-être dissipé tous les nuages ; dans la situation, elle parut
inspirée par 1a peur. De graves questions d'impôt étaient en jeu : un
mécontentement sourd régnait en ville. Le 17 août 1789, Bassenge
publia sa note aux citoyens : avant tout, y disait-il,
abrogeons le règlement de 1684! Cette protestation contre le coup
d'état de Maximilien-Henri a été considérée à bon droit, selon la
remarque M. Borgnet, comme le tocsin de la révolution.
Le même jour, 17 août, le
bourgmestre Ghaye proposa au conseil de la cité de poursuivre les
porteurs de cocardes rouge et jaune (Liège) ou verte et blanche (Franchimont),
qui commençaient à se montrer assez nombreux dans les rues. Son
collègue Villenfagne n'y consentit point, et la majorité vota pour la
tolérance. Le soir tous les chapeaux étaient garnis. Chestret,
arrivant de la campagne avec une escorte de patriotes, reçut une
ovation ; Fabry fut également acclamé. A peine rentré chez lui, à
minuit, Chestret écrivit au chancelier pour l'engager à presser le
prince, tremblant dans son château de Seraing, d'écouter le lendemain
l'exposé des griefs de 1a nation. Il s'agissait ajoutait-il, de
prévenir des malheurs inévitables. Ce fut Geloes lui-même, le
candidat-coadjuteur, qui porta la lettre à son adresse. Arrivé à
Seraing à une heure du matin avec le chancelier, ils firent éveiller
le prince et obtinrent de lui une déclaration autographe accordant
toutes les concessions demandées, en termes assez vagues du reste,
puisqu'il s'en rapportait aux Etats. Quoi qu'en ait dit Bassenge, le
récit de M. Borgnet, basé sur des pièces authentiques, démontre que
cette démarche ne fut rien moins que spontanée..
Le peuple ne se tint pas pour
satisfait. Aussi bien, la nouvelle de la prise de la Bastille l'avait
exalté. L'hôtel de ville fut envahi, les clefs magistrales retirées
aux bourgmestres. Ghaye, l'ennemi des cocardes, ne céda que devant la
pointe d'une épée. La citadelle tomba aux mains des bourgeois :
l'insurrection était triomphante quand Chestret parut an perron de
l'hôtel de ville et invita la foule à élire de nouveaux magistrats.
Chestret et Fabry! Tel fut le cri général. Aussitôt on se mit en
devoir de composer toute une administration nouvelle : les
Donceel, les Lesoinne, les Bassenge, Levoz lui-même furent introduits
dans le conseil. Sans perdre une heure, les bourgeois, Chestret en
tête, coururent à Seraing pour demander à Hoensbroeck de rentrer en
ville et de ratifier les actes qui venaient de s'accomplir. L'évêque
arriva dans la soirée, accompagné d'une populace en délire. Il signa
tout ce qu'on le somma de signer, sans rien vérifier, comme sous l'empire
d'un vertige. D'un trait de plume, l'élection du 17 août se trouva
légitimée et le règlement de 1684 aboli. L'évêque regagna Seraing dès
qu'il le put ; le 26, il en partit nuitamment et se réfugia au
monastère de Saint-Maximien, près de Trèves.
Ce brusque départ ne pouvait
manquer de jeter de l'inquiétude dans le public. Hoensbroeck,
disait-on, était allé chercher de l'appui en Allemagne ; il rentrerait
bientôt de force dans sa capitale. On alla jusqu'à le supplier de
revenir ; il s'y refusa, tout en protestant de son affection pour les
Liégeois. Une députation, dont faisait partie Chestret, se rendit
alors à Wetzlar ; tous ses efforts échouèrent : l'insurrection du 17
août avait décidément changé les dispositions, un instant favorables,
de la Chambre impériale. La Chambre rétablit le règlement et chargea
les princes du cercle de Westphalie d'exécuter ses décisions. Les
bourgmestres devaient être cassés et poursuivis ; Hoensbroeck devait
être réinstallé sur son trône.
Chestret et Fabry n'étaient
point tranquilles ; ils marchaient entre deux abîmes. La multitude qui
les avait élevés sur le pavois se montrait de plus en plus exigeante ;
elle en vint à réclamer, comme une conséquence naturelle de la
révolution, l'abolition de toutes les charges publiques. Le parti
réactionnaire exploita ces illusions en poussant les pauvres à
réclamer le partage du legs que leur avait laissé Georges-Louis de
Berghes (v. ce nom) : il fallut céder au torrent. Les émeutes se
succédèrent sous divers prétextes. On avait formé une garde
patricienne pour maintenir la tranquillité publique :
Chestret en commandait l'infanterie. Ce corps devint impopulaire,
peut-être à raison de sa composition autant que de son attitude. Des
rixes sanglantes s'engagèrent : Chestret fit preuve d'intrépidité en
opérant le désarmement des quartiers les plus turbulents. Un coup de
feu fut tiré sur lui : l'arme rata ; le bourgmestre étendit le
meurtrier à ses pieds. Dangers de toutes parts, menées ténébreuses,
scènes de désordre : la terreur régnait à Liège. Le conseil municipal
fit arrêter un nommé Thomson, suspect d'avoir travaillé à la
contre-révolution. La session des Etats fut ouverte : le Tiers
consentit à quelques concessions, mais on ne put rien obtenir de
Hoensbroeck, qui affecta de regarder les délibérations comme dominées
par la violence et la peur, et déclara même illégales la composition
et la réunion de l'assemblée. La Chambre de Wetzlar, de son côté,
subordonnait tout arrangement à une réconciliation avec le prince, et
les réactionnaires réclamaient à cor et à cri l'exécution de ses
sentences. Au comble de la perplexité, les bourgmestres ne virent
d'autre moyen de salut que la médiation du roi de Prusse. L'État
primaire ayant fait des difficultés, la demande fut envoyée à Berlin
au seul nom du conseil ; Fabry partit pour l'appuyer. Dans
l'entretemps, le parti ultra démocratique s'organisait au pays
franchimontois et commençait à renchérir sur les premiers
révolutionnaires ; enfin, dernier sujet d'appréhensions, les troupes
allemandes étaient à la frontière. Pour les arrêter, Chestret
intervint dans une tentative de corruption ; elle fut ébruitée ; grand
émoi à Wetzlar. Malgré ses démarches et celle de ses amis envoyés avec
lui en cette ville, l'insurrection restait imminente. Enfin le cabinet
de Berlin se décida : un détachement de l'armée prussienne fit son
entrée dans Liège aux acclamations de la foule. Cette nouvelle, portée
aussitôt, à la connaissance de Hoensbroeck, ne le disposa nullement à
une transaction : toutes les propositions de Frédéric-Guillaume
échouèrent devant son opiniâtreté.
Chestret prit à cette époque une part active aux
négociations : il s'y montra, on doit bien l'avouer, diplomate assez
médiocre. «
Il jase trop avec Pierre et avec Paul,
» écrivait
Bassenge. Le fait est qu'on exploitait aisément sa vanité. C'était un
patriote sincère et courageux ; mais il avait plus de zèle que de
jugement. Comme Bassenge, il en était venu à penser qu'il fallait
organiser sérieusement la résistance en cas de refus définitif du
prince, et il ne répudiait pas la pensée d'une alliance avec les
Belges (6). Mais en même temps, il
entendait conserver sa charge de bourgmestre ; sur ce point, il ne
laissait entrevoir aux agents prussiens aucune possibilité de
concession., Le roi se lassa de tous ces entêtements de part et
d'autre : le 9 avril 1790 parvint à Liège, avec la nouvelle du refus
de Hoensbroeck, l'annonce du départ prochain des troupes du médiateur.
Il ne restait plus qu'à céder, ou à attendre de pied ferme l'armée
impériale. Le Tiers-Etat proposa l'enrôlement de troupes soldées ; les
deux autres ordres s'y refusèrent ; le Tiers passa outre. Le 11 avril
fut une journée de troubles : plusieurs maisons d'aristocrates furent
pillées ; la plupart des chanoines tréfonciers quittèrent le pays ;
Chestret arriva. le 12 et reprit le commandement de la garde ; le 16,
il n'y avait plus un Prussien en ville ; le 19, la Chambre impériale
déclara «
qu'il serait procédé sans le moindre délai, et
aux frais de la principauté, à l'exécution des sentences.
» Alors on
poussa le cri de guerre : la petite troupe de Chestret (500 hommes)
fut renforcée de deux régiments de mille hommes chacun. On choisit
pour généralissime un parent de l'avocat Donceel ; Chestret n'eut pour
sa part que le commandement du régiment municipal ; il eut quelque
droit de se plaindre, d'autant plus que la nomination de son
supérieur, «
méticuleux et timide, vieux et podagre,
» avait été
le résultat d'une intrigue. Il n'en
est pas moins injustifiable de n'avoir eu pour ainsi dire aucun
rapport avec Donceel (7). -- Quelques succès obtenus à Hasselt et à Bilsen démontrèrent aux patriotes que l'ennemi qu'ils avaient à
combattre n'était pas bien redoutable. Chestret , néanmoins, ne se
laissa pas éblouir. L'armée attendait de l'artillerie et des renforts
; il fut d'avis qu'on devait se tenir le plus possible sur la
défensive. Ce système pouvait être bon, à condition de ne pas se
prolonger trop longtemps ; ajoutons qu'il était rendu nécessaire par
l'indiscipline de la petite armée, dont les chefs eux-mêmes ne
prêchaient pas d'exemple. . On
n'avait pas à craindre une seconde attaque immédiate : Chestret put
s'occuper des affaires de Liége, où le moment était venu de procéder à
la rénovation magistrale. La révolution l'avait porté au
pouvoir avec Fabry ; les circonstances excusaient l'irrégularité de
leur nomination ; mais il était indispensable d'arrêter, pour
l'avenir, des principes positifs en matière électorale. Henkart et
Lebrun (8), rédigèrent pour la Cité un plan provisoire de
municipalité, plus ou moins emprunté à la nouvelle législation
française. Le droit de suffrage y était réservé aux seuls Liégeois,
âgés de 25 ans au moins et s'imposant une contribution de 3 florins au
profit do la. caisse communale. On avait compté sur dix à quinze mille
citoyens actifs ; mille quatre-vingt un seulement se firent inscrire :
la masse était encore indifférente à la vie politique. Fabry et
l'avocat Donceel obtinrent la majorité ; Chestret se trouva
non-seulement évincé comme bourgmestre, mais exclu du conseil, en
vertu d'un article du Plan, qui déclarait inéligibles les
citoyens attachés au service militaire national soldé (9).
Grande fut sa mortification ; ostensiblement, il se soumit à ce
qui avait été décidé ; mais, à partir de ce moment, il y eut du froid
entre lui et ses anciens amis. Sans aucun doute les fonctions de
bourgmestre et celles de colonel étaient peu compatibles entre elles ;
mais M. Borgnet voit juste, ce me semble, lorsqu'il insinue que les
collègues de Chestret, tout en rendant justice à ses bonnes qualités,
n'étaient pas fâchés de se débarrasser de lui dans le gouvernement
civil : son humeur grondeuse, sa susceptibilité extrême le rendaient
d'un commerce difficile. Il donna sa démission de colonel, ce qui
provoqua une espèce d'insurrection militaire à Tongres ; car il était
fort aimé de ses soldats. On ne parlait de rien moins que de se rendre
à Liége et d'y rétablir l'ancien conseil par acclamation. Heureusement
Jean-Remy était un loyal patriote : ne pouvant se dissimuler qu'un
grave conflit était imminent, il reprit ses insignes, résolution
d'autant plus opportune, qu'avant, même qu'il fût rendu à son poste,
on fut informé que l'ennemi préparait un coup de main. Chestret
commanda l'aile droite à l'affaire de Sutendaal , où les deux partis
s'attribuèrent la victoire. Les détails de ce combat sont
imparfaitement connus : il est certain qu'une partie des Liégeois
furent mis en déroute, et que des volontaires inexpérimentés tirèrent
sur leurs frères ; mais d'un autre côté les Allemands rentrèrent
précipitamment dans leurs quartiers, non sans signaler leur retraite,
pour le dire en passant, par toutes sortes d'horreurs. Vers la même
époque, la Prusse, effrayée des progrès de la révolution française,
commença à se rapprocher de l'Autriche. C'était un coup terrible porté
aux Liégeois , qui songèrent alors sérieusement à une alliance avec
les révolutionnaires du Brabant. Les négociations traînèrent en
longueur : en pouvait-il être autrement! Les Vandernootistes et les
patriotes liégeois poursuivaient des fins diamétralement opposées.
Tandis que tout était en question, on commit à Liège une autre faute
par animosité contre Hoensbroeck. Le prince de Rohan-Guéménée,
archevêque de Cambrai et chanoine de Saint-Lambert, fut nommé régent (mambour)
: c'était tendre l'arc à le rompre. Il fallait cependant
trouver un point d'appui. En fin de compte, on regarda du côté de
Paris et de l'Assemblée nationale : c'est de cette époque de
résolutions extrêmes que date la scission des révolutionnaires en
modérés et avancés. Les relations avec la Prusse n'étaient point
d'ailleurs tout à fait interrompues : l'Electeur de Mayence convint
même avec le roi «
qu'on traiterait à Francfort le point d'une amnistie générale et d'une
nouvelle constitution. »
Chestret fut désigné pour
représenter le Tiers-Etat à la conférence. Les résolutions de cette
assemblée furent mal accueillies à Liége : les factions se lancèrent
de violentes invectives et le temps se consuma en pure perte. Enfin,
les Etats ayant formellement rejeté tout accommodement sur les bases
proposées, de nouveaux députés partirent pour Francfort. Les
ambassadeurs leur posèrent un ultimatum : ils ne voulaient pas
entendre parler de la déchéance de Hoensbroeck. Or sur ce point il
n'était pas facile de s'entendre. Chestret prit même, par écrit,
l'engagement de s'exiler de Liége, si jamais Hoensbroeck y
rentrait. Il soumit à l'envoyé prussien un projet de convention,
mais sans succès ; les propositions de Bassenge eurent le même sort.
Sur le conseil des Brabançons, les patriotes cherchèrent à traîner les
négociations en longueur. Elles se poursuivirent à Berlin, où Fabry
vint rejoindre Chestret et Bassenge, parce qu'il redoutait, parait-il,
les indiscrétions du premier. Toute sa prudence fut inutile : les
Liégeois se virent finalement abandonnés par la Cour même qui avait
encouragé leur résistance. Léopold d'Autriche, ne voulant pas
s'aliéner les souverains allemands, et mis d'ailleurs au courant des
relations des Belges avec les Liégeois, laissa entendre que pour sa
part il prêterait les mains à l'exécution. La position des patriotes
était cruelle : en désespoir de cause, ils s'adressèrent à Metternich,
ministre d'Autriche à Bruxelles, pour soumettre toute l'affaire à
l'arbitrage souverain de l'empereur. Peine perdue : le 11 janvier
1791, on apprit à Liége que les troupes autrichiennes allaient se
joindre à celles des Electeurs. Le lendemain, les membres du conseil
s'expatrièrent ; le 13, les Autrichiens pénétrèrent dans Liége ;
le 16, parut la commission exécutrice ; le l7, les bourgmestres, et le
conseil que la révolution avait expulsés de l'hôtel-de-ville y
rentrèrent (10), le règlement de 1684 fut rétabli et Hoensbroeck
rappelé sans retard. Aussitôt commencèrent contre les révolutionnaires
des poursuites rigoureuses et tellement acharnées, que la cour de
Vienne s'en préoccupa à bon droit. Pendant que les conseillers de
Hoensbroeck achevaient ainsi de le compromettre, les exilés
s'attachaient de plus en plus à la France. Chestret seul, retiré à
Kessel près de Ruremonde, s'obstinait â tout regarder
« à travers
une lunette prussienne. »
Il n'en échappa pas plus que les autres à un décret de prise de corps
et à la confiscation de ses biens. Etabli ensuite à Wesel, il continua
de suivre avec attention la marche des affaires. C'est ainsi que, dans
une de ses lettres de 1792, nous le voyons imputer des actes de
corruption à l'envoyé liégeois à Wetzlar. Dans la même correspondance
(avec Bailly), il se prononça énergiquement contre le parti avancé
dont Levoz était l'âme, et qui lui paraissait se conduire de manière à
compromettre la cause nationale. «
Depuis le plan municipal qu'il n'a pas digéré encore, écrivait Fabry,
il ne m'a plus vu, plus écrit ; mais il est irréprochable. J'ai vu sa
réponse à Chestret le conseiller :
Des soumissions à Hoensbroeck, tyran de ma patrie! Qu'il me
ravisse tout : il me restera du pain et de l'honneur. Son
cœur doit faire oublier sa tête !
»
Les événements se précipitèrent. Méan succéda à Hoensbroeck et suivit
sans hésiter les traces de son oncle. Craignant des représailles, il
se hâta de quitter Liége à la nouvelle de l'approche de Dumouriez. Les
proscrits liégeois reparurent à la suite du vainqueur de Jemmapes ;
Chestret rentra aussi, et fut élu suppléant à la convention nationale
liégeoise et membre de la municipalité. Mais il était suspect de
modérantisme ; il dut donner sa démission. Au lieu d'accompagner
l'armée républicaine lorsqu'elle battit en retraite, le 5 mars 1793,
il alla s'installer à Bruxelles, où il avait déjà passé quelques mois
avant l'arrivée des Français et où il comptait beaucoup d'amis. Il
possédait d'ailleurs, sur le territoire de l'Empire, quelques domaines
que la confiscation n'avait pu atteindre et qui lui assuraient la
subsistance. On lui reprocha plus tard de n'avoir point été retrouver
à Paris ses coreligionnaires
politiques : il les voyait divisés, il crut se rendre plus utile en
restant en Belgique. De fait, la liaison assez intime qu'il contracta
avec le ministre Metternich lui procura maintes fois l'occasion
d'aider de son crédit les Liégeois au service de la République,
passant prisonniers par Bruxelles. Lorsque la réunion du pays de Liége
à la France fut un fait accompli, il revint dans sa ville natale et se
mit sur les rangs pour la législature. Un Mémoire qu'il publia le 16
floréal au V (5 mai 1797), quelques jours après les élections, nous
apprend qu'il essuya un échec. Il ne put contenir son dépit : il se
répandit en plaintes amères dans ce factum, qui lui valut une
verte réponse de Bassenge. Elu enfin en 1804, il remplit les fonctions
de secrétaire du Corps législatif : c'est en cette qualité qu'il eut
l'honneur de signer les premiers livres du Code civil. En 1809, son
mandat fut renouvelé : il eut à peine le temps de reparaître en public
; sa santé était épuisée ; il expira le 9 juillet. -- Dumouriez (11) a
pu dire de Chestret, comme de Fabry, que c'était
« un honnête
homme, qui ne voulait, que le bien de son pays.
» Sa vanité
lui fit du tort ; mais on ne saurait mettre en doute la loyauté, la
générosité de son patriotisme, ni son ardent amour de la saine
liberté. Ses adversaires politiques, ses anciens amis même l'ont
représenté sous des couleurs peu avantageuses : il faut tenir compte
des passions du temps, et remarquer aussi qu'on n'a guère eu à lui
reprocher qu'une précipitation étourdie dans ses jugements comme dans
ses actes. Il y avait en lui un mélange d'intrépidité et de faiblesse,
qui le rendait plus propre à être un chef militaire qu'un diplomate ou
un législateur. Il savait commander ; mais trop souvent il se laissa
dominer et exploiter. Le dépit empoisonna malheureusement sa vie et le
rendit à charge à lui-même et à ses amis. Sa figure pâlit à côté de
celles de Bassenge et de Fabry ; il n'en a pas moins droit à une place
des plus honorables dans l'histoire de la révolution liégcoise. --
M. Ulysse Capitaine a légué à la ville de Liége un portrait de Jean-Remy,
peint par Defrance. Il y a de la dignité dans ce port, dans cette
physionomie un peu allongée, dans ces sourcils bien arqués ; les yeux
noirs, à fleur de tête, ont de la douceur et dénotent en même temps un
esprit ouvert, prompt, primesautier ; la lèvre inférieure est celle
d'un orateur ; les plis qui entourent la bouche font deviner la
susceptibilité maladive du personnage. Chestret est représenté debout,
montrant un parchemin sur lequel on lit : Sauf-conduit pour
les douze décrétés : 1788. |