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RANSONNET-BOSFORT (Jean-Pierre DE), homme de guerre, né à
Liège, le 13 octobre 1744, et décédé à Moutiers-en Tarentaise
(Savoie), dans la nuit du 2 au 3 mars 1796. Il fit ses débuts sous les
aigles impériales. Cadet dans Kleinholdt-cuirassiers
autrichiens en 1768, après avoir sollicité vainement, à plusieurs
reprises, l'autorisation de pouvoir négocier la cession en sa faveur
d'une place d'officier au corps, et avoir vu la prohibition absolue de
l'achat et de la vente des grades venir faire obstacle définitif à ses
projets (1770), il fut enfin nommé lieutenant dans Modène-cuirassiers
le 1er janvier 1772. Mais il n'exerça pas longtemps les fonctions de
cet emploi. Les décès successifs et rapprochés de son père et de sa
sœur, le règlement consécutif d'affaires de famille et la nécessité
de suivre celles-ci sur place, le déterminèrent -- à s'en tenir à
l'exposé de sa requête, -- à solliciter sa démission du service
d'Autriche en avril 1773 : il l'obtint le 28 du même mois, par rescrit
du Conseil Aulique des guerres, qui lui conserva le droit de porter
l'uniforme impérial. A l'en croire, une autre raison l'aurait amené à
se retirer du service : il aurait subi le contrecoup de l'antipathie
que Joseph II, alors roi des Romains, aurait professé pour ses futurs
sujets des Pays-Bas. Quoi qu'il en ait été, Ransonnet demeura
désormais dans son pays d'origine, ne s'y occupant que de
l'administration de sa fortune, relativement considérable.
Quand la cause de l'indépendance américaine
vint passionner l'Europe, Ransonnet, emporté par l'ardeur de ses
sympathies pour les opprimés et peut-être aussi un peu las d'une
existence calme à laquelle son passé l'avait peu préparé, abandonna sa
jeune famille (il avait épousé, en l'église d'Engis, le 2 octobre
1775, sa cousine germaine, Anne-Marie-Joséphine Magnée), et s'en alla
mettre son courage et son expérience au service du gouvernement
insurrectionnel (1778).
Rentré dans ses foyers, il vécut dans la
retraite. Mais lorsque les dissensions politiques qui divisaient
la principauté furent entrées dans la période aiguë et que
l'opposition se fut transformée en révolution, Ransonnet, qui, dès
1787, s'était rangé bruyamment du côté des adversaires du
prince-évêque, se mit à la tête des insurgés et s'empara de la
citadelle de Liége (18 août 1789), exploit bientôt récompensé par le
grade de lieutenant-colonel.
Aussitôt après, stimulé par ce
succès, il allait mettre son zèle révolutionnaire et son besoin
d'action au service de l'opposition belge à la politique
inconstitutionnelle de Joseph II. Lié de vieille amitié avec les
frères van der Gracht, dont l'un avait été major dans
Modène-cuirassiers, quand lui-même y servait, et dont l'autre, le
comte de Rommerswael-Berlo, était membre des États de Brabant,
Ransonnet, sous les auspices de ce dernier, vint s'offrir à ceux des
membres de ces États qui se trouvaient réunis à Breda, où ils
s'étaient constitués en comité insurrectionnel pour préparer la
rentrée, à main armée, des patriotes dans les Pays-Bas et la chute du
gouvernement autrichien (2 octobre 1789). Il leur soumit tout un plan
d'opérations qu'il leur proposait d'exécuter, ne demandant pour
récompense, en cas de succès, que d'être autorisé à lever pour leur
service un régiment national liégeois de hussards, dont il serait le
colonel-propriétaire. Le Comité, dans sa séance du 5 octobre, décida
d'employer, à ces conditions, et avec le grade de lieutenant-colonel,
Ransonnet, qui prêta sur-le-champ serment de fidélité au peuple de
Brabant. Il partit ensuite organiser, dans le pays de Liége et à
Maestricht, le recrutement de son futur régiment ; sa mission
accomplie, il rentra à Breda le 14 octobre. Le même jour, eu même
temps que Van der Meersch, il fut nommé membre du Comité de guerre,
créé «
ad latus »
du Comité général. Le 23 octobre, tandis
que le gros des troupes patriotes, conduites par Van der Meersch, se
rapprochaient de la frontière, qu'elles devaient franchir le lendemain
24, date fixée pour l'invasion, Ransonnet s'en alla tenter une
diversion sur leur droite, pour amener une division des forces
autrichiennes et surtout pour frapper l'opinion par des succès
remportés sur deux théâtres d'opérations différents et relativement
éloignés l'un de l'autre. Parti de Breda à
la tête de deux
compagnies (250 hommes environ) dans la journée du 23, il exécuta,
en partie pendant la nuit, une marche forcée de onze lieues ; avec
cette troupe improvisée, il arriva le 24, à 8 heures du matin, à Ossendrecht, où elle devait être armée. Il y reçut de mauvais fusils
de rebut (provenant de la réforme de la légion de Maillebois
autrefois à la solde des États généraux), la plupart hors de
service, et en nombre inférieur à son effectif, des cartouches en
quantité insuffisante aussi. Sans se laisser décourager par cette
pénurie de moyens, il harangua ses volontaires, les enleva et reprit
avec eux sa marche. Le même soir, à cinq heures, Ransonnet pénétrait
dans Santvliet, qu'il trouvait, par bonheur, démunie de garnison.
L'épuisement de sa troupe ne lui permit pas de poursuivre
l'exécution de son projet, d'aller tenter dans la nuit même un coup
de main contre le fort de Lillo : il dut laisser aux siens une
courte nuit de repos. Mais le lendemain, il pouvait dater de Lillo
son rapport au Comité de Bréda :
« Je me suis rendu maître de cette
place ce matin aux portes ouvrantes, 6 heures et demie, par des
marches forcées et de nuit. Je me suis rendu également maître du
brigantin, qui mouillait dans la rivière ; je l'ai désarmé et fait
apporter les huit canons dans ce fort, qui ont été aussitôt braqués sur les remparts. En cela consiste
toute mon artillerie. Les 8 hommes de garnison ont été faits
prisonniers. Je vais faire conduire mon brigantin plus bas, sur
possession hollandaise..... ». Tandis qu'il s'acquittait lui-même de
ce soin, le major Philippe Devaux, auquel il avait remis le
commandement de la troupe et du fort, évacuait l'un et ramenait
l'autre en territoire hollandais, sans même avoir avisé Ransonnet de
son mouvement, anéantissant de la sorte tout l'effet moral des
opérations hardies de ce dernier. Devaux s'était laissé alarmer,
paraît-il, par la canonnade, dont il ignorait la cause, partant de la
citadelle d'Anvers, dont l'artillerie célébrait de ses salves la
nouvelle de la prise de Belgrade par l'armée impériale.
Rentré
à Breda, Ransonnet fut promu colonel le 29 octobre et renvoyé au pays
de Liége pour y organiser définitivement le recrutement de son
régiment. Mais les États de la principauté contrarièrent ses efforts.
Il s'offrit alors à aller tenter un coup de main au profit des
patriotes sur les provinces de Namur, de Limbourg et de Gueldre. Sur
ces entrefaites, il apprit que le gouvernement autrichien avait fait
ouvrir des poursuites contre lui, avait placé sous séquestre ses biens
du Luxembourg, seuls débris de sa fortune, et avait réclamé son
extradition des États de Liége, à titre de rebelle, le réputant déchu
de sa nationalité liégeoise et devenu sujet impérial par la
qualification de colonel brabançon qu'il avait prise. Il n'en
continuait pas moins à s'épuiser en démarches stériles auprès du
Comité de Breda pour obtenir de jouer un rôle actif dans les menées de
celui-ci. Cependant, il en reçut l'ordre de suspendre la recrue de ses
hussards, jusqu'à ce que quelques villes du Brabant fussent au pouvoir
des États, pour alors la reprendre et établir son dépôt dans l'une
d'elles. En attendant, les huit transports de recrues qu'il avait
réunis à grands frais et de ses deniers personnels furent incorporés
sans indemnité à l'effectif des compagnies brabançonnes en
organisation à Breda et aux environs.
Peu
satisfait, mais non découragé, il s'en alla chercher, sans succès au
reste, de l'emploi à son activité près du comte de La Marck
(d'Arenberg) à Paris (fin novembre). Puis il fit de nouvelles
tentatives auprès du Comité pour obtenir de lui l'autorisation de
reprendre la levée de son régiment (décembre) ; enfin, aigri par ces
déconvenues successives, il rompit brusquement et définitivement avec
les patriotes brabançons et rentra à Liège.
En 1790, il
prit une part active aux opérations des troupes nationales liégeoises
contre celles des Cercles, faisant la campagne à ses frais, menant
avec lui ses deux fils aînés, à peine âgés l'un de quatorze, l'autre
de douze ans ; puis, en 1791, à la tête des chasseurs liégeois, il
escorta jusqu'à Philippeville le corps municipal, qui passait en
France s'y mettre à l'abri des sévérités du gouvernement restauré.
Ensuite, Ransonnet alla se fixer à Paris, tandis que sa femme était
jetée en prison, où elle devait rester six mois ; la peine de
bannissement, avec confiscation des biens, fut prononcée contre
lui-même et son fils aîné qui l'avait suivi en exil.
Le 20 avril 1792, la guerre
éclatait entre l'Autriche et la France. L'amitié du duc de La
Rochefoucauld mit Ransonnet en relation avec La Fayette, alors
commandant de l'armée du Centre. Celui-ci, par lettre du 16 mai 1792,
transmit au ministre de la guerre, Servan, à effet d'être soumises au
Comité militaire de l'Assemblée Nationale, les propositions que lui
avaient faites Ransonnet pour l'organisation d'un corps franc à
recruter parmi les Liégeois et les Belges réfugiés en France. Le 28 du
même mois, l'Assemblée Nationale décréta la création de 3 légions et
de 54 compagnies franches. Sans attendre d'avoir reçu officiellement
connaissance de ce décret, La Fayette (lettre au ministre de la
guerre, Servan, en date du ler juin) chargea Ransonnet de la formation
d'une de ces compagnies qui se trouva ainsi être la première de celles
formées en France en vertu du décret du 28 mai. Aux termes de sa
capitulation, il devait, aussitôt cette première complétée à deux
cents hommes, en organiser successivement trois autres de pareil
effectif, pour être ensuite groupées en un bataillon franc sous son
commandement : les événements ne lui permirent pas de réaliser cette
seconde partie de son traité. Aussitôt commissionné, Ransonnet fit
audacieusement afficher en territoire liégeois, sur les murs de la
collégiale de Dinant, un « Avis à la belle jeunesse
»
daté du ler juin,
l'invitant à venir
«
se ranger sous les drapeaux de la liberté
»
au dépôt
de sa compagnie, à Givet. Puis il inonda les casernes de Namur d'avis
analogues : il aurait de la sorte, affirme-t-il, déterminé en trois
semaines la désertion d'environ sept cents
soldats de la garnison de cette place, qui néanmoins ne prirent parti
dans sa compagnie qu'en petit nombre étant entrés pour la plupart dans
les autres corps stationnés à Givet.
Dès fin juillet 1792, il recevait ordre de
rejoindre avec sa troupe (dénommée tantôt lre compagnie franche de
l'armée du Centre, tantôt chasseurs, ou tirailleurs, de la Meuse,
tantôt, et plus simplement, les Ransonnets) l'avant-garde (maréchal de
camp de Lallemand) des troupes actives de l'armée de La Fayette. Il
fit, avec cette avant-garde, passée plus tard aux ordres du
lieutenant général A. Dillon, la campagne de l'Argonne et prit part,
avec distinction, aux affaires de Stenay (ler septembre), de la côte
de Biesme (17 septembre), des Grandes-Islettes (20 septembre), de
Clermont (ler octobre), d'Autry (2 octobre) ; puis, affecté à la
droite de l'armée des Ardennes créée le 2 octobre (généraux Dillon et Chazot), il passa, le 6 du même mois, avec cette aile, aux ordres de
Kellermann, commandant l'armée de la Moselle, chargé de poursuivre les
Prussiens battant en retraite vers le pays de Trèves.
Ransonnet, qui avait été promu colonel par Kellermann le 7
novembre 1792, passa l'hiver sur la lisière de ce pays. Le 7 mars
1793, il fut désigné avec sa compagnie pour repasser à l'armée des
Ardennes. Il fit avec celle-ci toute la retraite de la Belgique
jusqu'au camp de Bruille. Dampierre, qui avait remplacé Dumouriez dans
le commandement des armées du Nord et des Ardennes réunies, éleva le 8
avril (le 10 ou le 15, d'après certains documents), Ransonnet au
grade de général de brigade, à titre provisoire. Il le mit à la tête
des flanqueurs de gauche de l'armée, puis il le chargea encore de
suivre la partie secrète (service des renseignements) de l'état-major.
Ransonnet assista aux affaires tentées par Dampierre pendant la
première huitaine de mai 1793 pour débloquer Condé et se distingua
particulièrement le ler mai en enlevant à l'ennemi le village d'Hasnon.
Mais le 23 du même mois, lors du mouvement général opéré par les Autrichiens d'Orchies à Bavay pour
tourner par la droite les défenseurs du camp de Famars, les troupes de
Ransonnet, placées dans Orchies et les villages voisins, s'étant
trouvées attaquées vigoureusement dès trois heures et demie du matin,
se laissèrent déposter et refouler. Envoyé aux arrêts à Douai, par
ordre de Lamarche, il les garda trois mois, sans que, de tout ce
temps, on lui notifiât ou les motifs qui les justifiaient comme
punition, ou les inculpations qui les légitimaient comme mesure de
sûreté. Ransonnet aurait eu le tort - du moins il l'assure -- d'avoir
été trop clairvoyant, en prévenant, le 22, Lamarche, qui n'en voulut
rien croire, du mouvement du lendemain, et d'être ainsi, par le fait,
devenu un sous-ordre gênant et un témoin dangereux. Enfin, sur ses
réclamations, le ministre de la guerre, Audouin, le rendit à la
liberté (20 août 1793). Il sollicita alors du ministre, mais
inutilement, son changement d'armée, pour aller servir près de son
ancien chef et ami Kellermann (21 août). Replacé aussitôt à la tête
des troupes du camp d'Arleux, il se distingua à l'affaire générale du
14 septembre, tentée par Davaine avec les troupes qui défendaient la
ligne de la Scarpe. Puis, le 21 octobre suivant, il prit Marchiennes
d'assaut, faisant de nombreux prisonniers et enlevant plusieurs pièces
de canon à l'ennemi : payant de sa personne sans compter, il eut ses
vêtements criblés de coups de baïonnette et il fut blessé d'un coup de
feu à la joue, en chargeant l'infanterie autrichienne, qui s'était
ralliée sur la place. Mais le 29, les alliés, par une attaque
brusquée, se remirent en possession de Marchiennes. Le 31, Ransonnet
fut suspendu de ses fonctions par arrêté du représentant du peuple
Isoré, en mission à l'armée du Nord, et mis en état d'arrestation.
L'envie, à ce qu'affirme le représentant Laurent, n'aurait pas été
étrangère à cette mesure de rigueur ; et cette assertion paraît fondée
à s'en tenir aux termes des rapports d'Osten aux représentants et de
Proteau à Isoré du 24, de Proteau encore à Jourdan, daté du 29.
D'autre part, son chef direct, Maisonneuve-Neuhaus tout comme ses deux
collègues, chercha, en l'accablant, à se soustraire aux conséquences
éventuelles de l'insuccès - pour ce qui concernait sa sphère d'action
- du mouvement général prescrit à l'armée du Nord et infructueusement
essayé par elle du 21 au 29 octobre à fin de refouler les alliés au
delà des frontières. On reprochait à Ransonnet de ne pas s'être trouvé
à son poste au moment où ses troupes recédaient Marchiennes à
l'ennemi. En vain établit-il que s'il était à Douai au moment du
combat, c'est qu'il y avait été mandé par le général Maisonneuve pour
lui rendre verbalement compte de ses opérations depuis le 21 :
« il a été interrogé ; ses
correspondances et ses réponses sont à son avantage
», écrivait Laurent au Comité de
Salut Public le 17 brumaire an II ; en vain Jourdan intéressa-t-il à Ransonnet le représentant Duquesnoy, qui en écrivait le ler novembre au
Comité en ces termes :
« Notre collègue Isoré l'a destitué ; je ne crois pas que l'on ait
atteint le plus coupable, car celui qui l'est le plus à mes yeux,
c'est le général de division Maisonneuve, qui, au lieu d'aller visiter
Marchiennes et d'y donner ses ordres, fit venir à Douai le général Ransonnet et ce fut pendant qu'il y était que ses troupes furent surprises par les Autrichiens
»
; en
vain Jourdan, encore, essaya-t-il de faire partager à Isoré cette
façon de voir (lettre du ler novembre) : le malheureux commandant des
troupes françaises dans Marchiennes fut maintenu en prison. Et il le
fut d'autant plus inexorablement que, coïncidence fâcheuse, les
commissaires de la Trésorerie l'accusèrent, le 26 novembre, près le
Comité de Salut public, d'avoir touché indûment deux fois seize cents
livres en supplément de la gratification d'entrée en campagne
allouée à son grade. Dirigé sur Paris, Ransonnet fut écroué au
Luxembourg : il y subit soixante-neuf jours de détention. Après avoir,
dans un mémoire énergique adressé au Comité des Finances de la
Convention, établi non seulement qu'il n'était pas coupable de fraude
vis-à-vis du Trésor public, mais encore qu'il restait créditeur de
celui-ci pour plus de treize mille livres, dont il avait fait l'avance
pour le recrutement et l'organisation de sa compagnie franche; que,
loin de s'être enrichi au service de l'État, il y avait au contraire
achevé sa ruine, il fut rendu à la liberté et réintégré. Le 6 février
1794, il recevait enfin le brevet définitif du grade, dont il était
revêtu à titre provisoire depuis presque un an.
Renvoyé à l'armée du Nord, il prit 1e 3 mars 1794 le
commandement provisoire de la division dite de la Basse-Sambre (sous
Maubeuge) et celui de la lre brigade de cette division, exerça
quelques jours le commandement du camp retranché de Maubeuge (22-30
mars 1794), passa à la division Lemaire, prit part, avec les troupes
aux ordres du général Desjardins, aux opérations exécutées, de concert
avec l'armée des Ardennes (Charbonnier), sur la Sambre, commandant une
brigade de la division Muller, et assista aux différentes tentatives
essayées du 10 mai au 12 juin pour franchir la rivière. Il se
distingua à Grand-Reng, où il rallia la cavalerie française, surprise
par les Autrichiens tandis qu'elle avait mis pied à terre, et, avec
elle, ramena vigoureusement l'ennemi ; au siège de Charleroi, où il
reconnut la place en ballon (25 juin) ; puis, après la bataille de
Fleurus (26 juin), devant Mons, où, chargé par Scherer, lors de
l'attaque du Mont-Parisel, de prendre Saint- Symphorien, deux fois il
enleva ce village et deux fois il fut obligé de le recéder à l'ennemi
jusqu'à ce qu'une troisième attaque le lui donna définitivement,
découvrant ainsi le flanc gauche des Autrichiens, bientôt en retraite,
et sur les talons desquels il pénétra dans Mons (ler juillet). Il se
signala à la prise de Hal (6juillet) ; à celle de Louvain (15
juillet), où il soutint un moment dans un combat de rues, avec un
petit nombre de tirailleurs et un peloton de hussards, tout l'effort
des Autrichiens ; à celle de Liège (27 juillet), où il se mit à la
tête des habitants du quartier d'Outre-Meuse, qui s'étaient joints aux
Français pour combattre les troupes impériales. Le 14 août, il fut
suspendu à nouveau par la Commission du mouvement des armées de terre
et de mer. Dans une lettre du 7 août, adressée à ses collègues à
l'armée, le représentant du peuple, Gillet, motivait cette suspension,
qu'il avait prononcée à titre provisoire, par l'incapacité qu'il
reprochait à Ransonnet (celui-ci avait, d'après lui, laissé égorger
ses postes à Marchiennes) ;
«
par le voisinage du pays qui l'a vu naître
»
(!), et enfin par l'arrestation arbitraire d'un
paysan, qu'il aurait fait appréhender pour complaire à son concitoyen
de Borchgrave, avec lequel le paysan était en procès. Néanmoins, quand
Schérer sollicita Frécine et Gillet de mettre à sa disposition
Ransonnet, dont les connaissances locales devaient lui être précieuses
pour organiser le détail de la marche pénible par laquelle il allait
porter ses troupes de Namur sur l'Amblève, Gillet ne crut pas devoir
refuser de satisfaire à cette requête, et Ransonnet prit une part
active aux opérations qui aboutirent à la bataille de Sprimont.
L'administration centrale
provisoire du pays de Liége protesta, aussitôt constituée, contre la
destitution de son compatriote (septembre 1794). Sa famille, ses amis,
nommément Bassenge, le représentant du peuple Laurent, Schérer,
multiplièrent leurs efforts pour le faire réintégrer, tandis que
lui-même songeait un moment à aller défendre la cause polonaise. Leurs
démarches aboutirent enfin, en décembre 1794, grâce à l'intervention
de Carnot : Ransonnet fut remis en activité, pour être affecté à un
emploi sédentaire. Le 20 janvier 1795, la Commission aux secours
publics de la Convention, de son côté, lui accorda
«
le droit de porter toute sa vie, sur le côté
gauche de son habit, à la hauteur de la troisième boutonnière, le
médaillon de [vétérance)] de deux épées en sautoir
», pour trente
années de services effectifs et quinze campagnes. Après avoir
sollicité les bureaux de la guerre de
l'employer près de Kellermann, si celui-ci était remis à la tête d'une
armée, puis près de Schérer, à l'armée d'Italie, il fut désigné par le
Comité de Salut public pour aller servir à cette dernière (11 février
1795). Il la rejoignit à la fin du mois suivant. Il fut d'abord
employé sur les derrières, à l'organisation de la cavalerie ; puis
Kellermann, qui réunissait sous son commandement les deux armées des
Alpes et d'Italie, le fit passer dans les troupes actives. Il fut
affecté à la Ire subdivision de la lre division de l'aile droite
(généraux Freytag et Masséna), employé à la défense de la position de Borghetto, après le mouvement rétrograde de la droite de l'armée vers
cette position (28-30 juin) et se distingua, sous les ordres de
Masséna, à la bataille de Loano (28 juillet). Il passa ensuite (1er
août) sous les ordres du général Macquart (4e division du Centre), fut
employé par lui au camp de Sabion, à la gauche du Col de Tende, et
prit part aux différentes affaires, que la persévérance des
Austro-Sardes multipliait sur le front de l'armée française. Lors de
la séparation des deux armées d'Italie et des Alpes, il demeura dans
les rangs de cette dernière, près de Kellermann, et fut placé à
Moutiers en Tarentaise ; après la réorganisation des divisions et des
secteurs de défense de l'armée des Alpes, le 10 décembre 1795, il fut
chargé de la défense de cette vallée ainsi que de celles de Beaufort
(Ire division de la droite).
Frappé d'apoplexie (dans la nuit du 2 au 3 mars
1796), il décéda, au siège de son commandement, entre minuit et 1
heure du matin.
D'une bravoure éclatante, d'une audace qui ignorait l'obstacle
et le danger, doué de plus d'imagination que de jugement et même d'une
certaine jactance, Ransonnet fut surtout un général d'avant-garde et
un partisan : pour mieux dire, il ne fut que cela. Et si Kellermann,
son ami, pouvait écrire de lui aux représentants du peuple près les
armées des Alpes et d'Italie :
«
Le général Ransonnet... est un des
meilleurs officiers que je connaisse et d'une bravoure distinguée
»
(27
mai 1795), il définissait ainsi la
portée de ses moyens, dans une note sur les généraux employés à
l'armée des Alpes :
«
Ransonnet, général de brigade, bon partisan pour
commander un corps détaché ou défendre un poste
» (ler février 1796). Et
Schérer l'appréciait en termes analogues, mais plus durs :
« Quant au
général Ransonnet que le Comité de Salut public vient de réintégrer
dans ses fonctions de général de brigade, cet officier n'est pas doué
de grands talents militaires, mais sa grande bonne volonté et son
activité méritent des égards, et il peut être employé très utilement
aux postes avancés d'une armée
»
(Schérer à Pille, 28 ventôse an III).
Quelque jugement que l'on porte sur le rôle qu'il joua et le
personnage de paladin des révolutions auquel il se voua, on ne peut que
rendre hommage à la sincérité de ses convictions, qui apparaît absolue
dans sa correspondance et dans ses actes, et à son désintéressement,
qui le fit se ruiner au service des causes qu'il défendit. Dans toute
sa carrière, il demeura l'homme de la devise qu'il s'était choisie :
Potius rumpi
quam flecti.
Ses quatre fils suivirent l'exemple paternel et
entrèrent au service de France ; deux d'entre eux firent leur carrière
dans l'armée de terre : l'aîné (dont la notice précède) et le cadet.
Celui-ci (Louis-Joseph, né à Liège et y baptisé en l'église
St-Jean-Baptiste, le 28 juin 1785), après avoir été élève à
l'institution de Liancourt pour les fils de militaires, puis à
l'École spéciale militaire, alors à Fontainebleau, fut nommé
sous-lieutenant au 95e de ligne le 23 octobre 1804, puis lieutenant au
corps le 3 mars 1807 et décéda à Neurapin, le 27 juin de la même année
des suites de la blessure qu'il avait reçue le 14 à la bataille de
Friedland, où il avait eu une jambe emportée par un obus. Il avait
fait quatre campagnes : celles de Hanovre (1804), d'Allemagne (1805),
de Prusse (1806) et de Pologne (1807).
Les deux puînés entrèrent dans la marine. L'un, Jacques-Joseph né à Liège le 18 avril 1778, après avoir été nommé sous-lieutenant dans la garde nationale liégeoise le 20 août
1789 (à moins de 12 ans !) et avoir fait la campagne de 1790 contre
l'armée du Cercle de Westphalie aux côtés de son père, fut admis le 8
juillet 1794, en qualité d'élève de la ville de Paris, à l'école de
Mars nouvellement créée et, après le licenciement de celle-ci (5 novembre 1794), fut attaché à l'état-major de son père, près
duquel il remplit les fonctions d'aide de camp provisoire, en
attendant que le titulaire (son frère aîné) l'eût rejoint : il fit
ainsi la campagne de 1795 à l'armée des Alpes et rentra dans ses
foyers après le décès du général, ayant promesse d'être nommé à la
première sous-lieutenance vacante à pourvoir au choix du gouvernement
(arrêté du Comité de Salut publie du 12 ventôse an III). En attendant,
il sollicita et obtint l'autorisation de suivre les cours de l'École
Polytechnique en qualité d'auditeur libre (1797), et, après une année
d'études, fut nommé aspirant de marine de 1re classe (15 novembre
1798), affecté au port de Cherbourg et embarqué sur la flotte
commandée par l'amiral Bruix à bord de
«
la Précieuse » (15 décembre 1798), puis ensuite
de
«
la Bravoure
»
(du 29 mars 1799 au 4 août 1800). Enseigne de
vaisseau le 4 août, il
passa sur la corvette
«
le Naturaliste
» le 1er octobre 1800, puis, sur
« le Géographe
» (du 30 octobre 1801 au 6 avril 1804),
à titre de membre
de l'expédition Baudin, dirigée vers les terres australes. Embarqué
ensuite comme second à bord du brick
« le Phaëton
» (23 septembre 1804),
il fut, au cours d'une croisière aux Antilles, blessé de deux coups
de feu, fait prisonnier le 27 mars 1806, puis échangé le 28 novembre
suivant. Rentré en France, il fut rembarqué comme second sur le brick
« Le Cygne
», 14 mai 1807 , et fit brillamment à son bord la campagne de
l'année jusqu'au 23 mars 1808. Promu lieutenant de vaisseau (23 mars
1808), il fut désigné pour servir sur
« le César
» de la flotte de l'Escaut du 25 août 1808 au 27 janvier 1809.
Après un congé de courte durée, il alla, le 3 novembre 1809, prendre
le commandement du brick
«
l'Alcyon
»qu'il garda
pendant environ une année jusqu'au 21 octobre 1810 ; puis il reçut
celui de la corvette
«
La Diane
»
de la flotte de l'Escaut (12 janvier 1811).
Débarqué le 14 novembre 1813, il fut distingué par Carnot, alors
général de division-gouverneur d'Anvers, devint aide de camp de ce
dernier (5 mars 1814), et prit part à ses côtés à la belle défense de
la place contre les alliés. Il fut attaché ensuite au port de
Dunkerque. Pendant les Cent-jours, Carnot, alors ministre de
l'intérieur et chargé comme tel de l'organisation
de la garde nationale, le rappela près de lui en qualité de chef de
bataillon aide de camp (2 avril 1815). La Restauration le fit se
retirer dans son pays natal (démission du 5 février 1816), où il
demeura en non-activité. Après la chute des Bourbons de la branche
aînée (1830), il fut réintégré dans le personnel de la marine en
qualité de capitaine de frégate (23 août 1830), et attaché au général
Sébastiani pendant la période où celui-ci dirigea le département de la
marine. Promu capitaine de vaisseau de 2e classe le 12 février 1831,
il fut désigné pour un terme de commandement à la mer, au cours duquel
il participa avec son bâtiment (corvette
« le Rhône
» )
à l'expédition d'Ancône (division navale du
capitaine Gallois, partie de Toulon le 7 février 1832). Débarqué le 16
avril 1833, il fut employé à terre jusqu'au 1er août 1841,
ayant été admis, par ordonnance royale du 31 juillet, à faire valoir ses
droits à une pension de retraite.
Enfin, Baptiste-Barthélemy-Gustave Ransonnet, né à
Liège, le 18 juin 1782, après avoir été admis, en qualité d'élève, à
l'École polytechnique (promotion de 1799), en sortit dans la marine.
Envoyé à Brest pour y faire provisoirement les fonctions d'aspirant
de lre classe par disposition ministérielle du 12 février 1801 , il
fut aussitôt embarqué à bord du vaisseau
«
le Duquesne
»
(l9 mars 1801),
d'où il passa sur le vaisseau
«
le Gaulois
»
(18 septembre 1801), pour
remonter sur
«
le Duquesne
» le 4 novembre suivant, avec lequel il prit
part à l'expédition de Saint-Domingue. Promu enseigne à titre
provisoire, le 23 avril 1803, il passa comme second sur la goélette
«
l'Océan
» le 28 du même trois et, au désarmement de celle-ci,
rejoignit encore une fois
«
le Duquesne
», à bord duquel il décéda le 5
juillet 1803, étant prisonnier de guerre avec ce bâtiment. Une dépêche
du ministre de la marine, signée, le 9 octobre 1803, avant que la
nouvelle de son décès ne fût parvenue en France, vint lui reconnaître
à titre définitif son dernier grade, en le faisant passer aux
enseignes entretenus du port de Toulon, pour y prendre rang du 4
octobre. Le général Jean-Pierre
de Ransonnet-Bosfort eut deux frères qui
comme lui, suivirent la carrière des armes, et servirent honorablement
mais sans éclat, en France, en Prusse, en Autriche et au pays de Liége
: l'aîné, Clément-Auguste, fut, major du régiment d'infanterie du
comte de Linden, à la solde de l'insurrection liégeoise ; l'autre, François-Joseph, devint capitaine au corps franc
de Servansky von Roth
à la solde impériale, levé lors de la guerre de la succession de
Bavière (1778), fut licencié avec son corps à la paix et depuis vécut
à Liége dans la retraite.
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